ET SI TOUT ÉTAIT POSSIBLE ENCORE… de MARCELLE PÂQUES / Une lecture de Paul GUIOT

SOCIÉTÉ | Hydrotec
Paul GUIOT

Marcelle Pâques nous revient il était une fois avec un petit recueil comportant douze petites histoires en prose qui, m’écrit-elle, ne se prennent pas au sérieux et pour cause puisque leur auteure non plus… et grand bien nous farce ! J’ai trouvé ces novelettes attendrissantes et drôles. Elles commencent toutes par un incipit qui n’a rien d’insipide, comme celui-ci qui résume bien la philosophie de l’auteure :

Vivre, ce n’est pas sérieux, ce n’est pas grave
C’est presqu’une aventure
C’est presqu’un jeu
Il faut fuir la gravité des imbéciles
(Charles Bukowski)

Touché je fus par cette maison qui joue des tours étonnants aux différents propriétaires qui l’ont traversée le temps d’une vie.

Touché je fus par ce chien bavard, une brave bête dont le seul défaut est de taille puisqu’il est… sa taille. Eh oui, il ne fait plus bon être un gros toutou quand on voit la clique des clebs miniaturisés qui arpentent les trottoirs. Et c’est à cause de ses mensurations que ce chien finit dans un chenil où il risque de perdre la vie… jusqu’à ce que tout soit possible encore.

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Quant à la nouvelle La tarte au riz, le curé et les corses, elle vaut le détour rien que pour son titre hilarant.

Alors non, je ne vous parlerai pas de ce couple immoral qui décide, à la dernière minute, de ne pas participer à une virée entre amis, sans prévenir, simplement pour le plaisir de rester à la maison et de faire une sieste crapuleuse… Non, n’insistez pas…

Le merle moqueur quant à lui évoque avec une belle justesse la problématique de nos modes alimentaires. Marcelle trouve une réponse judicieuse à la question : peut-on encore manger de la viande et se regarder dans la glace ? Et ceci en à peine cinq petites pages… chapeau !

Vous l’aurez compris ; je vous conseille vivement ce recueil décomplexé, attachant, écrit par une auteure espiègle au style sobre, au mode de vie très nature et dont l’indécrottable optimisme déteindra inévitablement sur son lecteur.

Pâques Marcelle (@PquesM) | Twitter
Marcelle Pâques

Le livre sur le site de l’éditeur

 

 

SILENCE SAUDADE de BARBARA BIGOT-FRIEDEN (Le Chat polaire) / Une lecture de Paul GUIOT

LOUVAIN BRISÉ de PAUL G. DULIEU (Editions Traverse) / Une lecture de Paul GUIOT
Paul GUIOT

La jeune poétesse bretonne nous arrive des confins d’un pays voisin de la Mélancolie. Pour venir jusqu’à nous, elle aura emprunté des voix non balisées et les vaisseaux du cœur – ces vaisseaux qui n’ont rien de bateau.

La saudade, ce sentiment de tristesse, cet état mélancolique, cette souffrance provoquée par l’absence d’une terre ou d’un être aimé, emmène la poétesse dans un voyage au long cours tant sur les pentes du corps humain que sur celles du corps du texte.

Le poème d’ouverture annonce la douleur :

je me tiens
à l’embrasure
de tes paupières
nos linéaments
se croisent
sans s’affleurer
l’aube trempe
dans sa robe
trémière
les morceaux
de saudade
que tu m’as
laissés

Du corps, de ses secrets et de ses secrétions, il sera fait état tout au long du voyage : doigts, ventre, bras, vertèbres, hanches, glotte, salive, chevilles, nuque, bouche, cheveux, paupières, trachée, sourcils, gorge, tête, épine dorsale, fémorale, cœur, myocarde… sont autant d’organes, de membres, de canaux évoqués à fleur de peau.

