2022 – FLEURS DE TEXTES : POEMES SOLAIRES / La chronique de DENIS BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

J’ai beaucoup aimé ces deux recueils de poésie, j’ai donc décidé, en pleine période caniculaire, de les réunir dans une chronique qui évoquerait la poésie solaire, une poésie rayonnante, lumineuse, chatoyante, …, une poésie qui éclabousse l‘atmosphère comme le soleil un jour de canicule. Ainsi donc, j’ai réuni Anne-Marielle WILWERTH et son recueil : « Vivre au plus près » édité aux Editions du Cygne et celui de Marc DUGARDIN : « Psaume, passant » édité, lui, au Chat polaire.


Vivre au plus près

Anne-Marielle Wilwerth

Editions du Cygne


Dans un précédent recueil, « Là où s’étreignent les silences », Anne-Marielle proposait un quintil sur chaque page ; dans le suivant, « Les miroirs du désordre », elle présentait un quatrain par page avec la même économie de mots, quelques mots par ver, parfois même un seul. Dans le présent recueil, elle mixe ces deux formes de présentation, tantôt deux quintils par page, tantôt deux quatrains par page mais toujours avec la même économie de mots, une extraordinaire économie de mots, deux ou trois mots par vers, rarement plus pour exprimer une idée, une sensation, une impression, un ressenti, un sentiment, …, tout ce qui habite notre intérieur sans que jamais les autres puissent le voir ou même le supposer. Dès le premier quintil, le ton est donné :

« Vivre au plus près des choses / au plus près / de ce qui scintille en soi / de ce qui palpite / dans l’imperceptible ». Comme ce doit être beau « ce qui scintille en soi » ! C’est déjà tellement beau sur la page !

J’ai relevé aussi ce tercet, peut-être le seul dans le recueil, qui m’a enchanté, un véritable concentré de réflexion philosophique en quelques mots seulement. Aucun philosophe ne l’avait jamais fait précédemment. « Nous sommes à peine plus grands / que des cristaux de hasard / Mais nos espoirs sont infinis ». C’est à la fois profond et très beau !

J’ai aussi beaucoup aimé cette façon de dématérialiser le monde et de n’en retenir que le mouvement, l’émotion, …, pas les faits mais seulement les conséquences.  « Quand on atteindra le soleil couchant / on n’apportera pas la matière / mais juste / le tremblé, de ce qui a ému ».

Je pourrais aussi en citer quelques autres mais je ne voudrais pas dévoiler tout le recueil, tant ces quintils et quatrains méritent mon admiration :

« Quelques oiseaux demeurent sur nos rives / leur printemps souffle la flamme / de ce qui nous détournait / du voir ».

« Je pense à ce qui se perd / dans le poreux du croire / Je pense aussi à ce qui se noue / et se dénoue / en nos fragiles mémoires ».

« Juste écouter, / écouter / le vertige prodigieux du rien / et s’en trouver bien ».

« On ne se nourrit ces jours-ci / que de l’inévitable / et c’est cette nourriture / qui doucement / nous ensable ».

Quelle mine de réflexion dans ces quatrains et quintils d’une telle élégance et d’un telle finesse !

Je laisse la conclusion au préfacier, Francis Gonnet, : « La poésie d’Anne-Marielle Wilwerth, …, est pierre sculptée jusqu’à l’essentielle ciselure des mots. / De ce travail de concision , jaillissent des textes courts, à la musicalité, au rythme, et à la douceur d’un instrument à vent ». Je ne saurais mieux conclure !

Le recueil sur le site des Editions du Cygne.


Psaume, passant

Marc Dugardin

Le Chat polaire


Avec Psaume, passant, Marc Dugardin propose un recueil de poésie en prose d’une écriture contemporaine, élégante, fluide, créative et évidement poétique, constituant un texte très littéraire, luxuriant, chatoyant. Il convoque les mots pour les faire chanter, évoquant la musique et les musiciens et les couleurs qui prennent une place essentielle dans sa poésie. Ces mots ne sont pas jouets, ils sont joueurs : « Je ne joue pas avec les mots. Ce sont les mots qui me déjouent ».

Il a intitulé ce recueil « Psaume » car il se réfère régulièrement aux sources bibliques, pour chanter la vie, principalement la vie vers sa fin, celle où la solitude, l’ennui, l’abandon assaillent le poète séchant lamentablement sur sa feuille blanche, hanté par la peur de vieillir, la crainte des affres de la vieillesse et de la déchéance des corps. Le Psaume, c’est le chant de la fin, le chant d’éloge pour ceux qui sont partis, ou qui vont partir, le chant pour déjouer l’aigreur affleurante, la pointe de désabusement émergeante. « Psaume, c’est seulement ce battement à ma tempe. / C’est ce qui, en moi, est plus fragile encore que moi. Et plus fort que ma solitude ».

Psaume pour la petite vieille décédée sans que personne ne s’en préoccupe, psaume pour le vieil homme qui fume ses cigarettes au coin de la fenêtre, vieillissant de plus en plus, semblant attendre sa fin, psaume pour la mère décédée depuis longtemps. Et, peut-être, surtout psaume pour l’auteur lui-même qui, à travers la vieillesse des autres, semble sentir son propre déclin émerger. « Entre les deux, rien, un voile, un rideau, la vent, une feuille de papier où s’inscrit la perte… »

L’auteur s’immerge complètement dans sa poésie. « Notre rencontre n’est consignée nulle part. / Elle est vraie sur cette page où vivre prend acte ». Il semble se réfugier dans ses mots pour attendre la mort qu’il évoque souvent. « La mort a frappé. Intransigeante. Hier, un vieux poète a parlé de l’âme. Je n’ai pas cru ce qu’il disait… ». La mort qu’il voudrait réfuter, récuser, repousser, la mort qui se glisse dans l’espace laissé de plus béant par la vie qui rétrécit. « En fait, c’est la zone de la vie qui rétrécit… ». Cette zone que le poète voudrait remplir avec ses mots pour que la mort ne l’envahisse pas trop vite. « Puis des mots viennent dans l’espace que la mort n’a pas encore occupé ».

Cet espace dont il concède quelques morceaux à Antoine Dugardin pour les remplir de ses magnifiques photos parfaitement en harmonie avec l’élégance du texte.

Et pour conclure, je voudrais citer l’éditeur qui a inscrit sur la quatrième de couverture ces quelques mots que je trouve tellement en résonance avec le texte du recueil : « Marc Dugardin … recueille des fragments de paroles et de silences, parfois l’écho d’une musique ».

Le recueil sur le site des Editions Le Chat polaire


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