JE VERBALISE / AUTOPORTRAÎTRE en T

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Je table sur l’assise de la tasse pour prendre mon café d’assaut

Je tache de lait la robe du vin

Je tache de naissance une nappe de Noël

Je tache de sangles une combinaison de cuir

Je taille une pipe à un marchand de tabac

Je tais le mot source dans mon éloge de la rivière

Je talonne l’orange pour qu’elle se presse

Je talonne un coureur de jupons en chaussons de gym

Je talonne une coureuse de fond d’écran au fessier plat

Je talque de sucre glace une paire de pêches briochées

Je tambourine à la porte des nuages avant d’éclairer

Je tance un tacleur au motif qu’il tarabuste mieux que moi

Je tangue sur la mer des mots avant de sombrer dans les abysses d’un songe

Je tape la carte météo dans un cumulonimbus

Je tape sur la fable pour faire trembler les fées

Je tapis l’image du soleil dans le tissu des nuages

Je tapis un tapir au fond de mes théories

Je tarde à venir quand tu ne m’étreins pas

Je tartine de beurre un toast aux épinards

Je tasse une cafetière de sable avec une cuillère

Je tasse une envie de café noir sous un cumulonimbus de lait

Je tâte le poulpe pour connaître l’heure de la marée

Je tatoue la peau de la nuit de dessins de rêve

Je tatoue une larme sur ta joue

Je tatoue une lame sur ton cou

Je tatoue une rose sur ta peau afin qu’elle s’imprègne de ton odeur

Je tatoue un soleil sur ton ombre

Je tatoue une émoticône dans le dos de ton émoji.

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Je teins en noir corbeau un blanc de poulet

Je teinte l’impossible (mes quatre poils restants)

Je teinte l’impossible aux couleurs de la fiction

Je teinte ma palette de sons d’un tintement de cristal

Je téléporte sur Mars une fenêtre avec vue sur la Lune

Je tends le ballon pour me faire tacler

Je tempère mes émoticônes pour calmer la colère des émojis

Je tempête pour calmer la mare qui fait des vague

Je tente le sable avec un vent de Dieu

Je tente l’impossible : j’écris BIEN sans mal

Je tente mon prochain avec des promesses d’amitié

Je termine et je suis à bout

Je ternis l’image d’un auteur qui crève l’écran

Je terrasse la cour d’un dragon

Je teste un texte fou sur une bande de lecteurs aliénés

Je tète le pouce levé d’une autostoppeuse

Je tète Pi jusqu’à la dernière décimale

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Je théorise mes mers et vallons pour un essai sur le merveilleux

Je tiédis l’eau de toilette en pissant dedans

Je tiens mes paroles en l’air pour garder le verbe haut

Je tiens mon verbe en laisse jusqu’à l’arrivée de l’inspiration

Je timbre ma voix pour l’envoyer dans la tessiture

Je tinte mon chagrin pour tirer la sonnette des larmes

Je tique taque sans compter et le temps me dépasse

Je tire-bouchonne à plein pendant les fêtes

Je tire les cartes qui dépassent du distributeur de hasard

Je tire les ficelles de la langue pour emballer mon texte

Je tire les vers du nez à un poème puant

Je tisse ma toile avant de peindre sur soi(e)

Je titube en allant du bar de l’existence au comptoir du néant

Je titre mieux que je ne compose

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Je toise le lecteur du sommet d’une pile d’invendus

Je toise les cieux au plus profond de toi

Je tolère tes raisons d’aimer à condition qu’elles me rendent fou de toi

Je tombe des nues avec un parachute osé

Je tombe des rues dans une ville morte

Je tonds la pendue pour un postiche d’enfer

Je tonne pour faire éclater la lumière

Je toque à la porte d’un plumier pour encrer

Je torche un livre pour le cochon de lecteur

Je tords le cou vert d’un écolo télékinésiste

Je tords un bras de mer trempé comme une soupe

Je torpille le travail du silence avec une rafale de sons

Je torture une patte de mouche avec des piqûres de taon

Je touche du doigt l’Anus Dei

Je touche le fond en sauvegardant les formes

Je tourne autour des mots jusqu’au vers-tige

Je tourne autour du mot ROND

Je tourne en bond de Spiderman un saut de l’ange

Gif animé de Lettres T et des images gratuites

Je trace les grandes lignes de la future Cité des corde

Je traduis les grands oiseauteurs de mon noisetier

Je traîne des pieds avec un vieil alexandrin

Je trais la tache pour en tirer l’encre

Je trais une tache de vache pour une goutte de lait

Je traite ma muse comme une sirène pour avoir des vers luisants

Je tranche dans l’art de la découpe

Je tranche la tête de téton teuton d’un corsage saxon

Je tranche l’oeil du rasoir avec un angle de vue

Je transfère tous mes avoir à la banque de l‘être

Je transige avec le désespoir

Je transmets mes impressions de luxure

Je transforme une chenille absorbante en 1 papillon buvard

Je transperce un coeur de beurre avec un couteau de boucher

Je transpire d’inspiration dans le hammam de l’imagination

Je transporte un rêvé étoilé dans une cuisine de collectivité

Je travaille la forme de la banquise avec un ciseau à glace

Je travaille le vers sur un tour à poèmes

Je traverse les mûres sans les presser

Je traverse un champ d’aiguilles dans les clous

Je tremble à l’idée de rencontrer mon doudou

Je tresse une couronne d’épis à un homme de paille

Je triche sur mon identité par amour du je

Je tricote des gants de toilette pour laver l’hiver

Je trie sur le volley une équipe de badminton

Je trimbale une timbale d’un bal des pompiers à une fanfare incendiaire

Je trinque à la santé de Dieu une dernière foi

Je trinque à la santé des péripatéticiennes de Marche-les-Dames

Je trône sur un royaume de merde

Je truffe de trilles un chant d’amour

Je trombone et trompette pour n’avoir pas à claironner

Je trompe la vigilance de la critique avec un livre sans SP

Je trône sur mon parti comme un monarque de merde sur un tas d’étrons

Je troue la plafond des Lettres avec une phrase perdue

Je troue le culte à un obsédé de la foi

Je trouve grâce aux yeux de ma mie quand j’ai ramassé toutes les rillettes

Je truque le match entre deux escrocs

Je tue mon exécuteur testamentaire

Je tututoie les plus grands zozoteurs du bégaiement de ma région

Je twiste depuis plus longtemps que je tweete

Je tyrannise un mot d’ordre

JPC

DEUX POÈMES d’Éric ALLARD traduits en roumain par Sonia ELVIREANU

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LE MASQUE DES HORLOGES

J’arrache le masque des horloges

Indiquant leurre

J’amasse le temps

Sous mes peaux-pierres

Je vois minuit

À la fenêtre de ma vie

Quand le temps est venu

De fermer les volets

+

MASCA OROLOGIILOR

Smulg masca orologiilor

Dezvăluind amăgeala

Adun timpul

Sub ale mele piei-pietre

Văd miezul nopţii

La a vieţii mele fereastră

Când a venit timpul

Să-nchid  obloanele.

+ +

+

Horloge vénitienne image stock. Image du vénitienne, horloge - 19992879

EN FINIR

Pressé d’en finir

Avec le jus de raisin

Je bois le vin

À la paille

Sur ta chair tachée

Du sang de ma chair

Pressé d’en finir

Avec le jus de ta langue

Je bois ta bouche

À la paille

Sur ta chair tachée

De l’encre de mes livres

+

SA TERMIN

Grăbit să termin

Cu sucul de strugure

Beau vinul

Cu paiul

Pe pielea-ţi pătată

Cu sângele cărnii mele.

