TOUR DU MONDE, un ALBUM de CHANSONS d’HÉLÈNE PIRIS – Une écoute de Paul Guiot

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Paul GUIOT

TOUR DU MONDE, un album de chansons d’Hélène Piris, la p’tite bête de scène qui monte qui monte qui monte !

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Auteure, compositrice, interprète, multi-instrumentiste, arrangeuse un rien dérangée … Hélène Piris a plus d’un tour dans son monde. Son dernier album ? Un bijou, un cadeau de cette bonne dame (très) nature. Avec cet opus copieux, la jeune artiste lyonnaise nous offre un ticket pour un Tour du Monde sans kérozène, rien de moins !

Les textes développent les thèmes de l’appartenance à la terre (Belle Phocéene, Tu reverras ton pays, Les montagnes de l’Atlas…). Qu’il soit de pierre, d’argile ou de sable, Hélène regarde le monde à travers ses beaux yeux rieurs : … quand j’dis que l’monde est beau / alors que toi tu crois / que l’monde est aussi laid que toi…  Dans la chanson « Tour du monde », elle pressent la vanité qu’il y a à vouloir fouler chaque cm² de notre planète meurtrie : Qu’est-ce qu’on fait / qu’est-ce qu’on fait après / quand on en a fait le tour

Pas naïve et un brin nostalgique, la donzelle, quand elle chante « Tu reverras ton pays », la chanson qui m’a semblé être le bijou, la cerise sur le gâteau de son univers musical : Mon pays / Où es-tu / Vestiges d’un royaume perdu / Je ne sais plus qui tu es / As-tu jamais existé / Es-tu encore mon pays ?

Préférant les percussions aux batteries électroniques, Hélène privilégie les instruments acoustiques – et quel bonheur ! Parfaitement à l’aise dans tous les styles musicaux – que ce soit le folk le jazz ou la java -, Hélène, avec ou sans sabots, est la digne descendante des Brassens, des Nougaro… Rien de moins !

Il faut la voir sur scène ! Qu’elle soit accompagnée de ses amis musiciens ou enfourchant son violoncelle en solo, Hélène vous offre sa pêche, sa voix fraîche et azurée, son talent d’interprète, le tout saupoudré d’une pointe humour malicieux.

La vie d’Hélène est faite d’échanges. Elle accompagne d’autres artistes, comme son cœur de chanteur, Frédéric Bobin, qui a lui-même prêté sa voix et sa guitare à l’album.

Cette année, elle passait en première partie d’artistes comme Liane Foly ou Sanseverino. Son agenda ne désemplit pas… Suivez-la via sa page Facebook ou son site internet et essayez d’aller à sa rencontre, vous ne le regretterez pas.

Dans sa dernière chanson en date, Ma chérie, Hélène évoque avec beaucoup de douceur une pratique barbare tristement célèbre, l’excision :

Belle Phocéenne 

Les montagnes de l’Atlas

Film « ambiance studio d’enregistrement » 

La page Facebook d’HÉLÈNE PIRIS

Le site d’HÉLÈNE PIRIS

 

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DERRIÈRE L’ENVERS DU DÉCOR de JOAQUIM CAUQUERAUMONT (Cactus Inébranlable) – Une lecture de Paul Guiot

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Paul GUIOT

« Derrière l’envers du décor », le 50ème petit Cactus, est signé par Joaquim Cauqueraumont.

Couverture derriere l envers du decor

Bien au chaud sous sa couverture rouge, « Derrière l’envers du décor » est sorti de presse au début de cette année. Son auteur, Joaquim Cauqueraumont, est un être furieusement curieux mais pas de tout, non ! Il est surtout curieux de curiosités… qu’elles soient studieusement culturelles, mondialement sonores, fugueusement géographiques ou tout houblonnement gastronomiques.