Les visions s’entrechoquent, nombreuses, sûres-réelles, avec un naturel désarmant, celui qui donne à penser que le texte a coulé d’une source limpide, celui qui, bien sûr, cache le labeur derrière son dénuement.

j’ai poli mes yeux
aux angles ronds
des pierres ponces

couvert mes mains
ma tête mon front
du linon blanc
des tiens

tu as brisé
l’aubier de l’air

des cailloux bleus
sont apparus

Au bord des parchemins parcourus, la poétesse a rempli sa besace de mots-pépites rarement ouïs, tels phosphène, ablué, tessure, évasure, esquille, linon…

Mais la souffrance, la saudade ne se font jamais oublier. Bientôt la tête brûlée éclate avant de rouler dans « l’eau céans » et « On se frappe le cœur/cocard/effraction/du myocarde ».

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Barbara Bigot-Frieden

Silence Saudade est un cri structuré en vers tantôt libres, tantôt rythmés comme la samba. Quelques poèmes m’ont confié vouloir être chantés dès leur première lecture.

nous passons
du tout au rien
et rien du tout
c’est plus ou moins

un toit sans moi
un certain nous
qui se dissout
et qui décroit

on s’est dit tout
du moins je crois
maintenant c’est loin
le jeu échoue

faut-il un plus
ou presque rien
pour qu’on renoue
joue contre main

car tout ou rien
c’est pire que tout ;
liens incertains
et contrecoup

Barbara saupoudre ses poèmes de rimes, de répétitions sonores. Ses textes se lisent tout bas mais ils appellent aussi la lecture à voix haute ou au chant. Plaisir des contrastes d’une écriture décontractée malgré la beauté d’une tristesse lancinante, l’absence de l’autre qui revient sans cesse aiguillonner le « je » du texte.

Soulignons enfin le magnifique travail d’illustration d’Héloïse Schreer. Rarement un recueil de poèmes m’aura semblé être si bien équilibré et mis en page : le choix des couleurs, l’enchevêtrement des poèmes et des dessins tombent sous les yeux comme une évidence Saudade.

Le recueil sur le site de l’éditeur 

 

PROTECTION RAPPROCHÉE de LORENZO CECCHI (Cactus Inébranlable) / Une lecture de Paul GUIOT

 

LOUVAIN BRISÉ de PAUL G. DULIEU (Editions Traverse) / Une lecture de Paul GUIOT
Paul GUIOT

Le dernier recueil de Lorenzo Cecchi comporte 14 nouvelles qui mettent en scène des personnages d’une banalité toute particulière, d’une normalité unique, des personnes simples, sans grande ambition. L’auteur prend ces êtres vivants tels qu’ils sont : quelques-uns héros d’une minute – parfois moins -, plus sûrement anti-héros de toute une vie… une vie qui vaut ce qu’elle vaut.

Les nouvelles se suivent comme autant de faits divers a priori indignes d’une première page. L’auteur observe des tranches de vie, les approche, les dissèque à la plume-loupe-scalpel pour les rendre, sinon exceptionnelles, à tout le moins dignes d’intérêt.

Il égratigne au passage le système économique, le monde du commerce qu’il a bien connu. Si la vie ne fait pas de cadeau, comme le chantait Brel, le monde des affaires en fait encore moins.

Pour vous faire une idée du travail d’écriture, voici un extrait de la nouvelle « Dirty Dancing », qui décrit en cinq pages un drame sentimental qui a fait basculer toute une vie :

« Leurs pieds glissaient sur le sol. Le plaisir intérieur qu’ils éprouvaient à tournoyer, à gesticuler, ne s’exprimait pas sur leurs visages. En adolescents arrogants, ils s’affichaient impassibles, maîtres d’eux-mêmes, éternels. Ils dansaient avec sérieux, comme si, pour se préserver, pour demeurer l’endroit spécial qu’elle ambitionnait d’être et que tous au demeurant lui reconnaissaient, la piste leur interdisait tout relâchement, toute attitude qui eût pu les laisser voir comme vulgaires, étrangers donc à l’élite que son blond parquet pouvait seul souffrir. » 

Une des dernières nouvelles du recueil, « La veille du jour où tu es né », est comme une perle de plastic rare : l’histoire de cet homme, appelé à la rescousse, en pleine nuit, par la femme de son ami alcoolique, et ce alors que sa compagne est sur le point d’accoucher, m’a remué les tripes.