Grăbit să termin

Cu sucul limbii tale

Îţi beau gura

Cu paiul

Pe pielea-ţi pătată

Cu cerneala cărţilor mele.

+ +

+

Poèmes d’Eric ALLARD, traduits en roumain par Sonia ELVIREANU

JE VERBALISE / AUTOPORTRAÎTRE en S

Ballon en forme de lettre bleu mylar pas cher - Achat / Vente

Je sabote la phrase qui me servira d’épitaphe

Je sacralise l’accord du participe passé employé avec avoir

Je sacrifie ma préface pour donner sa chance à un postfacier

Je sais mal faire le bien

Je saisis la baleine au bond

Je sais qui je fuis

Je salis l’heure qu’il est au lieu de nettoyer le temps qu’il fait

Je salope la politique de ma province

Je salue l’inaction du monde végétal

Je saoule mon entourage avec la tournée minérale

Je saque un romancier mort-vivant du cercle des poètes disparus

Je satanise un parti d’extrême centre

Je satellise une aura de pierre autour d’un signe d’eau

Je saute à la corde avant de me pendre

Je saute du corps à l’âme

Je sauve le vent d’un feu de fumée

Je sauve un front littéraire du ridicule avec un chapeau boule du plus bel effet poétique

Gif animé de Lettres S

Je scande Alise au festival du fruit rouge

Je scande ton nom dans l’air que tu m’inspires

Je scelle mon destin et je pars à l’aventure

Je scelle ma salière au sol

Je scénarise mes poèmes pour les adapter en microfilms

Self-pOrtrAit in S

I sanctify the rule of the past participle with “avoir”

I satanify a far-centre party

I smudge and smear the politics in my province

I salute the idleness of plants

I snatch the whale by the flukestraps

I seal my fate and I go on an adventure

Gif animé de Lettres S

Je scie la hanche avec laquelle j’ai joué Petite Fleur

Je scie la hanche sur laquelle je massacre du basson

Je scie la hanche sur laquelle je pose mon bassin

Je scotche mes proches avec mes histoires de banane

Je scotche des stocks de bananes

Je scribouille et publionne

Je sculpte un miroir à mon image

Je scrute à l’horizon des phrases l’apparition d’un bon mot

Je scrute le fond du miroir pour voir arriver mon reflet

Je scrute le mur du son en quête d’une ouverture sur le silence

Je scrute un signal des confins de l’espoir

Gif animé de Lettres S

Je sèche sur un problème de baignoire

Je seconde les heures jusqu’aux temps morts

Je secoue le compotier pour réveiller une nature morte

Je secoue les arts premiers pour faire tomber les masques

Je sécurise les abords du réseau social contre une invasion de trolls

Je séduis une foule mouillée avec un parapluie en forme d’oeuf

Je séduis une meule de foin avec un épi dépassant de mon chapeau de paille

Je segmente sans sectionner

Je sème un grain de folie dans un jardin zen

Je sens fort l’écrivain satisfait lorsque j’ai sué sang et eau pour boucler mon aphorisme journalier

Je sensibilise une dent à l’arrachage des pommes d’Adam

Je sens mon coeur battre dans mes orteils quand je chausse tes escarpins 

Je sépare le bon de vin de l’ivresse

Je séquestre un pétale de pervenche dans un parterre de roses

Je séquestre un pomme d’amour dans le coeur du verger

Je serre mes points de fuite pour m’empêcher de m’évader

Je sers le vice avec un thé lascif

Je sens ton être par tous les sens

Je serine sans sermonner

Je sers la soupe aux cornichons

Je sers une sérénade au marchand de sable

Gif animé de Lettres S

Je siffle la fin de la création

Je siffle là-haut sur la montagne le chant du pic épeiche

Je siffle un parterre de nobles comme un Pinçon-Charlot

Je signale mes silences à grand bruit

Je sillonne les grands espaces littéraires en lisant large

Je simplifie une faction littéraire en éliminant tous les fauteurs communs

Je simule l’orgasme pour le plaisir de tromper

Je simule une crise de joie pour éloigner mes peurs

Je situe la littérature au centre de mes préoccupations les plus ténébreuses

Je situe mal la note de tête dans le bouquet musical

Gif animé de Lettres S

Je solarise la lunette de mon wc pour éclaircir mes fèces

Je solde mes vieux T-shirts du Che à col Mao

Je solfie L’Internationale dans ma salle de pain

Je soliloque avec mon verre solidaire

Je sollicite les votes des croûtons et des fougasses du PS belge

Je sombre dans l’anonymat entre chaque publication mensuelle

Je songe à quitter le pays des rêves

Je sonne à la porte du silence

Je souffle le haut & le bas de tes robes pour m’inspirer de tes dessous

Je souhaite que mes cercles de je tournent toujours autour de mon nombril

Je soulève un lièvre pour démasquer une taupe

Je soulève un souffle d’air pur au-dessus d’un pic de pollution

Je souligne mes traits d’humour d’un sourire

Je soumets une sous-tasse à un service dégradant

Je soupçonne un sous-fifre d’en vouloir à mon super-tambour

Je soupèse un Soulages dans la force du noir

Je soupire après avoir sauté un repos

Je soupire et éteins un feu de bonsaï

Je sourcille comme mon émoji préféré

Je souris à la blague d’un sous-pitre

Je soustrais un lanceur d’alerte à une agence de renseignement

Je sous-entends que tu n’as pas écouté, non pas que tu es sourd

Je sous-entends que vous ne m’écoutez pas

Je soutiens contre l’avis d’un grand échalas que mon tuteur est solide

Je soutiens l’Association des écrivains de mon quartier en  achetant leur calendrier annuel

Je soutiens que la pluie ne tombe pas des nues

Je soutire les aveux de ma muse : elle sous-emploie du personnel d’écriture

Je sous-titre chacun de mes mimes

Je spolie de leurs droits d’hauteur quelques géants de carnaval

Gif animé de Lettres S

Je stationne comme un con avec mon com devant un statut bardé de❤️

Je stationne devant le marchand de glaces avec des boules de feu

Je stimule la pointe de l’iceberg pour lui procurer des frissons

Je stocke des centaines d’aphorismes dans un abécédaire

Je strie des strates de déchets contre des colonnes de mouches de Buren

Je stupéfie un cercle de centristes avec mes positions excentrique

Gif animé de Lettres S

Je subis les tortures du vent sans balancer

Je subjugue mon urinoir

Je supplie qu’on me prie d’accorder un entretien

Je supporte la désobligeance des tacleurs à la con 

Je supporte la pâleur

Je suppose le contraire de mes croyances pour rassurer mes doutes

Je surévalue l’importance du pain dans la vie de tous les fours

Je surjoue mon ancrage à gauche pour faire oublier ma misanthropie

Je surgèle un roman près d’être périmé pour le lire plus tard

Je surmonte les épreuves mentales en montant sur mon plus grand cerveau

Je surprends les gros mangeurs de poisson avec mon appétit d’oiseau

Je suscite l’indifférence des plus insignifiants

Je suis à la lettre un chemin de vers jusqu’à la rime finale

Je suis favorable au mariage des abécédaires

Je suis les mots à la lettre

Je sursaute à chaque mot de cet aphorisme d’épouvante

Je surveille la germination des grains de beauté

Je suspends le vol du temps en bloquant tout l’espace

Je suspecte la gardienne de nuit d’avoir filé avec mon rêve

Je suspecte une étoile du Centaure de m’approcher

Je sympathise avec les lanceurs de pois et les ramasseurs de billes

Je synchronise pour une ritournelle une forme verbale avec une ligne mélodique

Lettrine S | Lettrine, Enluminure, Enluminure moyen age

JE VERBALISE / AUTOPORTRAÎTRE EN R

Ballon Lettre R Bleu 41 cm Bleu - Chiffres et Lettres

Je rabaisse le coquet en rasant sa houppe

Je rabats ta jupe sur ma joie

Je rabote les pieds de cochon de la table d’ogres

Je rabote mon cou d’auteur pour passer la tête par le trou de la lecture

Je raccrocherai les plumes avant mon envol littéraire

Je rachète les droits de l’Homme à un marchand de mitraille

Je raconte des anecdotes en or à un voleur d’histoires

Je raconte toujours le même aphorisme

Je radie de l’ordre des écrivains un auteur n’ayant pas payé sa dernière cotisation

