RÉÉDITION d’extraits de NOUS NOUS SOMMES TROMPÉS DE MONDE de CLAIRE LÉGAT (Encres Vives #442) / Une lecture de Philippe LEUCKX

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Philippe LEUCKX

Chantée par Ayguesparse, Hubin, Goffin, la poésie de Claire Légat (1938) est d’un lyrisme âpre qui embrasse intimisme et sens de l’homme. Dans de longs poèmes innervés de beautés, la poète ose se dire dans l’espace de l’univers : « Nous sommes la même plage visitée par la mer » ou « Je ne cherche pas à t’habiter : ton visage devient mon espace ».

Claire Légat

« Je revois mon enfance posée comme un couteau » pourrait être la bannière d’une poésie qui sait mêler humeurs des voyages, « le destin des villes », « les routes (qui) ne mènent nulle part », « nomades des famines ».

« Et je suivrai des yeux les migrations prochaines » : belle déclaration d’une poète attentive « à la terre étrangère », aux « fragments de ciel » et aux « enfants des grandes villes de cendre ».

Elle entreprend d’analyser les blessures du monde, ses cicatrices, ses urgences :

« famines sans nom » ou « patries immobiles » empêtrées dans leur misère.

Toutefois, un vitalisme de tout instant sourd de ces poèmes qui sèment roses et espoirs au milieu de nulle part.

Le site d’ENCRES VIVES

CLAIRE LÉGAT sur le site de l’AEB

 

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TROIS PHOTOGRAPHES EXPOSENT À LA VERRERIE DE BRAINE-LE-COMTE / Une chronique de Philippe LEUCKX

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Philippe LEUCKX

 

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Coline* a demandé à des hommes de s’exposer un peu plus à son regard, alors qu’ils ont déjà connu nombre d’aléas et de situations difficiles.

Les clichés, mats, en belles couleurs apaisées, tissées de feuilles d’automne et de chairs , donnent à lire des corps d’hommes qui se libèrent des contraintes, pas d’impudeur dans ce regard qui montre la nudité jusqu’à la taille, pas de regard de voyeur mais d’esthète. Coline respecte trop cette réticence des gars à se montrer à nu. Il en sort de très belles photos (les modèles ne sont pas il est vrai des rebuts) où respirent les corps, dans une lumière tamisée qui donne chair à la chair.

 

Boris** travaille sur la brillance et la rotation des éléments. Ses couleurs, hautement saturées, donnent le vertige. Des manèges, des décors qui virevoltent sous nos yeux. Chez Boris, c’est la couleur en vibration rapide qui est sens. Ainsi faut-il lire ces grands tableaux qui assument vertige et rapidité. Ce sont des figures urbaines, sans traces humaines, des paysages abstraits en rotation, on sent la volonté d’inscrire des mouvements, des colorations, des circonvolutions d’éléments engagés dans la course moderne. Un maître de la couleur, pour sûr, et une maîtrise de ses matières qui se nomment turbulences, agitations, flous volontaires.

  

Michel*** adore le jazz et toutes les musiques. Fanatique des concerts et visuel dans l’âme, il en ramène des traces luministes, instantanés en noir et blanc de toute beauté sur des gestes, des moments, des instruments de solistes qui s’épanchent dans leur art. Un saxophoniste, tous muscles tendus, se tord le corps pour nous faire vibrer : la virilité des modèles, la profondeur des grisés, la vertu de nous immiscer dans le concret des visages qui ne se savent photographiés, tout concourt à nous donner des fulgurantes visions de la musique où chaque geste tend à parfaire l’instrument, la voix. Parfois, ce caravagisme se restreint à montrer des éclats de lumière, un rai sur un bras, un trait.

 

Philippe Leukx, ce 13 octobre 2019.

*COLLEEN PLATBROOD, **BORIS LENEARTS, ***MICHEL VAN RHIJN

La page Facebook de La Verrerie

Le site du Centre Culturel de Braine-le-Comte

ÉTÉ 2019 – LECTURES de PHILIPPE LEUCKX : LE BOURDONNEMENT DE LA LUMIÈRE ENTRE LES CHARDONS de CLAUDE DONNAY

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Philippe LEUCKX

Poésie (4)

 

Photo

 

Un poète recueille. Un poète sent. Un poète fourmille d’intuitions. Parfois, comme l’abeille, il prélève au réel des sensations uniques. Il les partage.

entrer dans l’errance

au revers du chant

dans l’affleurement/ d’un nom

De la lumière au puits profond, du ciel au fossé (on pourra se souvenir de « l’étoile au fond d’ un trou » d’Aragon), Donnay épuise le « bourdonnement » du désir, du corps de la femme aimée, tout en s’interrogeant sur les écueils, la « solitude si prégnante ».

