LES PHRASES BELGES (1) – La collection BELGIQUES des éditions KER, par Philippe REMY-WILKIN & Jean-Pierre LEGRAND

LES PHRASES BELGES

de Jean-Pierre Legrand et Philippe Remy-Wilkin

Chroniques en duo consacrées aux livres belges.

(1)

La collection BELGIQUES des éditions KER.

La collection Belgiques !

Un excellent concept !

Chaque année, les éditions KER de Xavier Vanvaerenbergh, sises à Hévillers dans le Brabant wallon, livrent une salve de trois/quatre recueils de nouvelles, tous intitulés Belgiques. Cette collection, dirigée jusqu’en 2020 par Marc Bailly mais reprise en 2021 par Vincent Engel, décline une vision de notre pays à travers le regard d’un auteur ou d’une autrice.

A souligner : le travail graphique d’Eva Myzeqari confère une identité visuelle tonique à la collection.

Nous allons évoquer les deux dernières salves, de 2020 (3 livres) et 2021 (4 livres). Mais, d’abord, un mot sur la maison d’édition et son fondateur/directeur.

Les éditions KER

« Ker » ? Le nom, singulier, fait songer à une BD mythique de l’âge d’or, Le disparu de Ker-Aven, une aventure de la patrouille des Castors qui se déroulait en Bretagne. Et de fait…Sur le site de l’éditeur :

« Ker, en breton, signifie village. Publier chez Ker éditions, lire un titre publié chez nous, c’est donc rentrer dans un village, dans une équipe. Auteurs, lecteurs, libraires, journalistes, éditeur… Tous entrent dans un village où tout le monde se connaît. Oh, pas un village au sens rural, restreint et fermé du terme. Non, un village comme dans le monde est un village. Un village qui, comme une famille, est appelé, par définition, à s’ouvrir sans cesse… »

Pour avoir une idée précise du catalogue des éditions KER, de leur politique et de leurs sillons d’activités :

Xavier VANVAERENBERGH

Une micro-interview du fondateur et directeur des éditions KER

par Philippe Remy-Wilkin.

Quelle est ta formation ? D’où te vient ton amour des Lettres ? Quels furent tes premiers émois littéraires ?

J’ai étudié successivement les mathématiques, l’informatique, la communication, les langues orientales anciennes et les relations internationales (avec une petite dose de langues germaniques). J’ai par ailleurs toujours aimé lire.

Pour l’anecdote, à l’école maternelle flamande où j’étais inscrit – mes parents souhaitant que je sois bilingue –, je ne m’étais pas vraiment intégré – la barrière de la langue était lourde pour un enfant de 3/4 ans – et, au bout de quelque temps, ils ne m’entendaient pas parler néerlandais, si bien qu’ils ont envisagé de me retirer pour m’inscrire dans un établissement wallon. S’ouvrant de leurs doutes à la maîtresse, celle-ci les a regardés avec étonnement en disant : « Ne faites pas ça, il passe ses journées à lire ! » Toute mon enfance, j’ai dévalisé le bibliobus qui passait dans notre campagne hesbignonne, et où je commandais avec avidité tous les romans des auteurs que je découvrais et adorais – Yak Rivais et Pierre Gripari d’abord, puis Marie-Aude Murail, Christian Grenier, puis Christian Lehmann et Michel Honaker, pour ne citer que certains des plus marquants. Et, chaque semaine, nous nous rendions aussi, après l’école, à la bibliothèque de Tirlemont, où j’ai découvert, via le néerlandais, Roald Dahl et… Stephen King (un peu tôt, sans doute).

Les livres me permettaient de m’évader du quotidien, de découvrir l’histoire, la géographie et tout ce que le monde peut avoir de passionnant. Michel Honaker, que j’ai déjà cité, a joué un rôle important, en artiste qu’il est de glisser dans ses romans une quantité impressionnante de références historiques. C’est grâce à lui que j’ai découvert, notamment, les compositeurs et la littérature russes du XIXe. Et il a ouvert la voie à d’autres auteurs qui, comme Umberto Eco, Borges ou Alberto Manguel, sont devenus des références personnelles. Par atavisme, la suite de mon parcours a été plutôt scientifique dans un premier temps mais, fondamentalement, c’est à la littérature qu’appartient mon cœur.

Comment es-tu tombé dans la marmite de l’édition ? Quand as-tu créé les éditions KER ? Pourquoi cette référence bretonne ?

Par des hasards provoqués, j’ai commencé à travailler occasionnellement, en parallèle de mes études, sur des projets éditoriaux, sous la houlette de Vincent Engel. Bientôt, Vincent est devenu directeur de la collection Grand Miroir dont je suis devenu, de facto, l’éditeur, au sein de la Renaissance du livre. Cette aventure a duré près de trois ans avant de s’arrêter net. J’avais, entre-temps, mûri l’idée, le projet de développer une maison d’édition (j’avais publié quelques livres, déjà, dont le mémorable premier roman de Fanny Lalande, Mad, Jo et Ciao), mais sans avoir l’élan de professionnaliser la démarche.

La fin du Grand Miroir et, bientôt, la fin de mon parcours d’employé, ont été les signaux dont j’avais besoin pour lancer sérieusement les éditions Ker. Et, une fois cette décision prise, les planètes se sont alignées. Grâce à Marc Varence, qui était alors éditeur, j’ai rencontré Olivier Barbé (actuel directeur général de MDS), qui dirigeait alors MDS Benelux, et Michel Chabotier, qui dirigeait l’équipe commerciale de Media Diffusion en Belgique, et tous deux m’ont donné ma chance en m’offrant un contrat de diffusion-distribution alors que je n’avais encore que 5 ou 6 titres au catalogue. Voilà pour la marmite !

J’ai par ailleurs vécu une bonne partie de mon adolescence en Bretagne, et il est de coutume, là-bas, de dire que celui qui vit quelques mois en Bretagne devient en partie breton. Et je l’ai ressenti ! La langue bretonne, la culture celtique en général, m’ont beaucoup marqué. Au moment de créer ma maison, la référence s’est imposée. Ker est une maison très personnelle, qui reflète des choix éditoriaux qui me collent au corps et au cœur, il était logique que la marque reflète une partie de mon identité.

Quels sont les rêves que tu as réalisés ? 

Etant enfant, j’avais un rêve, qui était de devenir pilote de ligne. Une myopie abyssale m’a coupé les ailes, et j’ai vainement poursuivi l’idée de travailler dans le milieu de l’aviation pendant très longtemps. Adolescent, j’ai découvert Le pendule de Foucault d’Umberto Eco, devenu un livre de chevet et resté pendant longtemps mon livre préféré (expression que je n’utilise plus depuis quelque temps). Son personnage principal, Casaubon, est, pourrait-on dire, recherchiste. Il réalise des recherches documentaires pour divers clients, dans des domaines intellectuels infiniment variés. En découvrant ce personnage (qui évolue par ailleurs dans le milieu de l’édition), j’ai immédiatement su qu’il s’agirait de mon futur métier. Un défi ! Car, à l’heure de la spécialisation à outrance, de l’ère des experts, les généralistes comme Casaubon peinent à trouver leur place alors qu’ils sont, à mon sens, plus que jamais nécessaires.