Je raffole des déjections câlines

Je rafistole un poème fracassé contre un mur de vers

Je rafle la muse et je gagne l’inspiration

Je rafle tous les Tocards à la cérémonie de l’art bourrin

Je rage dans ma bulle à l’idée de tout le savon gaspillé

Je ragrafe le soutien de ma muse pour qu’elle arrête de me tenter

Je raille la ponctualité du chemin de fer

Je rajeunis à vue de souvenir

Je ralentis mes rêves dans les mirages

Je ramène ma fraise dans un champ de pivoines

Je ralentis la pousse des rails en bloquant des gares

Je rallie un courant littéraire à la marge

Je ramasse une plume couverte de poils de lecteurs au Marché de la poésie

Je rame pour arriver au départ du radeau

Je rançonne une citrouille pour me payer un carrosse

Je ranime les étoiles de mes nuits quand je te revois en rêve

Je rapatrie mes avoir été dans l’état printemps

Je rappelle à l’or un alchimiste plombant

Je rapporte au fist tout ce qu’on m’a enculé

Je rapporte mes prises de vue à la source d’1 regard

Je rapproche deux tombes isolées pour une fosse commune

Je rattrape le sens perdu dans une forêt de signes

Je ratisse large un jardin zen

Je rase les nues

ALPHABET YEUX

Je réagis au stade de tour

Je réalise des autoportraits au vitriol

Je réalise que la vie n’est pas un film quand la lumière ne s’allume pas à la fin

Je rebande mon arc pour éjaculer un trait

Je reboise une forêt de lettres mortes d’arbres à poèmes

Je recadre la Joconde quand elle me regarde de travers

Je recharge mes literies pour faire provision de sommeil

Je réclame la fin du jour

Je recense comme il faut pour ne pas être critiqué

Je recentre le débat du débit sur le milieu du (su)jet

Je récite un Ave et dix mille Pater en pénitence pour un gros péché d’orgueil

Je récolte les eaux de la reine des neiges avant qu’elle enfante un petit glacé

Je reçois La Monnaie de ma pièce de théâtre

Je réconcilie les probes et les antibes 

Je reconnais un auteur de la petite édition à sa bibliographie fournie

Je reconstitue la scène de mime dans un silence de mort

Je reconstitue la scène de rimes avec des prévenus inculpés de poésie

Je reçois des marques de soutien-gorge pour mon beau décolleté

Je recours au poème quand la raison du roman m’abandonne

Je rédige des récits de vie à 19 €

Je réécoute les enregistrements d’un rot jusqu’à l’écœurement

Je refais le mur du son après une fuite de bruit

Je refile la grippe asiatique à un rescapé du coronavirus

Je refonde mon parti droit dans le mur

Je refoule mes tourments derrière le paravent du sourire

Je reflète le malaise de la chambre aux miroirs

Je refrène les couplets avant le refrain

Je refrène mes envies de toit quand j’ai eu vent d’une tempête

Je refroidis mes hardeurs

Je recadre mon autoportrait pour être dans la lumière

Je redouble de vigilance de toutes les couleurs

Je régale les vers avec mon poème tout pourri

Je règne sans tapage sur le royaume du silence

Je régresse au stade banal quand je retombe dans l’indifférence

Je relève le texte hors de l’auteur

Je reloge un auteur sans éditeur fixe dans sa caisse d’invendus

Je remercie l’abeille et la fleur pour le miel de tes lèvres

Je remorque une remarque laissée sur le côté

Je remplis de vent un verre tempête

Je rencontre les Huns et les Goths

Je rends mon sablier à la mer

Je renfloue les fesses de La Pietà avec un crucifix en or

Je renifle la morve d’un amour d’enrhumée

Je renonce à une carrière dans l’administration littéraire

Je renoue les liens défaits de la bondagée

Je rentre dans les désordres du sommeil avec un rêve mal famé

Je rentre dans ma coquille pour faire oublier ma faute d’orthographe

Je renverse un rêve sur une table de nuit

Je repique du nez dans un jardin de senteurs

Je re-père – et désole à nouveau – toute une génération d’antinatalistes

Je réponds présent aux appels du passé

Je reprends du saint poil de la bête à bon Dieu

Je reflète l’inintelligence des réseaux sociaux

Je relève de l’aphoristologie

Je rends le vers libre responsable de toutes les ivresses poétiques

Je repère un écrivain crevé sur la route écrasante des prix

Je réponds De rien quand on me dit merci

Je republie un pieux texte chez un éditeur culte

Je réside à la Maison des Écrivains comme lecteur libre

Je ressers le même ressort à chaque relâchement

Je reste fort humble sous le feu des projecteurs que j’ai allumé

Je résulte de l’union d’un unicellulaire et d’une Facebookienne

Je retape un vieil alexandrin pour le fourguer à un fabricant de sonnets

Je retente une recension pour le plaisir de critiquer

Je retourne tous les jours à l’école

Je retrouve l’or du temps dans un vieux sablier

Je retrouve un amour de jeunesse sous un presse-souvenirs

Je retrouve un amour de garnison devenu colonelle

Je réunis le gradin avec la reine

Je réunis les conditions pour devenir vieux

Je réussis à conduire un rêve jusqu’au matin

Je rêve d’un papillon de nuit sur la fleur de l’aube

Je réveille un mort de rire avec une brève de cimetière

Je ruse pour être dans les petits souliers du cireur de pompes

Gif animé de Lettres R et des images gratuites

Je retape et ça fait plus mal

Je repète et ça ressent 

Je retire et ça tient moins fort

Je retiens et on ne me lâche plus

Je revise et j’atteins ma cible

Je rejouis et c’est meilleur

Je retouche et ça refait du bien

Je remue et j’ai bien changé

Je renais et papa est là

ALPHABET YEUX

Je ricoche à la surface d’un 45-tours sans faire de nouvelle vague

Je ride la surface de l’aube

Je ride mon visage de lignes de fuite vers la mort

Je rigole dans le caniveau

Je rime et je rame dans une mare aux poètes

Je rince mes doigts de pied dans du sang de poète

Je ripaille dans le foin

Je ris de me voir si pelle dans le reflet du râteau

Je risque la coupe à zéro pour avoir vendu la mèche

Je rissole des pommes de ciel dans de l’huile solaire

Je ritualise mes ruts

Je rivalise de ruse pour passer pour un candide

Je rive un clou de rêve dans la table de nuit

Ri Science Podcast's stream on SoundCloud - Hear the world's sounds

Je rivalise de générosité avec un cube de Viva for life

Je rivalise d’excentricité avec un prolapsus du rectum

Je rivalise de mucosités avec un nez de cochon

Je rivalise d’hilarité avec un poète comique troupier Je rivalise d’animosité avec un écrivain refusé

ALPHABET YEUX

Je rondis pour être bien tourné

Je rosse une rose avec une couronne d’épines

Je roue de loups un cou de brebis

Je roule pour un marchand de pneus

ALPHABET YEUX

Je rode mon nouveau livre sur la route des salons

Je romance ma poésie pour être chanté

Je ronge mon refrain jusqu’au couplet

Je rôtis mes ronflements sur le feu du sommeil

Je roue de vélos un couloir de bus récalcitrant

Je rouspète, tant qu’à péter plus haut que mon cul

Je rode mon nouveau livre sur la route des salons

Je romance ma poésie pour être chanté

Je ronge mon refrain jusqu’au couplet

Je rôtis mes ronflements sur le feu du sommeil

Je roue de vélos un couloir de bus récalcitrant

ALPHABET YEUX

Je rue dans les brancards de l’égologie quand je suis blessé dans mon amour propre

Je ruine la carrière d’un poète en révélant ses liens avec l’aphoristologie

Je ruine la réputation d’un découvreur de rivières en révélant ses sources

Je ruine ma réputation d’aphoriste en commettant un haïku

Je ruisselle de bondants sentiments sous une douche d’urine

Je rumine un texte vache

Meueueueueueueu !!!!!!!!!