Lorenzo Cecchi n’en n’est pas à son coup d’essai. Il poursuit avec opiniâtreté dans la ligne de « Blues Social Blues ». Son écriture est rodée à l’exercice et fait mouche à chaque salve. Aucune nouvelle ne laisse indemne tant ses personnages que le lecteur. Comment résister à plonger dans la sauce qu’il nous sert ? Et comment faire pour ne pas penser qu’on en reprendrait bien un peu, tant ses histoires sont prenantes et le livre vite englouti.

Pour commander le livre sur le site de l’éditeur

LOUVAIN BRISÉ de PAUL G. DULIEU (Editions Traverse) / Une lecture de Paul GUIOT

JE VAIS, À LA MESURE DU CIEL de SOPHIE BRASSART (Éd. du Cygne) / Une lecture de Paul GUIOT
Paul GUIOT

Nous sommes en 1968. En parallèle du célèbre mois de mai vécu en France, se joue en Belgique un événement politique majeur. Sur fond de brûlot communautaire belge, l’Université Catholique de Louvain vit les derniers jours d’une aventure qui aura duré cinq siècles. Le schisme signera la fin du « Collège des Trois Langues » initié par Erasme. La séparation de l’Université est une étape significative dans le processus du séparatisme qui n’aura cessé de s’accentuer dans les décennies qui ont suivi l’événement, pour arriver à la situation que nous connaissons aujourd’hui, celle d’une Belgique éclatée en régions, d’un Etat central sclérosé, géré de plus en plus souvent en affaires courantes par des gouvernements rendus incapables d’envisager un projet fédérateur.

"Louvain brisé" de Paul G. Dulieu. Roman, nouveauté!

L’auteur nous fait suivre, dans les ruelles, les bibliothèques, les amphithéâtres, les cafés de la ville, un groupe d’étudiants qui vivent sous le même toit, au-dessus d’un salon de coiffure tenu par un flamand marié à une russe blanche. Tout ce petit monde échange ses idées sur le monde comme il va, sur l’art, la politique, la philosophie, la linguistique. Ces personnages singuliers et attachants prennent vie sous la plume de l’auteur. Ils lui permettent de confronter les courants intellectuels qui traversent l’époque. Aucune tendance n’est épargnée : les idées de gauche se frottent aux visées du Grand Capital ; les réflexions sur l’asile des réfugiés politiques et économiques sont analysées en détail et par l’exemple ; les théories Lacaniennes sont tournées en dérision face aux nécessités de la vie et aux souffrances humaines ; les velléités d’amour libre sont mises à mal par la jalousie qui ne répond à aucune logique ; l’« Action Painting » et le « Living Theater » donnent le ton de la vie culturelle. Au fil du livre, c’est toute une époque perturbée mais passionnante qui reprend vie.

Lui-même étudiant en sociologie et en linguistique à la fin des années 1960, Paul Dulieu a vécu tous ces événements. Sa mémoire est vive ; elle lui donne à relater des frasques estudiantines, des anecdotes réelles – aussi savoureuses qu’hilarantes. L’auteur remet sur l’estrade des amphis quelques professeurs hors du commun. Il raconte également, avec une précision digne de l’historien, l’entreprise aberrante qu’a représenté la séparation des différentes bibliothèques des Facultés. La moitié des livres devait rester aux flamands, l’autre moitié partirait en terre romane, à Louvain-la-Neuve, une ville érigée en deux temps trois mouvements dans les terres agricoles du Brabant Wallon, à quelques kilomètres de Leuven.

Le livre est aussi traversé par l’amour qui se lie entre des êtres de culture différente : un étudiant belge tombe sous le charme d’une jeune brésilienne ; le coiffeur flamand a épousé une russe blanche ; une jolie rousse de Saint-Léger tombe amoureuse d’un Tchécoslovaque… L’auteur rêverait-il d’un grand brassage interculturel qui réglerait son compte au racisme en effaçant les singularités culturelles qui séparent les humains depuis la nuit des temps primitifs ?

Amoureux du français, le linguiste qu’est Paul Dulieu pratique une langue libérée. Cet homme écrit comme il respire. Parfois emportée, sa prose est aussi fleurie, riche de mots rares et de tournures osées. Ses envolées n’ont d’égale que son refus obstiné des valeurs véhiculées par le Grand Capital et du « tout au paraître », deux thèmes qui traversent tous les textes de l’auteur.

