LA NOUVELLE SAISON LITTÉRAIRE 2019-2020 : LA VÉRITÉ S’ILS MENTENT / Une chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

À l’aube de cette nouvelle année littéraire, le Cactus inébranlable aborde un sujet bien délicat et toujours d’actualité, même de plus en plus depuis que les populations disposent de moyens de communication de plus en plus performants : le mensonge qui est le moyen le plus efficace depuis des lustres pour convaincre les peuples et les faire adhérer à toutes les théories qui ont pu être inventées depuis que les humains sont organisés en groupes sociaux. THÉOPHILE DE GIRAUD démontre comment la chrétienté renie ses pères fondateurs en faisant croire à ses fidèles qu’il faut se reproduire de plus en plus et DOMINIQUE WATRIN a inventé un recueil de fausses citations pour confondre les beaux parleurs. De quoi parodier la fameux film : La vérité si je mens !

 

La grande supercherie chrétienne

Théophile DE GIRAUD

Cactus inébranlable éditions

Couverture grande supercherie chretienne

Théophile de Giraud est, selon son éditeur, l’un des principaux représentants actuels de l’antinatalisme en langue française. Il a fondé la fête des Non-Parents à Bruxelles. Pour étayer sa thèse, il a exploré les textes fondateurs de la religion chrétienne : Evangiles, Nouveau Testament, et certains écrits de Pères de l’Eglise. Il en a retiré ce petit recueil par lequel, il cherche à montrer que les premiers siècles de la chrétienté étaient parcourus par des courants antinatalistes profonds. Ces paroles extraites du Livre de Jérémie 20 :14-18 : « Maudit soit le jour où je suis né ! Le jour où ma mère m’enfanta, qu’il ne soit pas béni… », en sont une parfaite illustration qui n’est nullement isolée.

Il est remarquable de constater que ce livre sorte justement au moment où des mouvements de plus en plus actifs s’élèvent contre la surexploitation des ressources de la planète par une population de plus en plus nombreuse qu’il conviendrait peut-être de mieux contenir. Mais cette théorie n’a rien de nouveau, Kierkegaard sur lequel s’appuie beaucoup l’auteur écrivait déjà que la mission du Christ était de « … sauver notre espèce, cela veut dire : cette espèce est perdue, on en n’a que trop, il s’agit d’être sauvé en sortant de l’espèce, et par conséquent il faut commencer par faire barrage à notre espèce ». En clair, cela signifie que la population était déjà trop nombreuse et qu’il fallait en contrôler l’expansion.

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Théophile de Giraud

Mais d’autres forces, a contrario, tendent aujourd’hui à favoriser le développement de la natalité et par là l’accroissement de la population, comme l’ouverture de la procréation à un plus large public par des avancées scientifiques et morales. Cette évolution de l’approche scientifique et morale de la procréation rejoint une théorie déjà en vigueur dans les premiers siècles de l’Eglise qui tend, comme l’écrit l’auteur, à démontrer que « … bénir la procréation permet d’accroître le nombre de « fidèles », d’autant qu’un couple « chrétien » qui fonde une famille nombreuse engendre autant de nouveaux croyants qui feront à leur tour, …, grossir exponentiellement le cheptel des soldats du Christ ». La théorie de l’accroissement démographique a donc toujours existé elle aussi.

Un courant antinataliste dont il est bien difficile d’évaluer la force, semble bien avoir parcouru les premiers siècles de l’Eglise mais pour juger de son importance, il conviendrait de tenir compte de toutes les traductions subies par les textes étudiés, du contexte historique dans lequel chaque texte a été écrit et de mettre chacun de ses écrits en rapport avec ceux qui apparemment les contredisent. Laissons cette tâche aux exégètes, historiens et spécialistes des questions religieuses. Pour ma part, j’ai toujours un peu eu le sentiment que, parmi les premiers chrétiens, il y a eu des mouvements qu’on jugerait aujourd’hui extrémistes qui auraient proféré des thèses radicales et même parfois très apocalyptiques comme d’autres mouvements religieux ont pu le faire au cours des âges.

Théophile de Giraud a soulevé le couvercle de la marmite où un bouillon de culture religieuse mijote toujours à plus ou moins gros bouillon selon les époques, chacun y goûtera et y trouvera les ingrédients qui conviendront le mieux à son goût mais personne ne restera indifférent en lisant ses lignes. Les féroces anticléricaux comme les fervents bigots, les antinatalistes comme ceux qui, comme moi, ont déjà peuplé généreusement leur arbre généalogique, trouveront matière à réflexion et peut-être que certains rejoindront l’auteur dans ces théories. « Le Salut est donc bien dans l’adhésion aux valeurs spirituelles, nullement dans l’enfantement ».

