Marcelin P., 88 ans, de Solre-sur-Sambre préfère mettre fin à ses jours plutôt que d’annoncer à son arrière-petite-fille qu’il a laissé couler l’eau du bain…

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Il est près 21 heures, ce 23 juin, quand, Henri P., un octogénaire, qui vit seul dans une maison sociale de Solre-sur-Sambre depuis le décès de son raton-laveur il y vingt-cinq ans, fait couler l’eau de son bain. Un appel téléphonique de son arrière-petite fille qui lui annonce sa réussite au CEB avec un résultat de 94% le distrait de ses préparatifs. Grettaline lui annonce qu’elle passera le visiter jeudi après-midi car les manifestations pour le climat ne reprendront qu’en septembre. Quand il revient dans sa salle de bain, il constate qu’il a oublié de fermer l’obturateur et que l’eau s’est écoulée en pure perte. Une perte qu’il évalue à 80 litres, pour le moins, d’eau potable. Marcelin P., plus décontenancé que lorsqu’il a perdu l’usage de la vue à l’âge de huit ans, n’imagine pas annoncer la nouvelle à sa petite fille et met fin à ses jours, par noyade. Par souci d’économie, il plonge la tête dans un seau d’eau et la tient immergée aussi longtemps qu’il faut. Elle pourra ensuite servir à arroser les plantes du hall d’entrée, pense-t-il, dans une ultime bulle. De toute façon, il n’a jamais supporté la canicule, nous a confié une voisine en guise de consolation.

Un nouveau drame de la décroissance ou du réchauffement climatique, on ne saura jamais.

 

 

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2019 – POUR COMMENCER L’ÉTÉ : HOMMAGE À COURBET / Une chronique de Denis Billamboz

2019 - EN ATTENDANT L'ÉTÉ : ET QUE ÇA SWINGUE / Une chronique de Denis Billamboz
Denis BILLAMBOZ

Il y a deux cents ans, à Flagey disent certains, à Ornans disent d’autres, mais chez moi on dit au bord du sentier, entre ces deux localités, le 10 juin 2019, naissait Gustave Courbet l’immense peintre qui a révolutionné la peinture au XIX° siècle. Pour fêter cet anniversaire, j’ai réuni deux lectures qui éclairent des aspects de la vie du maître et de son œuvre en apportant de nombreuses informations restées jusques là dissimulées. PIERRE PERRIN, un habitant comme moi du Pays de Courbet, s’est intéressé à la vie privée du peintre, principalement à la femme qui a partagé son quotidien pendant plus de dix ans sans qu’il accepte de l’épouser ni de reconnaître le fils qu’il lui a donné. Les Éditions Bartillat, quant à elles, ont réédité une nouvelle fois, dans une version mise à jour et augmentée, le livre de THIERRY SAVATIER qui raconte la fabuleuse épopée du célèbre tableau : « L’Origine du monde ». Deux ouvrages qui mettent en lumière des aspects peu connus de la vie du maître d’Ornans, deux ouvrages qui permettront à certains de découvrir Courbet et son œuvre et à d’autres d’apercevoir l’homme derrière le peintre.

 

Le modèle oublié

Pierre PERRIN

Robert Laffont

Le Modèle oublié

Le 10 juin prochain (2019), nous fêterons le deux centième anniversaire de la naissance de Gustave Courbet, à cette occasion, Pierre Perrin, enfant, tout comme moi, du Pays de Courbet, publie un livre sur le maître. La littérature étant déjà fort abondante sur le sujet, il a choisi de montrer l’homme plutôt que le peintre, une façon de mieux comprendre son rapport à son œuvre. Il dépeint l’enfant rébarbatif aux études au séminaire, le jeune homme fêtard, abusant de l’alcool et de la nourriture, le séducteur coureur de filles mais surtout le conjoint amoureux même s’il n’est pas très fidèle et le père qui n’a pas su aimer son fils comme il l’aurait voulu. Il dépeint aussi le bourgeois affairiste, avide d’argent, qui joue au socialiste sous le regard narquois de ses compatriotes comtois notamment Proudhon. Et l’ami fidèle qu’il a été pour ses compagnons de province ou pour ses relations parisiennes comme Baudelaire qu’il a fréquenté jusqu’à sa mort.

