ALEGRIA de MANUEL VILAS (Ed. du Sous-Sol) / Une lecture d’Eric ALLARD


Les livres qui ont un ton, une vision, du souffle sont rares.

Alegria de Manuel VILAS possède les trois et cela nous permet de lire ses quatre cents pages d’un seul élan – de joie.

« Au début de l’année 1918, j’ai publié un roman qui est le récit de ma vie. Ce livre est devenu un abîme.
Dans ce livre vivait l’histoire de ma famille.

Bach et Wagner, mon père et ma mère.

J’ai mis ma famille dans un livre avec de la musique et c’est la plus belle chose que j’aie jamais faite. »

Ce livre, c’est ORDESA, qui a obtenu en France le Femina étranger 2019, a été encensé par Cercas et Munoz Molina (excusez du peu). Il a fait connaître Vilas internationalement.

Dans Alegria, Manuel Vilas fait la promo de ce précédent livre. Il passe beaucoup de temps à l’hôtel et continue à parler de sa mère et de son père morts comme de dieux vivants en les nommant de noms de grands musiciens. Si les pseudos interchangeables sont devenus dans le domaine de l’identité verbale ce qu’est le tatouage pour la peau du quidam, ici les avatars prennent une dimension planétaire. Même si tout est hypertrophié, à la limite du délire ou de la maladie mentale, dont souffre possiblement le narrateur, on marche comme une fanfare de carnaval avant le grand feu, comme un défilé de majorettes avant le lancer de bâton de la maréchale, comme un orchestre électrique sous la baguette d’un chef survolté.
Va savoir si l’auteur se confond avec son narrateur ou bien surjoue son amour pour ses proches et l’humanité, le roman procure une pêche d’enfer, ou le juteux se mêle au funeste.

Car le mal, le chaos, le désordre sont au même titre que la joie le lot du narrateur auxquels il a donné un nom générique, Arnold, ainsi que le musicien emblématique de la musique dodécaphonique : Schönberg.

De plus, le narrateur voue une vénération aussi appuyée pour ses fils, passablement indifférents à leur père, qu’il a surnommé Bra(hmz) et (Vi)valdi Sa femme actuelle, c’est Mo comme Mozart.

Avant la fin du roman, le monde sonore vire dans le cinématographe, ils prendront tous un nom de comédien célèbres.   

Si vous voulez vous éclater, voir la vie en grand, malgré ses tréfonds, ses vertigineuses angoisses, lisez Alegria et vivez le monde en musique et au cinéma, ces deux grands arts mainstream qui emportent tout lecteur au-delà de la littérature pure et dure.
Gageons que dans son prochain roman qui surfera sur le succès de celui-ci, Manuel Vilas donnera à ses proches des noms de héros de Marvel ou de grands sportifs morts !

Le roman est traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon.

Notons enfin que l’Alegria du titre fait référence au livre d’un poète espagnol, José Hierro, publié en 1947.

Alegria de Vilas sur le site des Editions du Sous-Sol

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