DISPARU D’UN TRAIT D’ENCRE d’ANNIE PREAUX (M.E.O.) / Une lecture d’Éric ALLARD


Géographie intérieure

Je n’ai jamais écrit de polar.

Le roman d’Annie Préaux s’ouvre sur cette déclaration de la narratrice… soumise à un interrogatoire au sujet de la disparition d’un de ses amis, modèle par ailleurs d’un personnage de roman au cœur du présent récit.

Car Aline, la narratrice, si elle n’a pas écrit de polar, est bien romancière.

Le disparu se nomme Alexandre Esse et son personnage, Alexandre Saintclaes. Comme on l’observe, ils gardent le prénom et bien des attributs en commun.

Les protagonistes de l’action relatée comme de la fiction en train de s’écrire, qui seront étroitement liés, ont souffert sinon d’un manque d’affection d’un défaut d’attention de la part d’un père qui s’est donné la mort. Le père réel comme le père fictif étaient artistes, dans le domaine de la peinture à l’encre sur papier.

Annie Préaux

La narratrice a une sœur adoptive, Hyang Su, d’origine coréenne, qui va jouer aussi un rôle fondamental.

L’important, c’est faire voir ce qui n’est pas visible, a un jour dit Hyang Su à propos de son travail artistique.
Ce qui est remarquable dans ce roman, ce sont les liens qui se tissent entre les personnages de fiction et les personnages du récit, entre la tradition artistique asiatique, coréenne en particulier, et l’art occidental, tant pour éclaircir les maux intérieurs des protagonistes que pour faire avancer l’intrigue.

Autre particularité, une partie de l’action se déroule durant la pandémie de Covid, pour preuve que la vie, les affects, les rencontres ont continué à circuler pendant cette période mondiale inédite.

Un beau roman, le huitième d’Annie Préaux, qui épouse la philosophie du kakemono, laissant bien des choses non dites, non détourées mais  livrant suffisamment d’indices, de signes, de correspondances au lecteur qui peut, dès lors, les faire résonner avec son propre vécu pour dénouer des noeuds, respirer mieux, ouvrir son horizon, voyager d’un continent à l’autre de sa géographie intérieure.


Annie Préaux, Disparu d’un trait d’encre, M.E.O., 188 p., 17 €.

Le roman sur le site de l’éditeur


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