Vous ne serez donc pas étonnés de découvrir dans les phrasques de ce jeune auteur hennuyer un fatras composé de bric, de broc, de briques, de breloques…  Comme dans tous les recueils d’aphorismes, qu’ils soient de Chavée, de Scutenaire ou de tout autre écrivain moins connu, certaines phrases de Joaquim ne m’ont pas adressé la parole – les impolies ! – alors que d’autres m’ont enivré dès le premier vers ! Cela est peut-être dû à la loi du genre, qui plus est quand ce genre est malmené par un individu aussi peu scrupuleux des us sages ! Une chose est sûre : l’ouvrage gagne à être lu de A à Z car j’ai eu la nette impression qu’il s’améliorait au fur et à mesure que les pages défilaient.

L’auteur n’hésite pas à citer ses influences, à dédier certaines phrases à ses amis, auteurs, éditeur, musiciens qui ont fait de lui ce qu’il est : un joyeux melting pot pluri-indisciplinaire auto-revendiqué.

« Bon esprit, bon esprit ! » aurait dit Norge… « Bonnes mœurs », c’est moins sûr… et ouf ! on préfère. Une chose est sûre, l’auteur ne se prend pas la tête, si ce n’est entre ses deux mains, pour la secouer jusqu’à en faire sortir des idées saugrenues.

Avec jo et chouchou fayt 04 10 2015
Joaquim Cauqueraumont, au centre, en compagnie de ses éditeurs, Styvie Bourgeois et Jean-Philippe Querton

Mention spéciale pour les illustrations de Gwen Guégan qui donnent des ailes à cet ouvrage original !

Il brisa un tabou et se mit du silence plein les mains.

 

La cambrure de ton dos est une piste à caresses.

 

Trompettiste de qualité, il dut parcourir quelques Miles pour en arriver là.

 

– Combien coûte un sabre de Samouraï ?
– Je ne sais pas mais sepukku d’argent.

 

Sourire à la vie et découvrir toutes ses caries.

 

À trop vouloir théoriser on en oublie l’insolence.

 

Faire des choses à tout bout de champ, c’est risqué de tomber dans le fossé.

 

Maintenant on veut le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière, mais tout ça sans lactose.

 

L’hommage est une masturbation du souvenir.

 

Le livre sur le site de l’éditeur

DES MOTS EN PASSAGE, Le remarquable blog de JOAQUIM CAUQUERAUMONT

Le site de GWEN GUÉGAN

JUSTE UN DOIGT DE LIBERTÉ de MAX ZOUIC (Le Chat polaire) – Une lecture de Paul Guiot

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Paul GUIOT

Le Chat Polaire se lance sur les chemins de l’édition poétique en publiant une auteure Lyonnaise qui répond au surnom pétillant de Max Zouic.

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Son âge ne nous apprendra rien, le tout étant de constater l’évidence frappante de la verdeur de cet esprit mature. Le seul ordre qui semble régir l’envie de Max est liberté : liberté de ton, ton au naturel, ton à l’huile de massage, ton… onguent de message… liberté qui n’est ni grande, ni petite – liberté étant un concept difficilement mesurable à l’aune d’un système (m)étriqué. En un mot, disons que la liberté dont il est question pour Max est juste… immense.

Avec « Un doigt de liberté » – un seul suffit – Max Zouic illustre probablement le désir de ses éditeurs (tiens, au fait, as-tu remarqué, lecteur, qu’« éditeurs » est l’anagramme de « tu désires » ? ) : offrir une poésie allégée des normes et des dogmes, une poésie qui met des mots sur… oui, les désirs –quels qu’ils soient ! – et sur les choses de la vie, cette putain de vie telle qu’on la rêve, telle qu’on la cauchemarde, telle qu’on la vit avec ses hauts si hauts et ses bas qui filent.

L’affaire aurait un goût de déjà-vu se elle n’était écrite avec un style décomplexé, ou si cette liberté n’était entachée d’événements douloureux, de doux leurres qui alternent avec l’indispensable exultation des corps.