On dépeint souvent Courbet entouré de jeunes filles fort séduisantes et peu farouches qui ne sont pas que des modèles pour le peintre, mais on n’évoque jamais celle qui a longuement partagé sa vie à Paris : Virginie Binet qu’il appelait ma Vigie tant elle était de bon conseil. C’était aussi un point d’ancrage où il aimait revenir, comme le marin au port d’attache, après de longues escapades à travers la France, et même l’Europe, mais surtout pour de longues vacances à Ornans d’où il ne pouvait que difficilement s’arracher pour rentrer à Paris. Virginie, il l’a rencontrée à Dieppe où elle vivait encore chez son père malgré sa trentaine. Il l’a aimée très vite et s’est démené comme un diable pour la faire venir à Paris au moment où il ne connaissait ni la gloire, ni la fortune, se contentant de dépenser les subsides d’un père embourgeoisé. Cette union jamais légitimée, plutôt harmonieuse, durera plus d’une décennie, Virginie lui donnera même un fils, Emile, qu’il refusera de déclarer. Mais la fidèle compagne finira par se lasser des frasques mais surtout des absences de l’homme qui partageait sa vie et rejoindra sa ville natale avec son fils.

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Gustave Courbet, photographié par Nadar, entre 1860 et 1869

Sans sa conjointe, sans son fils, Courbet souffrira mais continuera à travailler comme un forcené, c’était une force de la nature, il a peint quantité de tableaux dont bon nombre sont gigantesques, il a accumulé âprement un joli pactole, achetant de nombreuses propriétés foncières dans la Vallée de la Loue. Pierre Perrin, en fin connaisseur du peintre et de son œuvre, relie chacune de ses œuvres majeures au contexte familial et social dans lequel le maître les a réalisées. Courbet n’avait qu’une seule maîtresse qui l’a envoûté tout au long de sa vie : la peinture dont il ne pouvait se passer et dont il était convaincu d’être le meilleur serviteur. Son ego démesuré, son orgueil, sa « grande gueule », ne lui vaudront pas que des succès, alors que Virginie n’est plus là pour l’apaiser, il se fait des ennemis, froisse des personnes importantes et commet quelques bévues qui finiront par lui être fort préjudiciables. Le départ de Virginie sonne le début de la désescalade même si la cote du peintre grimpe de plus en plus et ne cessera jamais de grimper.

Pierre Perrin a choisi la biographie romancée pour pouvoir s’immiscer dans l’intimité du peintre afin de pouvoir montrer Courbet tel qu’il était hors de son atelier et comment la femme de sa vie a contribué au développement de sa carrière. Ce texte très documenté montre l’irrésistible ascension de l’artiste déployant son immense talent auprès de sa douce et compréhensive épouse et la désescalade de l’homme gros goujat égocentrique, goinfre et frivole, hâbleur et orgueilleux, sûr de lui en tout et pour tout, terminant pitoyablement sa vie en un exil qu’il aurait pu éviter avec un peu plus de réserve et de finesse.

Un livre à lire pour ceux qui veulent découvrir Courbet mais aussi un livre à lire par ceux qui croient tout savoir de Courbet en ignorant que l’homme qui se cachait derrière l’artiste était moins glorieux que le peintre toujours autant admiré et adulé.

Le livre sur Editis

La revue POSSIBLES en ligne de Pierre PERRRIN 

Une rencontre avec PIERRE PERRIN, l’écrivain

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L’Origine du monde

Thierry SAVATIER

Bartillat

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A l’occasion du deux centième anniversaire de la naissance de Gustave Courbet, les Editions Bartillat rééditent le livre de Thierry Savatier consacré au tableau de Courbet qui fit tellement scandale : « L’origine du monde ». si le tableau fit couler beaucoup d’encre et de salive, s’il généra bien des émotions et suscita moult curiosités, son histoire, elle, provoqua bien des discussions et nourrit de nombreuses polémiques tant elle est encore bien mystérieuse. Thierry Savatier a sous-titré son ouvrage : « Histoire d’un tableau de Gustave Courbet », c’est donc bien du cheminement emprunté par ce tableau pour aboutir au Musée d’Orsay dont il est question dans cet ouvrage. Il écrit dans son introduction : « Son histoire s’égare loin des sentiers battus et réserve nombre de surprises ». C’est pour cette raison, entre autres, qu’il a décidé « d’emprunter la voie la plus difficile, …, la plus pragmatique : écrire une étude… ». L’auteur confie tout de même qu’une version romancée pourrait éventuellement venir compléter cet essai.

