CHRONIQUES D’UNE ÉCHAPPÉE BELLE de LUC BABA, par PHILIPPE LEUKX

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Philippe LEUCKX

Récit d’une renaissance chez Maelström (qui a publié du même auteur « La timidité du monde » et les remarquables « Billes » de Kenny Ozier-Lafontaine (Paul Poule), « Aventures de Mordicus » de Paul Emond, « Poche de noir » de Gérard Mans, « Histoire de lune d’eau et de vent » de Sorah Sepehri et « La forêt-mémoire » de Chantal Deltenre).

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Luc Baba (1970) raconte la douleur, l’hôpital, le vertige, avec poésie, élégance, en petits chapitres clairs. Le cœur a lâché, la mort fut proche. Deux ans et un peu plus, le livre se referme. Il nous est donné pour suivre un parcours de vie et d’éblouissement. Sort-on de telle aventure, grandi ? guéri ? renouvelé de fond en comble ?

Sa chronique vaut par la lumière intense que les mots posent sur un monde abrupt (la maladie l’est toujours), ouvert (à l’aune du regard de Lili qui l’a adopté comme deuxième père), saisissable (puisque la langue s’apprend comme l’eau que le malade doit raisonnablement prendre, comme l’air à respirer), prégnant (les mots suffiront-ils à découdre la blessure?).

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Luc BABA

Parmi tous les livres en souffrance (et combien, et beaucoup trop pour mes yeux), ce témoignage au beau titre (on l’a « échappé belle », cri du coeur) s’insinue loin, fait place aux fleurs (ces deux orchidées baptisées par le poète d’un Prix de poésie décerné par l’A.E.B., le Delaby-Mourmaux, qu’il cite en p.25, reçu, au Sénat, pour un beau livre paru aux éditions M.E.O. – et j’en suis témoin direct, puisque je le présentai alors ), à la mer, au vent reconstructeur, à la musique (et combien, le poète romancier est chanteur, fan d’Arno, du Boss…).

Le livre remue parce qu’il est vécu d’un intérieur douloureux et partageable : qui n’a vécu, souffert, éprouvé l’hôpital, la maladie?

L’auteur sait doser souffrances et éclaircies, et l’éclairage sentimental ou amoureux, le sourire de Lili, la vie « devant soi » offrent au lecteur l’occasion de se repencher sur la gravité légère du monde, sa légèreté grave.

Luc BABA, Chroniques d’une échappée belle, Maelström Réevolution, 2018, 128p., 14,00€. Photo de couverture de l’auteur.

Le blog de LUC BABA

Le livre sur le site de l’éditeur

 

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TROIS RECUEILS POÉTIQUES DÉCALÉS : L’HUMOUR À L’HONNEUR, un article de Philippe LEUCKX

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Philippe LEUCKX

Trois recueils poétiques décalés. L’humour à l’honneur.

Trois univers au rendez-vous : cinéma, poésie japonaise et petite linguistique poétique.

 

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1. Jean Marc Flahaut et Frédérick Houdaer, Cinéma inferno, Le pédalo ivre, juin 2018, 86p., 11€.

Dès le titre, le duo recourt à une référence d’emblée balayée par l’humour dévastateur, ce film de référence « Cinema paradiso » de Tornatore, pour nous plonger dans un univers de détournement absolu. On rit jaune noir dans « une ville livrée au chaos », celle du grand écran et des souvenirs infernaux qui le traversent.

Se moquer d’une liste de cinéma. Ou d’une blonde qui n’est pas vraiment blonde comme quand elle est brune, pas plus.

Le cinéma français; les westerns tournés dans la Sierra Nevada espagnole; le snobisme; les films aimés : tout passe à la moulinette des deux compères.

CREDO

« quand je serai grand

je ferai Tristan Corbière gérant de vidéoclub « (p.34)

L’enfer, pavé de bonnes ou de moins bonnes intentions, est un lieu où « je me perds dans un cinéma labyrinthique/ une sorte de multiplexe aux couloirs interminables » à la « Shining ».

Défilent des brutes, des blondes, des truands, de belles gueules, Bruce Lee, Harrison Ford, Jodie Foster, de quoi cibler large.

Le cinéma n’en finit pas de faire parler de lui. Les deux cinéphiles sauvages et acides l’ont bien compris.

