RIEN DE MOI, de Véronique JANZYK

images?q=tbn:ANd9GcQjwAjNHjJv5D8mKhZxDWWHSomqRX7xw7Q-bMifBubPlootTSWiAprès, je sais que je ne pense qu’à ça. Et que ça est tellement fort que toutes mes pensées et mes actes simultanément se catalysent sur autre chose. C’est une coexistence parfaite. Une superposition où l’un n’efface pas l’autre. Le premier a permis au second d’advenir. Le problème survient quand le premier perd de sa force. Il entraîne à sa suite, vers l’effacement, tout ce qui découle de lui. Je dois recommencer, un cran plus fort. Ça a commencé par une chaîne de vélo. Et un chien. Il a fallu la conjonction des deux. J’ai beau expliquer au gamin d’y aller mollo avec les vitesses, il n’anticipe pas l’effort à venir. Et pour mouliner, ça oui il se retrouve à mouliner. Il est tombé quelquefois. J’étais seul dans la cour de l’immeuble accroupi aux pieds de la bécane quand il s’est approché. Curieux de ma présence, de mes gestes. Confiant. J’ai tendu la main. Il a cru à une caresse future. J’ai fermé le poing et j’ai frappé. Ça m’est venu ainsi. Je suis resté le bras ballant, à côté de la mécanique tout aussi relâchée. Tout s’est ensuite passé assez vite. J’ai encastré la chaîne dans le dérailleur, actionné les pédales de la main. Marthe a passé la tête par la fenêtre. Elle a lancé l’infinitif du soir, « mangeerrr », son sourire habituel aux lèvres. A la réponse habituelle de mon corps, j’ai ajouté un petit signe qu’elle n’a pas pu voir, happée par l’appartement. A table, j’ai réexpliqué le principe de la chaîne à Paul, patiemment. Nous avons décidé de descendre faire une simulation une fois le repas terminé. « Quoi de neuf au boulot ? » j’ai demandé à Marthe. Elle embraie aussitôt Marthe. Elle évolue dans un réservoir inépuisable d’anecdotes on dirait. On est descendu avec Paul. Sans mal, il a remis le vélo en selle. Mes explications avaient sans doute été plus claires, ou mes gestes plus assurés. La nuit est descendue sur la cour. Là-haut, des fenêtres se sont éclairées dont la nôtre. La cour m’est apparue bien vide. J’ai pensé au chien. Je me suis demandé s’il avait retrouvé sa démarche confiante. Combien de temps il a pu se souvenir de mon geste. L’avait-il déjà oublié alors que moi je le voyais encore se dirigeant vers la sortie. Encore maintenant j’y pensais au chien. Les enfants et Marthe couchés, j’ai traîné devant la télé. Dimanche soir est un moment définitivement particulier. Un sentiment de fin et la promesse d’un recommencement auquel je ne m’habitue pas. Le dimanche, les possibilités déclinent c’est un fait, mais on précipite soi-même la fin en renonçant à la promenade, au livre, au bricolage, à l’amour l’après-midi. On mise sur le week-end prochain. On est pétri de déréliction et de projets. Lundi, je me suis levé en grande forme, comme si j’avais dormi un tour d’horloge. La faim au ventre, j’ai préparé des pancakes. J’ai pris le temps. Il était cinq heures trente quand j’ai quitté l’appartement parfumé, et j’avais l’impression d’avoir déjà vécu. Une vie de farine, de sucre, de lait, d’œufs, de blancs en neige. J’ai laissé un mot « à ce soir », peut-être parce que justement ça n’allait pas de soi de rentrer le soir. Que rien ne va de soi. Qu’un jour on peut décocher un coup de poing à une bête qui va comme ça. Tout est possible. Les possibilités de nos vies nous guettent. Je ne sais si c’est menace ou libération. Cette radio, je pourrais ne pas l’allumer. Mais je mets le son. Comme chaque matin. Sauf que ce matin j’ai l’impression de n’en rien savoir de l’actualité, de n’avoir rien suivi de ce qui se trame sur la surface du globe. Ce matin m’explose ce que je pressens, ce que je combats à coup de journaux, de visites sur le net, de lectures diverses : je ne sais rien. Ni sur l’Irak, ni sur Israël ni sur rien. Rien ni personne. Rien sur moi. A la station essence, j’ai été tenté, ça ne m’était plus arrivé depuis longtemps, d’allumer des voix. J’écoute les voix comme des oracles. J’ai entendu overdose et pénurie. Ça n’augurait rien de bon. Le soir, au moment où je traversais la cour, j’ai aperçu deux hommes sur la plateforme de l’immeuble. Drôle de moment pour faire une inspection. Une urgence peut-être. Rien de suspect dans leur attitude. Ils parlaient haut. L’un d’eux a ramassé une balle de tennis. Que faisait-elle là ? Qui avait pu la lancer si haut ? L’homme a lancé la balle vers moi. Je ne l’ai pas saisie. De si haut, j’aurais pu me blesser. J’ai tourné les talons. J’ai quitté la cour. Elle était là devant moi. Ses petits talons faisaient un bruit particulier sur les pavés. Elle a essayé d’accélérer. Pas facile ainsi chaussée. Sa cheville a flanché. Je l’ai rattrapée sans mal.