Dans son étude, Thierry Savatier s’intéresse à tous ceux qui ont vu, et même seulement approché, le tableau, décortiquant leur biographie pour dénicher éventuellement une quelconque influence qu’ils auraient pu avoir sur sa vie, sa conception, sa fabrication et surtout son histoire. Il explore l’environnement du peintre, des différents possesseurs du tableau, de tous ceux qui auraient pu en parler, le recommander, l’acheter, le vendre, le prendre, le cacher, le négocier, le montrer en douce. Il a lu des tonnes d’archives, de livres, de revues, d’articles de presse, des mémoires, des correspondances, des documents non publiés…, il lit tout ce qui parle peu ou prou de ce tableau, ce qui l’a obligé à ajouter quelques passages au présent essai pour en assurer la mise à jour.

Il commence cette étude en essayant de comprendre comment Courbet a eu l’idée de peindre cette toile, puis de découvrir pour qui il l’a réalisée et à partir de quel modèle. Ensuite, son essai suit le cours de l’histoire de cette œuvre, la reconstituant bribe par bribe, en restant parfois dans la supposition, il redécouvre le chemin emprunté par L’Origine pour finir sur les cimaises du Musée d’Orsay où elle est toujours et toujours aussi admirée. Ce serait, selon l’auteur, le tableau le plus vu en France après la Joconde. Thierry Savatier propose une histoire très plausible, parfois même très probable, mais il a l’honnêteté quand il lui manque une preuve formelle, de laisser la porte ouverte à d’autres interprétations. Certaines zones de l’histoire de cette fameuse toile restent encore un peu nébuleuses, d’autres découvertes pourraient encore les préciser.

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Gustave Courbet (1819-1877)

Thierry Savatier ne s’est pas contenté d’effectuer un travail de détective pour suivre l’œuvre dans les pérégrinations que ses divers possesseurs lui ont infligées. Il a réalisé d’importantes analyses picturales, anatomiques, scientifiques, avec le concours des meilleurs spécialistes, pour bien comprendre le travail du maître et pour essayer de répondre à la multitude de questions que soulève cette œuvre tellement décriée et, à la fois, tellement fascinante. Pour ma part, je reste toujours avec mes deux questions : tout d’abord je reste ébaubi par ce tableau qui, quand on l’a vu plusieurs fois peut paraître plutôt banal, mais qui toujours intrigue, fascine, et je me demande si c’est seulement le talent du peintre qui le rend si attirant, qui donne une telle vie à ce corps sans tête ? Son audace dévoilant le sexe de la femme sans aucune réserve mais sans aucune volonté de choquer non plus a certainement joué un rôle important dans la renommée de cette œuvre.

L’autre question que je me pose, c’est comment une toile qui a été si peu vue avant d’entrer dans un musée public, une toile dont on a même pendant de longues années perdu la trace, a-t-elle pu tellement choquer, tellement déchaîner la critique, obtenir une telle popularité ? On a l’impression que personne ne l’avait vue mais que tout le monde en parlait, ce point reste assez mystérieux et montre combien cette œuvre est unique, fascinante et combien elle dépasse les limites de la peinture et de l’art en général.

Thierry Savatier a bien raison de confier sa conclusion à Marcel Duchamp quand il disait : « c’est le regardeur qui fait l’œuvre ». Alors, encore regardons et ne nous lassons jamais du génie de cet immense peintre que sera toujours Courbet. Il est l’un des rares peintres dont la cote n’a jamais baissé depuis qu’il a vendu sa première ouvre.

Le livre sur le site des Editions Bartillat

THIERRY SAVATIER sur Babelio

 

 

 

 

2019 – POUR COMMENCER L’ÉTÉ : ROMANS POPULAIRES / Une chronique de Denis Billamboz

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DENIS BILLAMBOZ

J’ai consacré cette chronique à un genre littéraire que j’ai un peu négligé depuis quelques années, je n’ai pas lu beaucoup de romans de ce type au cours de ces années, j’en avais peut-être trop lu dans d’autres périodes et, ensuite, j’avais éprouvé le besoin d’élargir mon horizon littéraire, de découvrir d’autres formes de littérature… C’est donc avec un brin de nostalgie que je vous propose aujourd’hui deux romans populaires, un qui raconte une histoire fondée sur un fait divers qui s’est déroulé en Savoie au XIX° siècle et un autre, un peu fantastique, qui est un pur produit de l’imagination de son auteur

 

Lily sans logis

Frédérique-Sophie BRAIZE

Editions De Borée

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Inspirée par un fait divers réel qui s’est déroulé au début des années mille-huit-cent-soixante en Haute-Savoie, Frédérique-Sophie Braize raconte l’histoire de Lily, une jeune fille devenue orpheline, rejetée par le village qui la croit diabolique car elle élève un enfant, deux si on considère seulement les têtes et les bustes, fruit d’une étreinte adultère. Accompagnée de son fidèle saint-bernard, elle décide de quitter sa montagne natale pour rejoindre Thonon-les-Bains où sa mère lui a dit avoir passé les plus belles heures de sa vie. Elle compte y exhiber les enfants siamois pour gagner les quelques sous nécessaires à sa subsistance et à celle de son, ou ses enfants, selon comme on le, ou les, considère, à l’occasion de la foire de Crête.

