LA GRANDE VIE de CHRISTIAN BOBIN, une lecture de Philippe LEUCKX

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Philippe LEUCKX

Lu jadis « La folle allure », « Le Très-Bas », et quelque autre titre.

L’auteur, nourri de Dieu et de ce qui peut l’être divinement par une perception exacte, humble, spontanée du vivant, convoque ses merveilleuses lectures de Desbordes-Valmore, de Grosjean et d’ autre « enfant de boucher de Guéret ».

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Le sens de la formule, celui de la métaphore ramassée induisent cette phénoménologie des pures réalités, si souvent délestées de notre distraction notoire. Il a l’oeil, le cœur pour asseoir dans ses phrases ce que l’aveugle commun ne voit plus, n’a jamais vu.

Bobin du Creusot, qu’il énonce assez souvent, baguenaude du papillon à l’arbre, du chagrin au lézard sans tomber dans les bondieuseries ou à l’école du rien d’un Delerm – ce qui me semble chez lui facile et un brin convenu.

L’auteur coud, petits fragments après d’autres, une certaine leçon de choses – à l’image de ce qui ne prend guère d’ans comme cette magnifique « lettre d’une femme en bleu », à l’aune des Ronsard immortels.

Sans doute, c’est un bonheur d’écriture qui prévaut, tant les thèmes semblent aller de soi : le miracle de vivre, même adossé à la « tombe » du père, plus d’une fois hélé le temps de ce livre; la force de la nature pour l’entomologiste patient; la vraie vie silencieuse des âmes…

Hommage au père, à la mère pourvoyeuse des poèmes – comme toutes les mères selon Christian Bobin, le livre recèle des trésors d’humaine animalité quand il s’agit de parler de ce petit chat dont le poète a conservé trace sur la main.

« La cloison fine » qui nous sépare de la vie éternelle est la métaphore de cette écriture qui tisse entre les réalités un voile de poésie, la « poésie grande vie », excipit d’un beau recueil en six parties, qui prend parfois allure de lettre, de confidente mémoire, de partage (« l’écriture est une petite fille qui parle à sa poupée »,p.24, oui, c’est vraiment ça, je l’éprouve aussi en scrutant d’un oeil bonhomme ma Laura)

Merci à Chlo Hé.

P.L.

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La Grande Vie sur le site de Folio/Gallimard

CHRISTIAN BOBIN chez Gallimard

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UN HIVER AU VÉSINET de FRANÇOIS BOTT, une lecture de Philippe LEUCKX

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Philippe LEUCKX

83 printemps, une carrière de critique littéraire au Monde, entre autres, une quarantaine de volumes, et un dernier recueil de dix-huit nouvelles, ciselées – le style et la douce mélancolie ordonnent ces textes autour de vies ordinaires, qu’il s’agit de sauver à coups de petites phrases bien senties, au cœur de Paris ou de la province.

« demoiselles qui disparaissent avec des impatiences, des brusqueries d’étoiles filantes, plantant là leurs fiancés, qui n’y comprennent rien » (p.82)

« Il tenait des petits carnets qu’il appelait des « carnets de rattrapage ». Il avait noté : « Ecrire, c’est découvrir et faire ressentir la beauté de la pluie, la beauté de l’ennui, la beauté des choses… » (p.130)

L’apologue du nouvelliste à propos de son propre travail éclaire ces petits récits striés de tendresse.

Se mettre dans la peau d’un bébé qui découvre pas à pas la vie ou dans celle d’une vieille demoiselle (« il fallait être précautionneux avec ces sentiments encore fragiles », p.77) ou d’un ange : le temps d’explorer la vie, l’amour, « ces choses qui deviendront, avec le temps, de mystérieux et profonds souvenirs », excipit éclairant de la dernière nouvelle, p.166.

Bott est avec Jean Blot et Philippe Lacoche un merveilleux conteur des vies tranquilles et denses, celles qu’un regard distrait ne voit jamais.

