LES LECTURES d’EDI-PHIL #44 (juillet 2022) : COUP DE PROJO sur LES LETTRES BELGES

Les lectures d’Edi-Phil

Numéro 44 (juillet 2022)

Philippe REMY-WILKIN (par Pablo Garrigos Cucarella)

Coup de projo sur le monde des Lettres belges

sans tabou ni totem, bienveillant mais piquant…


A l’affiche :

une biographie (Benoît Mouchart), un essai venu de Flandre (David Van Reybrouck), cinq romans (Nathalie Skowronek, Olivier Hecquet, Patrizio Fiorelli, Bernard Antoine, Alex Pasquier), une commémoration en discours (Académie RLLFB), un recueil de poésies (Arnaud Delcorte) ; les maisons d’édition Les impressions nouvelles, Ker, Murmure des soirs, F. Deville, Académie royale, Névrosée, L’arbre à paroles, Actes Sud et Grasset.


(1)

Benoît MOUCHART, A l’ombre de la ligne claire, Jacques Van Melkebeke entre Hergé et Jacobs, biographie, Les impressions nouvelles, Bruxelles, 2014 (édition originale en 2002), 222 pages.

J’entorse ! Auteur français ! Mais qui se donne à notre belgitude comme peu. J’avais déjà évoqué le merveilleux Emile Bravo, dont la reprise de Spirou, fait rarissime, est au niveau du modèle (Franquin), quoiqu’en rivalisant bien autrement. Mouchart, lui, nous a offert des livres sur des monuments de la BD belge : Greg, Hergé et Jacobs (en compagnie de François Rivière, réédité augmenté tout récemment, encore aux Impressions nouvelles de… Benoît Peeters, cet autre Français acquis à Bruxelles, la BD belge, notre microcosme).

Très bon livre dès le titre, des allures de mise en abyme : on va évoquer une personnalité qui, a priori, révulse et attire, un homme condamné comme collaborateur après la Deuxième Guerre mondiale mais auquel on devrait, selon diverses rumeurs, une grande partie de nos plaisirs d’enfance, un fragment de l’étoffe dont notre imaginaire belge est tissé. Un traître et un enchanteur ?

Le livre va étudier très précisément l’itinéraire de l’artiste, de son enfance dans les Marolles à sa carrière internationale comme scénariste et metteur en scène de romans-photos. Edifiant, si je puis dire, passionnant, émouvant, obligeant à méditer sur la responsabilité, le sens de la vie et de la réussite, etc. De qui parle-t-on ? D’un homme qui a voulu toute sa vie se définir et réussir comme peintre. Qui a été critique aussi, féroce. Journaliste dans Le soir volé (par les Allemands), etc. On parler surtout d’un homme qui serait à l’origine des aventures de Blake et Mortimer (…et le modèle physique de ce dernier !), qui aurait écrit ou participé (un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout ?) aux scénarios de ceux-ci, aux récits de Tintin, de Corentin, d’Hassan et Kaddour, etc. Qui aurait été le 5e mousquetaire des débuts de l’hebdomadaire Tintin, celui qui inspirait les 4 autres (Laudy, Jacobs, Hergé, Cuvelier). Un fantôme des planches belges, somme toute.

Son itinéraire pose des questions qui renvoient à l’essence de nos vies. Peut-on mener sa barque sans se préoccuper de ce qui se passe autour de nous ? Quel poids (et quelle sanction) attribuer à une faute ponctuelle (un article, UN SEUL, où il incrimine des résistants) provoquée par un contexte particulier ? Peut-on se tromper sur le sens de notre vie, ne pas percevoir où est notre réussite majeure (lui, il change l’histoire de la BD belge, intervient dans la création de nos mythes, mais méprise cet art mineur à ses yeux) et chercher la gloire dans un métier où l’on montre des limites (son talent est entravé, en peinture, par une incapacité à prendre en compte la modernité et la réflexion sur l’art) ? Son cas, bouleversant, renvoie à mille autres : Diana Rigg incarne de manière légendaire la plus grande héroïne de l’histoire de la télé mais elle snobe Emma Peele pour le théâtre et le cinéma avant de mesurer qu’elle a été le grand rôle de sa carrière ; Gainsbourg aurait voulu être peintre et méprise, relativement, la chanson ; Jacobs voulait être chanteur lyrique et devient le monument de la BD réaliste de l’Âge d’or ; Voltaire ne jure que par son théâtre et son épopée, il sera immortalisé par ses contes ; etc.

En filigrane aussi, toute l’ambiguïté d’Hergé, tantôt d’une générosité et d’une loyauté admirables, tantôt si rigide ou naïf. Les ombres de la ligne claire !


(2)

Alex PASQUIER, Le vitrail en flammes, roman, Névrosée, collection Les sous-exposés, Bruxelles, 2021, 166 pages.

Avant de plonger dans le livre, abordons un projet global, celui de la fondatrice des éditions Névrosée, Sara Dombret, de sa directrice de collection Anna Menese. Il s’agit de donner une nouvelle lisibilité à des autrices (le premier élan, d’où le nom de la maison, « Névrosée », pied-de-nez teinté d’autodérision dégainé en réponse à un certain machisme), des auteurs belges de talent abandonnés par les trompettes de l’Histoire. Un objectif positif, un acte de résistance éthique et citoyen, osons les grands mots, qui renvoie à des évidences amères : le peu de cas fait de nos talents créatifs par nos autorités publiques, l’oubli qui nous guette tous et toutes. Il n’est qu’à songer à tous ces noms, ces bustes croisés dans les galeries des académies…

Voir :

Le site de la maison d’édition : https://www.nevrosee.be/

Le discours de l’éditrice recoupe mon combat, celui de quelques camarades, une résistance à une anomalie, des allures de scandale :

On notera d’ailleurs avec regret que Sara Dombret ignore les efforts de notre plateforme Les belles phrases. Ou ceux d’un éditeur comme Samsa, d’une revue comme Que faire ?, etc., ce qui renvoie à l’immense difficulté du faire-savoir, à la nécessité de synergies.

Il ne suffit pas d’être animé par de belles idées, encore faut-il bien accoucher. Pari tenu ! Le livre est un très bel objet, dès sa couverture. Un Spilliaert en incrustation. Le restaurant, un tableau de 1904. Spilliaert ! Une passion flamande (ses peintures transcendent le premier regard porté sur 5 de mes livres) partagée avec plusieurs auteurs (Kate Millie, Evelyne Wilwerth, Claude Donnay, etc.) ou éditeurs (Gérard Adam, Christian Lutz) belges francophones. Spilliaert et la Spilliaerthuis au cœur de la narration de mon dernier micro-roman (Encres littorales, chez Lamiroy, 2021). Un très bel objet, du début à la fin, jusqu’à la quatrième de couverture, en passant par une mise en page soignée, un suivi éditorial impeccable.

Alex Pasquier

Né en 1888, cet avocat a écrit divers essais et romans, sans doute avec un certain succès : certains ont été réédités (celui que nous tenons en mains est sorti en 1930 aux éditions de La Gaule puis en 1941 chez Labor, en 1943 chez L’étoile) ; il a accédé à la présidence de l’AEB, l’association des écrivains belges de langue française. « Gloria fugit. » Pasquier, après sa mort, a glissé dans les limbes de l’histoire littéraire, seulement maintenu à la surface ténue du souvenir par l’existence d’un prix littéraire décerné par ladite société d’auteurs. Jusqu’à ce que…

Le secrétaire de l’AEB, Frédéric Vinclair, ayant eu un jour la bonne idée d’inventorier, trier les archives de l’association, a mis la main sur des trésors escamotés, documents, manuscrits. Notamment dudit Pasquier. Et Vinclair d’ouvrir le sillon d’une résurrection via une première publication (Le cerveau électrique), commentée, que nous avions applaudie dans cette mini-revue en 2020 :

La préface

Névrosée a tendu la plume ou le clavier à Frédéric Vinclair, qui se fend de 5 pages de présentation et de mise en contexte.

Le roman s’écarte de la production habituelle de Pasquier, délaissant les thématiques plus sociétales (le milieu estudiantin de la capitale, l’enfance fauchée par le malheur, la Première Guerre mondiale, etc.) pour une odyssée plus psychologique, individuelle. Sans doute faut-il percevoir un second degré, une ironie en filigrane du récit : à peine l’auteur a-t-il asséné (via son protagoniste) sa répulsion à l’encontre des romanciers jouant aux apprentis-psychologues qu’il délivre dans la foulée « exploration psychologique » et « description des sentiments », des allures de fragments d’un traité sur la conjugalité. Avec succès.

Le pitch

Vinclair, dans sa préface, nous livre une merveille de concision et d’intensité fluide :

« Depuis sept ans, dom Maxence Marvillac s’est cloîtré à l’abbaye d’Aubemont. Il s’est fait moine, après avoir mené une vie de compositeur qui ne lui promettait que succès. Il cache un lourd secret : sa conscience écartelée par le remords brûlant d’une passion amoureuse interdite et d’une rivalité fatale. »

Les années « de calme et de recueillement » dans un « enclos feutré » s’évaporent suite à un coup de tonnerre : la montagne, du Chamonix, a rendu le corps d’un disparu de ses amis. On croyait la mort accidentelle mais « sur le cadavre, des stigmates » dirigent à présent vers un meurtre, un autre ami, le grand ami de ses années de guerre, Fortier, est accusé. Or Marvillac en sait long sur le contexte qui a préludé au drame. Et il est appelé à témoigner.

La matière du livre

La structure est singulière pour un récit si ancien. Ou, plutôt, elle rappelle à quel point l’innovation, l’audace sont de tout temps, débutant bien avant le radicalisme du Nouveau roman, des siècles en arrière même, sans doute des millénaires. Pasquier, en l’occurrence, découpe son roman en trois parties fort distinctes, qui épousent des tonalités, des instances narratives, des rythmes différents. La première, très poétique, nous faufile de plain-pied dans un lieu hors du temps et de l’espace, Aubemont :

« D’argent noir dans le ciel rouge montent les tours du monastère ; de précision dans les flots des collines, de ferveur dans l’indifférence des solitudes. »

Il y a là comme le choc entre l’Idéal et le Matériel, représenté par l’irruption de l’actualité dans l’atemporalité : il existe un autre monde, de chair et d’os, de conflits, de passions, où un crime a eu lieu. La deuxième partie, la plus longue – le roman proprement dit, pourrait-on dire, enchâssé entre prologue et épilogue déguisés en parties -, nous projette dans le passé, avant le drame, tenue comme un journal de bord par un Marvillac qui s’appelle dorénavant (et s’appelait donc dans la vie réelle) « André ». Ses aventures en diverses villégiatures (Bretagne, Alpes), avec un groupe de camarades, nous plongent dans nos souvenirs de vacances, de voyages, quand tout est possible. Jusqu’au meilleur, jusqu’au pire. Mais ne déflorons pas le suspense. Quant à la troisième partie, elle apporte une conclusion et des réponses tout en se glissant astucieusement dans un allusif relatif.

L’écriture, très travaillée, balance sans cesse entre le suranné et la modernité, exigeant un certain lâcher-prise pour un plaisir maximal. Je suis souvent conquis, par la percussion, l’inventivité, la petite musique dégagée :

« Wagons-lits… Mystère d’acajou et de cuivre, repos balancé, cadences, cadences, multipliées à en perdre l’imagination… »

A d’autres instants, je suis agacé par un excès sensitif, qui me fait penser aux décorations de Noël, à la surcharge festive :

« Le cri rugueux d’un sifflet précède le train qui racle le quai de son souffle chaud. »

Souvent, j’oscille, songeant que chaque lecteur gourmet place son curseur de satiété à un point d’acmé différent :

« (…) sa présence, comme d’invisibles mains, parcourait mon âme ainsi qu’une lyre et arrachait des accords exquis aux cordes de mon cœur. »

La distorsion se prolonge dans les contenus. On peut retenir les tableaux lyriques de décors hors du temps ou d’une jumellité d’âmes, une aspiration à la Beauté et à la Bonté donc, un élan romantique. Ou, a contrario, se focaliser sur l’idée que la civilisation n’est qu’un vernis qui se désagrège bien aisément, sombrer alors dans un réalisme assez sombre. Ou, encore, demeurer en surplomb, accroché à la manière si contemporaine ou vivace dont Pasquier interroge le livre en train de s’écrire, interpelle son lecteur.

En conclusion…

Si le texte n’est pas parfait, manquant peut-être de sobriété à droite ou de densité à gauche pour atteindre à la sublimité des Villiers, et autres Mérimée, ces experts de la nouvelle ou du court roman qui l’ont précédé, admettons qu’il en rappelle la fragrance et propulse des appétits, ce qui le situe bien au-dessus de la moyenne des publications contemporaines.


(3)

Nathalie SKOWRONEK, La carte des regrets, roman, Grasset, Paris, 2020, 142 pages.

Véronique Verbruggen, la quarantaine, éditrice renommée, idéaliste et dynamique, est retrouvée morte le long d’un sentier montagnard, dans les Cévennes. Suicide, accident, crime ? Le sillon policier est rapidement évacué, pas de fausse piste en vue, les enjeux sont à mille coudées. L’écriture annonce la couleur. Dès les premières lignes :

« A la fin de l’article on ne savait pas à quoi s’en tenir. Il était beaucoup question d’amour. Véronique Verbruggen était pleurée mais on ne comprenait pas. Qui aimait qui, qui était aimé de qui. »

L’écriture, fluide et sobre, n’est pas mise au service d’une narration romanesque (au sens où on l’entend dans un roman policier ou historique, un thriller, etc.), elle est la matière première, distillant une musique originale, douce et tonique à la fois, qui rapporte certes une vie, des vies et des événements mais qui, surtout, creuse une interrogation identitaire, en intercalant une distance : l’instance narrative est perçue, on ne vit pas les faits de plain-pied. J’avais relu récemment un livre de Marguerite Duras, Moderato cantabile, et il y a quelque de chose de cette littérarité pure, de ce recul hors récit chez l’autrice. Si la restitution m’apparaît en général une tare rédhibitoire chez de nombreux romanciers, un mécanisme qui les englue dans le poussif, rien de tout cela ici, la distance n’est pas faiblesse mais pratique artistique bien maîtrisée. On lit pour une écriture, l’exploration d’une âme ou d’un choral de personnages, de relations. Mais un double suspense, ou un suspense étagé, se faufile. En filigrane, un mystère relève d’un rapport prégnant à une peinture aux allures de mise en abyme. A l’avant-plan, de manière structurelle, il y a le discours d’hommage programmé par le mari, Daniel, pour son épouse tant chérie. Celui-ci aura-t-il vraiment lieu ? Sera-t-il conforme aux aspirations de départ ? Et en présence de qui se déroulera-t-il ? Car, entre le décès et les funérailles, une vie cachée se révèle, une double vie. D’où une série d’interrogations sur le couple, l’adéquation, la faute, la réalisation ? Qui, in fine, pourra le mieux revendiquer cette femme partagée entre un métier, une fille, un mari et un amant (Titus) ? Quelle position adoptera Mina, la fille unique, la vingtaine, au terme de son enquête, de sa quête ?

Une « Princesse de Clèves contemporaine », comme le dit la 4e de couverture ? Il y a de cela et le roman a davantage parlé à mon esprit qu’à mon cœur ou mes tripes.


(4)

Olivier HECQUET, Les mots des morts, roman, Ker, Hévillers, 2022, 142 pages.

Voir mon article dans Le carnet :


(5)

Patrizio FIORILLI, Au commencement, il y eut le mal, roman, F. Deville, 2022, 234 pages.

Un policier anticonformiste au temps de Jésus.

Voir mon article dans Le carnet :


(6)

Yves NAMUR, Nadine VANWELKENHUYZEN, Hélène CARRERE D’ENCAUSSE, David BONGARD, Danielle BAJOMEE, Jean Claude BOLOGNE et S.A.R. Laurent DE BELGIQUE, Centenaire de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, 1920-2020, Textes des discours prononcés lors de la séance solennelle du 16 octobre 2021, Académie royale de langue et de littérature françaises, 2022, 81 pages.

Une très belle surprise et un « Coup de cœur du Carnet » !

Voir mon article :


(7)

Bernard ANTOINE, Aquam, roman, Murmure des soirs, Esneux, 2022, 466 pages.

Un très bon livre, un thriller littéraire, auquel j’ai attribué le « Coup de cœur du Carnet ».

Voir mon article dans Les phrases belges, en duo avec Jean-Pierre Legrand :


(8)

David VAN REYBROUCK, Zinc, essai, Actes Sud, collection Lettres néerlandaises, Arles, 75 pages.

Coup de cœur ! Pour ce petit essai qui n’en est pas vraiment un, en ce sens que le très médiatique (et inaccessible !) David Van Reybrouck a légitimé un nouveau genre, hybride, mélange d’essai (il réalise des recherches d’historien en bibliothèque, explores archives et ouvrages de référence), de littérature pure (ce qu’il narre est véritablement écrit, comme un journal de bord, un récit de vie) et d’investigations journalistiques (l’auteur va sur le terrain, rencontre des témoins, se balade sur les lieux, juxtapose les tableaux et les perceptions). Un mélange risqué a priori, à l’heure des étiquettes et des tiroirs, mais qui a rencontré un immense et très mérité succès, populaire et critique, avec son Congo, une brique retraçant toute l’épopée belge en Afrique mais plus encore une histoire du pays, une mise en évidence du futur qui s’esquisse, etc. Oserai-je confesser mon admiration pour cet auteur, l’un des très rares à s’engager dans la construction citoyenne et donc pleinement digne du statut d’intellectuel ? Oserai-je avouer ma synergie avec sa démarche, ayant osé naguère un Christophe Colomb alternant lui aussi les genres et les niveaux ?

Zinc !

Comme dans le cas de Congo, le thème rencontre des aspirations citoyennes, mettant en lumière des pans méconnus de notre histoire. Mais on passe de Goliath (Congo) à Lilliput : il est ici question d’un fragment minuscule de notre territoire, accoudé à la plus petite composante de la nation belge, sa communauté germanophone.

En racontant l’histoire d’Emil Rixen, un homme mort l’année de sa naissance (en 1971), qui aura « eu non seulement onze enfants, mais aussi cinq nationalités et deux identités différentes », Van Reybrouck choisit de raconter l’histoire du Tout via l’une de ses parties. Ou d’utiliser une matière concrète, charnelle, pour brosser, par ricochet, un tableau complet hors abstractions universitaires, hors aridité de l’étude, etc. Le Tout ? L’épopée singulière d’un mini-Etat à peine plus grand que le Vatican ou Monaco, Moresnet-Neutre, qui aura vécu près de cent ans, de 1816 à 1914, à côté du Tripoint, cet endroit symbolique où se touchent aujourd’hui l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique.

