LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 119.  REPORTEUR DE GUERRE


Le reporteur de guerre est un pacifiste-né.
Lèvre tordue, regard vitreux, air vil, prêt à en découdre sur les moindres des sujets sociétaux, le pacifiste-né reporte les conflits armés à plus tard. Il ne veut point entendre parler de guerre mais bien d’opération spéciale ou de manœuvre expiatoire. S’il possède un semblant de couteau suisse, c’est parce qu’il dispose d’un tire-bouchon et d’un décapsuleur.

Jusqu’à ce qu’il soit harcelé, poussé dans le dos, molesté, menacé par un coupe-ongles ou une épingle à chapeau porté par un plus pacifiste que lui, à béret flasque ou bonnet phrygien.

Les mots d’oiseau volent alors d’un coin à l’autre de la table de discussion. Dans le pire des cas, on peut observer une hécatombe de verres vides et des éclats de vers sur un fond glaçant de romanesque du quotidien.

Méfiez-vous des pacifistes-nés, ils peuvent vous planter un clou de girofle dans le dos si vous l’avez gélatineux comme un cafard !

Le reporteur de guerre voit des nazis partout depuis septante-cinq ans, à tel point qui ne sait plus distinguer un facho d’un conspirationniste. À force d’être traqué par des fantômes, il s’est fait détraquer par des fantoches.

Le reporteur de guerre est confondant de naïveté. Il n’est pas lucide pour un sioux (signant un contrat bidon avec Custer) mais que le premier qui n’a jamais cru à la colombe de la paix me donne le premier coup de bec ! Il pense que le monde lui ressemble, âpre à la discussion mais incapable de baver à l’acte, tel un escargot sur le sentier de la terre.

Le reporteur de guerre ne photographie pas l’instant, il se prend en selfie sur un air de protest song avec fusil en bandoulière, harmonica et mitraillette acoustique.

La plupart du temps, vu son caractère amer, râleur, aigri par le monde tel qu’il l’a laissé derrière lui, le reporteur de guerre sera plus vite mort d’une attaque cérébrale, d’une crise de foie, d’une explosion colique, d’un Petit Coeur de (déjà) Lu avalé de travers au champ d’honneur de la guerre des nerfs plutôt que passé de vie à trépas pour avoir défendu bec et ongles un nid escarpé assiégé par un rapace.

Et si c’était lui qui avait raison contre les va-t-en guerre de tout lobby, de toute ethnie et de toute religion ?


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