POÈMES DU DERNIER ÉTÉ / ÉRIC ALLARD


L’ASSOIFFÉ

L’été, j’ai soif d’espaces
Déserts
Qui s’allongent
Jusqu’au point
De non amour.

J’ai faim d’espèces
Différentes
Me reposant
De mes désirs
Anthropophages.

Ne pas se préoccuper
Du sort
De l’outremangeur
Relève d’un manque cruel
D’appétit.

À favoriser
L’entre-deux des branches
L’ombre
Se défait
De sa substance.

Boire aux pis
Du temps
Demeure
L’ultime recours
De l’Assoiffé.



L’ORTIE SUR LA PEAU

L’été, je caresse
L’aiguille du pain
Dans le sens de ma mie
Et la pâte des jours lève
Jusqu’à la tombée du soir.

Je pleure, je plains
Le sort de l’inconsolante
Qui guerroie
Dans les plaines du passé
Avec ardeur.

Dans un sabir d’étoiles
Naissantes
Je plie je parle
Avec la lune
Des draps froissés du ciel.

Mes mains pleines
De lames
Coupent
Mais ne piquent plus.
Je rêve d’une ortie sur ma peau.

Dans l’église endormie
Je dépose un morceau de pomme
Au bord du bénitier
En joignant les mains pour que tu viennes
Y planter les dents.



LES VEINES DU COUCHANT

L’été, je lâche mes chiens
Dans l’eau
Qui dort
Sur les bords
Des fontaines.

Plus rien n’explose
À moins de huit minutes vingt
Lumière
Cependant que tout fait feu
Au désert.

Ma plume trempée
Dans le noir de tes prunelles
Griffe tes regards
Jusqu’aux larmes.
J’écris, tu cries.

Le sang qui baigne
Mes nuits
Bleu roi
Traverse les veines
Du couchant.

Sur les toits du monde
Un chat promène sa silhouette.
J’invente un poème
Doux comme le velours
Coupant comme tes ongles.



LE SANG DES REGARDS

L’été, j’aiguise mes couteaux
Aux flancs d’une colline
J’essuie tes seins
En sueur
À l’écharpe du hasard.

Ne pas dire que la montagne marche
Sur les traces de la mer
Mais dire :
La mer monte
La pente de la montagne.

En marchant nu
Sur la plage
J’adresse une supplique
À l’eau sacrée
Qui coule sur tes hanches.

Je repose mes pieds
Des pélerinages à venir :
Du sable grippe
Le mécanisme
Des souvenirs.

Et je prie comme un porc
Qu’on éborgne
Comme un rapace qu’on aveugle
Pour le sang des regards
Pour la persistance du visible.



LE RENOUVEAU DU SACRÉ

L’été, je m’environne
De temples, d’églises
Est-ce assez faire
Pour le renouveau du sacré
S’interroge un pieux dévot.

Je n’ai pas le cœur à penser
Encore moins
À me présenter
Au concours diocésain
Pour remporter la grande mitre.

Je chéris les moindres insectes
Je couve le cocon de la chenille
Je lisse la soie de l’araignée
Je lèche la carapace du cloporte
Je suce le dard de la guêpe.

En soucieux antispéciste
Je m’unis à tous les animaux
Mâles ou femelles sans distinction.
Aucun ne me dégoûte
Je goûte à tous leurs délices.

J’aspire aussi comme déjà dit
Aux piqûres d’ortie
Aux lames des chardons
Aux flammes de la forêt
Je fais un avec l’immonde nature.



FUIR LE SOLEIL

L’été, je fuis le soleil
De peur qu’il ne se sauve
J’écoute la chanson du temps
Et ses notes qui s’égrènent
En dévidant mes jours.

Rien ne sert de fuir la lumière
Il faut arriver avant le couchant
A l’hôtel des astres morts.
Ma vue baisse
Et la voûte céleste rayonne.

Dans le fond du ciel
Une étoile vive
M’interpelle.
Sa question ne parviendra
Jamais à mes yeux.

Mes paupières se ferment
Et les portes du sommeil s’ouvrent.
Le vent qui se lève
Fait battre les volets
Sur les fenêtres de mon âme.

Il reste un rêve
Pour décider du sort
De la nuit.
Avant de m’endormir
J’ouvre une dernière fois mon cœur.


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