DENISE AU VENTOUX de MICHEL JULLIEN

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60158.jpeg?w=270&h=431Chienne de vie

Michel Jullien, que j’ai découvert avec le livre « Esquisse d’un pendu« , nous emmène cette fois encore dans un univers surprenant, avec cette écriture très pointue, ce langage châtié, le sens du détail qui peuvent cependant effrayer quelques lecteurs… Mais ce serait dommage ! « Denise au Ventoux » est un livre à découvrir, au moins pour tous les amoureux d’animaux et de nature. 

Paul est banquier, s’ennuie dans sa vie chronométrée, millimétrée. Il côtoie Adèle, une relieuse originale, tant dans son être que dans son art. Bientôt Valentine, la soeur dépressive de cette dernière, la rejoint dans son atelier. Elle rend quelques services, en échange de l’aide financière de sa soeur, elle s’applique tant bien que mal à des tâches ingrates, répétitives, recommençant parfois, sans jamais rechigner. Paul observe cette femme étrange avec laquelle le courant ne passe pas bien. 

Pour la sortir de sa léthargie, et à la demande pressante de sa soeur, Adèle lui offre une chienne, femelle bouvier bernois, anciennement chienne d’aveugle, que Valentine nomme Athéna.jullien_site.jpg

Paul, bien malgré lui, gagne bientôt la sympathie de l’animal, qu’il semble comprendre mieux que sa propre maîtresse.

Cette histoire nous ouvre les yeux, sur les vies bien mornes que nous pouvons connaître, le vide, le manque, la solitude, le mal-être, la dépression… Chacun mène son petit bout de chemin comme il peut, l’un rencontre l’amour, l’autre ne le cherche plus, mais manque cruellement, malgré tout, d’affection. Le superficiel, les faux-semblants, le paraître bousculent cette histoire tranquille, en la personne de l’amant de Valentine, flamboyant personnage Hollandais qui lui en met plein la vue, lui promet une vie meilleure et chamboule son existence. 

Et puis, il y a Athéna, cette chienne à qui Michel Jullien prête un rôle authentique, un cheminement de pensées, une interprétation des moindres faits et gestes qui ne manquent pas de piment. On sourit souvent, à l’image de cette chienne subissant cette vie oisive et presque lassante, on la plaint de la voir confinée dans si peu d’espace, chez cette maîtresse bien trop insouciante de son sort, on partage avec elle des réactions bien canines mais tellement compréhensibles. Paul la rebaptisera bientôt Denise, à son regard, à sa « bonhomie », un véritable échange s’établit entre eux, ainsi qu’une belle histoire, qui domine tout le reste et prend de l’ampleur au fil des pages, des sentiments profonds qui mêlent l’homme et l’animal, se confondent et apportent un bien-être infini.

Le livre sur le site des Éditions Verdier 

En savoir plus sur Michel Jullien

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LE PALAIS DE MÉMOIRE d’ÉLISE FONTENAILLE

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9782253087366-001-T.jpeg?itok=lnS2tacfConte hypnotique

« Le palais de mémoire » est un conte étrange, une lecture troublante qui nous emmène en Chine au XVIIIème siècle.

On découvre Artus, Jésuite ayant perdu la foi, autrefois chassé de la Cour de Versailles, chargé d’enseigner l’art de la mémoire et la foi chrétienne aux jeunes Princes. Il a sous sa coupe Jade, jeune homme impétueux qu’il va falloir dompter, canaliser sur la connaissance.

Dur labeur pour Artus, mais petit à petit il gagne la confiance de Jade et lui fait découvrir des tas de choses, maîtrise sa pensée.

Nous cheminions à travers un désert livide et glacé, sans croiser âme qui vive. Parfois une fumée signalait une cahute en pierre ; une silhouette tracée à l’encre noire sur la neige passait, furtive, courbée sous le poids des fagots. Tout en chevauchant, nous buvions du vin de riz tiède pour nous réchauffer, à même la fiole que j’avais rangée sous ma selle, et que la chaleur de ma jument gardait tiède… Enhardis par le vin, nous récitions à deux voix un poème de Li Po, chacun une strophe, l’autre enchaînant ; je ne sais plus qui de nous deux commença, nous aimions tous deux d’un même amour le poète fou, épris de la lune, de l’amitié et des libations sans fin, et le connaissions par coeur…

La Chine de cette époque est très bien décrite, la Cité interdite délivre ses secrets, la Mandchourie à cheval offre ses plus beaux paysages.

La plume est fine, l’ambiance feutrée, emplie de volutes d’opium, les désirs et les plaisirs se mêlent, les tabous s’envolent, ce conte nous emmène dans des contrées étranges, assez perturbant, sulfureux, Artus ouvre son palais de mémoire pour un ultime partage.

On peut s’interroger sur cet enseignement singulier, sur le pouvoir du « précepteur » sur son élève, sur les résultats et les conséquences de cette emprise, ou se laisser emporter pour quelques heures, simplement, par ce conte hypnotique.