Zinc !

Pourquoi ce titre, pourquoi cette page historique surréaliste ?

Van Reybrouck nous ramène brièvement dans l’Antiquité, quand Pline l’Ancien, un scientifique romain, évoquait les qualités du laiton, un alliage métallique produit à partir de cuivre et de « cadmia », une pierre légère exploitée en Asie mais aussi quelque part en Germanie. Bond en 1526 : le célèbre alchimiste Paracelse redécouvre la « cadmia », parle d’un nouveau métal, aux propriétés avantageuses (il ne rouille pas) et le nomme « Zink » d’après la forme pointue de ses cristaux (en écho aux termes germaniques « Zahn » (dent), « Zacke » (pointe), « Zinne » (créneau) ou « Zinken » (pic).

Or donc… ce métal est exploité depuis des siècles à proximité de Maastricht et d’Aix-la-Chapelle, là où un village sera un jour belge et s’appellera « La Calamine » (« Kalamijn » en néerlandais ; « Kelmis » en allemand), d’après le mot « cadmia », son zinc donc, qui inspire aussi le nom d’une fleur unique au monde, la pensée calaminaire. Le gisement y est si riche (l’un des plus riches au monde) qu’il suscite des conflits à l’époque des ducs de Bourgogne, se voit nationaliser par Napoléon, etc. Et provoque la naissance du micro-Etat (un triangle de 3 km de long) quand le Congrès de Vienne, après Waterloo, n’arrive pas à départager Allemagne et Pays-Bas (puis Belgique, après 1830).

Laissons le suspense aux lecteurs de David Van Reybrouck, quant aux aventures de Moresnet-Neutre ou à celles de la famille Rixen. Mais glissons quelques ingrédients pour mettre en appétit : l’espéranto, qui croit trouver dans Moresnet-Neutre un écrin idéal d’affirmation ; l’utopie sociale (maisons ouvrières, école gratuite, impôts faibles, etc.) ; la survenue depuis divers pays de femmes en difficultés (dont la mère d’Emil, mise enceinte par un patron à Düsseldorf puis chassée) mais, tout autant, de malfrats aimantés par l’absence de juridiction, l’apparition d’un casino, la présence de soixante cafés et de distilleries, de souterrains permettant divers trafics entre les Etats voisins ; les tiraillements identitaires qui vont faire cohabiter Belges, Hollandais, Allemands et Neutres (descendants des habitants d’origine) mais provoquer des situations dramatiques lors des deux guerres mondiales, etc.

NB.

. Le livre est d’abord paru à Amsterdam, ce qui renvoie à un phénomène méconnu en Fédération Wallonie-Bruxelles : la mainmise de la Hollande sur le domaine littéraire flamand. A Bruxelles ou Namur, on se plaint de Paris mais…

. Philippe Noble, le traducteur, est aussi le directeur de la collection, dévolue aux Lettres néerlandaises. On applaudira l’initiative tout en se remémorant qu’Actes Sud est cette grande maison créée à Arles par un Belge d’origine, Hubert Nyssen, qui voulait décentraliser l’édition française, fuir l’omnipotence parisienne.


Et pour (vraiment) terminer…

…selon mon habitude, loin de toute analyse, dans le plaisir pur de la perception…

…des extraits d’un recueil de poésies…

(9)

Arnaud DELCORTE, Lente dérive de la lumière, L’arbre à paroles, Amay, 2022, 117 pages.

Contextualisation

Un bel objet, bien édité.

La dédicace (« A un amour particulier ») interpelle. Comme la présence de deux préfaces. Dans la première, Nathaniel Molamba met en exergue la composition graphique du recueil, dont ma sélection ne pourra rendre compte :

« (…) ses espaces blancs et ses marges tiennent du lieu imaginé où se déploient d’autres possibles »

 Dans la deuxième, le poète Pierre Schroven évoque la matière intrinsèque de l’ouvrage :

« Sensible au monde qui l’entoure, Arnaud Delcorte décrit ici les états d’un corps plongé dans le tourbillon insensé des sens et nous invite à communier pleinement. »

Extraits

(1)

« L’amie prodigieuse serre ma main

Tous ces matins où la pornographie régnait

Nous fermions les yeux

Aux pièges du lendemain

Ouverts comme des conques

Troglodytes

Aux espoirs sous-marins »

(2)

« L’ombre des grands pins

Froisse le souvenir

A chaque année qui passe

Ses grands pins

Ses cigales

La chaleur d’été

Défaite et oubliée »

(3)

« On ne peut rester

Insensible

Au charme des amandiers

Surtout

Lorsqu’il s’agit

De toi »

(4)

« Entre tes mains

Je deviens glaise

Puis amphore

Propre

A te recevoir

Encore »

(5)

« Le labyrinthe de l’échange

Se referme

Et je reste prisonnier

De ta pensée

Lorsque tu choisis

Le silence. »

Philippe Remy-Wilkin.

=) Pour en savoir davantage sur notre rédacteur/auteur et ses articles, dossiers, feuilletons, textes 


POUR EN SAVOIR PLUS SUR PHILIPPE REMY-WILKIN… et retrouver aisément n’importe lequel de ses articles

Philippe REMY-WILKIN

alias Phil RW, Ciné-Phil RW, Edi-Phil RW, etc.

(photo prise par le photographe professionnel Pablo Garrigos Cucarella)

Licencié en Philologie romane (ULB, 1983), je conjugue trois vies : un job administratif en soirée, la médiation culturelle (plus de 300 articles et dossiers) sur divers supports (revues, plateformes, radio) et, surtout, 7 jours sur 7, une carrière d’auteur (16 livres publiés à ce jour, deux prix littéraires dont le Sabam Award Littérature 2018).

Pour en savoir plus sur moi :

. www.philipperemywilkin.com

. https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Remy-Wilkin

. https://karoo.me/author/adamatraore1453

. https://www.marginales.be/philippe-remy-wilkin/.

Dans LE CARNET ET LES INSTANTS (dirigé par Nausicaa DEWEZ, édité par la FWB), je parle de l’actualité littéraire belge : https://le-carnet-et-les-instants.net/tag/philippe-remy-wilkin/

Dans la revue quadrimestrielle QUE FAIRE ? (dirigée par Christian LUTZ, éditée par Samsa), dès le numéro 3, je rédige en duo avec mon complice Jean-Pierre LEGRAND un feuilleton sur le patrimoine littéraire belge (lecture gratuite en streaming) : 

https://www.samsa.be/livre/que-faire-3

Sur RADIO AIR-LIBRE, avec Jean-Pierre LEGRAND et au micro de Guy STUCKENS, nous sommes chroniqueurs réguliers de l’émission Les Rencontres littéraires de Radio Air-Libre.

Sur la plateforme culturelle LES BELLES PHRASES animée par Éric ALLARD, je mène de front 7 feuilletons (en solo, en duo, en équipe) :

Vers une discothèque idéale, une histoire de la musique classique :

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/category/vers-une-discotheque-classique-ideale/

Vers une cinéthèque idéale, unehistoire du cinéma :

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/category/cinetheque-ideale/

. Les lectures d’Edi-Philsur l’actualité de l’édition belge :

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/category/chroniques-de-philippe-remy-wilkin/

.

. une participation à une opération de promotion des Lettres belges organisée par pileN, Lisez-vous le belge ? :

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/category/lisez-vous-le-belge/

Les phrases belges :

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/category/les-phrases-belges/

. Les perles du patrimoine littéraire belge:

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/category/les-perles-de-lhistoire-litteraire-de-belgique-francophone-jean-pierre-legrand-philippe-remy-wilkin/

Les hors-pistes d’Edi-Phil, qui explorent ma formation d’auteur, de médiateur, mes prédilections.

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/category/les-hors-pistes-dedi-phil/

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TEXTES ET ARTICLES de Philippe REMY-WILKIN dans LES BELLES PHRASES :
PLAN et LIENS

2022 (12)

. Août, Les hors-pistes d’Edi-Phil (3), James Ellroy :

. Juilet, Les lectures d’Edi-Phil (44), A l’affiche : Benoît Mouchart, David Van Reybrouck, Nathalie Skowronek, Olivier Hecquet, Patrizio Fiorelli, Bernard Antoine, Alex Pasquier, l’Académie RLLFB, Arnaud Delcorte :

. Juin, Les phrases belges, feuilleton en duo avec J. Legrand, (3), Aquam de Bernard Antoine :

. Mai, Les phrases belges, feuilleton en duo avec J. Legrand, (2), Hong Kong Blues d’Alain Berenboom :

. Avril, Vers une cinéthèque idéale, 4 volets pour le dossier 1950 du feuilleton :

Décennie, Ciné-Phil RW avec Adolphe NYSENHOLC, Daniel MANGANO, Nausicaa DEWEZ et Krisztina KOVACS :

Joseph Mankiewicz, Nausicaa et Phil :

Madame de…, Phil :

La nuit du chasseur, Julien-Paul REMY, Thierry VAN WAYENBERGH et Ciné-Phil RW :

. Mars, Edi-Phil (43). A l’affiche : une réaction (Armel Job), un récit de vie (Martine Rouhart), six romans (Joseph Ndwaniye, André-Joseph Dubois, Jean Lemaître, Michel Hellas, Didier Vanden Heede, Pieter Aspe), une maxi-nouvelle (Evelyne Wilwerth), un recueil de nouvelles (Jean-Pol Hecq), un recueil d’aphorismes et clins d’œil littéraires (Éric Allard), un essai (Björn-Olav Dozo et Dick Tomasovic) ; les maisons d’édition MEO, Les impressions nouvelles, Weyrich, Jourdan, Murmure des soirs, Lamiroy, Le Cactus inébranlable, Genèse, F. Deville, Albin Michel/Livre de poche :

. Février, Les phrases belges, feuilleton en duo avec J. Legrand, (1), La collection Belgiques :

. Janvier, Vers une discothèque idéale, feuilleton avec Jean-Pierre LEGRAND + 3 experts, Judith ADLER DE OLIVEIRA, Jean-Pierre DELEUZE et Olivier DE SPIEGELEIR, (3) L’ère classique :

L’ère classique :

Les quatuors de Haydn :

Une interview de JADO :

Une interview d’ODS :


2021 (16+2)

. Novembre/Décembre : opération Lisez-vous le Belge ? avec 25 articles et dossiers :

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/category/lisez-vous-le-belge/

. Octobre, Vers une cinéthèque idéale (dossier 1940), feuilleton avec Adolphe NYSENHOLC, Nausicaa DEWEZ, Daniel MANGANO et Julien-Paul REMY.

(UN) Décennie 1940 :

(DEUX) Le ciel peut attendre, en trio avec Nausicaa DEWEZ et Julien-Paul REMY :

(TROIS) Le voleur de bicyclette, en trio avec Adolphe NYSENHOLC et Daniel MANGANO :

. Septembre, Edi-Phil (42). A l’affiche : cinq romans (Carino Bucciarelli, Armel Job 2x, Barbara Abel, Nicole Thiry), un récit (Véronique Bergen), une maxi-nouvelle (Claude Donnay), une revue, une biographie, deux recueils de poésies (Florence Noël, Françoise Lison-Leroy) ; les maisons d’édition MEO, Samsa, Belfond, Robert Laffont/Pocket, Murmure des soirs, Lamiroy, Les impressions nouvelles et Bleu d’encre :

. Août, Les Hors-pistes d’Edi-Phil (2), Mes premiers pas dans la critique il y a vingt ans :

. Juillet, Les perles du patrimoine, feuilleton en duo avec Jean-Pierre LEGRAND (4), Jacqueline HARPMAN et son roman La plage d’Ostende :

. Juillet, Vers une cinéthèque idéale (0), feuilleton avec Adolphe NYSENHOLC, Nausicaa DEWEZ, Daniel MANGANO, Krisztina KOVACS et Julien-Paul REMY, nouvelle introduction avec présentation de l’équipe, plan et liens menant aux dossiers :

. Juillet, Vers une cinéthèque idéale (dossier 1920), nouvelle version d’un article sur Caligari, en trio avec Adolphe NYSENHOLC et Nausicaa DEWEZ :

. Juin, Edi-Phil (41). A l’affiche 6 romans (Kenan Görgün, Marie-Pierre Jadin, Arnaud Nihoul, Benoît Roels, Francisco Palomar Custance, Maxime Benoît-Jeannin), des recueils de nouvelles (Véronique Bergen, Ralph Vendôme) ou de poésies (Luc Dellisse, Yves Namur), 2 récits (Foulek Ringelheim, Adrien Roselaer) ; les maisons d’édition Les arènes et Arfuyen (France), Genèse (France/Belgique), Ker, 180°, Diagonale, Academia, Le scalde, Samsa et Le cormier (Belgique) :

. Mai, Vers une discothèque idéale, feuilleton en duo avec Jean-Pierre LEGRAND (2), Musique baroque :

. Avril, Vers une cinéthèque idéale (dossier 1930), feuilleton avec Adolphe NYSENHOLC, Nausicaa DEWEZ, Daniel MANGANO, Krisztina KOVACS et Julien-Paul REMY.

(UN) Décennie 1930 :

(DEUX) L’impossible M. Bébé, en trio avec Nausicaa DEWEZ et Julien-Paul REMY :

(TROIS) Une femme disparaît, en trio avec Nausicaa DEWEZ et Julien-Paul REMY :

(QUATRE) Le magicien d’Oz, en duo avec Krisztina KOVACS :

(CINQ) La grande illusion, en trio avec Adolphe NYSENHOLC et Daniel MANAGNO :

. Mars, Les Hors-pistes d’Edi-Phil (1), VILLIERS-DE-L ’ISLE-ADAM:

. Février, Edi-Phil (40). A l’affiche : 2 romans (Vincent Engel et Kate Milie), 1 bookleg (Agatha Storme), 1 recueil de nouvelles (Michel Torrekens), 1 nouvelle (Éric Allard), 1 micro-essai (Véronique Bergen), 1 périodique (Que faire ?), 1 essai/anthologie (Jean-Michel Aubevert) et 1 salve de poésies ; les maisons d’édition Samsa, Maelström, Ker, Lamiroy, 180°, Le coudrier et Bleu d’encre :

. Janvier, Vers une discothèque idéale, feuilleton en duo avec Jean-Pierre LEGRAND (1), Musique du Moyen-Age et de la Renaissance :


2020 (30 + 3 supervisés comme chef de projet)

. Décembre, Un hommage à Eric Allard via un article sur son opuscule paru chez Lamiroy, mis en parallèle avec les réactions/analyses de plusieurs collègues :

. Décembre, Top 10 de l’année (JDD, Sel, Bergen, Dieudonné, Dellisse, Millon, Donnay, Noir Corbeau, SAS, Wilwerth/Buciarelli/Simon/Jauniaux/Rigaux) :

. Décembre, Edi-Phil (38). A l’affiche : deux contes (Geneviève Génicot, Luigi Capuana), un recueil de nouvelles (Marianne Sluszny), un micro-roman illustré (Jacques De Decker/Maja Polackova), un thriller fantastique (Noëlle Michel), deux romans (Laurent Demoulin, Michel Corentin), une biographie (Jacques De Decker), un recueil de poésies (Luc Dellisse) ; les éditions MaelströmKerLilysLe Livre en papierLe Cormier, Gallimard :

. Novembre, Vers une cinéthèque idéale, feuilleton, années 1920 (3).

(UN) Greed/Les rapaces en duo avec Daniel Mangano :

(DEUX) Le cuirassé Potemkine, en duo avec Nausicaa DEWEZ :

(TROIS) Caligari :

(QUATRE) Décennie 1920 :

. Octobre, Les perles du patrimoine, feuilleton en duo avec Jean-Pierre LEGRAND (3), Camille LEMONNIER :

. Septembre, Edi-Phil (36). A l’affiche : un essai (Luc Dellisse), un récit (Jean Lemaître), trois romans (Stanislas Cotton, Patrick Dupuis/Agnès Dumont, Benoît Sagaro), un conte fantastique (Alex Pasquier) et deux recueils de poésies (Sylvie Godefroid et Carino Bucciarelli) ; les éditions La Lettre volée, OtiumMurmure des SoirsWeyrich/Noir CorbeauLes Nouveaux AuteursAEB, Le Scalde et L’Herbe qui tremble :

. Août, Edi-Phil (35), un reportage sur un webinaire de la FWB :

. Août, Edi-Phil (34), un dossier sur Jacques De Decker et la nouvelle, à l’occasion de l’anniversaire de JDD :

. Août, Les perles du patrimoine, feuilleton en duo avec Jean-Pierre LEGRAND (2), Marie GEVERS :

. Juillet, Les perles du patrimoine, feuilleton en duo avec Jean-Pierre LEGRAND (1), Charles DE COSTER :

. Juin, Edi-Phil (31). A l’affiche : un coup de cœur pour Martine ROUHART et un hommage adressé à notre très cher Jacques DE DECKER ; des romans (Claude Donnay, Valentine de le Court, Rossano Rosi et Patrick Delperdange), un conte/bookleg (Morgane Vanschepdael) et un essai (Joseph Van Wassenhove) ; les éditions Murmure des Soirs, MEO, Mols, Les Impressions Nouvelles, Les Arènes, Maelström et Samsa :

. Juin, Vers une cinéthèque idéale (2), feuilleton avec Adolphe NYSENHOLC, Nausicaa DEWEZ, Daniel MANGANO, Krisztina KOVACS et Julien-Paul REMY.

(UN) Décennie 1910 :

(DEUX) Naissance d’une nation :

(TROIS) Intolérance :

(QUATRE) Alice GUY, par Nausicaa DEWEZ :

(CINQ) Les vampires, en trio avec Daniel MANGANO et Krisztina KOVACS :

. Mai, Edi-Phil (30). A l’affiche : trois maisons dédiées à la poésie, avec interviews des fondateurs/directeurs :

. Mai, Vers une cinéthèque idéale (1) feuilleton avec Adolphe NYSENHOLC, Nausicaa DEWEZ, Daniel MANGANO, Krisztina KOVACS et Julien-Paul REMY.

(UN) Introduction :

(DEUX) L’équipe :

(TROIS) Le voyage dans la lune, par Julien-Paul REMY :

(QUATRE) Le vol du grand rapide :

(CINQ) L’assassinat du duc de Guise, par Daniel MANGANO :

(SIX) Préhistoire du cinéma :

. Avril, Edi-Phil en duo avec Jean-Pierre LEGRAND. Feuilleton en 3 parties consacré à Véronique BERGEN.