Le recueil sur le site du PÉDALO IVRE

BRANLOIRE PÉRENNE, le blog de Frédérick HOUDAER

FROM YOUR FRIENDLY NEIGHBORHOOD, Le blog de Jean-Marc FLAHAUT

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Cover theorie et pratique du haiku rate 04 04 2018

2. Roger Lahu & Hozan Kebo, Théorie et pratique du haïku raté, Cactus Inébranlable éditions, 2018, 78p., 10€.

Ce genre bien à la mode, haïku, haïkaï, donne des ailes à deux contempteurs magistraux de ce style d’écriture qui voudrait ramasser, si possible, les atouts culturels loin de chez nous.

Chaque haïku proposé se voit criblé d’ironie () :

52

« les vrais rockers meurent à 27 ans

les vrais poètes sont maudits

les vrais haïkus m’emmerdent »

(mais j’aime bien les koans zen

brèves de comptoir

de vieux bhikkhus bourrés au saké)

(rien que ce mot « vieux bhikkhus »/ me fait marrer) (p.40)

95

« dans une foire « aux plantes rares »

j’ai goûté un pesto à l’ail des ours

meilleur que le mien ça m’a vexé » (p.63)

48

(quelle est la fragrance

d’un haïku raté :

florale boisée orientale hespéridée fougère chyprée cuir?)

(ici et maintenant ça sent l’oignon et le lardon)

Le recueil sur le site du CACTUS INÉBRANLABLE

+

Cover le coureur

3. Eric Dejaeger, Les coureurs avaient de ces bouilles !, Cactus Inébranlable éditions, 2017, coll. Les p’tits cactus # 43, 82p., 9€.

Une linguistique, vraiment, sommeille en ces vers, aphorismes, définitions, titres détournés, jeux de préfixes, d’un humour énorme, se nourrit, se développe, sert de style de frappe pour un auteur qui se renouvelle dans le burlesque entre poésie, popoésie (coll. qu’il dirige), métaphysique des tututes, lexique bouffon, proverbes « sahélien » et « coprophile », calembredaines, calembours-ge, aphoristhmes:

« j’aurais pu être un drôle de monarque : j’eus bu, roi » (p.21)

LE PREFIXE MONO

« Mononcle : frère célibataire du papa ou de la maman »

« Mononne : religieuse ermite »

« Monotaire : officier public personnel » (p.33)

DICTON de fumeur

Glaires du matin, petit dèj’ malin.

(100% bio, et directement du producteur au consommateur.) (p.54)

Les bouilleurs avaient de ces c… !

Avec ce Dejaeger, tout est permis, et n’oubliez pas : son conseil : Contrepétez deux fois.

Le recueil sur le site du CACTUS INÉBRANLABLE

COURT TOUJOURS, le blog d’Éric DEJAEGER 

UN IMMENSE EXPLORATEUR DE LA DOULEUR INTIME : PHILIPPE RAHMY-WOLFF, un article de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

Je découvris son premier et bouleversant témoignage littéraire pour ma chronique « Poésie panorama » du « Journal des poètes » en 2006. Le livre de Philippe venait de paraître chez Cheyne éditeur en 2005.

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Je le reprends, et la fulgurance reste celle qui me traversa : la douleur s’y écrit sans une once de pose et il m’est douleur d’en écrire puisque Philippe n’est plus là depuis un an. Le mal ne l’a guère empêché d’écrire, de vivre, de voyager, et il s’est mis au roman (Allegra), au récit (Monarques), à l’essai de voyage (Pardon pour l’Amérique). J’ai parlé des trois dans La Cause Littéraire.

Son premier opus, déchirante déclaration du mal qui le saigne, est une prose éclatée en petits segments d’aveux sans ambages :

« Le corps est un fourreau pour la seule agonie, fendu quand se cambre le long pli de la révélation du cœur, la douleur sortie de sa gangue. Assez de pleurs. » (p.26)

« Venez-moi en aide, j’ai mal. » (p.33)

« Le bord du chemin est un tesson » (p.34)

Par la fin faut-il prendre les choses, puisqu’elles en ont une, inéluctable, foncière

« La douleur accomplit sa mue, elle termine par le Verbe », p.56.

Au corps/cœur brisé par cette maladie de verre, le poète répond d’une salve de mots, puisque ce sont les seules armes qui lui restent pour vivre, pour assurer, par la fin, le mouvement de sa sublime poésie incarnée dans des mots qui ne leurrent pas, vrais jusqu’à la brisure qu’il ressentit jour après jour.