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François BOTT, Un hiver au Vésinet, La Table Ronde, 2018, 176p., 14,00€.

Le livre (+ les premières pages) sur le site de Gallimard 

Tous les livres de François BOTT sur Babelio

FEUILLAGE/FILIGRANE de GENEVIÈVE BAULOYE, une lecture de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX 

Connue pour quelques recueils aux vers denses, à l’écriture elle-même elliptique, Geneviève Bauloye poursuit, avec ce petit livre réparti en trois sections dont la dernière éponyme, son travail de découverte d’une nature sensible, avec effets de lumière et un ton entre mélancolie et émerveillement :

Retrouver la saveur du temps

Ses multiples transparences

La fraîcheur de l’oranger

Puis s’absenter dans

Le chant des mémoires (p.19)

La mémoire pour celle qui a œuvré à préserver celle des poètes jumeaux Piqueray (cf. « La robe du Tage », court-métrage) est l’une des assises de cette poésie pointilliste, qui doit beaucoup à une observation d’un réel, tissé de « fleurs/de promesses », « de l’évidence des paysages ».

Parfois le temps d’un vers, la poète passe de « la beauté du monde » à « l’âme des morts » (p.29).

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Geneviève Bauloye et Pierre Zanzucchi

Parfois, son regard plonge au-delà de nos limites, « al di là di nuvole », « Par-delà les nuages » nous dirait Michelangelo Antonioni : là se cache l’étrange du poète, quoique l’écriture précise, quasi classique, détermine la clôture des paysages, comme cadrés par le style, tenus bord à bord :

Je reviens de la mer

De la pinède et des rochers

Ô vallée couronnée de nuages

Au milieu des prairies et des bois

Près du feu les photographies

Se souviennent entre la dentelle

Et les fenêtres de novembre (p.20)

Geneviève BAULOYE, feuillage/filigrane, La Feuille de thé, 2018, 40p., 18€. Couverture : une encre de Pierre Zanzucchi.

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Le recueil sur le site de La Feuille de thé

Geneviève BAULOYE sur le site de l’AEB

Le site de Pierre ZANZUCCHI 

 

 

LIVRÉS AUX GÉOGRAPHES de JACQUES VANDENSCHRICK (Cheyne Éditeur), une lecture de Philippe LEUCKX

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Philippe Leuckx

Jacques Vandenschrick, né en 1943, signe son onzième livre de poésie. Romaniste, italianiste, chroniqueur de longue date à la Revue nouvelle, critique littéraire. Il est le seul poète belge d’importance à n’avoir jamais été publié en Belgique, puisque toute l’oeuvre a été publiée chez Cheyne, et ce, depuis « Vers l’élégie obscure » en 1986.

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Prix triennal de poésie en 1998, il a également reçu d’autres prix importants : le René-Lyr, le Claude-Sernet, le Louise-Labé.

Ses titres évoquent élégie, nostalgie de la montagne, mélancolie foncière, dans le droit fil de la poésie d’un Rilke ou d’un Jaccottet.

Mais il y a chez ce Belge une densité rare d’aire poétique, un lexique particulier, un univers forcément identifiable : le gabarit de 40 poèmes pour chaque livre; les lexèmes des territoires enneigés, entre bergerie et hauts sommets; des morts proches gravées loin dans le vers. Voilà sans doute – depuis les décès de Schmitz et avant ceux de Falaise et de Kinet, notre plus grand poète, mais si longtemps méconnu à cause justement d’un ancrage éditorial qui fait fi de la Belgique.

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Jacques Vandenschrick

Dominique Boudou le disait : il suffit de le lire pour comprendre son importance (cf. Terre à ciel); il suffit de quelques vers et l’on est pris dans une gaine de mélancolie pure où le regret, la perte, le sentiment de l’autre en fuite priment sur toute autre considération. Le style, épuré, aux métaphores étonnantes de justesse, relaie cette thématique grave.