(1)

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/2020/04/13/special-veronique-bergen-iii-par-jean-pierre-legrand-et-philippe-remy-wilkin/ (L’anarchie et Barbarella)

(2)

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/2020/04/10/special-veronique-bergen-ii-par-jean-pierre-legrand-philippe-remy-wilkin/ (Tous doivent être sauvés ou aucun, Guérilla)

(3)

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/2020/04/08/special-veronique-bergen-par-jean-pierre-legrand-philippe-remy-wilkin/ (Kaspar Hauser)

. Mars, Edi-Phil (26). A l’affiche : un essai (Adolphe NYSENHOLC) et trois romans (Jean-Marc RIGAUX, Claude FROIDMONT, Patricia HESPEL) ; les éditions Didier DevillezMurmure des SoirsWeyrich et Mols :

. Février, Edi-Phil (25). A l’affiche : deux romans (Michel Torrekens et Myriam Leroy), un bookleg/monologue (Céline de Bo), une DB/doc (Arnaud de la Croix), une BD (Frank et Bonifay), une revue (Traverses) ; les éditions Zellige et SeuilMaelströmPetit à Petit et DupuisTraversées :

. Janvier, 2e partie d’un TOP 100 des songs pour les Fêtes de fin d’année :

. Janvier, Edi-Phil (24). A l’affiche : deux romans (Adeline Dieudonné et Francis Groff), un récit de vie (Marianne Sluszny), une BD/Doc (Arnaud de la Croix) et une pièce de théâtre (Jacques De Decker) ; les maisons d’édition L’IconoclastePetit à PetitAcademiaWeyrich et L’Ambedui :


2019 (18+10)

. Décembre (fin), Edi-Phil 23. Spécial Denis BILLAMBOZ :

. Décembre, Top 10 2019 d’Edi-Phil RW :

. Décembre (fin), 1e partie d’un TOP 100 des songs pour les Fêtes de fin d’année :

. Décembre, Edi-Phil 22. A l’affiche : deux pièces de théâtre (Charles Van Lerberghe), des promenades littéraires (Daniel Simon), trois romans (S.A. Steeman, Pierre Hoffelinck et Salvatore Minni), un récit de vie et de deuil (Isabelle Fable) ; les maisons d’édition Espace NordCouleur LivresLibrairie des Champs-ÉlyséesMurmure des SoirsM.E.O. et Slatkine & Cie ; l’émission Les Rencontres Littéraires de Radio Air-Libre :

.  Novembre, Edi-Phil 21. A l’affiche : deux romans (Marcel Sel et Ziska Larouge), une BD-Doc (Arnaud de la Croix et Cie), une pièce de théâtre (Jacques De Decker), un témoignage (Inge Schneid) et un recueil de nouvelles (Jean Jauniaux) ; les maisons d’édition Onlit, Weyrich, Petit à Petit, Lansman, Couleur Livres et Ker.

. Octobre, Edi-Phil 20. Spécial Prix Emma Martin du roman. A l’affiche : sept romans (Alexandre Millon, Daniel Adam, Victoire de Changy, Claudine Tondreau, Elodie Wilbaux, Bruno Wajskop et Gilles Horiac) ; les maisons d’édition Samsa, Murmure des Soirs, Onlit, M.E.O., Autrement, Bord de l’eau et 180° :

. Septembre, Edi-Phil 19. Reportage. Soirée Sabam sur l’état des lieux du livre en FWB :

. Septembre, Edi-Phil 18. Spécial Luc DELLISSE en trio (avec Jean-Pierre Legrand et Julien-Paul Remy), épisode 3 :

. Septembre, Edi-Phil 17. Spécial Luc DELLISSE en duo (avec Jean-Pierre Legrand), épisode 2 :

. Septembre, Edi-Phil 16. Spécial Luc DELLISSE en duo (avec Jean-Pierre Legrand), épisode 1 :

. Août, Edi-Phil 15. A l’affiche : un essai (Luc Dellisse), une BD (la reprise de Blake et Mortimer par Schuiten/Durieux/Gunzig/Van Dormael), deux romans policiers (Francis Groff, Christian O. Libens), et une note poétique (Salvatore Gucciardo) ; les maisons d’édition Les Impressions Nouvelles, Blake et Mortimer, Weyrich/Corbeau Noir :

. Juillet, Edi-Phil 14. A l’affiche : suite et fin des feuilletons Jacques De Decker (4 épisodes) et Véronique Bergen/Kaspar Hauser (3 épisodes), deux romans (Georges Simenon et Aly Deminne), un témoignage (Thierry Grisar), deux essais (Christian Libens et Jean Jauniaux) ; les maisons d’édition La MuetteLes Impressions Nouvelles/Espace Nord, Le Soir et Weyrich/Corbeau Noir, Banc d’Arguin, Flammarion…. et une émission radiophonique :

. Juin, Edi-Phil 13. Spécial Jacques DE DECKER et le théâtre (en duo avec Julien-Paul Remy) :

. Mai, Edi-Phil 12. A l’affiche : une mini-série BD (les Spirou d’Emile Bravo), des bonus (connectés à un dossier) sur Rossano Rosi, un roman (de Christian Libens), un recueil de nouvelles (d’Anne-Michèle Hamessse), la suite du feuilleton Kaspar Hauser (d’après un roman de Véronique Bergen) ; les maisons d’édition DupuisLes Impressions Nouvelles, Weyrich, Le Cactus Inébranlable, Espace Nord) :

. Avril, Edi-Phil 11. Spécial Jacques DE DECKER et le roman :

. Mars, Edi-Phil 10. A l’affiche : le lancement de deux feuilletons, consacrés à deux grands coups de cœur : Jacques De Decker et Kaspar Hauser (un roman de Véronique Bergen), deux romans (Carino Bucciarelli et Nadine Monfils), un recueil de poésies (Carino Bucciarelli) ; les maisons d’édition M.E.O., Espace Nord/Les Impressions NouvellesL’Arbre à paroles :

. Février, Edi-Phil 9. A l’affiche : trois romans (Lorenzo CECCHI, Nathalie STALMANS, Evelyne WILWERTH) et trois recueils, de nouvelles (Jean-Marc RIGAUX), d’aphorismes (Michel DELHALLE) et de poésies (Philippe LEUCKX) ; les maisons d’édition Murmure des soirsLiLysLe Cactus Inébranlable, M.E.O., Genèse, Bleu d’Encre :

. Janvier/février. Feuilleton en 9 épisodes, en duo avec Vincent Tholomé, réédité post-1e parution sur Karoo, Twin Peaks III, épisode 9 :

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/category/twin-peaks-iii-visions-croisees/

. Janvier/février. Feuilleton en 9 épisodes, en duo avec Vincent Tholomé, réédité post-1e parution sur Karoo, Twin Peaks III, épisode 8 :

. Janvier/février. Feuilleton en 9 épisodes, en duo avec Vincent Tholomé, réédité post-1e parution sur Karoo, Twin Peaks III, épisode 7 :

. Janvier/février. Feuilleton en 9 épisodes, en duo avec Vincent Tholomé, réédité post-1e parution sur Karoo, Twin Peaks III, épisode 6 :

. Janvier/février. Feuilleton en 9 épisodes, en duo avec Vincent Tholomé, réédité post-1e parution sur Karoo, Twin Peaks III, épisode 5 :

. Janvier/février. Feuilleton en 9 épisodes, en duo avec Vincent Tholomé, réédité post-1e parution sur Karoo, Twin Peaks III, épisode 4 :

. Janvier/février. Feuilleton en 9 épisodes, en duo avec Vincent Tholomé, réédité post-1e parution sur Karoo, Twin Peaks III, épisode 3 :

. Janvier/février. Feuilleton en 9 épisodes, en duo avec Vincent Tholomé, réédité post-1e parution sur Karoo, Twin Peaks III, épisode 2 :

. Janvier/février. Feuilleton en 9 épisodes, en duo avec Vincent Tholomé, réédité post-1e parution sur Karoo, Twin Peaks III, épisode 1 :

. Janvier, Taxi Driver, article polyphonique en trio (avec Krisztina KOVACS et Thierry VAN WAYENBERGH) issu du dossier Vers une cinéthèque idéale, déjà publié par Karoo :

. Janvier, Edi-Phil 8. A l’affiche : deux romans (Claude DONNAY et Stanislas-André STEEMAN), un essai (Adolphe NYSENHOLC), une poétesse (Françoise LISON-LEROY), un héraut du faire-savoir (Eric ALLARD) ; les maisons d’édition M.E.O. et Espace Nord/Les Impressions NouvellesRougerie :


2018 (14+3)

JANVIER

. Arnaud DE LA CROIX, Ils admiraient Hitler (Racine) :

FEVRIER

. Maxime BENOIT-JEANNIN, Brouillards de guerre (Samsa) :

MARS

. Marcel SEL, Rosa (Onlit) :

. Edi-Phil 1 (A), avec des livres de Sébastien Ministru (Grasset), Isabelle Bielecki (MEO), Lew Bogdan (MEO), Carino Bucciarelli (Encre rouge) et Guy Stuckens :

. Edi-Phil 1 (B), avec des livres de Françoise Lison (Rougerie), Eric Allard (Le cactus inébranlable), Unimuse :

MAI

. Patrick ROEGIERS :

JUIN

. Edi-Phil 2. A l’affiche : romans/poésies/nouvelles/études/BD de Guy Gilsoul, Claude Raucy, Alain Berenboom, Patrick Weber/Baudouin Deville, Philippe Leuckx, Raymond Reding, Willy Lefèvre ; des éditions Jourdan ou Genèse, etc. :

. Ciné-Phil RW, Le parrain, article à 4 voix (avec TVW, KK et Bertrand GEVAERT) réédité après Karoo, épisode 3 :

. Ciné-Phil RW, Le parrain, article à 4 voix (avec TVW, KK et Bertrand GEVAERT), épisode 2 :

. Ciné-Phil RW, Le parrain, article à 4 voix (avec TVW, KK et Bertrand GEVAERT), épisode 1 :

AOUT

. Edi-Phil 3. A l’affiche : trois romans (Bernard Antoine, Vincent Engel et Eric Russon) mais aussi un recueil de poésies (Marie-Clotilde Roose) et une revue sportive culturalisée ; les maisons d’édition Murmure des Soirs, Ker, Robert Laffont et Brandes :

SEPTEMBRE

. Edi-Phil 4. A l’affiche :trois romans (Jacques De Decker, Jérôme Colin et… Charles De Coster), un recueil de poésies (Thierry-Pierre Clément) et un héraut du faire-savoir (Jean Jauniaux) ; Weyrich, Allary, la collection patrimoniale Espace NordLe Non-Dit, etc. :

OCTOBRE

. Edi-Phil 5. A l’affiche : un recueil de textes brefs (Daniel Simon), une aventure théâtrale au parfum de biographie (Albert-André Lheureux), un essai historique (Arnaud de la Croix), un roman (Yves Wellens), une nouvelle (Jean Jauniaux) et un héraut du faire-savoir (Michel Torrekens) ; les éditeurs M.E.O., GenèseRacineKerAu Hibou des Dunes/Fondation Paul Delvaux :

. Alix, le retour :

NOVEMBRE

. Edi-Phil 6. A l’affiche : un essai (Pascal Durand et Tanguy Habrand), deux romans (Thierry Robberecht, Luc Fivet), une nouvelle (Evelyne Wilwerth), un recueil de poésies (Thierry-Pierre Clément), un héraut du faire-savoir (Philippe Leuckx) ; les éditeurs Les Impressions NouvellesWeyrichBaker StreetAd Solem et Lamiroy :

DECEMBRE

. Edi-Phil 7. A l’affiche : spécial LE PRINTEMPS DU LIVRE/coproduction Impressions Nouvelles/OnLit/Weyrich/Espace Nord. Reportage sur le happening éditorial puis suivi des rencontres :

. Top 5 de Phil RW :

2017 (5+1)

SEPTEMBRE

. Jean-Pol HECQ, Tea Time à New Delhi (Luce Wilquin) :

. Bertrand SCHOLTUS, Guerre sainte (Ker) :

. Barbara ABEL, Je sais pas (Belfond) :

OCTOBRE

. Gérard ADAM, Stille Nacht (MEO) :

NOVEMBRE

. Sylvie GODEFROID, Hope (Genèse) :

DECEMBRE

. Micro-essai réédité, sur la liberté d’expression et le blasphème :

LES LECTURES D’EDI-PHIL #43 (mars 2022) : COUP DE PROJO SUR LES LETTRES BELGES

Les lectures d’Edi-Phil

Numéro 43 (mars 2022)

Philippe REMY-WILKIN (par Pablo Garrigos Cucarella)

Coup de projo sur le monde des Lettres belges

sans tabou ni totem, bienveillant mais piquant…

A l’affiche :

Une réaction (Armel Job), un récit de vie (Martine Rouhart), six romans (Joseph Ndwaniye, André-Joseph Dubois, Jean Lemaître, Michel Hellas, Didier Vanden Heede, Pieter Aspe), une maxi-nouvelle (Evelyne Wilwerth), un recueil de nouvelles (Jean-Pol Hecq), un recueil d’aphorismes et clins d’œil littéraires (Éric Allard), un essai (Björn-Olav Dozo et Dick Tomasovic) ;

les maisons d’édition MEO, Les impressions nouvelles, Weyrich, Jourdan, Murmure des soirs, Lamiroy, Le Cactus inébranlable, Genèse, F. Deville, Albin Michel/Livre de poche..


(1)

Martine ROUHART, Les ailes battantes, récit, MEO, Bruxelles, 2021, 64 pages. Avec une préface de votre serviteur.

J’avais lu La balade des pavés (Genèse) de Sylvie Godefroid sur la même thématique : une femme aux prises avec le cancer. Dans le livre de Martine Rouhart (une réédition d’un texte paru une première fois en 2010), il n’y a pas mise en roman mais récit de vie, carnets de voyage au pays de la maladie, volonté de coller au plus près avec les observations cliniques mais surtout les réflexions égrenées au cours des jours, de l’annonce initiale du problème à ses épreuves, ses étapes, son dépassement.

La richesse du livre déroule ses strates et nous plonge au cœur du phénomène. Il y a la douleur du traitement, bien sûr, la confrontation avec « la machinerie d’enfer » :

« Et puis, ça vient d’un coup. La tête s’embrase, envahie d’un vertige indécis, une tête pleine de vents furieux. Un engourdissement douloureux étrangle les tempes, creuse les orbites. Un étau méticuleux, obstiné, enserre lentement la gorge et y noue un lacet étroit. »

Mais il y a la personnalité de la malade surtout, qui ne se laisse pas aller, élabore des stratégies pour vivre avec le phénomène.

La résistance :

« Chaque jour, chaque minute, je tresse consciencieusement un cordage qui doit résister à la volonté de puissance de forces contraires. (…) C’est endurer sans se lamenter, sans apitoiement ni ressentiment, c’est patienter en écartant les oiseaux sombres qui tentent d’envahir mon cerveau pour se heurter dans ma tête. »

L’apprivoisement :

« Elle (la maladie) ne me veut peut-être pas tant de mal, peut-être son but secret est-il de disperser loin de moi les petites misères dérisoires et de m’accorder une plus grande fermeté d’âme… »

La lucidité :

« L’espérance, quand elle est forcée et peu raisonnable, débouche sur la tristesse ou la nostalgie, et celles-ci, à nouveau, sur de dérisoires espoirs, sans repos, sans fin. (…) Je sais qu’une petite étoile luit au loin et aussi que la joie n’est pas seulement au bout du chemin mais dans la marche. (…) Vivre au présent, ne pas se suspendre à des lendemains qui ne seraient faits que d’attentes hypothétiques, cela peut fonder un avenir plus serein. »

Au-delà de l’émotion suscitée par le témoignage, double parce que l’autrice est aussi une excellente collègue, il y a un texte, un très bon texte. Martine Rouhart réagit en philosophe ou tente d’y parvenir, en conjuguant ambition et humilité, acceptation des limites et volonté d’aller plus loin :

« Je ne voudrais surtout pas me tenir en lisière durant le reste de mon existence. (…) Il faut avant tout apprendre à bien vivre. »

Nous ne sommes pas maîtres des incidents de parcours qui nous arrêtent ou nous font chuter, mais notre liberté, notre dignité consistent à essayer de nous relever. Nous n’avons pas suscité la vague mais nous pouvons en épouser le mouvement. Elle-même se retourne sur son passé, mesure la dimension dérisoire de tant d’activités submersives, il y a l’essentiel et le contingent, elle profite du retrait pour aller en quête de soi :

« (…) laisser libre cours à ma nature contemplative (…) Se plonger avec volupté une journée entière dans un bouquin de philosophie, méditer à loisir sur chaque phrase et l’évolution de son âme, s’attarder sur les errements du passé, se remettre en cause, grandir un peu (…). »

La perception est subtile. Notre regard crée une appréhension de la réalité, confondue avec une réalité objective difficilement accessible :

« Victimes de fantômes qui nous empêchent de vivre, n’est-on pas souvent tourmentés par l’idée de certaines choses plutôt que par les choses elles-mêmes ? »

Et Martine Rouhart de nous indiquer le chemin, dans une bienveillance apaisée. Et sa voix acquiert une résonance toute particulière en ces temps de pandémie, de confinement, de privations. Il faut « éprouver au plus profond de soi la joie de ce que l’on a et se satisfaire des bonheurs bien présents ». Profiter des ressources technologiques (mobile, ordinateur) pour se connecter aux autres, comprendre leurs difficultés de communication et leur faciliter la tâche en toute simplicité, s’ouvrir, prendre en compte leurs soucis, plus graves ou moindres. « Agir et accueillir ».

L’autrice a été au bout du cheminement. Elle était juriste, elle a survécu à la maladie et s’est construit une nouvelle vie, en réalisant un rêve : écrire un livre. Elle a ensuite persévéré : elle a écrit plusieurs ouvrages, exploré divers sillons (roman, poésie…) et s’est imposée en quelques années comme une figure de nos Lettres, créatrice, médiatrice, animatrice au sens le plus fort du terme.

Il y a du traité moral dans cet opuscule émouvant mais tonifiant aussi, humaniste. A lire et relire !

PS

Une interview de Martine Rouhart par Tito Dupret, chez RCF :

https://rcf.fr/culture/philosophie/comment-ca-va-bien-martine-rouhart


(2)

Evelyne WILWERTH, Nuit sorcière, Lamiroy, collection Opuscule, Bruxelles, 44 pages.

Délicieux texticule de cette autrice dont l’écriture est toujours si animée, naturelle, vivante, sobre et charmante, dégraissée, équilibrée… et narrative !

Une nuit d’errance, celle d’un ancien mannequin (masculin), dont on perçoit qu’il a beaucoup sacrifié à sa carrière avant ce moment entre bascule et néant qui suit la date de péremption du produit marketing. Aventures, rencontres, suspense, émotion… Un modèle de petit récit maîtrisé, conjuguant explicite et implicite.