Le livre sur le site du Cactus Inébranlable 

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Comme disait l’autre

Dominique WATRIN

Cactus inébranlables éditions

Couverture comme disait l autre

Comme j’ai pu faire rire mes parents quand, enfant encore, je leur avais demandé : « Qui c’est l’autre ? », ce fameux autre qu’ils citaient si souvent dans leurs conversations. J’avais l’impression que c’était un gars qui savait tout sur tout, il devait être très intelligent et connaître une multitude de choses pour pouvoir émettre un avis sur presque tous les sujets que les adultes abordaient. Aussi je fus fort déçu quand mon père me confessa que ce n’était personne, ou peut-être tout le monde, que c’était la formule qu’on employait en général, l’auteur qu’on nommait quand on plaçait une citation tellement usitée, tellement ancienne, qu’on en avait perdu l’origine et l’auteur, s’il y en avait eu un.

Dominique Watrin a dû, tout comme moi, connaître cette expression dans son enfance et en apprécier toute la saveur pour l’utiliser comme titre de ce petit recueil de citations détournées. Las de voir tous les pédants, frimeurs, pseudo érudits, intellectuels de salon ou de comptoir, …, cherchant à épater la galerie par la culture qu’il pense démontrer en employant des formules beaucoup plus vieilles qu’eux-mêmes, usées jusqu’à la corde, rabâchées par plusieurs générations ou alors par des expressions à la mode que tout le monde emploie mais pas forcément à bon escient, il a voulu clouer le bec à tous ces fats, poseurs, faux dandys ; il leur a concocté malicieusement un recueil de citations facile à glisser dans poche, comme un pense-bête qu’on peut consulter en cachette. Toute sa malice réside dans le détournement de pensées tout juste plausibles qui auraient été émises par des personnalités bien réelles pour donner naissance à de nouvelles citations beaucoup plus drôles et originales.

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Dominique Watrin

Il a réparti son recueil en quatre chapitres en fonction de l’âge des auteurs à qui il prête ses fausses citations :

Ceux qui sont morts (ceux qui ne pourront jamais contester la paternité des propos que l’auteur leur prête),

« Comme disait Léon Trotski, en débarquant en exil au Mexique pour échapper à Staline : « Heureux qui communiste a fait un long voyage ! » »

Ceux qui sont très morts (la garantie absolue de n’être jamais contesté),

« Comme disait Armand Peugeot après avoir produit son deuxième modèle de voiture : « Jamais 203 ! » »

Ceux qui ne sont pas encore morts (« à l’heure où j‘écris ces lignes parce que parfois, ça va vite »),

« Comme disait Patrick Sébastien, lors de son premier concert en Russie : « On fait tourner les soviets … » »

Ceux qui ne mourront jamais (La mine d’or ! Ils ont la gloire et la notoriété et ne contesteront jamais)

« Comme disait l’ange Gabriel à propos de Joseph le charpentier qu’il trouvait niais : « Il n’a pas inventé la poutre. » ».

Et comme le dit l’éditeur, si vous ne voulez pas rester muets en société devant les beaux parleurs, « Ce livre est pour vous ! Composé de réflexions 100% fausses prononcées par des personnalités 100% vraies », il vous évitera de passer pour un inculte. Essayez, je suis convaincu que vous ferez votre petit effet en plaçant ces bons mots à bon escient. La dérision mettra toujours les rieurs de votre côté et l’auteur n’a pas lésiné sur cet épice, il a eu la main un peu lourde mais c’est pour le bon goût.

Le recueil sur le site du Cactus Inébranlable

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LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 32. REDRESSEUR DE FLORE

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La flore et la faune sont menacées, des espèces disparaissent toutes les secondes, principalement celles vivant en milieu urbain où se concentrent les pics de corruption : des espèces communes d’hommes politiques, des combattants des droits de la pomme, des exploitants du flou de Bruxelles…

Le redresseur de flore, d’ascendance baba au rhum, redresse la flore menacée ; il libère sur les contrées touchées un gaz à effet de vert qui brouille les autres couleurs et donne du redressage une idée morale fort courue par les partisans de tous les parti pris. 

