TOP 100 DES MORCEAUX DE MUSIQUE : ANNÉES 70>2020 / Une sélection de Phil RW

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Philippe REMY-WILKIN © Pablo Garrigos Cucarella

TOP 100 des MORCEAUX DE MUSIQUE

Une sélection approximative de Phil RW

Spécial Fêtes de fin d’année 2019

 

Episode 2, Spécial Nouvel An 2020 : années 1970>2020

PS Oui, j’ai beau avoir obtenu 100 % à l’examen cantonal fin de primaires en mathématiques, c’est très loin, ma deuxième partie compte… plus de 80 morceaux au lieu de 50 ! Bah, quand on aime, on ne compte pas ! Un Top 133 ?

 

Années 70

 

. Cat Stevens, Lady d’Arbanville (70, album Mona Bone Jakon) :

 

. Barbara, L’Aigle noir (70, album éponyme) :

Malgré Dis, quand reviendras-tu ?, Ma plus belle histoire d’amour

 

. The Carpenters, Close to You (70, composée par Burt Bacharach, écrite par Hal David, album éponyme) :

Une voix divine ! Karen Carpenter ! Et un duo d’auteurs mythique.
Malgré Sing a Song, We’ve only just begon

 

. Deep Purple, Child in Time (70, album In Rock) :

Ian Gillian et Ritchie Blackmore en duels voix/guitare !

Le deuxième groupe le plus puissant du rock derrière le Floyd. Ou c’est Led Zep ?

 

. Marvin Gaye, What’s going on (71, composée/écrite par MG, Renaldo Benson et Al Cleveland, album du même nom) :

De préférence à Let’s get in on, I heard it through the Grapevine ou Sexual Healing. Vraiment ?

 

. John Lennon, Imagine (71, composée par JL, écrite par Yoko Ono et JL, album du même nom) :

 

. America, A Horse With No Name (72, auteur : Dewey Bunnel, album éponyme) :

 

. Steely Dan, Do It Again (72, Donald Fagen/Walter Becker, album Can’t buy a Thrill) :

 

. Lou Reed, Walk on the Wild Side (72, album Transformer) :

Malgré Perfect Day ?

 

. Elton John, Rocket Man (72, composée par EJ/écrite par Bernie Taupin, album Honky Château) :

 

. Véronique Samson, Une nuit sur ton épaule (72, album De l’autre côté du rêve) :

 

. Françoise Hardy, Message personnel (73, composée par Michel Berger, écrite par FH/MB, album éponyme) :

 

. Rolling Stones, Angie (73, Jagger/Richards, album Goats Head Soup) :

Mais Under my Thumb, Satisfaction

 

. David Bowie, Lady Grinning Soul (73, album Aladdin Sane) :

Difficile de choisir parmi un répertoire formidable. Trop de belles chanson dans certains albums (Ziggy !).

 

. Pink Floyd, Us and Them (73, composée par Richard Wright, écrite par Roger Waters et chantée par David Gilmour, album The Dark Side of the Moon) :

Un groupe d’albums mais…
Malgré Confortly Numb, Another Brick in the Wall, Money, Time ou Shine on You Crazy Diamond (75, composée par Rick Wright/David Gilmour et Roger Waters, écrite par RW, album Wish You were here) :

https://www.youtube.com/watch?v=BW3gKKiTvjs&feature=share&fbclid=IwAR10LqE9EMfIY9ZBEt2AY4jeNOkbVcRwiMxMCKSCLxvg2zQjE0AXzj04Wqo ?

 

. Santana, Samba Pa Ti (73, composée par CS, album Abraxas) :

Malgré Europa (76, composée par CS et Tom Coster, album Amigos), plus formaté :

 

. Genesis, Cinema Show (73, album Selling England by the Pound) :

Un groupe d’albums mais…


. The Sparks, This Town ain’t big enough fort the Both of Us
(74, auteur : Ron Maël, album Kimono House) :

Vous avez compris. J’ai un fond très baroque ! Très peu pour moi le gars qui joue seul à la guitare un air gentillet. Je veux du souffle, de la folie, de la démesure ! Enfin, souvent.

 

. Supertramp, Hide in your Shell (74, auteur : Roger Hodgson, album Crime of the Century) :

 

. E.L.O., Can’t get It  out of my Head (74, A/C : Jeff Lynne, album Eldorado) :

 

. Queen, Bohemian Rhapsody (75, composée/écrite par Freddie Mercury, album A Night at The Opera)

Mon morceau préféré de tous les temps ? Dès les premières notes, je suis devenu autre, re-né. Après deux albums sans équivalent et un morceau monstrueux, Queen avait tout réussi artistiquement, ils décidèrent d’innover… commercialement.
A noter que mon deuxième morceau préféré GOAT est sans doute… Somebody To Love, qui m’a projeté pour la première fois dans le délire Queen/Mercury. Mention à Love of my Life, etc.

 

. Rod Stewart, Sailing (75, album Atlantic Crossing mais reprise d’un morceau composé en 72 par Gavin Sutherland) :

La version des frères Sutherland n’était pas entrée dans les charts !

Plutôt que le disco-rock Da ya think I’m sexy ? :

. Pavlov’s Dogs, Julia (75, album Pampered Menial) :

 

. Led Zeppelin, Kashmir (75, Page/Plant/Bonham, album Physical Graffiti) :

Machine de guerre ! Comme Stairway to Heaven. Mais ça cache une richesse d’inspiration (musiques classique, marocaine…).


. Nino Ferrer, Le Sud
(75, composée/écrite par NF) :

Malgré La Maison près de la fontaine (71, composée/écrite par NF) :

 

Succès… tragique. Nino s’est investi dans la réussite d’un album conceptuel, Métronomie, qui mêle rocks progressif et psychédélique, blues et jazz mais le public boude, ne retient qu’une chanson, en fait un tube, coule la carrière d’un créateur pour le confiner dans le 45T.

. Murray Head, Say it ain’t so (75, composée/écrite par MH, album du même nom) :

 

. Bruce Springsteen, Born to Run (75, composée/écrite par BS, album du même nom) :

Malgré The River (80) :

 

. Mike Oldfield, Ommadawn Part I (75, album éponyme) :

Un homme d’albums mais…

 

. 10 CC, I’m not in Love (75, composée/écrite par Graham Gouldman/Eric Stewart, album The Original Soundtrack) :

 

. Kiss, Beth (76, Peter Criss avec Bob Ezrin et Stan Penridge) :

Ne riez pas !

 

. Chicago, If You Leave Me Now (76, auteur : Peter Cetera, album Chicago X) :

Ça m’a toujours rendu dingue !

 

. Abba, Dancing Queen (76, A/C : Bjorn Ulvaeus/Benny Anderson/Stig Anderson) :

https://youtu.be/xFrGuyw1V8s?list=TLPQMjcxMjIwMTn8aKiUKQj3FQ

Mon premier sex-symbol : Agnetha ! Plusieurs airs mémorables (Fernando, Mamma Mia, etc.) mais un côté inconsistant aussi dans le fond du truc.

 

. Robert Charlebois, Je reviendrai à Montréal (76) :

https://youtu.be/g4NXUo8qipM

 

. Iggy Pop, The Passenger (77, album Lust for Life) :

https://youtu.be/hLhN__oEHaw

Il y a une communauté David Bowie/Iggy Pop/Lou Reed qui me laisse sans voix.

 

. Eagles, Hôtel California (77, composée par Don Felder, écrite par Glenn Frey/Don Henley pour l’album éponyme) :

https://youtu.be/EqPtz5qN7HM

Possible de ne pas aimer ?

 

. Meat Loaf, Paradise by the Dashboard Light (77, composée/écrite par Jim Steinman, album Bat out of Hell) :

https://youtu.be/C11MzbEcHlw

Pièce montée d’un baroque échevelé en plein règne des punks !

 

. Yes, Wonderous Stries (77, album Going for the One) :

https://www.youtube.com/watch?v=1pf1vuVF79E&feature=share&fbclid=IwAR19fMmj0Kha_xb8lYgDDETJ05CbIHOcr2BWUwqKfCn6ZUgRNuyh5pwS1CY

Mieux vaut écouter l’album Close to the Edge, mais…

 

. Kansas, Dust in the Wind (77, Kerry Livgren) :

https://youtu.be/tH2w6Oxx0kQ

La voix de Steve Walsh et le violon alto de Robbie Steinhardt ! Il y avait Carry on Wayward Son aussi… Le groupe ricain le plus anglais.

 

. Kate Bush, Wuthering Heights (78, composée/écrite par KB, album The Kick Inside) :

https://www.youtube.com/watch?v=BW3gKKiTvjs&feature=share&fbclid=IwAR10LqE9EMfIY9ZBEt2AY4jeNOkbVcRwiMxMCKSCLxvg2zQjE0AXzj04Wqo

Des effluves de magie ?

 

. Arvo Pärt, Spiegel im Spiegel (78) :

https://youtu.be/VHeYRo7omVY?list=PLp5dbjQSLjRypBkcuo_F60Zx99fWyw6TZ

Interprétée ici par le duo belgo-français Gemini (J.F. Molard au violon et J.N. Remiche au piano), dans les années 2010. Un contemporain soft, accessible, beau tout simplement.

 

. Machiavel, Rope Dancer (78, album Mechanical Moonbeams) :

https://youtu.be/LOQQ_sMZ1As

Quand un groupe belge se prenait pour Genesis ou Yes… Avant un triste virage pop…

 

. Blondie, Hearth of Glass (78, Debbie Harry/Chris Stein, album Parallel Lines ) :

https://youtu.be/WGU_4-5RaxU

Malgré Call Me, Denis, Atomic

 

. The Allmann Brothers Band, Just ain’t easy (78, composée/écrite par Gregg Allmann, album Enlightened Rogues) :

https://youtu.be/DlffilyLeaU

Dicky Betts avait sans doute passé lui aussi un pacte avec le diable.

 

. Claude Dubois, Le blues du businessman (78, composée par Michel Berger/écrite par Luc Plamondon, album Starmania) :

https://youtu.be/PRGU0NFUSu0

 

. Fabienne Thibeault (78, composée par Michel Berger/écrite par Luc Plamondon, album Starmania) :

https://youtu.be/k5c9yAeWZRw

 

. Julien Clerc, Ma préférence (78, composée par JC/ écrite par JL Dabadie, album Jaloux) :

https://youtu.be/p92pXFgCKUg

 

Années 80

 

. Roxy Music, Jealous Guy (81, composée/écrite par John Lennon) :

https://www.youtube.com/watch?v=hRzGzRqNj58&feature=share&fbclid=IwAR2mreZVNnUa7KAHTP8hapf-R8NSCDY5IFZVgPX9nHDWlN3-ohFDfYW8anE

Supérieure à la version originale ! Une des meilleures reprises of all the times.

 

. The Cure, All the Cats are grey (81, album Faith) :

https://youtu.be/hpgNx89B8Y4

J’ai vécu une Curemania ! Mais si !

 

. Chet Baker, Almost Blue (82, auteur : Elvis Costello) :
https://youtu.be/z4PKzz81m5c

Un dieu du jazz et de la trompette.

Qui a inspiré un ami poète :

« Born to be blue »
Almost blue

Rideau de perles grises fouetté par les vents
la pluie tombe en lignes qui hachurent l’atmosphère
troublant climax en infinité de points d’orgue
qui ne font pas de pause jusqu’à l’orgasme du tonnerre.
Chet beugle dans son bugle sous le ciel d’Amsterdam
qui pisse comme le ciel pleure sur les hommes infidèles
ange déchu, âme damnée sous le gris du crachin
la gueule cassée par l’héroïne.
Sa balade sans égale douce et tendre comme Saudade
se répand comme un nuage bas, lourd de spleen
tente en vain de s’arracher du sol luisant comme un lac d’huile.
La litanie de sa trompette entre profondément en nous
visite tout notre corps et n’en ressort jamais
bercé par le souffle languissant, effilé comme un scalpel.
Poésie dans l’espace avec inconnue
d’oxygène nourri d’hélium
de ce qui vient, qui part et qui demeure.
Baker dresse sa figure tragique au devant des éclairs
et sa musique céleste accompagne l’orage tonitruant
noyée dans la brume épaisse des pluies du nord.

©CeeJay.

 

. Dire Straits, Private Investigations (82, auteur : Mark Knopfler, album Love over Gold) :

https://youtu.be/KcXUiNHFngI

 

. Roxy Music, More than this (82, Brian Ferry, album Avalon) :

https://youtu.be/kOnde5c7OG8?list=TLPQMjcxMjIwMTn8aKiUKQj3FQ

 

. Eurythmics, Sweet Dreams (83, Annie Lennox/David Stewart, album éponyme) :

https://youtu.be/qeMFqkcPYcg?list=TLPQMjcxMjIwMTn8aKiUKQj3FQ

 

. Talk Talk, It’s my Life (83, A/C : Mark Hollis/Tim Friese-Green, album Colour of Spring) :

https://youtu.be/cFH5JgyZK1I?list=TLPQMjcxMjIwMTn8aKiUKQj3FQ

 

. Simply Red, Holding Back the Years (85, composée par Mick Hucknall/Neil Moss, écrite par MH, album Picture Book) :

https://youtu.be/yG07WSu7Q9w

 

. Prince, Purple Rain (84, Composée/écrite par P, album du même nom) :

https://www.youtube.com/watch?v=TvnYmWpD_T8&feature=share&fbclid=IwAR1IW3tA6G5muFF_Hl0mE6-ujMLUKHw1pQyAGErFXh0uR8daa-4rSZOprmg

Difficile de laisser de côté When doves cry, qui me semble plus moderne, osé, décapant mais…

. Simple Minds, Don’t Yoy (Forget about Me) (84, auteurs : Keith Forsey/Steve Schiff) :

https://youtu.be/CdqoNKCCt7A

Quel paradoxe ! Un morceau qu’ils n’ont pas écrit, imposé par le film The Breakfast Club, devient le tube ricain et mondial des auteurs du si raffiné A New Gold Dream. Que j’eusse dû citer ?