 

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2da04596-96ee-11e3-b064-b3bba553e1d5_original.jpg.h380.jpgVéronique JANZYK est chargée de communication pour la Province de Hainaut. Elle est aussi journaliste indépendante. Elle a publié plusieurs livres à ce jour : Auto (éditions La Chambre d’Échos, France), La Maison (au Fram, Belgique) ainsi qu’un recueil de textes, Cardiofight, intégré dans Trois poètes belges, avec Antoine Wauters et Serge Delaive aux éditions du Murmure, en France. Elle est aussi l’auteur de Les fées penchées et de On est encore aujourd’hui, paru en numérique chez ONLIT Éditions (2013).

LIENS UTILES (copier/coller les liens)

Véronique Janzyk sur ONLIT Editions :

http://www.onlit.net/collections/veronique-janzyk

Le lit, un texte de Véronique Janzyk

http://www.onlit.net/blogs/revue/13989257-veronique-janzyk-le-lit

Véronique Janzyk interviewée par Jacques Dedecker dans l’émission Mille-Feuilles:

http://video.lesoir.be/video/x13p2or

Les fées penchéesla lecture de Denis Billamboz sur Benzine.mag

http://www.benzinemag.net/2014/02/27/les-fees-penchees-veronique-janzyk/

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Un poète

AVT_Thierry-Ries_286.pjpegpar Thierry RIES

 

Quelques jours de congé de fin d’année à Ciney,  dans l’appartement que nous prête une amie.  Eveillé spontanément à quatre heures du matin, l’heure que je préfère, propice à soi. Je parcours sa bibliothèque,  tombe sur le dernier livre d’un poète qui a compté pour moi. Une surprise, presque un choc, un souvenir en demi-teinte. Je repense à lui, perplexe…

Après s’être hissé sur la nationale des élus, ce poète a fini par oublier, bousculer au fossé les efflorescences en pousse. Omises, ses ruelles d’enfance aux pavés disjoints, ses ivresses anciennes d’humilité, interrogeant la voûte étoilée. A présent, c’est lui l’étoile. Le talent et la reconnaissance, comme de longues cloisons miroitées, ont comprimé bien des acquiescements, des rencontres, des regards à consentir. A trop se frotter aux seuils tranchants, l’ombilic a implosé.

Me voici dans ce présent d’il y a sept années…

Si l’on insiste pour lui parler, il renvoie à sa secrétaire d’épouse. Il se retire de tous  pour mieux nous revenir, même de son épouse. La chair s’oublie, qui n’est pas sienne. Que voulez-vous, la gloire donne des tournis, on ne peut plus laisser le temps au temps, ni surtout la place à tous ces écrivaillons quémandeurs, qui plus est venant d’une piètre maison. L’essence de la célébrité mènerait-elle fatalement à cela ?