Le redresseur éradique les comportements et techniques à la base de la déprédation de la nature : les canettes jetées sur la chaussée si elles ne sont pas de thé vert, tous les plastiques sans distinction de genre (un véritable plasticide !), les panneaux électoraux s’ils ne sont pas solaires, les véhicules s’ils ne sont pas animés d’un ressort électro-magnétique, les vieux humains ayant procréé sans compter sur la décroissance et sans imaginer qu’un jour les antinatalistes discréditeraient leurs inconséquents coïts, les conducteurs de grosses cylindrées et les consommateurs de graisses saturées, les  utilisateurs de papier cul et les imprimeurs de mots imbus, les bouffeurs de viandes et les amateurs de Vian, les polyglottes et les moulins à paroles, les faucheurs de salles obscures et les chauffeurs de stars fossiles, les insensibles à l’empreinte carbone et les écritures non inclusives, les gretato-sceptiques et les low cost airlines addicts, les mauvais trieurs et les effeuillages qui laissent à désirer… 

Chez lui, pour son entourage pète-sec (sans gaz délétères), le redresseur de flore s’économise, il fume comme un beau page de l’herbe de pâturage et sirote avec une paille en bois de l’essence de colza sous des montagnes de pales d’éoliennes. Il n’a rien à se reprocher même s’il cherche beaucoup ; pour sûr qu’il gagnera le paradis des écologistes le Jour du Développement durable.

LE ROMAN D’ANTOINE DOINEL au THÉÂTRE VARIA de BRUXELLES / Une chronique de Jean-Pierre LEGRAND

CE QUI ARRIVE, mis en scène par Coline STRUYF au THÉÂTRE VARIA
Jean-Pierre LEGRAND

Très beau spectacle hier de la Compagnie De Facto au théâtre Varia.

Le roman d’Antoine Doinel imaginé et monté par Antoine Laubin et Thomas Depryck  est une adaptation pour la scène de la « saga » Antoine Doinel réalisée par François Truffaut entre 1959 et 1978. Il se joue au Varia du 24 septembre au 12 octobre.

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La pièce raconte les aventures d’Antoine Doinel, à cinq âges de la vie. Elle défie toutes les règles communes du théâtre : spectacle fleuve de près de quatre heures, il ne lasse jamais ; nous quittons à regret cet univers pour lequel nous avons fini par nous évader du nôtre. Véritable kaléidoscope narratif mêlant les époques, multipliant les flashbacks (périlleux au théâtre), il ne perd jamais le spectateur en cours de route.

Ce tour de force est rendu possible par une mise en scène époustouflante et le jeu remarquable des acteurs.

Lorsque nous pénétrons dans la grande salle du Varia, une surprise nous attend. Il n’y a pas de scène mais un entrelacs de passerelles à un mètre du sol. J’ai pensé à Venise sous les eaux. Les spectateurs prennent place dans les vides du dispositif : les sièges sont pivotants, ce qui permet de suivre les allées et venues des acteurs. Trop souvent des mises en scène complexes (plus encore à l’opéra qu’au théâtre) satisfont davantage l’ego du metteur en scène qu’ils ne servent le propos de la pièce. C’est tout l’inverse ici. Ces passerelles qui ne mènent nulle part tracent le chemin d’une course éperdue et figurent les bifurcations et échappées incessantes d’un Antoine Doinel perpétuellement en fuite : fugue, petits boulots, instabilité sentimentale chronique, velléités diverses se succèdent.

Après l’entracte, nous retrouvons la scène habituelle et ses gradins de face : Antoine Doinel s’est tout provisoirement posé : il a un métier, s’est marié et devient père. Tout cela ne va pas durer.

Le jeu des acteurs est en harmonie avec la totale réussite de la mise en scène. Adrien Drumel est un formidable Antoine Doinel. Il le joue à tous les âges y compris celui de l’enfance ; il y a là un peu de la magie de la remémoration où celui qui se souvient ressuscite celui qui fut dans les habits de celui qui est. Grâce son jeu sensible il rend toutes les facettes de son personnage comme les éclats d’un miroir réfléchissent leur part de lumière : drôle, touchant, exaspérant, poignant par ce désespoir qui passe fugacement dans son regard. Qualité rare au théâtre et que rend possible une  mise en scène de proximité : nous ne perdons rien des regards.

Aux côtés d’Adrien Drumel tous les comédiens – Valérie Bauchau, Caroline Berliner, Coraline Clément, Philippe Jeusette, Sarah Lefèvre, Jérôme Nayer, Renaud Van Camp, Adeline Vesse sont parfaits, avec une mention spéciale pour Philippe Jeusette et Valérie Bauchau (souvent très drôle) qui jouent les pères et mère de Doinel puis incarnent différents couples mariés, Doinel tombant amoureux plus encore des parents de l’élue du moment que de cette dernière.

Reste le propos de la pièce, finement interpellant comme celui des films de Truffaut.
Doinel est un marginal à la fois tranquille et agité ; incapable de se fondre dans le moule social, il ne se révolte jamais : il court, bifurque, dribble, fuit toujours. Il n’y a pas d’humanité sans société et pas de société sans entrave : qu’il s’agisse de l’école, du travail, du couple, de nos loisirs, le fait social est massif et incontournable. Certains se meuvent avec aisance entre les barbelés de l’existence sans même les apercevoir, d’autres s’y déchirent sans cesse. C’est le cas de Doinel. La révolte est vaine mais pas la vie puisqu’elle permet même d’écrire un roman : le Roman d’Antoine Doinel.

