2022 – FLEURS DE TEXTES : LETTRES DE JEAN-LOUIS MASSOT / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Pendant de nombreuses années j’ai lu des recueils de poésie sélectionnés avec grand soin par Jean-Louis MASSOT. Maintenant qu’il a mis un terme à sa carrière d’éditeur, il a plus de temps pour écrire lui-même de la poésie. J’ai eu la chance de pouvoir lire deux de ces derniers recueils, l’un édité chez l’excellent Le Chat polaire et l’autre mis en forme par le Centre de créations pour l’enfance de Tinqueux. Deux occasions de lire de la belle poésie de Jean-Louis.


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Jean-Louis Massot

Le chat polaire


Avant d’avoir lu une seule ligne de ce recueil, j’ai déjà été épaté par la qualité du livre support, un très bel objet littéraire, belle qualité du papier, de la mise en page, de la typographie et surtout les éblouissantes peintures de Ronan Barrot illustrant le texte et la couverture.

Jean-Louis Massot, je l’ai bien connu comme éditeur et un peu moins comme auteur, c’est un personnage important des lettres francophones de Belgique et même de France où il a vécu avant de s’installer à Bruxelles. Dans ce recueil, il étale toute la finesse littéraire qui lui a permis de détecter les fines plumes qui ont fait la renommée des éditions Les Carnets du dessert de lune pendant un quart de siècle au moins.

Dans le présent recueil, à mon sens, il évoque la solitude, non pas solitude qui ronge les hyperactifs et les impatients qui ne savent pas s’occuper et qui ont toujours besoin des autres pour exister ; pas plus que celle de celui qui s’ennuie à regarder le temps s’écouler trop lentement. Non, il évoque la solitude de ceux qui, ayant déjà vécu un certain temps, un temps certain pour quelques-uns, savent avec sagesse prendre du recul pour regarder le monde qui s’agite, se démène, souvent avec une grande puérilité. Ces gens qui savent regarder, écouter les bruits de la rue, d’un bistrot ou d’ailleurs encore, le mouvement et la musique de la vie.

« Cerné par l’agitation urbaine, il laisse lentement s’écouler son attente tandis que se diluent les glaçons dans les verres de menthe à l’eau que le serveur a posés sur la table et qu’il ne touche pas. Personne ne viendra. Il en a pris l’habitude ».

Cette solitude se combine souvent avec d’autres thèmes comme la course après les mots qui refusent de se précipiter sur la page blanche. «… il aurait tant aimé voyager en compagnie de mots fréquentables qui l’auraient aidé à terminer ce roman qui s’éloignait dans ce train qu’il venait une nouvelle fois de rater ». Ou, avec la pêche aux poissons au cours de laquelle «… il cherche à puiser des mots dans les pages d’un livre qu’il a emporté comme s’il savait depuis le début que les poissons et les mots ne sont pas toujours au rendez-vous ».

Il y a aussi ceux qui, atteints du mal de notre temps, s’agitent avec frénésie sur le clavier de leur téléphone pendant que « Lui, il reste assis du matin au soir devant les images de sa télévision ; il a coupé le son, ne sait pourquoi mais rigole ». Et, à la fin, il reste l’aïeul qui s’évade progressivement vers un autre monde, « Sa maladie n’est pas bien grave, juste que parfois il ne sait plus trop bien qui il est et pourquoi quelqu’un lui a stupidement acheté des tennis roses ».     

J’ai beaucoup aimé la finesse de ces textes où se glisse une petite dose de malice, juste ce qu’il faut pour en relever le goût et la saveur. Jean-Louis le sait bien et il le prouve, quand on est seul, on n’est pas toujours aussi seul que certains le croient ! La solitude peut être précieuse comme un silence un jour de vacarme !

Un recueil qui conjugue à merveille l’élégance de la forme et du fond qui correspond si bien à Jean-Louis.

Le recueil sur le site du Chat Polaire


Jean-Louis Massot

Aussi les gens

Jean-Louis Massot

Edition du centre de créations pour l’enfance de Tinqueux


Depuis presque toujours, la poésie nourrit l’imaginaire de Jean-Louis Massot, il a édité, pendant un quart de siècle, de très nombreux recueils toujours d’une excellente qualité. Le regard qu’il pose sur les choses les plus infimes mais sur « Aussi les gens » est très perçant, il détecte le moindre détail, la plus petite faille, la courbe douce ou l’angle saillant, la couleur chatoyante ou simplement l’ombre en noir et blanc. Son œil détecte, comme le rayon d’un radar, tout ce qui enchante la nature et la vie en général. Mais il est implacable quand il relit les épreuves des auteurs qui lui adressent un manuscrit, rien ne lui échappe, seuls les meilleurs textes passent dans son tamis.

La poésie c’est son adrénaline, son oxygène, sa sérotonine, …, sa raison d’exister. Il la fait encore merveilleusement vibrer dans ce petit recueil de poésie en prose en lui donnant la vie qu’il donnerait à une jeune fille qu’il voudrait séduire. Comme la fille aguicheuse, la poésie peut-être aussi espiègle et déroutante. « La poésie nous avait annoncé sa venue. Nous avions astiqué les cuivres …, mais la poésie n’est même pas passée en coup de vent ».

Chez Jean-Louis, la poésie est aussi gourmandise, elle se mange, se déguste même si les experts des guides étoilés peuvent la bouder. « Les critiques gastronomiques étaient dans ce restaurant, qu’ils avaient récompensé d’un macaron, à barguigner si la poésie méritait une étoile dans leur guide, mais ils ne devaient pas être dans leur assiette car ils sont partis sans laisser d’étoile ni de pourboire au personnel.

Alors la poésie est retournée mijoter le plat du jour ».

Jean-Louis met la poésie en couleur dans le texte, « … les feuilles des marronniers. Mordorées (le plus joli adjectif de la langue française), cuivrées, jaunies, mortes, … » mais en noir et blanc dans les illustrations de Thomas Venet. Ces dessins m’ont fait penser à ceux que Cocteau glissait dans ses recueils, tout réside dans la finesse du trait, dans l’esquisse du sujet représenté. Ce recueil en forme de carnet à spirale, comme celui que chantait William Sheller, est un véritable bouquet de printemps dans les rayons de ma bibliothèque

La collection Petit VA ! de l’édition du Centre de Créations pour l’Enfance de Tinqueux


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