Le talent de l’autrice lui a valu un billet d’exception de l’éditeur : la collection annonce ne publier qu’un texte par écrivain mais Evelyne avait déjà publié La chambre 3 ! L’explication est sans doute simple : notre autrice se plie remarquablement aux lois du genre bref.


(3)

Une réaction d’Armel JOB…

…l’un de nos meilleurs romanciers, à nos commentaires sur deux de ses romans.

Pour comprendre l’échange, voir mon texte dans la mini-revue de septembre :

Puis les explicitations d’Armel Job, que je publie avec son autorisation :

« Cher Philippe,

J’ai lu avec plaisir vos chroniques sur mes romans « de disparition ». A très juste titre, vous évoquez les similitudes entre les deux romans chroniqués. En fait, il y a encore un roman de moi qui est un roman de la disparition. Il s’agit de Tu ne jugeras point. Je voulais faire une trilogie de la disparition. Tu ne jugeras point, c’est la disparition d’un bébé ; En son absence, celle d’une adolescente ; La disparue de l’île Monsin, celle d’une adulte. Dans les trois cas, il y a des similitudes de situation. Par exemple, le désaccord chez les parents du ou de la disparue. L’occasion sans doute de montrer qu’à partir des mêmes ingrédients, on peut obtenir des drames personnels très différents. Encore merci pour votre attention.

Amitiés.

Armel. »

(4)

Joseph NDWANIYE, En quête de nos ancêtres, Les impressions nouvelles, Bruxelles, 2021, 206 pages.

Le livre est un très bel objet : belles couverture et mise en page. Et il est bien écrit. Certes, l’écriture n’emporte pas mais elle réserve de jolies surprises au hasard d’un mot, d’une phrase, d’une image. La narration est fluide, simple, agréable :

« De la fenêtre de sa chambre située au quatrième étage, Antoine a vue sur la ville. Les toits sont couverts de tuiles rouges ou de tôles ondulées. (…) En cette fin d’après-midi, les montagnes aux sommets pointus qui entourent la ville tournent petit à petit le dos au soleil. Naît alors dans leurs sinuosités un jeu d’ombres et de lumière ponctué par quelques nuages blancs qui se détachent du ciel bleu. »

Si la narration est un peu trop sage pour moi, le récit fait du bien, on peut parler d’un Feel Good Book ! Un jeune infirmier, originaire du Rwanda mais installé avec sa famille à Bruxelles, se passionne depuis l’enfance pour le sort des esclaves noirs arrachés à son continent d’origine et envoyés dans la fameuse mine de Potosi. Il finit par prendre un congé pour aller travailler en Bolivie bénévolement et y chercher les traces des descendants de ces esclaves. Il fait des rencontres, toutes belles il est vrai. Et initiatiques.

J’ai aimé la démonstration de la polyvalence identitaire, la capacité de remise en question et de résistance, la quête (celle du héros se double de celle d’une jeune métisse, dont il tombe amoureux). Des thèmes majeurs sont abordés mais de manière feutrée : réalisation contre la famille, le poids des traditions ; capacité à affronter les secrets de famille, etc.

Du grand large, j’attendais un souffle, une percussion mais, ma frustration digérée, je profite des qualités de l’ouvrage : profond mais tout en douceur, en humanisme, en empathie ; subtil, loin des clichés et de tout pesant didactisme (on apprend beaucoup de choses sur la Bolivie, ses paysages, ses traditions, etc.).

Quelques subtilités ?

. Une dimension christique : le héros apparaît lesté du poids du sort de toute une communauté. Et idem pour sa comadre Alba Luz.

. La visite de Potosi offre un parallèle à la visite d’un Juif à Auschwitz. Il s’agit d’un endroit chargé.

. Le rapport des mineurs (il est question de fierté et d’amour) à la montagne qui les tue, les asservit, présente une connexion avec le syndrome de Stockholm.

. Simba est un double du narrateur (qui est lui-même un double de l’auteur), il y a mise en abyme, quête dans la quête. Et rebelotte avec Alba.

. Une machine infernale ramène Simba, un personnage phare, à la condition de ses ancêtres.

. La mise en évidence de la nécessité du supplément de sens, de l’ancrage. Derrière la simplicité (ou grâce à celle-ci ?), Joseph Ndwaniye livre une fable sur la condition humaine. Quitte à présenter un côté « livre à l’ancienne », avec défense de valeurs intemporelles : respect des anciens, transmission, mais aussi capacité à couper le cordon à la Perceval (savoir rompre le silence), etc.

PS

J’ai découvert bien des affinités entre ce livre et le travail récent de Michel Torrekens (L’hirondelle des Andes, chez Zellige). Les deux auteurs explorent différemment des situations de départ proches : une jeune personne qui ose tout quitter pour tenter de trouver des réponses à des questions essentielles…. en allant pour ce faire jusqu’en Amérique du Sud. Il y a donc, dans les deux cas, une forme d’épopée tranquille, avant tout psychologique, faite de rencontres, un parcours initiatique, des côtés Bildungsroman et Road Movie. Un même mélange de grand large et t’intime.

J’ai donc suggéré aux deux auteurs d’échanger leurs livres. Et ils se sont en effet trouvé bien des affinités… jusqu’à envisager des collaborations.


(5)

André-Joseph DUBOIS, Le septième cercle, roman, Weyrich, Neufchâteau, 2020, 499 pages.

La trajectoire de l’auteur interpelle. Il s’offre deux premières parutions à Paris (Balland) il y a près de 40 ans puis disparaît durant 28 ans des écrans éditoriaux. J’ai mené enquête pour en savoir plus sur ce hiatus, il semble avoir été rebuté par les charges collatérales du métier. Je puis comprendre… bien qu’il existe de pires épreuves !

Ce gros roman est très bien écrit et le récit s’avère illico des plus enlevés :

« Et pourtant, pas facile à raconter, une vie. Tout à fait comme un lézard, on ne sait par quel bout la prendre. Un tronçon vous reste entre les doigts alors que l’essentiel a filé sous une pierre. »

Humour, souffle. On traverse l’Histoire (guerre d’Algérie, collaboration sous l’Occupation, etc.) et les mers, les océans (Maroc, Congo, Cuba, Brésil, etc.). Disons-le de manière nette : de tels ingrédients sont rarement disponibles dans les Lettres francophones et désignent un talent supérieur.

Pourtant et hélas, la belle machine littéraire tourne un peu à vide, narrant du connu sans en renouveler l’appréhension (les assassinats de Lahaut ou de Lumumba, par exemple), s’attachant aux pas d’un antihéros, Léon Bourdouxhe, « qu’on n’arrive pas à détester » (dit la 4e de couverture) alors qu’il participe à des séances de torture, des exécutions, affiche un profil d’extrême-droite. Certes, il y a un sous-récit touchant, à travers la relation avec Hanna (l’amie d’enfance), mais il est globalement difficile de ressentir de l’empathie en cours de lecture. Ou de saisir le but visé par l’auteur. Veut-il raconter une histoire souterraine du monde ? En ce cas, il a des décennies de retard, les dossiers évoqués ont été éclairés.  

In fine, que son héros, à la fin du livre, se révèle être le géant boiteux des Tueurs du Brabant, voilà la goutte qui fait déborder le vase du malaise. Etrange sensation donc que d’éprouver de la répulsion pour un livre mais de l’admiration pour son auteur.

A noter !

Ce livre, en octobre, a remporté le Prix de la Ville de Bruxelles 2021. Dans le Top 5 final, il affrontait au moins deux excellents livres : Ulrike Meinhoff (Véronique Bergen, chez Samsa) et Le second disciple (Kenan Görgün, chez Arènes).  En décembre, il a décroché le prix Emma Martin du roman décerné par l’AEB ! Joli doublé ! Et on se réjouit pour l’éditeur Weyrich (dont la réserve de livres a brûlé en 2020) et pour les directeurs de la collection, Christian Libens et Nausicaa Dewez.


(6)

Björn-Olav DOZO et Dick TOMASOVIC, Dark Vador, à feu et à sang, Les impressions nouvelles, coll. La fabrique des héros, Bruxelles, 2021, 140 pages.

Un très bel essai. Pop culture ?

Voir mon article dans Le carnet :


(7)

Jean LEMAITRE, Le vrai Colomb, (faux)roman et (fausse) étude historique, Jourdan, Bruxelles, 2021, 239 pages.

Une (fausse) étude historique ratée sinon honteuse dans ses procédés et sa prétention (« Le vrai Colomb » !) mais un (faux) roman émouvant.

Voir mon article dans Le carnet :

/

(8)

Michel HELLAS, Taklamakan, roman, Murmure des soirs, Esneux, 2021, 352 pages.

Un livre ambitieux ! Qui détonne.

Voir mon article dans Le carnet :


(9)

Jean-Pol HECQ, Mother India, Genèse, Paris/Bruxelles, 2021.

Coup de cœur pour ces récits de voyages qui sont autant de mises en application du concept de la rencontre théorisé par Charles Pépin.

Voir mon article dans Le carnet :


(10)

Éric ALLARD, Grande vie et petite mort du poète fourbe, Cactus Inébranlable, Amougies, 2021, 70 pages.

Un recueil tonique, spirituel.

Voir mon article dans Le carnet :


(11)

Didier VANDEN HEEDE, Meurtres en trois couplets, F. Deville, coll. Œuvres au noir, Bruxelles, 2021, 340 pages.

Un polar émouvant.

Voir mon article dans Le carnet :


Pour terminer… une nouvelle rubrique, Le plat pays qui est le mien… de cœur, qui me permettra de retrancher le mot « francophones » adossé à « Lettres belges » dans le sous-titre de cette mini-revue. Oui, je vais tenter d’évoquer régulièrement des auteurs flamands, pour des raisons éthiques et intellectuelles (volonté de connaître les citoyens du nord du pays et de m’élargir un peu). D’autant que j’adore me balader en Flandre, j’y sens palpiter mon essence et m’interroge à ce propos.


(12)

Pieter ASPE, Le carré de la vengeance, Albin Michel/Le livre de poche, Paris, 2008 (1995 pour l’édition originale en langue néerlandaise), 377 pages.

Pieter Aspe (1953-2021), de son vrai nom Pierre Aspeslag, est un auteur flamand traduit en français, à Paris. Les aventures du commissaire Van In (une trentaine de tomes, le premier publié en 1995), à Bruges et aux alentours, ont été adaptées à la télévision et l’ont rendu célèbre. Avant de pouvoir vivre de sa plume et de s’installer à la Côte (Blankenberge), il a exercé de nombreux métiers, le plus improbable étant d’avoir été le concierge de la basilique du Saint-Sang, dans la Venise du Nord, durant douze ans. Il a écrit d’autres ouvrages, non traduits en français, certains pour adolescents. Il a décroché plusieurs prix.

Le carré de la vengeance consacre l’irruption de ce nouveau policier de papier et plante illico tous les éléments de la série, soit les personnages qui seconderont notre héros mais les décors aussi, une manière de promouvoir Bruges, son patrimoine, ses commerces, etc.

 Le pitch ?

Voici ce qu’annoncent la 4e de couverture du livre et le site du Livre de poche :

« À Bruges, la bijouterie Degroof a été cambriolée. Rien n’a été volé, mais le malfaiteur a fondu tous les bijoux dans un bain d’acide. Sa signature : un énigmatique message en latin…

L’enquête est confiée au commissaire Van In, un flic buté criblé de dettes, au sale caractère et à l’humour caustique. Amateur d’art, de cigares, de bières et de jolies femmes, il n’a pas son pareil pour déjouer les affaires les plus tordues.

Avec Versavel, jumeau d’Hercule Poirot à l’homosexualité revendiquée, et Hannelore Martens, substitut du procureur affriolante et ambitieuse, Van In plonge dans la grande bourgeoisie brugeoise où il ne fait pas bon déterrer les secrets enfouis… Premier volet de la série, Le carré de la vengeance fait de Pieter Aspe le « Simenon flamand ».

En lisant Van In, je retrouve les sensations croisées lors de mes lectures de la collection Grands détectives, créée par Jean-Claude Zylberstein chez 10/18, à Paris. Celle-ci avait d’abord mis en scène des récits policiers situés à travers l’espace et le temps (la Chine du VIIe siècle et du juge Ti – de Robert Van Gullik -, l’Angleterre médiévale de frère Cadfaël – par Ellis Peters, qui allait inspirer Le nom de la rose d’Umberto Eco !) avant de s’ouvrir au contemporain (avec Iain Pears, entre autres). Côté Belgique francophone, un auteur, Alain Berenboom, chez Genèse, explore ce sillon du récit policier gouleyant (avec la série Michel Van Loo), beaucoup plus léger qu’un thriller type anglo-saxon mais au cocktail savoureux de récréation d’une atmosphère, d’interconnexions avec une série de personnages secondaires très typés, de didactisme ludique, d’exploration sociologique aussi.

Le carré de la vengeance se lit très aisément. L’écriture et la narration sont fluides, dynamiques. Il y a moins d’action que de saillies verbales cependant, des dialogues percutants, un vocabulaire recherché (la traductrice est une écrivaine : Emmanuèle Sandron) s’infiltre subtilement (« réniforme », « potiquet », etc.), comme une exploration de contenus historiques voire des notations philosophiques :

« La mémoire est un labyrinthe, un embrouillamini de ruelles intriquées où les souvenirs errent sans répit. Mais que l’un d’entre eux rencontre subitement un élément neuf, et une idée originale peut soudain jaillir. »

Le meilleur réside peut-être dans un décryptage de la société flamande nantie. Quels secrets masquent les grandes réussites économiques ou politiques, etc. ?

En résumé ? Une distraction pure mais de bonne tenue, inscrite dans un certain raffinement. A tel point… que j’ai eu envie de creuser ce sillon-là à mon tour comme auteur !

Bémol !

Mis en appétit pour la série, j’ai commandé les deux aventures suivantes du bon Van In, Chaos sur Bruges et Les masques de la nuit. Mais, dès le premier, d’un coup, je cale devant les recettes (les échanges téléphonés entre Van In et sa muse Hannelore, son adjoint Versavel ; la confrontation systématique entre un puissant sournois, méprisant et sans scrupules et un représentant du peuple, etc.), le peu d’action pure aussi, la passivité des protagonistes, qui passent plus de temps à gérer leurs problèmes qu’à faire avancer l’enquête. Ici, les éléments décisifs (pour comprendre l’affaire puis la résoudre) sont apportés sur un plateau par une prostituée ou le fils d’un des coupables.

Philippe Remy-Wilkin.

LISEZ-VOUS LE BELGE ? – ROSA de MARCEL SEL (Onlit) par Philippe REMY-WILKIN et Jean-Pierre LEGRAND

Les Belles Phrases participent à l’opération Lisez-vous le Belge ?

La campagne de cette deuxième édition court du 1er novembre au 6 décembre 2021.

Rappel des objectifs :

« célébrer la diversité du livre francophone de Belgique (…) faire (re)découvrir au grand public, toutes générations confondues, un panel varié de genres littéraires : du roman à la poésie, de l’essai à la bande dessinée, des albums jeunesse au théâtre ».

Merci à Clara Emmonot et Morgane Botoz-Herges (chargées de communication), à Nicolas Baudoin (chargé de programmation), du PILEn !

(25)

Marcel SEL, Rosa,

roman, ONLIT, Bruxelles, 2017, 296 pages.

Par Philippe Remy-Wilkin et Jean-Pierre Legrand.

Marcel Sel - Rosa – ONLIT Editions

LES RAPPORTS À SOI ET À L’AUTRE, AUX RACINES ET AU MONDE REVISITÉS À TRAVERS LE PRISME DE PAGES DE L’HISTOIRE ITALIENNE

 L’auteur

Rosa est le premier roman de l’essayiste Marcel Sel, une figure singulière, polémique, du paysage politique et culturel belge, un hybride de bloggeur et d’enquêteur indépendant.

Voir : Un blog de sel, le blog de Marcel SEL

Marcel Sel. Le blogueur le plus lu à Bruxelles - Brusselslife.be
Marcel SEL

L’éditeur

 ONLIT est une structure innovante, qui a joué les pionnières dans le registre numérique, pâti de la stagnation (temporaire ?) du genre mais été capable de rebondir en mode classique. Sel/ONLIT n’ont-ils pas décroché les prix Saga Café et des Bibliothèques de Bruxelles… tout en étant finalistes du prestigieux Rossel ou chez les lecteurs de Club ?

Voir : https://www.onlit.net/

Un départ en fanfare

Jean-Pierre :

Le roman démarre en trombe. Mise sur orbite immédiate : on ne le lâche plus.

Phil :

Les premières lignes :

« Tu vas écrire un roman, qu’il m’a dit. C’était un ordre.

– Et comment je fais pour vivre ?

– Tu as quel âge ?

(…) Depuis dix ans, il me verse un salaire mensuel, comme ça, sans rien en échange. Travailler, je ne peux pas. Il le sait. Je suis une sorte d’artiste. (…) il a son usine, alors il me paye. »

« Il », c’est « Le Père, c’est Albert Palombieri ».

Jean-Pierre :

Vivant au crochet du « Père », « le Fils », Maurice, se voit donc obligé d’obtempérer. Il sera rémunéré 30 euros la page. Ecrire, c’est bien beau, mais sur quoi ?  « On écrit toujours contre » nous dit Aragon. Après quelques tâtonnements, il trouve sa machine de guerre : il va resservir l’histoire de sa grand-mère Rosa, morte en déportation, victime du régime fasciste italien, non sans avoir d’abord été, comme des millions de concitoyens, subjuguée par le Duce.

Phil :

Le ton est direct mais en mode intimiste. Le narrateur est un jeune homme à la dérive, un « adultescent » en inadéquation quasi totale avec le monde, sa ville (Bruxelles), son père, les femmes (et l’amour, qu’il n’arrive pas à assumer sur la durée). L’émotion affleure rapidement, avec la narration d’un traumatisme d’enfance, qui semble avoir modelé un destin. Maurice, vers neuf ans, avait la passion de l’écriture et a déposé un poème sur le bureau paternel, en quête de reconnaissance. Aucune réaction. Alors il revient dans la pièce, cherche son œuvre :

« Je me précipite sous le bureau, entre un pied de chaise et la corbeille. Et juste avant qu’il n’éteigne la lumière d’un geste sec, je le vois, mon poème ! Il est dans la corbeille à papier grise, chiffonné. »

La scène se reproduira au fil des mois, des années. Avec le même résultat. Qui mène à la perte de confiance et à cette plongée dans l’altérité mise en scène dans les romans des Moravia, Camus, Sartre.