Un WEBINAIRE organisé par le SERVICE GÉNÉRAL DES LETTRES ET DU LIVRE / Un reportage de Philippe REMY-WILKIN

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Philippe REMY-WILKIN (par Pablo Garrigos Cucarella)

Un webinaireorganisé par le Service général des Lettres et du Livre (Fédération Wallonie/Bruxelles)

Les nouveautés en littérature belge

Un reportage d’Edi-Phil RW pour Les Belles Phrases

Il y a quelques semaines, l’équipe des Belles Phrases a été invitée à participer à un nouvel événement organisé par le SG des Lettres et du Livre. Nos interlocutrices étaient Nausicaa Dewez, la rédactrice en chef du Carnet et les Instants, et Marie Baurins, la responsable du portail Objectif plumes, soit deux organes qui tentent de propulser le faire-savoir de nos Lettres.

Un webinaire sur les nouveautés en littérature belge ?

Il s’agit d’une rencontre virtuelle (ZOOM, au contraire de SKYPE, permet de voir de nombreux intervenants simultanément, l’écran se fragmentant) : des éditeurs belges (francophones) présentent les publications de leur rentrée littéraire face à un public de professionnels (journalistes et bloggeurs culturels), d’amateurs de littérature.

Cette belle initiative me fait penser au Printemps du livre organisé depuis deux années à la Maison européenne des auteurs et des autrices par quatre éditeurs associés : Weyrich, Onlit, Les Impressions nouvelles et Espace Nord. J’avais réalisé un long reportage sur la première saison en ces pages des Belles Phrases.

Trois sessions

Trois dates ont été arrêtées, nécessitant une inscription préalable (qui permet l’envoi d’un lien d’accès à la rencontre), suivies par des questions des spectateurs :

. le 17/08 (11h-12h) est axé sur le roman, l’essai et la nouvelle, avec la participation annoncée des éditions du Cerisier, Espace Nord, Genèse, Les Impressions nouvelles, M.E.O. et Quadrature ;

. le 18/08 (14h-15h) est axé sur la poésie, le théâtre, l’essai et le roman avec la participation annoncée des éditions L’Arbre de Diane, Esperluète, Lansman, Midis de la poésie, Tétras Lyre et Weyrich ;

. le 19/08 (11h-12h) est axé sur la littérature jeunesse et la bande dessinée avec la participation annoncée des éditions A pas de loups, Versant Sud Jeunesse, FRMK et Les Éditions du Tiroir.

La rencontre du 17 août

Malgré ma submersion du moment, je me suis inscrit à la première séance, par curiosité mais par éthique aussi. Il faut se tenir au courant et soutenir des initiatives qui promeuvent la création littéraire belge. Malgré mes limites dramatiques en matière de technologie, je parviens aisément à rejoindre le webinaire et aucun incident technique ne sera à déplorer (à moins que l’absence des Editions du Cerisier ne relève de ce registre).

Valériane Wiot, Danielle Nees, Emelyne Béchet, Gérard Adam et Patrick Dupuis vont se relayer et présenter leurs sorties avec enthousiasme et talent :

. Argentine de Serge Delaive et Nous deux/Da solo de Nicole Malinconi chez Espace Nord (qui republie les perles de notre littérature) ;

. Les années d’or (volet III de la trilogie Salles des pas perdus) de Michel Claise et Les mardis d’Averell Dubois de Frank Andriat chez Genèse ;

. Le pub d’Enfield Road de Rossano Rosi (que j’ai déjà évoqué dans Le Carnet et Les Belles Phrases) et Consoler Schubert de Sandrine Willems aux Impressions nouvelles ;

. A propos de Pre (Prefontaine, le champion) de Daniel Charneux, Pas faite pour de Véronique Adam et Une histoire belge de Robert Massart (deux premiers romans) chez M.E.O. ;

. On n’entre pas comme ça chez les gens de Jean Pierre Jansen, chez Quadrature (le spécialiste de la nouvelle).

Le modus operandi est excellent. J’avais lu et recensé plusieurs livres dans la foulée du Printemps du livre, divers ouvrages ont cette fois encore suscité mon appétit. Même si mon temps est désormais happé par une série de projets en cours.

Une intervention de Jean-Claude Vantroyen

A la fin de la rencontre, notre éminent collègue du Soir interroge les éditeurs sur l’impact de la crise covid.

Emelyne Béchet reconnaît une réduction de titres aux Impressions nouvelles mais balaie tout défaitisme : il est trop tôt pour mesurer l’impact réel de la crise et il faut poursuivre, être présent. Elle se montre volontariste, positive : un éditeur doit se montrer, montrer ses auteurs, on produit de belles choses actuellement en Belgique francophone (NDR : je renchéris !), il y a une volonté nouvelle de la part des acteurs de la chaîne du livre (NDR : oui, il y a un frémissement au cœur de notre microcosme).

Gérard Adam poursuit l’élan positif et se montre modérément optimiste. Ce nouveau type de présentation n’est-il pas une réaction constructive face au covid ? Il confirme l’impression d’un réveil, d’une prise de conscience nouvelle des libraires, médias, etc. à l’égard de ce qui se fait chez nous.

Il termine en remerciant le Service de la FWB qui nous reçoit (David Dusart est notre hôte, Nausicaa Dewez assure le lien entre les intervenants, Marie Baurins a géré les inscriptions, etc.) et qui promeut ainsi éditeurs et auteurs.

J’interviens alors. La présence de Jean-Claude Vantroyen me semble fondamentale et indicielle. Il y a quelques mois il se fendait d’un billet d’humeur dans Le Soir pour évoquer la nécessité de se pencher sur notre création, il s’y applique concrètement. Sa démarche, l’intérêt d’un grand média référentiel, laisse espérer. Il est temps de comprendre que de très belles choses peuvent se faire hors Paris (ce point de focalisation du monde francophone qui n’a pas d’équivalent dans le monde, à en croire le regretté Jacques De Decker).

Remercions toutes les personnes évoquées dans cet article et toutes les personnes présentes ce 17 août derrière leurs écrans, elles participent d’un frémissement, d’un élan. Qui doit être poursuivi, approfondi, démultiplié.

C’est qu’il est question de création et d’identité culturelle. L’identité. Au sens positif. Une identité bien construite intègre plus aisément l’altérité. Comme le relevait si brillamment Amin Maalouf dans Les identités meurtrières.

2020 – AU TEMPS DE LA CANICULE : POUR LA BONNE CAUSE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

Au cours des dernières semaines, j’ai eu la chance de lire trois livres écrits par des auteurs ayant un rapport direct avec l’excellent magazine littéraire numérique La Cause littéraire. J’ai lu En avant la chronique ! de Philippe CHAUCHÉ, directeur-adjoint de ce magazine, premier opus publié par les Editions Louise Bottu dans sa nouvelle collection dédiée à la chronique littéraire. J’ai enchaîné avec Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? de Stéphane BRET, membre de l’association produisant le magazine et pour terminer, Zoran BELACEVIC, membre du Club de la Cause littéraire sur Facebook, m’a adressé de sa Serbie natale : Debussy pour toujours. Un belle occasion pour rendre hommage à l’équipe qui assure les mises à jour quotidiennes de cette revue et de sa page Facebook.