Au fil des rencontres, de mon attrait jamais démenti pour la littérature, j’ai trouvé dans l’édition l’occasion de rencontrer des artistes, des auteurs, des passionnés de tous horizons, et de collaborer avec eux tantôt pour un projet, tantôt sur le plus long terme. De les aider à faire passer leur message de la manière la plus claire et la plus agréable possible tout en me plongeant tout entier dans leur univers. C’est, à l’heure actuelle, la version la plus proche que j’aie pu concevoir de ce que j’avais découvert dans le roman d’Eco.

La manière d’on j’ai construit ma maison m’offre une liberté de mouvement, de décision, une indépendance qui me permettent de réaliser, d’un point de vue familial, les projets qui me tiennent à cœur. Que demander de plus ? Outre ce panorama général, j’ai publié certains des auteurs qui, enfant, m’ont marqué (je les ai cités plus haut). À titre personnel, cela a revêtu une importance énorme.

Quelles sont tes ambitions ? Tes souhaits éditoriaux pour les prochaines années ?

C’est en lisant Comment tout peut s’effondrer que beaucoup d’idées, jusque-là éparses et à l’état d’intuitions, se sont structurées dans mon esprit (bien d’autres lectures, et projets éditoriaux, dont Sans plus attendre, de Guibert del Marmol, avaient préparé le terrain !). Et, avec cette prise de conscience profonde d’un monde dans lequel l’incertitude radicale deviendrait une loi incontournable, s’est imposée la décision de ne plus faire de projets à trop long terme. Le monde est devenu trop incertain pour que je me projette avec précision au-delà d’un certain horizon temporel. Bien sûr, je lance encore des projets, comme la collection Belgiques, avec l’ambition qu’ils vivent longtemps ! Mais je ne me risque plus à imaginer ma vie, ou Ker, à trop longue échéance.

Le côté infiniment positif de cette décision est que je suis très disponible face à l’imprévu, au projet qui, soudain, tombe au bon moment et que j’ai la disponibilité d’accueillir et d’accompagner. Certains projets éditoriaux ont d’ailleurs considérablement modifié ma vie personnelle, à un point qui n’aurait pas été envisageable si j’avais établi des lignes rigides. Franco Dragone, pour qui j’ai travaillé quelques années, avait coutume de dire que ne pas saisir une opportunité était une faute professionnelle. Je tente chaque jour d’organiser mon existence de manière à conserver la liberté de cueillir au vol les projets enthousiasmants qui se présentent. 


Les trois recueils Belgiques de 2020

Véronique BERGEN, 98 pages

Par Jean-Pierre Legrand et Philippe Remy-Wilkin.

En surplomb au-dessus du recueil…

Phil :

Près de 100 pages et 10 textes courts sur la Belgique, revisitée spatialement (les cantons de l’Est ; Saint-Idesbald et la Côte ; Bruxelles et sa Grand-Place, son abbaye de la Cambre, ses Marolles, son hôtel Métropole, ses châteaux néo-Renaissance, ses hôtels de maître, sa forêt de Soignes) et temporellement (la Deuxième Guerre mondiale, un attentat contre le roi Léopold II, les travaux de la jonction Nord-Midi, etc.).

Jean-Pierre :

A la manière d’un vitrail, avec ses couleurs, ses lieux et ses personnages, ce recueil dessine une allégorie de la Belgique toute en nuances : une relative douceur y contraste avec une histoire parfois violente et sauvage ; une étonnante nuée d’artistes marquent leur siècle tandis que, couronnant le tout, s’exprime sans vergogne un sens rare du saccage urbanistique.

Phil :

Les thèmes de prédilection de l’autrice serpentent entre les textes, comme le chat mélomane de La rue des pianistes. La préservation du patrimoine, la musique…

Véronique Bergen

Jean-Pierre :

… l’écologie, la sensibilité au vivant sous toutes ses formes, l’effroi devant l’extinction massive de la biodiversité, la figure de l’anarchisme…

Phil :

Et Bruxelles !

Jean-Pierre :

… dont, en esprit, nous arpentons des rues à jamais disparues, des quartiers à la mémoire mutilée par les délires modernistes…

Phil :

Ô tempora !

 Jean-Pierre :

Une volonté cynique a tenté d’éradiquer la pauvreté du centre-ville en la faisant physiquement disparaître. Et l’hommage à Bruxelles, du coup, s’avère souvent sombre, proche du martyrologue : on ressent l’attachement charnel de l’autrice pour cette bibliothèque de pierre dont chaque volume arraché est une blessure, une perte irrémédiable. J’ai en tête les mots de Nougaro :

« Carillons, sonnez tous à cette capitale

Que la guerre épargna et que la paix massacre. »

Et pourtant, étrange magie, Bruxelles reste si belle et l’attachement qu’elle suscite, si profond, inséparable de l’âme de ceux qui y habitent.

Phil :

Voilà pour le fond. Mais le style !

Jean-Pierre :

Si personnel ! Précision et rigueur mais inventions lexicales et grand pouvoir d’évocation.

Phil :

« Un ouvrage mineur de notre autrice belge préférée, loin des sublimes Kaspar Hauser ou Barbarella ? » ai-je pourtant pensé un instant, ayant butiné à droite et à gauche, lisant les textes dans le désordre. Puis j’ai remis « de l’ordre dans la ronde », comme aurait dit Jacques De Decker, et repris en commençant par le premier texte. Et là, au débotté, comme Lagardère trucidant tel ou tel spadassin, l’autrice m’a inscrit sa botte de Nevers en plein front, c’est-à-dire au fond de la tête, là où ça pense et perçoit.

Une forme, une mesure, un chiffre

Jean-Pierre :

Cette nouvelle initiale rend compte du séjour totalement fictif du très réel mathématicien Alexandre Grothendieck et de son chien Georg à Saint-Idesbald.

Phil :

Derrière un trompe-l’œil de formules tirées d’un cerveau de génie mathématique, un apport incantatoire scandant le texte, se tend la voile d’une perle littéraire, mise en abyme d’un art et d’une pensée. Et je confesse l’impossibilité de rendre compte de ce qui est lu, on ne peut qu’en effleurer une part de richesse, de mystère, d’intensité.

Jean-Pierre :

Une ambiance shakespearienne se dégage des premières pages :

« Georg, penses-tu que Paul Delvaux, le peintre de Saint-Idesbald, s’élançait sur la plage les jours d’orage, plissant les yeux pour observer les combats entre la mer et les nuages, la détresse des bateaux en perdition, la palette des couleurs générée par une nature en furie ? A qui appartiennent les yeux qui nous regardent depuis la digue ? Pourquoi avons-nous atterri sur la côte belge ? »

Phil :

Dès les premières phrases s’ouvre une distorsion vertigineuse entre la théorie et la vie authentique, les préoccupations qui tissent un destin individuel (la passion des mathématiques, leurs révélations) et l’imbrication dans le Grand Tout du monde, de la Terre, du cosmos. Une distorsion qui renvoie à la perte d’adéquation entre l’humain et la matrice naturelle, qu’il n’a de cesse de meurtrir mais qui le domine de sa puissance assoupie, prête à l’engloutir. Une distorsion d’autant plus tsumamiesque que l’humain confronté n’est pas banal, quand l’orage auquel il fait face l’est… tout en renvoyant à l’insaisissabilité et à la démesure de Dame Nature. Fascinant !

Le texte est lui-même orage. Et le phénomène de croître, de se déployer.  En réalité et en idées. La distorsion initiale devient magistrale dès la deuxième page où se faufile un nouveau leitmotiv, celui des racines du génie et d’un drame originel : Auschwitz. La Shoah et la mort du père, anarchiste. L’interrogation fulminante du Sens. Les immenses possibilités de l’esprit humain se fracassent à l’aune des tragédies de l’Histoire ou des explosions de Gaïa, notre planète nourricière.

