LES OISEAUX N’ONT PAS LE VERTIGE de DANIEL CHARNEUX (Genèse) / Une lecture d’Éric ALLARD


Un champion du deuil

Philippe et Jean Berthollet sont nés dix ans après la Seconde Guerre mondiale dans les Ardennes françaises. Depuis leur naissance, ils sont Les Inséparables jusqu’au jour où le destin en décide autrement…

Le 1er avril 1968, Jean Berthollet, le narrateur, comprend que son enfance est morte. Un an plus tard, un article de Paris-Match sur deux pages, agrémenté de trois photos, marquera le reste de sa vie. Il est consacré à un homme doué d’une grande force physique qui deviendra champion d’Europe de boxe des poids lourds, José Manuel Ibar, surnommé Urtain, qui se suicidera vingt-trois ans plus tard, en se jetant du dixième étage de son immeuble madrilène.

« Peut-être qu’il trouvait un ancrage solide dans ce boxeur à qui une grande carrière souriait, ce roc capable de soulever des montagnes, cet imposant contrepoint de lui-même », écrit Jean quand il s’interroge sur les raisons de sa fascination d’adolescent pour Urtain.

Devenu metteur en scène et comédien, Jean Berthollet écrira une pièce sur la vie du héros de son adolescence, battu par Mohamed Ali mais vainqueur du Belge Jean-Pierre Coopman.

Dans la première partie du récit, le narrateur raconte son enfance avec son jumeau, et ses ascendants, surtout le grand-père Marcel, comment sa famille a vécu des pertes, avec l’idée sous-jacente, régnant à l’époque, de justice immanente censée punir ceux qui ont failli.

Jean narre aussi sa rencontre au cours Florent à Paris avec Mathilde, issue d’un milieu bourgeois,, puis la naissance tardive d’une fille, Chloé, l’avant-dernière année du précédent millénaire, alors qu’il a dépassé la quarantaine. Un film, « C’est arrivé demain », l’impressionne à double titre, tant par son sujet qui permet d’anticiper les malheurs du lendemain en corrigeant préventivement le futur que par son actrice principale, Linda Darnell, à laquelle Mathilde ressemble. Linda Darnell connaîtra aussi une fin de vie tragique en 1965 dans l’incendie de sa demeure.

En 2018, à vingt et un ans, Chloé qui est à Bilbao dans le cadre de ses études de journalisme se rendra, sur le conseil de son père, avec son ami à Cestona dans le village du Géant basque…

Si le dixième roman de Daniel Charneux qui questionne le deuil et la relation père-fille s’inscrit bien dans sa manière, tissant autour de son narrateur ou personnage principal une trame étroite faite de souvenirs personnels et d’une sympathie pour des célébrités plus ou moins oubliées du monde artistique ou sportif, il renoue ici formidablement avec le côté thriller de son premier roman, Une semaine de vacance.

Ainsi que dans le roman qui ressort en poche chez le même éditeur, le remarquable Comme un roman fleuve, Charneux prend appui sur un drame initial pour conduire son intrigue parmi les méandres des faits d’une existence, tout en montrant comment un homme ordinaire affronte l’imprévu d’une perte ou d’un malheur.  

Les oiseaux n’ont pas le vertige est un roman qui surprend jusqu’à sa chute, qu’on peut, sans la dévoiler (comme le fait un peu trop la quatrième de couverture du livre), qualifier de tarantinesque. 


Daniel CHARNEUX, Les oiseaux n’ont pas le vertige, Genèse Editions, 2022, 208 p., 21 €.

Le roman sur le site de Genèse Editions


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