2022 – FLEURS DE TEXTES : L’AMOUR PLUS FORT QUE TOUT / La chronique de DENIS BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Dans cette rubrique, j’ai réuni deux textes qui démontrent que l’amour peut triompher de tous les problèmes s’il remplace la haine, la colère, la violence, la jalousie et tout ce qui peut générer de violents conflits. Myette RONDAY raconte une histoire qui a peut-être été inspirée par des faits réels, l’histoire d’une femme française amoureuse d’un soldat allemand pendant la dernière guerre. Robert MASSART a, lui, décrit les débats d’un groupe hétéroclite contre l’administration et les malfrats qui s’en sort, malgré les différence entre ses membres, grâce aux relations d’amour qui les soudent.


Un héritage d’amour

Myette Ronday

Editions complicités


Agnès, la fille que Mathilde a conçue avec Leni, un soldat allemand dont elle est tombée amoureuse en 1942, inventorie, en 1996, la maison laissée par sa mère après son décès alors que des promeneurs découvrent dans l’estive dont elle a hérité dans les Pyrénées, les restes d’un cadavre. La découverte des ossements et leur identification bousculent les plans ourdis par les quelques personnes concernées par cette affaire. Dans la maison de sa mère, Agnès découvre ses origines et son enfance à travers les cartes postales que son père lui a adressées et que sa mère ne lui a jamais remises, les lettres que sa mère a écrites à son père sans jamais les lui envoyer et enfin, dans les confidences d’un homme encore très jeune à l’époque, un témoignage sur la vie que le jeune couple a mené à l’estive.

Le père de Mathilde, chef dans la Résistance, avait conduit le jeune couple dans une cabane très sommaire sur son estive, le temps que la jeune femme assure sa grossesse. La guerre finie, le jeune couple, avec son bébé, a rejoint la vallée où le papa allemand a été traité comme un prisonnier de guerre mais dans les meilleures conditions tout de même, à proximité de sa femme et de son enfant. Bientôt, Leni doit rentrer à la maison en forêt Noire pour redresser l’entreprise familiale en déroute, il propose à Mathilde de le rejoindre mais elle refuse, elle a placé sa fille dans des internats pour qu’elle soit à l’abri des quolibets et maltraitances de la part des enfants du village. La relation entre la mère et la fille n’en n’est nullement renforcée, d’autant plus que la mère n’évoque jamais les origines de jeune fille, allant même jusqu’à lui donner un père qu’elle épouse pour sauver la face. En grandissant, Heide, désormais Adèle, se pose des questions et commence à comprendre certaines choses qui l’incitent à chercher ses véritables origines…

Cette histoire pourrait faire partie de la constellation des dégâts collatéraux qui ont détruit de très nombreuses familles et communautés pendant et après la dernière guerre. Myette raconte les malheurs de Mathilde et la quête d’Agnès avec beaucoup de sensibilité et d’émotion, de douceur et de tendresse, malgré tous les arias qui encombrent le chemin de cette famille cherchant un avenir possible, un amour familial et même une relation sentimentale en ce qui concerne Mathilde. L’écriture très poétique de Myette apporte encore plus de douceurs et de tendresse dans le monde de violence où évolue cette famille détruite, cet amour éventé, cet avenir en pointillé…

Myette connait aussi très bien la nature où elle a conduit ses personnages, la flore, notamment les plantes sauvages, est son royaume, elle les connaît toutes comme aucun paysan ne les connait pas, elle sait les nommer, désigner leur propriétés, … Ainsi, elle a su mettre de l’amour et de la tendresse dans les prés de l’estive et de la vallée. Nous avons, aujourd’hui, tellement besoin de tendresse et d’amour qu’il faudrait que Myette nous enseigne la poésie et la botanique pour calmer les ardeurs des va-t’en guerre qui peuplent la planète en l’enflammant.

Un petit post scriptum pour dire que j’ai bien apprécié son art de l’utilisation des mots que certains croient désuets et qui sont pourtant tellement savoureux et si expressifs.

Le roman sur le site de l’éditeur


La déclaration

Robert Massart

M.E.O.


Sylvain, un bon bougre bruxellois, se laisse convaincre d’accepter la présidence d’une association à but non lucratif, juste pour rendre service à un ami trop empressé. Cette association a pour objet de défendre l’enseignement de la langue française mais elle n’a aucun moyen ni ressources. Etant vite réduite à l’incapacité d’agir, le nouveau président décide de la dissoudre, les nombreuses démarches effectuées, il se sent soulagé et libéré de cette charge inutile. Mais, il se leurre car l’administration fiscale décide de mettre son nez, qu’elle a très pointu, dans ce dossier. Elle rappelle au président liquidateur qu’il n’a pas effectué toutes les démarches nécessaires alors que l’association était encore en activité. Sûr de son bon droit et d’avoir accompli toutes les démarches légales, il décide de passer outre aux injonctions de l’administration. Mais, comme chacun le sait, l’administration est tenace, surtout lorsqu’elle tient dans ses serres un brave citoyen peu rompu aux arcanes du droit administratif, En l’occurrence, elle s’acharne sur le brave ex-président s’entêtant dans son immobilisme qu’il juge de bon droit.

Le conflit devient de plus en plus aigu, Sylvain est au bord de la rupture, au point d’inquiéter sa nouvelle aide-ménagère, Line, une ancienne étudiante qui n’a pas eu les moyens de financer la fin de ses études. Elle l’assiste dans ses démarches et l’initie à l’utilisation des outils informatiques et des téléprocédures. La représentante de l’administration ne lâche rien, alors, pris de colère, Sylvain envisage de menacer, par personne interposée, la fonctionnaire tenace. Line lui propose de demander l’assistance de son mari cubain, Fran, qui connait de petits voyous capables d’exécuteur cette mission. Mais, rien ne se déroule comme prévu, une femme est violentée dans son quartier, la fonctionnaire est victime de deux accidents, son bureau est pollué par des grigris inquiétants, … Sylvain culpabilise et craint le pire qu’il essaie de prévenir.

Ce différend entre l’administration et l’un de ses administrés sent trop le vécu pour ne pas avoir un fondement quelconque. Ayant été moi-même président de nombreuses associations, j’ai connu de nombreux démêlés avec divers services de l’Etat et des collectivités territoriales . Ce roman me semble donc posé, une nouvelle fois, le délicat problème de la relation des pouvoirs publics avec leurs administrés. Robert Massart n’est pas un violent, il prône le dialogue, l’empathie, l’entente cordiale, … tout ce qui peut rendre la vie plus facile et plus heureuse. Il faudrait que nos dirigeants et les fonctionnaires à leur service lisent ce livre, ils amélioreraient sans doute leurs relations avec leurs administrés…

Le roman sur le nouveau site des Editions M.E.O.


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