Mouvement par la fin. un portrait de la douleur, Cheyne, Grands fonds, 2005, 64p., 13,50€. Postface de Jacques Dupin

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Philippe RAHMY

Le livre sur le site de Cheyne Editeur

PHILIPPE RAHMY chez Cheyne Editeur

 

 

FRAGMENTS (5) de GÉRARD PARIS, une lecture de Philippe LEUCKX

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Philippe LEUCKX

fragments-5

Chaque poème est constitué de vers elliptiques, chacun ayant une portée d’aphorisme ou de réflexion cumulative, puisque le poème (et il y en a 31) se nourrit de chaque vers. Le lecteur ainsi peut à l’envi se gorger des mots, récrire les variations que chacun des poèmes propose à sa cogitation :

11

Visions internes : des tissus bariolés, fragmentés,

striés…

La lampe, le langage : interstices entre les mots, le

silence, la lumière…

(…)

Les métaphores, les consonances, les appariements de sens et d’images, les appositions forment l’essence d’une écriture qui aime jouer des allitérations, des énumérations et des signifiants :

26

Matité et mutité : couleurs et changements…

Le signe et le silence : mutisme, blancheur et

envol…

« polir le poème avec un couteau de lumière » (p.38) est une lumineuse trouvaille, qui nous enjoint à nous replonger dans ce bref recueil, qui va plus loin que le simple énoncé, dans une zone métaphysique de l’être qui se cherche. Arpenteur métaphysique, témoin des crépuscules.

Gérard PARIS, Fragments (5), Bleu d’encre, 2018, 44p., 10€. Illustrations de Laurence Izard.

Le recueil sur le site d’Espace Livres & Création

Le site des Editions BLEU D’ENCRE

SEULS LES ÉCHOS DE NOS PAS de FRANÇOISE PIRART, une lecture de Philippe LEUCKX

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Philippe LEUCKX

D’une disparition Françoise Pirart retient « Seuls les échos de nos pas ». Un roman que publie Luce Wilquin, le 18e livre de son auteur. (208 p., 19€)

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Sur le mode de l’enquête intime, plus que policière, deux proches recherchent Coline, volatilisée depuis sept longs mois.

Le frère de la disparue et la grande amie de Coline, Anaïs, mènent ces recherches en pistant les moindres indices, en fouillant jusqu’au cœur des relations qu’elle pouvait entretenir avec des personnages que le lecteur découvre peu à peu : un peintre, un Russe, un ami bruxellois, la « femme de Gilles », Sophie, et l’étrange s’installe.

De cette intrigue assez échevelée – on passe des bois profonds où réside Gilles à la région aragonaise, on évoque un ancien ami espagnol du père d’Anaïs…, on est sensible à la quête éperdue pour sauver de quelqu’un la moindre trace.

D’une écriture claire, très soignée, ménageant astucieusement les données susceptibles de guider le lecteur, la romancière belge brosse un aujourd’hui perturbé et perturbant où tout le monde peut désirer un jour couper les ponts, disparaître…

J’ai pensé en lisant ce livre de Pirart à l’Espagne d’Antonioni et à son reporter souhaitant se fondre dans une autre vie.

Des fausses pistes sont agréablement levées sur le chemin de lecture, nous ne les dévoilerons pas, comme dans tout bon roman « policier ».

La fin lyrique signe une réflexion sur la place de l’autre, le vide d’une maison sans trace personnelle.

La tenue de ce roman, road-movie proche dans l’esprit du beau premier film de la jeune et talentueuse Amélie Van Elmbt (La tête la première, 2011), est à souligner et sa charpente souple pour conquérir le lecteur et lui assigner un juste suspense.

P.L

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Françoise PIRART

Le roman sur le site des Editions LUCE WILQUIN

FRANÇOISE PIRART chez Luce Wilquin

VOYAGE EN PAYS D’ÉCRITURE de MICHEL JOIRET en collaboration avec NOËLLE LANS, une lecture de Philippe LEUCKX

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Philippe LEUCKX

Ce gros ouvrage aux hautes pages – et bien tassées -, conçu sur la base de nombre de voyages culturels à la découverte de la littérature francophone, organisés par Michel Joiret et l’équipe de la revue « Le Non-Dit » en France sur un laps de temps assez long – de 1999 à 2017, offre à l’amateur des grandes figures littéraires françaises une matière sensible, copieuse et référencée.