Une géographie intérieure imprime sur papier l’intense déperdition ressentie, à force de chagrin et d’empathie.

Le reste, forcément, revient à la littérature, à une littérature de première grandeur.

Des provinces prises par le froid aux hameaux secourus du regard, des « pivoines très anciennes » aux « enfuis », le regard d’une pureté exemplaire sauve du gel, de l’effroi toute présence. Il y a du Quignard ou la Sallenave des « Portes de Gubbio » dans cette écriture sans apprêts qui va sans cesse à l’essentiel.

En petits poèmes de prose, le poète belge, sans une once de discours méta-poétique (on est loin de Jacqmin ou de Hubin), sans une once de jeu sur le signifiant (Vandenschrick est totalement étranger au style de Verheggen), sans copier qui que ce soit, édifie une oeuvre qui restera : celle qui offre aussi peu de prise à la sentimentalité ou à l’esthétisme ou encore à la préciosité.

Jacques VANDENSCHRICK sur Cheyne Editeur

Jacques VANDENSCHRICK sur Terre à Ciel (page proposée par Philippe Leuckx

La page Facebook de Cheyne Editeur 

L’ÉPREUVE ET LE BAPTÊME de JACQUES DEMAUDE, une lecture de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

Poésie nourrie de spiritualité, de tableaux examinés avec soin, de musiques, la poésie de Demaude, que je suis depuis une bonne quinzaine de plaquettes, et un ouvrage plus copieux déjà au Taillis Pré (cf. lecture dans Poezibao), s’identifie assez aisément par sa matière dense, ses adjectifs, ses mots-thèmes (aube, aurore, feu, cendres, orbe, ténèbre,…), ses mots doubles (métaphores redoublées : hymnes-reconnaissances).

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L’auteur, né en 1937, Borain objecteur de conscience, traducteur de l’allemand, compagnon de Jeanne-Marie Zele son illustratrice fidèle, aime les métaphores rutilantes, les sonnailles des mots convoqués, une poésie entêtante par ses lacis, ses répétitions qui entortillent la pensée du lecteur dans une sorte de magma d’où il sort parfois groggy, tant la profondeur des thèmes, les significations attisées par le feu des mots, favorisent une adhésion à un lexique entre Bible et oracles.

La sirène infléchit enfin son feulement.

Une cage-sépulcre effaroucha des câbles

sous la roue accrochée aux éclairs de la tour

(p.43)

La langue semble s’appeler et se fondre dans ses mots, ses résonances :

étrangement

l’univers semble

désavouer

nos discordances

les spirales véloces du Surseoir

(p.68)

Doit-on tout saisir de cette volée de mots accrochés au hasard des sonorités ou donnés en offrandes allitérantes :

Quel orbe soulevait

la pente insoupçonnée

où la vague et le roc

abîmaient l’Indicible?

(p.69)

Parfois les « fléchissements vermeils/ de la véracité » nous tirent vers un hermétisme de guingois ou un symbolisme fin de siècle.

Mais souvent les vers « saignent », invitent à la « paix vibrante », « que la quiétude y mûrisse du vin ! » est une invite de bel aloi, de la part d’un poète qui « aimera la voussure de (son) souffle ».

Jacques DEMAUDE, L’épreuve et le baptême, le Taillis Pré, 2018, 122p., 14€. Frontispice de Jeanne-Marie ZELE

Le recueil de Jacques Demaude sur le site Espace Livres & Création

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Jacques DEMAUDE

LA POÉSIE FAIT SON PRINTEMPS – DEUX OUVRAGES RÉCENTS

AVT_Philippe-Leuckx_9487.jpgpar PHILIPPE LEUCKX

 

 

 

 

 

 

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Aurélien DONY, né en 1993, est l’un des plus jeunes (il vient d’être « détrôné » par Quentin Volvert, dont le premier livre « Ghettos » paraît ces jours derniers, au Taillis pré, né en 1997) poètes belges, et il a plusieurs cordes à son arc de chants et de romans.