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Le spectacle sur le site du Varia

Le spectacle sur le site de la compagnie De Facto

 

LES LECTURES D’EDI-PHIL #19 : L’ÉTAT DES LIEUX DU LIVRE EN FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES

LE COUP DE PROJO d'EDI‐PHIL SUR LE MONDE DES LETTRES BELGES FRANCOPHONES #16 : SPÉCIAL LUC DELLISSE
Philippe REMY-WILKIN (photo : Pablo Garrigos Cucarella)

Les lectures d’Edi-Phil

Numéro 19

 

 L’état des lieux du livre en Fédération Wallonie/Bruxelles.

Reportage sur une soirée/débat.

Le mercredi 18 septembre 2019, la SABAM (Société des Auteurs Belges) organisait en ses bâtiments de la rue d’Arlon une soirée/débat :

« Quelle est aujourd’hui la véritable situation de l’édition en FWB ? Quels sont les acteurs du livre aujourd’hui ? ».

Cette initiative répondait à un coup de sang d’un éditeur belge, Christian Lutz, l’homme qui a fondé et porté Le Cri (qui a révélé, entre autres, Arnaud de la Croix, Patrick Delperdange, Nadine Monfils, Xavier Deutsch, Alain Berenboom) durant des décennies, qui dirige aujourd’hui Samsa. Celui-ci, il y a quelques mois en effet, s’était fendu d’une lettre ouverte* à la ministre de la culture, s’inquiétant de l’avenir de la littérature belge francophone et, par-delà la mort du livre, d’une extinction (programmée ?) de la pensée, du débat démocratique.

A 19h, la salle est comble. Un premier succès. Sur scène, Eric Russon tient le micro et le tend à un parterre représentant les composantes du microcosme : Christian Lutz (éditeur), Jacques De Decker (Secrétaire perpétuel de l’Académie de langue et de littérature françaises, auteur, critique), Jean-Jacques Deleeuw (BX1 et les médias), Eva Kavian et Salvatore Minni (écrivains), Philippe Goffe (représentant des libraires indépendants) et Benoit Dubois (représentant de l’ADEB).

A 21h, quand on clôture le débat, des mains se tendent encore. La soirée a été indubitablement intéressante, on a dépassé le temps imparti aux interventions, le sujet a paru des plus sensibles, motivant, touchant sinon bouleversant l’assemblée. Divers sillons ont été ouverts. A défaut d’un compte-rendu exhaustif, nous allons tenter de resituer diverses questions évoquées, offrir un écho des échanges.

 

La situation du livre littéraire, du roman en FWB, chiffres à l’appui mais controversés.

Il y aurait une chute vertigineuse du nombre d’éditeurs et de libraires entre 1980 et 2019. Cependant, on évoque encore 250 éditeurs actifs ce jour dont 10 grands groupes. Cependant, l’essentiel de cette édition concernerait des secteurs hors littérature (livres scolaires ou juridiques, BD, etc.).

Christian Lutz évoque une coupure brutale dans les subventions pour la réédition patrimoniale (on lui doit des Jean Ray, Jean Muno, etc.). Il rappelle qu’en 1981 Le Cri possédait 360 points de vente mais qu’il en reste… 64 !

Selon l’Observatoire des Pratiques Culturelles, il y aurait une chute de 50 % de la lecture, beaucoup d’adultes ne liraient pas, beaucoup de ménages (et parfois des classes, dira Christian Lutz, des garderies) ne posséderaient pas de bibliothèque, la capacité de lecture des enfants chuterait.

 

Les problèmes propres à notre époque.

La diminution de la lecture est logique, selon J.-J. Deleeuw, vu l’irruption de nouveaux divertissements, principalement visuels : séries TL, jeux sur consoles, etc. Jacques De Decker assimile la lecture au temps lent et à l’intime, or the times they’re changing et l’ère actuelle est à la dissipation (zapping) et au public (réseaux sociaux).

Il y a un changement de modèle économique. Seuls les libraires les plus pros ont survécu. La concurrence des grandes surfaces, d’Amazon est redoutable. Beaucoup de lecteurs, crise oblige, se tournent vers les poches, qui rapportent moins (à la chaîne éditeur/auteur/libraire, etc.).

