IL FAUT PEU DE MOTS de MARTINE ROUHART (Ed. du Cygne) / Une lecture d’Eric ALLARD


Martine Rouhart écrit pour se trouver, l’écriture est un chemin qui mène à soi, « loin de la surface / des choses », ce noyau personnel, certes volatil, qui nous file entre les moi. Elle écrit pour entrer en résonance avec son diapason intérieur et faire entendre sa voix.

L’air est son élément de prédilection, non pas un air immobile mais un air qui se charge d’humidité, que remue le vent, où le soleil trace sa voie lumineuse. Et l’oiseau, l’animal qui personnifie le mieux son rapport poétique au monde.

Il faut peu de mots

pour tracer un chemin

de solitude heureuse

jusqu’à la mer

On pense à propos de ce travail d’approche de soi à l’identification narrative de Paul Ricoeur pour lequel l’identité personnelle se constituerait au fil des énoncés, ici plus poétiques que narratifs, qu’elle produit ; une identité cependant toujours mouvante et qui vaut par la visée qui habite et motive sa pratique littéraire. 

Dans ce recueil, on trouve une belle sélection de ses poèmes brefs qui touchent quelque chose en nous de l’ordre de la vibration, d’une mise en relation avec le grand tout aussi bien qu’avec notre stricte intimité.

Il faut peu de mots

pour ouvrir un passage

entre l’infime

et l’infini

Martine Rouhart fait le pari de l’économie de mots, du peu qui dit beaucoup, du pan de ciel qui ouvre des horizons…

Elle fait aussi le constat qu’à se chercher on s’échappe toujours et que, dans ces échappées, on lâche du lest, on s’allège pour ne plus tomber aussi gravement.

Entre les mots

s’échappe un peu de moi

je pense qu’un peu de moi

s’échappe aussi

La poète n’est pas dupe du travail qu’il y a et demeure à accomplir, de tous les mots qu’il faudrait trouver pour panser le passé, l’insensé du monde.

Il faut trop de mots

pour renouer

les rêves

défaits par la lumière

rattraper tous les voyages

perdus en route

Un recueil qui répond avec grâce à la question fondamentale qu’il pose, au défi qu’il s’est donné ! Même si, tant qu’il y aura du réel, il y aura toujours des espaces existentiels à perdre, resteront des mots à trouver pour des poèmes-refuges, des poèmes pour voir et vivre mieux.

J’arrêterai d’écrire

quand les oiseaux

et moi

seront à court

de secrets


Martine Rouhart, Il faut peu de mots, image de couverture: Claude Carretta, Editions du Cygne, 52 p., 10 €.

Le recueil sur le site de vent en ligne des Editions du Cygne


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