2022 – FLEURS DE TEXTES : LES FEMMES AU COEUR DE LA SOCIÉTÉ / La chronique de DENIS BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

La condition des femmes est un sujet qui alimente, à juste titre, encore abondamment la littérature actuelle. J’ai donc choisi de réunir deux textes qui évoquent le rôle des femmes et toutes les contraintes qu’elles subissent encore dans la société contemporaine. Un texte de Leïla ZERHOUNI évoquant la transmission de la vie et toutes les souffrances que les femmes doivent subir pour perpétuer la gent humaine et un autre Stéphane BRET qui raconte l’histoire des années folles à travers les heurs et surtout malheurs de trois jeunes femmes et d’un banquier.


Femmes empêchées

Leïla Zerhouni

M.E.O.


Dans un petit village de l’Ardenne belge, Ania, un gamine née sous x dans une clinique de Lille, est adoptée par la boulangère restée célibataire avec en fort désir d’enfant insatisfait. Quand la petite atteint sa dixième année, la boulangère décide de lui parler de ses origines en lui révélant qu’elle n’est pas sa mère biologique mais sa mère affective et nourricière.

Tout s’embrouille dans la tête de la gamine qui ne sait plus très bien qui elle est et d’où elle vient. En proie à une véritable crise identitaire, Ania se réfugie dans le rayon librairie du bazar ouvert récemment au village par une femme seule elle aussi. Cette dernière initie la jeune fille à la littérature et l’emploie pour l’assister dans le rangement des livres. C’est là qu’elle rencontre un jeune journaliste dont elle s’éprend mais qui, hélas, la quitte pour parcourir le monde et sauver ceux qui sont en danger.

Son amoureux parti vers des contrées en effervescence, Ania poursuit son voyage sédentaire dans les livres, elle devient l’héritière de la libraire et conseille tous ceux qui cherchent des livres pour élargir leur monde. Un jour, elle rencontre son presque double, une jeune fille qui essaie de voler le livre qu’elle voudrait lire mais qu’elle n’a pas les moyens de s’offrir. Ania lui offre le livre, devient de son amie et, plus tard, après des années d’amitié, la marraine de sa fille.

Leïla Zerhouni, je l’ai déjà croisée dans un recueil de poésie édité chez Bleu d’encre où elle traitait de la séparation douloureuse. Dans ce roman comportant lui aussi quelques poèmes incrustés dans le texte, elle évoque la filiation, la vie que l’on transmet avec ou sans désir, par hasard ou pour volonté de transmettre sa propre vie, de perpétuer la famille… Dans ce texte, Leïla met en scène une femme abandonnant son enfant qu’elle n’a pas désiré et qu’elle n’a pas les moyens d’élever, une femme qui n’a pas trouvé de géniteur pour lui donner l’enfant qu’elle désirait ardemment, une femme qui accouche d’enfants jumeaux, une autre qui met volontairement un terme à sa grossesse pour ne pas accoucher d’un enfant sans père. Explorant tous les aspects de la maternité, elle met aussi en scène un médecin charitable qui assiste les femmes enceintes dans le plus profond désarroi.

Elle évoque aussi dans ce roman la mixité dont elle est elle-même issue, avec toute la richesse qu’elle comporte. C’est aussi, pour elle, l’occasion d’établir un pont culturel entre l’Ardenne belge cloîtrée dans sa paisible vie campagnarde et l’Algérie des années noires où la violence et la mort régnaient sans discernement. L’Algérie où le régime avait encore sensiblement altéré la condition des femmes déjà peu reluisante auparavant. Bien que publié avant la guerre qui y règne actuellement, l’Ukraine fait une petite apparition dans ce texte comme pays où les artistes ont du mal à exister. Ainsi, Leïla pointe du doigt de nombreux problèmes de la société actuelle tout en évoquant largement la littérature qu’elle semble beaucoup apprécier. Tout au long de son récit, elle cite de nombreux auteurs que j’ai, pour la plupart lus et appréciés, mais c’est avec un plaisir particulier et une certaine surprise que j’ai vu qu’elle citait Louis Scutenaire, Achille Chavée, Jean Amrouche (même si j’aurais apprécié d’y voir aussi sa sœur Taos, une de mes idoles littéraires), de grands auteurs trop souvent ignorés et quelque peu oubliés.

La transmission de la vie est souvent un exercice un peu compliqué, il faut que deux êtres partagent le même désir, puissent le faire perdurer dans le temps, se décident ensemble et que la nature et la société ne se mettent pas en travers de leur souhait commun. La vie est un chose précieuse qu’il faut savoir choyer pour la transmettre avec amour afin que les femmes soient empêchées…

Le livre sur le site des Editions M.E.O.


Séduisantes chimères

Stéphane Bret

Books on Demand


En commençant la lecture de ce livre, j’ai eu une impression de déjà vu, je ne savais pas que ce texte était la suite du précédent roman de Stéphane Bret. J’ai mis le temps de lire quelques pages avant de me souvenir d’Aude, d’Adrienne et d’Arnaud, les trois A, les trois principaux héros de « Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? ».

Dans cet ouvrage, Stéphane raconte comment Aude, la jeune couturière, découvre le monde des travailleurs, la CGT, la SFIO, le féminisme, les suffragettes, l’homosexualité et son amante Adèle, comment Adrienne préfère le monde de la nuit, des plaisirs tarifés au bras de son client le plus assidu, comment Arnaud, banquier enrichi en investissant dans les nouvelles colonies, traversent La Belle époque avec tous les germes de la Grande guerre qu’elle comporte déjà.

Dans ce second ouvrage, les trois protagonistes, après avoir traversé la Grande guerre et la pandémie de Grippe espagnole qui l’a suivie, se lancent avec un réel plaisir mais aussi une certaine retenue, dans les Années folles pour oublier les affres des épreuves passées. Après s’être engagée dans le service chargé de la confection des uniformes de l’armée, Aude revient à son métier de couturière et intègre la célèbre maison de haute couture de Paul Poiret. Adrienne a abandonné les fastes de la maison close où elle œuvrait pour s’engager parmi les infirmières militaires et soigner les blessés puis les Gueules cassées. Arnaud siège désormais au conseil d’administration de sa banque et reste toujours assidu aux charmes des cocottes.

En faisant vivre ces trois personnages et Manon, la nouvelle amante d’Aude, Stéphane Bret jette un regard panoramique et synthétique sur les Années folles caractérisées par le besoin populaire d’oublier la guerre et l’épidémie mais aussi par la mise en place des pièces du puzzle qui constitue peu à peu la trame de ce qui conduira à l’autre guerre. Il évoque les vains efforts pour assurer une paix durable, les luttes ouvrières pour l’amélioration des conditions de travail, les innovations technologiques qui bouleversent le monde et la société, la lutte des premières féministes pour défendre la condition des femmes et quelques autres thèmes…

Ce court roman comporte tout ce que notre jeunesse devrait savoir sur ce qui a conduit, en deux décennies, le monde de la Grande guerre qui devait être « la der des der » à la suivante. Stéphane nous offrira peut-être bientôt la suite de cette analyse en projetant ses héros de la crise financière de 1929 aux abominations de la Deuxième guerre mondiale.

Le livre sur le site de la FNAC


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