 

. U2, The Unforgettable Fire (84, composée par U2, écrite par Bono, album éponyme) :

https://youtu.be/Pdupbfgtclw

Le premier style d’un groupe majeur, lyrique, flamboyant. Devant Pride. Malgré d’autres titres de Josuah Tree, One

 

. Sade, Smooth Operator (84, auteurs : Sade Adu/Ray St John, album Diamond Life) :

https://youtu.be/4TYv2PhG89A

 

. Peter Gabriel/Kate Bush, Don’t give up (86, composée/écrite par PG, album So) :

https://www.youtube.com/watch?v=VjEq-r2agqc&feature=share&fbclid=IwAR0yIxqf-yxpvgO3_8PijQOtdV2lkSWe7C7IzlZJRk7-Md5W7hkU1iiimms

Peter ! Solsbury Hill, etc. Un Grand du rock. Une voix formidable. Une capacité à renoncer et à se réinventer. Un artiste citoyen aussi, qui a ouvert le sillon de la World Music.

 

. France Gall, Evidemment (87, A/C : Michel Berger) :

https://youtu.be/eXsox2-70VE?list=TLPQMjcxMjIwMTn8aKiUKQj3FQ

 

. Terence Trent d’Arby, Sign Your Name (87, album Introducing the Hardline according to TTdA) :

https://youtu.be/dluHzQhLcME

Malgré Wishing Well.

 

. Midnight Oil, Beds are burning (87, composée/écrite par Peter Garrett/Jim Moginie/Rob Hirst, album Diesel and Dust) :

https://youtu.be/ejorQVy3m8E

Le grand hymne écolo et anticolonialiste nous vient d’Australie. Pour faire plaisir à mon épouse.

 

Années 90

 

. Michel Berger, Le Paradis blanc (90, composée/écrite par MB, album Ça ne tient pas debout) :

https://youtu.be/Z2OawuAcIF4?list=TLPQMjcxMjIwMTn8aKiUKQj3FQ

Ce n’est pas ma tasse de thé a priori, Berger, mais, in fine, il faut bien avouer…

 

. Sinead O’Connor, Nothing compares to you (90, composée/écrite par Prince, album I Do Not Want What I Haven’t Got) :

https://www.youtube.com/watch?v=0-EF60neguk&feature=share&fbclid=IwAR1uUngVPrEcvjm7RYJqGFKndjcWAO0zxu2br4KYUAdKgrwGQmX6nxDvdyw

Reprise extraordinaire !

 

. Angelo Badalamenti, Theme from Twin Peaks (90) :

https://youtu.be/pXrjMaVoTy0

La musique plane autour d’une révolution artistique : le moment M où la série télé va dépasser le film de cinéma. L’an 0 du genre.

 

. Eric Clapton, Tears in Heaven (92, auteurs : EC/Will Jennings) :

https://youtu.be/cYTmfieE8jI

Ecrite pour son fils défenestré. On aurait préféré en rester à Layla.

 

. R.E.M., Everybody Hurts (93, album Automatic for the People) :
https://youtu.be/5rOiW_xY-kc

 

. Jeff Buckley, Hallelujah (94, Leonard Cohen, album Grace) :

https://youtu.be/svitEEpI07E

Mort après un seul album studio mais vénéré par Radiohead, Muse, Coldplay, etc. Mais par Jimmy Page, Robert Plant aussi.

 

. Portishead, Glory Box (95, album Dummy) :

https://youtu.be/dluHzQhLcME


. Eels, Novocaïne for the Soul
(96, composée/écrite par Mark Everett, album A Beautiful Freak) :

https://www.youtube.com/watch?v=V2yy141q8HQ&feature=share&fbclid=IwAR2ZGqQjgSWV5TQWT_pI3s_tLPh0GZr15Vi1Ja4HymY6Tdc2DGf2a4iClPM

 

. Radiohead, No Surprises (97, Thom Yorke, album OK Computer) :

https://www.youtube.com/watch?v=u5CVsCnxyXg&list=RDu5CVsCnxyXg&start_radio=1

Un extrait parmi d’autres du meilleur album des années 90 ? On parle du meilleur groupe des années 90 ? Du meilleur chanteur ?

 

. The Verve, Bitter Sweet Symphony (97, album Urban Hymns) :

https://www.youtube.com/watch?v=1lyu1KKwC74&feature=share&fbclid=IwAR3eyjDDIla0yBCysnLyFZsnQtUOxKzwprMRBp9AgstfdT5tYxdqHSIq7Zg

 

. Deus, Instant Street (99, composée/écrite par Barman/Ward/Mommens, album The Ideal Crash) :

https://youtu.be/uyA01nH72NI

Le meilleur groupe rock belge de tous les temps ?

 

. Blur, Tender (99, album 13) :

https://youtu.be/SaHrqKKFnSA

 

Années 2000

 

. Coldplay, Trouble (2000, album Parachutes) :

https://youtu.be/FPzI4dpEcF8?list=PL00176FD3DE99A115

La voix de Chris Martin !

 

. Air, Playground Love (2000, extrait de la bande sonore du film Virgin Suicides, de Sofia Coppola) :

https://youtu.be/hFuu5wPFv1M

Plutôt que La Femme d’argent, Sexy Boy ?

Pink Floyd, sors de ce corps !

 

. Radiohead, Idioteque (2000, album Kid A) :

https://www.youtube.com/watch?v=AWtn4Kt05_Y&feature=share&fbclid=IwAR1ag17pW6C58RIIinLG8m2IcmcVJjnS8Mx1BDfTfJMsFI9unJCTYWNRjvc

Inspiré par Paul Lansky/Arthur Kreiger. Tellement osé, leur changement de cap, que je fais une exception pour eux et les cite une deuxième fois mais pour une autre décennie, qu’ils transcendent aussi. Ce qui est rare. Les Beatles amarrés aux années 60, Bowie ou les Floyd aux années 70, etc. Sont-ils ce que le rock a offert de meilleur en termes d’accomplissement artistique et éthique ?

 

. Goldfrapp, Lovely Head (2000, auteurs : Alisson Goldfrapp/Will Gregory, album Felt Mountain) :

https://youtu.be/ITi6uat0BuQ

 

. Muse, New Born (2001, A/C : Matthew Bellamy, album Origin of Symmetry) :

https://youtu.be/qhduQhDqtb4?list=TLPQMjcxMjIwMTn8aKiUKQj3FQ

 

. Amy Winehouse, Back to Black (2007, composée par Mark Ronson/écrite par AW, album éponyme) :

https://youtu.be/TJAfLE39ZZ8

 

Années 2010

 

. Adele, Someone like You (2011, Adele Adkins/Dan Wilson, album 21) :

https://youtu.be/hLQl3WQQoQ0

 

.  Julie Armanet, L’Amour en solitaire (2017, composée/écrite par JA, album Petite Amie) :

https://www.youtube.com/watch?v=_wlnRatglSo&feature=share&fbclid=IwAR3UCHVMwMoS4-_mq06q7mMAFw1UwXkpOrAn_yi4lrW58wtnaxfhrYBrTXU

Ou Manque d’amour, L’Indien… du même album. Là, on a le nez sur le guidon mais…

 

. Clara Luciani, Pleure, Clara, pleure (2017, composée par CL/Ambroise Guillaume, écrite par CL) :

https://youtu.be/t4xfpuY0yyg

Ou alors La Grenade, Qu’est-ce que t’es beau en duo avec Philippe Katherine, Nue.

 

LE COUP DE PROJO D’EDI-PHIL #24 SUR LES LETTRES BELGES FRANCOPHONES

TOP 10 2019 d'Edi-PHIL RW
Philippe REMY-WILKIN (photo : Pablo Garrigos Cucarella)

Les Lectures d’Edi-Phil

Numéro 24 (janvier 2020)

Coup de projo sur le monde des Lettres belges francophones

sans tabou ni totem, bienveillant mais piquant…

 

A l’affiche :

deux romans (Adeline Dieudonné et Francis Groff), un récit de vie (Marianne Sluszny), une BD/Doc (Arnaud de la Croix) et une pièce de théâtre (Jacques De Decker) ; les maisons d’édition L’Iconoclaste, Petit à Petit, Academia, Weyrich et L’Ambedui.

 

(1)

Cour de cœur du mois !

Adeline DIEUDONNE, La vraie Vie, roman, L’Iconoclaste, Paris, 2018, 266 pages.

On a beaucoup parlé de ce livre, il a décroché de nombreux prix, dont le Rossel, le plus prestigieux en Fédération Wallonie/Bruxelles., il s’est même beaucoup vendu. Je vais réserver mon énergie exploratrice pour des sentiers moins fréquentés, vous renvoyer à ce que dit mon collègue Pascal Blondiau dans Le Carnet. Une relation élargie, qui resitue la trajectoire d’Adeline :

https://le-carnet-et-les-instants.net/2018/08/29/dieudonne-la-vraie-vie/

 

Je vous livre quelques impressions en surplomb.

 

Il est très très rare qu’un talent fasse si rapidement, si globalement l’unanimité. Lisez son parcours ! Un conte de fées. Et sachez que son livre est à l’opposé (quoique…) : un conte de monstres.

Faisons comme si l’on appartenait aux grincheux et jaloux, si courants. « Des talents démarrent fort qui s’étiolent rapidement. » Ou : « Nul doute qu’Adeline a été favorisée par un physique avantageux, la jeunesse et la sympathie dégagée. » Et encore : » Nos médias sont si frileux qu’un prix en entraîne un autre… ». Etc.

Je passe la balle à la défense : « Sa nouvelle ou son roman sont arrivés scellés, anonymes, c’est son seul talent qui a été récompensé ! » Dans un premier temps. Pour l’essentiel. Et tant mieux pour elle si elle a pu assurer ensuite. Mais mon exemple en dit long, mes préjugés. Légitimes mais balayés. Je n’avais pas d’appétit particulier pour le livre, je voulais jeter un œil par curiosité, dénicher des arguments pour l’une de mes théories sur le succès, etc. Et, de fait, lors des premières pages, j’ai soupiré. « Pff ! Encore une émule de Ferrante ! Une autre… Le monstre de départ me rappelle… »

Mais. Je suis vite passé à un « Tout de même, ce n’est pas si mal ! ». Dans la foulée, un « Non, soyons honnête, merde, c’est bien ! Ça louvoie même vers mon Murakami adoré. Ce zeste de fantastique, cette animation du réel, de la nature… ». Et j’ai terminé en mode soumission au talent de la collègue. « Très bien ! ». Respect, estime, affection.

 

Adeline donne de l’eau au moulin d’une de mes théories. Une autre ! Ouf ! La poésie, le plus souvent, a quitté les limites d’un genre pour en ensemencer d’autres, graver sa labellisation sur un album de BD (Le Nid des marsupilamis), des films (Mizoguchi !), des romans. En clair, son écriture, globalement très fluide, aisée à lire, distille mille notations poétiques. Ce qui veut dire chargées d’une intensité, d’une inventivité décapantes :

« L’atmosphère y était devenue si oppressante qu’elle nous mastiquait tous les quatre, broyant ce qui restait de santé mentale à mon père, ma mère et mon frère. Dès que j’entrais dans le hall, je pouvais sentir ses mâchoires se refermer sur moi. »

Pourquoi est-ce à la fois simple et fort ? Parce qu’il y a quelque chose de la créativité naturelle de l’enfant, qui n’a jamais le côté ampoulé de l’adulte, le côté délire masturbatoire de laboratoire (NDLR : cette rime !) :

« Je n’ai jamais vu les doigts du soleil sur ma maison. »

 

Le récit, lui aussi, est simple et fort. Il n’y a pas mille personnages et mille décors. Il y a un minimalisme situationnel. Mais ce peu est nourri d’une manne d’informations, de rebondissements. Et finit par déboucher sur un suspense haletant. Ou plusieurs. Comment dire ? Un plein narratif sans descriptions, digressions, explications. J’ai alors pensé – et c’est un sommet du compliment dans ma bouche ! – à un autre Rossel, Le Chant des Gorges du très talentueux Patrick Delperdange.

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Adeline Dieudonné

Il y a en sus une richesse thématique, non qu’il y ait pléthore de thèmes (quoique) mais ils sont excellemment communiqués. L’enfance amniotique et synergique. L’adolescence et sa mutation tectonique. Les peurs primales. Les tuteurs de résilience. Tout est dans tout, le meilleur et le pire se trouvent derrière la porte des voisins. Enfin et surtout, cette philosophie que je voudrais embrasser sous toutes ses coutures, qui m’a rappelé de troubles échos de vie :

« Je n’avais plus pleuré depuis l’épisode du jeu de nuit. Quelque chose s’était fossilisé à l’intérieur. Je me suis dit que c’était mauvais signe. Je refusais d’être une proie ou une victime, mais je voulais rester vivante. Vraiment vivante. »

Avouerai-je avoir in fine considéré l’héroïne/narratrice comme une sœur ? Parce qu’elle ose aller au-delà de l’interdit ? Parce qu’elle affronte le clivage majeur auquel se confronte tout être ? La nécessité de faire exploser la bulle qui nous a enfantés mais peut ensuite nous tuer ? Le syndrome Léopold Mozart.