Le livre sur le site de Calmann-Lévy

En savoir plus sur Élise Fontenaille

LA CHIENNE DE NAHA de CAROLINE LAMARCHE

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De beaux voyages

« Lire c’est voyager, voyager c’est lire » Victor Hugo.

Cette citation a accompagné le livre de Caroline Lamarche au fil des chapitres, présente sur un marque-page choisi au hasard. Et colle à la perfection à cet ouvrage, puisqu’il y est question de voyage, de voyages au pluriel même…

Le premier, un voyage dans les souvenirs, la petite enfance, la narratrice raconte ses premières années, auprès de ses parents, et de Lucia, sa « seconde mère », qui compte tout autant à ses yeux. A la mort de celle-ci, trop accaparée par sa nouvelle vie d’adulte et son histoire d’amour naissante, notre héroïne décide de ne pas se rendre à ses obsèques, avec regrets pourtant.

Pour le voyage suivant, elle est invitée au Mexique, pour la fête des morts, par la fille de Lucia, Maria, qui a suivi son mari dans ce pays. Cinq ans après l’enterrement auquel elle n’avait pas assisté, sa vie a changé, son amour naissant a vécu, puis se meurt. Plus rien ne la retient, elle part… Un voyage initiatique à la découverte de ce pays, des moeurs et coutumes de chaque communauté, où souvent la femme n’a qu’une place de second ordre, voire pire… Et puis ce conte, « La chienne de Naha », présent tout au long du roman, énigmatique et angoissant.mfplissart.jpg

Voyage spirituel aussi, puisque, lors de ses pérégrinations, la jeune femme côtoiera de nombreux religieux, partagera avec eux les prières, les offices.

Voyage de l’âme, surtout, le retour sur soi, sur cet amour qui meurt, sur ces années pourtant agréables pleines de souvenirs. Un coeur en peine, une âme perdue, c’est difficile pour elle de profiter pleinement de ce qui l’entoure, on a l’impression qu’elle se laisse porter par les événements, qu’elle subit, que son destin ne dépend que de la bienveillance de ceux qui l’accueillent. Dans ce pays inconnu, où elle se trouve parfois dans des zones sensibles, elle a certes conscience du danger, mais rien ne l’atteint. Par contre elle s’émeut des conversations avec les personnes qui la reçoivent, essaie de partager leur quotidien et s’intéresse à elles, se ressource malgré elle pour un retour prochain…

De beaux voyages donc, un choc de cultures, un changement de repères intéressant pour un être assez perdu ayant sombré dans la mélancolie. Émouvant.

Le livre sur le site de Gallimard

Le site de CAROLINE LAMARCHE

GRANDE OURSE de ROMAIN VERGER

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003630036.jpgRomain Verger nous conte ici de bien étranges histoires. D’une part, celle d’Arcas , homme préhistorique qui se retrouve seul, abandonné, sa famille, sa tribu, ont disparu. Il essaie de survivre, niché dans sa grotte, se nourrissant des quelques réserves encore existantes… Et puis un jour, il ne reste plus rien, rien qu’un ventre qui appelle, une faim qui l’affaiblit. Autour de lui, un univers de glace et de neige, rien à manger, pas âme qui vive… De dépit, il s’en va, se dit que marcher lui fera le plus grand bien, part vers l’inconnu…
Puis arrive l’histoire de Mâchefer, homme de notre temps, anorexique, qui réduit jour après jour ses portions de calories et s’en fait un point d’honneur. Vie triste d’un gardien de Musée, qui partage un pavillon coupé en deux avec Ana, la propriétaire, étrange bonne femme, il poursuit son chemin sans plaisir, attendant patiemment le point de non retour, que sa maladie gagne, qu’il ne lui reste que la peau et les os…

Ces deux êtres, à des dizaines de milliers d’années, vont connaître un drôle de destin. Les maux qui les rongent, la faim et la solitude pour Arcas, la volonté de ne plus manger et, aussi, une certaine solitude pour Mâchefer, montrent des similitudes fortes. Comme si Mâchefer descendait de la lignée d’Arcas, comme si ces deux hommes se fondaient l’un en l’autre, et souhaitaient ne laisser derrière eux qu’un petit amas presque insignifiant… Mais la vie est toute autre, et les êtres qui croiseront leurs vies respectives, afin de les sauver, leur feront perdre pied, la folie n’est pas loin, l’irréel, le fantastique prennent le pas sur la raison de ces deux hommes perdus.rv-012-72.jpg

L’écriture de M. Verger est très fine, précise et éloquente, le jeu du rêve et de la réalité très troublant, les descriptions parfois peu ragoutantes ajoutent une part de lourdeur, quelque chose qu’on a du mal à digérer, comme une bouillie trop épaisse, et ramènent ces deux hommes à un état primaire, dans leurs états d’âme, dans leurs pulsions, dans leurs priorités…
Un sentiment d’oppression grandissant au fil des pages, le même ressenti lors de la lecture de « Zones sensibles » du même auteur.

Le livre sur le site de Quidam Editeur

 

PAS LIEV de PHILIPPE ANNOCQUE

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pas-liev.jpgEt si la réalité

Je vais essayer de vous parler du livre de Philippe Annocque. Ou pas. 

