2022 – BOURGEONS DE LECTURE : LES ESPIÈGLES CAROLOS / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Ils sont mes amis et j’aime beaucoup leur façon de manier l’humour avec toujours une pointe de malice. Éric ALLARD est plus qu’un complice puisque je collabore à son blog, Les Belles Phrases, depuis au moins une douzaine d’années maintenant. L’autre Eric, DEJAEGER pour la circonstance, est certainement l’auteur que j’ai le plus commenté depuis mon entrée en chronique de lecture, ça laisse des traces, ça noue des liens. C’est donc avec un grand plaisir que j’ai saisi l’opportunité de les réunir dans une même chronique à l’occasion de leur dernière publication au CACTUS INÉBRANLABLE. Les Eric du Pays noir comme j’aime à les appeler pour les taquiner mais surtout par affection.


Chronique de la fin du troisième millénaire

Éric Dejaeger

Cactus Inébranlable Editions


Eric Dejaeger hante les collections des Cactus Inébranlable Editions depuis que cette maison a été fondée par Jean-Philippe Querton et son épouse, en 2011, c’est donc en toute logique éditoriale et littéraire que nous le retrouvons dans Microcactus, la nouvelle collection de cet éditeur, pour signer le numéro 7. Pour la circonstance Eric a fait appel à toute sa créativité pour inventer la chronique de l’année qui serait la dernière de celle du troisième millénaire, l’année 3000 puisqu’il n’y a pas eu d’année 0. Depuis des lustres qu’il fréquente les surréalistes, les oulipiens et bientôt d’autres courants littéraires encore, Eric ne manque pas de créativité, c’est peut-être ce qui lui fait le moins défaut.

Dans ce nouveau monde dépeint par Eric, tout a changé mais rien n’est réellement nouveau, tout est toujours plus grand, plus gros, plus fort, plus vaste, le monde n’est plus monde, il est espace, l’humanité n’est plus humanité, elle est le peuple de l’univers. Rien n’est comme avant mais les tares et les vices des peuples sont toujours là et bien là. La course au gigantisme et au profit est encore plus effrénée, la puérilité et la stupidité n’ont fait que se renforcer. Ce nouveau monde n’est en fait que le prolongement de celui que nous connaissons actuellement avec ses grandes calamités : changements climatiques, course au profit, pandémie, conflits abscons mais dévastateurs… Eric n’est pas très optimiste mais il est sans doute fort lucide.

« 25-03-3000 – Pour la 143° année consécutive, le prix Totalgaz de la paix n’a pas été décerné ». J’aurais tendance à conclure que les pétroliers n’ont aucun intérêt à servir la paix et qu’ils ont donc phagocyté les instances chargées de remettre ce prix.

« 30-03-3000 – Les pluies diluviennes qui s’abattent sur le Sahara depuis quatre jours obligent plus de trois millions de personnes à fuir la zone dévastée ». Le bouleversent climatique n’était pas un leurre, le Sahara redevient ce qu’il était dans des temps beaucoup plus anciens.

« Une première universelle au royaume de France : la chaîne de boucheries Dupont – 3720 magasins – propose de la viande de porc halal … » Et dire que pendant deux millénaires et demi, des peuples se sont étripés pour des morceaux de barbaques alors qu’il suffisait de produire de la viande de porc halal ! Eric nous montre là combien sa sagesse est grande !

La seule chose dont nous ne pouvons pas percevoir le changement, c’est la tête qu’avait les écrivains à cette époque puisque l’auteur a toujours refusé d’ouvrir un compte sur le célèbre réseau social intersidéral : « Tronchakon » (encore une tare de notre monde actuel qui a bien prospéré). Il restera à jamais l’homme sans visage !

Le recueil sur le site du Cactus Inébranlable

Court toujours, le blog d’Éric DEJAEGER


Grande vie et petite mort du poète fourbe

Éric Allard

Cactus Inébranlable Editions


Après avoir « stigmatisé » les écrivains dans un précédent recueil intitulé : « Les écrivains nuisent gravement à la littérature », Eric Allard revient dans la collection « Les P’tits Cactus » pour, cette fois, égratigner les poètes fourbes. Ce nouveau recueil est composé d’aphorismes, de micronouvelles (je vous laisse apprécier notamment la #13 et la #14 qui sont très représentatives), de micro-textes, de courts dialogues, « Histoires de dire », dans lesquels il étale toute sa virtuosité littéraire et sa grande culture. Il est passé maître dans l’art du détournement d’expression, de la combinaison de plusieurs expressions pour en faire jaillir une nouvelle plus insolite et beaucoup plus drôle. Il évoque, ou plus souvent fait allusion à, des œuvres littéraires, des films, des chansons des œuvres musicales pour faire sourdre une pensée, une réflexion burlesque, surréaliste, insolite, narquoise et toujours drôle.

Le fil rouge de ce recueil est fidèle au titre de l’ouvrage, Eric se moque, nargue, la littérature de supermarché, la littérature de grande consommation celle qui s’évalue en nombre d’exemplaires vendus et non à l’aune de sa qualité littéraire. Il brocarde les publications à profusion, « Cet auteur à la profuse personnalité publie un livre par moi ». Jamais il n’est méchant, il se contente juste de quelques espiègleries, quelques taquineries, quelques moqueries, il chambre délicatement, il nargue gentiment. Mais derrière ses mots, percent toujours une petite pointe d’amertume et parfois même d’aigreur.

Il supporte assez mal l’inflation langagière en matière de compliments gratuits souvent : « Depuis qu’il a accédé au trône, le roi du sonnet rencontre le haut du panier littéraire : le prince de la nouvelle, le seigneur du roman, le sultan du conte, le kaiser de la philosophie, l’empereur de l’aphorisme… Seul le grand mogol du polar s’obstine à le snober ».

Dans cet opus, Eric démontre aussi, notamment à travers cette micronouvelle, qu’il est un excellent poète : « Pendant la chute du ver sur la Voie ouatée, le poète parsème sa page de blancs et limite la progression des morphèmes dans toutes les directions, chaque vocable détonnant comme une balle de plomb dans le silence du mot ».

On le savait déjà, son blog est suffisamment explicite à ce sujet, Eric aime à dire qu’il aime les livres, cette « Histoires de dire », l’exprime encore mieux et plus drôlement : « – J’aime à regarder les livres… / – Et moi les toucher, les palper, les peloter… / – Je suis un visuel. / – Et moi, un tactile. / Il en faut pour tous les goûts. / – J’en connais qui vont jusqu’à les lire… ».

Eh oui, il y a des poètes fourbes comme il y a des commentateurs, chroniqueurs, critiqueurs pas toujours très bienveillants, Eric ne les pas oubliés. Je crois qu’il pense que tous ces gens ont certains penchants retors !

Le recueil sur le site du Cactus Inébranlable


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