2022 – BOURGEONS DE LECTURE : HOMMAGE à JEAN-PIERRE OTTE / La chronique de DENIS BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

La revue Traversées a réuni une jolie cohorte de chroniqueurs pour rédiger un très bel hommage à Jean-Pierre OTTE, l’écrivain peintre belge émigré en Quercy. J’ai eu la chance de recevoir ce numéro spécial dédié à Jean-Pierre Otte et en y associant ma lecture et mon commentaire de son dernier ouvrage, Présence au monde, plaisir d’exister, j’ai pu ainsi relayer cet hommage sur le site Les Belles phrases. Ma manière à moi de rendre un hommage à auteur très talentueux que j’ai découvert il n’y a que quelques années et avec lequel j’ai vite lié un solide lien de sympathie.


Jean-Pierre Otte

Collectif Otte

Traversées N° 99 – 2021 – III


La revue Traversées consacre son n° 99 du troisième trimestre 2021 à l’écrivain belge résidant désormais en France, dans le Lot, Jean-Pierre Otte. A cette fin, les responsables éditoriaux ont rassemblé un riche aréopage d’auteurs proches de Jean-Pierre, tous plus talentueux les uns que les autres, chacun cherchant à évoquer une des faces de ce personnage, que ce soit à travers les pays qu’il a habités, la vie qu’il a connue et les œuvres qu’il a écrites. Ils n’ont surtout pas manqué d’évoquer l’ami qu’il fut pour tous au-delà de l’écrivain brillant et talentueux. J’en ai compté plus d’une vingtaine penchée autour de l’écritoire pour fignoler ce magnifique hommage. Il y a là, bien sûr, des Belges et des Français mais aussi bien d’autres venus, ou nés sous, d’autres cieux : espagnols, italiens, luxembourgeois, québécois, néerlandais, …  Je ne les citerai pas tous car il faudrait que j’écrive moi aussi un numéro spécial particulièrement fourni, j’ai remarqué quelques noms que je connais mais aucun auteur que j’ai déjà lu.

Cette lecture a donc été pour moi une sorte de découverte de l’homme et de l’artiste, en réalité une seconde découverte car j’ai déjà une belle idée de son talent de plume après avoir lu et commenté son recueil d’aphorismes, « La bonne vie », paru aux Cactus inébranlable éditions. Ce numéro spécial de la revue de Patrice Breno a donc été pour moi la seconde occasion de croiser la plume de Jean-Pierre Otte, écrivain et peintre encyclopédique au talent protéiforme. Dans ce numéro spécial, les différents contributeurs ont dépeint l’homme amoureux de la nature et des lieux où il a résidé : l’Ardenne belge et le Lot en France. Son attachement à ces terroirs, à la végétation qui y pousse et à la faune qui les peuple. Ils évoquent aussi son œuvre, ses débuts littéraires dans la poésie et les textes courts, les romans et les essais qui ont suivis, les recueils d’aphorismes et les divers autres écrits. Ils n’ont pas oublié d’évoquer le peintre qui a réussi avec bonheur dans la peinture à la cire chaude. Ils ont souligné à l’unisson sa grande culture, son esprit ouvert et libre, sa sagesse, sa détermination dans l’action, sa clairvoyance de jugement, …

A travers tous les hommages rendus, on découvre l’homme prêt pour l’aventure, « Lever l’ancre, lâcher prise, larguer les amarres … », l’homme toujours prêt à partir dans un « voyage autour des profondeurs ottoniennnes » comme l’écrit Elisa Luengo Albuquerque. Celui qui « sacrifie la littérature à la nature… » ce qui permettra à Elsa de le rapprocher de Julien Gracq. L’un évoque l’Ardennais, l’autre l’émigré en France, tous l’ami et certains l’auteur, le penseur qui préconise qu’il faut se libérer devant les contraintes de la famille et de la société. La formule d’Anne Briet : « Ecrivain, penseur, conteur insatiable de l’histoire humaine, animale, végétale … amoureux fou de la vie », résume bien l’artiste tel qu’il apparait dans les lignes de cet hommage. Et l’artiste a ouvert largement son champ de pensée, comme l’évoque David Jauzion-Graverolles, à tous les mythes et à toutes les pratiques initiatiques des indigènes de toutes les contrées de la planète.

La femme est un autre thème cher à Jean-Pierre, la femme idéalisée, la femme dans le couple…, les femmes qu’il a aimées dans la vie et dans les écrits. Thème que Michel Otten étudie à la lecture de « Cette nuit à l’intérieur d’une bogue ». Et la femme, c’est bien connu, conduit au plaisir, on pourrait ainsi passer de Michel Otten à Mario Pelletier qui écrit : « Jean-Pierre Otte a acquis un mas dans le Sud-Ouest de la France pour répandre, de livre en livre, sa conception du plaisir d’exister ».