De l’inquiétante histoire de Liev, ou Pas Liev, qui m’a désorientée, bouleversée, déstabilisée, gênée, dérangée, émue, contrariée, attristée.

C’est une lecture peu commune, un étrange remue-méninges qui affecte Liev, ce précepteur venu d’on ne sait où accomplir sa tâche. Surréaliste, ce mot convient. Ou pas. 

Le cadre, une campagne à faux-plats qui s’étend à perte de vue. Une maison, grande bâtisse isolée semble-t-il, ou pas. Des personnages étranges et une ambiance inquiétante. 

Ce livre met mal à l’aise. Ou pas. 

On se surprend à s’attendrir, à sourire, à souffler parfois, à s’agacer de certaines répétitions qui heurtent l’esprit du pauvre Liev. Mille façons d’interpréter, de commenter, de s’énerver face à cet être qui oscille sur ses chaussures à bascule. Je l’ai vu souvent dodelinant de la tête, une petite musique à l’intérieur. Je lui ai souhaité quelques moments de lucidité, ses yeux bien qu’ouverts ne voyaient rien, ses oreilles n’entendaient pas, et les quelques mots qu’il prononçait n’étaient pas ceux attendus, c’est comme si ce personnage vivait dans une autre dimension. 

Et puis, le dénouement, qui m’a poussée à terminer ce livre rapidement, non pas qu’il me déplaisait, mais il m’intriguait fortement, je voulais savoir…

Perdu, le Liev, ou pas Liev. Il est mais il n’est pas. Il fait mais n’agit pas. 

Désarçonnant…

 

Le livre sur le site de Quidam Editeur

HUBLOTS, le blog de Philippe ANNOCQUE

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D’UN SIMPLE JOUR À L’AUTRE d’ALAIN EMERY

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Alain Emery, nouvelliste, auteur de polars et biographe, s’essaie dans « D’un simple jour à l’autre » à la poésie, plus précisément la prose poétique. Et c’est un pari réussi. 

Dès les premières pages, on plonge dans son univers nostalgique, très visuel et émouvant. Son amour des gens, de la mer, ses révoltes se succèdent en textes plus ou moins courts, toujours précis, et d’une écriture riche et pleine de poésie. L’auteur pose un regard particulier sur les choses, les personnages, cultive la différence et repère le petit détail qui fera mouche auprès du lecteur, pour partager une émotion, un sourire, une larme à l’oeil, en revisitant son enfance, explorant de vieux souvenirs, honorant sa Bretagne chérie.w210h0xxauteur_cfbd77074c04489e21e3d016dbfe5e12.jpg

J’ai été charmée par cette parole de poète, chaque texte apporte sa touche de sensibilité, et parfois, très certainement, une note de vécu.

La mer. Parlons-en. Je suis bien monté sur son dos, quelquefois, quand elle était bonne fille et qu’une soie turquoise s’allongeait d’un bout à l’autre de la baie. Quand il faisait si beau qu’on croyait voir tomber de la côte le sucre des bruyères et des ajoncs.

Jolie découverte.

 

Le livre sur le site des Éditions Jacques Flament

Jack London, un ogre au coeur d’argile d’Alain Emery

TROIS ÉCLATS TOUTES LES VINGT SECONDES de FRANÇOISE KERYMER

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9782709646567-X_0.jpg?itok=QqtNcCZ0Mise au vert

Deux mois d’été sur l’Ile de Sein, ça vous dit ?

Eh bien pour Emma, Parisienne, c’est un exil forcé qu’elle doit subir, en compagnie de son jeune fils, Camille, enfant précoce, ou peut-être atteint du syndrome d’Asperger, on ne sait pas précisément.
Mère et fils arrivent donc sur cette île en tous points hostile, et Emma se résigne à s’installer dans la maison que son mari leur a louée, avec formelle interdiction de quitter l’île, sinon…
Ce début laisse dubitatif et mille questions se posent.

Jour après jour, le petit Camille veut explorer l’île de Sein et tous ses trésors. Sa mère n’a aucune emprise sur lui, et bien que lui ayant fixé certaines limites, il ne pense qu’à les dépasser.
Emma découvre les habitants, la restauratrice du coin chez qui elle prend ses habitudes, et qui a la manière de faire avec son enfant difficile, un pianiste compositeur assez énigmatique qu’elle a du mal à cerner, et le Capitaine du bateau qui fait la navette entre l’île et le continent.

J’avoue m’être ennuyée à la lecture de ce livre, le démarrage fut très long, la deuxième partie du livre m’a plus intéressée, toutefois avec une fin trop prévisible. La jeune maman vivra sur cette île une grande remise en question, et son petit y aura découvert des tas de nouveautés qui alimenteront sa soif de savoir.

L’écriture n’est pas désagréable, de nombreuses touches de couleurs et des notes de poésie parsèment ce roman, mais ne me semblent pas assez structurées afin de permettre une lecture limpide et un emportement qui, je pense, était recherchés par l’auteur.

Le livre sur le site des Éditions Jean-Claude Lattès

Disponible aussi en Pocket

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Françoise Kerymer