ÉTÉ 2019 – LECTURES de PHILIPPE LEUCKX : LE BOURDONNEMENT DE LA LUMIÈRE ENTRE LES CHARDONS de CLAUDE DONNAY

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Philippe LEUCKX

Poésie (4)

 

Photo

 

Un poète recueille. Un poète sent. Un poète fourmille d’intuitions. Parfois, comme l’abeille, il prélève au réel des sensations uniques. Il les partage.

entrer dans l’errance

au revers du chant

dans l’affleurement/ d’un nom

De la lumière au puits profond, du ciel au fossé (on pourra se souvenir de « l’étoile au fond d’ un trou » d’Aragon), Donnay épuise le « bourdonnement » du désir, du corps de la femme aimée, tout en s’interrogeant sur les écueils, la « solitude si prégnante ».

Si le poète a voulu un titre qui cherche à interroger et à nommer la lumière contrainte, métaphoriquement c’est toute notre condition d’être qui est happée par la question : le haut, le bas, le désir, la chute.

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Claude Donnay

Dans des poèmes au lyrisme revendiqué, mâtinés de mélancolique dérive et de bonheur recherché , le poète sait « piquer l’âme » des choses.

On navigue

Aux marges du doute

Sans boussole

Ni corne de brume

Dans ce no man’s land

De peurs en suspension

Notre voix peut-elle

suffire

A déchirer le sombre drap

Que le vent étend

Sur nos sourires ?

La femme, tendre objet, traverse la poésie :

La lumière creuse le temps

Pour en extirper le passé

Presque désintégré

Elle se pose

Sur un coin de table

Drape une rue

Révèle des jambes

Sous une robe claire

Et parfois il suffit d’une « jupe de soleil fendu » pour évoquer celle que le poète nomme ou poursuit.

Le recueil (+ extrait de la préface de J.-M. Aubevert) sur le site des Editions Le Coudrier

Les livres de Claude DONNAY sur Espace Livres & Création 

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ÉTÉ 2019 – LECTURES de PHILIPPE LEUCKX : AIMANTS + RÉMANENCES d’ARNAUD DELCORTE

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Philippe LEUCKX

Poésie (3)

 

 

Selon le même attrait que l’aimant pour sa cause, l’amant retient toutes les sensations, tous les sentiments qui ont noué sa vie à celle des autres. Ainsi en va-t-il de la sensuelle physique, et la mémoire, en quatrains, scande ces corps qui se soudent, s’échappent, reviennent, à la force des attraits.

Le poète Delcorte, que j’ai lu depuis douze livres, sait nommer avec délicatesse, et aussi de temps à autre avec un sens aigu du cru, du nu, de l’obscène, du vécu, cet amour qui « s’immisce au contact des peaux », la beauté des corps qui jouissent (« errer dans les corps »), le « sexe arqué dans ma main », « tu m’as entraîné dans ton sillage de sable » semble le fronton d’une poésie tout entière au jeu de l’amour « au fil des chambres d’hôtel ».

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Arnaud Delcorte

C’est une poésie, pleine de corps, comme on le dit d’un vin, « le goût de ta peau », « l’amour neuf abordant mon cœur » ou « langueur mitoyenne de l’amour » ou encore « oublier la mort au rouge de tes lèvres ».

Poète sensationniste (« chaque mot une sensation/ chaque sensation va au cœur »), Delcorte relate sa vie en amour, étale « le premier soleil (qui) décroche des syllabes sur ton front » ; vit « d’un claquement de cils tu rebrousses la nuit ma main dans la tienne l’autre en territoire équatorial nous inversons les grandes marées ».

Sensible aux voix, aux peaux, aux échanges, le poète remmaille toutes les fibres des amours passées et présentes, nous en donne à lire l’écheveau sensuel, hardi.

Arnaud DELCORTE, Aimants + Rémanences, éd. Unicité, 2019, 120p., 15€.