 

In fine ? Le conte dépasse ses qualités apparentes et s’aventure en haute mer, se faufilant entre les récifs, pour ouvrir le Grand Large de la réalisation intime. Une mise en abyme de la condition humaine.

Un très beau livre ! Et que les grincheux/jaloux aillent se balader sur Mars !

 

(2)

Arnaud De La CROIX, Bruxelles, Des Celtes aux ducs de Bourgogne, BD/Doc, Petit à Petit, Rouen, 78 pages.

Nous avions beaucoup aimé le tome 3 (final) de cette histoire de Bruxelles. Et avons manœuvré pour retrouver les tomes 1 et 2 sous le sapin 2019/2020. En double même, pour nous épargner la confiscation par notre fils.

Nous avons retrouvé les qualités évoquées dans notre précédente recension :

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/2019/10/31/les-lectures-dedi-phil-21-coup-de-projo-sur-les-lettres-belges-francophones/

Cette salve offre un défilé de légendes bruxelloises. Plusieurs nous étaient inconnues : le passage de l’évêque de Cambrai Vindicien en 695, la persécution de la Bloemardinne au XIVe siècle.

Nous avons apprécié la mise au clair de diverses controverses. En premier lieu, Bruxelles n’a pas été fondée en 979, il faut plutôt s’attacher au rôle de Lambert II, comte de Louvain, vers 1040 (édification d’un castrum, suivi d’un castellum/château proprement à la fin du XIIe siècle). Apprécié revivre ce qui a fait le quotidien, la spécificité de notre capitale (ou de notre pays): les étuves, les chartes, les arbalétriers, le rôle des maçons et des brasseurs…

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Arnaud De La Croix

Et puis, au détour d’un paragraphe où il est question des conquêtes de Jules César, on a soudain retrouvé le polémiste Arnaud De La Croix, qui ferraille sur Facebook pour dénoncer ce qui lui paraît, à tort ou à raison, dérives de la démocratie :

« On voit que la politique contemporaine dite du droit d’ingérence humanitaire s’inspire directement de la stratégie interventionniste romaine. »

C’est aussi cela, l’Histoire, et même au premier chef, offrir une grille de lecture du présent, pouvoir prévenir (hum hum… ô utopie ?) l’avenir en observant les erreurs, les dérapages, les stratégies du passé.

Miam ! Je vais pouvoir savourer le tome 2, De Charles-Quint à la Révolution brabançonne, entre les réveillons.

 

J’ai évoqué d’autres livres d’ADLC précédemment :

https://karoo.me/livres/treize-livres-maudits-hublots-demultipliant-lhorizon

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/2018/10/02/le-coup-de-projo-dedi-phil-sur-le-monde-des-lettres-belges-francophones-5-octobre-2018/

 

(3)

Marianne SLUSZNY, Le banc, récit, Academia, Bruxelles, 2019, 179 pages.

Couverture Le banc

Academia est adossée à L’Harmattan, maison d’édition très controversée, attaquée par divers auteurs en son temps pour des pratiques douteuses (voir les controverses sur le Net), j’ai pris quelques informations, entendu des échos rassurants, cédé à l’envie de découvrir un récit autobiographique. L’autofiction ? Oui, le sillon m’inspire des préjugés souvent confirmés, verse dans une asexuation du narratif, paramètre que j’estime majeur (toute identité, individuelle ou collective, nécessitant l’inscription dans une histoire depuis l’aube des temps).

Alors ? Il faut refuser l’amalgame et les étiquettes, éviter la caricature en se contrepointant soi-même. Puis l’autrice m’inspire des ondes positives : Marianne Sluszny fut, comme scénariste/productrice RTBF, la représentante d’un rapport des médias à la culture, à la création qui n’a plus guère d’équivalent aujourd’hui, qu’on regrette amèrement.

Plongeons dans le livre !

 

Un récit de deuil. L’autrice évoque la disparition de son époux (sans le nommer, choix indiciel), lui offre une sortie rêvée, un chant d’amour et de recréation. Un prologue et un épilogue ramènent au banc, à l’endroit où les cendres ont été répandues, au fond du jardin, là où le décédé aimait à rêver, contempler, discuter, là où Marianne Sluzny aime à se recueillir désormais :

« Je te murmure des mots doux et je devine les tiens à travers les bruissements des feuillages. Un charme étrange se répand alors pour envelopper la douleur de ta longue absence. Je pense à l’énergie que, tout jeune, tu as dû déployer, pour devenir ce que tu fus. (…) »

 

Deux récits sont menés à la première personne du singulier. Dans le premier, la parole est transmise au décédé, il retrace sa vie, ses axes, ses réussites et ses échecs, ses compétences et ses limites, ses interrogations et ses doutes. Dans le deuxième, l’autrice reprend la parole, narre la perte de son point de vue, les différentes étapes de la chute, de la révélation jusqu’aux derniers moments.

Globalement, le livre se lit très agréablement, il est bien écrit et bien narré, il recèle des perles d’écriture, d’émotion, de réflexion.

Marianne Sluszy a évité un écueil majeur, trop croisé dans l’autofiction : elle ne verse jamais dans l’égocentrisme, le narcissisme, la vanité. Sa sincérité, son humilité, son intégrité laissent sans voix, de plain-pied à ses côtés, la larme au coin de l’œil. Elle réussit la gageure de faire aimer le disparu sans le muer en superman, d’en fixer à jamais une image profondément humaine, qui nous parle.

Image associée
Marianne Sluzny

Il y a davantage.

Une réflexion se dégage. Sur le Beau, le Bien, le Bon. Entrevus, à travers la sobriété du dire : les goûts artistiques, l’engagement citoyen, la capacité à s’émerveiller devant la nature ou l’art, la présence forte d’une sœur, d’une fille ou d’un fils, d’un ami, etc.

L’autrice restitue l’histoire familiale du protagoniste. En quelques touches, le père et la mère, la fratrie acquièrent une consistance puissante qui interroge sur nos liens au clan originel, constructeurs et destructeurs. Elans et entraves pour l’accomplissement. C’est qu’il est ici question d’un homme qui se rêvait cinéaste mais qui n’aura réalisé (!) sa vocation qu’à demi, excellant dans le documentaire télévisuel mais renonçant à mener au bout son projet créatif (sur Charles de Coster). Sa mère ne lui a pas insufflé suffisamment d’énergie, de confiance, d’amour ? Une mère de conte de sorcières, qui fait interner son frère durant leurs vacances, culpabilise régulièrement l’un de ses fils pour les errements de l’autre :

« Yves, le pauvre, n’est pas tout juste… Et c’est de ta faute, oui de ta faute… Tu as volé toute l’intelligence… »

Une mère odieuse. Qui méprise les inclinations de son fils, ne suit aucune de ses émissions. Un monstre. Qui m’a soudain projeté dans un décalage absolu (mais heureusement fort bref) avec le narrateur :

 « C’était mon devoir d’aller chaque jour au home visiter ma mère. Mon frère (était-ce la réponse du berger à la bergère ?) ne s’y rendait jamais. Ma petite sœur non plus. (…) Je fus donc un bon fils. »

Y a-t-il là un second degré ? Le narrateur insiste, il est vrai, sur le matraquage de « Il faudrait » qui l’a partiellement formaté, sur ses propres erreurs vis-à-vis de ses enfants, interroge ses sentiments profonds.

A noter : le thème des mères prédatrices/suceuses de fluide vital traverse mes derniers ouvrages (Matriochka et Vertiges ! publiés en 2019) ou l’une de mes recensions pour Le Carnet (le remarquable Onnuzel de Thierry Robberecht, chez Weyrich).

 

Terminons en beauté et dans l’empathie, rejoignons Marianne sur son banc, et son mari aussi :

« Nos dernières semaines.

Solde du mauvais coup de dés, elles furent du même registre que nos liminaires étincelles. »

Ou :

« Tes dernières semaines.

Feignant d’ignorer l’imminence du naufrage, tu avais vogué en eaux troubles, avec une simplicité désarmante.

Tu fus aimable, attentif, amoureux et ouvert aux autres. »

 

(4)

Francis GROFF, Vade retro, Félicien !, roman policier, Weyrich, Neufchâteau, 2019, 204 pages.

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Je vous renvoie à ma recension dans Le Carnet, que l’auteur estime, sur sa page Facebook, « taillée comme un diamant » (!) :

https://le-carnet-et-les-instants.net/2019/12/24/brouillon-autogroff-vade-retro-felicien/?fbclid=IwAR1SYemgct7zJO6L7drt8sR-yEQ-OoTMozIOei2lz6w2pdTQB7rhLw46r1A

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Francis Groff

J’ai donc lu les 5 premiers livres de la collection Noir Corbeau !

 

(5)

Jacques DE DECKER, Fitness, texte d’une pièce de théâtre illustrée par Roland BREUCKER, L’Ambedui, Bruxelles, 1994, 50 pages.

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Pour évaluer mon estime de l’œuvre de JDD, il suffit de se reporter à mon feuilleton, quatre épisodes parus ces derniers mois en ces pages (et même un cinquième/bonus). En 2019, j’ai lu son œuvre romanesque et… l’ensemble de son œuvre dramaturgique. Une pièce m’échappait, l’auteur me l’a fort aimablement offerte (et à mon fils, qui se passionne pour son théâtre).

Une comédie-solo, annonce la couverture. J’en retiens une information qui accrédite mes théories : JDD se renouvelle sans cesse, innove. Passe d’un genre à un autre, d’un traitement du genre à un autre. Côté théâtre, solo, duo, quatuor, etc. Qui plus est, le texte est drôle, dynamique, ludique aussi avec sa mise en évidence des différentes parties du corps de l’héroïne au fil des scènes, c’est-à-dire des séances de fitness.

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Jacques De Decker 

Mais, à force de voir se multiplier les clins d’œil, les jeux de mots, etc., j’en ai été distrait de ce que l’auteur cherchait à distiller, des interrogations sur la condition d’une femme en 1994, les origines, le sens de celle-ci :

« Elles (NDLR : nos arrière-grands-mères) n’étaient bonnes à rien, cernées de bonnes à tout faire, même l’amour que leurs maris allaient glaner dans les soupentes. 

Elles se sont mises à singer les mecs, à envier leurs hochets, le pouvoir, la polémique, la comédie que se jouent les gros lards qui n’ont dans la panse que de quoi digérer ce dont ils s’empiffrent.
Mais pardi, c’est bien sûr ! Bobonnes et superwomen, même combat ! »

 Polémique ?

 

Edi-Phil RW.

 

LES LECTURES D’EDI-PHIL #23 : SPÉCIAL DENIS BILLAMBOZ

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Philippe REMY-WILKIN (photo : Pablo Garrigos Cucarella)

Les Lectures d’Edi-Phil

Numéro 23 (janvier 2020)

Coup de projo sur le monde des Lettres belges francophones

sans tabou ni totem, bienveillant mais piquant…

 

Spécial Denis BILLAMBOZ !

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Pour les Fêtes de fin d’année, je breake, suspends ma mini-revue, ou plutôt sa livraison habituelle, pour m’offrir le plaisir d’en savoir plus sur un collègue des Belles Phrases.

Oh, ne jouez pas les vierges effarouchées ! Loin de moi de verser dans le copinage, je ressens spontanément l’envie irrépressible de mieux connaître ce médiateur français qui a rejoint l’équipe d’Éric Allard bien avant Jean-Pierre ou Pierre, Julien-Paul ou moi.

C’est que…

Dans le milieu éditorial/littéraire belge, on se plaint du silence quasi absolu des médias français (ou parisiens ?) à notre égard. On se plaint aussi d’une tendance peu flatteuse (car indicielle : manque de courage, d’esprit de découverte : il est plus facile de suivre que d’anticiper, de créer un appétit) chez nos grands médias (la plupart, disons, il est de nobles/notables exceptions, les Hecq, Dehaussay, Paquot, Lison-Leroy, Torrekens…) : attendre que Paris encense pour… encenser, voire envisager l’existence.

Or Denis, ce Français de Besançon, que fait-il ? Lui qui adore la littérature asiatique et les littératures du monde, bref un exotisme du Grand Large, il passe un temps fort conséquent à lire des livres belges (écrits par des Belges, édités par des Belges) et, mieux encore, à les faire connaître via des plateformes culturelles françaises.

Cet homme est précieux. Cet homme nous montre la voie à suivre. A tous et toutes ! Oser accomplir un pas de côté, sortir des autoroutes de la pensée et de nos habitudes pour explorer des sentes forestières qui mènent à une clairière, un chevreuil, un tumulus… Le paradis, somme toute.

Cet homme est un modèle. Et j’aime à penser compter parmi ses disciples, avec ce double mouvement de l’approfondissement du proche, de l’évasion vers le Grand Large.

 

Avant de poser nos questions, pour éviter les doublons, nous lisons une belle interview de Denis par Éric Allard, réalisée en 2012.

Éric nous a offert une deuxième interview de Denis en 2016 :

PS Lire aussi le feuilleton L’homme qui marchait dans ses rêves (le roman de Denis en 44 épisodes, paru dans Les Belles Phrases).