Avec « Louvain brisé », Paul Dulieu nous offre une œuvre forte. Son roman protéiforme dépasse le cadre la séparation de l’université pour livrer au lecteur une vision à 360° du monde tel qu’il était à la fin des années 60.

Le livre sur le site des Editions Traverse

DANS L’ARC D’UN REGARD DE CARYATIDE de CARMEN PENNARUN (L’amuse Loutre) / Une lecture de Paul GUIOT

JE VAIS, À LA MESURE DU CIEL de SOPHIE BRASSART (Éd. du Cygne) / Une lecture de Paul GUIOT
Paul GUIOT

Poèmes de Carmen et photographies de Gilles Pennarun.

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Ce livre ébranle une position que j’ai tendance à partager et selon laquelle l’inspiration ne serait qu’une chimère, tant le premier mot qui me vient à l’esprit quand je lis les poèmes de Carmen est « inspirée ».

L’inspire

suspend la vie aux courbes
de l’espace
jusqu’à ce qu’expire
s’accomplisse
en cliché entrevu
au froissement léger
d’un tournant de l’esprit

Inspirée, sa poésie l’est dans un double sens puisqu’elle puise sa source dans l’œuvre photographique de Francesca Woodman. Cette artiste, aussi douée qu’écorchée, mit fin à ses jours alors qu’elle n’avait que 22 ans, nous laissant une œuvre sombre, étonnante par le fait qu’elle arrivait comme qui dirait à photographier les fantômes qui la hantaient.

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Autoportrait de Francesca Woodman

 

Sa nature était celle des pierres
dont on bâtit les cathédrales
elle avait de la lumière
saisi tous les miracles
sans vitrail, sans voûte

Seuls les arcs-boutants
de son regard clair
lui permirent d’ériger
une nef d’images
où l’immatériel de la présence
se laissait écrire par la lumière
qu’elle aiguillait, l’amenant
jusqu’au point d’orgue
– la prise de vue
photographique –

 

Bien avant que la lumière ne la défroissa
elle s’était emmêlé les pétales
sous le bleu immense du ciel

De tout son jaune terrestre
Elle orchestrait la fuite

*


Dans les longs corridors
De son château intérieur
traînaient des confidences
où l’inassouvi laissait se fendre
la pierre tendre des innocences
juvéniles

*

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Carmen Pennarun

La poésie de Carmen est faite d’allitérations, d’allusions, de vers tantôt rythmés tantôt libres, de jeux de mots subtils, de couleurs et d’impressions volatiles, parfois volages ou impertinentes, mais toujours au service de la beauté.


il faut tendre jouvence
aux parents tonnerre
et couver le pardon
d’un duvet d’innocence
laisser les beaux coups
d’indocilité
édifier notre fougue

Revisiter Guerre et Paix en 12 vers, qui le peut moins ?

Les caryatides invoquent la muse
féminin pilier d’un monde
que l’homme voue à la guerre
et qu’elles maintiennent debout

Un peu lasses, parfois
Vigilantes, toujours

Leurs regards scrutent
l’horizon d’une aube
bruissante de chants
de vie
tandis que dans leur dos
se reposent les valeureux

*

Et tous ces mots que les photos de Francesca lui soufflent… lui souffrent aussi :

La tapisserie était une jupe gitane
où cessaient de se cacher
les jambes nues
quand surgissait l’image

Déflorée

ribambelles de récits naissaient
le long de ces pistes
d’éternité murale

si loin

le jardin d’Éden

*

Elle tournait dans son lit
son corps jeune
et ses idées fragiles
imaginant les mains
qu’elle prendrait en photo
le lendemain

Quelle que soit sa durée, la vie est trop courte. On ne sait que trop combien vite le temps file… et que vite il te faut courir avant qu’il ne t’enfile.

Excusez-moi
je cours
avant que tout ne s’efface
devant moi

le bruissement
de mes jupes dissipe
la formation des cristaux
attachés aux souvenirs

La vitesse enroule
un cordon d’estime
autour de ma destinée
elle exhorte la pensée narcissique
à annuler son programme
converti en heures trop lentes

Cherche l’erreur !