Si le poète a voulu un titre qui cherche à interroger et à nommer la lumière contrainte, métaphoriquement c’est toute notre condition d’être qui est happée par la question : le haut, le bas, le désir, la chute.

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Claude Donnay

Dans des poèmes au lyrisme revendiqué, mâtinés de mélancolique dérive et de bonheur recherché , le poète sait « piquer l’âme » des choses.

On navigue

Aux marges du doute

Sans boussole

Ni corne de brume

Dans ce no man’s land

De peurs en suspension

Notre voix peut-elle

suffire

A déchirer le sombre drap

Que le vent étend

Sur nos sourires ?

La femme, tendre objet, traverse la poésie :

La lumière creuse le temps

Pour en extirper le passé

Presque désintégré

Elle se pose

Sur un coin de table

Drape une rue

Révèle des jambes

Sous une robe claire

Et parfois il suffit d’une « jupe de soleil fendu » pour évoquer celle que le poète nomme ou poursuit.

Le recueil (+ extrait de la préface de J.-M. Aubevert) sur le site des Editions Le Coudrier

Les livres de Claude DONNAY sur Espace Livres & Création 

ÉTÉ 2019 – LECTURES de PHILIPPE LEUCKX : AIMANTS + RÉMANENCES d’ARNAUD DELCORTE

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Philippe LEUCKX

Poésie (3)

 

 

Selon le même attrait que l’aimant pour sa cause, l’amant retient toutes les sensations, tous les sentiments qui ont noué sa vie à celle des autres. Ainsi en va-t-il de la sensuelle physique, et la mémoire, en quatrains, scande ces corps qui se soudent, s’échappent, reviennent, à la force des attraits.

Le poète Delcorte, que j’ai lu depuis douze livres, sait nommer avec délicatesse, et aussi de temps à autre avec un sens aigu du cru, du nu, de l’obscène, du vécu, cet amour qui « s’immisce au contact des peaux », la beauté des corps qui jouissent (« errer dans les corps »), le « sexe arqué dans ma main », « tu m’as entraîné dans ton sillage de sable » semble le fronton d’une poésie tout entière au jeu de l’amour « au fil des chambres d’hôtel ».

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Arnaud Delcorte

C’est une poésie, pleine de corps, comme on le dit d’un vin, « le goût de ta peau », « l’amour neuf abordant mon cœur » ou « langueur mitoyenne de l’amour » ou encore « oublier la mort au rouge de tes lèvres ».

Poète sensationniste (« chaque mot une sensation/ chaque sensation va au cœur »), Delcorte relate sa vie en amour, étale « le premier soleil (qui) décroche des syllabes sur ton front » ; vit « d’un claquement de cils tu rebrousses la nuit ma main dans la tienne l’autre en territoire équatorial nous inversons les grandes marées ».

Sensible aux voix, aux peaux, aux échanges, le poète remmaille toutes les fibres des amours passées et présentes, nous en donne à lire l’écheveau sensuel, hardi.

Arnaud DELCORTE, Aimants + Rémanences, éd. Unicité, 2019, 120p., 15€.

Le recueil sur le site d’Unicité

Arnaud DELCORTE sur le site de l’AEB

 

ÉTÉ 2019 – LECTURES de PHILIPPE LEUCKX : LE MUSÉE DE LA GIROUETTE ET DU VENTILATEUR

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Philippe LEUCKX

Poésie (2)

 

Éric Dejaeger, poète, romancier, né en 1958, qui dirigea de nombreux numéros d’ « Ecrits vains », revue qui accueillit nombre de plumes de tous poils, est assez loufoque et surréaliste pour ne pas trop se prendre au sérieux ni se prendre les pieds là où le vers trébuche ni se formaliser d’être souvent oublié parmi les poètes de la génération EXPO (tous nés un peu avant ou après l’Atomium : Mathy, Noullez, Bucciarelli, Donnay, Allard, Norac, Logist).

« Le musée de la girouette et du ventilateur » ventile s’il le fallait nombre de registres poétiques par l’emploi presque exclusif du jeu de mot, du calembour, de la contrepèterie, bref le signifiant chez Dejaeger fait foi et il en sort une pléiade de textes plus drôles les uns que les autres, moquant, c’est bon signe, le statut d’un Superpoète, tout noirci de colère ou qui « perd les eaux », lui qui « fildeférise/ de Villon à Prévert ».

Dejaeger aime lister (son côté Bretonnière) et déplie la natte « à la femme à pattes de chatte/ (qui) adore détapisser » ; il aime surtout rénover les expressions idiomatiques et leur donner seconde vie :

« à brûle-pourpoint »

pour les pyromanes.

