AGDEZ, DERNIERE PAGE de DANIEL SOIL (M.E.O.) / Une lecture d’Eric ALLARD


Afin d’éclaircir les circonstances et possibles commanditaires du meurtre de Johannes V., expert hollandais pour les Nations Unies au Maroc, tombé sous les coups de couteau d’un certain Fanid, un attaché culturel belge est mandaté sur place.

Johannes V. était « connu comme un partisan résolu de la diversité ». II pensait que « les peuples du Sud devaient participer à la culture monde avec leur propre patrimoine ». Il travaillait aussi « aux réparations en faveur des détenus politiques incarcérés sous le règne précédent. » Ce qui multiplie le nombre de personnes, ne partageant pas ses vues, à avoir eu intérêt à sa disparition.

Pour débuter son enquête, l’attaché culturel belge prénommé Jean (on reconnaîtra le cousinage avec le prénom Johannes), est accompagné d’Aïcha, une journaliste et interprète qui avait par ailleurs été proche du disparu.

Très vite, Jean qui relate ce récit est mis en contact avec un groupe, Assistance discrète, réunissant expatriés et Marocains fortunés, composé d’individualités aux sensibilités diverses et mal définies politiquement.

Jean laisse aussi entendre qu’il est attiré par les qualités, tant humaines que physiques, d’Aïcha. Leur rencontre débute ainsi sur le plan sensuel quand Jean se penche sur Aicha pour saisir sa traduction du discours d’un ministre.

« J’observe de près sa peau caramel, sa poitrine fervente qui se soulevait à un rythme marqué par le trac. Il m’a semblé bientôt avoir apprivoisé ses parfums les plus enfouis, avant même d’avoir échangé avec elles la moindre phrases. »

Daniel Soil

Dans un périple de cinq étapes qui le fera voyager dans le pays, de Rabat à Ouarzazate où se situe d’ancien pénitencier d’Agdez, toujours guidé par la journaliste, l’attaché culturel va approcher d’anciennes connaissances de Johannes. Au fil de ses pérégrinations et de son sentiment grandissant pour Aïcha, il va se sentir de plus en plus proche de Johannes et quasi revivre son parcours…

Ce livre qui prend la forme d’une enquête à travers le récit tout personnel qui nous est fait nous plonge dans le Maroc d’aujourd’hui, politique, religieux, culturel… non guéri de ses vieilles blessures et avec ses difficultés à se positionner face au monde occidental. Le roman est, de plus, remarquablement écrit et bien informé, puisque Daniel SOIL a travaillé au Maghreb (Maroc et Tunisie) en tant que diplomate.

Ce roman m’a fait penser au périple de Noctune indien de Tabucchi dans lequel le narrateur, en recherchant son ami disparu en Inde, va à la rencontre de lui-même.

Un nouveau excellent roman de l’auteur de Vent faste (prix Jean Muno 2001), du très beau Petite Plaisance ou encore de L’Avenue, la Kasbah sur le Printemps arabe tunisien de 2001.

Le roman sur le site des Editions M.E.O.

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