Le médiateur/lecteur, semblable au protagoniste du récit, s’avance au cœur du phénomène, serti d’émotions et de réflexions mais submergé, amenuisé, dirigé vers un lâcher-prise qui ne correspond pas à la nature humaine, rupture et angoisse, un retour à l’adéquation primordiale, amniotique. Le secret de notre condition et de notre spécificité ? De notre monstruosité ?

Jean-Pierre :

C’est pour Véronique Bergen l’occasion d’évoquer le groupe écologique « Survivre ou vivre » fondé par Grothendieck en 1970 qui, dès cette époque, rompt avec les mathématiques et s’investit dans la lutte contre le désastre écologique qu’il pressent avant beaucoup d’autres : il entre en résistance. Sur fond d’éléments déchaînés, dans la nuit wagnérienne zébrée d’éclairs et bousculée par la sauvagerie des flots, mathématicien de génie et fils d’anarchiste, Grothendieck s’interroge sur le dévoiement des mathématiques. Pour lui, elles « sont une mystique, une connexion avec le mystère, une quête spirituelle » qui, par sa faute et celle de ses collègues « ont accouché d’un monstre, servi les intérêts militaires et industriels, la conquête spatiale ».

Phil :

Il faut lire et relire ce texte. Comme une poésie de Mallarmé, une nouvelle de Villiers, une aventure du Gordon Pym des jumeaux Poe et Baudelaire. Ressentir la collusion de l’espace et du temps, des temps. Distinguer les invariants bergeniens qui traversent la foudre et les « crises de nerf du ciel ». Qu’ils soient lexicaux (les listes de mots : « Oursins, tourelles, coquillages, poissons, crabes, méduses » ; les expressions associatives : « les voix miradors »)  ou thématiques (le respect de la gent animale mène à user d’un chien comme interlocuteur privilégié ou de divers chats comme témoins et narrateurs ; la présence juive en Belgique et son assassinat ; plus largement, une lutte de l’autrice contre l’amnésie, sous toutes ses formes, qui renvoie, une fois encore, à notre ami commun Jacques De Decker, qui en avait fait un credo de vie et d’œuvre). Jusqu’à buter sur l’énigme originelle :

« J’ai beau calculer l’abscisse et l’ordonnée des yeux qui nous observent, le corps de leur propriétaire me demeure inconnu. »

Ou sur la nostalgie la plus déchirante :

« Mes mains gardent le souvenir des châteaux de mon enfance. Quels châteaux de sable, élève Alexandre, quelle enfance ? Vous savez bien que vous n’avez pas eu d’enfance, que dans les cendres de votre père, vous n’avez construit aucun château-fort. »

D’autres nouvelles…

Phil :

La percussion du premier texte inclinerait à ne pas commenter le recueil plus avant, mais une poignée d’indices s’imposent. Ainsi, dans Le sourcier des Marolles, l’autrice pourrait, consciemment ou pas, commenter son propre travail, son œuvre :

« Ma mission ? Récupérer les choses mises au rebut, leur redonner vie, créer des espaces de rêve, assembler des familles d’objets qui relient la terre et le ciel. »

Une lecture idéale glisserait peut-être en contrepoint du premier texte, halluciné, le troisième, Le château de Watermael-Boitsfort, tout en douceur amère, ravinée. Une mise en abyme, encore ! De la destruction du patrimoine et de la perte d’âme bulldozérisée par des criminels en col blanc. J’ai moi-même longtemps et « soventes fois » erré à l’ombre des ruines du château « cousin », dans le parc Tournay-Solvay, embrumé par des salves oniriques. Et ces pages seront relues sur un banc, au coin du potager ou, un peu plus loin, en bordure des Etangs.

Jean-Pierre :

L’anarchiste et le roi suit la trace de Gennaro Rubino, anarchiste italien débarqué à Bruxelles le 26 octobre 1902 et auteur d’un attentat manqué contre Léopold II, alors au plus fort de son impopularité : quelques semaines plus tôt des ouvriers manifestant à Louvain en faveur du suffrage universel ont été massacrés.  Mal préparé, Rubino manque sa cible. A peine le convoi royal s’éloigne-t-il « qu’une foule se jette sur lui, qu’un essaim d’humains le ceinture, l’étrangle en tonnant Vive le Roi ! ». Personne dans la foule ne l’acclamera en héros. Ce que Michelet appelait « l’imbécile tradition de l’incarnation monarchique » triomphe : Rubino a « échoué à libérer la lie de la terre ». 

Ce petit texte à la charnière du volume me semble exemplaire de la tonalité grave du recueil : par l’évocation de l’anarchisme, qui en ce temps-là suscite espoir et frayeur, il traduit cette difficulté qui est toujours la nôtre de mettre en place un modèle de société autre que celui qui nous conduit à l’abîme. Mais, je l’ai dit, les différents textes s’insèrent entre deux nouvelles dont l’une (initiale) se démarque par un geste de résistance et l’autre (ultime) par l’ouverture à ce que l’humanité produit de plus beau : la musique.

La rue des pianistes est une nouvelle dédiée à Martha Argerich, artiste que Véronique Bergen affectionne tout particulièrement. Avec légèreté et drôlerie, l’autrice a choisi un chat comme témoin de l’emménagement de la pianiste dans une vielle maison de maître de Bruxelles. Pas n’importe quel chat : un chat mélomane !  Et nous quittons ce beau recueil en restant comme ce quadrupède à quelque distance de l’immeuble occupé par Argerich tandis que, par une fenêtre restée entrouverte, s’échappent dans l’air du soir les notes éparses d’un prélude de Chopin.

Le livre sur le site de KER Editions


Marianne SLUSZNY, 121 pages

Par Jean-Pierre Legrand et Philippe Remy-Wilkin.


Marianne Sluszny – Chemins de femmes

Phil :

L’autrice du superbe Banc (un récit de vie et de deuil paru chez Academia) épate ! Par la forme et le fond. Par le plaisir pur de la narration. Neuf nouvelles nous content des tranches de vie de neuf femmes (le recueil est sous-titré Chemins de femmes). Elles appartiennent à des milieux fort divers, socialement ou linguistiquement (elles sont flamandes, bruxelloises, wallonnes ou des cantons germanophones), toutes sont confrontées viscéralement aux affres de la Première Guerre mondiale, elles doivent y survivre, avant et après :

« Il est des équilibres subliminaux qui s’établissent en nous. Alors que la conscience patauge dans l’affliction, notre esprit puise dans ses abysses l’énergie d’assembler les morceaux éclatés de son destin. »

Jean-Pierre :

L’angle d’attaque de son Belgiques est excellent : la part des femmes dans la Grande guerre a longtemps été sous-estimée ; le mythe du Roi-Chevalier entouré de ses combattants a fait bon marché de la souffrance des femmes et de leur combat quotidien pour survivre. C’est une profonde injustice dont le ressenti éclate dans Nicole (toutes les nouvelles ont pour titre le patronyme de leur héroïne) :

« Moi aussi j’en ai bavé ! Ma guerre, ce fut la solitude, les privations et les efforts incessants pour nouer les deux bouts. (…) Ma guerre, ce fut l’inquiétude pour le sort de mon homme, l’imaginer transpercé par la froide humidité des tranchées (…). Ma guerre, ce fut le sentiment d’impuissance et le poids de la culpabilité. »  

