2022 – FLEURS DE TEXTES : LITTÉRATURE CONTEMPORAINE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

J’ai fait le choix d’écrire cette chronique car je pense que l’on parle trop peu de la littérature contemporaine, celle que l’on dit souvent difficile, exigeante, ou autrement encore. A cette fin j’ai réuni trois lectures assez récentes : un texte de Marc-Emile THINEZ édité chez Louise Bottu Editions, un autre de Corinne LOVERA VITALI édité aux Editions DO et pour terminer un recueil de poésie de Gérard LEYZIEUX édité chez Tarmac Editions. Un bel exercice d’écriture de la part des auteurs et un bon moment de lecture pour ceux qui osent s’aventurer dans ce genre de textes.


J’aurai été ceux que je suis

Marc-Emile Thinez

Louis Bottu Editions


Il semblerait qu’avec ce recueil, Marc-Emile Thinez veuille que ses amis et connaissances se souviennent de ce qui il a été et qu’il n’a été que ceux qu’il est au moment où il écrit ces lignes, ceux qui ont constitué son être, son savoir, sa passion, ses ambitions, ses réalisations, ses liaisons, ses amours et peut-être mais aussi ses illusions et désillusions. Ceux qu’il a été, ce sont les cinquante héros qui l’ont marqué à jamais et qu’il met en scène dans ce recueil : quarante-quatre héros de romans, cinq de films et un d’un tableau, Le Cri de Munch. Cette liste ressemble à un testament littéraire énumérant tous ceux à qui l’auteur doit une part de son être et de son œuvre. Le contenu de la liste ne peut que conforter cette proposition, on n’y trouve que des œuvres majeures ayant connu plus ou moins de succès mais ayant à coup sûr franchi le cap de la postérité. A titre d’exemple, on trouve dans cette liste : des grands auteurs littéraires : Fernando Pessoa, Louis-Ferdinand Céline, Mario Vargas Llosa, Mikhaïl Boulgakov, Italo Calvino, …, des personnages de films : Pierrot le fou, Lemmy Caution, … et Le Cri de Munsch.

A travers cette liste, Marc-Emile montre son étonnante culture littéraire avec la place qu’elle laisse aux autres arts mais plus encore la qualité de son jugement et la diversité de ses goûts. Il semblerait que ce n’est jamais le genre ou le succès de l’œuvre qui prime mais bien plutôt sa qualité littéraire, son impact émotionnel et les stigmates qu’elle laisse dans l’âme, le cœur et l’esprit du lecteur ou du spectateur.

Pour bien faire comprendre ce « testament », Marc-Emile présente sur chacune des cinquante pages de ce recueil un texte très court qui évoque chacune des œuvres à laquelle il pense devoir ce qu’il est devenu. Il indique ensuite le nom du personnage de cette œuvre qui a laissé en lui une part de ce qu’il est et restera à jamais. Le lecteur peut ensuite se reporter à la table des matières pour savoir de quelle œuvre est issu ce personnage, qui en est l’auteur et quel en est l’éditeur en ce qui concerne les ouvrages littéraires.

Ce recueil est ainsi une sorte de petite bible, un guide, un répertoire de l’essentiel de la culture pour qui ne sait comment constituer son bagage culturel.

Le livre sur le site de l’éditeur


Kill Jekyll

Corinne Lovera Vitali

Editions DO


Quand j’ai découvert cet ouvrage, je me suis souvenu d’un recueil de textes courts que Corinne avait publié chez Louise Bottu éditions en 2016, il me semble. Ces textes évoquaient sa relation avec son père, la vie qu’il avait pu avoir entre les soixante-dix-huit ans qu’il avait au moment où elle écrivait et les trente-neuf ans qu’elle avait à ce même moment. Dans ce nouveau recueil, elle propose sept textes, presque des nouvelles mais plutôt des récits, des tranches de vie, évoquant des couples plutôt improbables, au moins pas très ordinaires, souvent dans des situations particulières comme on peut le constater ci-dessous à travers mes brefs résumés.

Le récit de la relation entre Antoine, jeune handicapé en fauteuil roulant qui rêve de visiter Naples où Maradona est l’idole de toute la ville, et de Claude, son ami, qui, lui, a visité Naples seul incapable d’assumer le handicap de son ami. Antoine n’a pas pu résister à cette trahison…

L’histoire d’une traductrice qui accompagne un expert chez les agriculteurs pour les inciter à des pratiques culturelles plus écologiques. Ils couchent au gré de leur périple dans la campagne, parfois dans le même lit, mais l’expert ne veut absolument pas d’une relation sexuelle avec elle malgré tous les efforts et les artifices qu’elle dépolie.

Le récit des aventures d’un homme qui aime Amy à la folie mais qui ne peut pas s’empêcher d’aller voir comment est l’herbe ailleurs, plus verte peut-être, plus excitante, plus savoureuse, plus … plus …, il ne sait pas trop car ses aventures restent toutes éphémères.