La surproduction du livre. On publie trop, comme jamais, et peu de livres marchent, comme jamais (faux paradoxe), c’est le phénomène de la massification (UN titre – ritualisé, comme un Marc Lévy, un Astérix… – est acheté par quasi tout le monde au détriment de la diversité, de la découverte… et, la plupart du temps, de la qualité). Du coup, un livre normal a droit à une vie en librairie de deux mois (rotation terrifiante !) ; les libraires qui ont témoigné une ouverture pour la diversité/qualité sont surchargés de rendez-vous avec des représentants surchargés de livres (et doivent apprendre à endiguer !).

Commentaire personnel ?

La crise du livre n’a-t-elle pas beaucoup à voir aussi avec les citoyens lambda, la dérive narcissique et égocentrée ? Combien de personnes se croient désormais habilitées à écrire, à publier… qui lisent à peine parfois ? Or les mauvais livres noient les bons, le public ne s’y retrouve plus. D’autant que les médias, le plus souvent (et gloire aux exceptions !) choisissent d’évoquer des sujets ou des figures plutôt que de présenter un contenu exemplaire.

 

Les problèmes propres à la FWB.

Notre communauté francophone manque d’identité, c’est clair et net, regretté et regrettable ; notre identité est délavée par rapport à la française, à la flamande.

Les médias regardent trop Paris et s’alignent à la Panurge mais ils suivent les attentes d’un public pour lequel, sauf exceptions, « il n’est de bon bec (belge) que de Paris (reconnu par Paris) ». Ainsi, 70 % de ce qui se vend chez nous relève de l’édition française (quasi synonyme de parisienne). Eric Russon signale qu’être édité en Bretagne ou à Bruxelles ne change pas grand-chose. En effet, confirme Jacques De Decker, la centralisation parisienne est un phénomène francophone, qui n’a pas d’équivalent en Allemagne ou en Angleterre.

Il y a un désintérêt des pouvoirs publics, qui amenuisent les subsides destinés au culturel, à l’édition en particulier. Le public se décharge sur le privé. On vend notre patrimoine. Mais ce désinvestissement est assez général et touche la santé, la justice. Et amenuise la démocratie ?

Une information entendue en off : une politique a avoué préférer donner de l’argent aux théâtres, car ils font vivre un quartier, tandis que les écrivains belges pourront toujours aller se faire publier… en France.

Le sujet est grave ! Le cerveau est modifié (positivement) par la lecture. Ne plus lire entraîne de fâcheuses conséquences sur la conceptualisation, la structuration du réel, la capacité à développer un esprit critique, nuancé (hors binaire). Christian Lutz rappelle qu’elle permet en sus un rapport privilégié avec un parent.

Mon avis ?

La culture demeure le plus sûr garant d’une fondation identitaire solide. Et une identité solide permet la confrontation harmonieuse avec l’altérité. De tout temps, les « identités meurtrières » (pour reprendre le grand Amin Maalouf) sont celles qui basculent du côté obscur de la Force. Aime-toi et tu pourras aimer !

 

Une quête de réponses. Comment améliorer la situation ?

Selon Christian Lutz, « l’avenir du livre passe par l’éducation et l’installation de bibliothèques dans les classes ».

Jacques De Decker plaide pour un Fond Francophone du Livre. Du côté flamand, il existe un Observatoire de la Littérature flamande. Celui-ci examine la diffusion, la circulation des livres. Il repose sur des experts qui font carrière et non des politiques, une dotation de six millions d’euros, un contrat avec des objectifs à cinq ans, un regroupement.

Le Tax Shelter ?  Les avis sont partagés car le produit livre est a priori moins rentable qu’un film, etc. (à par les livres de cuisine, les policiers…). A étudier !

Eva Kavian conseille d’intégrer un auteur belge au programme obligatoire de chaque année secondaire. D’autres (participants) insistent sur la nécessité pour tout citoyen/parent de jouer son rôle en lisant des récits à ses enfants, en contraignant ou en stimulant.

Faut-il aller davantage à la rencontre des nouveaux influenceurs ? Recréer des feuilletons en version numérique à la manière des journaux du XIXe siècle ? Imposer des lectrices dans les classes de maternelle ?

D’un autre côté, les éditeurs doivent être plus complets et  notamment plus commerciaux : il est rare d’être un très bon sélecteur/éditeur et, en même temps, un gestionnaire financier, un commercial avisé. Des subsides pour les aider, leur fournir une aide logistique ?

Une expérience doit faire rêver/réfléchir et être reproduite. Une école (à Lille ?) a imposé 15 minutes de lecture par jour dans son bâtiment et la délinquance s’y est effondrée, passant à… 0 % !

 

Des points positifs.

« Le livre numérique ne remplacera jamais le livre papier, selon Philippe Goffe. » De fait, les chiffres du numérique ne décollent pas, de nombreux lecteurs juxtaposent les deux supports (papier en général mais numérique en voyage).