En avant la chronique !

Philippe Chauché

Louise Bottu éditions

En avant la chronique, Philippe Chauché... - La Cause Littéraire ...

Toujours partant pour une nouvelle aventure littéraire ou une innovation éditoriale, Jean-Michel Martinez Esnaola lance une nouvelle collection chez Louise Bottu éditions, Alcahuete, destinée à l’édition d’ouvrages consacrés à la chronique littéraire. Pour inaugurer cette collection, il a sollicité un des maîtres de la spécialité, Philippe Chauché, un des piliers de la Cause littéraire l’un des tout meilleurs sites littéraires sur la Toile. Dans cet ouvrage inaugural, Philippe Chauché, après une introduction de l’éditeur consacrée à l’art de la critique, propose une trentaine de chroniques, critiques, commentaires ou recensions, difficile de choisir un terme : le titre évoque la chronique, la préface évoque la critique, la quatrième de couverture parle de recension mais « peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse » littéraire bien sûr.

L’auteur a judicieusement choisi les ouvrages qu’il présente, évitant de tomber dans le piège de la surmédiatisation, il a savamment multiplié les éditeurs concernés, mêlant les grandes maisons reconnues avec des maisons beaucoup moins connues mais tout aussi talentueuses. De la même manière, il a choisi des auteurs reconnus, connus, peu connus ou connus surtout dans le milieu littéraire. Son choix semble toujours avoir été guidé par le seul talent des auteurs qu’il a souhaité présenter. Les chroniques proposées ne sont pas systématiquement formatées, même si l’auteur introduit presque toujours son commentaire par une extrait du texte qu’il présente. Son propos consiste surtout à mettre en évidence ce qu’il a retenu du texte, ce qui a guidé son choix, mais il ne s’arrête jamais à cette première impression, il analyse, décortique, le texte tout en le resituant dans son contexte littéraire, historique ou éventuellement philosophique, décryptant le projet littéraire de l’auteur. Il s’attarde aussi bien sur le fond que sur la forme du texte évaluant le style, l’écriture, dégageant d’éventuels liens intertextuels avec d’autres œuvres plus connues. Chaque chronique est comme un piège tendu au lecteur qui risque, au moment de fermer ce recueil, de se laisser prendre en se précipitant chez son libraire attitré pour acquérir une pile de livres choisis parmi ceux présentés par l’auteur tant celui-ci est convaincant.

Pour compléter ce recueil, lui donner encore plus de fond, l’éditeur a convoqué quatre contributeurs : Josyane Savigneau, auteure, qui évoque le parcours de Philippe Chauché et surtout la justesse de son jugement et de son approche de la critique : «On analyse le livre, on veut donner envie de le lire, on a un désir de partage, on ne craint pas d’admirer »  ; Léon-Marc Lévy, directeur de la Cause littéraire, qui évoque Philippe Chauché, pilier de la Cause littéraire, et dont j’ai retenu cette citation : « La pluralité des points de vue est la seule aune possible du regard littéraire » ; Frédéric Aribit, écrivain, qui évoque l’art de la critique pour conclure par ces quelques mots si éloquents : « Critiquer ? … Oser livrer sa lecture à la lecture des autres ? » ; Carles Diaz, maître de conférences, éditeur, poète, qui évoque l’importance de la critique pour toute œuvre artistique à condition qu’elle soit exercée avec sagacité, intelligence, curiosité….

Et comme j’ai eu l’audace de commenter les commentaires d’un maître de l’art de la critique, je voudrais juste ajouter quelques mots trouvés au cours de mes nombreuses lectures qui ont souvent guidé mon propos. Je me souviens de Marcos Malavia qui écrivait dans Tragaluz : « C’est alors que j’ai compris qu’à chaque lecteur que je serais susceptible de croiser surgirait une histoire différente… Il y aurait autant de variantes que de lecteurs » (C’est le manuscrit qui parle ainsi et j’ai accepté ce point de vue). Ce propos de Paul Valéry dans La Renaissance de la liberté a inspiré aussi ma réflexion : « Entre l’auteur tel qu’il est et l’auteur que l’œuvre a fait imaginer au lecteur, il y a généralement une différence qui ne manque pas de causer les plus grands étonnements… ». Et d’autres avis encore dont j’ai un peu perdu la trace, il me reste cependant cette injonction de Frédéric Jaccaud dans Vagabondage : « Il faut lire Vollmann pour toutes les raisons qui incitent à ne pas le lire ». Quelques mots qui peuvent interpeller tous les commentateurs ….

Le livre sur le site de l’éditeur

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Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

Stéphane Bret

Books on Demand

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? Stéphane BRET - Le Boudoir de Nath ...

La Belle Epoque, c’est peut-être ce qu’a voulu nous raconter Stéphane Bret en mettant en scène des héros dont le prénom commence toujours par « A ». des héros qui traversent tous les événements qui marquent cette époque si florissante et en même temps si cruelle. « C’était le monde des grandes inventions : le cinéma, l’automobile, le téléphone, la construction du métropolitain ; c’était aussi celui de la tuberculose, de la prostitution, du manque d’hygiène dans certains quartiers, des inégalités sociales, de la souffrance du monde du travail et celui de l’inégalité entre hommes et femmes… ». Aude, la jeune couturière, découvre le monde des travailleurs, la CGT, la SFIO, le féminisme, les suffragettes l’homosexualité et son amante Adèle. Adrienne préfère le monde de la nuit, des plaisirs tarifés, au bras de son client le plus assidu : Arnaud le banquier qui s’enrichit en investissant dans les nouvelles colonies. Le choc de deux mondes dans un bouillonnement scientifique, intellectuel et culturel. Un bouillonnement si intense qu’il provoque la guerre qu’on qualifiera de Grande car on pensait qu’il ne pourrait y en avoir une plus terrible.

Mais, le projet de Stéphane Bret ne s’arrête peut-être pas à ce rappel historique, il est certainement aussi un cri d’alarme qu’il lance à la jeunesse actuelle en lui montrant combien cette Belle époque était semblable à celle que nous vivons actuellement : une période charnière entre deux époques, un monde qui se meurt avec la bourgeoisie impériale, un monde naissant avec la fée électricité, l’automobile, le téléphone…Comme aujourd’hui, le monde issu d’une autre guerre, avec ses Trente Glorieuses, se meurt sous les assauts de la mondialisation et du couple infernal formé par la fée informatique et le diable téléphone.

L’assassinat de Jean Jaurès, pour beaucoup, a marqué le départ du déchaînement de violence conduisant à la Grande Guerre, le massacre de Charly Hebdo ou le bien triste sort de George Floyd pourrait-il marquer l’entrée dans une nouvelle ère de violence mondialisée ? Stéphane Bret lance un avertissement, notamment à la jeunesse, pour lui rappeler que l’histoire n’est qu’un éternel recommencement même si certains pensent qu’elle ne repasse jamais les plats. Et avec Jacques Brel, il chante :

« Demandez-vous belle jeunesse

Le temps de l’ombre d’un souvenir

Le temps du souffle d’un soupir

Pourquoi ont-ils tué Jaurès?