 

Je comptais me fendre d’une interview plus pointue mais le travail d’Éric est fouillé, je vais donc la jouer simple. Actualiser le tout, resituer et saupoudrer de quelques questions.

 

Mes questions.

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Un mot sur ta vie d’homme. Tu es marié, tu as des enfants ? Tu es originaire de la ville où tu vis ? Quelle fut ta formation ? Ton parcours ?

Tu as proposé ton roman à des éditeurs ? En France ? As-tu songé à nos éditeurs belges ?

Raconte-nous ta rencontre avec les réseaux sociaux, les blogs culturels français. Ton insertion dans cet univers parallèle qui offre souvent, aujourd’hui, bien plus que les médias traditionnels, ce qui fut confirmé récemment par une soirée Sabam (société de droits d’auteurs) sur l’avenir du livre dans notre Fédération Wallonie-Bruxelles (allez expliquer ce concept à un Français !).

Tu connais d’autres médiateurs français qui s’intéressent à nos Lettres ?

Comment es-tu entré en contact avec notre littérature ? Comment as-tu connu Éric Allard, Les Belles Phrases ? Tu nous visites parfois ? Quelles sont tes endroits préférés de Belgique ? Qu’y trouves-tu de différent, de particulier ?

Mesures-tu l’enjeu éthique, citoyen ? Cette résistance offerte contre la Pensée dominante (je précise que je ne suis pas du tout complotiste ou d’extrême-gauche), imposée par les multinationales ?

Tu arrives à conserver un équilibre entre fidélité à des auteurs (ou éditeurs) suivis de longue date et insertion de la nouveauté ? Tu résistes à la pression, à la submersion par des auteurs/éditeurs qui pourraient se précipiter vers toi tous crocs dehors ?

 

Voilà ! Telles étaient mes questions, mais Denis a répondu d’un seul tenant, en bloc, nous livrant un texte qui dépasse mes attentes. En effet, au-delà du parcours impressionnant, de la personnalité riche et attachante qui se dégage, il y a une formidable leçon sur la manière d’être au monde, de l’habiter, dans l’appétit, le partage, la construction, la réalisation, l’adéquation. Une réponse aussi à ces éteignoirs du bonheur, de l’émancipation trop croisés en cours de route quand on s’enracine dans le domaine de l’Art, de la Culture, de la Création. « A quoi ça sert ? », « Tu en vis ? », « On peut être heureux d’écrire sans vendre des centaines de milliers de livres ? ».

Une leçon au jeune poète, à la Rilke ? Il y a de ça.

Haruki Murakami avait déjà répondu aux aveugles du cœur et de l’âme, en rappelant une vérité simple mais enterrée par les fossoyeurs du « Tout au rentable, tout à l’immédiat, tout à l’apparent ! » : quand on réalise quelque chose de bien (en Art mais dans la vie aussi), on le sent, on en a donc un retour immédiat, gratifiant, une auto-reconnaissance qui touche à l’intime et qui n’a rien à voir avec les dérives de l’égocentrisme, du narcissisme, de la vanité. Une jouissance secrète pour qui s’affronte en secret avec lui-même, ses limites, ses lacunes, va plus loin, offre. Une jouissance qui a le mérite d’échapper à l’instant, de prolonger son effet, d’ouvrir une lucarne vers un Mieux-Etre. A soi, aux autres, au monde. Sans prix !

Denis, avec ses mots, emprunte la voie du grand auteur japonais, son texte fait puissamment sens.

La réponse de Denis.

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« Je suis un pur produit du babyboom de l’après-guerre, aujourd’hui j’ai bien peuplé mon arbre généalogique, j’ai deux filles et un garçon, qui m’ont donné six petits garçons avant de m’offrir un très joli cadeau à la fin du printemps sous la forme d’une adorable petite princesse.

Pour comprendre mon existence, il faut savoir qu’elle se compose de plusieurs vies, je suis né à la campagne pas très loin de la ville où je vis et où j’ai toujours vécu depuis que je suis entré au lycée en terminale avant d’étudier cinq ans et l’université et d’effectuer une année de service militaire.

Donc, ma première vie a été une vie d’apprenti paysan, j’en ai même obtenu le diplôme, j’étais l’aîné de la fratrie, il était logique que j’assure la continuité à la tête de la ferme, petite en la circonstance.

Mais, dévoré par l’envie d’apprendre, j’ai réussi à m’évader en empruntant des chemins de traverse et en entrant au lycée en terminale, après un examen de passage. Ma deuxième vie fut donc celle d’un potache devenu rapidement étudiant en histoire. J’ai arrêté ces études après la maitrise sans avoir réussi les concours de l’enseignement.

Après un an de service militaire chez les Hussards comme secrétaire du colonel, j’ai commencé ma carrière professionnelle, qui s’est déroulé pendant 33 ans et demi à la Chambre de commerce et d’industrie de mon département. Je n’ai connu qu’un seul employeur.

 

J’ai très vite compris que mon emploi ne serait qu’un gagne-pain et que ma vraie vie s’organiserait autour de mes passions.

Je me suis donc engagé dans le sport avec mes enfants et, ensuite, dans des fonctions plus importantes. J’ai présidé aux destinées des comités départementaux puis régionaux de gymnastique, j’ai aussi présidé le Comité Départemental Olympique et j’ai été le président fondateur d’une association ayant pour objet d’organiser l’emploi dans le sport. Cette structure, que j’ai présidée pendant vingt-sept ans, fait aujourd’hui travailler un millier de personnes par an pour un budget de 10 M€, elle gère aussi une quinzaine de bases sportives et a créé quatre groupements d’employeurs.

J’ai poursuivi mon engagement dans le tourisme, l’économie sociale et solidaire, une banque coopérative, le financement d’associations et des très petites entreprises….

J’ai passé trente années de ma vie dans ces associations que j’ai presque toutes quittées en 2017. C’était ma façon à moi de militer, sur le terrain !

 

J’avais décidé depuis longtemps que je finirais ma vie dans les livres, l’année de mes soixante-dix ans, j’ai donc abandonné la plupart de mes mandats associatifs et je me suis concentré sur la lecture, le fil rouge de mon existence. Je me souviens encore de mon premier livre, quand j’avais sept ans ; depuis, j’ai toujours un livre en cours de lecture.

J’ai longtemps été titillé par l’envie d’écrire quelque chose de long. Arrivé à la retraite, j’ai essayé pour voir comment je pouvais gérer la longueur, le temps, la cohérence littéraire, la concentration nécessaire, etc., tous les paramètres qu’il faut maitriser pour écrire un vrai livre.

J’aurais dû commencer par quelque chose de court, à proposer à un petit éditeur pertinent, mais, si je lis du court, étonnamment, j’écris long. 

A cette époque, je ne connaissais rien ou presque au monde l’édition, j’en ai profité pour faire le parcours complet du candidat à la publication et j’ai compris beaucoup de choses que je ne connaissais qu’approximativement.

A cette époque, je collaborais déjà à CritiquesLibres.com mais je ne connaissais pas encore Éric Allard (NDLR : notre rédacteur en chef), qui fut mon principal guide dans le monde littéraire belge.

Par mon métier, j’ai découvert Internet très tôt, j’ai fait une première formation en 1994 et, le soir après le boulot, je fouillais la Toile pour dénicher les auteurs importants de toutes les parties du monde. Ainsi, j’ai nourri des listes d’auteurs qui traînent toujours sur mon ordinateur.

Un jour, au hasard de ces recherches, j’ai trouvé CritiquesLibres.com, je me suis inscrit pour consulter ce site, puis j’ai osé un commentaire, une critique secondaire et enfin, après une longue réflexion, j’ai osé une critique principale. Aujourd’hui, j’ai écrit un millier de critiques sur ce site, mais celles-ci sont des commentaires plus que des critiques, ma formation littéraire est insuffisante pour des critiques… même si je me suis permis quelques coups de griffes acérés.

J’ai ensuite ouvert une page sur le site de la revue Voir au Canada, pour consulter celle d’une collègue de CritiquesLibres.com, mais ce site a fermé les pages personnelles. J’ai donc ouvert mon blog personnel, Mesmpressionsdelecture.com, qui héberge aujourd’hui près de mille commentaires de lecture. C’est un réservoir de textes sans aucune image.

J’ai été aussi sollicité par Armelle Barguillet-Hauteloire pour participer à son blog Interligne en 2009 et, peu après, par Éric Allard pour publier des commentaires de lecture sur Les Belles phrases. Benoît Richard m’a aussi sollicité pour quelques commentaires de nouveautés, des fictions principalement, sur Benzinemag. Je suis sur Facebook et Twitter essentiellement pour relayer mes diverses publications sur la Toile.

 

Je connais personnellement un certain nombre de commentateurs de CritiquesLibres, j’en ai rencontré plusieurs et je communique avec d’autres, certains sont français. Il est très difficile d’organiser des rencontres à Paris, les Parisiens ne vivent pas sur le même rythme que les provinciaux quand ils sont à Paris. Il m’arrive aussi d’échanger avec des membres du Club de la Cause littéraire sur Facebook. Il est difficile de parler littérature avec des gens qui ne lisent que les livres dont on parle, j’ai parfois l’impression d’être un zombie.

 

La Belgique, je l’ai rencontrée à travers les forums de CritiquesLibres.com, où, peu à peu, je me suis fait des amis virtuels puis plus réels en participant chaque année depuis 2009 au rassemblement des membres le samedi de la Foire du livre de Bruxelles. Chaque année, de vingt à vingt-cinq membres partagent une fort sympathique soirée au restaurant autour des livres.

C’est sur ce site que j’ai découvert les écrits d’Éric Allard, comme je ne les trouvais pas dans le commerce, je les lui ai commandés. Il a apprécié ma recension et m’a demandé si je voulais participer à son nouveau blog, ce que j’ai bien sûr accepté et, depuis plus de dix ans maintenant, je lui envoie des textes.

Au début, je lui adressais aussi des textes courts et des aphorismes, mais ce n’est pas trop mon truc et je ne peux pas tout faire, il faut faire des choix. J’ai choisi de parler des écrits des autres. Peu à peu, je me suis fait des amis auteurs et éditeurs. J’ai rencontré Jean-Philippe Querton (NDLR : le directeur/fondateur du Cactus Inébranlable, avec son épouse) que je suis depuis dix ans ou presque, puis Jean-Louis Massot (NDLR : le fort sympathique boss des Carnets du Dessert de lune), que je suis aussi régulièrement et puis, plus récemment, Bleu d’encre (NDLR : Claude Donnay aux commandes), M.E.O. (NDLR : Gérard Adam), Chloé des Lys (NDLR : Denis, le monde est petit ! Cette maison est basée dans le village où j’ai passé une partie de mon enfance, Barry-Maulde, à quelques km de Tournai), à travers quelques auteurs. Je connais personnellement un certain nombre d’auteurs et d’éditeurs, j’en connais encore plus virtuellement. J’espère bien être à Bruxelles début mars pour la prochaine Foire du livre. J’ai visité aussi, en touriste, Bruges et Gand et, en 2018, Liège. J’ai d’autres projets en tête…

 

Je ne suis pas du tout polémiste, je n’aime pas trop le militantisme querelleur, je m’investis plutôt dans l’action sur le terrain. Je ne me censure pas mais je ne cherche pas la querelle pour la querelle. Il ne faut pas oublier que quand on parle d’un livre, même en mal, on lui fait de la publicité, alors la meilleure punition est de l’ignorer. Mes idées sont claires, je connais bien la mécanique économique et je déplore depuis longtemps les errements politiques de nos partis, syndicats et divers opposants. Chacun ne se préoccupe que de son égo et de ses petits intérêts personnels, il faudra bien payer l’addition un jour.

 

Je suis fidèle par nature, quarante-six ans de mariage, un seul employeur, une seule ville, bientôt quarante ans que j’habite le même appartement, je ne change de médecin, de coiffeur, de dentiste… que par nécessité. Donc, je suis fidèle à mes auteurs, à mes éditeurs, à mes attachées de presse, qui sont souvent devenus des ami(e)s.

J’arrive au bout du système, au bout de mes capacités, les sollicitations dépassent le temps dont je dispose pour lire et écrire, c’est un arrache-cœur ! J’ai déjà refusé certains livres… Cette année, j’ai déjà lu et commenté cent trois livres ! J’arrive à mon maximum et j’ai quatre-vingts livres non lus en rayons. Et, je ne parle pas des problèmes de rangement… Mais, tant que mes yeux pourront suivre les lignes et que je pourrai taper sur un clavier, j’espère conserver mes amis et m’en faire d’autres encore.

J’ai évoqué mes amis belges, mais je suis aussi en relation avec des éditeurs français très fidèles et des attachées de presse très attentionnées. Je baigne dans ma passion, c’est presque comme un job mais c’est avant tout un énorme plaisir. »

 

Merci, l’ami ! D’être ce que tu es !

En espérant te rencontrer un jour de visu !

 

Edi-Phil RW.

 

TOP 10 2019 d’Edi-PHIL RW

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Philippe REMY-WILKIN (photo : Pablo Garrigos Cucarella)

 

UN.

L’œuvre romanesque de Jacques De Decker: La Grande Roue, Parades amoureuses et Le Ventre de la baleine, mon préféré (chez Weyrich, Neufchâteau). Hors actualité.

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DEUX.

Marcel SEL, Eliseroman, ONLiT, Bruxelles.