Jacques De Decker relève que le prix unique du livre a enfin été obtenu, et protège les librairies labellisées contre les grandes surfaces. Ou que produire un livre est moins couteux aujourd’hui qu’hier (donc un jeune éditeur peut survivre/vivre sa passion plus aisément).

Eva Kavian défend la Fédération Wallonie/Bruxelles et les pouvoirs publics incriminés, loue les bourses de résidence (dont elle a bénéficié), les invitations à parler de ses livres dans des écoles. Elle évoque aussi un instrument de qualité : la revue Le Carnet et Les Instants.

Commentaire personnel ?

Vrai ! Le Carnet donne à connaître notre microcosme comme aucun autre média et, qui plus est, fait œuvre aussi en utilisant des rédacteurs de talent, des auteurs. Mais il faut ajouter une deuxième plume au chapeau des pouvoirs publics : la création ou la sauvegarde d’une remarquable collection patrimoniale, Espace Nord.

Et puis…

 

Coup de tonnerre ! Ou : « L’eau trouve toujours son chemin » !

Jacques De Decker, qui a souvent des allures de conscience de notre microcosme (il cumule tous les talents, a travaillé à tous les étages – création, adaptation, traduction, mise en scène, critique, jurys divers, modération de mille et une soirées…), intervient soudain pour relever un phénomène à deux anses. Un constat très négatif étant suivi d’une observation très positive.

  1. Il n’y a plus de place pour les critiques, les analystes, les véritables experts ès littérature (sauf exceptions) dans nos grands médias, où il est mille fois plus aisé de tendre un micro à un auteur qui prononcera lui-même 5 mots (ou plus) sur son livre que de lire soi-même, pouvoir situer via des compétences culturelles et intellectuelles.

DEUX. Un contre-pouvoir a émergé ! Sur des blogs, des revues en ligne ou plateformes, des réseaux. Je m’en doutais mais JDD l’officialise : il existe toujours de grands talents (parfois dignes des grandes plumes parisiennes, ose-t-il) dans la médiation culturelle mais ils se retrouvent (à part l’une ou l’autre exception) hors des grands médias.

 

Impressions personnelles ?

Je suis ému par la déclaration de Jacques de Decker, cet hommage formidable à tous ceux/celles qui osent encore travailler hors des modes et des diktats, parler avec authenticité mais surtout prendre le temps d’analyser en profondeur, de situer dans un contexte, de rédiger avec soin. Jeune, je découvrais les films via Luc Honorez ou Sélim Sasson, les livres via Jacques De Decker, dans Le Soir, à la RTB, dans Apostrophes ou Lire. Aujourd’hui, j’ouvre Le Carnet, Karoo ou Les Belles Phrases ! Notamment mais surtout !

Sonnez trompettes ! On n’est pas dans l’anecdotique, le contingent mais dans l’essentiel. On parle de l’émancipation des cerveaux, de l’animation des consciences et de l’esprit critique, de l’éveil et du réveil citoyens. Bref, on parle de ce qui peut entraver la marche en avant vers le totalitarisme. Faire barrage aux Trump et aux candidats tyrans, à la Pensée Unique, au culte du Binaire, à la recherche de boucs-émissaires, à la crainte de l’altérité, à la haine de l’Autre, du différent, de l’étrange, de l’étranger.

 

La conclusion de la Sabam ?

« La rencontre fut à ce point riche qu’elle a fait germer de nouvelles idées. D’autres événements (Sabam) autour de la question du livre se profilent à l’horizon. »

Suggestion personnelle ?

Une soirée autour des nouveaux prescripteurs du livre. Où il serait question des plateformes en ligne Les Belles Phrases ou Le Carnet et les Instants, de Karoo ; des Jean Jauniaux et autres Guy Stuckens aussi, qui animent notre vie culturelle en radio, prennent le temps de connaître et faire connaître.

 

Edi-Phil

 

* Voir sur le site de l’éditeur :

https://www.samsa.be/livre.php?id=104

 

 

 

 

 

 

ON S’ATTARDERA DANS LA LENTEUR de MARTINE ROUHART (Les Chants de Jane) / Une lecture de Jean-Pierre LEGRAND

CUEILLETTE MATINALE de MARTINE ROUHART, une lecture de Jean-Pierre LEGRAND
Jean-Pierre LEGRAND

Comme la qualité du silence se mesure à l’extrême ténuité de ce qui le révèle en le troublant, la beauté des poèmes de ce recueil doit beaucoup à leur simplicité et à l’évanescente fragilité de ce qu’ils parviennent à saisir.