Le recueil sur le site d’Unicité

Arnaud DELCORTE sur le site de l’AEB

 

ÉTÉ 2019 – LECTURES de PHILIPPE LEUCKX : SOLOMBRE de FLORENCE NOËL

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Philippe LEUCKX

POÉSIE (1)

« Solombre » de Florence Noël (1973), un troisième recueil publié au Taillis Pré, après Encres Vives et Bleu d’encre, résonne comme un livre grave, marqué au sceau des enjambements, sous l’égide d’un nom puisé chez le poète O. Paz ou d’un poème de la grande Mimy Kinet.

S’il fallait guider le lecteur dans cette œuvre réussie et féconde, peut-être lui suggérerions-nous d’arpenter cette « nuit » qui prend presque toute la place, tant le vocable se répète à l’envi.

« La nuit reflue », « la nuit » a de ces profondeurs qu’il faut préserver.

« je viens payer mon dû à l’ombre/ sans visage »

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Florence Noël 

« La femme rhizome » sait nommer les terres de la sensualité. C’est le terrain de chasse des nuits rêvées ; c’est la terre même d’une poésie qui s’enchante d’un lyrisme un peu sombre :

« nuit conjurée cent fois

et une encore

d’eau soustraite

nous léchons de nos langues affûtées

tes fumigations

où gerce le pacte

nous tordons les mots

dans nos langues éponges

fermente l’encre des

assassins »

Ecrire, semble-t-il, est d’une capillarité qui puisse nommer ce qui vient, se tord, s’impose à la poète qui aime les images.

Ecrire serait-ce trouver « si peu de consolation » « sous tant de baisers » ?

« Solombre », suivi de « Fourbure », décline un univers traversé de mots qui coupent, strient, érodent, comme un amas de blessures loin venues d’enfance.

Le recueil paru au Taillis pré sur Livres et création

Les recueils de Florence NOËL sur Livres et création 

ÉTÉ 2019 – LECTURES de PHILIPPE LEUCKX : LA PÉTILLANCE d’EVELYNE WILWERTH

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Philippe LEUCKX

ROMAN (1)

La pétillance d’Evelyne WILWERTH

Tignasse étoile

 

« Tignasse étoile » (M.E.O., 2019, 168p., 16€) est bien à l’image de son auteure : imagination, dialogues brillants, construction légère, écriture pétillante, sans aucune graisse de lourdeur ou de remplissage (ce qui est le cas de nombre de romans pour atteindre le gabarit des pages imposées) ; le roman explore les faces cachées, sensibles d’une enfant, d’une adolescente, d’une adulte jeune qui écrit sa vie et tient registre de ses secousses, de ses joies, de ses fantasmes (Ottawa n’est pas le dernier).

Louons cette écriture en phrases courtes : il y a du Beck, décidément, chez notre romancière spadoise : du coupé court, en toutes petites phrases vibrantes, virevoltantes, sèches, nues, économes.

Jacinthe, la narratrice, sa mère Clarisse, le petit monde qui la fête (à ce propos, son anniversaire sonne le passage heureux ou résigné du temps, qui scande ce livre grave-léger), l’exaltation du jeune âge débordant de toutes parts : on entre dans ce livre comme dans la fameuse « Maison de papier », c’est dire que la prose s’emballe, se fait chair et sensualité, rompt avec l’académisme romanesque du prêt-à-raconter, tient fort à un rythme endiablé (l’auteure n’est pas pour rien comédienne, dramaturge, récitante),et requiert notre haleine de lecteur, prêt à enfourcher les manies, les tracas, les joies, les délices de son héroïne.

Évelyne Wilwerth
Evelyne Wilwerth

L’art, la création y remplit un rôle premier, quasi un redoublement des plaisirs précités : dans son atelier de vie, l’héroïne assume « cette naissance du monde », l’œuvre se nichant dans le plus profond.

