2022 – PREMIÈRES LECTURES : LES VERS DU CHAT / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Avec cette chronique, je voudrais adresser un clin d’œil en forme d’hommage à Marie Tafforeau qui a su en quelques années créer une maison d‘édition de qualité, Le Chat polaire, spécialisée dans la poésie de grande qualité. Elle a su dénicher des poétesse et poètes de très grand talent. J’ai déjà eu l’occasion de lire des vers de Isolde Kovalitchouk, Jean-Jacques Marimbert et, aujourd’hui, je vous propose des vers de Samantha Barendson et de Blanche Baudouin. A ce travail de détection et de promotion, Marie Tafforeau ajoute un excellent travail de mise en page et en valeur des vers de ses auteurs. Et, j’ai déjà d’autres recueils à lire … !


Americans don’t walk

Samantha Barendson

Le Chat polaire


Dans ce recueil Samantha Barendson propose un long poème en vers très courts, quelques mots seulement, une sorte d’Odyssée racontant une épopée routière au travers les Etats-Unis d’Amérique à bord d’un 4×4. Elle raconte le rêve formulé par son compagnon pour ses cinquante ans : rallier San Francisco depuis La Nouvelle-Orléans comme l’indique sa dédicace : « Pour Jean-Christophe Géminard qui a conduit plus de 3 000 miles de la Nouvelle-Orléans à San Francisco ». Cette épopée commence à l’aéroport de La Nouvelle-Orléans où les bagages arrivent en retard après avoir été ouverts et fouillés, j’ai connu cette même mésaventure lors d’un voyage à La Nouvelle-Orléans.

« Cadenas ouverts / à la pince coupante / ils ont fouillé / farfouillé / confisqué »

Avec ses vers comme des images, ses poèmes comme des vidéos miniatures ou des gifs, Samantha fait vivre l’Amérique qu’elle découvre, celle des touristes mais aussi celle, plus confidentielle, des road movies littéraires, celle de la ruée vers l’Ouest, celle où sont nés les grands mythes fondateur du Far West. Ils ont quitté La Nouvelle-Orléans et son quartier français, la Louisiane et ses cajuns…

« Arcadie / Arcadien / Acadien / Cadien / Cajun »

Ils ont laissé les Cajuns sous la bonne garde d’Evangeline, leur icône mythologique, ils sont partis vers l’Ouest en rejoignant la tout aussi mythique route 66 où l’esprit de Jack Kerouac flotte encore dans ce pays de cowboys, de sheriffs, de bandits et de héros :

« Calamity Jane … / Buffalo Bill … / Sitting Bull … / Bonanza… »

Photographie de la poétesse Samantha Barendson
Samantha Barendson

Traversant le Texas pour franchir les Rocheuses et leurs magnifiques sites naturels, jouer à Las Vegas, avant de rejoindre l’autre Amérique, celle de l’autre côte, celle du cinéma, des nouvelles technologies, du farniente, du soleil et des incendies gigantesques. Non sans avoir eu une pensée pour les grands sacrifiés du rêve américains : les premiers occupants de ce sol, les Amérindiens. Eux, ils connaissent le confinement sur leur réserve depuis 1637, pour la premiers.

« A Paris, Texas / il y a une tour Eiffel / avec un chapeau / de cow-boy »

Enfin arriver à San Francisco où

« Les fantômes de la Beat Generation sont là / entre les livres et les photos aux murs / un parfum de Ferlinghetti »

Un grand road trip de plus de trois mille miles pour découvrir l’Amérique où tout est trop grand, trop gros (surtout), hors dimension, l’Amérique qui nous a fait rêver pendant les Sixties mais aussi l’Amérique qui nous déçoit trop souvent maintenant. Samantha a su avec ses mots images faire naître ou renaître, pour ceux qui la connaissent déjà, cette Amérique qui vit trop si vite que « Les Américains ne marchent pas », partout on leur apporte de quoi surconsommer ou on les transporte sur les lieux de consommation

Et tout ça toujours sous la bénédiction de Dieu comme le rappelle la Bible toujours bien rangées dans la table de chevet de tous les hôtels …

« Holy Bible / dans le tiroir / de la table de nuit ».

Le recueil sur le site du Chat Polaire


Je te vous toi

Blanche Baudouin

Le chat polaire

Comme l’indique le titre, ce recueil est une variation sur le thème de certains pronoms personnels : JE, TE, VOUS, MOI et leurs déclinaisons. Des pronoms personnels que Blanche met en vers pour raconter une histoire d’amour qui commence avec JE, le moi de l’histoire, pour enchaîner avec le TE, l’autre que je rencontre, pour constituer avec le VOUS le couple vu par les autres. Et, l’histoire termine par TOI ou le tu de l’engendrement…

« je VOUS dis / j’ai envie de VOUS / VOUS me dites / j’ai envie de VOUS // café / non merci / pas de café / vite / l’addition / vite ».

Cette histoire est une suite de poèmes extrêmement minimalistes, l’un des pronoms cités (ou une ou plusieurs de ces déclinaisons) et deux ou trois autres mots souvent monosyllabiques pour exprimer l’attirance, le rapprochement, la réunion, …,

« TOI / TU / TOI /TU l’aimes aussi / moi / TU / moi / je l’aime / aussi ».

Des poèmes minimalistes allant de TU à VOUS des lèvres horizontales où se dépose le premier baiser aux lèvres verticales où se concrétisent l’union, la fusion, l’amour qui provoquera l’engendrement.

Blanche Baudouin

Ce recueil est complété par des illustrations en noir, masculin, et blanc, féminin, d’Albertine. De véritables épures représentant des scène d’accouplement fort pudiques qui évoquent l’amour, la fécondité, la maternité, la continuité, la pérennité, …, la vie qui continue mais aussi l’affection débordante et le plaisir orgasmique.

Ces poèmes, illustrés par ces dessins tout aussi minimalistes, sont d’une poésie d’une grande intensité, ils ne disent pas seulement, ils évoquent, provoquent, convoquent l’amour et le plaisir qui deviendront chair dans un nouvel épisode, sur une nouvelle page blanche.

« NOUS NOUS aimons / essentiellement / sur le blanc / de la page / à venir ».

En lisant ces jolis poèmes réduits au minimum si on considère le vocabulaire utilisé mais qui exprime tellement d’émotion et de sentiments, j’ai pensé à Ken Saro Wiwa, le Prix Nobel de littérature nigérian condamné à la pendaison et exécuté pour avoir participé à la rébellion de son ethnie contre celle qui la dominait sans pitié. Il a écrit Sozaboy, un livre magnifique sur les enfants soldats avec un vocabulaire extrêmement réduit et tout aussi élémentaire, et pourtant son livre est un chef d’œuvre que je place tout en haut de mon panthéon littéraire.

Le recueil sur le site du Chat Polaire


Lien vers la chaîne Youtube du Chat Polaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s