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? »

Le livre sur Amazon

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Debussy pour toujours

Zoran Belacevic

5 sens éditions

Gabrielle Dupont, Gaby aux yeux verts pour le demi-monde parisien, a déjà soixante-dix-huit ans, elle vit à Orbec non loin de sa maison natale de Lisieux où elle est née quelques années avant Sainte Thérèse. Il ne naît pas que des saintes à Lisieux, elle se souvient quand elle avait vingt-cinq ans qu’elle était belle, jeune, dynamique, débordante d’énergie, ambitieuse, prête à tout pour réussir à Paris. Réussir pour elle qui n’a aucune fortune, pas plus de culture et d’instruction, consiste à s’attacher un amant fidèle et fortuné qui peut lui procurer le train de vie digne d’une grande dame. Une entremetteuse lui trouve un comte pas très séduisant mais suffisamment riche pour qu’elle lui soutire de quoi se montrer à son avantage dans les soirées parisiennes. Mais un jour elle faillit à sa règle fondamentale, elle tombe amoureuse d’un compositeur parfaitement inconnu qui vit dans une mansarde et la misère.

Ce compositeur encore inconnu n’est autre que Claude Debussy qui s’évertue sur ses premières compositions vivant de quelques expédients : cours de piano, copies de partition, etc… Entre les deux jeunes un amour charnel se noue, ils n’ont rien en commun, elle est pratique et pragmatique, il est rêveur et intuitif. Elle l’abandonne mais à chaque fois revient pour vivre de nouvelles galères, de nouvelles querelles, nourrir de nouvelles rancœurs, « Cependant, même dans les périodes les plus obscures, le sexe ne les abandonne pas. Il représente leur salut, leur opium, l’aimant qui les maintient ensemble ». Malgré de nombreux sacrifices et moult efforts, elle n’arrivera jamais à concilier son besoin charnel de son amant avec ses besoins matériels, son envie de paraître, son goût du luxe et du confort. Lui, « Pauvre Claude, il n’aura jamais d’argent. Il vivra toute sa vie dans les nuages. Pour lui, la musique aura toujours la première place ».

En filigrane de cette passion tumultueuse, tapageuse, parfois violente, remplie de conflits et de réconciliations sous la couette, qui durera presque une dizaine d’années, Debussy compose une bonne partie de ses œuvres maîtresses à un rythme si lent qu’il désespère tous ceux qui croient en son génie et croupit toujours dans la misère ou dans sa bordure. Peut-être que la belle aux yeux verts l’a inspiré pour certaines œuvres, la mélodie du Prélude à l’après-midi d’un faune, lui serait venue brusquement lors d’un déjeuner sur l’herbe avec Gaby.

Zoran Belacevic, dans son avant-propos, rappelle que la français est, en Serbie, une des trois langues obligatoires à l’école primaire et que par conséquent la culture française y est très présente, de nombreux artistes comme Debussy y sont donc très connus. Lui-même a eu envie d’écrire ces pages de la vie du compositeur après avoir écouté et aimé ses œuvres mais surtout après avoir découvert cette intrigue amoureuse hors du commun. Elle était forte, déterminée, têtue, il était plutôt bon bougre et peu rancunier, ils aimaient les étreintes charnelles passionnées, ils avaient tout pour écrire une histoire d’amour explosives que Zoran a bien vite saisie. L’amour charnel peut-être dévastateur quand il rencontre des forces contraires mais il n’a jamais pu porter atteinte au talent de Debussy et à la qualité de son œuvre.

Le livre sur le site de l’éditeur

ASPÉRITES de PASCAL FEYAERTS (Le Coudrier) / Une lecture d’Éric ALLARD

Photo

Dès l’entame de son nouveau recueil, le poète confie :

Je n’aurai jamais ni d’anneau

Ni d’enfants ni de vue à long terme

Debout seul dans un fier marécage

Qui ne mange de l’intérieur et déborde

Seul si seul à tenter d’écrire le poème ultime

A défricher l’espace fantôme du rien (…)

Il développe ensuite son programme, cherchant à ouvrir la clé de son être, creusant ciel et terre pour y parvenir.

Le ciel demeure à creuser

Si l’on veut atteindre le côté

Préhensible de l’âme

Il le fait dans une poésie dense, fort belle. Les énigmes qu’il (se) pose, les comptines métaphysiques, les maximes allégoriques n’ont pour but que la mise à nu de son être. C’est la lutte avec l’ange du langage, dans le fracas raisonné et résonnant des ailes de la poésie. D’où les traits d’humour et l’autodérision ne sont pas exclus, loin s’en faut.

Il se frotte, pour ce faire, au tranchant des mots, aux arêtes du réel, là où l’être bute, là où par ailleurs l’âme décolle. 

Il faut faire métier d’angle

Si l’on veut respecter l’arête

Qui lie la mélancolie à l’espoir

Le provisoire à l’infini

Et que la vie soit d’équerre

Dans la permanence

Des solitudes trop apprises

Feyaerts Pascal
Pascal Feyaerts

C’est dans une quête forcément solitaire qu’il se lance pour trouver ce poème ultime « où l’on ne connaîtrait plus de lui que l’infusion d’un être », comme l’écrit Jean-Michel Aubevert. 

Le poète, débarrassé, dans l’élan poétique, des affres du quotidien, se concentre sur les éléments, surtout l’eau et le ciel, entre mer et cosmos, entre deuil et espoir. À la lueur du poème, il dénoue les rets dans lesquels le cœur est pris, il ranime la flamme du sens. En dégageant l’âme de sa gangue, en l’ouvrant au ciel, il libère le corps et la mémoire, s’en fait des alliés.

Du chant seule l’aspérité persiste à luire

Quand sa lumière a rejoint la tiédeur

Des murmures et qu’aujourd’hui

Avance avec l’instant pour mémoire.

Dans l’impossibilité de se rendre invisible au temps qui passe, il sensibilise son présent au passé. En veinant son verbe, en ramifiant ses vers…  Traversé par le sang de la poésie, abreuvé à la source d’une éternité retrouvée, son corps-écriture épouse les plis d’un monde redevenu vivable.  

Je n’ai qu’un corps à te donner

J’ai tellement épluché mon âme

Qu’elle s »est mise à neiger

En quelque éternité de soie

La préface est de Jean-Michel Aubevert et les illustrations sont de Catherine Berael

En savoir plus sur le recueil sur le site du Coudrier

Le blog de Pascal FEYAERTS

Les ouvrages de Pascal FEYAERTS au COUDRIER

GOLGOTHA de CLAUDE LUEZIOR (Librairie-Galerie Racine) / Une lecture de Sonia ELVIREANU

Sonia Elvireanu « MondesFrancophones.com
Sonia ELVIREANU

Le plus récent recueil de poèmes de Claude Luezior, Golgotha (Librairie-Galerie Racine, Paris, 2020, 94 p.) est bien surprenant. C’est un manuscrit de l’auteur écrit il y a 50 ans, à l’âge de 17 ans, dont il n’a changé aucune ligne, illustré par lui-même. Le livre relève de la double vocation du jeune homme : poétique et graphique. La poésie ne l’a jamais quitté, ni l’intérêt pour l’art.

Tout aussi surprenant est le thème religieux de la crucifixion de Jésus Christ chez un adolescent à l’âge de l’amour, le jugement qu’il porte sur l’événement biblique. Ses réflexions poétiques sur la crucifixion font de lui un penseur précoce.

Avec un demi siècle de retard depuis son écriture, le texte est aussi actuel. Golgotha, lieu de souffrance et de mort de Jésus Christ, lieu d’accomplissement d’une prophétie devient « résurrection, enfantement renouvelé. » Le jeune poète porte son attention sur cette signification.  Il reprend l’événement de la Bible par une approche sacrée, dans une  troublante transposition lyrique, s’interrogeant   sur le sacrifice de Jésus pour réconcilier l’homme avec Dieu.