Le poète n’ose pas s’avouer qu’il craint comme la peste de se pencher  sur des pages qu’il considère d’emblée comme mièvres, sans les avoir lues. A se tremper dans la fange, on risquerait gros. La petite flamme de grâce qui l’anime pour le moment, et reconnue de tous pourrait vaciller, s’étouffer dans la masse des sous-fifres qui se pressent dans les salons.

Mon poète se demande ce qu’ils font ici, ces plumitifs frileux. Il s’hydrate au divin élixir de l’épure. Il fond sur l’essentiel, comme un maître aime à marquer ses élèves au fer rouge et au point d’exclamation.   Ses livrées sont si longues, ses pantalons si courts, il ne peut se mouiller. Peut-être a-t-il grandi trop vite, peut-être aussi a-t-il gravi trop vite, là-haut ?     Si haut qu’il s’agit de ne pas tomber en manque d’airs. Pas de partage, le ciel est trop étroit, et l’inspiration si capricieuse.

 Je parcours son dernier opus, loin de chez moi, l’esprit en vagabondage. Ce qu’il écrit bien, mon poète! Son souffle me semble pourtant un peu retombé, ou est-ce moi qui ai évolué vers d’autres écritures ? 

Mais voilà que l’expérience passée resurgit. Je me rappelle tout-à-coup cette amie bibliothécaire, passionnée, qui me disait qu’il vaut mieux parfois ne connaître que l’œuvre, plutôt que celui ou celle qui l’a écrite ; et de me citer des noms, des anecdotes, lors de présentation d’auteurs. Lui daignerait éventuellement descendre à la province, d’où il était originaire, que si on avait pu lui garantir quarante personnes.

Mon poète n’a pas répondu aux lettres ni aux invitations de la bibliothèque provinciale, trop éloignée de son centre, trop éloignée des fastes parisiennes. Je n’ai pu l’approcher que trois fois, lors de soirées de rencontres à la capitale. A la première, seul, souriant, naïf, je suis allé vers lui. Il me toisa d’un regard silencieux, visiblement étonné que j’ose lui adresser la parole d’emblée. Il grommela un plus tard à ma demande d’une minute d’entrevue immédiate, et s’en alla tout sourire vers un des responsables de la soirée. La seconde fois, toujours lors d’un salon des poètes, un ami écrivain réputé me présenta à lui, il me dit, mais je vous connais, non ? J’abondai dans son sens négatif, et le laissait parler avec C.

Je suis enfant de Cadou, sans doute me suis-je trop abreuvé de la grande fraternité poétique. Désillusion d’une utopie, la parole de Cadou est trahie !

 

Sept ans déjà. On reconnaissait son pas, il s’étonnait parfois lui-même en secret de son assurance…

 Comme il fait école, il ne peut se permettre le risque de la nuance. Sa parole est l’exclusivité de l’année, noire ou blanche sur son Steinway & Sons, il doit encenser ou condamner de son chant wagnérien. S’abreuvant à l’esthétique de la censure, du resserrement, du tout-à-ses-goûts. À la rigueur, rapidement attentif sur des noms propres sur eux, mais alors ceux en accord inconditionnel avec chacun de ses gestes, de ses étals. S’enivrant encore du chant des fées penchées sur son sort.

Je le regarde et je pense que serais-je moi, à sa place ? Aurais-je moi aussi surfé sur la vague, avec Narcisse ressorti de l’eau pour batelier, et me retournant, pour pisser dans l’eau ? Et je ris à l’intérieur, repensant au bon mot de Chavée, il est contre-indiqué d’uriner contre le vent. La vogue est comme la vague, elle retombe toujours trop vite. L’âge venant, on finit par pisser moins loin. Et s’y l’on s’y risque encore, ce n’est qu’une fois seul au bercail, que l’on se rend compte que le vernis de ses chaussures, cirées par les autres, s’est teinté de jaune.