Phil :

L’autrice du Banc épate ! Par la combinaison percutante de qualités contrastées, d’équilibres rassérénants. L’écriture est belle, ciselée mais discrète, sans ostentation. Avec un faux paradoxe : je prends sans cesse plaisir au mot, à la phrase mais ne coche que peu de passages. Comme si l’harmonie du tout ne laissait filtrer qu’un minimum de saillies :

« Ma nuit de noces ? Des draps de soie pour emballer l’ennui. »

Jean-Pierre :

Marianne Sluszny m’avait époustouflé avec Le banc. Je retrouve dans le présent recueil la qualité d’écriture qui fait de la lecture de ses ouvrages un plaisir savoureux. La relative sobriété du style n’exclut pas quelques trouvailles d’une réjouissante cruauté :

 « (…) le goût de sa salive m’incommodait, me rappelait la tranche de foie de génisse mal cuite que ma mère me servait deux fois par semaine. »

Plus loin, c’est la sensualité qui irradie :

« Je gravitais entre l’instant qui brûle et l’éternité des étoiles. »

Phil :

La sensibilité est omniprésente, le lecteur vit auprès de ces femmes et de leurs intimités, de leurs désirs et de leurs frustrations, dans un après-guerre étonnamment morose, incertain, loin des clichés triomphalistes :

« Oui, nous y étions, chacune à notre façon. Sur le chemin si escarpé des femmes. »

Les hommes y apparaissent le plus souvent volages ou ennuyeux, les parents peu fiables sinon cruels.

Jean-Pierre :

Les chemins de ces neuf femmes sont bien escarpés. Ils ne croisent ceux des hommes qu’en cette espèce de plateau aride et désolé qu’est, pour la plupart, le mariage. La nouvelle consacrée à Lucie Dejardin – première femme députée sous la bannière du Parti ouvrier belge – est éclairante :

« Elle (la mère de Lucie) avait rencontré mon père à la mine. Quelques mots tendres, l’une ou l’autre promenade à la lumière du jour, le mariage, une grossesse, un accouchement puis les autres, les cris qui annoncent l’ouverture des poumons ou le silence des bébés morts nés. »

Phil :

Des considérations intellectuelles émergent. L’information nous restitue une époque, ses personnages et ses décors, ses balises : l’Hôtel de l’Océan, les massacres de civils belges par les troupes allemandes, les actes posés par le roi Albert, le travail volontaire, les mutilations (physiques et mentales), le mauvais accueil des réfugiés (un million de Belges en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et en France) à leur retour au pays, les ravages de la grippe espagnole, le rôle du Comité National de Santé et d’Alimentation, etc.

Jean-Pierre :

La situation du milieu ouvrier n’est pas celle de toute la société, mais le poids des institutions est le même pour tous : point de sexualité hors mariage hors quelques échappées tarifées. La misère sexuelle n’est pas plus belle au soleil de la bourgeoisie. Si le chemin des hommes est plus aisé, c’est que, plutôt que de monter, il suit davantage une pente dont ils ne sortent guère grandis, ni d’ailleurs beaucoup plus heureux. Les personnages masculins de ces nouvelles oscillent entre la frustration aigre, la mélancolie et le cynisme.

Phil :

Plus profondément, la réflexion se déploie tous azimuts. La psycho-généalogie, et ces traumatismes qui se transmettent à notre insu de génération en génération. La question du droit de vote des femmes, à un moment où une majorité d’entre elles sont sous la coupe des curés, ce qui pousse des démocrates à retarder ce qui serait intrinsèquement une avancée démocratique. La survie à quel prix sinon à tout prix ? La situation des populations vivant dans des régions limitrophes, à cheval sur deux identités (cantons de l’Est), etc.

Jean-Pierre :

Deux nouvelles ont particulièrement retenu mon attention parce qu’elles mettent intelligemment en lumière deux points intéressants de l’histoire de la Grande Guerre et ses traces dans le récit officiel qu’elle a suscité.

La première relate le calvaire de Maryse, une Montoise qui s’est réfugiée en France et revient au pays après l’armistice. L’hostilité de ses proches est palpable ; celle des autorités aussi. Marianne Sluszny rappelle un fait historique avéré que confirme l’historienne Laurence van Ypersele : les Belges (un million !) qui se sont réfugiés en France, aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne ont été considérés comme des planqués ; ces exilés (en ce compris les ministres du gouvernement partis à Sainte-Adresse) ont été tout simplement bannis de la mémoire collective. Le roi Albert n’aura pas un mot pour eux lors de son fameux discours du Trône du 22 novembre 1918.

La deuxième nouvelle nous mène à Raeren, dans cette région qu’au temps de mon enfance on appelait encore les « cantons rédimés ». Nous y rejoignons Greta née Allemande d’une mère verviétoise et d’un père allemand.  Le retour de ce dernier, soldat humilié par la défaite, est vécu douloureusement : le couple mixte n’y résiste pas. A la défaite s’ajoute le rattachement des cantons de l’Est à la Belgique. L’autrice nous remet en mémoire le simulacre de démocratie que fut la consultation organisée pour sonder le désir des populations locales. Le vote n’était pas secret et des pressions de toutes sortes furent exercées. Seuls 271 habitants sur 63 000 osèrent se prononcer pour le maintien de la souveraineté allemande. Seul le Parti ouvrier belge s’indigna du procédé…Dans son Histoire de Belgique parue en 1977, G.-H. Dumont continue de propager la fable d’un plébiscite enthousiaste. Entre autres mérites, la nouvelle de Marianne Sluszny souligne indirectement mais de manière certaine la manipulation que constitue souvent toute forme de « roman national », notion en vogue ces temps derniers.

Phil :

In fine, ce recueil est hautement recommandable et remplit de manière originale le cahier de charges de la collection. Il est à l’image de son autrice, si pudique qu’elle s’en efface devant un devoir mémoriel.

Jean-Pierre :

Le Belgiques de Marianne Sluszny se recommande même si de mon point de vue il lui manque une dynamique. L’unité de ton et de propos ainsi que l’emboîtement des textes donnent sa cohérence à l’ensemble mais créent une manière de camaïeu là où j’aurais préféré un tableau plus contrasté. Au fil des pages, j’ai ressenti un début de lassitude dans la répétition de destins sentimentaux trop semblables. Effet renforcé encore par l’usage récurrent d’expressions telles que « mon homme » dont presqu’à chaque fois on peut pressentir la déception qui va suivre.

Phil :

Finement observé, Jean-Pierre ! Mais je n’en tire pas la même conclusion. L’autrice n’a pas publié un recueil intitulé Belgiques isolé mais elle l’intègre dans une mosaïque de regards croisés portés sur la Belgique. Sa volonté de se limiter à un sous-thème, d’en livrer de subtiles variations prend dès lors tout son sens. Et, en tant qu’auteur, je l’admire de se mettre ainsi en retrait de l’œuvre, d’oser éviter les facilités du contraste, dans lesquelles je me lancerais sans doute moi-même. Je vais même aller loin : cette autrice, pour la deuxième fois (après Le banc), me donne une leçon éthique.


Michel TORREKENS, 129 pages

Par Philippe Remy-Wilkin, à la présentation, et Jean-Pierre Legrand, au contrepoint.