Ce numéro comporte aussi quelques poésies de Jean-Pierre lui-même, une nouvelle inédite de son épouse, Myette Ronday, quelques poèmes d’un auteur insuffisamment connu à son goût : Jacques Carlot et aussi, bien évidemment, de très jolies illustrations du maître en personne. Jean-Pierre est en effet un peintre-écrivain. Nicole Détourbe déclare que pour Jean-Pierre « depuis le début « le recours aux couleurs » est aussi naturel que le recours aux mots… ». Le trait et la couleur font partie intégrante de son vocabulaire artistique tout comme les mots et la ponctuation.

Je ne comprends pas comment j’ai pu passer aussi longtemps à côté d’un si grand artiste qui a été plusieurs fois l’invité de Bernard Pivot, Patrick Poivre-d’ Arvor, Monique Atlan, François Busnel pour ne citer que ceux l’ont accueilli le plus souvent. Mais, je sais que je lirai bientôt son prochain ouvrage, alors…


Jean-Pierre Otte

Présence au monde, plaisir d’exister

Jean-Pierre Otte

Le temps qu’il fait


J’ai découvert Jean-Pierre Otte en lisant son P’tit Cactus, « La bonne vie », un titre qui a lui seul pourrait déjà résumer cet écrivain et peintre au talent protéiforme et à la culture aussi vaste qu’un domaine en Quercy. Ces impressions ont été totalement confirmées par tous ses amis qui ont participé au bel hommage rendu par la revue Traversées avec l’édition d’un numéro spécial particulièrement élogieux. C’est donc avec une certaine impatience que j’attendais la lecture de ce recueil de chroniques, j’avais très envie de retrouver l’ami chaleureux, l’amoureux de la nature, l’auteur inspiré et le peintre talentueux dépeint par les artistes réunis pour rédiger l’hommage qu’il méritait tant.

Dans ce recueil, Jean-Pierre Otte démontre tout le talent que j’avais déjà découvert dans les deux ouvrages cités ci-dessus : le contemplatif qui s’enthousiasme devant le moindre brin d’herbe qui est pour lui une merveille pure, l’ami nostalgique, le compagnon de tous les souvenirs qu’il décrit avec son grand talent littéraire mais aussi avec beaucoup d’émotion. Cette évocation de son enfance en Ardennes belges est un véritable bain de jouvence, il raconte avec tellement de douceur, d’émotion, d’empathie le pays qui l’a vu naître et grandir, ceux qu’il a aimés, sa famille et ses amis et quelques femmes accortes, et tous le petit bestiaire qui peuplait les plaines et les bois environnants.

En lisant ce livre, j’ai senti mon environnement se dissoudre progressivement, s’effacer, laisser la place à cet autre monde où enfant, j’inventais, seul ou avec les gamins de mon quartier, des aventures fabuleuses, héroïques, rocambolesques, des aventures qui n’avaient rien à voir avec celles que nous avons vécues l’âge adulte venu. Nostalgie ! Nostalgie !

Ce recueil comporte aussi des chroniques relatant les impressions et sensations qu’il a ressenties lors d’un séjour dans le Sud-Ouest. Mais la partie la plus conséquente et peut-être la plus riche est celle qu’il consacre à sa vision de la littérature, aux auteurs qui l’ont fait vibrer. Là encore, j’ai retrouvé des émotions, des sensations, des idées que je partagerais volontiers. Et pour clore ce copieux recueil, Jean-Pierre Otte ajoute une série de réflexions, parfois générales, parfois très précises, sur l’existence et les aléas de la vie.

Ces chroniques sont de véritables poésies en prose, le vocabulaire en est particulièrement riche et j’ai beaucoup apprécié la volonté de l’auteur de réintroduire dans son langage des mots que certains jugent désuets et qui ont presque disparu malgré leur grande précision et leur saveur littéraire. L’auteur attache une grande importance aux mots tout comme au langage et à sa relation avec la terre, le terroir et même la gastronomie. Ils forment ensemble notre patrimoine identitaire et culturel, ils constituent l’empreinte de nos corps, le fond de notre pensée et la sensibilité de nos cœurs.

Ce recueil pourrait être l’ébauche d’un texte testamentaire que Jean-Pierre écrira peut-être dans des années que nous espérons encore très lointaines. Je me souviens d’avoir écrit à l’occasion d’une autre chronique les quelques mots ci-dessous qui me semblent de plus en plus de circonstance. « J’adopterais volontiers toute la philosophie contenue dans la quasi-totalité des pensées qui figurent dans ce recueil, tant elles m’ont semblé emplies de sagesse, de bon sens, de détermination et de clairvoyance, … ».

Le recueil sur le site du Temps qu’il fait


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