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TROIS. Ex-aequo :

. Véronique BERGEN, Kaspar Hauser (ou la phrase préférée du vent), roman, réédition augmentée, Espaces Nord, Bruxelles.

. Adeline DIEUDONNE, La vraie vie, L’Iconoclaste, Paris. Paru en 2018.

 

CINQ.

Luc DELLISSE, Libre comme Robinson, essai, Les Impressions Nouvelles, Bruxelles.

 

SIX.

Alexandre MILLON, 37 rue de Nimy, Les incroyables Florides, roman, Murmure des Soirs, Esneux.

SEPT.

Claude DONNAY, Un Eté immobile, roman, MEO, Bruxelles. Paru en fin 2018.

Un été immobile

 

HUIT.

La collection Noir Corbeau (Christian Libens, Francis Groff et Ziska Lerouge) chez Weyrich (Neufchâteau), dédiée au roman policier/thriller, introduite par un essai très réussi sur le genre en nos terres (Libens).

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NEUF.

Stanislas-André STEEMAN, La Maison des veilles, roman, réédition patrimoniale, Espace Nord, Bruxelles.

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DIX.

Ex-aequo :

. Evelyne WILWERTH, Tignasse Etoile, roman, MEO, Bruxelles.

Tignasse étoile

 

. Anne-Michèle HAMESSE, Le neuvième orgasme est toujours le meilleur, recueil de nouvelles, Le Cactus Inébranlable, Amougies.

. Carino BUCCIARELLI, Mon hôte s’appelait Mal Waldron, roman, MEO, Bruxelles.

Mal Waldron

. Daniel SIMON, Positions pour la lecture, balades littéraires, Couleur Livres, Mons.

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. Jean JAUNIAUX, Belgiques, recueil de nouvelles, Ker, Hévilliers.

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. Jean-Marc RIGAUX, L’Armistice se lève à l’Est, recueil de nouvelles, Murmure des soirs, Esneux. Paru en 2018 ?

Phil RW

 

TOP 100 des MORCEAUX DE MUSIQUE : Une sélection approximative de PHIL RW

        TOP 100 des MORCEAUX DE MUSIQUE

Une sélection approximative de Phil RW

Spécial Fêtes de fin d’année 2019

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Philippe REMY-WILKIN (photo : Pablo Garrigos Cucarella)

À noter : je ferai un jour d’autres Top 100 pour la musique classique, les albums rock (là, on sera dans le temps long), voire les BO de films ou séries. Et il me faudra approfondir le jazz. Etc.

 

Episode 1 : années 20>60

 

Années 20

 

. Bessie Smith, Nobody Knows You When You’re Down and Out (29, composée/écrite par Jimmy Cox en 23) :

On entend citer leurs noms, elles sont les déesses de nos déesses, on se doit d’aller à leur rencontre. Elles ont levé le flambeau de l’Art véritable dans la grotte musicale. Souvent, elles en sont mortes.

 

Années 30

 

. Billie Holiday, Easy Living (37, composée par Ralph Rainger, écrite par Leo Robin) :

Deux versions, en 37 et 47. Laquelle est-ce ?

 

. Judy Garland, Over the Rainbow (39, composée par Harold Arlen/Herbert Stothart, écrite par Edgar Yipsel Hartburg) :

Ah, une Blanche aussi peut avoir des tripes.

 

Années 40

 

. Edith Piaf, La Vie en rose (45, composée par Louiguy/Robert Chauvigny, écrite par Piaf) :

J’ai découvert le plaisir de chanter avec un 45 T de Piaf, Non, rien de rien, non, je ne regrette rien. Tout seul. Il est de pires débuts. Mon rapport à l’intensité, à sa nécessité, est-il né de cette immersion vers 9 ans ? Plus tard, les critiques rock de TL Moustique allaient dans ce sens et me faisaient réfléchir à la présence de l’authenticité, à sa disparition. La différence entre Judy, Bessie, Billie, Janis, Amy, etc., qui sont le beurre de la musique, face à la margarine Dion/Carey/Fabian ?

 

. Charles Trenet, La Mer (46, composée/écrite par Charles Trenet, arrangée par Léon Chauliac) :

Malgré Douce France (47, composée par Trenet/Chauliac, écrite par Trenet) :

Un peu le Grand Ancêtre de la (meilleure) chanson française. On peut ne pas aimer le gaillard mais son talent, novateur pour l’époque, est immense. Ses chansons donnent un sens au mot patrimoine.

 

Années 50

 

. Screaming Jay Hawkins, I put a Spell on You (56, composée/écrite par SJH et Herb Slotkin) :

Il donne un sens au légendaire Pacte avec le diable attribué au guitariste mythique Robert Johnson. Pour chanter comme ça, il fallait être allumé, fou, chargé. Il l’était.

 

. John Coltrane, Blue Train (57, album éponyme) :

 

. Dave Brubeck, Take Five (59, composée par Paul Desmond) :

Un de mes airs préférés GOAT. Un cas exceptionnel, ai-je lu, une irruption dans l’inventivité d’avant-garde qui rencontre le succès public. Bizarre qu’on oublie de citer Desmond, un Grand méconnu du grand public.

 

. Miles Davies, So What (59, composée par MD, album A Kind of Blue) :

J’en suis aux balbutiements de ma rencontre avec celui qui est présenté par les experts comme une sorte de Messie du jazz. Et de la musique, tout court.

 

Années 60

. The Shadows, Apache (60, composée par Jerry Lordan) :

Un petit côté kitsch ? Hum… Ils sont le Grand Ancêtre de la Pop anglaise des années 60, leur guitariste Hank Marvin une icône pour nos guitar-heroes préférés.


. Audrey Hepburn, Moon River
(61, composée par Henry Mancini, écrite par Johnny Mercer) :

Jamais pu écouter cette chanson sans visualiser Audrey Hepburn, sans être emporté dans une profonde mélancolie.

 

. Jacques Brel, Le plat Pays (62, composée/écrite par JB, inspirée par un poème du Suisse Jean Villard) :

Plutôt que La Fanette ? Une chanson qui m’a instillé un Credo : il faut écrire aussi sur TON pays. Il faut être d’un monde avant de pouvoir l’être de tous les autres (ou d’essayer, du moins).
Le syndrome Polanski/Céline a encore… passé son tour avec moi. Je n’aime pas l’homme (libéral pour lui-même, petit-bourgeois étriqué avec les femmes, ses filles, etc.) mais j’admire l’artiste, son intensité (Ferré et Brassens aussi sont intenses !), son inventivité, sa capacité à fixer des caps, à se réinventer.

 

. Serge Gainsbourg, La Javanaise (63, composée/écrite par SG) :

Ou…. La Chanson de Prévert (61, composée/écrite par SG) :

Pourquoi a-t-il été si malheureux ? Quand on a autant perlé ?

 

. Stan Getz/Joao et Astrud Gilberto, The Girl from Ipanema (63 dans cette version célébrissime mais composée par Antonio Jobim, écrite par Vinicius de Moraes en 62) :

La Bossa Nova ! Des musiciens exceptionnels et des voix descendues du ciel. Astrud ou l’art de faire des miracles avec peu d’ingrédients de départ. En caricaturant, une ménagère prend le micro et enterre une corporation au débotté. L’arbitraire divin, dirait le Salieri de Schäffer/Forman !

 

. Jean Ferrat, La Montagne (64, album éponyme) :

 

. Georges Brassens, Les Copains d’abord (64, album éponyme) :

Homme de musique et non de paroles, qui plus est baroque, épris de complexité orchestrale, j’ai épuisé des décennies pour percevoir son intensité, le voir s’éloigner à jamais de l’image du gentil guitariste chantant au coin du feu.

 

. Ella Fitzgerald, Laura (64, composée par David Raksin/écrite par Johnny Mercer en 1944) :

La chanson mythique du film mythique. Enregistrée aussi par Frank Sinatra, Nat King Cole, etc.

 

. Them, Gloria (64, Van Morrison) :

 

. The Animals, The House of the Rising Sun (64 mais d’après une chanson du folklore américain) :

 

. The Kinks, You Really Got Me (65, Ray Davies) :

La naissance du hardrock ! Mais Lola, Sunny Afternoon

 

. Nina Simone, Sinnerman (65, d’après un negro spiritual du début du XXe siècle, album Pastel Blues) :

Pour faire plaisir à Krisztina Kovacs, qui la considère la chanson GOAT.

 

. Bob Dylan, I Want You (66) :

 

. Frank Sinatra, Strangers in the Night (66, composée par Bert Kaempfert, écrite par Charles Singleton et Eddie Snyder) :

Malgré My Way (69, d’après une chanson, Comme d’habitude, composée par Jacques Revaux/Claude François et écrite par Gilles Thibaut/Claude François, adaptée par Paul Anka) :

 

. Beach Boys, Good Vibrations (66, composée par Brian Wilson, écrite par Mike Love, album Smile) :

La « petite symphonie de poche » (dixit Brian).  Baroque et sidérante d’inventivité ! Mais… supérieure à Heroes and Vilains et God Only Knows ?

 

. Simon and Garfunkel, Scarborough Fair (66, d’après une ballade traditionnelle anglaise du… XVIIIe siècle adaptée par Martin Carthy, album Parsley, Sage, Rosemary and Thyme) :

Nausicaa préfère la version, un peu antérieure, de Marianne Faithfull :

Mais… Ce morceau, malgré The Boxer, El Condor Pasa, Bridge Over Troubled Water, Mrs. Robinson… Ou le célébrissime/sublime The Sound of Silence (64) ?

 

. Louis Armstrong, What a Wonderful World (67, composée/écrite par George Douglas alias Bob Thiele et George David Weiss) :

Cette voix !

 

. The Association, Never my Love (67, auteurs : Don et Dick Addrisi) :

Look de Beauf pas possible mais harmonies vocales à Wilson ! Le 2e morceau le plus diffusé en radio/TL au XXe siècle, ai-je un jour lu.

 

. The Doors, Light my Fire (67, composée/écrite par The Doors (Robbie Krieger et Jim Morrison), album The Doors) :

Un de mes morceaux préférés ! Halluciné. Transcendant.

 

. Procol Harum, A Whiter Shade of Pale (67, composée par Gary Brooker/Matthew Fisher, écrite par Keith Reid) :

Inspirée par… Bach !

 

. The Moody Blues, Night in White Satin (67, composée/écrite par Justin Hayward) :

 

. Aretha Franklin, Respect (67, composée/écrite par Otis Redding) :

 

. The Velvet Underground and Nico, Femme fatale (67, composée/écrite par Lou reed, album éponyme) :

Malgré Heroïne, Venus in Furs

 

. Canned Heat, On the Road Again (68, auteurs : Floyd Jones/Alan Wilson, album Boogie with Canned Heat) :

 

. Janis Joplin, Piece of my Hearth (68, auteurs : Jerry Ragovoy/Bert Berns) :

 

. Barry Ryan, Héloïse (68) :

 

. Michel Polnareff, Le Bal des Laze (68, composée par MP, écrite par MP/Pierre Delanoë, album éponyme) :

La plus belle, malgré tant de perles : Ame câline, Love Me Please Me… Le seul Français à sonner pop mondiale dans les années 60.

 

. Leonard Cohen, Suzanne (68) :

 

. Bee Gees, I started a Joke (68, album Idea) :

Malgré Massachussetts, le disco How deep is Your Love, tant de perles pré-disco.


. Otis Redding, (Sittin’on) the Dock of the Bay
(68, composée/écrite par OR et Steve Cropper) :

Sortie après la mort d’Otis et premier cas d’une chanson posthume atteignant la première place des charts américains.

 

. Steppenwolf, Born to be Wild (68, composée/écrite par Mars Bonfire) :

La musique d’Easy Rider !

 

. Cream, White Room (68, auteurs : Jack Bruce/Pete Brown, album Wheels of Fire) :

God in action ! Mais Sunshine of Your Love, Cocaïne

 

. Georges Moustaki, Le Métèque (69, composée/écrite par GM) :

. Léo Ferré, C’est extra (69, album L’Eté 68) :

Magnifique et troublant : un vieux qui sonne jeune, en caricaturant, comme si Brel et le Floyd fusionnaient. Difficile de le préférer à Avec le Temps :

 

. Elvis Presley, Suspicious Minds (69, Mark James) :

 

. The Who, I’m Free (69, auteur : Pete Towshend, album Tommy) :

Ou alors See Me, Feel Me, Touch Me : https://youtu.be/NzuNJod_o7g

Ou My Generation, emblématique : https://youtu.be/NzuNJod_o7g

 

. Jethro Tull, Bourrée (69, album Stand Up) :

 

. Wallace Collection, Daydream (69, album Laughing Cavalier) :

Le meilleur morceau pop de l’histoire belge ?

 

. The Beatles, Something (69, composée/écrite et chantée par George Harrison, album Abbey Road) :

Issue de leur meilleur album (devant Sergent Pepper, Revolver…) et malgré Fool on the Hill, While my Guitar Gently Weeps, A Day in the Life… et tant d’autres.
. King Crimson, Talk to the Wind (69, composée par Ian Mac Donald, écrite par Peter Sinfield, album In the Court of the Crimson King) :

Sur l’un des plus beaux disques de rock progressif ?