Michel Torrekens

Phil :

Dans son Belgiques, Michel Torrekens n’a pas choisi un sous-thème centripète (la femme dans la tourmente de 14-18 chez Marianne Sluszny, par exemple), il ne tente pas non plus de distiller structuration narrative et suspense. Non, ce qu’il nous propose, tout au long de ses 15 textes, ce sont des balades ou des rencontres qui, toutes, croisent un fragment de notre belgitude : le musée de Tervuren et le rapport au passé colonial, Delphine (de Belgique) et Johnny, la mort de l’émigrante refoulée Sémira ou l’enterrement du roi adulé Baudouin, etc.

La perspective est large et, pour le moins, éclectique, elle balaie notre horizon depuis l’homme de Spy (qui nous ramène 36 000 ans en arrière !) jusqu’à une anticipation où la Wallonie et la Flandre sont devenues des républiques indépendantes, Bruxelles un district européen, la région germanophone du pays s’apprêtant à muer en Bund allemand.

Jean-Pierre :

Des différents recueils objets de notre chronique, celui-ci est de ceux qui se rapprochent le plus du « cahier des charges » de la collection : constituer un portrait en mosaïque de la Belgique telle que vue, ressentie ou vécue par un auteur. Mission remplie : l’ouvrage est très personnel et atteint le cœur de cible.

J’ai un petit faible pour deux nouvelles. Tout d’abord Le roi, le journaliste et l’homme-léopard. Ce texte aborde la réouverture du musée de Tervuren : l’occasion d’une critique très fine de l’incapacité des autorités de regarder la vérité en face tout en concédant ce qu’il faut au wokisme très en vogue. Ainsi, cette sentence en huit langues qui accueille désormais le visiteur et qui surprend l’auteur : « tout passe, sauf le passé » ; difficile de cultiver un rapport plus névrotique à l’histoire plutôt que de réellement avancer dans son élucidation. L’autre nouvelle est Une soirée en enfer. Nous partons plus d’un siècle en arrière, à Mons, 37 rue de Nimy, chez maître Léon Losseau, esthète et érudit qui découvrit en 1901 l’édition originale d’Une Saison en enfer que l’on croyait détruite. Ode aux amoureux de la beauté et à ses découvreurs, ce texte a réveillé en moi un autre bonheur de lecture : le magnifique 37 rue de Nimy d’Alexandre Millon.

Phil :

Il y a une échappée hors de notre territoire, Academia (Belgica), un récit se déroulant à… l’Academia Belgica de Rome. Un choix qui n’a rien d’anodin et qui me semble même le point d’acmé du recueil. Par un faux paradoxe, le parc Borghese et ses pinèdes, abritent une Arche de Noé de la belgitude ou, plutôt, de la belgité. Des créateurs de tout art et de tout âge, Flamands et francophones, y assistent hébétés au Bye Bye Belgium mais, éloignés du terrain du sinistre, ils ne se querellent pas, ils se situent au-dessus des contingences, dans une humanité pure. Un très bon texte !

Jean-Pierre :

Je partage ton enthousiasme pour cette nouvelle : il s’en exhale une paradoxale douceur de l’exil. On n’emporte pas les petitesses communautaires à la semelle de ses souliers.

Phil :

Flotte sur l’ensemble du recueil une mélodie douce-amère traversée d’un frémissement d’humour, le plaisir de la déambulation n’entrave jamais la réflexion, la nostalgie laisse filtrer l’ombre du doute ou la perception des dérapages… qui pourraient mener au néant.


Les quatre recueils Belgiques de 2021

Luc DELLISSE, 137 pages

Par Jean-Pierre Legrand et Philippe Remy-Wilkin.

Luc Dellisse – Cet éternel retour

Jean-Pierre :

« Il y a deux manières de voyager en train : dans le temps et dans l’espace. Chacune de ces deux expériences met en branle les grandes émotions de la vie. »

Ces deux lignes qui ouvrent la nouvelle Miroirs mobiles (1965) me semblent au cœur de la démarche de Luc Dellisse dans ce beau volume de la collection Belgiques, à mes yeux l’un de meilleurs que j’ai lus.

Phil :

Quel plaisir, toujours, de retrouver Luc Dellisse ! Mais tu attaques illico la deuxième nouvelle du recueil quand je dois insister sur un détail qui en dit long, des allures de mise en abyme : je suis conquis dès le seuil du livre ! Dès la dédicace adressée à quelqu’un que je vois moi aussi comme une figure tutélaire :

« Pour Jacques De Decker,

qui est là, avec son regard lumineux

et sa voix pleine d’avenir. »

Dès la note introductive encore :

« J’ai passé la moitié de ma vie loin de la Belgique. Elle ne m’a pas beaucoup manqué durant ce temps. Mais quand je suis revenu m’y installer, pour des raisons professionnelles, je l’ai reconnue dans ses moindres nuances. Je l’ai rendossée, avec plaisir, comme une vieille veste de tweed retrouvée au fond d’un placard, et qui épouse la forme du corps, après si longtemps. En enfonçant les mains dans les poches profondes, j’ai eu la surprise de retrouver de menus objets du passé. Ils étaient là, intacts, inchangés, attendant que ma mémoire les réactive et les replace dans leur histoire originelle. Ils disaient le temps et le sang avec une force implacable. »

Jean-Pierre :

Après la moitié d’une vie passée hors de Belgique, le retour de Luc Dellisse en terre natale suscite une remontée du temps dans le désordre chronologique apparent de quinze nouvelles qui, toutes, réactivent un moment particulier de sa vie au pays. Que l’on ne s’y méprenne pas, l’élément autobiographique n’est qu’un support à l’écriture qui, comme le précise ailleurs l’auteur, « se nourrit du passé, pour le détruire et le remonter dans un autre sens ; comme un recommencement de ce qui pourtant n’a jamais eu vraiment lieu ».

Si le terme « nouvelle » n’est pas toujours approprié pour ces textes courts nourris de fragments d’une histoire personnelle, ils ont bien la dynamique de ce genre littéraire.  Par une espèce d’astucieux collage, tous les récits ricochent les uns contre les autres et dessinent une philosophie de la vie qui habitait déjà Libre comme Robinson ou Un sang d’écrivain.

Phil :

Deux livres magnifiques auxquels nous avons tous deux consacré un long dossier (en compagnie de Julien-Paul Remy) et des articles.

Mais ici s’infiltrent des notations plus émouvantes peut-être :

« Ma mère. Ma pauvre mère, à qui je n’ai jamais pu parler à cœur ouvert, à aucun moment de sa longue vie, et qui est tombée un jour face contre terre sans avoir connu autre chose que des tâches et des rôles – et aucun mot d’amour. »

Jean-Pierre :

La reviviscence du passé excède la simple remémoration : elle ressuscite des segments d’une époque qui, par le talent de l’auteur, acquiert une visibilité qu’elle n’avait sans doute pas pour la majorité de ses contemporains ; elle offre aussi une saisie du moi qui transcende le travail du temps et l’altération du changement. Ce dernier point est particulièrement sensible dans un texte comme Une fois de trop :

« J’étais jeune, sensuel, pauvre. Cette combinaison me convenait parfaitement et ne m’empêchait pas de lire, d’écrire et de faire mon salut.  Je n’y ai jamais renoncé, sur aucun de ces termes. Je n’ai tiré aucune conclusion d’aucun ordre de mes cheveux blancs, de mes mariages successifs (…). Je resterais solitaire, sensuel et pauvre. Pour ma jeunesse, elle finirait par s’imposer, simple question de temps. »

Phil :

La dernière scène (2002) est une excellente nouvelle, à la tonalité très singulière, d’une subtilité rare. La remémoration d’un temps où notre auteur se consacrait à des mises en scène de théâtre (« les années de ma plus grande solitude » !) évite la narration large pour se focaliser sur un fragment, quelques échanges avec un vieux régisseur, une esquisse de relation très ambiguë, des malentendus, une impossibilité d’essentialisation, de définition qui ouvre sur un rapport au monde nuancé, interrogatif… avec, en sus, un rebondissement et comme un embryon de suspense, une émotion finale. Un bijou !