Mon poète du moment a tant donné ses grâces à la blancheur de la page qu’il en oublie celle si pure de sa femme endormie. Il est si entouré de lauriers qu’il ne perçoit plus l’éclatante jeunesse des pâquerettes, la saveur  prometteuse de  la rosée qui s’écrit. Ignore-t-il que le flambeau vieillit, qu’il devra passer la main ?

 

Ses sentences sont aussi carrées que son écran d’ordinateur. Il s’écrie sur les réseaux la poésie se dilue, il y a trop de poètes, distinguons poésie et  potée. Le peuple a ses maisons, qu’il y reste ! Il en oublie qu’il doit beaucoup, même indirectement, à Destrée, le fondateur de l’académie, d’où mon poète tira sa gloire. C’est vrai qu’une quantité immensurable de livres sort, Monsieur, mais peut-on empêcher le peuple, comme vous l’appelez, de se dire, voire de se publier ?

La dernière fois que je l’ai rencontré, c’était il y a trois années, à un salon organisé sur la proposition de mon éditeur, au pays du très admiré Verhaeren. Une amie romancière l’avait invité. Ce jour-là, j’eus droit à son bonjour, simple et distant. Je me demandais s’il s’était assoupli au fil des ans. Je fus rapidement fixé.

Un jeune chanteur que je connaissais m’avait proposé d’agrémenter  le salon de quelques chansons françaises. Je le vis faire la grimace. A la fin, il s’exclama mais enfin, n’y a-t-il personne pour apprendre ce jeune garçon à chanter juste ? Son père, qui suivait la carrière débutante de son chanteur de fils, était juste derrière. J’eus peur du pire, il ne se produisit pas vraiment, le père visiblement outré se contenta de le regarder, se mit devant lui, et applaudit de plus belle. 

Fort occupé par le salon, je ne pus que l’observer de manière sporadique, lorsqu’il se déplaçait. Son sourire était pronom du grade, œilleton, cible, élite. Pour la masse, un bon tir groupé, qu’il fusille du regard….

Je me surprends à discourir seul avec moi-même, ici dans la calme douceur voluptueuse de Ciney. Avec le recul, je me dis qu’en effet, il a dû compter pour moi. Mais à aucun moment, ne regrette ses écrits,  substrat cardiaque d’une période en jachère La petite ville dort profondément.  Sans doute suis-je le seul, ici à divaguer, juger ? Sais-je seulement les fêlures de mon poète ?  Voire les miennes ?

 Comme lui, j’ai trompé le premier accord toltèque. Mais tous les poètes ont-ils toujours une parole impeccable ?

Un poète a égratigné mon seuil de tolérance, il m’oblige à me revoir à la baisse, une chance. Ma mémoire n’éclaire que mes nuits, mon bureau est exigu, il me faudrait réviser l’ouverture de mes fenêtres.    

Tout passe. Je vais quitter cette danse insomniaque. Pour la toute première fois, j’assiste au lever du dernier jour de l’an de grâce 2013, comme une grande aventure distanciée, qui arrive en bout de page, en bout de rêve. 

Ici, au cœur du Condroz, de larges franges de clartés auréolées se risquent timidement sous le scapulaire monastique des ténèbres. Elles vaincront bientôt, d’une victoire en pleine lumière.  Le divin du quotidien.

Je quitte le séjour pour la chambre. C’est fou cette ville, devant, l’alignement des maisons et des voitures, dans la rue qui monte vers la place, et derrière, la campagne condruzienne, avec son coteau, sa grange de grès gris-bleu, ses épicéas, et des rails qui disparaissent dans le corsage échancré, vers la porte des Ardennes.

Plus près, des peupliers agités par une légère bise me font signe de leur balancier hypnotisant, dans l’essai nouveau d’une pensée décompensée, allégée.

Entre fenêtre et lit, retourné, à deux pas du ravissement, je contemple la beauté pure de ma compagne endormie. Je ne pourrais être mieux, nulle part ailleurs.

 

Le jour se lève, je me couche enfin.