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Dans son jardin, espèce de chemin de ronde du temps qui passe, Martine Rouhart observe : un papillon se pose, quelques feuilles scintillent dans l’air mouillé, des formes se dessinent dans le brouillard du matin, la lueur passagère d’une mésange est tout juste entrevue …

Ici, chaque matin, le monde semble renaître dans l’innocence et la fraîcheur du premier jour. Une joie perle à l’extrémité de chaque vers que trouble à peine le sentiment du révolu, comme cette pointe de nostalgie dans la musique la plus sereine.

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Martine Rouhart

À la lecture, chaque poème m’est apparu comme un battement de lumière, la saisie d’une sensation dans sa fugacité même, la conversion d’une goutte de temps en une image aquarellée.

Ce qui étonne dans chacun de ces vingt-et-un très courts poèmes c’est la grande humilité du lexique utilisé. Aucune préciosité, rien que des mots de tous les jours. Mais là est précisément la force de cette poésie : ces mots extraits de notre quotidien deviennent rares à force de justesse.

On voudrait tous les citer. Un de mes préférés est celui-ci :

Si les oiseaux crient

en plein ciel

c’est pour

que l’on ne perçoive pas

le vide

mais seulement

le silence

Un recueil à déguster en même temps que se lève le jour.

Les Chants de Jane du Grenier Jane Tony

Martine Rouhart sur Babelio

LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 31. CARESSEUR DE SINGE

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Le caresseur de singe est un métier d’origine montoise*.

C’est moins un métier qu’un état d’esprit, un acte de croyance de plus en plus répandu en les pouvoirs surhumains de l’animal (on connaît des libres penseurs caresseurs de singe). C’est la raison pour laquelle les centres de formation (longtemps demeurés sous tutelle montoise) n’ont pas investi dans le caressage de singes comme dans la réflexologie plantaire qui est une activité lucrative même si elle repose, comme des études (extra-montoises**, certes) l’ont montré, sur des bases peu fiables. Mais les établissements scolaires sont devenus des petites entreprises du savoir tarifé gérées par des employés  plus au fait des sciences commerciales ou politiques que pédagogiques.

Le caresseur de singe croit à sa chance plus qu’à celle de l’animal qu’il (il)lustre de ses mains parfois calleuses afin d’arrêter de travailler de ses dix doigts, qu’il a longs et pénétrants. , crie parfois le singe paresseux.

Le caresseur, en un geste volontiers condescendant, flatte le crâne des grands singes : orangs-outans, chimpanzés, députés, directeurs d’institution publique. Il flatte leur cerveau ; cela lui rappelle qu’il en a eu un.

On ne trouve pas toujours des macaques à caresser. Il faut parfois en adopter (et les mesures d’adoption sont plus sévères que pour un petit d’homme car les abus sont nombreux, le fondement de l’animal ayant pour certains des attraits non moins certains) ou les demander en prêt au parc zoologique pairidaizien le plus proche, en partie sous tutelle chinoise, qui en (re)produisent et en font un commerce lucratif.

 

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*de Mons, Belgique, même si le Montois pense que c’est la capitale, accessoirement culturelle ou intellectuelle, du monde, le pouvoir wallon, précisons-le, est resté longtemps concentré là autour de la figure mythique d’un primate de la politique toujours actif et intempestivement puissant.

**La science internationale, même humaine, n’est pas non plus concentrée qu’à Mons.

 

 

PASSAGE DU POÈTE de CHARLES-FERDINAND RAMUZ / Une lecture de Jean-Pierre LEGRAND

LES ANNÉES DIFFICILES de HENRY BAUCHAU (Actes Sud) / Une lecture de Jean-Pierre Legrand
Jean-Pierre LEGRAND

En 1904, Ramuz a déjà un roman à son actif. S’interrogeant sur ses raisons d’écrire, il se forge un programme, dessine un horizon : « Les péripéties ne m’intéressent pas écrit-il. L’invention ne doit pas être dans le sujet ; elle doit être dans la manière de le rendre. Elle est dans le ton, dans le choix : elle est dans la vie éclatante ; elle est dans l’image ; elle est dans le mouvement de la phrase ; elle n’est pas ailleurs ». Publié en 1923, « Passage du poète » est l’illustration quasi parfaite de ce que le jeune Ramuz énonçait vingt ans plus tôt.

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Pas d’ « histoire », pas de psychologie. Un espace clôt : la montagne, un village à mi- mont, un  lac en contrebas ; des vignobles en terrasses à perte de vue et, là où la route étroite fait un coude, un repli d’où montent, tout droit comme des colonnes noirs, de vieux cyprès : c’est le cimetière.  Des hommes : à peine des personnages, des silhouettes plutôt ; des paysans, de simples villageois, un ivrogne, un simplet, une jeune femme à marier, un fossoyeur, les morts couchés bien à plat sous la terre. Tout cela  immuable comme les saisons qui sont ici l’autre nom du Temps.