Jean-Pierre :

Quel que soit le millésime, on rencontre partout dans ces pages le même homme rapide, désinvolte et distrait : Luc Dellisse a trouvé le secret d’une immortalité viagère qui vaut bien l’autre, plus conjecturale.

Une dimension renforce encore le plaisir de la lecture : l’humour. Un humour comme je l’aime : discret, un brin distancié, bref un condiment précieux qui éloigne de toute pesanteur et donne leur prix à certains portraits. On pourrait en faire un florilège. On se contentera de quelques extraits.

D’un directeur de l’Administration à la fin des années septante :

« (…) parce qu’il parlait une langue clapotant et chicanière, on le disait raffiné et même vieille France. »

De lui-même :

« (…) mon cas aurait été mauvais si j’avais été libertin. Il n’en était rien. Faute d’avoir le sens du péché, j’avais celui du péril. »

Et un petit dernier sur les placements financiers :

« (…) il m’a convaincu pour toujours que les placements de père de famille sont une façon très sage de s’appauvrir. »

Toutes les nouvelles du recueil sont délectables. Il est difficile d’en recommander l’une plutôt que l’autre. Mais une triade d’entre elles m’a plus particulièrement captivé : La bourse et la vie (1974), Une fois de trop (2005) et Fantôme (2021). Deux personnages y reparaissent : Marilo, la première épouse, à laquelle l’auteur ne fut marié que quelques mois, et Charlie, le beau-père égoïste, sensuel et cynique auquel il demeura attaché. D’une beauté affolante, dolente et sensuelle, avec un détachement qui confine à l’indifférence, Marilo est une fille un peu perdue qu’il ne semble pas possible d’arracher aux griffes de ses mauvais rêves.

Phil :

La bourse et la vie est un excellent texte, en effet. Qui métaphorise, à travers Charlie, une forme faussement avenante de la financiarisation de la société, la face bon chic bon genre d’un ultra-libéralisme sans état d’âme qui détruit le monde et les êtres comme Eichmann envoyait un convoi de prisonniers juifs à la mort. Une hideur sans nom s’élève dans l’ombre d’un récit où l’allègre et l’anodin se prennent les pieds dans le tapis de la tragédie. Quant à Une fois de trop… Qui reprend des personnages et approfondit leur histoire, jusqu’à… Jusqu’à quoi ? Tenter de comprendre ce qu’on a vécu, de corriger le tir, de mesurer les ravages des années ? Mais :

« Le voyage dans le temps est un combat qu’on perd, qu’on gagne, qu’on reperd, qu’on regagne, et ainsi de suite, jusqu’à la somptueuse défaite finale. »

Dans Premiers symptômes (1979), Dellisse se raconte jeune et l’aventure d’un emploi de rédacteur polyvalent, mais il déploie surtout deux Belgique escamotées : une Belgique administrative (la « maison Belgique »), d’une insensibilité marmoréenne, et une Belgique des laissés pour compte, tragique à pleurer. Cinglant et bouleversant, tout à la fois :

« Une hausse de dix pour cent sur le Canigou pouvait entraîner leur mort. »

Je retiendrai aussi A main levée, et l’impossibilité d’une adéquation avec ses parents, son milieu d’origine, revisitée au moment où, sur le tard, l’auteur trouve un ancrage conjugal et familial.

Jean-Pierre :

L’atelier de la mémoire (2020), très émouvante aussi, est l’évocation du grand Jacques de Decker auquel le recueil est dédié, par l’intermédiaire d’un rêve où l’ami disparu n’est pas mort, une tendre promenade dans le souvenir d’une amitié solaire.

Phil :

Je suis évidemment ravi devant l’importance ainsi conférée à un personnage hors normes qui, selon moi, a beaucoup plus à nous dire sur l’étoffe de notre belgité que bien des politiques ou sportifs. Mais qui connaissait Homère ou Virgile, Chrétien de Troyes ou Shakespeare, Cervantès et Proust, Schubert ou Modigliani de leur vivant ?

Jean-Pierre :

Le Belgiques de Luc Dellisse restera en bonne place dans ma bibliothèque comme un ouvrage au style plein et nerveux, d’une grande beauté formelle et d’un propos substantiel.

Phil :

Un de nos plus belles plumes, assurément ! Et un recueil testamentaire (au sens étymologique : « qui laisse trace, indices, témoignage de son auteur ») qui pourrait bien être le plus puissamment littéraire du lot. Parce qu’il insinue un rapport à soi, au monde, une complexité de sensations et de réflexions interrogatives, le tout dans une forme ferme, fluide et exquise… Un faisceau qui renvoie sans doute à l’essence du fait littéraire ou artistique.


Tuyêt-Nga NGUYÊN, 100 pages

Par Philippe Remy-Wilkin.

Tuyêt-Nga Nguyên

Il y a peu de nouvelles : six.

La première, Les vieux amants, courte, me déçoit. Ce n’est pas une nouvelle mais un billet d’humeur sur la Belgique, où l’autrice tente de tout résumer en quelques pages. Mais, ce faisant, elle ne fait que ressasser tout ce qu’on a déjà lu mille fois dans des magazines ou des journaux : Merckx et Justine, 1830, deux peuples et trois langues, neuf ministres de la santé, l’émission By bye, Belgium

D’autres textes (Les brise-lames d’Ostende, Le parc de Wolvendael) semblent glisser vers la même impasse : un embryon de récit s’insinue dans des copiés/collés de Wikipédia sur l’histoire d’Ostende ou d’Ensor, sur le parc ucclois, etc.

Pourtant, l’autrice écrit bien. Surtout, elle émeut lors de ses évocations les plus personnelles (Aubes claires, Pèlerinage(s)). Quand il est question de l’émigration vietnamienne, de son amont dramatique – guerre, camps de rééducation, boat people – et de son aval – l’accueil en Belgique, la manière dont des étrangers au vécu si différent et si intense perçoivent notre pays, ses habitants, ses lieux, ses distorsions communautaires. Cette dimension-là, qui apporte un judicieux contrepoint à la collection, aurait dû parcourir l’ensemble du recueil et pu alors le transformer en incontournable.

Me frappe, ainsi, la réflexion émise à la page 40 :

« (…) je n’arrête pas de penser à cette histoire de séparatisme qui menace la Belgique et que tu imputes aux différences de langues, de cultures et d’identités entre le Nord et le Sud. Eh bien, chez nous, on a partout la même langue, la même culture, la même identité, et cela ne nous a pas empêchés de nous battre pendant vingt ans avec des millions de morts à la clé (…). »

Mon texte préféré est pourtant Sunday Blues, une histoire de mari disparu mystérieusement dans la foulée des attentats islamistes qui ont secoué Bruxelles. La douleur discrète mais aigue de l’épouse doublement désemparée (par l’absence, par son énigme), rendue avec sobriété et subtilité, laisse soudain entrevoir un art mal exploité dans d’autres parties du recueil.