Bientôt 25 ans, et une intense production de poèmes, non pas pour faire bien ou en rajouter, mais par nécessité de dire le monde « comme il va mal, monsieur ! ».

« Io, la belle » : la belle île ou la figure mythologique aimée de Zeus, cette blessure où viennent se perdre, après exil, tant d’âmes qui n’ont rien demandé d’autre qu’un peu de compréhension, d’accueil.

De beaux poèmes empathiques et généreux, versifiés, retracent ces périples ponctués de mauvais sort, mâtinés de haines rentrées, parcourus de frissons. L’exil colle à eux comme une seconde peau maléfique. Le jeune Dony n’a pas de mots assez durs pour dénoncer les coups portés à ces réfugiés de nulle part, qui errent, se désolent, et sur lesquels l’avanie tombe plus sûre qu’un beau destin :bf43-bf95-4830-bd9e-b4620ecdac55.jpg

Argos aux yeux milliers

Tiens ferme bride

Cogne plus fort

Cogne au plus vite

Cogne et fais taire

La voix qui monte (p.33)

Le beau plaidoyer poétique pour une autre humanité (qui puisse prévaloir) est suivi de « Poèmes en prose » dont je détache quelques perles de ce « cristal de vivre » chavéen que Dony éclaire :

« Du bruit du verre quand il se brise », beau et long poème « à dos de chameau-crabe » :

Maman, ma chair, ma tendre infirmité…Le ciel passe son temps à me frotter les yeux…Vous m’avez donné corps, vous m’avez donné voix : je ne veux d’autre mère et pourtant ne m’aime pas…

La voix rythme le cœur, plaide aussi, côté élégie.

Aurélien DONY, Io la belle, Bleu d’encre, 2018, 96p., 12€.

Le site de Bleu d’Encre Editions

 

*

 

MARGES DE LA LUMIÈRE

suivi de

J’AI DÉJÀ TANT VIEILLI DEPUIS QUE JE SUIS MORT

byptet_orig.jpgMichel BOURÇON, né en 1963, à son actif plus de trente titres dont je vous recommande quelques récents (Jean Rustin – Ce peu de soi, À soi le lointain…), publiés à La tête à l’envers, au Phare du Cousseix, aux Carnets du Dessert de Lune, et bientôt au Coudrier, sort en ce printemps, aux éditions GROS TEXTES, un petit livre à l’élégante présentation, qui continue de distiller sa mélancolie foncière, qu’il reporte sur les arbres et la nature, dans une discrète saisie du monde :

dans les soirs bleus

au soleil englouti

par de grands arbres noirs

il n’est pas rare de revenir

sur d’antiques souffrances

où le peu de lumière qui reste

a des soubresauts qui le soulève

tant au-dessus des branches

que dans le corps

se tenant dans l’ombre et l’irrésolution (p.53)

En quête de voir plus clair « nu/ dans un coin », dans cette « défroque de soi », le poète du peu, le poète de l’ombre sait qu’il n’y a rien à faire d’autre qu’écrire, lumière ou son absence, joie rétive ou bonheur, même si « cela nous serre le cœur », oui, « il n’y a qu’à laisser faire ».

L’ethnographe d’un temps ordinaire prolonge les vers de Pirotte « j’ai déjà tant vieilli/ depuis que je suis mort » par des poèmes d’un naturalisme étrange, où le cadavre du poète qu’il est vient visiter, par une très belle circulation des mots, par une capillarité quasi mystique, un peu pessoenne (je pense à ce fragment du « Livre de l’intranquillité » où Fernando parle des caves de sa mémoire), ses proches :

je viens dans vos têtes

entre

sans frapper (p.64)

j’entends quelqu’un appeler

dans le souvenir

que j’ai de lui (p.67)

Ce long thrène de douleur, de souvenir acide, sans corps, décharné, de leurre (« je ne me suis pas reconnu/ en ce cadavre ») est une traversée infernale – ni enfer ni paradis – quoiqu’il faille « échapper à ce corps » : j’ai beau crier/ ce qui me tait/ je ne suis qu’une foule/de pensées sans crâne/ se mouvant dans le noir (p.89)

Le désespoir a des doigts de fée mais reste désespérance.