Le temps de l’amour s’éternise
il ajuste à la perfection la trajectoire
sur l’amplitude de notre instinct
de survie. Le cadran universel
poursuit les étoiles filantes
et les redirige dans le cosmos

L’espace est une demeure
qui n’ignore aucune existence
même quand elle souhaite
devenir arbre et s’épanouir
sous les rayons lunaires

 

Les textes alternent avec les photos prises par Gilles, le mari de Carmen. Au fil des pages se déroule un travail de couple, un travail de longue haleine. Les images sont saupoudrées d’érotisme discret, d’allusions à la tragédie, de paysages, de monuments grecs. Elles ajoutent une respiration, une légèreté au thème sous-jacent.

Le livre sur  le site de Publiédit

 

JE VAIS, À LA MESURE DU CIEL de SOPHIE BRASSART (Éd. du Cygne) / Une lecture de Paul GUIOT

LE MODÈLE OUBLIÉ de PIERRE PERRIN (Robert Laffont) / Une lecture de Paul GUIOT
Paul GUIOT

Que Sophie peigne ou qu’elle écrive, comment évoquer son œuvre dense et légère, si ce n’est en quelques coups de crayon, en quelques aphorismes poétiques inspirés par son dernier recueil en date :

Rejoindre l’universel de son vivant pour prendre la mort de court.

*

Peindre, écrire comme on respire après une plongée en apnée.

*

Se laisser traverser, porter par des visions où des visages se superposent à la spontanéité d’une abstraction énergique.

*

S’effacer, se plier, se jouer des lignes de forces vives.

*

Ne laisser s’exprimer le « je » que pour porter le souffle qui anime le monde.

*

Pratiquer toutes les langues maternelles – qui ne font qu’une – dans un corps à cœur entre le ciel et l’eau.

*

Préférer évoquer la nature (à quoi bon tartiner la culture ?)

*

Aimer à la fureur la pierre, l’arbre, l’humus, la pluie… et plus encore, la lumière d’un novembre breton.

*

Et toujours, laisser les mots de l’amour sortir de leur réserve pour transcender les corps.

 

 

Extraits

Je peux recomposer notre histoire
animale

Puissance d’une larme
Puissance du vent

de l’archet du violoniste
quand un baiser supplie

 

*

Qu’est-ce l’amour
si l’on ignore la beauté

d’une larve dans l’essaim ?

*

Mon premier acte : approcher d’un jour
la fraternité de la pierre et de la pluie

La complicité du sol
pour le danseur

 

*

 

Je sais que tu sais

Les lettres que tu
dessines sur mon dos
Que je ne devine pas – même en riant

 

Je sais que tu sais mon
corps de
femme
ou seulement mes jambes ou bien encore
la vindicte sourde de l’oubli

Sous les phares éteints
du récit

Le nuage venu déposer
des
signatures blanches

 

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Sophie Brassart

Dos de couverture

Sophie Brassart, poète et plasticienne, vit à Montreuil. Elle a publié un premier recueil en 2018 et réalisé une fresque regroupant vingt visages de poètes contemporains exposée de manière pérenne à l’Université de Caen.

Liens

Le recueil sur le site de l’éditeur

Voir et lire les mille travaux de Sophie

Un poème mis en musique :

TROIS CONTES de CRAD KILODNEY (Cormor en nuptial) / Une lecture de Paul GUIOT

LE MODÈLE OUBLIÉ de PIERRE PERRIN (Robert Laffont) / Une lecture de Paul GUIOT
PAUL GUIOT

Les éditions Cormor en Nuptial ont eu l’excellente ou l’exécrable idée (à vous de voir) de faire traduire et publier cet auteur canadien marginal, peu connu en Europe et pour cause puisque ses textes distillent un humour noir et mettent en lumière des personnages en proie à des déviances sexuelles extrêmes.

Ce qui force l’admiration, c’est que l’auteur nous décrit la part sombre de l’humain dans un style clair, factuel, presque distant, nous épargnant tout jugement moral, comme d’autres vous parleraient de la bonne société anglaise au 19ème siècle ou de l’ascension du Mont Blanc, le tout saupoudré d’un humour pince-sans-rire et ravageur. L’ensemble procure un effet décoiffant.