Ce poème commence le recueil et annonce bien la suite :

Tu reluques mes courbes écrites au stylo
et t’offusques qu’elles t’émeuvent et soulignent le beau
Et je m’offre
à ton trouble
à ta gêne
Tu devines la scène
l’effleures à peine
et tu me trouves obscène
Mais tu n’as rien vu et c’est de ton désir dont tu rougis
Tu m’intimes la pudeur de mes heures intimes
Tu estimes mes erreurs et me mésestimes
Sais-tu où je situe l’indécence

Où tu montres toute crue la vulgarité

Où elle n’est plus évoquée

Où le malheur des autres te conforte dans le bonheur des tiens

L’image contient peut-être : 1 personne, assis
Max ZOUIC

L’amour a la part belle, a sa part d’ailes, part d’elles, revient à elles dans ces mouvements d’elles sans cesse recommencés, car Max écrit le mot « femme » au féminin et au grand jour de son amour pour celle qui partage ses jouir et ses nuits :

Avec ou sans filtre
elle s’inspire
de nos volutes lascives
et s’enlace en corps
et s’infiltre le manque
à l’envie d’encore
Consume-moi
jusqu’à te brûler les doigts
et puis souffle-moi
souffle l’émo
souffle-moi les mots
Plus le choix
Tu m’écrases
Tu m’oppresses
quand tu me laisses sans toi
Reconsume-moi
encore et en corps
sans voix et sans cesse
à retenir les maux

 

Max conte aussi ses erreurs ; elle les regarde droit dans les yeux avant de les achever d’un coup sec :

On ne s’abîme plus
On fait super gaffe à ne plus prendre de jus
On signe l’épitaphe des écueils qu’on ne veut plus

On décline les combats sordides

Max s’envoie en l’air, oui… au propre et au figuratif, et toujours avec ce style décomplexé.

Juste fumer une cigarette et disparaître en volutes

Consumée en même temps qu’elle
Dans la virevolte et sans vos luttes

Cette petite finaude garde la ligne, quand elle vous avoue en toute sincérité avoir besoin vital de ses proches, « liberté » n’étant pas compatible avec « solitude ».

Faut pas m’laisser seule
Vous êtes mon sol
Toute seule je tombe

Alone
je creuse mes blessures
Alone je suis mes fêlures
et j’avale le gouffre
jusqu’à c’que j’métouffe
Alors alone
j’me jette à l’eau

Elle aime les femmes, oui, mais pas toutes :

Oui elles sont jeunes et jolies
mais vides aussi
moi j’aime les femmes
pas les gamines
J’aime qu’elles aient les ailes des années assumées
j’aime leur peau fanée

Et, suivant les traces d’un vieux grand frère dont le conseil reste d’une actualité toute printanière, elle va voir si la rose…

J’irai te déflorer la lune
Toucher du doigt ton entrechat
Ta matière en cupule

Une chose est sûre, Max, la voix que tu nous traces n’est ni fanée, ni éraillée… et le seul mot qui me vienne à l’esprit pour clore cette note est… encore !

Max Zouic, « Un doigt de liberté », aux éditions Le Chat Polaire, couverture et illustrations par Pétula Rocher.

La page Facebook du Chat Polaire

MAX ZOUIC poète

 

CÉCITÉ INTERDITE de JEAN-LOUP NOLLOMONT (Cactus Inébranlable) – Une lecture de Paul Guiot

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Paul GUIOT

Après « Les aphorismes de Jean-Loup » et « Pensées Nyctalopes », Jean-Loup Nollomont nous revient avec « Cécité Interdite », un ouvrage au titre on ne peut plus percutant. Dans l’introduction à ce 3ème opus, ce grand caresseur de rêves devant l’éternel (pour peu qu’il soit féminin) nous confie combien il aimerait écrire, toute sa vie durant, un livre sur le livre qu’il n’écrira jamais… Ne trouvez-vous pas qu’il exégèse un brin ?