Dès que l’on ouvre le livre on remarque la brièveté des poèmes, certains réduits à un seul vers, portant la réflexion du poète. Les plus longs sont de trois strophes, très brèves aussi. La structure tripartite du poème acquiert une certaine signification: reprendre au début l’événement biblique dans la succession des faits, en vers narratifs, ensuite y réfléchir, à la fin, y porter un jugement.

En images poétiques émouvantes, autant de tableaux faits de lumières et d’ombres, le jeune poète retrace avec fidélité la succession des scènes depuis la mise sur la croix jusqu’à la résurrection du Christ. Il nous donne simultanément l’image de la crucifixion dans ses détails connus et de l’assistance dont il semble faire partie en témoin et raisonneur contemporain, comme si la crucifixion  se déroulait devant ses eux.  Il s’interroge au nom de tous sur l’attitude de l’homme face au sacrifice suprême de Jésus au nom de l’amour.

Le poète invite les lecteurs à repenser leur destin et leur relation avec Dieu. Le Golgotha, symbole de la  crucifixion, est symboliquement le destin humain, chacun a son Golgotha, ses épreuves douloureuses et la mort comme fin de la vie. L’important, semble dire le poète, c’est d’assumer son Golgotha à la manière de Jésus, de croire au salut des âmes par son sacrifice.

Après des siècles d’évolution, l’homme n’a pas changé d’attitude face au mystère de la résurrection. Il se trouve toujours  entre le doute et la croyance, la haine et l’amour, dans l’attente d’un signe, d’un miracle comme l’était le peuple juif devant la crucifixion de Jésus. La résurrection, la promesse de salut accomplie n’ont pas rendu l’homme meilleur, il persiste dans ses péchés, continue de faire le mal, de crucifier, la haine et la vengeance font des ravages, sa déchéance n’en finit pas au fil des siècles : « Nos déserts/ Nos orgueils/ Nos  absences/ Étaient ses clous. // Corps à corps de nos démences/ avec la chair du sacrifice. »

Ce nous intégrateur, jamais le je du moi poétique, fait du poète le porte-parole de tous les gens pour le rachat de qui Jésus a assumé son sacrifice par amour. Le silence du crucifié tourmenté par la haine des autres même sur la croix et son pardon pèsent comme une blessure sur l’assistance, comme le lèpre, son amour et son innocence font face à la haine pour accomplir la prophétie : un sang pur pour épurer le sang impur et ravitailler les âmes.

La voix du poète, ce nous assumé, touche de près le lecteur par l’émotion et la piété qui s’en dégagent, par le pouvoir des mots vivants qui semblent proférer la rédemption : « Nous avons laissé tant d’enfants/ sur le bord du chemin.//  Nos poings/ étaient scélérats// Là-haut/ les paumes/ Ouvertes/ Du crucifié. »

La voix du poète est grave et pleine de piété devant « celui qui n’avait que des paraboles de tendresse », qui répond par amour à la haine. Elle raconte en même temps qu’elle livre les sentiments de l’assistance, celle du temps biblique (les soldats, les brigands, la Vierge Marie, Marie Madeleine, la foule) et de tous les temps qui semblent revivre l’événement, assister à la crucifixion  par ce nous qui voit, attend, doute, exulte, unit les voix dans le chant de gloire à la lumière de la résurrection de Pâques. 

Claude Luezior avait choisi dès sa jeunesse de porter témoignage de la souffrance de tous, incarnée par le Golgotha, symbole du destin christique de l’homme, du crucifié de tout temps (guerrier, exilé, migrant, stigmatisé, persécuté, malade) comme en témoigne son recueil Jusqu’à la cendre (2018).

Golgotha de Claude Luezior est chant de l’homme à la gloire de l’Homme, qui a racheté par son sang les péchés humains, rendant  possible « l’enfantement renouvelé», interrogation et réflexion sur la nature humaine.

Le lecteur est aussi touché par les illustrations de ce livre, faites par l’auteur lui-même au même âge de dix-sept ans : des dessins abstraits, accompagnant les poèmes, évoquant par eux-mêmes la souffrance. Ils dévoilent un vrai talent graphique.

Ce dialogue entre les arts restera une obsession pour le poète. Mais adulte, il ne continuera plus d’illustrer ses recueils (hors quelques couvertures), sa passion de jeunesse pour le dessin sera un secret bien gardé toute sa vie. Mais il ne renoncera pas à sa passion pour les arts plastiques et collaborera avec des artistes contemporains pour illustrer ses poèmes dans ses livres d’artiste.

Le livre sur le site de l’éditeur

Le site de Claude LUEZIOR

RÉÉCRIRE LE MYTHE : LILITH, L’AMOUR d’UNE MAUDITE de NICOLE HARDOUIN / Une lecture de Sonia ELVIREANU

Sonia Elvireanu « MondesFrancophones.com
Sonia ELVIREANU

Écrit comme dans une transe, dans un langage de flammes volcaniques, lui-même un spectacle comme celui de la lave, Lilith, l’amour d’une maudite puise son inspiration au mythe de Lilith, la femme maudite, reprouvée, damnée, à l’origine de tout mal comme on voudrait bien le croire.

Nicole Hardouin refait l’image de la première femme, créée de la glaise, comme Adam, son être complémentaire. Cette Lilith qui traverse les siècles, entre légende et réalité, n’est pas fiction. Son nom est inscrit dans la Bible, dans le Livre d’Isaïe. Elle figure dans les anciens textes hébreux La Torah et le Talmud comme la première femme d’Adam, antérieure à Ève, à son antipode, rebelle, insoumise, l’égale de l’homme.  Elle trouble l’ordre établi par la divinité, quitte Adam qui se retrouve dans une cruelle solitude et réclame à Dieu sa partenaire. Le refus de Lilith de revenir vers lui entraîne la création d’Ève d’une côte d’Adam.

Elle sera punie, chassée du Paradis, assimilée depuis à la dépravation,  symbole de la féminité noire, diablesse de l’enfer, attachée à Satan, incarnation du mal. En psychanalyse, elle serait la partie ténébreuse, instinctuelle, de notre psyché, l’inconscient mystérieux et insondable. En astrologie, elle est associée à la lune noire.

Dans sa représentation du mythe, Nicole Hardouin fait référence à tous les symboles de la femme maudite, séductrice à faire brûler le mâle de passion, à le mener à la déraison.

Dès le début de ce recueil de proso-poèmes, la voix lyrique est celle de Lilith, à laquelle s’identifie la poète, revendiquant ainsi sa nature  rebelle, insoumise, séduisante, provocatrice, indépendante, libre de jouir, l’égale de  l’homme :

« Désirée, désirante, inconnue, reconnue, femme-salamandre qui attise, défie, obsède, émerveille.

Imaginée, respirée, envisagée dévisagée, déesse-mère, première-femme, n’étant pas née d’une côte, comme celle qui m’a succedé.

Je ne dois rien à Adam. »

Voilà le portrait de la ténébreuse Lilith, très dense, repris par la suite, image par image, dans les autres poèmes, dans un rythme syncopé, à souffle brûlant comme le feu des entrailles de la femme. Elle affirme donc sa totale liberté dans sa relation avec Adam, en même temps que son pouvoir, son règne sur l’homme de tous les temps, malgré sa mauvaise réputation. C’est comme une sorte de part manquante du mâle qu’il cherche pour assouvir ses instincts primaires.

Puis s’ensuit dans une architecture lyrique cohérente, habilement orchestrée, tel un spectacle, le récit de Lilith dès sa gestion dans l’avant-temps du chaos originaire, avec le cortège des maux que l’on lui attribue, même si ce n’est pas de sa faute.