La foule se presse pour voir le petit monstre masquant deux individus aux intentions peut-être moins louables que celles des ménagères effrayées et apitoyées se bousculant autour de la charrette le transportant. L’un est un affairiste qui voit très bien comment il pourrait utiliser la jeune fille avec sa fraîcheur et toute sa naïveté, l’autre est un anatomiste ambitieux rêvant de gloire et d’une notoriété internationale qu’il pourrait acquérir en séparant les bébés liés. Les enfants ayant disparu pendant la nuit, la fille accepte l’aide de l’affairiste au risque de tomber dans ses rets. Elle connaît alors une aventure qui la plonge au plus profond de la fange inondant les quartiers populeux de la ville mais croit toujours en la possibilité de sortir du travers dans lequel elle s’est laissé embarquer.

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Frédérique-Sophie Braize

Cette histoire, ou du moins celle que l’auteure a réinventée, raconte l’éternelle lutte du bien et du mal qui s’épanouit encore mieux dans cette société très imprégnée par un syncrétisme issu du mélange des croyances catholiques et de tout un lot de superstitions païennes bien conservée dans ces contrées hostiles où les idées ne voyagent pas plus vites que ceux qui se déplacent à l’aide de leurs seules jambes. N’oublions que Saint François de Sales a vécu dans cette région qu’il a marquée de sa piété religieuse et dont le souvenir est très prégnant. C’est aussi une leçon de foi et de courage à l’intention de ceux qui ne persistent pas assez et croient pas suffisamment en eux et en ceux qui pourraient leur venir en aide.

Par de-là l’histoire qu’il raconte et les messages qu’il comporte, ce livre est aussi un ouvrage très documenté sur la vie en Haute-Savoie au XIX° siècle. L’auteure connait très bien cette région, ses habitants, son histoire, ses coutumes et sa langue et sa culture. Elle a pris le parti, pour que son récit soit plus crédible, plus proche des faits qui l’ont inspiré, d’utiliser un langage comportant beaucoup de mots et d’expressions usités à cette époque dans cette région. Elle a aussi choisi d’utiliser une forme littéraire qui rappelle les livres qui, au XIX° siècle, était souvent publiés sous la forme d’un feuilleton avant d’être éventuellement publiés. En lisant ce texte, j’ai eu l’impression de retrouver des romans aujourd’hui disparus dont je me régalais quand j’étais adolescent sur mes plateaux jurassiens.

Frédérique-Sophie Braize parle de son livre

Les Editions de Borée sur Facebook 

Un portrait de l’auteure

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Tous pour elle

Laurent MALOT

French pulp éditions

Clémence pourrait trouver un bout de rôle dans la célèbre série américaine Sex and the city, elle n’a plus vingt ans, elle est jolie sans être une bombe, elle a un job valorisant, elle cherche désespérément l’amour depuis dix ans au moins sans jamais trouver chaussure à son pied. Bien qu’elle ne soit pas particulièrement farouche, elle n’a pas connu la plus petite étreinte depuis trop longtemps déjà. Elle va avoir trente ans, il faut qu’elle trouve l’homme de sa vie avant qu’il ne soit trop tard, que son tour soit passé, qu’elle soit rangée en bout de table avec les vieilles filles incasables, parmi les surnuméraires. Elle multiplie les sorties mais, chaque fois qu’elle trouve un garçon qui rentre dans ses critères, il y a un problème rédhibitoire et le dernier qu’elle rencontre en a un vraiment très gros : il rentre dans les ordres, c’est sa dernière virée.

Folle de rage, désespérée, saoule, elle quitte la soirée, s’égare dans le quartier de la Butte aux Cailles (à Paris pour ceux qui ne le connaissent pas) et doit demander son chemin à une femme déjà âgée qui s’inquiète de sa situation. Elle lui raconte son désespoir, la vie solitaire à tout jamais qui se profile devant elle. Voulant la tirer de son embarras, la brave femme lui jette un sort qui lui conférera le pouvoir de séduction sur tous les hommes qu’elle rencontrera mais ce sort s’éteindra à tout jamais à l’heure précise de ses trente ans et son anniversaire est dans trois semaines, il ne lui reste donc que trois petites semaines pour dénicher la perle rare et la séduire.