La suite du récit et son déploiement vertigineux

Phil :

Face à la demande paternelle (a priori saugrenue : écrire un roman pour un homme qui ne l’a jamais lu !), le narrateur se cabre puis décide de se venger. Il sait ce qu’il va faire, il va écrire « La Vengeance du Fils » ou « J’emmerde le Père », l’histoire d’un homme de trente ans qui se voit imposer un projet d’écriture mais le retourne contre son concepteur. Mise en perspective des vies, des destins dans un panorama élargi. Car Maurice possède une arme secrète : son grand-père Nonno, qui a quitté jadis l’Italie pour la Belgique, lui a raconté sous le sceau de la confidence absolue ce qu’il a toujours dissimulé à son fils : l’histoire de leur famille. Or celle-ci, épique, inscrite dans l’Histoire de son pays d’origine, charrie des secrets douloureux voire impossibles à gérer.

Jean-Pierre :

« Et je sais, moi, s’exclame Maurice, pourquoi Nonno s’est tu toute sa vie. Albert le saura lui aussi en temps utile. Je le lui écrirai. S’il peut me lire. S’il peut m’entendre. Je n’ai pas eu le père que je voulais mais, aujourd’hui, j’ai une chance de le lui faire savoir. »

Phil :

Commence un second roman (le livre du fils, envoyé au père en fragments), qui ressuscite toute une famille, un village, la saga du fascisme de son lustre à sa désagrégation, les années de guerre, l’alliance avec Hitler puis sa dislocation, la collaboration et la résistance, le rapport à la judéité.

Deux romans alternent. Avec leurs rebondissements, leurs suspenses. Le père, au début, paie sans lire. Comment le contraindre à affronter les démons du passé ? Mais le fils lui-même peut-il pénétrer l’étoffe de son travail d’écriture sans y plonger tout entier ? S’y brûlera-t-il les ailes ? Ou le roman muera-t-il en médiateur vers la rédemption ?

Au centre du récit, des récits, la figure de Rosa, la mère du « Père », la grand-mère du « Fils ». Une rousse « au regard brûlant » (des allures de Maureen O’Hara ?). Que l’on croise pour la première fois alors qu’elle embarque pour un train menant vers un camp de concentration. Sa vie et sa disparition. Depuis sa jeunesse insouciante et frondeuse jusqu’à l’amour, l’engagement, la trahison…

Rosa de Marcel Sel : meilleur premier roman ! | «Jacquesmercier Blog
Marcel SEL (en compagnie de Jacques Mercier) lors de la remise du prix Saga Café.

Un arrière-plan luxuriant et passionnant

Phil :

Dans le sillage de Rosa, ce sont des pans d’Histoire qui quittent les limbes de l’Oubli. Et, lecteur francophone, on découvre avec étonnement un passé méconnu/inconnu, du ralliement du peuple italien au fascisme, vu comme un vecteur d’ordre, de modernité, de progrès, jusqu’aux prises de position du Duce : Musssolini se montre hostile aux théories racistes d’Hitler et ses militaires protègent les Juifs, les Romanichels, les Serbes… quitte à se confronter aux alliés allemands ou croates (Oustachis), MAIS, dès 1938, il retourne sa veste devant la nécessité d’un soutien nazi plus appuyé ou planifie le massacre de la communauté slovène.

Jean-Pierre :

Insérée dans le cadre narratif, la séquence fasciste est abordée avec beaucoup de naturel par la réfraction des souvenirs d’enfance de Rosa qui donne, au personnage de Mussolini, une coloration presque mythologique :

« Rosa pestait contre ce figlio di putanna de Mussolini. Ils avaient un contrat, depuis ses neufs ans, quand il l’avait saluée au Decennale et qu’elle avait chanté pour lui. Elle lui avait donné sa foi presqu’aussi forte que celle qu’elle avait pour le Tout-Puissant. Mais le 5 décembre 1943, le Ministère de l’intérieur avait ordonné l’arrestation de tous les juifs (…). Elle, menacée de déportation avait décidé de résister. »

L’innocence trompée d’une enfant recoupe le sentiment de trahison de tout un peuple, dont le retournement est saisissant. On peut y voir une versatilité opportuniste mais j’incline davantage à y reconnaître l’heureuse fatalité déjà décrite par Lamennais voici près de deux siècles et qui, tôt ou tard, abat les dictatures et les tyrannies de toutes sortes :

« S’enfonçant toujours plus loin dans le mal, elles rencontrent enfin une autre nécessité, supérieure à celle qui les pousse, l’invincible nécessité des lois qui régissent la nature humaine. Arrivées là, nul moyen d’avancer ni de retourner en arrière ; et le passé les écrase contre l’avenir. »

Phil :

On lit un roman très romanesque, palpitant et émouvant, avec de l’amour et de l’amitié, des rencontres inoubliables (Aaron Zeller dans le train de la Mort), des mystères. Mais on lit aussi un ouvrage historique, qui informe et fait réfléchir. Et un roman de mœurs, une saga familiale qui orchestre l’émancipation, la réalisation de soi. Maurice sera-t-il capable de laisser venir à lui son Hannibale (le fantasme de la femme conquérante) ? Accouchera-t-il son père en lui rendant son passé ? A moins que ça ne soit l’inverse ? Ou les deux ?

Jean-Pierre :

Le récit en abyme, qui reconstitue l’histoire de la famille, nous permet de suivre le parcours de l’immigration italienne en Belgique. De manière très subtile, via le récit à la première personne de Maurice, l’auteur explore la tension entre l’amour fantasmé de la patrie d’origine et la tendresse refoulée pour la patrie d’accueil, inconsciemment vécue comme territoire de la chute.

En imbriquant la temporalité de Rosa et celle du narrateur, Marcel Sel suscite une intéressante méditation sur la transmission. Quand les choses se passent bien, la vie circule au sein de cette galaxie qu’est une famille. Chez les Paliomberi et les Molinari tout se passe comme si le séisme fasciste puis le drame de la déportation, avec son poids de culpabilité et de trahison, détournaient le sang de sa source. Le non-dit envahit la scène familiale, plus rien ne circule, les échanges sont fonctionnels à l’image de cette fausse connivence entre Albert et son fils aîné ; seuls quelques gestes de tendresse – la façon furtive de Nonno de serrer deux fois la main de son petit-fils comme on le faisait dans la famille – ont subsisté, maigre héritage des années révolues. Un rapport névrotique au passé s’installe et contamine les générations suivantes. Le roman le montre bien ; en faisant de son petit-fils son confident, Nonno lui a imposé sa douleur et son désespoir tout en lui insufflant un paralysant nihilisme.

Phil :

On peut s’irriter devant l’incapacité du père et du fils à user des tuteurs de résilience, comme s’ils se complaisaient dans leur mise en tragédie. Mais on peut, à l’inverse, s’extasier devant l’importance conférée à l’écriture. Songer que les majuscules apposées au « Père » et au « Fils » colorent le récit d’une aura biblique. Ce qui implique une attention soutenue au symbolique, au métaphorique. Le Verbe n’est-il pas le principe créateur ? Nommer apportant sens et existence ? Maurice, qui veut écrire des romans mais échoue faute de sujet, ne pourra-t-il écrire des histoires qu’après avoir appréhendé la sienne ? Sur le modèle « Il faut avoir été aimé pour pouvoir aimer » ou « Il faut s’aimer soi-même pour pouvoir aimer les autres » ? Le livre comme matrice des personnages, qu’il ressuscite ou accouche ?

Jean-Pierre :

Le roman de Sel explore le rapport entre la sublimation de l’œuvre où tout se tient et l’apparente banalité de l’existence réelle. De quel roman sommes-nous le héros ; quel est la densité d’être de toutes ces personnes – simples protagonistes ou personnages ? – que nous côtoyons. Y a-t-il un sens dans la grisaille apparente de nos vies ?  Par la catharsis de l’écriture et la perspective nouvelle que celle-ci va dessiner, le narrateur assumera enfin son destin d’homme.

L’art de l’écrivain

Phil :

L’écriture, le plus souvent mise au service d’une narration efficace, s’autorise des envolées plus délicates, littéraires :

« (…) quand me sont apparus les yeux écorchés d’Aaron Zeller, à Trieste, ces yeux qui s’éteignaient pendant qu’agonisait l’humanité. »

Jean-Pierre :

En évitant l’écueil de la couleur locale, l’auteur parvient, par un style simple mais très imagé, à nous faire ressentir le charme si particulier de l’Italie, perceptible dès les premiers pas sur son sol. Ainsi l’arrivée à Vernazza, minuscule port de pêche engoncé entre mer et montagne :

« Ils arrivèrent à la grande maison rouge. Elle était entourée de deux bicoques étroites qui semblaient s’y adosser pour ne pas s’écrouler. Il n’y a d’ailleurs que ça dans la rue principale de Vernazza : des maisons ivres. »

Cette description par petites touches gagne aussi les personnages et singulièrement celui de Rosa, que le travail de mémoire saisit dans ce qu’elle a de plus impondérable et qui pourtant la caractérise le mieux : le mouvement, l’énergie.

« J’arrive dans la pièce, je vois sa robe qui se redresse et virevolte, une robe pleine de couleurs. »

Phil :

Des réminiscences intertextuelles m’auront souvent traversé. J’ai évoqué l’inadéquation mythifiée par L’Etranger, La Nausée ou La Désobéissance, mais d’autres échos affleurent. Le Monde de Sophie, avec le fil rouge tendu par un père démiurge qui dirige vers un apprentissage, un Bildungsroman. De beaux romans d’Adolphe Nysenholc ou Alain Berenboom, d’autres de Rossano Rosi ou Giuseppe Santoliquido, avec le dévoilement/rappel de nos immigrations juive et italienne, leurs drames et leurs apports à notre culture, notre vie nationale. Les romans de Mathilde Alet, avec la mainmise du Non-dit, du Mal dit ou du Trop peu dit dans les relations, les constructions identitaires. In fine, comment ne pas songer à une variation libre sur le thème de l’incommunicabilité père/fils, le syndrome de Karoo* mis en exergue dans un article des Belles Phrases** ?

Conclusions

Ce roman est une réussite épatante. Qui happe dès les premières pages et ne faiblit pas dans les dernières. Un travail de romancier et d’écrivain. Qui séduira grand public et gourmets.

Pour en savoir davantage sur les 1er et 2e romans de Marcel SEL

Rosa sur le site d’ONLIT 

Rosa en format poche

Marcel Sel - Rosa (format poche) – ONLIT Editions

Elise, via un article de Philippe paru dans Le Carnet :

Jean-Pierre Legrand et Philippe Remy-Wilkin

Karoo est un roman (extraordinaire !) de Steve Tesich, qui a donné son nom à une revue/plateforme culturelle formant la jeunesse à la critique (et à l’esprit critique) :

https://karoo.me/

** Le syndrome de Karoo explicité : 

Lisez-vous le belge ?

LISEZ-VOUS LE BELGE ? – LE SILENCE A GRANDI de Françoise LISON-LEROY (Rougerie) par Philippe REMY-WILKIN

Les Belles Phrases participent à l’opération Lisez-vous le Belge ?

La campagne de cette deuxième édition court du 1er novembre au 6 décembre 2021.

Rappel des objectifs :

« célébrer la diversité du livre francophone de Belgique (…) faire (re)découvrir au grand public, toutes générations confondues, un panel varié de genres littéraires : du roman à la poésie, de l’essai à la bande dessinée, des albums jeunesse au théâtre ».

Merci à Clara Emmonot et Morgane Botoz-Herges (chargées de communication), à Nicolas Baudoin (chargé de programmation), du PILEn !

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Françoise LISON-LEROYLe silence a grandi,

recueil de poésies, Rougerie, Mortemart (France), 2015.

Par Philippe Remy-Wilkin.

Les invités du mercredi : Luc Dellisse | Objectif plumes

Une couverture dépouillée, blanche, une mise en page sobre mais efficace, un texte par page, resserré, appliquant quasi les principes du Yin et du Yang, le rapport contrasté du noir et du blanc, du vide et du plein, de l’absence et du sens. Dédié à un poète décédé en 2008, Paul André.

Je n’ai pas tout compris, mais est-ce nécessaire ? Un peu comme en religion ou dans ce qui touche au sacré, il y a une sensation délicieuse à se sentir dépassé, amenuisé face au Mystère. Qui vous prend par la main pour vous redresser ensuite, vous porter vers les nues et le dépassement, l’élévation, vous envoler.

Alors que tant d’auteurs en quête d’identité se réfugient dans la poésie ou la nouvelle par manque de temps, de souffle ou de talent, y enfouissant les limites de leur langue ou de leur imagination, il est de vrais poètes et nouvellistes, qui portent à bout de bras le Graal transmis par des Baudelaire, des Villiers, qui ont ce talent de décaper la phrase et le mot, de réinventer la langue, le sens, l’émotion avec intensité, densité. Françoise Lison-Leroy (récemment primée par l’Académie française) est de cette eau-là, on est fasciné/happé, dès les premiers mots, par la Beauté, inouïe :

« Vous êtes le prince enfui qui n’a lieu pour personne. »

Tout est du même acabit, ciselé et perforant :

« Le silence a grandi. Vous en ouvrez la porte, désormais, comme on plonge en un saut dans une galaxie. »

Bienvenue sur le site de Françoise Lison-Leroy
Françoise Lison-Leroy

J’adore plusieurs passages. Comme ce portrait envié :

« Vous étiez cet enfant grave et songeur, tendu vers l’improbable. On vous disait céleste, arrogant. On vous guettait aux abords des nuages. Vous interrogiez les cailloux, les fourmis ailées, la flaque aux merles tapageurs. Et le cœur piquant de la renoncule. »

Plus loin, magnifique :

« Vous édentiez les barreaux, piégés entre l’azur et vous. On ne vous connaissait pas de geôlier. »

Ou encore :

« Vous étiez ce champ libre qu’une averse féconde, ce creuset voué aux partitions.

(…)

Vous trouviez dans les livres ce qui ne se dit pas. Les mots du torrent oublié.

(…)

Comme vous, demeurer en chantier. (…) Ce qui s’achève est mort.

(…)

Et nous, cueilleurs de lunes et d’équinoxes, nous reprendrons nos filets haut perchés. »

Le silence a grandiFrançoise Lison-LeroyRougerie. Un recueil (primé à Paris !), une autrice (aussi talentueuse que modeste, généreuse, ouverte), un éditeur (exigeant, il ne publie que trois recueils par an) à lire d’urgence ! Pour s’arracher aux contingences, se confronter à la Grâce, à l’Essence.

Philippe Remy-Wilkin

Lisez-vous le belge ?" : une campagne qui ricoche - Le Carnet et les  Instants

LISEZ-VOUS LE BELGE ? – HISTOIRE DE L’ÉDITION EN BELGIQUE de PASCAL DURAND et TANGUY HABRAND (Les Impressions nouvelles) par Philippe REMY-WILKIN

Les Belles Phrases participent à l’opération Lisez-vous le Belge ?

La campagne de cette deuxième édition court du 1er novembre au 6 décembre 2021.

Rappel des objectifs :

« célébrer la diversité du livre francophone de Belgique (…) faire (re)découvrir au grand public, toutes générations confondues, un panel varié de genres littéraires : du roman à la poésie, de l’essai à la bande dessinée, des albums jeunesse au théâtre ».

Merci à Clara Emmonot et Morgane Botoz-Herges (chargées de communication), à Nicolas Baudoin (chargé de programmation), du PILEn !

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Pascal Durand et Tanguy Habrand, Histoire de l’édition en Belgique, essai, Les Impressions Nouvelles, 2018, 565 pages.

Par Philippe Remy-Wilkin.

LISEZ-VOUS LE BELGE ? – UN SANG D'ÉCRIVAIN de LUC DELLISSE (La Lettre  volée) par Philippe REMY-WILKIN – LES BELLES PHRASES

L’Ancien et le Nouveau Testaments !

On demeure muet d’admiration devant l’ampleur et la qualité de cet ouvrage, d’un idéalisme confondant. Car, disons-le tout net, on ne s’adresse pas ici au grand public, la niche visée est étroite, des professionnels du secteur (auteurs, éditeurs, journalistes culturels, bibliothécaires…) a priori. Et pourtant ! Cette nouvelle Bible de notre Histoire éditoriale mériterait d’inspirer un cours d’université, de voir venir y grappiller des perles des amoureux de culture, d’histoire, d’histoire belge, de belgitude, voire d’entreprenariat.

L’objectif des auteurs ?

Ces deux pointures du milieu universitaire, très impliquées dans le domaine du livre contemporain, ont souhaité offrir « le double éclairage d’une histoire propre à faire ressortir des tendances relevant de la longue durée » mais aussi « à procurer, pour chaque période envisagée, un tableau représentatif des principales maisons en activité ».

On parlera d’édition, au sens large, loin d’une limitation au fait littéraire. D’autant que la Belgique va s’affirmer dans des domaines marginaux : édition pédagogique (De Boeck, Wesmael-Charlier, Duculot, Dessain), BD (Casterman, Lombard, Dupuis), livre religieux ou de jeunesse (Marabout, Mijade, Pastel…), théâtre (Lansman), droit (Larcier)…

Les auteurs, lucides ou modestes, renoncent à l’exhaustivité, c’est pourtant mon seul (léger) bémol, ils sont tellement complets, précis qu’on finit par s’étonner des rares absences* remarquées : Le Hêtre Pourpre fin 90/début 2000, Murmure des Soirs aujourd’hui…

La matière brassée ?

Ce livre magistral offre ce que promet l’épigraphe (signé Didier Devillez, éditeur) : « Il existe entre tous ces auteurs, ces textes et ces œuvres, un fil ténu qui, si fragile soit-il, nous semble produire ce que tout être humain est en droit d’exiger d’autrui et de la vie : du SENS. »

Le livre est découpé en six sections : Le temps des imprimeurs (1470-1650) ; Le soleil noir de la contrefaçon (1650-1850) ; Entre Rome et Paris (1850-1920) ; La renaissance de l’édition belge (1920-1940) ; Industriels et artistes (1945-1980) ; Etat littéraire et marché du livre (1980-2000). Avec un épilogue prospectif : Au seuil d’un nouveau siècle.

Pour donner une idée de son contenu, évoquons ses premier et dernier chapitres. En insistant sur l’atmosphère générale : TOUT l’ouvrage témoigne d’écritures affinées et puissantes tout à la fois, d’une érudition mirandolienne et de recherches bénédictines, d’une conjugaison réussie du souffle et de la nuance.

Les débuts de l’imprimerie.