La première nouvelle, « O’Driscoll, étrangleur de poules » met en scène un juge qui préfère violer et étrangler les poules de son poulailler plutôt que « souiller » son épouse. Le juge fait la paire avec le procureur Mintz. À eux deux, ils représentent sans doute ce que l’Amérique a produit de plus pur en termes de morale catholique, de Justice bafouée et de refoulements sexuels.

La seconde nouvelle, « Préparation spirituelle à la castration », est un mode d’emploi en 10 jours pour parvenir à l’étape ultime, à savoir l’émasculation volontaire du candidat. Ce texte semble être adressé aux hauts responsables des religions qui souhaitent que leurs représentants mâles restent chastes. Ce vade-mecum pourra paraître sadique mais je gage que, s’il était appliqué à la lettre, le pape en aurait fini depuis belle burette avec les affaires de pédophilie qui bassinent ses oreilles sacrées !

Last but not least, la nouvelle intitulée « Le chien du gardien de la centrale nucléaire » se déroule dans un un monde sur lequel le IIIème Reich a pris le pouvoir. L’auteur imagine qu’Hitler n’a pas commis les erreurs stratégiques qui ont provoqué sa perte, non, il a gagné la guerre et, en bon chef, il a consacré toute sa vie à l’amélioration des conditions de vie de ses citoyens. Nos voisins allemands sont donc restés nazis. Épanouis, ils passent leurs temps libres à boire de la bière et à pratiquer un bondage corsé. L’histoire se déroule dans une centrale nucléaire qui tourne à toute berzingue. Je ne vous en dis pas plus, j’espère seulement vous avoir mis l’os à la bouche.

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Crad Kilodney (1948-2014)

Le livre partage son titre avec le célèbre recueil de Flaubert. Ceci m’aurait paru être un trait d’humour absurde de la part de l’éditeur si je n’étais tombé sur ce passage d’une lettre que l’auteur de la Bovary adressa  à Georges Sand : « Quant à laisser voir mon opinion personnelle sur les gens que je mets en scène, non, non, mille fois non ! Je ne m’en reconnais pas le droit. Si le lecteur ne tire pas d’un livre la moralité qui doit s’y trouver, c’est que le lecteur est un imbécile ou que le livre est faux au point de vue de l’exactitude. Car, du moment qu’une chose est vraie, elle est bonne. Les livres obscènes ne sont même immoraux que parce qu’ils manquent de vérité. Ça ne se passe pas « comme ça » dans la vie. »

N’est pas un auteur trash qui veut, et je gage que Crad Kilodney n’a pas spécialement tenu à le devenir, tant il semble l’avoir été avec un naturel désarmant. Nous remercierons donc le ciel et ses gènes d’avoir fait de lui ce qu’il fut.

Reste que cet ouvrage s’adresse à un public averti. S’il n’est pas à mettre entre toutes les mains, je remercie l’éditeur d’avoir fait en sorte qu’il tombe entre les miennes.

Le livre sur le blog de Philippe Billé, le traducteur

Les Editions CORMOR EN NUPTIAL sur Facebook 

LE MODÈLE OUBLIÉ de PIERRE PERRIN (Robert Laffont) / Une lecture de Paul GUIOT

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Paul GUIOT

Avec « Le modèle oublié », Pierre Perrin rend hommage à Virginie Binet, qui fut la compagne, le modèle et enfin la mère du fils unique de Gustave Courbet (1819-1877).

Le Modèle oublié

La vie de Virginie ne fut pas une sinécure : son amant était doté d’un tempérament et d’un souci d’indépendance tels qu’ils primaient sur toute considération d’ordre moral ou familial.

Si l’on visualise tous quelques toiles célèbres du peintre, Pierre nous apprend à mieux connaître l’homme qui fut un être doué mais arriviste, égocentrique et peu porté sur l’esprit de famille. Il finira par abandonner Virginie, même si c’est elle qui, lassée par les absences répétées du peintre, quitte le domicile. Elle ne supportait plus qu’il déserte annuellement le domicile concubinal pour aller passer l’été à Ornans, où le peintre retrouvait ses sœurs et son père qui n’ont jamais reconnu l’existence de Virginie ni de son rejeton.