Colette NYS-MAZURE, 151 pages

Par Jean-Pierre Legrand, à la présentation, et Philippe Remy-Wilkin, au contrepoint.

Colette Nys-Mazure


Jean-Pierre :

Quelle bonne idée ont eue les éditions Ker d’inviter Colette Nys-Mazure à rejoindre leur précieuse collection Belgiques ! Essayiste, romancière, auteure de nouvelles mais avant tout poétesse, elle nous offre un recueil de textes à la jointure de ces genres. L’œuvre s’ouvre et se referme sur un poème et, sous la fiction à la dimension souvent autobiographique, perce une véritable leçon de vie : quoi qu’il advienne, demeurons attentifs à la beauté des jours.

L’écriture est subtile et précise. Les phrases, courtes, par l’alliance du rythme et de la métaphore, emmènent le lecteur au cœur de la scène décrite. Ainsi, en fin de journée, dans un train, dont les voyageurs sont captivés par leur écran :

« (…) à moins qu’ils ne dorment, tête dodelinant en d’inconfortables positions. Peu de paroles. Le poids du jour, indiscutable. Rien à voir avec l’allant de l’aube, les départs des guerriers casqués sur le qui-vive. »

Par petites touches sont suggérés les paysages de l’enfance, l’ombre d’un cerisier l’été dans un jardin retiré, un vieux clapier au bois rêche où se cachent les enfants. Colette Nys Mazure possède cette qualité que Mauriac chérissait : elle a « de la campagne » ; les sentiers bordés de groseilliers à maquereaux, la prairie plantée de pruniers et de noyers, elle les a parcourus avant qu’ils ne refleurissent sous sa plume.

Tissés dans la chair du quotidien, des destins ordinaires se dessinent, qui partagent le lot de tous les humains : « naître, croître, aimer, créer, souffrir, vieillir, mourir… ».  Célébration de la vie, ces pages sont aussi imprégnées de la mort mais sans que celle-ci n’altère le patient travail d’une existence en parturition d’elle-même : au plus profond du deuil ou du malheur, rien ne suggère « l’inconvénient d’être né ». Jamais la perte n’annihile ce surcroit de vie qui la réenchante, « rien n’est jamais perdu, ce qui a été demeure ». Sans aucun doute, la foi (que je n’ai pas) et l’espérance d’un amour qui ne nous quitte jamais peuvent-elles aider dans ce cheminement. Mais la spiritualité n’est pas réservée aux religions et, à la lecture des poèmes qui parsèment ce Belgiques, on mesure combien, selon la belle formule d’Hélène Cixous, faire œuvre, « c’est extraire un élément précieux, vrai et secret de chaque chose » : la poésie, omniprésente dans le recueil, touche au mystère des choses et à la transcendance.

Il arrive qu’une vision poétique du monde s’accompagne d’une forme de mièvrerie. Ici, il n’en est rien.  Le propos n’est pas de voiler la réalité ni même de l’édulcorer. A tout âge de la vie, son lot de malheurs.  La sérénité qui se dégage n’est pas une niaise adhésion à l’inévitable : sans cesse elle se conquiert. Ainsi, la vieille Mélanie isolée par la covid dans sa séniorie : entre l’affaiblissement continu du corps, la disparition des proches, la dépression du grand âge qui guette, « elle laisse passer le voile noir et cherche appui dans les évocations familiales, la poésie, la musique, une bière d’Orval… ».

J’aime particulièrement le double mouvement qui anime les nouvelles : celui qui nous dirige vers les autres, symbolisé par Elvira qui aime si « violemment » les trains, lieu d’échanges et de correspondances ; celui de l’approfondissement de soi, tout au long d’une vie qui est à la fois enrichissement sans fin et progressif épurement des lignes. Si la vieillesse évoque l’hiver, c’est que, comme l’écrit Colette Nys-Mazure citant Norge, « l’hiver est la saison où les arbres sont en bois ».

Phil :

Me frappe, dans ton évocation, qu’elle se situe en surplomb du recueil, qu’elle concerne sa matière, son étoffe sans s’appesantir sur telle ou telle nouvelle. Ton analyse renvoie à une réalité. L’autrice n’a pas distillé de véritables petites histoires, de véritables nouvelles, sa création se situe dans un registre plus impressionniste, une manière de rendre compte qui se goûte à la page et n’a que faire des limites officielles des textes.

Ceci dit, je vais quant à moi distinguer une des nouvelles, De chutes en traces vives, dont le début décrit quasi idéalement mon propre état d’esprit du mois de décembre récent, quand je sortais le l’opération Lisez-vous le belge ? et du jury du prix du roman, entre autres :

« Je croule.

Les livres me tombent des mains. Je suis excédée.

Elle se sent dangereusement menacée par la pile de ceux qu’elle n’a pas choisis. Ils lui ont été imposés par les jurys littéraires auxquels elle participe, offerts par des connaissances, des inconnus. Pas un jour sans un livre tombant dans sa boîte. Elle aurait tort de se plaindre. La mariée n’est jamais trop belle.

Et puis, à force, j’ai mal aux yeux.

Je suis injuste, ingrate.

Le plus souvent, ce sont ces radeaux de papier qui me sauvent et m’aèrent. »

Encore ceci. Lisant Colette Nys-Mazure, j’ai soudain songé à la grande Marie Gevers, que nous avons déjà évoquée en duo. A sa prose poétique, son impressionnisme littéraire.


Laurent DEMOULIN, 142 pages

Par Philippe Remy-Wilkin.

Laurent Demoulin – L’union fait la douceur

Le recueil est sous-titré L’union fait la douceur. Un intitulé qui en dit long sur le rapport de l’auteur à la belgitude, à la nation, etc. Oui, mais pas n’importe comment ni avec n’importe qui ou à n’importe quel prix. Même si on pourrait objecter que Laurent Demoulin prête une connotation négative à une « force » qui n’est pas nécessairement guerrière ou virile.

L’auteur se fend d’avertissements qui insistent sur la nature du recueil. Un thème parcourt les neuf textes mais ceux-ci seront traités fort diversement (comme des variations – TRES – libres ?) :

« Ils peuvent être aussi bien satiriques que poétiques, parodiques que réalistes, modernes et déconstruits que conventionnels dans leur narration, nostalgiques que moqueurs et fictionnels qu’autofictionnels. Ils relèvent là de la nouvelle, ici du conte ou encore de la fable, du poème en prose, du récit d’anticipation, du roman policier à énigmes, de la pièce de théâtre… »

La variation concernera la tonalité mais le gabarit aussi, de quatre pages pour Questions flamandes à trente-trois pour Rencart avec la mort rue Américaine.