On remonte aux alentours de Gutenberg, au XVe siècle, pour aller gratter derrière des noms qui devraient parler à tout citoyen belge : Thierry Martens, Moretus, Plantin… On découvre avec fascination à quel point notre époque n’a rien inventé mais simplement intensifié les échanges culturels, la mobilité des corps, des idées et des produits. De voir notre Martens devenir l’ami intime ou l’imprimeur/éditeur attitré du Rotterdamois Erasme, publier un roman du futur pape italien Pie II, la Lettre de la Découverte du Génois Colomb ou la mythique Utopie de l’Anglais Thomas More (dont il réalise la première édition, à Anvers !), voilà qui laisse pantois. Puis songeur. Quels romans à écrire sur cette époque, ces aventures intellectuelles qui effacent les frontières ! Qu’attendons-nous, nous, gens de plume ?

Et que dire de la modernité des considérations dudit Martens ? Qu’il jette un regard lucide ou cynique sur son métier : « Un auteur ne cherche dans ceux qui le lisent que des admirateurs ; moi, j’y cherche des acheteurs. » Ou anticipe les récriminations de nos auteurs/éditeurs actuels : « J’ai souvent remarqué que les hommes, en général, ne font cas que de ce qu’on leur présente comme venant de l’étranger et importé de fort loin », « Tous les pays du monde entretiennent leurs industriels, le nôtre seul fait exception ». Au passage, un lecteur attentif s’interrogera sur le terme pays. Il y avait donc en nos terres une idée de nation, de patrie ? De quelle nature précise ? Passionnant, mais voilà qui quitte les limites de cet article.

Après Martens, Plantin, dont Balzac, au XIXe siècle, vantera encore la qualité extraordinaire des réalisations, consacrant le passage plus affirmé de l’impression à l’édition.

Trop à lire, à dire ! Je bondis par-dessus des centaines de pages.

Photos : Portrait of Pascal Durand and Tanguy Habrand, Professors at the  University of Liège - Valentin Bianchi - Photojournalist Liege Brussels  Belgium
Tanguy Habrand et Pascal Durand

L’édition de notre temps.

Le parcours est fascinant ! Jacques Antoine, Lysiane D’Haeyère et les Eperonniers… Puis ces noms qui recoupent mon itinéraire : Lombard, Yéti-Presse, Marabout, David Giannoni et Maelström, André Versaille, Christian Lutz… Mais, au-delà de la séquence nostalgie, il y a surtout la sensation de comprendre comment sont nés les sillons que nous pouvons aujourd’hui emprunter, il y a un approfondissement de la nature des diverses composantes. Qui aide à savoir d’où l’on vient, où l’on est, où l’on pourrait aller. On quitte l’histoire ou la réflexion sur le microcosme pour saisir encore un outil. En amont, des racines. En aval, du sens et des flèches.

Au détour des pages, on admire André Versaille, qui a réussi à traiter d’égal à égal avec Paris pour le domaine de l’essai (avec l’aide de Danielle Vincken), ou Emile Lansman, qui l’a réussi côté écriture théâtrale ; on s’étonne de l’importance d’un Mardaga, de l’apport considérable d’un Marc Quaghebeur ou d’un Jean-Luc Outers, etc.

Et puis, soudain, on tente de s’arracher au lamento des éditeurs et auteurs, qui ont certes souvent raison de stigmatiser un manque de soutien, de reconnaissance, mais qui, à force, en oublieraient des réussites ou spécificités très remarquables dont il convient de remercier nos instances (Communauté française de Belgique puis Fédération Wallonie-Bruxelles) : le concept Espace Nord**, une collection patrimoniale qui élargira son impact et sa philosophie en se faisant aussi anthologie de l’or littéraire du temps récent ou présent ; les très performantes et très citoyennes revues/plateformes culturelles Le Carnet et les Instants*** et Karoo**** !

En surplomb de la lecture…

…des interrogations sur la nature de l’édition belge, dont Roger Avermaete (magnifique auteur d’une Histoire belge décapée et décapante), disait, en 1929 déjà, qu’elle était « inexistante », la Belgique n’étant pas une « nation littéraire » comme la France, où « l’édition participe d’une volonté et d’une représentation », mais souffrant d’un déficit d’identité nationale, d’« un certain rapport distancié à la culture », d’une « position périphérique » par rapport à Paris ou Amsterdam.

Les auteurs nous ont offert un socle, et nul doute qu’on reparlera de cet ouvrage dans les décennies à venir. Bravissimo à tous deux et à leur éditeur !

Le livre sur le site des IMPRESSIONS NOUVELLES

Philippe Remy-Wilkin

Lisez-vous le belge ?

LISEZ-VOUS LE BELGE ? – 37 RUE DE NIMY, LES INCROYABLES FLORIDES d’ALEXANDRE MILLON (Murmure des Soirs) par Philippe REMY-WILKIN

Les Belles Phrases participent à l’opération Lisez-vous le Belge ?

La campagne de cette deuxième édition court du 1er novembre au 6 décembre 2021.

Rappel des objectifs :

« célébrer la diversité du livre francophone de Belgique (…) faire (re)découvrir au grand public, toutes générations confondues, un panel varié de genres littéraires : du roman à la poésie, de l’essai à la bande dessinée, des albums jeunesse au théâtre ».

Merci à Clara Emmonot et Morgane Botoz-Herges (chargées de communication), à Nicolas Baudoin (chargé de programmation), du PILEn !

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Alexandre MILLON, 37 rue de Nimy, Les incroyables Florides, roman, Murmure des Soirs, Esneux, 2019, 171 pages.

Par Philippe Remy-Wilkin.

J’ai entamé la lecture la tête emplie de doutes : ce livre a connu une première édition, en 2004, soit il y a quinze ans, et l’éditeur était une instance officielle, bref ça sentait la commande, l’institution, le musée… La première page creuse la mise en alerte :

« Léon Losseau (1869-1949) était un intellectuel passionné – bibliophile, photographe, numismate, membre de nombreuses sociétés savantes – qui transforma sa maison en un hôtel particulier doté de tout le confort moderne et de décors Art Nouveau somptueux. Etc. »

Un livre au service de la ville de Mons, de la Maison Losseau ?

J’entre pourtant aisément dans la matière du livre, sur les pas de Rimbaud et Verlaine, croisant la composition d’Une saison en enfer, la découverte miraculeuse de son édition originale (cinq cents exemplaires rescapés, alors que le poète l’avait quasi entièrement détruite !). Cette séduction initiale précède l’entrée véritable dans le livre. Une première partie nous projette en 1901 dans la foulée du Découvreur qui n’est pas Christophe Colomb mais Léon Losseau. Qui apparaît dans sa vie de tous les jours, ses relations, ses décors, ses activités…

Après quelques pages, le Chemin de Damas : Millon est devenu un de mes auteurs belges préférés ! C’est que… Réussir à rendre immédiatement attachant son personnage et donc à rendre captivantes ses déambulations et ses cogitations n’est pas à la portée du premier venu. J’éprouve un plaisir vif mais naturel : Millon écrit excellement, mais possède en sus l’art de distiller des notations humanistes :

« Losseau ne va pas chez la Berthier (NDA : sa maîtresse) pour s’encanailler, mais plutôt pour se confronter à l’étrangeté de cette fille, et qui sait, mieux se comprendre lui-même. »

Ou philosophiques :

« L’art de contredire ou de se contredire, ce n’est pas d’être contrariant, c’est de faire cohabiter au mieux les élans du cœur et les déductions de la pensée. »

37 rue de Nimy
Alexandre Millon

C’est un petit miracle. Losseau, déployé par Millon, n’a rien d’un fossile exhumé d’archives poussiéreuses mais devient une sorte d’idéal, de modèle, quasi une incarnation métaphorique digne des contes du XVIIIe siècle. Tout en étant pleinement humain, c’est-à-dire fragile, sa propre émancipation/réalisation restant en deçà de ses idées :

« Esprit libre, héritier des Lumières (…), Léon Losseau est aussi tout embarrassé d’entraves familiales et de conservatisme social (…). On devine, dans sa vie affective, un cloisonnement typiquement bourgeois, certes insatisfaisant mais dont on pressent les premiers craquements. »*

Un second miracle tient à ce que Losseau et Millon me font rencontrer Rimbaud et sa poésie comme jamais. Les citations d’Une saison en enfer coulent le long des parois du texte premier et lui confèrent des allures de chambre d’ambre, de grotte labyrinthique renfermant le trésor de la Beauté du monde ou du Sens de nos engagements. On s’envole au gré des phrases et du souffle des idées, des images :

« Un grand vaisseau d’or, au-dessus de moi, agite ses pavillons multicolores sous les brises du matin. »

Une deuxième partie nous transporte en 1913, Léon a quarante-quatre ans et a transformé sa demeure en un chef-d’œuvre de l’Art Nouveau, non pas figé mais habité, dans tous les sens du terme, où l’on converge autour du maître des lieux pour échanger, débattre dans une rare élévation des cœurs et des esprits.

Les hiatus temporels nous éloignent de la biographie stricto sensu. Quelle est la nature de ce livre ? Une esquisse de vie sous la forme de tableaux biographiques ? Avec des accents d’essai, d’étude historique ? Et une coloration très littéraire pourtant (mille notations psychologiques ou poétiques) …

Choc ! Une troisième partie débute en avril 2016, en compagnie d’autres personnages, contemporains : « Esther, fraîchement divorcée, en équilibre instable sur le fil de sa vie, en mal d’écriture et à la recherche de l’insaisissable Rimbaud ; Bastien, qui, jusque-là, s’est contenté d’effleurer les choses en suivant des prétextes fallacieux pour ne rien entreprendre » **. Un roman ! Dont l’irruption redistribue les cartes d’analyse du livre et son identité, dévoile sa structuration globale, son projet. Le ton est différent, la modernité et le second degré déboulent, le narrateur marque son territoire.

Que se passe-t-il ? Une juxtaposition ? L’auteur a repris son texte et lui a ajouté une deuxième trame, qui se déroule un siècle après la première. Mais la juxtaposition, pour abrupte qu’elle soit, renvoie à une orchestration renouvelée du tout. N’est-il pas question ici du devenir des idées sur plusieurs générations ? Rimbaud infuse Losseau mais la germination intellectuelle met du temps à fleurir, porter des fruits, se prolonge par-delà les décennies à travers des héritiers/disciples :

« (…) il aborde Esther, en lui disant que Le Bateau ivre est pour lui comme une sorte d’unité de mesure qui servirait à évaluer notre degré de folie, et donc en fin de compte notre sincérité. »

Ne déflorons pas l’intrigue romanesque et ses surprises. Mais avouons avoir passé notre temps, au cours des derniers chapitres, à cocher des lignes et des paragraphes, parfois des pages entières. Quelques échos de notre envol :

« (…) cependant il nous faut rappeler l’harmonie entre ce qu’on est et ce qu’on tend à être en créant. » ;

« (…) nous parlons de la joie de comprendre au sens de prendre dans ses bras, d’embrasser quelque chose qui nous soutiendra jusqu’au bout. » ;

« (…) elle relit Rimbaud. L’endiablé allume son feu. On pourrait s’y brûler, mais Esther s’y réchauffe, elle s’installe au milieu du campement nomade, à la belle étoile. » ;

« L’enthousiasme est un art martial d’anticipation créatrice d’une Joie future qui prendrait appui sur une petite joie présente (…) c’est, au-dedans de nous, un vieil escalier de pierre envahi d’herbes sauvages, qui nous permet de gagner en intensité, de dynamiser du sens. » ;

« Ils cherchent des lieux de tranquillité, des randonnées tracées comme des partitions à entendre et à voir, autant de possibilités d’harmonie. » ;

« Si on a l’esprit nomade, une fenêtre peut suffire. Deux battants s’ouvrent sur un cerisier, un petit carré de jardin et c’est déjà voyager, dépayser la pensée, rêver et recréer sa vie sur un petit rebond d’enthousiasme. »

Un art de vivre ? Un traité éthico-esthétique ? Décidément, après le traité de morale privée de Luc Dellisse, voilà nos auteurs qui glissent leurs voilures sous l’appel du Grand Large :

« Nous avons heurté savez-vous d’incroyables Florides… ».

Jean-Pierre Legrand. Voir :

** Martine Rouhart. Voir :

Philippe Remy-Wilkin

Lisez-vous le belge ?

LISEZ-VOUS LE BELGE ? – UN SANG D’ÉCRIVAIN de LUC DELLISSE (La Lettre volée) par Philippe REMY-WILKIN

Les Belles Phrases participent à l’opération Lisez-vous le Belge ?

La campagne de cette deuxième édition court du 1er novembre au 6 décembre 2021.

Rappel des objectifs :

« célébrer la diversité du livre francophone de Belgique (…) faire (re)découvrir au grand public, toutes générations confondues, un panel varié de genres littéraires : du roman à la poésie, de l’essai à la bande dessinée, des albums jeunesse au théâtre ».

Merci à Clara Emmonot et Morgane Botoz-Herges (chargées de communication), à Nicolas Baudoin (chargé de programmation), du PILEn !

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Luc DELLISSE, Un sang d’écrivain,

essai, La lettre volée, Bruxelles, 2020, 154 pages.

Par Philippe Remy-Wilkin.

Les invités du mercredi : Luc Dellisse | Objectif plumes

Luc DELLISSE, Un sang d’écrivain, essai, La lettre volée/collection essais, Bruxelles, 2020, 154 pages.

L’objet-livre

Magnifique ! Avec l’auteur en filigrane sur la couverture. Le bleu pâle de celle-ci transfiguré par le bordeaux qui glisse depuis la quatrième de couverture.

L’auteur

Luc Dellisse, qui vient d’entrer à l’Académie royale, est l’un de nos meilleurs auteurs (publié par quelques-uns de nos meilleurs éditeurs : Les impressions nouvelles, La lettre volée, Le cormier). L’un de ceux qui possèdent le CV le plus passionnant artistiquement. L’un des rares écrivains ou romanciers belges francophones qui puissent interroger le monde, leur art, leur vie d’une manière analytique, philosophique. En clair ? L’un des collègues dont j’apprécie le plus savourer un paragraphe, une poignée de pages, un chapitre. Pour me sentir compris ou, au contraire, bousculé, incité à une réflexion nouvelle. Pour le pur plaisir aussi de me couler dans une langue belle et inventive mais sans pesanteur, d’une fermeté rare.

Le livre

Un sang d’écrivain me semble prolonger le travail méditatif découvert dans Robinson. Ce dernier ouvrage questionnait le monde, ce qu’il est devenu, la manière dont nous pouvons encore y trouver une place, un sens, résister. Ce nouvel opus resserre la focale sur la manière dont Luc Dellisse appréhende son métier d’écrivain, le pouvoir des mots, la langue. Le texte avance au gré de chapitres courts, intenses, de « petites touches où se mêlent l’analyse, le témoignage, l’humour et l’imaginaire, la situation réelle d’un écrivain dans le premier quart du XXIe siècle » (selon la quatrième de couverture).

Quelques plongées pour effleurer les contenus

Dans Introduction, Dellisse rappelle une vérité qui échappe à la plupart : l’écriture n’est pas un hobby ou une manière de gagner sa vie. Il s’agit d’une activité difficile, souvent ingrate, lourde de conséquences sur la vie de celui/celle qui s’y adonne, son interaction avec le réel, et celle-ci relève de la nécessité. Somme toute, d’un Chemin de Damas, d’une Pentecôte. Et tant pis si le tombé en écriture possédait les talents menant à une vie matérielle confortable, ils doivent céder, reculer.

Dellisse assène un éloge de la lecture ultrarapide. Qui va à rebours de ce que l’on a souvent enseigné. C’est, selon lui, la meilleure manière de saisir la portée réelle d’un ouvrage. Il faut « lire tendu ». Il affine ensuite et reconnaît les mérites, différents (complémentaires ? et il faudrait alors s’offrir de luxe de doubles lectures ?), de la lecture très lente. Ce qu’il condamne ? La « vitesse moyenne », « la flânerie », qu’il assimile au « péril des fausses profondeurs », au danger de « ne capter rien de l’essentiel ».

Dans Le grand jeu, Dellisse évoque l’écriture comme « un moment de retrait, d’absence, de maquis ». Il faut « pouvoir vivre simplement, et presque pauvrement » mais « sans devoir s’en soucier ». Un équilibre, une tranquillité sobre qui était au cœur de Robinson. L’écriture, malgré ses embûches et ses âpretés, en devient une porte d’accès au bonheur, donnant un sens à une mise à distance des corvées et autres soucis matériels qui encombrent nos esprits et corrompent la saveur de nos vies.

Dans Le cadran solaire, l’auteur va plus loin :

« Les mots servent à fixer les choses pour qu’elles existent. (…) La plupart du temps, on est vague, c’est-à-dire rien. On comprend vaguement l’histoire, on éprouve vaguement des sensations heureuses ou malheureuses ».

Les mots apporteraient du poids aux éléments du réel, un supplément d’âme. Un sens, dessiné par une « flèche noire » (quelle belle formule !). L’écriture aiderait à passer de la vie à l’existence ?

Une réflexion sur l’anticipation des faits par les inventions de l’écrivain me rappelle une conversation avec Jacques De Decker, qui croyait aux signes, à la capacité des créateurs de les repérer. Une soirée récente avec un ami d’enfance philosophe aussi : il me citait Jung et son attention à l’égard des synchronicités. Il ne faudrait pas oublier Freud, qui a évoqué les convergences comme indices d’une vive intelligence jusqu’à un certain point, d’une névrose au-delà dudit point.

Décrochage temporel interroge le dédoublement qui s’opère chez un véritable créateur. Les endroits ou les époques imaginaires dans lesquels il se réfugie (enfant, adolescent mais adulte aussi), sont « intenses et stimulants », bien plus que ceux de la vie réelle, à tel point qu’ils introduisent une autre réalité, qui est peut-être plus réelle car plus puissante/imprégnante, chargée de sens, de souvenirs, de propulsion vers la construction d’un avenir.

Et la suite…

N’en disons pas plus. Chaque chapitre (et il y en a plus de 60 !) apporte son lot de réflexions et d’interrogations, d’émotions aussi. Qu’il s’agisse du rapport à « un vieux coffre de pirate littéraire » surgi des limbes avec sa « masse sans fin de papiers griffonnés » au fil des années. Ou de celui à une langue, le français. Du rapport aux aléas du métier aussi (les séances de dédicaces, pour la grande majorité des auteurs, renvoient à une prise de conscience répétée de leur « obscurité »). Du rapport à un monde, un environnement qui n’a jamais été aussi hostile à la démarche intellectuelle, artistique. Etc.

Ah, encore. Le livre se conclut sur une annexe bien singulière, 4 pages de « Remarques sur la machine littéraire » qui livrent 33 réflexions, qui ont un goût d’aphorismes :

« (…) On crée pour faire des beaux objets avec les échecs de sa vie. Et le secret, c’est sa connaissance intime de l’échec mise au service de victoires invisibles. » ;

« (…) la seule chose qui compte ce n’est pas de commencer mais d’aller jusqu’au bout. (…) Apprendre à finir EST apprendre à écrire. »

Ce livre de grande qualité doit se déguster chapitre par chapitre. Ou alors… ? Au grand trot, selon la théorie initiale de l’auteur ?