Pierre nous rappelle également par le détail – jamais lassant ! – l’époque politique et culturelle tourmentée qui correspond à la durée de vie du peintre, ces années durant lesquelles la France voit se succéder, non sans heurts, la Restauration, le second Empire, la Commune.

On prend aussi plaisir à côtoyer les contemporains du peintre : Baudelaire, ami de Courbet et de sa compagne, Proudhon, Hugo, Flaubert, toutes ces figures incontournables qui façonnèrent le 19ème siècle.

Pierre propose donc bien plus qu’une biographie attrayante d’un peintre hors normes, il peint aussi la fresque d’une époque où l’on traversait les rues de Paris en enjambant les barricades, pistolet au poing, pour passer du salon littéraire à l’atelier du peintre.

Au-delà du plaisir de lecture – la prose de Pierre, fluide, se laisse siroter avec bonheur -, Le Modèle oublié est le résultat d’un travail de documentation considérable. Il superpose une étude des mœurs d’un peintre tout dévoué à son œuvre géniale, à ses plaisirs de bouche et à ses fantasmes érotiques, un plaidoyer pour l’égalité des sexes (concept qui ne semblait guère émouvoir Courbet), l’existence relativement dramatique de sa compagne et de son fils – qui mourront tous deux avant lui – et l’histoire politique mouvementée de la France au 19ème siècle.

Courbet sort de ce récit un peu terni aux yeux du lecteur, du fait de son âpreté au gain et d’une morale peu recommandable. Mais n’est-il pas de mise, chez certains génies artistiques dotés d’un ego surdimensionné, de passer aux yeux de certains pour des goujats notoires ?

Je gage que le magnifique romancier qu’est David Lodge ne renierait pas cette œuvre, lui qui prône qu’un livre doit divertir son lecteur tout en lui apprenant quelque chose.

 

Le Modèle oublié sur le site des Editions Robert Laffont 

La présentation du roman en présence de l’auteur à la Librairie Gallimard

Les événements de la rentrée littéraire autour du roman de Pierre Perrin

 

 

 

 

TOUR DU MONDE, un ALBUM de CHANSONS d’HÉLÈNE PIRIS – Une écoute de Paul Guiot

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Paul GUIOT

TOUR DU MONDE, un album de chansons d’Hélène Piris, la p’tite bête de scène qui monte qui monte qui monte !

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Auteure, compositrice, interprète, multi-instrumentiste, arrangeuse un rien dérangée … Hélène Piris a plus d’un tour dans son monde. Son dernier album ? Un bijou, un cadeau de cette bonne dame (très) nature. Avec cet opus copieux, la jeune artiste lyonnaise nous offre un ticket pour un Tour du Monde sans kérozène, rien de moins !

Les textes développent les thèmes de l’appartenance à la terre (Belle Phocéene, Tu reverras ton pays, Les montagnes de l’Atlas…). Qu’il soit de pierre, d’argile ou de sable, Hélène regarde le monde à travers ses beaux yeux rieurs : … quand j’dis que l’monde est beau / alors que toi tu crois / que l’monde est aussi laid que toi…  Dans la chanson « Tour du monde », elle pressent la vanité qu’il y a à vouloir fouler chaque cm² de notre planète meurtrie : Qu’est-ce qu’on fait / qu’est-ce qu’on fait après / quand on en a fait le tour

Pas naïve et un brin nostalgique, la donzelle, quand elle chante « Tu reverras ton pays », la chanson qui m’a semblé être le bijou, la cerise sur le gâteau de son univers musical : Mon pays / Où es-tu / Vestiges d’un royaume perdu / Je ne sais plus qui tu es / As-tu jamais existé / Es-tu encore mon pays ?

Préférant les percussions aux batteries électroniques, Hélène privilégie les instruments acoustiques – et quel bonheur ! Parfaitement à l’aise dans tous les styles musicaux – que ce soit le folk le jazz ou la java -, Hélène, avec ou sans sabots, est la digne descendante des Brassens, des Nougaro… Rien de moins !