Elle ne croit pas trop à cette histoire de sort mais quand elle passe à la brocante ou qu’elle court au bois, elle se rend vite compte que les hommes s’intéressent à elle jusqu’au point de se battre pour elle. Elle tente une première expérience qui lui fait rencontrer un archéologue sympathique mais elle veut avoir plus de choix et surtout viser plus haut. Elle forme alors le projet de visiter tous les palaces parisiens en espérant bien y rencontrer le prince non seulement charmant mais aussi richissime. Commence alors une aventure qui la conduira de ravissement en enchantement avant de la plonger dans les pires déboires. Et il lui faut absolument trouver l’homme de sa vie avant d’avoir trente ans…

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Laurent Malot

Une déambulation dans le milieu branché où se rencontrent galeristes, comme son ami de toujours, gens de loi comme sa meilleure copine et autres personnes gagnant suffisamment d’argent pour faire la fête dans ce genre d’endroits. Avec une virée dans les palaces parisiens où le luxe dégouline sans jamais combler les clients qui ont recours à des substances artificielles pour trouver les plaisirs capables de tromper leur ennui. Mais ce texte n’est pas qu’un roman à l’eau de rose comme le laisserait croire l’intrigue, c’est aussi une réflexion sur l’âge qui avance inexorablement, sur la solitude qui pourrait se profiler, sur les couples qui se font et se défont souvent trop vite, sur la façon dont la société évalue ses membres : l’avoir et le paraître passant toujours avant l’être et le savoir. En filigrane, ce texte comporte aussi un zeste de morale en rappelant que tout ce qui brille n’est pas d’or et qu’il faut savoir se satisfaire de ce qui correspond à sa propre personne.

Un livre que vous lirez avec plaisir au bord de la piscine quand le soleil brillera bien fort cet été, un texte alerte, enjoué, pétillant, agrémenté de nombreuses formules imagées, de quelques piques acérées et même de quelques formules de styles. L’auteur ayant un petit faible pour les zeugmes, j’en ai relevé quelques-uns mais ne les ai peut-être pas tous vus. L’auteur a fait le pari d’écrire ce livre au féminin, il y réussit plutôt bien si on considère que l’amour fleur bleue et romantique convient mieux aux filles sans oublier qu’elles peuvent être aussi très pratiques et pragmatiques quand la situation l’impose. Lisez vite ce livre, dans trois semaines Clémence aura trente ans et devra être accompagnée d’un garçon capable d’être un mari fidèle et sérieux mais aussi bon père de famille, car l’envie de maternité commence à la titiller.

Le livre sur le site de l’éditeur

Le site de Laurent MALOT

 

 

 

VISAGES VIVANT AU FOND DE NOUS de MICHEL BOURÇON (Al Manar) / Une lecture de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

Pour le suivre depuis dix recueils, je peux dire que le travail de Bourçon visite des terres avec le ton mélancolique qui le caractérise. Puiser dans le réel des blasons, des impressions fugitives, aligner sa défroque à l’aune des pas, des boulevards, signer sa présence d’homme qui scrute « les branches tendues », cet « homme derrière la vitre », gagner un champ sur la nuit et ce « qu’elle peut nous donner à voir ».

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Bourçon, dans la ligne sinon lignée des grands errants en poésie (Hardellet, Pessoa, Dhôtel, Vandenschrick, Grandmont), sait capter « dans ce jour bas » l’atmosphère au sens le plus climatique des villes traversées, des bords de Loire, « les premières fleurs élues/ par la mélancolie ».

Soixante-dix poèmes, parfois plus longs (une page) que d’habitude, cernent l’immobilité d’un regard sur les « objets », le monde; ils décrivent « des copeaux de peinture » quand la pluie « flétrit » les choses; il y a pourtant, au-delà des constats un peu tristounets, ce désir de fondre dans « un rêve de feuillaison », la nature n’étant jamais très éloignée du regard du poète.

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Michel Bourçon

Et si « l’air manque pour respirer », « le bord d’une existence » « suivi » « comme un sentier/ longeant une rivière » assure au lecteur que toute errance a ses marges tristes et aussi ses éclats de beauté et de refuge.

« La vie perdue », les « manques », « le ciel blanc sale » connotent souvent une précarité cueillie dans le fin fond d’une existence, ressentie comme fragile sinon exposée à « sombrer le retournement ».

