2022 – BOURGEONS DE LECTURE : AVENTURES ASIATIQUES / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Cette chronique comporte deux aventures en Asie du Sud-Est, l’une raconte l’installation en Thaïlande de quelques boxeurs français souhaitant gagner de l’argent dans un pays sans contraintes mais ils oublient le pouvoir des gangs. Anita NAIR, elle à travers une vaste famille de Bangalore dont certains membres migrent dans le Kérala, dresse un violent réquisitoire au sujet de la cause des femmes qui est encore très précaire et fort contrainte dans ce pays.


Cinq rounds à Bangkok

Abbas

Budo éditions


Greg, adepte des différentes pratiques relevant de la boxe, arrive à Bangkok avec pour seul viatique un petit papier chiffonné portant l’inscription d’une adresse d’un camp d’entraînement à la boxe thaïe. Le camp en question est dirigé par Gilles un autre Français qui accepte de l’intégrer dans son équipe. Les deux hommes sympathisent, Gilles fait découvrir la ville à son nouvel élève et l’emmène dans les quartiers chauds de Sukhumvit où Greg tombe vite amoureux de la belle Kim, trop vite au goût de son entraîneur, ici les filles sont rarement libres, elles sont prostituées ou travaillent pour un patron. Après, une petite mise au point financière, l’affaire est entendue avec le patron de Kim qui peut vivre avec Greg.

A Montpellier, dans le club où était licencié Greg, un autre membre, Seb, s’envole pour la Thaïlande espérant comme son prédécesseur percer dans le monde de la boxe thaïe où celui-ci est devenu une valeur sûre. Mais, l’histoire ne se répète pas toujours de la même façon, Seb est tombé lui aussi amoureux d’une belle autochtone, Toum, mais l’affaire n’a pas été aussi simple que pour Greg. Une embrouille avec l’environnement de Toum tourne au vinaigre et Seb se retrouve vite dans les locaux de la police…

Quelque temps après, c’est Léna, une jeune femme, qui quitte le club de Montpellier pour découvrir la Thaïlande et ses salles d’entraînement, elle passe par Bangkok où elle rencontre Greg mais désire se rendre à Pattaya où elle a un contact avec un ami de la Toile, un Australien qui pratique aussi la boxe thaïe. Mais l’affaire prend une tournure que la jeune femme n’avait pas prévue, elle est enlevée pour servir d’adversaire à une Chinoise dans un combat féminin très recherché par les organisateurs véreux et par de très gros parieurs particulièrement discrets.

Greg a fait sa place avec ses poings, ses coudes, ses pieds et ses genoux, il est respecté, son club est reconnu, Léna doit affronter en un combat illégal une brute chinoise et enfin un champion venu de France défie devant un vaste public un grand champion local. Abbas lui-même pratiquant des arts des différentes boxes va régulièrement s’entraîner en Thaïlande dont il connait bien les mœurs, les charmes et les vices. Il raconte dans les plus grands détails ces combats avec toute la violence palliant parfois le manque de technique et obligeant les combattants à puiser au plus profond de leur être la volonté et la force nécessaires pour broyer leur adversaire.

Ce livre c’est aussi un portrait de la Thaïlande avec ses charmes et la fascination qu’elle opère sur les Européens mais Abas n’oublie pas le revers de la médaille : la corruption, la fraude, les trucages, la prostitution généralisée, … Un pays où il n’y a presque aucune contrainte autre que celle imposée par les gangs avec la complicité des institutions corrompues. L’auteur dénonce aussi les Occidentaux qui accusent les Thaïlandais de tous les vices tout en étant les premiers à en profiter : consommation de la prostitution la plus avilissante, achat de produits confectionnés par des enfants exploités, …

Mais Abbas pousse la critique plus loin, il accuse les institutions et élus français de ne pas être à la hauteur de leur mission, d’avoir failli, d’avoir laissé le pays partir à la dérive…. Un de ses héros partisans des fameux Gilets jaunes porte des attaques virulentes contre ceux qui nous gouvernent en en respectant pas les citoyens français.

Le roman sur le site de l’éditeur


La mangeuse de guêpes

Anita Nair

Mon poche


« Le jour où je me suis donné la mort, il faisait un temps radieux. C’était un lundi. Un début de semaine ». L’héroïne de ce roman introduit l’histoire qu’elle raconte par cette phrase choc, l’histoire d’une femme indienne résidant dans le Kerala, là où Arundhati Roy a elle aussi situé certaines de ses magnifiques histoires. Poétesse, écrivaine à succès, enseignante, biologiste, elle n’a pas accepté un mariage arrangé, elle a écrit des livres où les femmes expriment leur désir de liberté et leurs envies des plaisirs de la chair. Elle est rejetée par tous, sa famille, son amant, ses amis, ceux qu’i l’emploient, ses étudiants, ses collègues…, elle est bannie.

Elle erre dans l’entre-deux mondes car son amant a dérobé l’une de ses phalanges après la crémation rituelle, un squelette incomplet ne peut pas accéder à l’autre monde. Il a caché cette phalange en souvenir de son amour mais un jour une fillette trouve ce petit os qui commence alors un long périple de main en main que la victime raconte en mettant en scène la vie des femmes qui détiennent provisoirement cet os banal pour celles qui le possèdent mais si précieux pour celle qui ne l’a plus. L’histoire qu’elle raconte c’est celle des femmes indiennes soumises aux dures lois des religions, des traditions, des coutumes et surtout des hommes. C’est l’histoire de celle qui quitte son mari pour retrouver un amant, de la fillette maltraitée, violée par un sbire de son père, d’une fille défigurée par celui qu’elle repousse, … Un véritable catalogue de ce que peuvent endurer les femmes dans la société indienne actuelle. Les réseaux sociaux n’ont rien arrangé, ils n’ont fait qu’envenimer la situation en facilitant les contacts entre les deux sexes qui ont toujours été très réglementés.

Anita Nair

Ce roman se présente comme un recueil de nouvelles racontant chacune les mésaventures d’une épouse, souvent délaissée, d’une amante, condamnée au pire si elle est démasquée, d’une fillette, trop souvent abusée, d’une fille, toujours donnée en mariage à un homme qui parfois la répugne, de toutes ces femmes soumises à un code très rigide que l’auteure dénonce et voudrait brisé. L’os qui voyage de main en main est le témoin qui relie les divers récits pour qu’ils constituent un véritable roman et non un recueil de nouvelles. Un roman dans lequel, Anita NAIR ose, comme son héroïne, évoquer le droit de choisir pour les femmes au même titre que les hommes et aussi leur droit au plaisir de la chair. Elle glisse dans ses textes beaucoup de sensualité et même une certaine dose d’érotisme pour affirmer ce droit.

Les pages de ce livre grouillent de personnages les plus divers comme les rues de Bangalore où se déroulent certaines histoires de ce roman et pourtant dans cette foule exubérante, il est interdit de montrer un amour qui n’est pas accepté par l’ensemble du corpus coutumier et religieux comme il n’est pas convenable pour une femme d’écrire surtout quand elle évoque ses sentiments et ses états d’âme.

L’héroïne comme l’auteure a choisi son sort et son destin : « Je décrétai la poursuite de ma liaison défendue et ma thèse en même temps. J’allais m’atteler aux deux projets avec autant de sérieux que de rigueur. En science comme en amour, il ne faut pas craindre d’enfreindre les règles et de subir les conséquences de sa passion ». Elle mène son combat pour que les femmes indiennes se libèrent de leur carcan et accèdent au savoir et aux arts sans contraindre leurs passions.

Le roman sur le site de la Fnac


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