2022 – LECTURES PRINTANIÈRES : L’AMOUR EN VERS / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Et le printemps est arrivé portant sur les ailes de ses brises des vagues d‘amour qui ravissent le poète. Alors pour ne pas être surpris le moment venu, je vous propose deux textes où l’amour est décrit en vers : tout d’abord un très joli livre illustré par Pascal Lemaître qui recense des vers de Molière parlant d’amour et, ensuite, une ode de Dominique Penez qu’elle adresse à l’amant qui n’a jamais été mais qui sera peut-être un jour prochain… au printemps peut-être ?


PARLEZ D’AMOUR DANS LA LANGUE DE MOLIÈRE

Textes choisis par Julie Maillard

Illustrés par Pascal Lemaître

Editions de L’Aube


Pour célébrer les quatre-centième anniversaire de la naissance de Molière, les Editions de l’Aube ont fait le choix d’éditer une sélection de ses citations évoquant l’amour. Julie Maillard qui a opéré cette sélection a eu un large champ de recherche car l’amour est un sentiment largement répandu dans l’œuvre de Molière. Il suffit d’évoquer certains titres de ses pièces pour être déjà convaincu : Le dépit amoureux, Sganarelle ou Le cocu imaginaire, L’école des maris, L’école des femmes, Dom Juan, L’Amour Médecin, Les amants magnifiques et d’autres pièces ou textes encore. Ce recueil est aussi prétexte à de très jolies illustrations de Pascal Lemaître qui étale sans retenue aucune des cœurs rouges, emblème par excellence de l’amour, sur toutes les pages du recueil. L’éditeur lui a même réservé, à la fin de l’ouvrage, tout un cahier présenté sous le titre « Dessinez-moi l’amour », ce qu’il a fait et bien fait. Dans tous ses dessins, les cœurs rouges sont inclus dans des personnages ou situations qui évoquent avec humour le texte placé en regard quand il y en a un, et quand il n’y en a pas une situation amoureuse toute aussi humoristique.

J’ai noté quelques citations au hasard de ma lecture :

Hyacinthe – Les Fourberies de Scapin – acte III – scène 1

« La douce chose que d’aimer, lorsque l’on ne voit point d’obstacle à ces aimables chaînes dont deux cœurs se lient ensemble ! »

Elise – L’Avare, acte I, scène 1

« Je crains fort de vous aimer un peu plus que je ne devrais. »

Magdelon – Les précieuses ridicules – acte i – scène 4

« Il faut qu’un amant, pour être agréable, sache débiter des beaux sentiments ; pour pousser le doux, le tendre, et le passionné, et que sa recherche soit dans les formes. »

La Comtesse – La comtesse d’Escarbagnas – scène 2

« Il est bon, Madame, de ne pas laisser un amant seul maître du terrain de peur que faute de mieux, son amour ne s’endorme sur trop de confiance. »

Premier musicien – Le Bourgeois gentilhomme – acte i – scène 2

« On ne peut être heureux sans amoureux désirs ; ôtez l’amour de la vie, / vous en ôtez les plaisirs. »

Dom Juan – Dom Juan ou le Festin de Pierre – acte i – scène 2

« Les inclinations naissantes après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l’amour est dans le changement. »

Ainsi chez Molière l’amour est doux, tendre, passionné mais il est aussi parfois contraint, illégitime, débordant, il provoque souvent des situations cocasses. Et, Molière n’hésite pas à glisser quelques allusions à la saveur coquine et quelques conseils débordant un peu la morale bien-pensante de l’époque. Un bel ingrédient pour de bonnes comédies !

Et, pour conclure, méditons l’avis de Monsieur de Pourceaugnac : « Quand deux cœurs s’aiment bien / Tout le reste n’est rien ».

Le livre sur le site de l’éditeur


ODE À L’AMANT IMAGINAIRE

Dominique PENEZ

Bleu d’Encre


Avec un grande économie de mots très choisis, des vers très courts d’une grande fluidité, Dominique PENEZ écrit ce mince recueil que, pour ma part, j’ai lu comme un seul et long poème, comme une épopée, comme une chanson de geste, évoquant les aventures d’un amour enflammé, brûlant, sensuel, exultant, chevaleresque … mais plus fantasmé que vécu …

Ces vers enflammés racontent un grand amour qui, hélas, n’est pas, n’est qu’un fantasme, une illusion et finalement une grande douleur. Chaque mot de ce texte est chargé de sentiments, de sensations, de désir, d’envie, de besoin, chaque mot est sensuel, charnel, cri, appel …

Ce long poème commence comme un désir qui monte, monte et s’enflamme :
« votre visage moins défait / (Comme je voudrais le serrer dans mes mains) / seule avec vous dans un petit coin de l’univers / sentir votre corps parler sous mes caresses ».

Désir qui devient besoin, possibilité d’obtenir :
« et moi qui vous attends / vous attends, please / please, ne trainez pas ».

Envie qui se mue en prière :
« emportez-moi dans votre univers / peut-être il y aura / moins de rancœur / moins de rancune ».
« venez / venez / venez / dans mes entrailles ».

L’envie insatisfaite provoque la frustration :
« emmenez-moi de grâce / emmenez-moi ».

La frustration, elle génère les suppliques :
« prenez-moi / prenez-moi, c’est votre geste / que j’attends ».
« prenez-moi en vous avec vous / en vie en rêve / je suis là je vous suis ».

Mais ces suppliques ne rencontrent que l’absence :
« vous me manquez tellement / de quelle façon / pour quelle chanson ».

Et déception :
« j’ai frappé à ta porte / mais tu n’étais pas là ».

Tout en gardant le son, la musique et le rythme de ce poème, Je n’ai pas trouvé meilleure solution que ce raccourci du texte original pour rendre l’intensité des émotions et des sentiments véhiculée par les vers de Dominique Penez. Il manque seulement la longueur de l’ensemble du recueil pour ressentir l’aspect épique et chevaleresque de cette geste amoureuse.

Le recueil sur le site des Editeurs singuliers

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