Parfois « un poème de feuilles » éclaire le parcours errant d’un homme très visuel, très sensationniste qui explore avec tact, élégance, sobriété la profondeur du monde, que ce soit « nuit parée de réverbères » ou « en se levant chaque jour/ on s’efface peu à peu/ de ses décombres ».

Voilà sans doute une âme en capillarité essentielle avec les rues traversées, par « la fenêtre à grands carreaux » ou « sur la ligne ondulante des toits ».

Oui, « le jour sait les étoiles/ tombées dans nos yeux/ l’eau calme des méandres ». Oui, la vie ordinaire n’est pas toute droite ni de tout repos, elle a ses haltes, ses dérives, ses « ornières » et parfois « la chance des bourgeons ».

Un bien beau livre.

Michel Bourçon, Visages vivant au fond de nous, Al Manar, 2019,  82p., 17€. Beaux dessins en noir de Jean-Gilles Badaire

Le livre sur le site des Editions Al Manar

LA BOUTEILLE À LA MER : JOURNAL 1972-1976 de JULIEN GREEN / Une lecture de Jean-Pierre Legrand

Le TOP 5 de JEAN-PIERRE LEGRAND
Jean-Pierre LEGRAND

« Un air, le dernier de la cantate 170 de Bach, est d’une beauté ensorcelante, je veux dire par là qu’il s’empare de vous et ne vous quitte plus ». Ce que dit Julien Green de la musique de Bach, je suis tenté de le reprendre à mon compte concernant le journal de cet auteur aujourd’hui fort délaissé. Ses pages sont « ensorcelantes ».

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Le journal de Julien Green couvre près de soixante ans répartis-en de nombreux volumes. Je viens de lire en priorité le tome relatif aux années 1972 -1976 joliment intitulé « La bouteille à la mer ». J’avais 13 ans en 1972 et cela m’amusait de retrouver sous la plume du diariste, l’écho de mes années « de formation » durant lesquelles je commençai à m’intéresser à l’actualité, à l’histoire se faisant.

L’actualité « brûlante » de son époque n’est pourtant pas le sujet du journal de Green. Elle n’intervient qu’au gré de très brèves annotations sur les nouvelles du jour – la mort de Pompidou, celle de Franco, la guerre du Kippour, la loi Veil …- et comme quelques notes ravivent le souvenir d’une mélodie oubliée, l’époque se remet en place comme un vieux décor d’opéra.

Il y a un peu de tout dans ce beau journal : des impressions de voyage, des rencontres, de brèves notes de lecture, des humeurs, du désespoir parfois, un amour constant de la musique et imprégnant chaque seconde de la vie de l’auteur, une spiritualité exigeante qui prend la forme d’un catholicisme sinon intégriste, du moins traditionnel.

Elevé par sa mère dans la religion de l’Église épiscopale qui, aux États-Unis, correspond à l’anglicanisme, Green se convertit au catholicisme après la mort prématurée de celle-ci. Il a alors seize ans. Avec l’intransigeance des convertis il se montre rapidement très critique pour ces chrétiens de France jugés bien trop tièdes ; sous l’influence et l’instigation de Maritain dont il sera toujours proche, il leur consacre un essai au vitriol : le Pamphlet contre les catholiques de France.

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Julien Green, en 1933, à l’âge de 33 ans.

Pourtant l’homme n’est pas tout d’une pièce. Homosexuel à une époque peu tolérante sur le sujet, sensuel et cédant à une sexualité impérieuse dans le Paris de l’après-guerre (celle de 14), il vit comme un déchirement les exigences de la chair et l’aspiration à la spiritualité la plus haute. A ce titre il est exemplaire d’une époque où la religion entretenait un rapport névrotique à la sexualité avec laquelle beaucoup de croyants ne pouvaient composer qu’au prix d’une écrasante culpabilité. Green connait le doute, sa foi parfois chancelle, d’autres sagesses le tentent. C’est probablement Pierre Gaxotte qui, dans son discours de réception de Green à l’Académie française a, sur le sujet les mots les plus justes :

« (…) même conquis par le plaisir, même tenté par certaines croyances du bouddhisme sur la métempsychose et surtout sur l’irréalité du monde sensible, vous n’avez jamais perdu la foi. Mais ce Julien Green qui s’est dit, un jour de jeunesse, ivre de Dieu, doit revenir au divin et il y reviendra lentement, mais inexorablement, avec des révoltes, des craintes, des impatiences, des pauses au bord de pascaliens abîmes de tristesse, tout cela d’autant plus pathétique que si vous portez en vous certains caractères de dureté – vous vous êtes comparé une fois au silex – il n’est que très peu d’âmes aussi vulnérables que la vôtre. »

Son rapport à l’Eglise est également bien ambigu. Le faste de Saint-Pierre et le luxe de certains cardinaux offusquent cet ancien anglican et dans le même temps, allergique aux nouveaux chants chrétiens et à une messe désormais débarrassée de tout idée de sacrifice, il suspecte sans cesse l’Eglise catholique de glisser vers le protestantisme : « je n’ai pas quitté l’anglicanisme en 1916 pour m’y retrouver en 1975 ». Au fil des pages, on doit bien reconnaître que la foi un peu raide de Green confine souvent à l’intolérance et ce n’est pas là l’aspect le plus plaisant du personnage.