 

. Joe Cocker, With a Little Help from my Friends (69, Lennon/McCartney, la version live de Woodstock) :

 

Phil RW

LES LECTURES D’EDI-PHIL #22 : COUP DE PROJO SUR LES LETTRES BELGES FRANCOPHONES

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Philippe REMY-WILKIN (photo : Pablo Garrigos Cucarella)

Les Lectures d’Edi-Phil

Numéro 22 (décembre 2019)

Coup de projo sur le monde des Lettres belges francophones

sans tabou ni totem, bienveillant mais piquant…

 

À l’affiche :

Deux pièces de théâtre (Charles Van Lerberghe), des promenades littéraires (Daniel Simon), trois romans (S.A. Steeman, Pierre Hoffelinck et Salvatore Minni), un récit de vie et de deuil (Isabelle Fable) ; les maisons d’édition Espace Nord, Couleur Livres, Librairie des Champs-Élysées, Murmure des Soirs, M.E.O. et Slatkine & Cie ; l’émission Les Rencontres Littéraires de Radio Air-Libre.

 

(1)

Cour de cœur du mois !

Charles VAN LERBERGHE, Les Flaireurs suivi de Pan, théâtre, Espace Nord, Bruxelles, 2019, 155 pages.

Un classique des Lettres belges !

 

Les Flaireurs.

La première pièce, très courte, tragique, ne m’a guère emballé, je l’avoue. Divers personnages viennent frapper à la porte d’une pauvre demeure où vivent une fille et sa mère alitée, malade. L’aînée veut céder aux lois de l’hospitalité, la cadette pressent le danger et s’y refuse… tant qu’elle le peut. Mais c’est la Mort qui s’invite !

 

Laissons la première œuvre publiée par l’écrivain pour nous pencher sur l’ultime (il y travaillait encore peu avant sa mort).

D’abord, un mot sur Charles Van Lerberghe, « un écrivain majeur du symbolisme belge », ce qui nous ramène vers la fin du XIXe siècle et le début du XXe. On nous l’avait présenté à l’université (durant mes études de Lettres à l’ULB, j’avais un cours sur la littérature belge), mais il a été éclipsé par Verhaeren (en poésie), Rodenbach ou Lemonnier (côté roman), Maeterlinck (en théâtre).

 

Pan.

Eh bien, c’est… excellent ! Ce drame satyrique (avec un y !) en trois actes m’a rappelé la tonicité de La Fiancée du pirate, un film de Nelly Kaplan (1969), où Bernadette Laffont jouait les trouble-sens dans un village empuanti par l’hypocrisie bourgeoise. Ici aussi, l’irruption d’un élément de distorsion bouleverse le quotidien morne et veule d’une petite communauté enchâssée dans la morale et la religion (dans leurs versions les plus conformes et frelatées). Un élément osé, avouons-le : un dieu, ni plus ni moins, Pan, qui s’échappe des limbes où l’avait confiné l’Eglise triomphante pour rallumer la flamme du paganisme. Et l’amour de s’exhaler, les vêtements de voltiger, le vin de couler ! Et tous et toutes, progressivement envoûtés, de se mettre à danser, chanter, etc.

Nudité, ivresse, joie. Inadmissible pour le bourgmestre, l’instituteur, l’abbé, le garde-champêtre et les autres représentants de l’ordre. Pas pour les humbles paysans Pierre et Anne, qui ont accueilli l’étranger si étrange (ses oreilles pointues, sa queue, etc.) avec bonhommie puis allégresse, se sont attendris devant ses amours avec leur fille.

Pan nous demeure invisible mais nous percevons les effets de son passage, nous vivons surtout de plain-pied les mille et un échanges qui agitent l’assemblée des notables, des allures de procès en sorcellerie. Heureusement, l’air, ici, est comique. L’abbé a beau avoir une apparence de Torquemada, le bourgmestre rappelle le maire de Champignac. Et ajoutons une pincée de disputailles à la Peppone/don Camillo.

C’est enlevé et très amusant, même si le rire dissimule une fable sur la tolérance et la véritable humanité. Et puis il y a notre étonnement devant un brûlot anti-Vieux Monde qui date d’il y a plus d’un siècle :

« Dites-leur bien qu’il est défendu, sous peine de mort, je veux dire sous peine de péché mortel, de toucher aux fruits de ce jardin. »

Parbleu ! On se croirait projeté en pleine ère hippie. Peace and Love, tout ça. Tout ce qui est étriqué, figé, fermé est condamné. Il faut ouvrir portes et fenêtres, laisser entrer l’air et… l’errant :

« Je ne demande jamais le nom des gens. Leur figure me suffit. »

Cette pièce est un cri d’amour en direction de la nature. Un étendard pour les écolos, les partisans de Greta Thunberg et autres ? Disons : modernité, santé, humanité.

Au détour d’une page, j’ai même failli apercevoir enfin Godot :

« – Qu’est-ce qu’ils viennent faire ici ?

  • Attendre quoi ?
  • Je n’en sais rien. 
  • C’est bon. Je ferai mon rapport. »

Bref, un texte remarquable qui réévalue le mot « classique », le recolore dans toute sa noblesse INTEMPORELLE.

 

(2)

Daniel SIMON, Positions pour la lecture, Couleur Livres, Mons, 2019, 136 pages.

Positions pour la lecture, une lecture de Martine Rouhart...

Le sous-titre renvoie à un contenu singulier. Il n’est pas question d’un roman ou d’un recueil de nouvelles, ni d’un essai ou d’un témoignage mais de Promenades, soit d’un ensemble de textes, d’articles tournant autour du rapport à la lecture ou à l’écriture, des ateliers d’écriture aussi. Avec, en guise de bonus, une micro-interview de l’auteur.

Je ne suis pas à l’aise face à ce type de livres, mes appétits et mon expertise se conjuguant au grand large, à la structuration ample, etc. Je dois donc m’adapter, quitte à perdre l’essentiel de mes compétences, quitte à perdre ma passion pour l’immersion. Comme si l’on m’arrachait à une journée de randonnée menant à 3000 m et à un col prestigieux pour m’offrir un sentier botanique. Apprendre à goûter autrement. Par petites bouchées. Qui peuvent, toutefois, être intenses.

Et de fait. On a ramassé au fil de la lecture, de ses bonds et rebonds, une manne de pépites d’or.

Il y a de purs bonheurs de lecture. Des gorgées où la voile du sens est gonflée par la notation poétique :

« Ecrire, c’est souvent se ramasser endolori de chutes infinies. » ;

« (…)  je m’allongeais un peu près de vous, dans la poussière, sans la matière, dans la poussière de Gutenberg . » ;

« Ecrire, et lire, ces temps suspendus, seraient une forme de barrage contre le temps mou, le temps moche, le temps émietté. »

En tant que créateur, j’ai eu plusieurs fois, et même souvent, la sensation d’un fanal allumé sur une autre bateau, celui du collègue averti, au creux du brouillard, des ténèbres, touché alors aux joies de l’empathie, de la sympathie :

« Ecrire long, c’est aussi une façon de marathon où toutes les qualités de l’écrivain sont requises : sa capacité technique à scénariser son récit, la construction des personnages, l’écho de l’époque, l’inscription d’un sous-texte, ample et généreux, un style aux multiples changements de vitesses. » ;

« Aimer la lecture…et les livres, s’en faire le berceau d’une vie jusqu’à son lit de mort, est une façon de tenir Fort Alamo contre les armées mexicaines du cynisme, de la vulgarité des rapports, de la grossièreté morale, des confusions de tous genres, des velléités de pacotille et des courages en papier doré de la politique estropiée par la peopolisation. »

Daniel Simon compare ici les lecteurs (et, plus loin, les auteurs) à des résistants, lui qui rechigne pourtant, habituellement, aux positions héroïques des acteurs du livre, arguant à raison, mais pas tout à fait, d’une disproportion entre les actes ou dangers celés derrière un fauteuil et les misères du monde réel.

Plus loin Daniel Simon creuse encore l’image Alamo, lyrique :

« Alors, nous, à Alamo, on regarde l’horizon et on se dit qu’on ne nous aura pas comme ça. On prend son temps, on se (re)fait des amis, on apprend à relire, on murmure un texte pour soi, tellement c’est beau et qu’on voudrait aussi l’entendre de l’extérieur de soi. »

Daniel Simon rejoint une métaphore qui nous est très chère, celle des flambeaux au milieu des ténèbres, en tout temps et à toute époque, qui brandissent l’étendard de l’espoir, préservent en une réserve comme qui dirait secrète, ou trop peu fréquentée disons, la survivance du Bien, du Bon, du Beau :

« Tout va bien. Il paraît que des Alamo un peu partout s’organisent, sans les corps intermédiaires de la Culture, eux, ils ont depuis longtemps rejoint l’armée mexicaine… »

Un combat aux résonances actuelles, quand on se réunit pour débattre du sort du livre en FWB, quand les politiques flamands songent soudain à détruire l’appui à la culture, à l’identité que nous envions à nos voisins et compatriotes les plus exotiques.

Daniel Simon, lucide et sans doute parfois amer, ose discriminer le bon grain de l’ivraie. Tantôt, à la manière d’un Eric Allard (Les écrivains nuisent à la littérature) : « (…) le plus curieux, c’est cette façon, à peine un texte est-il paru, de se présenter comme écrivain. » Tantôt nous désignant la voie : « Quittons les vrais purs menteurs et les vrais sincères faux-culs pour aller vers les hommes incertains et qui doutent. »

Notre art est interrogé :

« A quoi distingue-t-on toute décadence littéraire ?  A ce que la vie n’anime plus l’ensemble. Le mot devient souverain et fait irruption hors de la phrase, la phrase déborde et obscurcit le sens de la page, la page prend vie au détriment de l’ensemble : le tout ne forme plus un tout. »

C’est du Nietzsche (Le cas Wagner) et pas du Simon, mais la citation est ô combien heureuse ! Elle illustre notre conception du roman. Se dégager du détail mesquin pour s’ouvrir de grands horizons et d’amples perspectives. Elle met en évidence le danger d’une focalisation sur l’outil ou une information partielle au détriment de l’objectif, de la substance, du tableau complet.

Oui, l’écrivain est un frère, qui dit ceci : « Il y a deux sortes de lecteurs. Il me semble qu’il n’y en a que deux : les lecteurs qui vont vers ce qu’ils connaissent déjà et trouvent dans cette reconnaissance des signes, des sentiments des situations, des personnages, une sorte de consolation une forme de soutien ; et ceux qui picorent un grain encore inconnu, quitte à se piquer le gosier… »

Je diviserais la première catégorie entre les chercheurs de sympathie (et d’approfondissement du moi) et les auto-complaisants, qui ne souhaitent rien tant que de se voir conforter dans leurs certitudes, une tribu ô combien dangereuse, engluée dans le clanisme, l’égocentrisme et le narcissisme, la médiocrité. Daniel Simon semble rejoindre mon point de vue :

« Il existe des livres qui rendent des amours impossibles, qui nous forcent à reconnaître que si quelqu’un trouve plaisir dans cette littérature-là (ou aime les moules au chocolat, la langue basse des à peu-près, les passe que, à cause que, ou les vins en cannette…), pour nous, c’est foutu ! »

On terminera cette esquisse, avec une observation destinée à une élève d’atelier, Daniel y endosse des allures de Rilke s’adressant au jeune poète. Une vraie leçon de création, une initiation à sa mystique :

« Commencer un texte se passe souvent, que ce soit dans l’arrière-cour d’une longue préparation, de notes prises et projets, par une parole, une image, un dialogue qui font que, soudain, vous sortez de ce que vous prépariez, vous êtes surprise, vous devez profiter de cet étonnement, ne pas l’éteindre d’un effet, d’une secousse qui viendrait déranger cet instable moment que vous êtes en train de créer ; laissez- vous gagner par ce qui se creuse ou se déplie à l’intérieur de cet instant de début, le reste, la suite, viendront… »

Vous voilà mis en appétit ?

À déguster, comme un alcool fort ou un café rare, par petites gorgées, que vous laissez se faufiler lentement en vous.

 

(3)

Stanislas-André Steeman, Six Hommes morts ou Le dernier des Six, roman policier, Librairie des Champs-Elysées, Paris, 1941, 252 pages.

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Un classique du roman policier belge !

Mon ami Guy Stuckens, lors d’une précédente salve des Rencontres Littéraires de Radio Air-Libre, m’a offert un vieil exemplaire du Grand Prix du Roman d’Aventures 1931. Un livre adapté au cinéma, dont j’avais cependant et heureusement oublié la trame et le dénouement.

On parle d’un auteur aujourd’hui méconnu, le père de l’humoriste Stéphane Steeman, qui, en compagnie de Jean Ray et de Thomas Owen, est souvent cité dans les cénacles experts comme un représentant majeur d’un certain courant des Lettres belges francophones, ayant brillé dans une littérature de genre (policier pour celui-ci, fantastique pour les autres), dont les véritables héritiers ont peut-être été naguère en nos terres des auteurs de BD.

Steeman mérite, comme les deux autres, d’être redécouvert, loué, lu, transmis, réhabilité. Et, de fait, j’ai évoqué précédemment dans Les Belles Phrases un autre roman de S.A.S., que j’estime fort supérieur, qui a d’ailleurs été intégré à la collection patrimoniale belge Espace Nord, à propos duquel je confessais mon éthique littéraire et quelques références :

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/2019/01/19/le-coup-de-projo-dedi-phil-sur-le-monde-des-lettres-francophones-belges-8/

J’ai attaqué ce roman avec beaucoup d’appétit. Et plongé aisément dans l’intrigue. Très romanesque.