 

FOLLE IDOLE (à propos de l’expo Warhol à Mons), par Thierry RIES

Elle s’est abattue sur la cité.  S’exhibe, placarde ses stars et starlettes , cingle ses rouges, pétarade son cocktail relevé de mauves et d’ oranges. 

Fleurs et fruits sur les faces automnales de la petite cité en chantier. Terre promise d’une langueur à suçoter.

Voici la déferlante que l’on attendait. Passionnément. A la folie. Qui oserait dire  pas du tout, se dresser contre l’aliénation collective?

 

Folle idole. War-Oil.


Nous observons les files qui battent le tarmac, un peu navré d’être noir. Comme nous il rêverait volontiers d’un lifting fluo. Après tout, pourquoi ne serait-il pas fou, lui aussi? Tout repeindre, racler l’ancien continent, le goudron qui colle à nos plumes.

L’on s’amasse. Ça ruisselle, ça inonde. La pente glisse de jeunisme. Un dieu s’impose, nouveau comme une évidence.

 Renouant avec leurs fiévreux avants, les provinciaux  replongent nostalgiques dans une époque aux promesses criardes. Jeunesse déchirée comme deux Vietnam défoliés, dans une course au pétrole raréfié, ne soufflant ici que par les dimanches sans voitures.

Serait-ce l’oubli momentané de l’Europe nouvelle? Une promesse en chasse une autre. 

On se hisse dans la cour du temple. Le spectacle est à la mesure de ma curiosité. Derrière, la foule nous pousse. Fébrile. Quelle jouvence!

Nous sommes dans le tout cytise, sautant aux nues sur des grappes ayant contracté la jaunisse, et autres psoriasis trop colorisés.

 

 Folle idole. War-Oil.

 

Elle peut encore provoquer, elle redescend les combles des septante glorieuses, pour une rééducation de l’oeil en passe d’être terni.

Du neuf, si neuf que l’art post-nouveau ne pourra plus que persuader. Récupérer.  Techniciser.

Que ne ferait-on pour devenir?

 

Au temple blanc, nous n’osons dire mot, à peine penser autrement, étonnés de la psychose collective. Rires en catimini. Il est de bon ton d’adorer l’étoile ressuscitée.

Quelque part sur le vieux continent, une génération a rejoint ses flowers powers, nouvelles fleurs de Back aux rires de mondanités d’un temps à rebours.

l’élixir est si bigarré, qu’il parviendrait presque à masquer à l’équipe jouant à quinze, ses vareuses provinciales, égarées dans la mêlée des grandes gloires.


L’artiste avait finalement vu juste, l’on n’a pu arrêter les fac similés,  la pandémie d’une armée de macro-processeurs répliqués en masses irrattrapables  par le grand télécopieur du nouveau millénaire. L’idole avait perçu les vents favorables, elle s’en est repue à  grands coups de tirages. La mort elle-même ne pourrait étrangler tout ce bleu pétant, renvoyant aux cieux d’augustes augures, chavirant dans l’ivresse du nombril la panacée organisée.

 

Folle idole. War oil.

 

Du veau d’or au vaudou,  tous vautrés. 

Nos boussoles affolées, extases argentiques, nostalgiques de lointains deltas. 

Et voici que nous gravissons à nouveau la montagne blanche,  BAMacool, vers  les évangiles de la septième décennie. Et l’oubli de nos arthrites laissées aux porte-manteaux contre quelques ivresses de plus.


On est prêt à toute débauche des sens, unifiés.
Pourvu que l’on puisse glisser dans le bain des foules, sur le pont reliant aujourd’hui à hier, dans un délire insouciant de facilités.

No sorry, So easy.


L’idole s’expose à bien des bouches bées.

Des dieux sont tombés sur la tête. Ils ont atterri, mortels immortels, cognitifs, systémiques, pavloviens.
Dans un Contre la montre hyper tendance. Contre quatre décennies du Verseau. Contre un continent outre, un contingent ivre d’airs conditionnés.

 

 Folle idole.  War-Oil.