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Julien Green par Henry Cartier-Bresson en 1971

Au-delà du diariste, Green est un formidable lecteur et un grand écrivain : qu’il lise ou qu’il écrive, c’est toujours avec la recherche constante d’un style. Ses modèles sont, entre bien d’autres, Baudelaire et Saint Simon qu’il lira toute sa vie. Fasciné par la vacuité infernale de Versailles et le regard halluciné qu’y jette le petit Duc, il écrit : « Il y a dans toute cette hallucination, le génie d’un des ensorcelés qui écrit comme jamais on n’écrira plus. C’est du point de vue spirituel l’imitation la plus parfaite du néant de l’enfer ». Le style décapant de Saint-Simon se retrouve sous la plume de Green, précisément lorsqu’il décrit le tableau « Louis XIV et sa famille » vu à l’exposition consacrée au mémorialiste :

« La Cour, grande peinture : Louis XIV de profil, vieux dindon infatué : dans un coin, souriante et ronde, la Palatine, la seule qui ait l’air humaine dans cette ménagerie de bêtes apprivoisées qui tremble sous l’œil du vieux dompteur à perruque. Grande toile sinistre. »

Impossible après cela de voir encore le Grand Roi. Sans doute est-il préférable, comme Voltaire, de plutôt admirer le grand Siècle…Il y a comme une consanguinité entre Saint-Simon et Green qui se révèle dans les portraits souvent franchement drôle et d’autre fois nimbés d’angoisse et presque de surnaturel comme ici :

« A l’une des tables du restaurant, une dame sexagénaire au visage de morte, yeux mi-clos à la prunelle glauque, engloutit un énorme ragoût, puis une glace sur laquelle elle verse goutte à goutte un épais chocolat, boit une bouteille de vin rouge, demande sa note, réclame une diminution, se lève et s’en va non sans m’avoir jeté un regard interrogateur, image de la mort, le visage décharné, la peau verte, les yeux sans éclat, presque sans vie. »

Pour Green, la littérature est avant tout affaire style. Hostile à toute préciosité il aime retrouver dans une phrase un naturel vif et recherché sans ostentation.

« J’aime que les termes employés soient inévitables, mais parfois surprenant, non parce qu’ils sont rares mais parce qu’ils sont justes, et juste avec une sorte d’éclat qui fait d’eux quelque chose d’à la fois rare et familier ».

Plus d’un passage du journal, parmi les plus intéressants évoquent des voyages. La manière qu’a l’auteur de « vivre » un paysage m’a particulièrement frappé par sa proximité avec Jacques Lacarrière, autre écrivain que j’affectionne. Chez tous deux, la magie des lieux agit comme la conjuration de l’angoisse et du tourment qui vrillent l’âme au souvenir lancinant « de ce qui ne reviendra jamais, jamais ». Là où Lacarrière discernait les traces immémoriales de civilisations disparues dans « certaine façon de hocher la tête et de garder le silence » Green éprouve l’abolition de toute chronologie que procure l’impression de « déjà vu », forme de pressentiment d’une éternité possible. Ainsi en voyage en Irlande, il écrit :

« Cette immense étendue est d’une mélancolie indicible, le silence y est énorme, troublé parfois par le grand murmure du vent. C’est ce qu’ont vu et entendu les hommes d’il y a mille ans, rien n’a changé, les ruines d’une abbaye romane à ciel ouvert, les nuages gris passant dans de grandes déchirures de ciel bleu, il n’y a pas de mot pour décrire la tristesse et la joie que cela donne dans une complète abolition du temps ».

Abolir le temps, retrouver un sens dans les sédiments qu’il laisse sur la page n’est-ce pas là le désir avoué ou non de tous les diaristes? Concernant Julien Green cela ne fait aucun doute : « Cette journée qui me paraît sans intérêt maintenant ma paraîtra tout autre, dans un an ou deux, quand je relirai cette page. C’est peut-être la seule raison pour laquelle je veux essayer de tenir un journal ».