« à gorge déployée »

pour les nymphomanes »

 

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Eric Dejaeger

 

Il sait jouer de la langue en expert, humour et élégance se redoublant :

CRADINGUES

Il faisait

tellement sale

chez eux

que c’est en sortant

que l’on s’essuyait

les pieds

pour ne pas salir

dehors

Le poète s’exerce au « catch surréaliste » (Lui marcher sur les pieds/ de nez), prend vraiment tout au pied de la lettre (LE VOLEUR : il a piqué un somme/ au rêveur) et enchante.

Le recueil sur le site de Gros Textes

COURT TOUJOURS, le blog d’Éric DEJAEGER 

Éric DEJAEGER sur Espace Livres & Création

ÉTÉ 2019 – LECTURES de PHILIPPE LEUCKX : SOLOMBRE de FLORENCE NOËL

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Philippe LEUCKX

POÉSIE (1)

« Solombre » de Florence Noël (1973), un troisième recueil publié au Taillis Pré, après Encres Vives et Bleu d’encre, résonne comme un livre grave, marqué au sceau des enjambements, sous l’égide d’un nom puisé chez le poète O. Paz ou d’un poème de la grande Mimy Kinet.

S’il fallait guider le lecteur dans cette œuvre réussie et féconde, peut-être lui suggérerions-nous d’arpenter cette « nuit » qui prend presque toute la place, tant le vocable se répète à l’envi.

« La nuit reflue », « la nuit » a de ces profondeurs qu’il faut préserver.

« je viens payer mon dû à l’ombre/ sans visage »

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Florence Noël 

« La femme rhizome » sait nommer les terres de la sensualité. C’est le terrain de chasse des nuits rêvées ; c’est la terre même d’une poésie qui s’enchante d’un lyrisme un peu sombre :

« nuit conjurée cent fois

et une encore

d’eau soustraite

nous léchons de nos langues affûtées

tes fumigations

où gerce le pacte

nous tordons les mots

dans nos langues éponges

fermente l’encre des

assassins »

Ecrire, semble-t-il, est d’une capillarité qui puisse nommer ce qui vient, se tord, s’impose à la poète qui aime les images.

Ecrire serait-ce trouver « si peu de consolation » « sous tant de baisers » ?

« Solombre », suivi de « Fourbure », décline un univers traversé de mots qui coupent, strient, érodent, comme un amas de blessures loin venues d’enfance.

Le recueil paru au Taillis pré sur Livres et création

Les recueils de Florence NOËL sur Livres et création 

ÉTÉ 2019 – LECTURES de PHILIPPE LEUCKX : LA PÉTILLANCE d’EVELYNE WILWERTH

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Philippe LEUCKX

ROMAN (1)

La pétillance d’Evelyne WILWERTH

Tignasse étoile

 

« Tignasse étoile » (M.E.O., 2019, 168p., 16€) est bien à l’image de son auteure : imagination, dialogues brillants, construction légère, écriture pétillante, sans aucune graisse de lourdeur ou de remplissage (ce qui est le cas de nombre de romans pour atteindre le gabarit des pages imposées) ; le roman explore les faces cachées, sensibles d’une enfant, d’une adolescente, d’une adulte jeune qui écrit sa vie et tient registre de ses secousses, de ses joies, de ses fantasmes (Ottawa n’est pas le dernier).

Louons cette écriture en phrases courtes : il y a du Beck, décidément, chez notre romancière spadoise : du coupé court, en toutes petites phrases vibrantes, virevoltantes, sèches, nues, économes.

Jacinthe, la narratrice, sa mère Clarisse, le petit monde qui la fête (à ce propos, son anniversaire sonne le passage heureux ou résigné du temps, qui scande ce livre grave-léger), l’exaltation du jeune âge débordant de toutes parts : on entre dans ce livre comme dans la fameuse « Maison de papier », c’est dire que la prose s’emballe, se fait chair et sensualité, rompt avec l’académisme romanesque du prêt-à-raconter, tient fort à un rythme endiablé (l’auteure n’est pas pour rien comédienne, dramaturge, récitante),et requiert notre haleine de lecteur, prêt à enfourcher les manies, les tracas, les joies, les délices de son héroïne.

Évelyne Wilwerth
Evelyne Wilwerth

L’art, la création y remplit un rôle premier, quasi un redoublement des plaisirs précités : dans son atelier de vie, l’héroïne assume « cette naissance du monde », l’œuvre se nichant dans le plus profond.

Le titre, à l’instar de l’écriture, rejoint la condensation extrême d’un univers qui se donne à lire d’emblée : l’éclair de la beauté, sa fulgurance sans doute, en dépit des aveux tardifs (Ottawa, une fois de plus), en dépit des dépits, et l’assurance que le mot temps a un peu d’avenir devant lui.

Réflexion (l’air de rien) sur la filiation, « Tignasse étoile » rameute chez le lecteur les questions nettes à propos de notre existence, de notre place dans ce charivari du monde.

Le livre sur le site de M.E.O.

Le site d’Evelyne WILWERTH