Pour en savoir davantage sur cet essai…

Un article de mon collègue Jean-Pierre Legrand dans Les Belles Phrases :

Pour se savoir davantage sur l’œuvre de Luc Dellisse…

Avec mes collègues Jean-Pierre Legrand et Julien-Paul Remy, nous avons consacré un feuilleton en trois épisodes (et une introduction) à son remarquable (je l’ai classé dans mon Top 5 de l’année 2019) « petit traité de vie privée » Libre comme Robinson :

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J’ai encore évoqué son dernier recueil de poésies à la fin d’une de mes mini-revues :

Philippe Remy-Wilkin

Lisez-vous le belge ?

LISEZ-VOUS LE BELGE ? – POSITIONS POUR LA LECTURE de DANIEL SIMON (Couleur Livres) par Philippe REMY-WILKIN

Les Belles Phrases participent à l’opération Lisez-vous le Belge ?

La campagne de cette deuxième édition court du 1er novembre au 6 décembre 2021.

Rappel des objectifs :

« célébrer la diversité du livre francophone de Belgique (…) faire (re)découvrir au grand public, toutes générations confondues, un panel varié de genres littéraires : du roman à la poésie, de l’essai à la bande dessinée, des albums jeunesse au théâtre ».

Merci à Clara Emmonot et Morgane Botoz-Herges (chargées de communication), à Nicolas Baudoin (chargé de programmation), du PILEn !

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Daniel SIMON, Positions pour la lecture,

promenades littéraires, Couleur Livres, Mons, 2019, 136 pages.

Par Philippe Remy-Wilkin.

Daniel SIMON, Positions pour la lecture, Couleur Livres, Mons, 2019, 136 pages.

Le sous-titre renvoie à un contenu singulier

Il n’est pas question d’un roman ou d’un recueil de nouvelles, ni d’un essai ou d’un témoignage mais de Promenades, soit d’un ensemble de textes, d’articles tournant autour du rapport à la lecture ou à l’écriture, des ateliers d’écriture aussi. Avec, en guise de bonus, une micro-interview de l’auteur.

Je ne suis pas à l’aise a priori face à ce type de livres, mes appétits et mon expertise se conjuguant au grand large, à la structuration ample, etc. Je dois donc m’adapter, quitte à perdre l’essentiel de mes compétences, quitte à perdre ma passion pour l’immersion. Comme si l’on m’arrachait à une journée de randonnée menant à 3000 m et à un col prestigieux pour m’offrir un sentier botanique. Apprendre à goûter autrement. Par petites bouchées. Qui peuvent, toutefois, être intenses. Et de fait…

Une manne de pépites d’or

On a ramassé, au fil de la lecture, de ses bonds et rebonds, de purs bonheurs de lecture. Des gorgées où la voile du sens est gonflée par la notation poétique :

« Ecrire, c’est souvent se ramasser endolori de chutes infinies. » ;

« (…)  je m’allongeais un peu près de vous, dans la poussière, sans la matière, dans la poussière de Gutenberg . » ;

« Ecrire, et lire, ces temps suspendus, seraient une forme de barrage contre le temps mou, le temps moche, le temps émietté. »

En tant que créateur, j’ai eu plusieurs fois, et même souvent, la sensation d’un fanal allumé sur une autre bateau, celui du collègue averti, au creux du brouillard, des ténèbres, touché alors aux joies de l’empathie, de la sympathie :

« Ecrire long, c’est aussi une façon de marathon où toutes les qualités de l’écrivain sont requises : sa capacité technique à scénariser son récit, la construction des personnages, l’écho de l’époque, l’inscription d’un sous-texte, ample et généreux, un style aux multiples changements de vitesses. » ;

« Aimer la lecture…et les livres, s’en faire le berceau d’une vie jusqu’à son lit de mort, est une façon de tenir Fort Alamo contre les armées mexicaines du cynisme, de la vulgarité des rapports, de la grossièreté morale, des confusions de tous genres, des velléités de pacotille et des courages en papier doré de la politique estropiée par la peopolisation. »

Daniel Simon compare ici les lecteurs (et, plus loin, les auteurs) à des résistants, lui qui rechigne pourtant, habituellement, aux positions héroïques des acteurs du livre, arguant à raison, mais pas tout à fait, d’une disproportion entre les actes ou dangers celés derrière un fauteuil et les misères du monde réel.

Plus loin Daniel Simon creuse encore l’image Alamo, lyrique :

« Alors, nous, à Alamo, on regarde l’horizon et on se dit qu’on ne nous aura pas comme ça. On prend son temps, on se (re)fait des amis, on apprend à relire, on murmure un texte pour soi, tellement c’est beau et qu’on voudrait aussi l’entendre de l’extérieur de soi. »

Daniel Simon rejoint une métaphore qui nous est très chère, celle des flambeaux au milieu des ténèbres, en tout temps et à toute époque, qui brandissent l’étendard de l’espoir, préservent en une réserve comme qui dirait secrète, ou trop peu fréquentée disons, la survivance du Bien, du Bon, du Beau :

« Tout va bien. Il paraît que des Alamo un peu partout s’organisent, sans les corps intermédiaires de la Culture, eux, ils ont depuis longtemps rejoint l’armée mexicaine… »

Daniel Simon | Objectif plumes
Daniel simon

Un combat aux résonances actuelles

…quand on se réunit pour débattre du sort du livre en FWB, quand les politiques flamands songent soudain à détruire l’appui à la culture, à l’identité que nous envions à nos voisins et compatriotes les plus exotiques.

Daniel Simon, lucide et sans doute parfois amer, ose discriminer le bon grain de l’ivraie. Tantôt, à la manière d’un Eric Allard (Les écrivains nuisent à la littérature) : « (…) le plus curieux, c’est cette façon, à peine un texte est-il paru, de se présenter comme écrivain. » Tantôt nous désignant la voie : « Quittons les vrais purs menteurs et les vrais sincères faux-culs pour aller vers les hommes incertains et qui doutent. »

Notre art est interrogé :

« A quoi distingue-t-on toute décadence littéraire ?  A ce que la vie n’anime plus l’ensemble. Le mot devient souverain et fait irruption hors de la phrase, la phrase déborde et obscurcit le sens de la page, la page prend vie au détriment de l’ensemble : le tout ne forme plus un tout. »

C’est du Nietzsche (Le cas Wagner) et pas du Simon, mais la citation est ô combien heureuse ! Elle illustre notre conception du roman. Se dégager du détail mesquin pour s’ouvrir de grands horizons et d’amples perspectives. Elle met en évidence le danger d’une focalisation sur l’outil ou une information partielle au détriment de l’objectif, de la substance, du tableau complet.

Oui, l’écrivain est un frère, qui dit ceci :

« Il y a deux sortes de lecteurs. Il me semble qu’il n’y en a que deux : les lecteurs qui vont vers ce qu’ils connaissent déjà et trouvent dans cette reconnaissance des signes, des sentiments des situations, des personnages, une sorte de consolation une forme de soutien ; et ceux qui picorent un grain encore inconnu, quitte à se piquer le gosier… »

Je diviserais la première catégorie entre les chercheurs de sympathie (et d’approfondissement du moi) et les auto-complaisants, qui ne souhaitent rien tant que de se voir conforter dans leurs certitudes, une tribu ô combien dangereuse, engluée dans le clanisme, l’égocentrisme et le narcissisme, la médiocrité. Daniel Simon semble rejoindre mon point de vue :

« Il existe des livres qui rendent des amours impossibles, qui nous forcent à reconnaître que si quelqu’un trouve plaisir dans cette littérature-là (ou aime les moules au chocolat, la langue basse des à peu-près, les passe que, à cause que, ou les vins en cannette…), pour nous, c’est foutu ! »

Des allures de Rilke s’adressant au jeune poète

On terminera cette esquisse avec une observation destinée à une élève d’atelier. Daniel Simon y livre une vraie leçon de création, une initiation à sa mystique :

« Commencer un texte se passe souvent, que ce soit dans l’arrière-cour d’une longue préparation, de notes prises et projets, par une parole, une image, un dialogue qui font que, soudain, vous sortez de ce que vous prépariez, vous êtes surprise, vous devez profiter de cet étonnement, ne pas l’éteindre d’un effet, d’une secousse qui viendrait déranger cet instable moment que vous êtes en train de créer ; laissez- vous gagner par ce qui se creuse ou se déplie à l’intérieur de cet instant de début, le reste, la suite, viendront… »

Vous voilà mis en appétit ?

À déguster, comme un alcool fort ou un café rare, par petites gorgées, que vous laissez se faufiler lentement en vous.

Philippe Remy-Wilkin

Lisez-vous le belge ?

LISEZ-VOUS LE BELGE ? – DOSSIER SUR TROIS EDITEURS DE POESIE RÉFÉRENTIELS : BLEU D’ENCRE, LE COUDRIER, LES CARNETS DU DESSERT DE LUNE par Philippe REMY-WILKIN

Les Belles Phrases participent à l’opération Lisez-vous le Belge ?

La campagne de cette deuxième édition court du 1er novembre au 6 décembre 2021.

Rappel des objectifs :

« célébrer la diversité du livre francophone de Belgique (…) faire (re)découvrir au grand public, toutes générations confondues, un panel varié de genres littéraires : du roman à la poésie, de l’essai à la bande dessinée, des albums jeunesse au théâtre ».

Merci à Clara Emmonot et Morgane Botoz-Herges (chargées de communication), à Nicolas Baudoin (chargé de programmation), du PILEn !

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Dossier sur trois éditeurs de poésie référentiels, Bleu d’EncreLes Carnets du Dessert de Lune et Le Coudrier : interview + sélection de textes.

Par Philippe Remy-Wilkin.

INTERVIEW DES TROIS EDITEURS

Quand et comment êtes-vous entrés en littérature, en poésie ?

Claude DONNAY :

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En 1995, avec mon premier recueil, L’arpenteur des steppes à pommes.  En même temps, je publiais des nouvelles et de courts romans dans le magazine Femmes d’Aujourd’hui.  Je participais aussi à l’aventure de la revue RegART, grâce à Mimy Kinet. Elle m’a fait connaître Antonello Palumbo, Alexandre Millon, Marie Evkine, Hélène Dorion, Éric Trémellat…

Jean-Louis MASSOT :

Jean-Louis Massot | Objectif plumes

Oh là, ça remonte à loin ! Sans doute, comme beaucoup, en gribouillant des poèmes amoureux ou révoltés à l’adolescence, en lisant Rimbaud et en écoutant Ferré. Comme Claude, mon entrée en poésie fut la rencontre avec l’équipe de RegarT (Antonello, Alex, Eric, Marie, Mimy). J’y fus publié puis, au fil du temps, dans d’autres revues. La gloire quoi…

Joëlle AUBEVERT :

J’étais une adolescente solitaire et rêveuse, et je lisais beaucoup de poésie. Pas seulement des poètes, bien sûr, et pas n’importe lesquels, mais ils m’ont accompagnée. Ils étaient vivants, même fantômes depuis de nombreux siècles. Et j’étais éclectique…

Dans quelles conditions vous êtes-vous lancés dans l’édition ?

 Claude : Très tôt ! Dès le collège, avec des amis, nous avions créé une petite revue de poésie sur une stencileuse à alcool.  Puis il y a eu la revue RegART. Après la mort de Mimy Kinet, la revue Bleu d’Encre.  J’ai toujours aimé le côté imprimerie, et le plaisir de faire passer des textes.

Jean-Louis : On en revient à RegarT. Antonello édite un recueil, La sève des mots cerise, aux éditions L’Horizon Vertical. On devient proches, on parle de créer une maison d’édition ensemble. Il a trois projets dans ses tiroirs. La maladie foudroie Antonello. Pour lui rendre hommage, j’édite, sans rien savoir du métier, ces trois plaquettes au nom des Carnets du Dessert de Lune, appellation qui vient je ne sais d’où et avec laquelle je me réveille un matin sans intention de continuer… et ça fait vingt-cinq ans que ça dure.

Joëlle : Je me suis lancée dans l’édition en février 2001. Février, le mois où le coudrier, mon arbre emblématique, épanouit ses chatons, annonçant le renouveau, l’arrivée prochaine du printemps.

Quels sont vos critères de sélection ?

 Claude : La qualité des textes.  La nouveauté aussi, à travers des auteurs débutants.  Et puis la longueur, car Bleu d’Encre est une revue de poésie et de textes courts.

Jean-Louis : Un texte doit me toucher à la première lecture, m’interpeller, créer une émotion. Puis je laisse reposer et je relis. Si la première impression, subjective évidemment, est la bonne, je contacte l’auteur et on se lance ensemble dans l’aventure.

 Joëlle : La qualité de l’écriture, mais ce n’est pas le seul critère, j’accepte parfois des textes qu’il faut corriger. La ferveur et l’authenticité sont primordiales. Quelle que soit la forme que prenne la poésie (prose, vers libres ou forme plus classique), je recherche des textes qui ont de la profondeur (les phénomènes de mode ne m’intéressent pas) et de la personnalité.

Quels sont vos rapports avec les autorités publiques, les subsides ?

 Claude : Bleu d’Encre reçoit un petit subside du Fonds National de Littérature depuis quelques années.  J’ai été aidé aussi par l’Abbaye de Leffe, mais c’est fini.

Jean-Louis : Par souci d’indépendance et parce qu’indépendant ça veut bien dire ce que ça veut dire, je n’ai jamais demandé de subventions. La Promotion des Lettres achète des exemplaires quand il s’agit d’auteurs belges ; des auteurs français ont fait eux-mêmes la demande au CNL ou CRL.

Joëlle : Le Coudrier ne reçoit aucun subside. Parfois la promotion des Lettres m’achète 12 exemplaires d’un ou de plusieurs titres, par l’intermédiaire d’une librairie ; le Brabant Wallon achète des livres d’auteurs de la province à destination des bibliothèques, toujours via un libraire.

Votre catalogue comporte combien d’auteurs, de livres ?

Claude : Le catalogue compte 21 titres, sans compter une dizaine de titres précédents reliés par des agrafes et épuisés à ce jour. Je sors entre 4 et 6 recueils par an, et je reçois de plus en plus de manuscrits (on dépasse la centaine par an).

Jean-Louis : Si je compte toutes les collections, ça doit faire 241 titres et, quand j’arrêterai fin 2020, il y aura probablement 245 titres. 96 auteurs et auteures, 115 illustrateurs et illustratrices.

 Joëlle : Le catalogue du Coudrier intègre 60 auteurs (certains n’ont publié qu’un seul livre chez nous et n’ont pas vocation à en publier d’autres, pour diverses raisons) et comptera 136 livres fin 2020. Je publie en moyenne 12 titres par an, certaines années étant plus giboyeuses que d’autres…

Face aux problèmes de l’édition belge, il semble difficile de fédérer les forces diverses. Vous sentez-vous membre d’une grande famille, avec d’autres éditeurs ? Lesquels ?

 Claude : Bleu d’Encre est une microstructure, assez unique ici en Belgique.  Nous sommes proches d’éditeurs comme Le CoudrierLe Chat PolaireTétras Lyre et aussi d’éditeurs plus gros comme Les Carnets du Dessert de Lune ou L’Arbre à Paroles.  Je me sens bien dans le groupe Les Editeurs singuliers.

 Jean-Louis : Plus d’affinités avec des éditeurs français comme Jacques Brémond ou Pré#carré mais, bien sûr, avec des éditeurs belges comme Bleu d’EncreLe Cactus inébranlableQuadrature et le petit nouveau Le Chat Polaire.

Joëlle : Le Coudrier fait partie du collectif Les Editeurs singuliers. J’entretiens de relations cordiales, parfois amicales, avec les autres éditeurs de ce collectif, tout au moins ceux que je rencontre lors des salons.

Que pensez-vous des happenings pour appâter la presse, les médias, les composantes diverses du milieu ? Onlit/Les Impressions Nouvelles/Espace Nord/Weyrich le font depuis deux ans à la Maison Européenne des Auteurs et Autrices, avec succès. J’avoue adorer leur initiative et y avoir accordé un suivi conséquent l’an dernier.  Que pensez-vous de l’idée de vous grouper à 4/5/6 pour vous payer une attachée de presse (qui pourrait être une stagiaire) ?

 Claude : C’est une bonne idée.  Mais les éditeurs que tu cites sont beaucoup plus gros que Bleu d’Encre.  Pourquoi pas, un jour…

Par contre, une attachée de presse ne me servirait à rien.  Si les éditeurs de romans n’arrivent pas à pénétrer les médias belges, ce n’est pas un minuscule éditeur de poésie qui va y arriver.

Jean-Louis : J’en ai fait dans les années 90, des lectures, des spectacles ; j’ai même organisé deux marchés du livres à Ixelles. Passionnant à faire mais beaucoup de travail, d’énergie pour peu de résultat.

Concernant une attachée de presse, je n’y crois pas trop. Qui est encore influencé par un article dans la presse ? Et puis, comme j’arrête fin de l’année, ce n’est plus à moi à m’engager dans un tel projet, mais ça ne mange pas de pain, comme on dit.

Joëlle : Pour les happenings, je rejoins la réponse de Claude.

Pour ce qui concerne l’attaché(e) de presse, cela me ravirait, c’est une compétence que je ne possède pas ou peu, mais pas à n’importe quelles conditions. Si un tel projet devait se matérialiser, je ne délèguerais à personne le soin de fournir les informations concernant les livres du Coudrier (je ne publie pas seulement de la poésie et j’ai trop souvent l’occasion de voir présenter sous l’étiquette poésie des livres qui parlent de bien d’autres choses). Je tiendrais aussi à suivre moi-même le résultat de l’action de l’attaché(e) de presse.

Quelle est votre pénétration dans le territoire français, francophone ? Vos interactions avec l’extérieur ? La Flandre ?

Claude : Aucune pénétration, nulle part.  Le fer de lance, c’est l’auteur lui-même, en Belgique comme en France.  C’est lui/elle qui fait le succès du livre.

 Jean-Louis : J’ai un distributeur en France, ce qui m’a permis d’être présent dans beaucoup de librairies et puis il y a un certain nombre d’auteurs qui se retroussent les manches, ça aide. En Belgique, ayant été diffuseur/distributeur pendant une dizaine d’années pour une vingtaine de maisons d’édition, principalement de poésies, j’ai eu la possibilité de m’introduire dans pas mal de librairies, y compris en Flandre, mais c’était il y a quelques années. Depuis, je fonctionne avec le système du dépôt/vente. C’est compliqué à gérer mais les livres ont un peu de visibilité, même si, depuis quelque temps, le dépôt/vente ne fonctionne plus.