La Bouteille à la mer dans le tome VI de ses oeuvres complètes dans la Pléiade

JULIEN GREEN chez Gallimard

 

J’AI GAGNÉ (2 x la mise) AU TERCET !

1.

 

Ta peau

À la couleur d’abeille

Pique ma curiosité

 

Et ma langue

Quand elle lèche

Ton miel

 

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2.

 

Le bûcheron

Monte une dernière fois

Le cheval de bois

 

Avant de le découper

En planches

De manège

 

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3.

 

Entre chien et loup

Le chat noir

Se fraie un passage

 

Pour rejoindre

Le papillon

Derrière la mite

 

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4.

 

Entre les jambes légères du ciel

J’ai déposé

Une feuille de vigne

 

Pour dissimuler

À la mer

La rose des vents

 

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5.

 

Quand les lignes du tendre

Se rejoignent

Sur ta peau

 

Elles délimitent

Un lieu

Propice à mes caresses

 

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6.

 

Toute la nuit

Tombe sur moi

En gouttelettes d’étoiles

 

Quand tu enflammes

Mes rêves

Sur le feu du sommeil

 

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7.

 

Pendant que la pointe

De ton talon aiguille

Taquine mon nombril

 

Je fais glisser

Sur tes hanches

La lame douce de mon katana

 

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8.

 

Marcher sur un nuage

Au-dessus d’un verre

Ballon

 

Faire don de son corps

À la mémoire

De l’eau

 

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La corde sensible, René Magritte (1960)

 

9.

 

Dans la petite maison

Derrière les bruits

Vit le silence

 

Menacé de pendaison

Par un quatuor à cordes

De potence

 

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10.

 

Tous les bois cassant

Du son

Ne sont pas durs de la feuille

 

Le saule par exemple

Pleure en écoutant

Le bruit de la rivière

 

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11.

 

Face au miroir brisé

Je pense

À tous les reflets perdus

 

Un éclat

Me renvoie

L’image de ma jeunesse

 

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12.

 

La fièvre de l’os

Conduit

Le chercheur de squelettes

 

Sous les draps

Des fantômes

De chasseurs d’ivoire

 

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13.

 

Nu dans l’isoloir

J’ai pris le temps d’élire

La go-go girl de mes rêves

 

Puis j’ai déposé

Mon bulletin

Dans l’urne du désir

 

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14.

 

Protège

Des grêles

Tes mains blanches

 

La neige qui tombe

Enfante

Le ciel du printemps

 

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15.

 

À lécher tes paupières

À boire tes regard

Je passe mes nuits

 

J’ai besoin de tes yeux

Pour faire tourner

Le moulin de mes songes

 

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À DÉCOUVRIR

J’AI GAGNE AU TERCET

J’AI GAGNE AU TERCET (II)

 

CES MOTS SI CLAIR SEMÉS de SABINE PÉGLION (La Tête à l’envers) / Une lecture de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

La question de l’écriture – nécessaire -, de la réparation (peut-on, à l’aide de mots, soigner les blessures?) innerve en cette poésie une force et une vitalité qui font que le lecteur sent, sous ces vocables, « ce chemin/ incertain », la quête (que de mots qui intiment la « recherche »), « ce qui sauve » du pire (serait-ce comme le suggère, en page 57, « l’éclat de son enfance », dont la lecture double – éclat/brillant, éclat/morceau – force la perception?)

 

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On est souvent « à la poursuite du vent », frêle esquif promis aux dérives.

On connaît la nuit et puis l’aube qui s’ouvre.

Voilà une poésie, qui joint la lucidité à la confection (que de mots de couture, broderie !) de petits rêves possibles.

Sabine Peglion
Sabine Péglion

Et puis, la poète ne sait-elle pas œuvrer en espérance quand elle nous assure :

« C’est là    dans cette terre

d’air et de temps mêlés

qu’il nous faudra semer

un alphabet nouveau

pour inventer ces mots

déposés    sur les feuilles »

(pp.52-53)

De belles encres (aubergine, bleu gris, sable, ocre…) plongent la lecture dans une posture de contemplation, près d’une « mémoire » où s’accrochent « les étoiles et ton histoire déchirée ».

ô ce « ciel  sur l’herbe/ éparpillé » à l’aune des mots du poème.

Sabine PEGLION, Ces mots si clair semés, la tête à l’envers, 2019, 84p., 18€. Encres de l’auteure.

Le recueil (+ extraits) sur le site de La Tête à l’envers 

Les ouvrages de SABINE PEGLION chez le même éditeur