LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 117. PENSEUR ÉTOILE


Par un concours de circonstances singulier, au carrefour de plusieurs facteurs, que seul un complexe penseur comme le Morin centenaire pourrait décrypter, un penseur lambda advient à la vitrine de tous les médias. Telle une super pétasse de l’esprit que le monde philosophique rêverait de se payer.

Plus un plateau fêlé auquel il n’est convié pour recueillir ses analyses biaisées, rétamant des pans de notre vie selfiée à souhait, tour à tour encensé puis voué aux gémonies sur les réseaux sociaux !

Les premières études rendues bibliques par le Morin (désormais) immortel établissent que le penseur étoile s’inscrit dans un paradigme de pensée accueilleur de tous les wokismes. Il vise un futur moral idéal, expurgé toutes les démangeaisons de raison.

Le penseur étoile officie en permanence sur une piste aux étoiles filantes, à la vue du commentateur amassé sur les gradins, juste bon à danser un jerk de neurones endiablé avant de s’affaler dans son fauteuil à bascule pour visionner une nouvelle vidéo de philosophie pratique sur son tube favori.

Le penseur criblé d’étoiles (par les chroniqueurs astronomiques du Cirque Hanouna) affiche sa liberté éhontée de cogiter en dehors des courants ou bien dans le sens du coulant.

Le penseur étoile brille au firmament des médias le temps qu’il s’aigrisse, qu’il vire sa cuti, que les analystes décomplexés repèrent des archaïsmes éthiques, des plagiats de pensée, dans ses livres superfétatoires et ses apparitions surnuméraires.

Sus au penseur étoile qu’on fait tomber de son ciel pour le remplacer par celui qui le dévorait de l’intellect et n’attendait que de le remplacer sur la scène des idées toutes prêtes !

Ainsi, pour le monde francophone occidental, on a pu voir, dans un espace médiatique de plus en plus brouillé, étriqué, se substituer subrepticement sur une période de trente ans, au Levy vil au nez crochu et à la face entartée de crème bon marché (l’entreprise pâtissière est en dépôt de bilan depuis sa création), l’Onfray normand au front populaire et à l’épicurisme acharné, bardé de certitudes et d’une mauvaise foi toute sartrienne (malgré le camusien qu’il affirme être) qui s’inscrivaient, certes, dans un contexte pauvre comprenant le Finkielkraut à réaction, le Ferry gouvernemental, le Comte-Sponville à la raisonnable joie, l’Enthoven fils raphaëllisé ou encore le Cyrulnik résilié.

Ce faux arbre de la Connaissance dissimulait comme toujours l’authentique forêt de théoriciens de la pensée chichement rémunérés, de travailleurs intellectuels exploités, de têtes chercheuses mal reconnues en quête, à l’écart du bouquet de chaînes d’info incontinentes, d’une autre manière de concevoir l’être de l’ail, l’univers sel et le temps d’un pimenté mets de cervelle d’éléphant en persillade servi au clair de lune sur son tapis d’herbes mentales.


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