Couverture cecite interdite 28112018

Articulé en deux parties, un titre annonce, anticipe, contrebalance la ou les phrases qui vont suivre. Privilégiant une certaine longueur en bouche, ses aphorismes donnent rarement dans l’ultra bref.

Plus en phase
Le souvenir romantique d’un dîner aux chandelles brille au loin comme une lueur de secours dans la mémoire des couples qui n’en sont plus à une panne d’électricité près.

L’auteur ne se satisfait pas de pensées uniques. Il aime les préliminaires, il développe une idée souvent multiple, ne laissant deviner son intention qu’à la chute de rein.

Les nouveaux cancres
Bûcheurs invétérés, ils délaissent les copains, les loisirs et les affaires de cœur, ils ne pensent qu’à s’instruire ; leur soif d’apprendre est sans limites, toutes les matières sont bonnes pour pouvoir l’étancher. La plupart finissent ainsi par sombrer dans l’étude avant de se retrouver au fond d’une salle de classe, affalés sur leur banc, cuvant leurs connaissances pour avoir su plus que de raison.

Omniprésent, l’humour est tantôt cru, tantôt absurde, tantôt vache… voire les trois à la fois.

L’enfance de l’art
Il y a un art de vieillir pour lequel je ne saurais trop encourager les vocations précoces.

La pirate de l’air
Tu la regardes dans les yeux, elle détourne le regard.
Tu la regardes dans les cieux, elle détourne un avion.

Ma petite vérole
C’est ça, un enfant : on le couve comme une maladie, mais vient un beau jour, il faut bien se résoudre à laisser quelqu’un d’autre l’attraper à notre place.

Tout détournement, tout retournement de situation est bienvenu.

L’œil du maître
Il ne faut pas des années d’exposition à un tableau pour reconnaître le faux amateur du vrai passionné d’art.

Jeux de mots et inventions verbales sont plus à l’horreur qu’à l’honneur.

Un seul hêtre vous manque
Déflorestation : viol d’une forêt vierge.

Pas morte la bête
Moi non plus, je ne suis pas à l’abri d’un coup de mou, c’est pourquoi je crois fermement à la résuérection.

Shirley entre autres
J’ai quelques amies protestantes que je revois de temps en temple.

Quelques quatrains parsèment l’ouvrage ; ils arrivent comme de délicieuses récréations poétiques, rendant la promenade encore plus légère, même si elle est parcourue à l’aide d’une canne blanche.

Caterpillar
Je prends mon engin à deux mains,
Et fouille le fond de tes entrailles,
Creusant un tunnel sous tes reins :
L’amour, ça creuse comme le travail !

Un dernier extrait adorablement absurde… et belge.

L’un filme, l’autre peint
Installé dans un compartiment-musée de ma mémoire, je consulte ma montre, questionne le contrôleur : « Excusez-moi, nous sommes bien dans le Delvaux pour Namur, n’est-ce pas… mais oui, suis-je bête, je reconnais parfaitement l’œuvre qui me transporte, et je ne peux pas m’être trompé de tableau. Excusez-moi encore, Monsieur, mais si je me suis permis de vous poser cette question, c’est qu’une fois à destination, il me restera encore pas mal de chemin de fer à fer. »

« Cécité Interdite », c’est 80 pages de pur bonheur autorisé à la vente (9€… une paille !). Il vous suffit de contacter Cactus Inébranlable éditions.

Pas si Brève de lecture, par Paul Guiot.

 

Cécité interdite sur le site de l’éditeur

Pensées nyctalopes de J.-L. Nollomont sur le site de l’éditeur

Belgique, terre d’aphorismes sur les site de l’éditeur

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SIDÉRALES de TRISTAN ALLEMAN (Traverse) – Une lecture de Paul Guiot

N'AI-JE de CÉCILE DELALANDRE (Le Bateau ivre) - Une lecture de Paul Guiot
Paul GUIOT

Avec « Sidérales », Tristan Alleman nous emmène dans un monde de douceur, d’amour et de nature. La relative simplicité du lexique, la fluidité des phrasés procurent à ses poèmes une musicalité presque suave.

