MAISON MÈRE de PHILIPPE COLMANT (Bleu d’Encre) / Une lecture d’Eric ALLARD


L’enfance retrouvée

Le titre du recueil de Philippe Colmant m’a fait penser à Maisons habitées de Philipe Leuckx (chez le même éditeur) qui signe d’ailleurs la préface du présent ouvrage écrit en vers hexamètres, ce qui assure un cadre souple au poète pour lui venir ciseler ses images.

La maison mère, c’est celle de l’enfance, une maison entre les murs desquels la nostalgie vient trouver refuge, faire provision de souvenirs, se révélant une source permanente, jamais tarie, qui autorise à poursuivre le cours d’une existence.

Cela commence par la naissance à une « vie en noir et blanc », « sur le tard / tombé avec la neige », un dimanche soir d’hiver,

Au départ, tout était
Musique sans paroles.
Puis sont venus les mots
Jusqu’à la rhétorique.

J’ai mesuré plus tard
L’urgence du silence.

Guère d’épanchement toutefois, d’anecdotes saillantes ; les parents, la grande soeur sont évoqués, telles des âmes bienveillantes destinées à ne jamais disparaître d’entre les murs de la demeure familiale.  

Le feu qui craque, le grincement de la porte du grenier, le crépitement de la pluie sous la tabatière composent un  « douillet vacarme », que tout le monde entend, a perçu un jour… On le voit ici, le poète est celui qui sait trouver les mots pour universaliser une expérience personnelle, un affect, la faire résonner comme jamais encore.

Au fil de la lecture, on lit que « la maison a vécu / et embarqué pour l’ombre […] Elle s’est effondrée ».

Pas « le puits et sa margelle / pris de mousse et d’ennui ».

Pas l’enfance qu’elle abritait qui fait une musique au cœur du poète, innerve sa vie et « retrousse sa mémoire ».

En lisant, si justement formulé, que  « l’enfance / n’est jamais loin / à vol d’oiseau », on comprend qu’il suffit de quelques battement d’ailes dans la bonne direction du temps pour regagner son nid, avec, certes, dans son bagage, une poésie aussi sensible aux vibrations de l’être que celle-ci.


Philippe Colmant, Maison mère, Bleu d’encre, préface de Philippe Leuckx, 64 p., 12 €.

Le recueil sur le site d’Objectif Plumes


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