Six amis, cinq ans plus tôt, ont décidé de prendre le large, vers l’étranger et l’aventure, et se sont donné rendez-vous à une date qui coïncide avec les premières pages. Des retrouvailles fort singulières : connaissant l’aléatoire de la vie, ils additionneront les fortunes accumulées et les partageront en bons (NDA : excellents) camarades.

Le récit commence dans la foulée de Georges Senterre, l’un des Six, qui a acquis une immense fortune, des premières retrouvailles, avec Jean Perlonjour, qui est resté pauvre. Ils attendent les autres, en premier lieu Gernicot et Namotte, qui reviennent de Chine sur un paquebot. Mais ne voilà-t-il pas que tombe un télégramme annonçant la mystérieuse chute à la mer (et disparition) de ce dernier ? Ne voilà-t-il pas que le premier débarque affolé, persuadé qu’on a tué son ami, qu’une menace infernale rôde autour des signataires du pacte ?

On devine la suite (le titre dit tout !). Un assassin (un génie du crime même, à la Moriarty !) va s’évertuer à éliminer les six jeunes hommes pour accaparer leur fortune collective. Mais qui ? Un élément extérieur mis au courant du serment ? L’un des Six ?

Pour corser l’affaire, un brillant inspecteur, Monsieur Wens (personnage récurrent) et une femme fatale aux attraits exotiques, Asuncion.

C’est bien écrit, amusant ou angoissant, enlevé, fluide :

« M. Herbert Voglaire, juge d’instruction, avait pris place près de la fenêtre du salon, derrière une petite table sur laquelle il avait posé, bien en évidence et comme pour en prendre avantage, une serviette de maroquin bourrée de paperasses. »

On ne s’ennuie pas un instant, transporté dans une variante des aventures de Sherlock ou Rouletabille (qui me sont infiniment chères), distillant moultes scènes de suspense, d’action, de cogitation. Tous les ingrédients d’un film somptueux sont sur la table.

Ce récit, toutefois, fait bien pâle figure par rapport à La Maison des veilles évoquée ci-dessus. Les personnages et les décors sont en carton-pâte ; l’enquêteur et les victimes manquent sacrément d’imagination. Pour ma part, cocorico !, j’avais découvert le pot-aux-rose dès les premiers chapitres, les premiers événements, les indices m’explosaient au visage (ou au bon bout de ma raison). Mon esprit a été surentraîné/corrompu par la lecture/vision de milliers de policiers ou thrillers ? Certes, mais…

 

(4)

Pierre HOFFELINCK, Les Héritiers de Portavent, roman, Murmure des Soirs, Esneux, 134 pages.

Irina et Pavel ont passé leurs étés d’enfance/adolescence, des étés apparemment enchanteurs, dans le domaine de Portavent, auprès de Tante Olga. C’était il y a bien longtemps, plus de vingt ans, ils se sont perdus de vue, mais le décès de la propriétaire les mue en héritiers, ils se retrouvent sur place, seuls, à devoir décider du devenir des lieux. Et de leurs avenirs à tous deux, en corollaire.

Le roman débute de manière feutrée et sensitive, sur les pas d’Irina. L’écriture est travaillée, avec l’infiltration d’un vocabulaire rare sinon précieux (« jacquemart », « haridelle », « amatie »). La nostalgie souffle, le charme opère, entre madeleine de Proust et connivences/tonalités à la Hauts-de-Hurlevent. Même si la configuration du site alerte :

« La particularité du château était d’être construit sur un immense réseau de galeries souterraines – reliques, selon la légende, d’une ancienne abbaye troglodyte du haut Moyen-Age – auquel on accédait par les caves. C’était le terrain de jeu préféré de Pavel et il en connaissait tous les secrets. »

Une belle atmosphère, traversée de nuances gothiques, s’est insinuée mais il ne se passe pas grand-chose durant les trente premières pages : on revisite quelques souvenirs, qui se croisent ou se décroisent, on émet des considérations sur le temps qui passe, les vies qui s’effritent… On remarque aussi une irrégularité d’écriture, les dialogues s’avérant peu naturels :

« Mais je refuse de céder à la facilité des idées convenues. Notre Portavent, nous l’avons construit nous-mêmes. Et c’est par nous qu’il vit encore. Ne sens-tu pas comme une résonance entre lui et nous. »

Une maladresse accentuée par la longueur/pesanteur de trop nombreuses tirades. Contrebalancée par des beautés d’expression :

« C’était un silence sans intrigue, sincère et harmonieux, qui nous entraînait à la lisière d’une délicieuse somnolence. »

D’un coup, la narration se tend. Irina laisse entendre qu’elle ne vient pas s’installer à Portavent mais lui dire adieu, elle compte vendre, se reconstruire avec l’héritage. Premier basculement. Pavel ne s’y attendait pas et semble courroucé. Un peu plus tard, en l’absence de son cousin (lointain), elle s’aventure à jeter un œil à sa chambre, à ses affaires. Deuxième basculement : il cache un revolver sous son matelas. Et détail indiciel : il se teint les cheveux. Autrement dit : il n’est pas tout à fait ce qu’il s’évertue à paraître. Anodin ? Non, la distorsion va commencer, les souvenirs se craqueler, les personnages se démasquer, s’éloigner, l’utopie s’évanouir pour laisser s’infiltrer des notations de plus en plus glauques, un parfum de fantastique ou de thriller.

Mes conclusions ? Ce récit dégage du charme et des qualités, d’écriture et de narration, mais ses élans sont inachevés.

 

(5)

Isabelle FABLE, Ces Trous dans ma vie, récit, M.E.0. Bruxelles, 2019, 199 pages.

Ces trous dans ma vie

Il est difficile d’évoquer un livre dont le sujet est la mort des proches de l’autrice : ses parents, son mari et son fils aîné. Allez émettre des considérations sur l’écriture, l’équilibre des parties, votre intérêt pour certains passages et votre malaise face à d’autres !

Comme ce n’est pas un livre banal, comme chacun d’entre nous se retrouve un jour hélas confronté à ces drames et enjeux, je vais m’abstraire d’une analyse/recension et céder plutôt la parole à celui qui a choisi de publier cet ouvrage, Gérard Adam :

« La mort est, avec l’amour et la souffrance, un des grands thèmes de la littérature. Mais, curieusement, le deuil est rarement traité. J’ai apprécié ce cri d’Isabelle Fable. L’écriture n’est pas proustienne, mais elle est juste, et c’est rarement le cas dans la littérature francophone contemporaine, obnubilée par la recherche d’originalité. C’est un des grands défauts du parisianisme (« Je n’ai rien à dire, mais qu’est-ce que je le dis de façon géniâââle ! ») – bon, là, je caricature –, qui cadenasse la littérature française depuis le Nouveau roman et réduit année après année sa pénétration mondiale.

L’approche aussi est très juste, avec les modes de défense plus ou moins conscients, le rejet de l’impuissance sur l’incompétence ou l’inhumanité des soignants, le recours à une pensée magique (j’ai tout un temps évolué dans un milieu où la numérologie jouait un grand rôle, j’ai beaucoup réfléchi et observé). J’ai aussi, dans ma profession (NDA : Gérard a été médecin dans une autre vie), accompagné des deuils. Et j’ai pu constater l’obnubilation fréquente sur les derniers moments, au détriment des souvenirs heureux, qui remontent bien plus tard. La souffrance du manque occupe tout le terrain, se raccrocher aux bons moments vécus est comme une trahison.

Le récit (ce n’est pas un roman !) exprime remarquablement le sentiment d’impuissance et de fatalité. Il est aussi pour un lecteur qui serait confronté à un deuil pénible un point d’ancrage dans la résilience. Gabriel Ringlet, qui signe la belle préface et sait de quoi il parle, ne s’y est pas trompé. Il donne enfin – et ce n’est pas la moindre de ses qualités – un témoignage poignant sur la situation de l’artiste incompris. Et nombre d’écrivains belges d’expression non parisienne peuvent s’y retrouver. »

 

(6)

Salvatore MINNI, Anamnèse, roman, Slatkine & Cie, Paris, 2019, 281 pages.

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Voir ma recension du deuxième roman de ce jeune auteur, un thriller, dans Le Carnet :

https://le-carnet-et-les-instants.net/2019/11/15/minni-anamnese/

Je relis, par curiosité, ce que disait l’excellent Nicolas Marchal du premier roman de Salvatore :

« Salvatore Minni a tout d’abord publié Claustrations à compte d’auteur, puis a proposé son livre aux éditions Nouvelles Plumes, après l’avoir remis sur le métier. Nous n’avons pu comparer les deux versions, mais il nous semble qu’il reste encore bon nombre d’adjectifs redondants, de passages un peu trop explicites, et de scènes de réveils après un cauchemar. Gageons qu’il ne s’arrêtera pas là, que l’expérience du premier roman sera sa plus solide leçon, et souhaitons-lui une belle route. »

La critique pouvant, dans le meilleur cas, assurer un rôle de coaching littéraire, je confirme le diagnostic d’un auteur plein d’allant qui n’arrive pas encore à s’extraire de ses modèles, qui cherche un peu trop à épater sans suffisamment raffiner ses effets.

Inter nos, Salvatore, n’écoutez pas les flatteurs et travaillez votre instrument, tous les ingrédients (écriture, personnages, scènes), vous pouvez/devez viser plus haut, à la hauteur de votre (excellente) idée de départ et de votre enthousiasme ! Et sachez que je suis passé par là avec mon premier roman, une sorte de grande bouffe du genre (thriller ésotérique dans mon cas), étonnamment applaudie par beaucoup (lecteurs et journalistes) : j’ai préféré retenir la leçon avisée du critique Ghislain Cotton, la seule à contre-courant pourtant, et j’ai franchi un premier palier. Avant un deuxième lors de mon troisième roman. L’expertise, en nos métiers, demande du temps, beaucoup de travail et une volonté d’en découdre, de progresser. Ceux qui sont en avance de maturité, souvent, calent très tôt et n’ont de cesse de se répéter.

 

(7)

Les Rencontres Littéraires de Radio Air-Libre.

Suivez nos chroniques littéraires radiophoniques, une fois par mois, le troisième lundi, en duo avec Daniel Simon, au micro de Guy Stuckens. Voir la page Facebook de l’émission (et n’hésitez pas à vous y inscrire !) :

https://www.facebook.com/groups/651047755384427/

 

Edi-Phil RW

LES LECTURES D’EDI-PHIL #21 : COUP DE PROJO SUR LES LETTRES BELGES FRANCOPHONES

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Philippe REMY-WILKIN (par Pablo Garrigos Cucarella)

Les Lectures d’Edi-Phil

Numéro 21 (novembre 2019)

Coup de projo sur le monde des Lettres belges francophones

sans tabou ni totem, bienveillant mais piquant…

 

A l’affiche :

deux romans (Marcel Sel et Ziska Larouge), une BD-Doc (Arnaud de la Croix et Cie), une pièce de théâtre (Jacques De Decker),), un témoignage (Inge Schneid) et un recueil de nouvelles (Jean Jauniaux) ;

les maisons d’édition Onlit, Weyrich, Petit à Petit, Lansman, Couleur Livres et Ker.

 

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Coup de cœur !

Marcel SEL, Elise, Onlit, Bruxelles, 2019, 434 pages.

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Un livre étourdissant ! Qui nous offre un Grand Large inusité en nos Lettres, à mille lieues des autofictions qui nous inondent ad nauseam. Une nouvelle vague se lève-t-elle ? En trois mois, j’ai lu trois livres enthousiasmants écrits par des Belges et édités par des Belges (NDLR : les deux autres sont 37, rue de Nimy d’Alexandre Millon chez Murmure des Soirs et Libre comme Robinson de Luc Dellisse aux Impressions Nouvelles). On espère pouvoir ajouter « et lus par des Belges (en nombre) »… avant une traversée méritée vers l’Eldorado français (et le monde francophone).

Insistons sur un aspect fondamental. Marcel Sel, le roi des bloggeurs de notre FWB (Fédération Wallonie/Bruxelles), a accompli un pas de côté par rapport à son premier (formidable) roman, Rosa, glissant du roman/roman vers un roman plus ancré dans la matière littéraire.

Lien vers mon article, paru dans Le Carnet :

https://le-carnet-et-les-instants.net/2019/10/19/sel-elise/

 

PS Nous en parlerons le lundi 18 novembre dans Les Rencontres Littéraires de Radio Air-Libre (voir la page Facebook de l’émission).

 

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Arnaud DE LA CROIX, Bruxelles, de Waterloo à l’Europe, BD/Doc, Petit à Petit, Rouen, 78 pages, 2019.

Nous découvrons le troisième tome d’une histoire de Bruxelles des plus originales, ludique : elle mêle de micro-BDs et des pages explicatives. Un travail collectif, donc, dont nous parlons pour Arnaud de la Croix, mais celui-ci assure documentaire et textes historiques, il faut relever l’apport d’Hugues Payen (scénarios et dialogues), dont les histoires sont dessinées et coloriées par une équipe assez nombreuse.

Bien que je sois (relativement) un spécialiste de l’Histoire belge et de Bruxelles en particulier, j’ai pris un vif plaisir à la lecture. Et me suis rappelé qu’une image vaut parfois mieux qu’un long discours et inscrit une idée dans nos mémoires (on se balade à travers l’Expo 58, on revit l’incendie de l’Innovation ou l’exécution d’Edith Cavell, etc.).

