2022 – FLEURS DE LETTRES : CLIN D’OEIL À OLIVIER HERVY / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Après que j’ai lu et commenté son P’tit Cactus paru au Cactus Inébranlable, Olivier HERVY m’a proposé de découvrir deux petits recueils d’aphorismes édités chez d’autres éditeurs, Denis Editions et Fly, dans lesquels j’ai retrouvé la même adresse dans l’utilisation des mots et la même vivacité d’esprit pour inventer de jolis aphorismes. Dans ces deux derniers recueils, il change un peu son approche en spécialisant chacun de ces deux opus dans des domaines bien définis. Dans l’un il campe un personnage insupportable et dans l’autre il évoque des voisins particulièrement typés avec lesquels il partage des aventures rocambolesques et même ubuesques. De l’aphorisme en général à l’aphorisme appliqué à un contexte bien défini.

Olivier HERVY

Etrangler l’anguille

Olivier Hervy

Cactus Inébranlable Editions


Comme je l’avais déjà noté lors de la publication de son premier recueil dans la collection des P’tits Cactus, « Olivier Hervy rassemble des aphorismes comme de véritables petites nouvelles, des miettes d’existence, des fragments de vie, des instants figés, directement inspirés de son quotidien … ». J’ai eu l’impression qu’il testait une éventuelle publication dans la nouvelle collection des Microcactus, à mon avis, ces micronouvelles pourraient tout à fait trouver leur place dans cette collection.

Olivier décrit des événements insolites, incongrus, inattendus, impossibles, drôles tout en ménageant à chaque fois une chute surprenante. Il regroupe ses micro-textes dans des sortes de rubriques comme « Série ma fille rigoler », « Pavillons, je vous hais », « Série deux fois veuve », etc…

Il prétend que l’art de l’aphorisme se situe aussi dans l’habileté à relier deux faits, ou deux éléments, qui n’ont aucun rapport entre eux, comme une porte et la paternité, navigant entre le zeugma et l’oxymore :

« Un ami me confie qu’un jour, une jeune femme a sonné chez lui et a déclaré être sa fille. Aussi, je n’en reviens pas, ce matin, de voir le facteur devant la porte de mon vieux voisin ».

Il écrit aussi des syllogisme improbables :

« « Je ne monterai plus jamais sur des échasses ! », me dit M. après sa violente chute. Plus tard il se coupe le doigt en tranchant du pain et je m’inquiète alors : comment va-t-il vivre sans toucher un couteau ! ».

Son champ d’inspiration va de la satire du comportement humain :

« A cet ami fier d’avoir déniché le dernier potager pour y construire son pavillon, je ne proposerai pas la promenade dans la vallée si calme. Il pourrait y construire une résidence secondaire. »

Au travail de l’aphoriste :

« Souvent nos actions ont pour résultat le contraire exact de l’effet escompté et l’on enrage. Sauf, l’aphoriste qui se frotte les mains et prend des notes. »

En passant par la poésie, elle est incontournable :

« Les sacoches à l’arrière de son vieux vélo servent surtout à promener les souvenirs de mon enfance. »

Et bien d’autres thèmes encore qui se rattachent, pour la plupart, à la vie quotidienne des humains sur la planète qu’ils occupent si mal ! Un très bon recueil qui, à mon sens, montre que le champ de l’aphorisme est très vaste, qu’il peut s’étendre à de nombreuses formes littéraires et qu’on peut utiliser cette forme d’expression à diverses fins.

Le recueil sur le site de l’éditeur


Promenades avec le déplaisant P.

Olivier Hervy

Denis Editions

J’ai découvert Olivier Hervy à la lecture des deux recueils d’aphorismes qu’il a édités au Cactus inébranlable, l’obstination du liseron et Etrangler l’anguille. Après avoir lu mes deux chroniques, il a souhaité me faire découvrir d’autres écrits qu’il a publiés dont ce petit recueil d’aphorismes qui se situe directement dans la ligne des deux précédemment cités. Dans les deux recueils publiés au Cactus inébranlable, Olivier « rassemble des aphorismes comme de véritables petites nouvelles, des miettes d’existence, des fragments de vie, des instants figés, directement inspirés de son quotidien notamment de ses relations avec sa charmante vieille voisine toujours impeccable, son bruyant voisin bricoleur, sa boulangère revêche, … ». On pourrait presque dire que le présent recueil se situe dans la droite suite des deux précédents, en effet, dans celui-ci, il évoque tous les désagréments qu’il y a à vivre avec un voisin déplaisant.

Une personne, comme Le déplaisant P., qui « demande une baguette pas trop cuite » ne peut pas être une personne avec laquelle je partirais en vacances, le pain c’est fait pour être mangé cuit !!! A part ça, Monsieur Déplaisant a de nombreux autres défauts, il est égoïste, égocentriste, puant, sans-gêne, collant, envahissant profiteur même si à première vue c’est plutôt un brave type certes désagréable par inconscience ou par cynisme pur, difficile de se prononcer sur cette question.