L’histoire, un peu fantastique, d’un gars qui rêve qu’il serait le fils que Clint Eastwood si celui-ci n’avait pas obligé sa femme à avorter. Une histoire un peu compliquée d’un gars qui s’incarne dans la peau d’un homme qui n’est jamais né.

Le récit de la déprime de Louise, elle ne croit plus en l’avenir et pas plus en sa vie actuelle. Elle ne veut plus de relations sexuelles, elle repousse son conjoint qui la trompe sans vergogne aucune avec des jeunes filles dont certaines sont encore en fleur. Il trouve dans ces nouvelles aventures des sensations qui le conduisent à une véritable obsession pour le sexe.

Un bouseux persuadé qu’il ne trouvera jamais une femme à qui il pourrait plaire et qu’il restera donc célibataire à jamais, se laisse aller au fond de sa campagne perdue. Et, pourtant il rencontre Sylvia dont il tombe amoureux. Ils s’aiment en s’engueulant régulièrement. Elle ne veut pas d’enfant, il ne le supporte pas, craque, au moment où l’orage se déchaîne, détruisant tout juste comme un étranger qui semble connaître Sylvia arrive à la maison…

Deux veufs meublent ensemble leur temps car ils ont perdu tous les deux leur compagne dans des circonstances très différentes. Et pourtant Robert ne supporte pas Joe qui a été malhonnête avec son épouse. Cette histoire fort romanesque le conduit a préféré la compagnie de Mitchum, son chien, à celle de son détestable ami mais aussi avec Cecilia une jeune fille à qui il voudrait apprendre à conduire…

Corinne écrit des récits très contemporains dans une écriture très élaborée, très riche, souvent recherchée et d’une grande précision. Il est donc très difficile de résumer ces sept textes dans lesquels elle évoque les failles et les ruptures qui rendent très improbables les amours pérennes. Elle sonde ses personnages jusqu’au plus profond de leur cœur et de leur âme, mais elle évoque surtout la part charnelle, animale, reptilienne qui entrave souvent les relations amoureuses. Je n’ai donc pu qu’esquisser les textes de Corinne dans lesquels, je n’ai pas vu, comme je l’ai déjà écrit, que des nouvelles mais plutôt une première démarche vers la création romanesque. A la lecture de ces récits, j’ai eu l’impression qu’elle cherchait son chemin vers l’écriture d’un roman profond, très contemporain, un texte sur l’impossibilité de vivre un amour pour toujours.

Elle aime l’Ecosse dont plusieurs de ses personnages sont issus et le cinéma, Clint Eastwood, Robert Mitchum qui prête son nom à un chien, …, Ces évocations de le lande écossaise et des films joués par ces grands acteurs donnent un caractère encore plus visuel aux textes de Corinne.

Le livre sur le site de l’éditeur


Impression vide devant

Gérard Leyzieux

Tarmac Editions


J’ai découvert ce poète avec ce recueil, je ne l’avais jamais lu avant, merci aux Editions Tarmac de l’avoir placé sur ma route de lecteur gourmand. Dans ce présent opus, Gérard Leyzieux propose, sur presque toutes les pages, trois tercets d’une poésie très contemporaine, dans un vocabulaire très recherché composé de beaucoup de mots courts, parfois très courts, comme pour donner plus de rythme au texte. Il a élargi son champ linguistique, comme l’a fait Reinhard Jirgl en ajoutant des signes de ponctuation dans son alphabet, en introduisant dans ses poèmes des néologismes, des formes agrammaticales, des mots composés inattendus, des mots décomposés en pièces pour produire de nouveaux mots ou expressions, des mots recomposés… tous ces mots ou expressions inattendus peuvent perturber le texte et lui donner une nouvelle acception, une nouvelle signification, un nouveau souffle, un nouvel élan, …

« Mais démuni(e) aussi de toute autonomie : Outr-âge ex-ubérant dépourvu de retenue / Ex-il / ex-elle dans l’indépendance de toute vellé-ité »

Dans ce recueil, Gérard Leyzieux essaie d’appréhender, de saisir, de ressentir, …, l’espace spatio-temporel dans lequel nous évoluons et la façon nous nous comportons dans cet espace.

« Il te suffit alors de suivre / Ce chemin sans fin / empli de tout ton temps »

De trouver une direction à donner à sa vie, un chemin à parcourir, des textes à lire …

« Lieu troublant de la matière dé-pensée / Milieu trop limité pour ton horizon / Chapitre que tu veux laisser à autre-passer »

D’occuper l’espace qui emplit notre environ :

« L’espace emplit ton alentour / Où que tu ailles ou regardes / Quelque chose occupe un de tes sens »

Alors quand tu auras parcouru les alentours, respiré les environs, humé, goûté, entendu, examiné ton espace spatio-temporel, tu pourras peut-être constater que

« A cet instant l’abondance des coïncidences te surpasse ».

Ce texte est une véritable réflexion philosophique évoquant l’espace et le temps qui auraient existé dès avant la vie mais pour obtenir une réponse définitive

« Trop de questions restent sans réponse / Trop d’interrogations demeurent sans explication »

Le recueil sur le site de l’éditeur


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