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Rien que de grands noms (Rousseau, Proust, Colette, Cocteau, Carco, Duras…) donnés à (re)lire à partir de rencontres, de décodages des thèmes et des lieux d’écriture (maisons des écrivains, terreau socio-culturel…) : de quoi satisfaire aussi toutes les générations, diverses écoles et écritures littéraires, différentes époques selon une chronologie qui a l’avantage d’un éclectisme éclairé. La littérature, certes, a l’apanage d’une offre tous azimuts : accoler Sand et Duras ou Loti et Cendrars, pourquoi pas au fond?

Proust, Colette, bien sûr, et de nombreuses pages montrent à l’envi l’inépuisable chez ces auteurs de la même génération, qui ont régalé tant de lecteurs !

On n’en finira jamais d’énoncer la richesse (sensuelle, thématique, poétique, sociologique) de ces deux oeuvres, dues à des romancier(e)s issus du plus profond de la terre, quelle que soit l’origine de cet attachement. Colette, en Puisaye; Proust, pour des vacances à Illiers; tous deux ont compris l’importance d’évoquer ces figures ancrées dans le passé : autrement, comment saisir ce Combray immémorial ou cette Sido pourvoyeuse à sa fille d’un contact privilégié avec la nature?

L’essai collectif (de nombreuses plumes ont fourni aux deux auteurs une aide précieuse : citons Joseph Bodson, Jean Lacroix, Max Vilain, Jacques Goyens…) révèle aussi des parcours un peu plus oubliés : remettre à l’honneur l’excellent Mac Orlan, le devancier proustien René Boylesve, sert la bonne littérature, puisque tant d’oeuvres demandent à être relues et parfois réévaluées.

De nombreuses photos illustrent ce « voyage en pays d’écriture »; les grilles d’analyse proposées ont cet intérêt didactique bienvenu.

Un ouvrage qui devrait figurer dans toutes les bibliothèques belges et françaises. Les écrivains belges ont même droit à un chapitre, s’ils ont vécu en France (Bauchau, Simenon, Bologne etc.)

Michel Joiret, Noëlle Lans et alii, Voyage en pays d’écriture, éd. M.E.O, 2017, 500p., 25€. Préface de Pierre Mertens.

Le livre (+ ce qu’on en a dit) sur le site des Editions M.E.O. 

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LA GRANDE VIE de CHRISTIAN BOBIN, une lecture de Philippe LEUCKX

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Philippe LEUCKX

Lu jadis « La folle allure », « Le Très-Bas », et quelque autre titre.

L’auteur, nourri de Dieu et de ce qui peut l’être divinement par une perception exacte, humble, spontanée du vivant, convoque ses merveilleuses lectures de Desbordes-Valmore, de Grosjean et d’ autre « enfant de boucher de Guéret ».

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Le sens de la formule, celui de la métaphore ramassée induisent cette phénoménologie des pures réalités, si souvent délestées de notre distraction notoire. Il a l’oeil, le cœur pour asseoir dans ses phrases ce que l’aveugle commun ne voit plus, n’a jamais vu.

Bobin du Creusot, qu’il énonce assez souvent, baguenaude du papillon à l’arbre, du chagrin au lézard sans tomber dans les bondieuseries ou à l’école du rien d’un Delerm – ce qui me semble chez lui facile et un brin convenu.

L’auteur coud, petits fragments après d’autres, une certaine leçon de choses – à l’image de ce qui ne prend guère d’ans comme cette magnifique « lettre d’une femme en bleu », à l’aune des Ronsard immortels.

Sans doute, c’est un bonheur d’écriture qui prévaut, tant les thèmes semblent aller de soi : le miracle de vivre, même adossé à la « tombe » du père, plus d’une fois hélé le temps de ce livre; la force de la nature pour l’entomologiste patient; la vraie vie silencieuse des âmes…

Hommage au père, à la mère pourvoyeuse des poèmes – comme toutes les mères selon Christian Bobin, le livre recèle des trésors d’humaine animalité quand il s’agit de parler de ce petit chat dont le poète a conservé trace sur la main.

« La cloison fine » qui nous sépare de la vie éternelle est la métaphore de cette écriture qui tisse entre les réalités un voile de poésie, la « poésie grande vie », excipit d’un beau recueil en six parties, qui prend parfois allure de lettre, de confidente mémoire, de partage (« l’écriture est une petite fille qui parle à sa poupée »,p.24, oui, c’est vraiment ça, je l’éprouve aussi en scrutant d’un oeil bonhomme ma Laura)

Merci à Chlo Hé.

P.L.

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La Grande Vie sur le site de Folio/Gallimard

CHRISTIAN BOBIN chez Gallimard