Olivier décrit des petites scènes pleines d’humour dans lesquelles le triste sire met en évidence ses fâcheux défauts :

« Vous me direz pourquoi ne pas rompre ? Pourquoi ne pas le rayer de nos carnets d’adresses ? c’est que P. n’est pas franchement désagréable . il s’en garde bien, il est prudemment déplaisant ».

« Ce qui nous agace tous, c’est l’indécente santé du déplaisant P. Car nous enrageons de savoir qu’il nous enterrera tous ». Pas très charitable l’auteur !

« Je dirais bien ses quatre vérités au déplaisant P., mais ce serait trop long ».

« Le déplaisant P. se désole : des hirondelles nichent chez tous les voisins mais pas chez lui ».

Déjà enfants personne ne le supportait :

« « Enfant, je gagnais toujours à la cachette » me dit fièrement le délaissant P., « si bien que l’on devait même m’appeler pour que je sorte, quand mes parents venaient me chercher » ».

Le déplaisant P. ne manque pas d’atouts, il possède de nombreuses aptitudes à se rendre désagréable : « Humour grinçant, vexations, rebuffades, maladresses, indélicatesses, grossièretés…. Le déplaisant P. a plus d’une corde à son arc ».

La seule lecture, pour l’exemple, de ces quelques extraits vous laissera penser, comme moi, que l’auteur devrait vite déménager, surtout quand on connait le voisinage dont il dresse le tableau dans un précédent recueil.

Le recueil sur le site de l’éditeur


Promenades accompagné

Olivier Hervy

Fly


Après avoir lu, il y a peu, « Promenades avec le déplaisant P. », j’ai lu cette semaine « Promenades accompagné »,  un recueil d’aphorismes de la même inspiration que le précédent. Ce nouveau recueil se présente exactement de la même façon que celui que j’ai lu avant : même format, même mise en page, même police, etc…, éditeur différent mais éditeur domicilié à la même adresse que celui qui a édité le précédent recueil. Donc, nous pouvons dire que ces deux recueils ont été écrits et édités dans les mêmes conditions par les mêmes personnes et, donc, qu’ils se situent dans la droite suite des trois précédents opus  (les deux que j’évoque plus les deux édités par Cactus Inébranlable Editions).

Je pourrais donc répéter ce que j’ai déjà écrit lors de ma précédente chronique : Olivier « rassemble des aphorismes comme de véritables petites nouvelles, des miettes d’existence, des fragments de vie, des instants figés, directement inspirés de son quotidien notamment » des personnes de son entourage proche. Comme s’il passait son temps à observer ses voisins pour distribuer les bonnes ou les mauvaises impressions qu’elles lui laissent pour les consigner dans son recueil.

Dans le précédent opus, il évoquait principalement les faits et gestes de son voisin le plus déplaisant, dans ce nouvel opus il décrit les faits et gestes de plusieurs de ses voisins :

V. qui parle à voix trop basse pour qu’on comprenne ce qu’elle dit. « Mon amie V ? qui parle toujours à voix basse à un cheveu sur la langue, mais personne ne s’en est encore aperçu ». Ce travers prête à de nombreuses espiègleries de l’auteur.

Le boucher qui, à la longue, ficelle ses rôtis mécaniquement « comme on fait pour un lacet ». Cette habitude le conduit à préparer son étal toujours de la même manière et l’auteur à en faire une jolie description : « En rang par quatre, les tomates farcies reproduisent l’erreur des soldats de la Grande Guerre : leur uniforme rouge attire l’attention. Aucune n’en réchappera ».

La pingre de C. qui fait tout à l’économie. « … et tu ne crains pas qu’un jour cette pingre de C. ne lise ce livre et se reconnaisse ? », me demande mon ami W. Impossible, il coûte quatre euros ». Pingrerie et radinerie sont les deux mamelles de la moquerie, elles donnent beaucoup de matière aux auteurs observateurs et perspicaces.

Le gendarme à la retraite qui voudrait tout régimenter comme il le faisait, ou ne pouvait pas le faire, avant. « En remontant de sa parcelle, le vieux gendarme ramasse un bâton, pousse une pierre, coupe une ronce. Il sécurise la zone ». Le gendarme est un peu la tête de truc de l’humoriste … alors …

L’élégant J.P., prêt à tout pour paraître mieux que les autres. « J’envisage d’offrir une statuette d’angelot en plâtre, pour l’anniversaire de l’élégant J.P. Pour le voir, une fois, avec un objet laid en mains ».

Le facteur revêche mais indispensable au bon fonctionnement de la société. « Nouveau mode opératoire ? Aujourd’hui sur chacune des lettres il y a les empreintes digitales du facteur revêche. Non, il a déraillé ».

Au cours de ces promenades, l’auteur a trouvé matière à écrire ces « minuties » comme il dénomme ces micro-textes, il a rencontré une galerie de portraits guère plus flatteurs que celui du déplaisant P. Il semblerait bien qu’Olivier n’aime pas les grincheux, les rustres, les frustes, les fauteurs de troubles, …, globalement les gens désagréables qui rendent la vie des autres moins souriante. Son œil est perçant et sa plume est affûtée, il sait comment les débusquer et les dénoncer pour le plus grand plaisir de ses lecteurs et, peut-être, de ses voisins.

Le recueil sur le site de l’éditeur


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