Le titre, à l’instar de l’écriture, rejoint la condensation extrême d’un univers qui se donne à lire d’emblée : l’éclair de la beauté, sa fulgurance sans doute, en dépit des aveux tardifs (Ottawa, une fois de plus), en dépit des dépits, et l’assurance que le mot temps a un peu d’avenir devant lui.

Réflexion (l’air de rien) sur la filiation, « Tignasse étoile » rameute chez le lecteur les questions nettes à propos de notre existence, de notre place dans ce charivari du monde.

Le livre sur le site de M.E.O.

Le site d’Evelyne WILWERTH 

LES TULIPES DU JAPON d’ISABELLE BIELECKI (M.E.O.) / Une lecture de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

Au-delà de l’intrigue échevelée, tumultueuse, complexe, le roman de la poète Isabelle Bielecki est avant tout un cri romanesque sinon autobiographique pour dire « je vis », « je résiste », « je suis fille de », « j’assume ma filiation » etc. On sent, à lire ce roman/récit mené avec une belle maîtrise (quelles que soient quelques préciosités chronologiques), avec en tête le personnage-moteur d’Elisabeth (presque anagramme d’Isabelle), que la narration de soi a un pouvoir insigne pour délester le réel d’un poids effroyable.

Les tulipes du Japon

Après le beau  doux, gentil Miura, pour lequel une passion offre à Elisabeth d’alléger sa profession (courtière en assurances dans une entreprise japonaise), la voilà aux affres, aux chaînes d’un Japonais atterri dans son service, mis là pour l’assujettir, pour la harceler…

Elisabeth n’a pas eu un parcours facile : des parents marqués au sceau de la déportation (Victor, le père, Russe; la mère, son « bourreau » familier, d’origine polonaise); le mari d’Elisabeth la comprend-il? Reste sa fille, chérie, Ania. Au départ, Elisabeth ne souhaitait pas d’enfant. Le milieu d’affaires est oppressant : les patrons, les clients, les proches. Combien d’amitiés ravalées à cause de l’usure (Irène) !

Abe, le tortionnaire japonais, est « un sale type ». L’âge venant, la fissure se fait sentir : le corps cède à la fatigue et cette belle femme sent que le temps lui échappe.

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Isabelle Bielecki

D’une écriture réaliste, précise, non exempte de poésie (il suffit de se reporter aux belles descriptions psychologiques des errements), le roman de Bielecki dénonce le sort régulier de nombre de femmes que l’Entreprise néglige, obsède ou harcèle comme la fragilité imposée dans notre société par le désir de durer et de plaire (Gaby, son ex-ennemie, ne joue-t-elle pas ces faux semblants?).

Bielecki a sûrement mis beaucoup d’elle-même (sa profession) dans ce roman qui égratigne le milieu des affaires comme celui des rencontres amicales (le personnage de Christian et de sa garçonnière); l’âpreté du récit reste longtemps dans l’ombre du lecteur, comme un gage d’authenticité, certes.

La maturité de l’auteure donne aux « Tulipes du Japon » son poids de réalisme psycho-social. Beaucoup de lecteurs s’y reconnaîtront.

Isabelle BIELECKI, Les tulipes du Japon, M.E.O., 2018, 240p., 18€.

Le livre sur le site de l’éditeur

Isabelle Bielecki sur le site de l’AEB

 

 

VISAGES VIVANT AU FOND DE NOUS de MICHEL BOURÇON (Al Manar) / Une lecture de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

Pour le suivre depuis dix recueils, je peux dire que le travail de Bourçon visite des terres avec le ton mélancolique qui le caractérise. Puiser dans le réel des blasons, des impressions fugitives, aligner sa défroque à l’aune des pas, des boulevards, signer sa présence d’homme qui scrute « les branches tendues », cet « homme derrière la vitre », gagner un champ sur la nuit et ce « qu’elle peut nous donner à voir ».