La perspective sur le mythe n’est pas sans vouloir en faire un réquisitoire de Lilith. Et c’est ainsi que le récit de sa perversion tourne en accusation, devient combat de la femme qui se défend contre l’homme, responsable de tous les maux, l’un plus atroce que l’autre : guerres, exterminations, agressions, viols, perversités, exclusions, tortures etc. Elle n’a rien fait de tout cela, son seul mal était son désir de jouir des délices de l’amour sans brides, comme l’homme.  

On s’imagine à quel point les féministes du XX-e siècle se sont réjouies à trouver un tel archétype de femme pour revendiquer leur liberté, indépendance, sexualité.

Le récit de Lilith commence par la Genèse : l’avant-temps et les ténèbres matricielles, le magma où était enroulée la première femme à naître de la glaise : « Le magma ondule, s’échappe en langues voraces, délire dans la nasse de remous » ;  la « fragmentation de l’indivisible », le combat entre les ténèbres et la lumière, la séparation du feu de l’eau, le déchaînement des eaux primordiales, « ivres de cette liberté inconnue » ; la gestation et le mystère du surgissement : « Je suis tapie dans le souffle dont tout est issu » ; « Déesse triomphante à la féminité tellurique, j’emplis l’espace. Nue au milieu des roseaux. Libre dans les spasmes de l’eau, je porte la voix rebelle de tous les désirs inassouvis

Vient ensuite sa fuite, son exil, sa dépravation, le refus de revenir, son désenchantement, sa punition, le vide, autant de scènes d’un parcours existentiel sous le regard interrogatif de la femme qui revoit sa vie, connaît son secret, confesse de s’être vengé contre Ève, sa rivale, à l’aide du serpent.

Histoire d’amour maléfique, de délire passionnel, de vengeance, voilà le premier aspect du mythe réécrit par Nicole Hardouin dans une « prose néo-baroque » selon Claude Luezior, réputé écrivain et critique suisse.

La femme-sorcière, maudite, est vue au travers des vieux textes hébreux qui conservent ses traces: Kabbale, Livre de la Splendeur, Le Cantique des cantiques, Job, Isaïe. Lilith prend la voix de celle qui connaît l’évolution de l’humanité au fil du temps et s’en prend aux Pères de l’Église pour son gommage de la Bible et ce que l’on a fait d’elle, l’incarnation du mal.

La voix de la poète, inspirée par les sources reconnues, s’y fait entendre superposée à celle de Lilith, déesse régnant dans son univers, mais  refusant la procréation exigée par Adam. Elle s’enfuit, faisant de lui un « homme-dépossédé », car il a goûté de ses voluptés et ne les a pas oubliées.

Cette femme qui a cassé  les interdits, a joui des délires de la sensualité, de « l’amour comme les éclairs », est consciente de son pouvoir de vie et de mort sur l’homme, c’est sa vengeance: « J’habite l’équinoxe de leurs songes, la nacre de leur épanchements. Feu des chemins de traverse, j’incendie leur marée. // Ils implorent mes houles, gîte de la déraison. »

Cependant, désenchantée, elle reconnaît ce qui lui manque, l’amour qu’elle n’a jamais connu. C’est sa véritable punition, découverte après l’exclusion du Paradis.

Par Lilith mythique, la poète s’interroge sans cesse sur la condition de la femme, sur le mal dont on l’accuse et son devenir, mais aussi sur la dégradation du premier homme par ses successeurs au fil du temps. Elle met en balance son mal érotique, son désir de satisfaire ses délires, et tous les maux horribles de l’homme, descendant d’Adam, dans la lignée de Caïn : guerres, égorgements, tortures, perversités, exclusions, lapidations etc. Même si l’homme se redécouvre, il ne peut pas oublier Lilith, elle règne encore sur lui, provoquant ses instincts primaires, mais sa folie meurtrière n’est pas de sa faute.

La reprise du vieux mythe est pour Nicole Hardouin un moyen de s’interroger sur l’Histoire même de l’humanité avec ses tragédies et les relations homme-femme par le premier couple, antérieur à celui d’Adam et d’Ève,  revendiqué pour primordial. L’affranchissement de la femme des tabous a duré des siècles, son image d’égale d’Adam étant éradiquée des écritures.

Lilith, l’amour d’une maudite est un livre superbe, à lire à bout de souffle, à sentir le feu et l’orage du langage poétique, la beauté sauvage des images, sa tension, ses phrases éclatantes telles les flammes. Mais aussi à réfléchir à l’actualité du mythe.

Belle œuvre poétique ce livre de Nicole Hardouin, une orchestration habile d’images et de couleurs où rôdent les interrogations existentielles. Un « livre flamboyant » sous une «  plume de feu », comme le remarque si bien Alain Duault dans sa belle préface.

Sur la fine couverture du recueil, le tableau Magnétisme de Colette Klein, poète et peintre prestigieux, va à merveille avec la virtuosité poétique de Nicole Hardouin dans la représentation contemporaine du mythe de Lilith. Auteure, préfacier et peintre, voilà un triptyque artistique remarquable.   

Nicole Hardouin, Lilith, l’amour d’une maudite, Librairie Racine, Paris, 2020, 75 p., 15 euros.

Le livre sur le site des Editions Librairie-Galerie Racine

Le site de Nicole HARDOUIN

MON AMIE ADÈLE de SARAH PINBOROUGH (Préludes) / Une lecture de Nathalie DELHAYE

CHRONIQUES de NATHALIE DELHAYE – LES BELLES PHRASES
Nathalie DELHAYE

Une fin précipitée

Louise, jeune maman divorcée, rencontre un soir David, un homme charmant, avec qui elle échange un baiser, mais l’homme coupe court à cette soirée et s’enfuit. Quelle n’est pas la surprise de la jeune femme quand elle s’aperçoit que cet inconnu est en fait le nouveau patron qu’elle attendait au sein du cabinet médical où elle travaille.

Amazon.fr - Mon amie Adèle - Pinborough, Sarah - Livres

Cette histoire est menée tambour battant tout au long de ce roman, avec le regard de deux femmes, Louise, qui deviendra la maîtresse du beau David, et Adèle, l’épouse de ce dernier, parachutée par hasard dans la vie de Louise, et prenant une place de plus en plus importante dans la vie de la jeune maman.

Mêlant la manipulation, le suspense, la psychose et une dose de surnaturel, Sarah Pinborough enchaîne les événements. Louise est perdue dans ces relations, coupable de voler le mari d’Adèle, coupable de cacher à David sa relation avec sa femme. Elle essaie de garder le cap, menant comme elle peut sa vie professionnelle, s’occupant de son petit garçon, Adam, qui voit sa mère changer. C’est lors du départ en vacances de celui-ci chez son père que Louise va franchir toutes les limites, mener de front ses diverses activités et connaître des moments de grande solitude, certains phénomènes se produisent, et ses interrogations fusent quant au couple qu’elle fréquente… On comprend aisément que son esprit soit torturé, que sa situation n’est pas des plus aisées et qu’elle devrait prendre certaines décisions !

Sarah Pinborough (auteur de Mon amie Adèle) - Babelio
Sarah Pinborough

On cherche à comprendre, les non-dits sont légion dans cette histoire, il est vrai que l’auteure sait tenir en haleine le lecteur, pour une fin plutôt décevante. Le dénouement est surprenant, et la pincée de surnaturel reprend le dessus, ce qui est dommage, rendant cette histoire moins crédiible que ce que l’on aurait pu croire.

Sentiment mitigé donc, pourtant l’idée me plaisait et l’histoire n’était pas sans intérêt, mais la fin semble gâchée et aurait mérité une autre issue.

Le livre sur le site des Editions Préludes

Aussi disponible au Livre de poche