Dans une autre salle, les vidéos s’auto congratulent; nous assistons amusés au ballet composé. Teintes atrophiées, narcisses voguant sur leurs côtes flottantes.

Un art prédigéré  aux chairs préemballées. « Subliminés « , conditionnés, entre tics et tocs, se serrant en file indienne comme les immigrants du temps d’Ellis island, les visiteurs me semblent des filets d’américain préparé. Et je ris seul, participant à la divaguation globale.

Je sors  en sueurs, retombé contre mon enfance,  je revois les écrans de feu ma folle fool, mon illusionniste Amérique.

L’on ne peut que quitter, les yeux débordent. La foule retrouve les pierres grises de la ville, autrefois griseries, maintenant grises mines.

 

War-oil. Folle idole

 

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http://www.bam.mons.be/events/andy-warhol-life-death-and-beauty 

Thierry RIES sur Arts & Lettres

http://artsrtlettres.ning.com/profile/ThierryRies

Avant la neige + Le Noël de Mamie, par Denis Billamboz

Avant la neige

 

Le grand magicien amant de dame nature étend les branches de ses arbres, suspend le souffle de sa respiration ; le ciel se fait câlin, vêtu  d’un gris chic comme un costume dont on se pare pour courtiser sa belle ; l’atmosphère s’est épaissie d’une brise de ouate qui caresse la plaine, le temps suspend  son cours, l’instant est magique même les flocons n’osent pas encore tomber pour ne pas rompre ce moment  féerique.

Les enfants taisent leur impatience

Ils ont bien compris

Qu’elle viendra toute en douceur

 

la neige de Noël !


 

 

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Le Noël de Mamie

 

Des yeux qui brillent

Des sourires qui pétillent

Des rires qui s’égosillent

Des doigts fébriles

 

Du papier qu’on déchire

Des jouets qu’on admire

Des livres qu’on va lire

Des gourmandises à vomir

 

Un sapin qui poudroie

Des boules qui miroitent

Des guirlandes qui chatoient

Des bûches qui flamboient

 

La fête est belle

Mamie est au ciel

C’est son Noël à elle

 

Sa magie de Noël

 

D.B.

NOVEMBRE, un texte de Thierry RIES

 

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Il avait bien fallu pénétrer bien des routes sinueuses, des villages d’entre-deux pays goinfrés de brouillard.
Parmi ses brumes décousues, folâtrant sur une nuée de dentelles, un amas de visages très anciens, miraculés, juste un peu plus denses que ces nappes errantes. Çà et là, au seul étage de quelques logis disséminés, une lumière de terroir attestait de vies recluses, que je ressentais vibrantes d’un silence, un seul mais si grand, si habité.

Novembre se distillait, humidifiait toute pensée conductrice, électrifiait notre voiture, rouillait ses rebords d’ultimes rousseurs, indécent et splendide.
Ses mares évitées, ses saules têtards, ses fermes au bout des terres, ses rares abbayes noyées, lâchaient comme un appel mystique à notre passage, émiettaient entre fumerolles et scintillement d’un givre impatient de nuit, l’une ou l’autre présence de nos pairs en allés. On y parlait de la mort en de vagues termes, parfois rassurants.

Puis, il avait bien fallu aussi que la soie graveleuse de l’autoroute vint à nous. Hélas, peut-être.

Elle, sa silhouette d’elfe contre le sombre des feuillus, presque mis à nu déjà.
Sans un mot, nous avions roulé, pris d’une magie qui ne se disait pas.

Savait-elle que je lui écrivais ces vers entre chaque bande discontinue, sur ce bitume dérivant, sur les mutismes de son profil, à la lueur des phares violant le haut du soir, dénonçant les esprits, dansant avec tous les morts de ce jour finissant?

La vitesse du véhicule nous soufflait un air lointainement connu, rognait la course du temps; c’était si bon !

Songeait-elle au long hiver que nous voulions traverser main dans la main?

Et que faisait ce camion sorti de brumes?


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Thierry RIES sur Arts & Lettres:

http://artsrtlettres.ning.com/profile/ThierryRies