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Bourçon, dans la ligne sinon lignée des grands errants en poésie (Hardellet, Pessoa, Dhôtel, Vandenschrick, Grandmont), sait capter « dans ce jour bas » l’atmosphère au sens le plus climatique des villes traversées, des bords de Loire, « les premières fleurs élues/ par la mélancolie ».

Soixante-dix poèmes, parfois plus longs (une page) que d’habitude, cernent l’immobilité d’un regard sur les « objets », le monde; ils décrivent « des copeaux de peinture » quand la pluie « flétrit » les choses; il y a pourtant, au-delà des constats un peu tristounets, ce désir de fondre dans « un rêve de feuillaison », la nature n’étant jamais très éloignée du regard du poète.

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Michel Bourçon

Et si « l’air manque pour respirer », « le bord d’une existence » « suivi » « comme un sentier/ longeant une rivière » assure au lecteur que toute errance a ses marges tristes et aussi ses éclats de beauté et de refuge.

« La vie perdue », les « manques », « le ciel blanc sale » connotent souvent une précarité cueillie dans le fin fond d’une existence, ressentie comme fragile sinon exposée à « sombrer le retournement ».

Parfois « un poème de feuilles » éclaire le parcours errant d’un homme très visuel, très sensationniste qui explore avec tact, élégance, sobriété la profondeur du monde, que ce soit « nuit parée de réverbères » ou « en se levant chaque jour/ on s’efface peu à peu/ de ses décombres ».

Voilà sans doute une âme en capillarité essentielle avec les rues traversées, par « la fenêtre à grands carreaux » ou « sur la ligne ondulante des toits ».

Oui, « le jour sait les étoiles/ tombées dans nos yeux/ l’eau calme des méandres ». Oui, la vie ordinaire n’est pas toute droite ni de tout repos, elle a ses haltes, ses dérives, ses « ornières » et parfois « la chance des bourgeons ».

Un bien beau livre.

Michel Bourçon, Visages vivant au fond de nous, Al Manar, 2019,  82p., 17€. Beaux dessins en noir de Jean-Gilles Badaire

Le livre sur le site des Editions Al Manar

CES MOTS SI CLAIR SEMÉS de SABINE PÉGLION (La Tête à l’envers) / Une lecture de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

La question de l’écriture – nécessaire -, de la réparation (peut-on, à l’aide de mots, soigner les blessures?) innerve en cette poésie une force et une vitalité qui font que le lecteur sent, sous ces vocables, « ce chemin/ incertain », la quête (que de mots qui intiment la « recherche »), « ce qui sauve » du pire (serait-ce comme le suggère, en page 57, « l’éclat de son enfance », dont la lecture double – éclat/brillant, éclat/morceau – force la perception?)

 

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On est souvent « à la poursuite du vent », frêle esquif promis aux dérives.

On connaît la nuit et puis l’aube qui s’ouvre.

Voilà une poésie, qui joint la lucidité à la confection (que de mots de couture, broderie !) de petits rêves possibles.

Sabine Peglion
Sabine Péglion

Et puis, la poète ne sait-elle pas œuvrer en espérance quand elle nous assure :

« C’est là    dans cette terre

d’air et de temps mêlés

qu’il nous faudra semer

un alphabet nouveau

pour inventer ces mots

déposés    sur les feuilles »

(pp.52-53)

De belles encres (aubergine, bleu gris, sable, ocre…) plongent la lecture dans une posture de contemplation, près d’une « mémoire » où s’accrochent « les étoiles et ton histoire déchirée ».

ô ce « ciel  sur l’herbe/ éparpillé » à l’aune des mots du poème.

Sabine PEGLION, Ces mots si clair semés, la tête à l’envers, 2019, 84p., 18€. Encres de l’auteure.

Le recueil (+ extraits) sur le site de La Tête à l’envers 

Les ouvrages de SABINE PEGLION chez le même éditeur