 

Michel Bourçon, Marges de la lumière, Gros Textes, 2018, 94p., 7€.

Le blog de Gros Textes

 

CLAUDE DONNAY, ARNAUD DELCORTE : L’UN EN PROSE, L’AUTRE PAS.

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

 

447.3.jpgLe poète Donnay s’est donné, depuis peu, le temps de consacrer à la prose une partie de sa création. Jusqu’il y a peu, seule la poésie trouvait audience. Après un roman réussi chez M.E.O, un autre en préparation, le voici prêt à nous plonger dans l’atmosphère bruxelloise de son « Bocal Paradis », longue nouvelle que publie maelström dans sa collection « Bruxelles se conte ».

Ce rêve « étrange et pénétrant » n’a rien de verlainien, quoique très bien écrit, quoiqu’il faille y voir la volonté de rompre avec la brièveté poétique pour une certaine ampleur, un certain goût pour la phrase construite et la fluidité qui va avec.

Difficile de raconter une nouvelle. Plus difficile encore quand le texte jalouse la complexité, voisine avec le fantastique naturaliste : déjà ce bocal, dans lequel nage un narrateur gonflé par la reproduction des choses…donnay-web-paysage.jpg

Et puis au mitan de l’inventive fiction, une Mona Lisa aux belles formes…et des questions qui ne trouvent pas toujours réponse..

Quoi qu’il en soit, Donnay a bien raison de s’adonner à la prose qui lui va comme un gant.

En matière de poésie, Baudelaire ronronnerait d’aise puisque les chats ont ici droit de regard et de caresse!

(Claude Donnay, Bocal Paradis, 2017, Maelström, coll. Bruxelles se conte n°67, 28p., 3€)

Le livre sur le site de l’éditeur 

Bleu d’Encre, le site de Claude DONNAY

 

couverture-5-bord-3mm-blanc_sm.jpgArnaud Delcorte (né Hainuyer en 1970) a débuté en poésie il y a neuf ans, et depuis, son rythme de croisière régulier lui a permis d’éditer une petite dizaine d’ouvrages, dont un roman, sans compter des participations à de bonnes anthologies haïtiennes.

Le voici, aux commandes avec le peintre Sébastien Jean (né en 1980), Haïtien, d’un livre inclassable où le babil/babel des langues et des arts ordonne une réflexion peu orthodoxe sur le monde: sentiments, sexes, sensations, goût du plaisir, de l’azur et plaisir des sens s’agitent en tous sens.March%C3%A9+Po%C3%A9sie+2013+013.JPG

Poèmes en plusieurs langues (français, anglais), illustrations nerveuses, colorées, fantasmatiques de bêtes et d’humains en torsades de reliefs, dans le droit fil des compositions par exemple d’un Siqueiros : « Quantum Jah » étonne par la mixture qu’il donne d’un monde déboussolé, dont la violence, dont les angoisses, dont l’appel d’air aux changements attisent le lecteur. L’audace le dispute à la provocation, et l’on sait qu’Arnaud ne recule pas devant le terme cru (« sexe dégourdi dans la tienne ») ni devant la figuration poétique des plus élégante : « tu me soulèves comme un enfant/ des flaques de ciel plein les joues ».

La tolérance joue son atout : qu’on soit blanc, noir, créole, homo, hétéro, fille, garçon, pauvre, voyageur, sans langue, avec toutes les langues, le poème enjoint quiconque à vivre plus loin, à nouer au babil tous les « babels » du voyage et de la connaissance.

(Arnaud Delcorte et Sébastien Jean, Quantum Jah, Les Editions des Vagues, en Haïti, 2017, 128p., 14,99€)

Le livre sur le site de l’éditeur

 

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