Dès La fille aux deux noms, je suis sous le charme d’une écriture. « Ecriture » ! A ne pas comprendre en son sens étriqué : « il écrit bien », « il a un riche vocabulaire », etc. Non, une véritable écriture, ça implique une texture riche, qui peut intégrer, comme ici, un vocabulaire précis ou rare, une maîtrise de la langue (l’emploi des subjonctifs tangue entre nostalgie et ironie : « commençassions », tinssions »), une qualité de la phrase mais aussi une sensibilité, une capacité à juxtaposer ou mêler des informations de nature différente, à émouvoir ou faire réfléchir, informer, etc. de manière naturelle ou inventive, sans sur-soulignage :

« Quand j’étais belge, c’est que j’étais enfant. »

Et l’enfance, pour lui, dans un milieu qu’on perçoit ouvert et intelligent, se termine avec la relation de l’assassinat de Lumumba : elle déchire un drapeau trop clinquant pour le hisser vers une identité « pleine mais multiple, indifférente et imprécise ». Le dépucelage mental se poursuit avec une petite fille, Béatrice, qui l’intrigue, tantôt appelée Wilkin (sic !), tantôt Delaheid. Derrière une esquisse de romance enfantine et un embryon de suspense romanesque se faufile une recréation d’un temps si proche et si loin tout à la fois, où la misogynie et l’abus de pouvoir règnent sans coup férir, où les deux sexes ne sont pas censés se fréquenter, où la rencontre de l’altérité permet pourtant l’initiation à la réalité : Béatrice critique une institutrice, double tabou parce que femme, comme la mère idole, et autorité, mais cet éclair embrase l’intelligence assoupie du narrateur, qui se laisse à son tour envahir par le doute et la mise en question, décryptant le comportement ignoble de deux de ses instituteurs :

« Puis, doucement, il ouvrit la porte : celle-ci donnait sur une cour de récréation inconnue de nous, dans laquelle nous aperçûmes, criant, riant, courant, une nuée de petites filles.

  • Si vous ne travaillez pas mieux, je vous mets une jupette et je vous jette là ! Vous vous retrouverez avec elles ! 

(…)

Il fit monter Pablo sur l’estrade (…), il s’empara d’un foulard rouge, feignit de l’introduire dans l’oreille gauche de notre condisciple puis de le ressortir par l’oreille droite. (…) il imprima un mouvement de va-et-vient sur le tissu (…).

  • Vous voyez, expliqua-t-il, Pablo ne travaille pas assez ! Comme il n’étudie pas, il n’y a rien dans son cerveau ! C’est vide ! »

Dans la suite du livre, le lecteur éprouve de nombreux plaisirs du mot (« labiles »), de l’image, de la réplique (drôle, poétique, philosophique, sociologique) :

« J’envisage les visages plus que je ne les dévisage » ;

« Quelles jolies jambes ! A quelle heure ouvrent-elles ? » ;

« Qu’est-ce qui est premier chez l’être humain ? L’attraction charnelle ou l’angoisse de la mort ? » ;

« Pourquoi un Wallon ne serait-il pas capable de voter pour un Flamand dont il partage les idées ? »

Avec cette particularité d’une tension entre les normes (d’une langue et d’une narration) et leur contournement, ce qui tend l’ensemble vers le post-modernisme, me précipite dans des souvenirs de lectures de Rossano Rosi ou Thierry Horguelin. Principalement dans les deux fausses nouvelles policières, Le labyrinthe des rendez-vous et Rencontre avec la mort rue Américaine. Qui sont de petites perles de surréalisme. La première avance le pion d’un personnage se trompant de fête et de siècle sinon de récit, narre les amours d’une princesse belge en mal de mâle, tiraillée entre un militaire caserné et un migrant du parc (emblématique) Maximilien. La deuxième confronte deux policiers séparés par une rivalité de promotion aux crimes d’un tueur en série, à une énigme faisant écho à l’univers de Simenon.

Les deux dernières nouvelles, Le jour du référendum et Questions flamandes, portent sur la belgitude politique, plus particulièrement. La première, qui donne la parole à une série de personnes devant de prononcer sur l’indépendance de la Flandre, présente en son sein un fragment dialectique où le duo d’amis en disputaille Claude/Vincent rappelle délicieusement Les philosophes amateurs (une fausse nouvelle) et le théâtre du regretté Jacques De Decker.

In fine, le recueil offre un feu d’artifices littéraire. Où l’auteur s’autorise toutes les licences. Intervenir pour avouer qu’il délire, redémarrer plusieurs fois un récit avec de subtiles variations, critiquer la famille royale (coupée des réalités du monde) et sa neutralité de façade (tous les conseillers du roi sont catholiques et issus du même parti), multiplier les genres et les tonalités, etc. Tout en insinuant des leçons de logique et de sens critique, en déstabilisant les idées toutes faites, le rattachement à certaines positions dogmatisées, la manière dont on juxtapose les causes et les conséquences, etc.

Une révélation ! J’avais beau avoir lu Robinson, le livre qui a valu le prix Rossel à Laurent Demoulin, je prends ici un pur talent en pleine figure ou en plein esprit. Et une collection telle que Belgiques prend tout son sens, un cahier de charges, la contrainte poussant les meilleurs à reculer les limites de leur imagination.


Une réflexion en surplomb sur les 7 recueils

Phil :

Si on lit ou relit les sept recueils, les deux salves, on est frappé par la manière ô combien contrastée dont les auteurs/autrices ont géré le cahier de charges initial.

Une Véronique Bergen partage son intimité mais des interrogations majeures aussi dans une véritable prospection à travers l’espace et le temps belges. Un Michel Torrekens suit le même trajet mais avec une accentuation plus forte sur l’essence de la thématique : d’où vient le Belge et où va-t-il ? Leur investissement est conséquent et chacun des deux auteurs nous offre une perle. Une Marianne Sluszny élit la voie d’un resserrement sur un moment-clé de notre histoire tout en y mêlant un focus sur la condition féminine. Colette Nys-Mazure et Luc Dellisse privilégient le plus souvent une autofiction coulée dans un simple décor. Tuyêt-Nga Nguyên oscille entre les deux pôles : dire le thème de manière élargie (mais elle bascule alors dans le cliché) ou à travers une interaction originale (qui fait réfléchir et émeut). Quant à Laurent Demoulin, il raconte SA Belgique, celle qui enrobe son propre parcours de vie, mais il réussit la gageure d’orchestrer un fond narratif et des tonalités qui renvoient à la matière même de notre de la belgité.

Jean-Pierre :

Je partage ton avis. Il est très intéressant d’observer le parti contrasté que chaque auteur tire d’une même contrainte éditoriale. Le résultat est fascinant. Juste un sentiment qui demanderait peut-être de ma part une seconde lecture pour être éclairci : il m’a semblé que la Flandre était peu présente dans cette belgité.

Phil :

Du moins, chez certains….

Pour en savoir davantage sur la collection Belgiques

Le Carnet a évoqué les plus récents :

. Luc DELLISSE (par Frédéric Saenen) :

. Laurent DEMOULIN (par Michel Zumkir) :

. Colette NYS-MAZURE (par Michel Torrekens) :

. Tuyêt-Nga NGUYÊN (par Thierry Detienne) :

Jean-Pierre Legrand et Philippe Remy-Wilkin.

PS

Chroniques de Jean-Pierre Legrand dans Les Belles Phrases :

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/category/au-fil-des-pages-par-jean-pierre-legrand/

Chroniques de Philippe Remy-Wilkin dans Les Belles Phrases :

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/category/chroniques-de-philippe-remy-wilkin/

D’autres articles des deux mais aussi d’Éric Allard, Julien-Paul Remy et Paul Guiot pour une opération dédiée aux Lettres belges :

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/category/lisez-vous-le-belge/

Mais encore…

Nous revisitons différemment notre dialogue sur la collection Belgiques lors des Rencontres littéraires de Radio Ai-Libre, au micro de Guy Stuckens, le lundi 14 février. Pour nous écouter (87.7 MHz) :

http://www.radioairlibre.be/emissions.html

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