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Tu

Laisser tes yeux se perdre

              en l’eau d’un temps si pur

Que vibre enfin la larme

             en tes lueurs infantes

D’un arc-en-ciel intense

           et recouvrant le monde

 

Oh oui le monde oh oui

             tant tel qu’il soit immense

Ainsi je me te vois

             au miroir  de tes yeux

Toute multicolore

            et toute fine d’eaux

 

Au point de n’être plus

            en frêle matador

Qu’un homme aimant qui t’aime

             et qui t’aime plus fort

Et plus fort  et plus fort

            et plus fort très encore

Norge nous parlait de plumes, d’oie et d’oiseaux libérés ; Tristan lui emboîte le pas, à sa manière. L’amour les oiseaux, les prénoms de femme sont autant de prétextes à se lancer dans le vide. Qu’importe si le sujet a déjà été visité mille fois, pourvu qu’on ait l’ivresse des sons qui donnent aux mots une lumière nouvelle. N’est-ce pas là que réside un des secrets du poème ?

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Tristan ALLEMAN

Les textes en prose alternent avec les vers scandés. Les répétitions sont fréquentes. Tristan en use comme s’il voulait se rendre compte de l’effet que procure la texture des verbes sur le tympan, ou savourer la beauté intrinsèque des mots qu’il emploie. Chemin faisant, l’auteur fait monter la sauce incantatoire tout en finesse.

Les chats 

Sur les toits naissent les chats

Les chats naissent sur les toits

Qu’un vieux peintre s’apitoie

Sur leur sort, sur leurs émois

Sur leur plainte et leurs ébats

Qu’un vieux peintre, qu’un vieux roi

De leurs yeux qui n’ont pas froid

Peignent le nocturne effroi

De l’aveugle monde en proie

Aux félines et troubles voix

Au fol et félin combat

Sous la lune qui flamboie

Sous la lune et sur les toits

La nuit, quand viennent les chats

En lisant Sidérales, maintes fois j’ai entendu la voix de Ferré, ou un air de Bossa. Sans forcer le passage, la musique s’est superposée au texte.

Ecrits dans un espace de 25 ans, Sidérales est le fruit d’un temps et d’un labeur dont le poids ne se ressent à aucun instant, tant la légèreté reste de mise. Bel exemple de patience à m(’)éditer…

Sidérales, Tristan Alleman, éditions Traverse, couverture de Véronique Goossens

Le recueil sur le site de l’éditeur

Tristan ALLEMAN sur Espace Livres & Création

 

N’AI-JE de CÉCILE DELALANDRE (Le Bateau ivre) – Une lecture de Paul Guiot

CÉCILE DELALANDRE nous revient avec « MARIE-LOUISE et AUTRES CHANSONS », aux éditions Le Bateau Ivre - Une lecture de Paul Guiot
Paul GUIOT

Avec « N’ai-je », Cécile signe un recueil de poèmes unis par ses thèmes de prédilection et sa manière d’utiliser la langue comme d’un outil, un outil à plier, à façonner en fonction de l’usage qu’elle veut faire de son monde.

N'ai-je

Vers scandés, vers libres, prose… les textes se suivent et se rassemblent sans se ressembler. Femme de chœur, chez Cécile la musicalité est omniplaisante : rythmes ternaires, consonances musicales, sensorielles, sensuelles…

N’ai-je donc tant vécu que pour fouler ma neige
Masque blanc exfoliant la chair de ma terre brune
N’ai-je donc tant vécu que pour jouer l’arpège

« Animal on est mal » disait Gérard Manset. La vie, aussi unique soit-elle, ne suffit pas à la poétesse.