Il faut la voir sur scène ! Qu’elle soit accompagnée de ses amis musiciens ou enfourchant son violoncelle en solo, Hélène vous offre sa pêche, sa voix fraîche et azurée, son talent d’interprète, le tout saupoudré d’une pointe humour malicieux.

La vie d’Hélène est faite d’échanges. Elle accompagne d’autres artistes, comme son cœur de chanteur, Frédéric Bobin, qui a lui-même prêté sa voix et sa guitare à l’album.

Cette année, elle passait en première partie d’artistes comme Liane Foly ou Sanseverino. Son agenda ne désemplit pas… Suivez-la via sa page Facebook ou son site internet et essayez d’aller à sa rencontre, vous ne le regretterez pas.

Dans sa dernière chanson en date, Ma chérie, Hélène évoque avec beaucoup de douceur une pratique barbare tristement célèbre, l’excision :

Belle Phocéenne 

Les montagnes de l’Atlas

Film « ambiance studio d’enregistrement » 

La page Facebook d’HÉLÈNE PIRIS

Le site d’HÉLÈNE PIRIS

 

DERRIÈRE L’ENVERS DU DÉCOR de JOAQUIM CAUQUERAUMONT (Cactus Inébranlable) – Une lecture de Paul Guiot

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Paul GUIOT

« Derrière l’envers du décor », le 50ème petit Cactus, est signé par Joaquim Cauqueraumont.

Couverture derriere l envers du decor

Bien au chaud sous sa couverture rouge, « Derrière l’envers du décor » est sorti de presse au début de cette année. Son auteur, Joaquim Cauqueraumont, est un être furieusement curieux mais pas de tout, non ! Il est surtout curieux de curiosités… qu’elles soient studieusement culturelles, mondialement sonores, fugueusement géographiques ou tout houblonnement gastronomiques.

Vous ne serez donc pas étonnés de découvrir dans les phrasques de ce jeune auteur hennuyer un fatras composé de bric, de broc, de briques, de breloques…  Comme dans tous les recueils d’aphorismes, qu’ils soient de Chavée, de Scutenaire ou de tout autre écrivain moins connu, certaines phrases de Joaquim ne m’ont pas adressé la parole – les impolies ! – alors que d’autres m’ont enivré dès le premier vers ! Cela est peut-être dû à la loi du genre, qui plus est quand ce genre est malmené par un individu aussi peu scrupuleux des us sages ! Une chose est sûre : l’ouvrage gagne à être lu de A à Z car j’ai eu la nette impression qu’il s’améliorait au fur et à mesure que les pages défilaient.

L’auteur n’hésite pas à citer ses influences, à dédier certaines phrases à ses amis, auteurs, éditeur, musiciens qui ont fait de lui ce qu’il est : un joyeux melting pot pluri-indisciplinaire auto-revendiqué.

« Bon esprit, bon esprit ! » aurait dit Norge… « Bonnes mœurs », c’est moins sûr… et ouf ! on préfère. Une chose est sûre, l’auteur ne se prend pas la tête, si ce n’est entre ses deux mains, pour la secouer jusqu’à en faire sortir des idées saugrenues.

Avec jo et chouchou fayt 04 10 2015
Joaquim Cauqueraumont, au centre, en compagnie de ses éditeurs, Styvie Bourgeois et Jean-Philippe Querton

Mention spéciale pour les illustrations de Gwen Guégan qui donnent des ailes à cet ouvrage original !

Il brisa un tabou et se mit du silence plein les mains.

 

La cambrure de ton dos est une piste à caresses.

 

Trompettiste de qualité, il dut parcourir quelques Miles pour en arriver là.

 

– Combien coûte un sabre de Samouraï ?
– Je ne sais pas mais sepukku d’argent.

 

Sourire à la vie et découvrir toutes ses caries.

 

À trop vouloir théoriser on en oublie l’insolence.

 

Faire des choses à tout bout de champ, c’est risqué de tomber dans le fossé.

 

Maintenant on veut le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière, mais tout ça sans lactose.

 

L’hommage est une masturbation du souvenir.

 

Le livre sur le site de l’éditeur

DES MOTS EN PASSAGE, Le remarquable blog de JOAQUIM CAUQUERAUMONT

Le site de GWEN GUÉGAN