 Joëlle : Pour la France, la Librairie Wallonie-Bruxelles est mon distributeur (à destination des libraires français). Je participe, sur stand personnel, au Salon des Blancs Manteaux à Paris et, sur stand collectif, au Marché de la Poésie de Paris et au Salon de Saint-Malo (Les Etonnants Voyageurs).

Le métier d’éditeur a-t-il beaucoup changé depuis le début de votre carrière ? Si oui, en quels termes ?

Claude : C’est moins artisanal.  Avant, on fabriquait les recueils, on les assemblait, puis il y a eu les tirages offset. Il fallait imprimer 300 exemplaires et on en envoyait 200 au pilon ou mourir dans des caisses. Aujourd’hui, on imprime 50 exemplaires et on retire à la demande, donc moins de stock et de papier gaspillé. La poésie continue à vivre, pas si mal en fin de compte, même si les libraires ne s’y intéressent pas, et surtout pas à ce qui s’édite en Belgique.

Jean-Louis : En ce qui concerne l’impression, comme le précise Claude, oui. L’impression numérique permet de travailler à flux tendu et la qualité est au rendez-vous. Pour le reste, je ne pense pas que cela ait beaucoup changé. On devient éditeur par hasard ou par passion ou par goût du partage. Des éditeurs apparaissent, disparaissent, d’autres tiennent un peu, certains durent, s’installent. Yen a-t-il plus qu’avant, ou moins ? Plus, il me semble, au vu du nombre de livres édités par an. Pour le reste, cette citation (de Louis Dubost ?) reste d’actualité : « 1000 poètes, 100 éditeurs, 10 lecteurs. »

 Joëlle : J’ai toujours travaillé de façon artisanale : je réalise la mise en page, l’assemblage et la reliure des livres. Certains (la collection Sortilèges) sont cousus, les autres sont des dos carrés collés. Cela me permet de mélanger des papiers différents dans un même livre, pour les illustrations, et de maîtriser la production de bout en bout. La dimension bel objet est importante à mes yeux.

Quelles solutions apporter au développement du milieu éditorial belge francophone ?

Claude : Je n’ai pas de solution miracle.  On pourrait essayer de multiplier les vitrines, par exemple en encourageant les libraires qui nous réservent un espace en vue dans leur magasin.  La Communauté WB pourrait leur allouer une subvention. Une autre voie serait d’encourager la création de plateformes sur le net et les réseaux sociaux : Les Belles Phrases, par exemple, font rayonner les productions éditoriales belges (NDLR : merci, Claude !).

Jean-Louis : Inciter les gens à lire de la poésie sans obliger personne… Il y a des salons, des marchés de la poésie : Namur, Charleroi, Tournai, Mons (maintenant à 80% consacré à l’autoédition), Bruxelles… Les maisons de la poésie organisent des rencontres, il y aura en septembre un marché de la poésie à Bruxelles. Que faire de plus ? Je ne sais pas.

 Joëlle : Je crains fort de n’avoir aucune idée pertinente sur ce sujet, d’autant plus que le milieu éditorial belge francophone comporte des acteurs tellement différents les uns des autres. Certains sont subsidiés et d’autres non, certains sont des microstructures tandis que d’autres sont des opérateurs culturels (cf L’Arbre à Paroles lié à La Maison de la Poésie d’Amay), avec des charges beaucoup plus importantes mais aussi les moyens de s’assurer une plus grande visibilité.

Quelle est la relation entre les libraires et les maisons d’édition en général ? Collaborative, concurrentielle ?

Claude : Je continue mes propos ci-dessus. Aucune collaboration vraiment constructive.  Mais c’est pareil pour le roman.  Les libraires belges (même indépendants) ne soutiennent pas beaucoup les éditeurs belges.  Il n’y a pas de fierté nationale à l’instar de ce qu’on voit au Québec par exemple. J’aimerais voir des libraires chauvins, comme des supporters ultra au foot.

Jean-Louis : Soutenir les éditeurs belges, les éditeurs alors que les libraires eux aussi peinent et sont inondés d’offices… Peuvent-ils prendre des livres dont ils savent que peu seront vendus ? C’est un cercle vicieux. Ne se vend que ce qui promu dans les journaux et, comme la poésie, à de rares exceptions près, n’y a pas sa place… L’aurait-elle d’ailleurs, cela changerait-il quelque chose ?

Joëlle : Peu de libraires, même labellisés « de qualité », jouent le jeu. On a parfois l’impression d’assister à la manifestation de copinages assez insupportables : une ou plusieurs planches réservées à un éditeur particulier et rien pour les autres. Ou la personne préposée au rayon poésie connait le nom d’un auteur parce qu’il s’exprime beaucoup mais ignore l’existence d’autres auteurs tout aussi talentueux mais plus discrets : il s’agit là d’une forme d’incompétence.

La labellisation « Librairie de qualité » devrait s’accompagner de l’obligation de donner une visibilité à TOUS les éditeurs de la Fédération Wallonie/Bruxelles. Même si l’on peut comprendre que les libraires ont une place limitée et un chiffre d’affaires à réaliser, ils peuvent cependant organiser des rencontres avec des éditeurs, à charge pour ceux-ci de présenter des auteurs. Les organiser de manière régulière, de façon à fidéliser un public, comme le faisait avec succès Renée Lemaître à Charleroi, avec une rencontre le dimanche matin (L’Apéritif des Poètes).

Quelle est la place du numérique (réseaux sociaux, internet…) dans votre politique éditoriale ?

Claude : Les réseaux sociaux sont essentiels pour la diffusion et la promotion.  C’est une chance pour les auteurs et les petits éditeurs.  Beaucoup de recueils se vendent via Facebook. (NDLR : Je confirme ! J’ai connu Jean-Louis ou prolongé une brève rencontre avec Joëlle via Facebook. Quant à Claude, je l’ai connu via ses livres mais son retour sur Facebook à l’égard de mes recensions a engendré une véritable relation).

Jean-Louis : J’utilise les réseaux sociaux comme moyen de diffusion (Facebook, Twitter, Instagram). Ça permet de toucher un certain nombre de personnes… que je touchais auparavant en envoyant par la poste des avis de parutions. D’où gain de temps et d’argent. Ça m’a aussi permis de belles rencontres, de découvrir des auteurs, des librairies passionnés, d’instaurer des échanges.

Joëlle : J’utilise Facebook. Je ne suis pas certaine que cela m’ait jamais fait vendre lemoindre livre, mais cela donne un peu de visibilité. J’ai un site dédié au Coudrier, pas encore transformé en site marchand. Une prochaine étape…

In fine, qu’est-ce que la poésie selon vous ?

Claude : La poésie est toujours un combat pour mettre au monde, ou rappeler au monde, ce qui fonde le monde, ses piliers de vie pour supporter le ciel.  Et rien n’est facile quand on écrit un poème, et celle/celui qui le lit sait quel voyage au plus loin de lui-même le poète a dû accomplir pour que ses mots prennent sens jusqu’à toucher l’autre au plus profond de son vécu.

La poésie est vivante.  Elle vit parce qu’elle dit la vie, parce qu’elle est la vie dans ses fibres les plus essentielles, et, comme la vie, elle mue, s’adapte, semble dormir d’un œil, exulte, se recroqueville, rebondit, se répand sur les lèvres, se déverse dans les oreilles et les regards, partout sur les murs, les places, les trottoirs, les réseaux sociaux, les visages et les corps.  La poésie vit en nous et par nous.

Joëlle : Pour essayer d’être synthétique – et c’est nécessaire, tant les définitions de la poésie peuvent être diverses selon les époques et selon les individus -, je dirais que c’est le regard sous lequel la langue se fait performative, le mot créant ou recréant la chose. La poésie relève d’une prédiction créatrice qui se vérifie dans la création. C’est le geste que pose le mot pour accéder à la magie sous-jacente au langage, qu’il s’agisse de sa musicalité ou de son caractère métaphorique.

Une dernière salve de questions, individuelles.

Claude, tu es publié dans d’autres maisons mais il t’arrive ponctuellement de te publier. Un commentaire ?

J’ai publié trois plaquettes chez Bleu d’Encre, dont deux en collaboration avec une poétesse, Véronique Rives pour l’un et Montaha Gharib pour l’autre. Je laisse la place aux autres auteurs, mais je n’exclus pas de publier un jour un recueil de textes plus étoffé.  L’avantage, c’est que je maîtrise tout du début à la fin du processus.

Jean-Louis, tu quittes ta maison d’édition, passes le flambeau ? Tu explicites la situation, ton état d’esprit ? Ce n’est pas un coup de tête. Après 25 ans, la flamme n’y est plus. La lassitude s’installe et, ces derniers temps, des disparitions m’ont affecté, m’affectent encore. Et puis je n’ai pas envie d’éditer le livre de trop. Je ne veux pas non plus que ça s’arrête comme ça eu égard aux auteurs (pas tous bien sûr) avec qui j’ai vécu une belle aventure humaine. Je pense avoir trouvé les bonnes personnes pour prendre ma suite. Bien sûr, je resterai attentif quelque temps aux Carnets du Dessert de Lune. Je ne vais pas abandonner le bébé comme ça…

Quant à s’auto-éditer, chacun est libre mais, pour moi, c’est non depuis le début.

Joëlle, vous éditez votre époux. Un commentaire ?

Jean-Michel Aubevert est l’un de mes meilleurs poètes, celui dont l’imaginaire me fait le plus rêver. (NDLR : touchant… et légitime vu son talent). J’ai initié les éditions Le Coudrier pour promouvoir son écriture… contre son avis, d’ailleurs. Indépendamment de notre relation sentimentale, je considère qu’il ne reçoit pas la reconnaissance que son talent légitimerait. Pas assez mondain peut-être… Pas assez mainstream

UN CHOIX DE TEXTES

Les livres publiés par nos trois éditeurs sont tous de beaux objets mais j’avoue une prédilection pour la sobriété des ouvrages Bleu d’Encre. Vous retrouverez ci-dessous, et j’y tenais, des textes de Claude Donnay et de Jean-Louis Massot, qui ne se limitent pas à l’édition mais sont aussi des poètes, ou de Jean-Michel Aubevert, époux de Joëlle mais surtout figure de la poésie belge, édité aussi chez L’Arbre à Paroles, chez De Boeck, etc., en France aussi.

Antonello PALUMBO, Carnet d’un poète assis sur l’horizon, illustration de Perlette Adler, Les Carnets du Dessert de Lune, Bruxelles, 2005, 134 pages. 

« Nous sommes à la recherche

du papillon de l’invisible.

Celui dont les ailes s’illuminent

quand il se pose. 

(…) »

« Nous sommes emportés dans les rapides.

Nos membres se fracassent aux rochers.

Au loin, on aperçoit la vapeur,

Et, au-dessus, une Lune pleine.

Nous rêvons à la mer, aux étoiles

et au papier qui coupe les doigts. 

(…) »

« Nous sommes de pauvres, grands, beaux

et misérables rêveurs.

Nous voulons comprendre les étoiles

encore et toujours.

Nous voulons ses yeux à elle,

elle qui passe

se glissant entre le ciel et la terre.

Nous voulons tous les silences :

        ceux des mains qui se cachent

        ceux des lèvres qui tremblent

              avant les mots beaux.

Nous voulons tous les espoirs.

Nous voulons apprendre à marcher

sur ce fil tendu au-dessus du vide

qu’on appelle la Terre.

Nous voulons continuer ce geste

arrêté au bord des milliers de fois. »

Carnet d'un poète assis sur l'horizon - Babelio

Jean-Michel AUBEVERT, Soleils vivaces, Parole de poète, Le Coudrier, Mont-Saint-Guibert, 2015, 164 pages.

« (…) la poésie creuse le réel pour nous rappeler que nous vivons à l’horizon d’un ciel, pour aérer les mots dans une respiration de l’esprit. »

« J’étais la mémoire qui s’abreuve dans la longueur d’un fleuve, le gué d’une présence à l’instant du départ, il me semble que ces mots, notés à la volée, en savent plus long que moi. J’imagine un tesson d’écriture au reflux d’une eau, le lit d’un Nil qu’embellit l’oubli. »

« Et peut-être le réel était cette illusion qui filait derrière le rêve comme on déplace un décor derrière un objet fixe qu’on voit, ou croit voir, alors se mouvoir, l’arrière-plan d’une psyché. »

Jean-Michel Aubevert, Soleils Vivaces | lelitteraire.com

Claude DONNAY, Le bourdonnement de la lumière entre les chardons, illustrations d’Odona Bernard, préface de Jean-Michel Aubevert, Le Coudrier, Mont-Saint-Aubert, 2019, 90 pages.

« Parfois quelqu’un attend quelque chose

Que tu ne peux offrir

Tu restes là comme un meuble

En bois d’autrefois

Griffé, ridé des silences qui l’ont effleuré

Tu voudrais ouvrir une porte

Que la lumière pénètre ton ventre

Mais tu n’as pas de mains

Et l’autre qui attend quelque chose

Que tu ne peux offrir

Reste là sans oser lire le silence

Qui te déchire »

Le bourdonnement de la lumière entre les chardons - Editions Le Coudrier

CeeJay, alias Jean-Claude CROMMELYNCK, Arbres de vie, Le Coudrier, collection Sortilèges, info-gravures de l’auteur, préface de Michel Van den Bogaerde, Mont-Saint-Guibert, 2020, 83 pages.

« La poésie est comme l’arbre de vie

dont les branches poussent continuellement

se couvrant de feuilles

qui à leur tour

se couvrent de poèmes

que le vent sèmera pour ceux

qui savent lire

les glyphes de l’univers,

les blessures de la terre,

le sacré des forêts.

La poésie sera

tant que restera debout

un arbre sur la terre. »

Arbres de vie - Editions Le Coudrier

Jean-Louis MASSOT, Nuages de saison, photos d’Olivia HB, Bleu d’Encre, Ciney, 2017, 67 pages.

« Le ciel vide,

Immensément vide,

Pas une once de nuage,

Rien où s’accrocher ;

Espérer l’ombre

D’une étoile. »

« Venu le soir,

Tirés d’un côté,

De l’autre poussés,

Les nuages rougissent

Et s’enlacent. »

« Le ciel sèche

Au vent

Ses longs draps

Blancs

Et ses oreillers

Moelleux. »

« Laissez donc cet avion

S’enfoncer en vous

Comme les doigts d’un enfant

Dans un blanc

Monté en neige. »

Nuages de saison | Objectif plumes

Carino BUCCIARELLI, Quinze rêves, Bleu d’Encre, Yvoir, 2020, 27 pages.

« Je rencontre ma mère après sa mort. Elle tient debout avec grand mal devant l’étalage d’une épicerie. J’ose à peine lui prendre le bras pour la soutenir tant son état de faiblesse est grand. Elle veut rentrer chez elle ; elle me supplie de l’emmener. Je ne trouve pas la force de lui dire qu’elle est morte, que sa conduite me met dans un embarras terrible. Plus rien ne t’appartient ici ! devrais-je lui révéler ; comment pourrons-nous convaincre l’administration que tu es encore parmi nous ? Mais mon désarroi devant sa souffrance est tel que je ne parviens pas à lui parler. »

Quinze rêves – Les éditeurs singuliers

Florence NOËL, L’Etrangère, dessins de Sylvie Durbec, Bleu d’Encre, Dinant, 2017, 85 pages.

« être là sans amarre

Jamais

même proche ils vous voient

comme voguant au loin

leur port ne possède

aucun quai

à votre nom

vos yeux se fatiguent

À héler une rive »

« accroître ce peu

résider dans l’entaille

d’un vœu

presque à l’aise »

« elle est une farce

une anomalie

 elle perdure malgré leur choix

de l’ignorer

ils voudraient bien

la vouer au silence

mais ça n’effacerait pas

ce sourire

qu’elle promène

insolemment »

Florence Noël

Une dernière salve ?

Quelques fragments prélevés dans les numéros 41 (été 2019) et 42 (hiver 2019) de la revue Bleu d’Encre, adossée à la maison d’édition :

« (…)

Une poignée de feuilles

Lancées au-dessus de la tête

Sous les arbres,

Il ne m’en faut pas plus

Pour garder le sourire. »

Iocasta HUPPEN.

Iocasta Huppen (@IocastaH) | Twitter
Iocasta Huppen

« J’ai perdu ma joie

Dans les couloirs improbables

De la vie

Si vous la retrouvez…

Piétinée, en lambeaux

Rendez-la moi quand même

Parce que la joie, c’est beau ! »

Marcelle PÂQUES.

Marcelle Pâques

« (…)

Disparaître en sachant

Qu’on a pris

tous les ressacs

En se remettant bravement à l’eau

Et devenir une ombre

Sur le sable mouillé

Une ombre ou une empreinte

Ou peut-être les deux. 

Suzy Cohen

(…) »

« (…)

Je n’ai plus peur de l’inconnu

Tu es mon eau de vie

(…)

Je bourgeonne de désir

De petits oiseaux

Vagabondent sur ma peau

Se posent sur mes lèvres

(…) »

Montaha GHARIB.

Montaha GHARIB Toutes les femmes meurent pour un poème - Bleu d'Encre  Editions et Revue
Montaha Gharib

« (…)

Dans mon sommeil astral

la déroute a perdu la route.

Quelques rêves contournent

l’envoûtement

c’est l’ombre d’un doute. »

Taya LEON

La galerie a le plaisir de vous présenter le reportage photos de la vingt  quatrième « Rencontres littéraires de Bruxelles » du 29 octobre 2019. –  Espace Art Gallery
Taya LEON (et l’éditeur Gérard ADAM).

Pour en savoir davantage sur nos trois éditeurs et leurs auteurs…

. Les sites de nos trois éditeurs :

Claude DONNAY :

http://bleudencreeditions-revue.over-blog.com/

Jean-Louis MASSOT :

https://www.dessertdelune.be/

Joëlle AUBEVERT :

http://lecoudrier.weebly.com/

. Un article de Jean-Pierre Legrand consacré à un recueil de Martine ROUHART et Isabelle BIELECKI, deux poétesses du Coudrier, paru dans Les Belles Phrases :

. Un article du Carnet consacré à une nouvelle collection du Coudrier et à un auteur médiateur, Jean-Michel AUBEVERT :

. Un article du Carnet sur une poétesse de Bleu d’encre, Florence NOËL :

. Un article du Carnet sur une poétesse de Bleu d’encre, Marcelle PÂQUES :

. Un article du Carnet sur un recueil de Daniel SIMON, chez Les Carnets du dessert de lune) :

Lisez-vous le belge ?" : une campagne qui ricoche - Le Carnet et les  Instants