2022 – EN ATTENDANT LE PRINTEMPS : LISONS DE LA POÉSIE ! / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

En attendant qu’un doux soleil printanier nous caresse de ses chauds rayons, lisons encore quelques vers au coin de l’âtre. Des vers pleins de sagesse de Pierre YERLÈS qui n’est plus un jeune homme mais qui a encore une verve suffisamment aiguisée pour décrire en de jolis vers la trace qu’il voudrait laisser à ceux qui lui succéderont un jour ; ou, alors, des vers chatoyants, exubérants de couleurs, de rouge surtout, et de la fraîcheur de la jeunesse de Catherine BAPTISTE. Dégustons ses vers avec gourmandise avant de lire nos recueils de printemps !


Elégies paisibles

Pierre Yerlès

Bleu d’Encre


Yerlès, ce nom je le vois souvent dans le générique des séries télévisées que je regarde pour me détendre après une journée de lecture ou d’écriture. Je connais bien le comédien qui se cache derrière ce nom mais je ne savais pas qu’il avait un père qui maniait la plume avec une telle adresse. Encore une fois, Claude Donnay nous fait découvrir un poète talentueux comme il en a déjà révélé un bel aréopage !

Pierre Yerlès n’est plus un jeune homme, l’âge avançant, il sait que son existence devient de plus en plus précaire et qu’il devra affronter sa fin dans un avenir de plus en plus proche, il a donc décidé de prendre la plume pour laisser une trace de son passage sur terre déjà bien marqué par une longue et belle carrière professionnelles. Il explique sa démarche dans les premiers vers du premier poème de ce recueil :

« Ca m’est venu / comme une poussée d’urticaire / ou bouton de fièvre // … »

« Ainsi sont nées ces élégies / de mes quatre-vingt-trois ans / humble liturgie / de nos derniers instants ».

Ces élégies, comme il dénomme ces poèmes, même si elles évoquent la mort prochaine, m’ont semblées plus mélancoliques que tristes, j’ai même ressenti une belle résilience et une réelle sérénité sous la plume de l’auteur au moment de transmettre ce que l’on peut considérer comme un testament à l’intention de ceux qui lui sont chers et même de tous ses lecteurs.

« Enfants, petits-enfants / amis connus / et lecteurs inconnus / qui après moi vivrez / je vous lègue ces chants / de fin de vie / en guise de psalmodie / de mes dernières vérités ».

Dans ces textes, il évoque, évidemment, la mort, la femme dans laquelle il fusionne toutes celles qui ont marqué son existence, la vie, les raisons d’être, de vivre…, le monde réel et toutes ses misères, l’autre monde et ses inconnues, l’entre ces deux mondes, le passage d’un monde à l’autre, l’après avec toutes les interrogations qu’il comporte. Et les aigreurs, amertumes, déconvenues, inquiétudes, qu’il a ressenties et qu’il laissera à ses successeurs.

« Qui l’eût cru / qu’à mes heures du soir / au couchant de ma vie / je connaitrais / à certains moments / plutôt que les doux reposoirs / d’une sage vieillesse / les poisons d’une bile noire / …. »

Pierre possède une réelle qualité de versification, son vocabulaire est riche et varié, il glisse dans ses poèmes des images, des formules de style, des allusions, des évocations, des citations, …, dont la variété et l’expressivité contribuent notoirement à la richesse poétique de ses textes, à l’émotion qu’il transmet et au rythme et à la musique qui bercent ses vers. Les références, les citations, les dédicaces, les emprunts, les inspirations, … à de grands auteurs montrent l’étendue de sa culture.

Toutes ces qualités littéraires et culturelles lui permettent d’évoquer avec beaucoup de conviction, de poésie et d’émotion, le monde tel qu’il est devenu aujourd’hui, tel qu’il va le laisser, le monde dans toute son intégralité et ses composantes jusqu’à la Chine, la Nouvelle-Zélande et d’autres horizons encore.  Laissant à ses héritiers, comme tout bon testamentaire, quelques recommandations :

« Je puis considérer / sans trop de peine / être arrivé au terme / de mon humaine randonnée / et je regarde la mort en face / avec sérénité // … »

« Enfants / songez à votre père / quand il mourra / et rappelez-vous / ce que prédisait La Fontaine / … »

« La ruche la dernière ruche / de notre jardin / qui de vous s’en chargera demain ? »

Et, comme pour signifier que sa mort n’est pas un événement, il rappelle que :

« A chaque coup de balancier / de notre horloge planétaire /pelletées de morts par milliers / emplissent les cimetières // … »

Je dois aussi ajouter que la préface d’Alain Dantine introduit à merveille les poèmes du maître et que les dessins de Catherine Podolski les illustrent joliment.

Le recueil sur le site des Editeurs Singuliers


Treize acquiescements faits au cœur

Catherine Baptiste

Editions du Cygne


Guy Béart chantait « Elle est en couleur mon histoire / Il était blanc elle était noire / … », Catherine BAPTISTE, elle, écrit des poèmes en couleurs mais ils ne sont ni blancs ni noirs, qui ne sont pas couleurs, ils sont beaucoup plus chatoyants, rouges surtout. En des vers très libres, courts, concentrés, condensés, en quelques mots seulement, elle dit le monde, sa flore, sa faune, les femmes et les hommes et toute l’énergie qu’ils dispensent pour vivre « debout » face aux calamités qui les guettent, comme cette folle pandémie qui perturbe la planète entière.

Catherine choisit ses mots et les travaille comme un chef étoilé sélectionne ses produits avant de les accommoder. Elle préfère les mots « rouges », rouges comme le sang pour dire la vie qui coule dans les veines

« Le sang / peut-être / … »

Des mots « rouges », rouges comme la fureur, « la Fureur de vivre », rouge comme un rugissement pour dire les hommes et les femmes quand ils sont en ébullition pour combattre se défendre, imposer leur envie de vivre, leur douleur de vivre, …

« Les mots font des silhouettes au mépris de la nuit / il y a des hommes en guerre et des femmes en fureur / des gutturales / dans l’orange-sanguine de nos joues ».

« … / une transcendance, un émerveillement, une colère un rugissement ? »

Des mots rouges comme la terre grasse, la terre qui nourrit les plantes, la flore et la faune.

« Se saisir d’une parole rouge / comme on plante un petit arbre brun / dans la terre sombre des garrigues »

Des mots rouges comme les feux de l’amour, des mots rouges pour les mettre dans la bouche de la femme aimante.

« Rouges / au seuil d’une langue aimante / désirante et possiblement belle / puissante, imparable / … »

Des mots rouges comme des mots forts qui se mêlent aux mots bleus pour prendre une teinte violacée.

« A vouloir s’adresser avec cœur au cœur / en des paroles rouge-envols, rouge-dignité / on écrit parfois bleu-tout-campanule / bleu-campagnard et même rouge-violacé »

Catherine explore, expérimente, le langage « rouge » pour décrire l’élan vital nécessaire à toute forme de vie, l’énergie nécessaire à toute forme d’action, l’amour flamme de la vie.

Le recueil sur le site des Editions du Cygne

Le site de Catherine Baptiste

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