Au sortir de l’hiver, survient un homme de rien; c’est un itinérant : il est vannier, il s’appelle Besson.

Besson est là pour six mois. Il s’installe sur la place du village. Au milieu de tous, il travaille : ses mains saisissent les jets d’osier, vont et viennent « faisant beaucoup de petits signes, comme dans le langage des sourds-muets » Il intrigue, captive, libère chez chacun des ressources insoupçonnées de langage. Métaphore explicite du poète, il est aussi une manière de double de l’auteur écrivant son livre : buvant la lumière, captant les bribes de conversation il absorbe tout et le restitue sous forme de signes ; « Alors Besson recommence. De nouveau les osiers font leurs signes l’un devant l’autre et écrivent comme à la craie leurs lettres en l’air ».

Ce décor de montagne et de paysannerie si cher à Ramuz n’est évidemment pas choisi au hasard. On se méprendrait toutefois en faisant de lui un écrivain régionaliste (A ce compte Virgile le serait aussi) ou un chantre de la nature. Ce qu’il décrit, c’est l’homme aux prises avec l’élémentaire : des paysans (ce terme n’a pas la sotte signification péjorative qu’il a acquise chez nous) accrochés à une terre ingrate et exigeante, qui peinent à imaginer qu’existe au monde un travail pour lequel le temps qu’il fait n’a pas d’importance. Ce rapport au monde est nourri d’une connivence naturelle avec les signes, mère de toute poésie : tous ici ont appris « le tout petit mot d’un nuage qui est apparu, qui s’en va ; la ligne écrite en gris du brouillard traînant à mi-mont ; la coloration d’un coucher de soleil ; quand la lune a une couronne comme une mariée… »

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C.-F. Ramuz (1878-1947)

La nature de Ramuz n’est pas celle, élégiaque, de Rousseau et encore moins celle des romantiques : tout est donné mais tout est à faire, dans une lutte incessante, un corps à corps toujours recommencé. « Et ce n’est plus du naturel, c’est du fabriqué ; c’est nous, c’est fabriqué par nous et ça ne tient que grâce à nous ». Le propos reste très actuel et éclaire le malentendu croissant entre le monde agricole et le reste de la population, par exemple concernant l’emploi des pesticides. Nombre d’agriculteurs ne sont pas des « amoureux » de la nature : dans le meilleur des cas ils la respectent mais toujours ils la défient car, de tous temps, ils ont reconnu en elle un fond d’hostilité. Plus largement, on oublie souvent que les paysages que nous adorons ne sont pas naturels mais « fabriqués » : ils ont été sculptés par le travail des hommes.

Un personnage se détache particulièrement de ce qui n’est pas un récit : c’est Bovard, un vigneron attaché à sa caillouteuse parcelle au point qu’il semble faire corps avec elle : « On voit qu’il lui ressemble, étant fait, lui aussi, de pierre par en-dessous, ayant les os saillants, épais, fortement soudés, fortement tenus ensembles. Il parle, étant le mont lui-même, étant lui-même produit et porté dehors, étant une production, fait de pierre et d’argile, cimenté comme un mur, couleur de terre, couleur de souches, couleur de roc, couleur d’air, couleur de saison ; et grand, maigre et osseux et grand, et dressé tout debout contre le mont lui-même dressé ».  Tel l’homme de la Genèse fait de poussière et d’argile, Bovard ne gagne que progressivement la pleine conscience de soi et le sentiment d’appartenance à l’humanité elle-même : c’est précisément la vertu du passage du poète Besson ; il est libération et accession à une forme de connaissance, à un agrandissement de la vie : Bovard  « ne peut plus s’arrêter. Il voudrait s’arrêter qu’il ne pourrait plus, parce que le poète est venu ; les mots sortent de lui tout le temps, comme quand les ruches se réveillent ».

Un mot encore du style de Ramuz. Il déconcerte au premier abord par le parti pris d’objectivité (les « on », les  « ils » abondent) et le souci de transférer dans la langue écrite certaines tournures populaires. Cela donne une prose « oralisée » où la simplicité et le raffinement poétique contrastent en une rythmique qui devient rapidement ensorcelante. À cet égard Ramuz est très en avance sur son temps et annonce Céline qui reconnaîtra sa dette envers lui.

« Passage du poète » est un beau « poème-roman » qui laisse dans l’esprit du lecteur une forme d’émerveillement déconcerté par la beauté qui se dégage de tant de simplicité, d’âpreté et de rudesse.

Les romans de C.-F. RAMUZ dans La Pléiade

C.-F. RAMUZ au Plaisir de lire