Bientôt je partirai
à dos de chat ailé
je franchirai les vagues et leur écume blanche.

Revient sans cesse, comme le ressac, la recherche d’un ailleurs, qu’il soit végétal, animal, marin, minéral, amoureux… Revient aussi dans de nombreux poèmes l’idée du terrier, de la terre matière, de la terra mater. Les phrases de Cécile sentent le labour normand, la marée, les embruns, elles laissent un goût de sel.

Goût de terre dans ma gorge
En vomirai-je le fiel
Pour qu’enfin ma salorge
Redevienne mon ciel ?

Rejoindre mon terrier
Au plus profond de l’ombre
Me cacher tête baissée
Et clapir ma douleur
Entre des pierres froides

Les saisons passent, repassent, reviennent comme reviennent les vagues sur le rivage de Normandie, prêtant leur tempo aux silences et aux licences.

Des printemps
Temps premiers
J’en ai
Si tant vécus
Si tant aimés
Ô mes genêts, jamais
Pas vu
Le temps passer.

Et l’amour, toujours l’amour, l’amour qui a de ces questions si essentielles, ciel !

Si l’on devait ne pas mourir
mon amour, est-ce qu’on s’aimerait ?

J’aime que l’auteure se permette de réinventer sa langue : verbes, mots, règles grammaticales sont passées à la moulinette de son imaginaire. Ainsi au fil des pages Cécile nous présente, nous plaisante ses nouveaux amis « anthropophager », « enricailler », « paraspleen », « s’enfoetusser », « minuinette », « ocrement »…

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Cécile DELALANDRE 

Pour tout vous dire, « N’ai-je » propose une poésie rauque, qui a la texture de la terre et du sel, une poésie faite des quatre éléments… poésie à vivre plus qu’à déguster.

Pluie, fit le ciel !
Rigole, fit le vent !
Encore dit la terre !
Assez fit la mer !
Et moi je me tus.

 

Cécile Delalandre, « N’ai-je », aux éditions Le Bateau Ivre

Le recueil sur le site du Bateau ivre

CÉCILE DELALANDRE nous revient avec « MARIE-LOUISE et AUTRES CHANSONS », aux éditions Le Bateau Ivre – Une lecture de Paul Guiot

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Paul GUIOT

Après « Tess et Raoul, précédé de Breuilles », Cécile Delalandre nous revient avec pas moins de trois livres de textes écrits depuis l’adolescence jusqu’à nos jours.

Marie-LouisRecto

Commençons par « Marie-Louise et autres chansons », un livre où les talents de parolière de Cécile sont mis à l’honneur. Les fans de Julien Clerc se rappelleront la chanson « Marie-Louise » présente sur l’album « Double enfance ». Ce texte donne le « la » à l’ouvrage de Cécile qui contribuera à « Double enfance » une seconde fois avec le texte de « Rio Negro ».

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Cécile DELALANDRE

Concernant cette collaboration de haut vol d’oiselle et la biographie de Cécile, je vous renvoie à l’article parfaitement documenté, disponible sur http://www.julien-clerc.net/auteurs/cecile_delalandre.html

Suivent une série de sept textes mis en musique par Bertrand Lacy et chantés par Noémie Bianco, une jeune actrice Lyonnaise. Vous pouvez écouter le résultat de cette collaboration sur soundcloud : https://soundcloud.com/no-b-songs

Le livre présente une trentaine d’autres textes dont deux ont été mis en musique par votre serviteur : « Nattes and days » et « Répétition ».

 

Marie-Louise, mis en musique et interprété par Julien Clerc

Rio Negro, mis en musique et interprété par Julien Clerc

Nattes and Day, mis en musique et interprété par Paul Guiot et Anne de Tombeur

 

Cécile Delalandre, « Marie-Louise », 100 pages, 16€, éditions Le Bateau Ivre.

Le livre sur le site du Bateau Ivre