Les encarts d’Arnaud, dynamiques et précis, allument mille appétits (on désire se précipiter aux musées Africa ou MIM, approfondir l’étude du style éclectique et profiter encore davantage des Journées du Patrimoine, on s’émeut du courage de nos édiles politiques en 14/18, etc.).

Le rapport texte/images/photos évoque la tonicité des Gallimard/Découvertes, on apprend (beaucoup !) en s’amusant. Un mélange de genres très réussi, qui fait écho à un souvenir extatique : une émission britannique consacrée à Darwin diffusée par Arte qui avait osé juxtaposer scènes de fiction filmée et interventions d’historiens, une voix off reliant le tout.

Un cadeau idéal !

 

PS L’éditeur breton recourt à un imprimeur belge (de Mouscron), et Arnaud, interrogé, me confirme la bonne tenue, la réputation de nos imprimeurs.

 

Mes précédents articles sur ADLC :

https://karoo.me/livres/treize-livres-maudits-hublots-demultipliant-lhorizon

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/2018/10/02/le-coup-de-projo-dedi-phil-sur-le-monde-des-lettres-belges-francophones-5-octobre-2018/

 

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Jacques DE DECKER, Le magnolia, ou Le Veau-de-Ville et le Veau-des-Champs, pièce de théâtre, Lansman, Carnières-Morlanwelz, 1998, 71 pages.

On n’en a pas fini avec cet auteur (majeur !), auquel nous avons consacré un feuilleton en quatre épisodes. Dont un Spécial Théâtre. Nous échappaient alors deux pièces. Restera une, Fitness, me semble-t-il.

Nous avons tout dit des qualités du Grand Jacques. Nous dirons simplement avoir pris un plaisir majuscule en compagnie de ce vaudeville, qui n’a de cesse de jouer sur les degrés, les clins d’œil. Ainsi, vaudeville et Veau-de-Ville… et Vaudeville, le restaurant où se joue une page importante du récit.

Le pitch ? Les amours d’une jeune femme qui la joue mystérieuse et fatale, se partageant (à leur insu) entre deux jeunes hommes a priori très différents (un architecte de jardin vivant à la campagne et un historien citadin). Mais ces derniers ont en fait une passion commune : le water-polo. Et ils deviennent amis. Comment Marie-Antoinette (Marie pour Adrien, Antoinette pour Julien) va-t-elle échapper à la confrontation ou aux impasses de sa vie ?

Comme le dit la quatrième de couverture, sont interrogés ici « avec un humour insidieux la complexité et l’ambiguïté des rapports affectifs dans la comédie de la vie ». De Decker, ce « sociologue tendre et cruel » (dixit Pierre Mertens dans la page de garde), réussit à parler avec légèreté et tonicité d’un sujet qui pourrait, en d’autres mains, se complaire dans la tragédie. Il y a indubitablement un parfum de Rohmer dans l’air, mais un Rohmer au meilleur de sa forme (Conte d’été, Pauline à la plage, la deuxième partie de La Femme de l’aviateur) :

« – Qu’est-ce qui ne va pas ?

  • Je suis trop heureuse.
  • Ben alors… c’est que tout va bien.
  • Tout va trop bien. J’ai tout ce que je veux. Je suis exaucée au-delà de mes espérances.
  • Tu l’as trouvé, l’oiseau rare ?
  • … J’ai deux volières. »

Un JDD qui s’autorise à l’occasion et sans excès de petites éclaircies poétiques (« J’aime la façon dont tu me cueilles. »), des saillies philosophiques (« on dit souvent certaines choses pour en dire d’autres, ou pour en cacher d’autres… »), humoristiques (« Un cerveau qui ne s’intéresse qu’aux histoires de cul, précisons-le quand même. ») ou de théorie artistique (« les bonnes pièces, elles sont réglées comme du papier à musique, mais le spectateur ne s’en rend pas compte »).

 

PS Un coup de chapeau à Emile Lansman qui a su s’ériger en éditeur francophone référentiel dans le domaine du théâtre. Oui, rivaliser avec la France, Paris durant des décennies. Ce qui n’a pas d’équivalent à part André Versaille et ses superbes éditions Complexe dans le sillon des essais.

 

Voir notre feuilleton sur JDD :

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/2019/03/30/le-coup-de-projo-dedi-phil-sur-le-monde-des-lettres-belges-francophones-11-special-jacques-de-decker/

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/2019/05/30/le-coup-de-projo-dedi-phil-sur-le-monde-des-lettres-belges-francophones-13-special-jacques-de-decker-le-theatre/

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/2019/07/01/le-coup-de-projo-dedi-phil-sur-le-monde-des-lettres-belges-francophones-14/

Ou nos chroniques radiophoniques (Radio Air-Libre), avec un focus sur JDD en compagnie de Daniel Simon :

https://soundcloud.com/user-750795099-90825386/rencontre-litteraire-ral-10-juin-2019

 

(4)

Ziska LAROUGE, La grande Fugue, roman, Weyrich, Neufchâteau, 2019, 219 pages.

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Ah, j’étais content de recevoir le seul livre qui m’avait échappé à l’occasion de la première salve éditoriale (quatre sorties, trois romans et un livre théorique, retraçant l’histoire du roman policier… belge) de la nouvelle collection Noir Corbeau ! Un projet auquel j’ai consacré divers articles.

D’autant plus content que j’avais découvert Ziska il y a un an, elle m’avait frappé par sa jubilation d’écriture, de narration.

 

Le pitch de ce roman policier ? On retrouve une violoniste massacrée (un archet dans la carotide !) mais de quelle jumelle Barrazzini s’agit-il ? Wanda ou Sara-Louise ? Et qui et pourquoi ?

Le roman est divisé en deux parties, quasi deux romans. Un premier nous projette dans la vie d’un quatuor célèbre, Les Barrées, qui répète au Flagey. On découvre tout ce qui peut rapprocher, lier et séparer (jusqu’à la haine ? jusqu’au meurtre ?) quatre jeunes femmes vivant côte à côte depuis des années alors que l’une d’elle, la plus destroyed, Wanda, attire toutes les oreilles… et toute l’attention.

La deuxième partie nous transfère au côté des pittoresques enquêteurs Gidéon Monfort (cloué à un fauteuil roulant et suivi comme son ombre par un chien aux allures de Rantanplan very lucky, Tocard) et André Mozard. A eux de dénouer les fils du drame.

Qu’en penser ? C’est bien écrit et bien raconté, vif et tonique :

« Ce psy et son air de suffisance lui mettaient les poils. On psychottait beaucoup trop de nos jours. Partout, et jusque dans la police. Beaucoup trop ! Qui n’avait eu une enfance compliquée, connu une relation vampirisante, un patron salaud, la mort d’un proche ou que savait-elle encore ? Cette manie de trouver des excuses aux comportements amoraux la hérissait. »

On pressent (à tort, à raison ?) un cahier de charges (de la collection), qui privilégie une écriture fluide et teintée de touches humoristiques, humanistes, la reconstitution d’un décor (ici, Bruxelles, la place Flagey, etc.) et le portrait de héros/enquêteurs pittoresques. Il y a une tonalité commune aux trois premières fictions estampillées Noir Corbeau, bien que chaque auteur apporte sa personnalité, une interprétation. Une identité s’esquisse. Qu’on espère voir s’élargir un tantinet.

 

  1. En ces temps moroses, la progression des éditions Weyrich apporte un vent d’espoir à nos Lettres. En démontrant aussi qu’on peut devenir grand en ayant sa base loin de la capitale.

 

Voir notre article sur le précédent roman de Ziska Larouge dans ce reportage :

Le Printemps du livre un must ! – Karoo.me

 

(5)

Jean JAUNIAUX, Belgiques, Ker, Hévillers, 2019, 121 pages.

Jean Jauniaux 

Un recueil de nouvelles, le quatrième déjà, de cet auteur, apparu soudain en 2006, venant du milieu audio-visuel, qui a très rapidement tracé un sillon consistant en nos Lettres.

Belgiques, c’est d’abord un concept, le nom d’une collection qui se décline au gré des invitations lancées à des auteurs. Ecoutons Xavier Vanvaerenbergh, le directeur/fondateur des éditions Ker :

« Belgiques, ce sont des recueils de nouvelles à travers lesquelles un auteur explore ses Belgiques. Sa définition de la belgitude, pour employer un mot à la mode depuis quelques années.

L’idée n’est pas de publier des recueils autobiographiques. Il s’agit bien de rester dans la fiction – c’est du moins la consigne, même si parfois, certains ont du mal à l’appliquer – mais bien entendu, en tant qu’auteurs belges, la plupart du temps (ce n’est pas une obligation : un auteur français qui habiterait en Belgique depuis longtemps serait bienvenu), il est naturel de puiser dans son expérience et dans son vécu. »

Les nouvelles, ici, ne sont pas tant des nouvelles que des textes courts évoquant des rencontres, des pages autobiographiques parfois, légèrement adaptées, transposées. Détail ! On est immédiatement happé par le recueil. Dès l’épigraphe du premier texte, où Yvon Toussaint (le père de Jean-Philippe et l’époux de Monique, deux autres pierres angulaires de notre microcosme) brosse une définition du (bon) journaliste.

Ensuite ? On est ému par les bribes de vie distillées par Jean Jauniaux. On est interpellé par la recréation d’un aspect original de notre belgitude, en rapport avec les médias, les médiateurs. Et l’auteur de ressusciter des figures (Armand Bachelier, Théo Fleischmann, etc.) qui sont autant de modèles. De nous plonger dans la nostalgie d’un temps où l’éthique, un sens des responsabilités guidaient les stars de la radio ou de la télévision. Ô tempora, ô mores ! Mais vade retro, la déprime ! A nous de ressusciter/récupérer un souffle d’âme…

L’écriture, sobre, s’inscrit dans la démarche d’une narration fluide et participe d’un ton doux-amer. Elle n’en laisse pas moins filtrer des trésors. De deux natures : pièces extérieures judicieusement instillées et envolées personnelles.

Ainsi :

« Je voudrais peindre un tableau fabuleux dans lequel je pourrais vivre. » (Paul Delvaux) ou « Il ne faut pas toujours tourner la page, il faut parfois la déchirer. » (Achille Chavée).

Mais aussi :

« Il lisait trop, c’est tout. Cela lui donnait cet air absent qui agace tant les brutes. Il naviguait sur un voilier blanc et léger fait de pages de livres, que ses yeux rêveurs parcouraient sans faire escale. » ou « (…) je m’étais rendu compte de cette vertu irremplaçable de la littérature de fiction : celle de miroir fraternel, dans lequel le lecteur peut découvrir son double, un autre soi qui traverserait les mêmes épreuves et qui, ainsi, le rend moins seul à les affronter. »

Du Jean Jauniaux, cette fois. Et j’avouerai, ô mise en abyme, avoir vécu en ces pages l’expérience annoncée par l’auteur.

Le recueil se conclut en beauté, dans l’émotion et la poésie, avec l’adieu de Jean Jauniaux à sa mère, à quatre ans, quelques semaines avant l’ouverte de l’Expo 58. Scène vécue ou rêvée ? La littérature, ici, déploie tout son sens :

« Toi, tu rêves de la mort. Ta mort, celle qui te gagne petit à petit, trace son chemin dans tes veines, creuse ton cœur à grands coups de pioche et de bêche, explose ton crâne à la dynamite des douleurs. (…)  Tu remues la main qui gît le long de ta hanche. La main droite. L’autre, celle du cœur, repose sur ton front, comme un coquillage prêt à recevoir la marée de souffrance dont les vagues roulent vers toi depuis le tréfonds des océans, avec le grondement d’une armée invisible. »

 

(6)

Inge SCHNEID, Bakwanga, la pierre brillante, Couleur Livres, témoignage, Bruxelles, 202 pages.

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La collection Je, dirigée par Daniel Simon, livre une série de livres-témoignages. Celui-ci est sous-titré Une vie de femme au Congo de 1950 à l’Indépendance. Tout est dit. De l’intérêt du livre. Que je désirais pour retrouver ce qu’avait pu être la vie de mes parents quelques mois avant ma naissance, le décor de ma conception.

L’autrice traduit bien l’inadéquation des colons, qui vivent entre eux, sans contact avec les populations locales, sans interaction profonde, empathie/sympathie. Et évoque avec des mots simples ce qui a mené au chaos : le manque de communication, d’anticipation des autorités belges (publiques ou privées) ; l’accélération désordonnée du processus d’indépendance ; la collusion des intérêts privés et de leaders sécessionnistes ; le manque d’élites locales (une volonté délibérée des colonisateurs) ; les conflits entre les anciens leaders africains (sorciers, chefs de tribus) et les nouveaux (politisés) ; le manque d’éveil/lucidité/ouverture d’une majorité de colons (broutant leur pré comme une vache regarde passer un train).

Ma lecture me laisse révolté. Il ne suffit pas d’un simple « Autre temps, autres mœurs ! ». Non. Il était impossible de ne pas voir. Mais on ne voulait pas savoir, en savoir plus, s’interroger. On profitait. Or la réalité, il suffisait d’un peu gratter, pour la découvrir terrible.

Inge Schneid le reconnaît, dans un mea culpa nuancé et intègre. Ces Noirs qui refusent eux-mêmes le contact, d’autres qui marquent leur hostilité (on a violé leurs femmes), ils auraient bien des raisons, non ? Et que dire du passage où l’autrice, rompant avec le conformisme de ses collègues/épouses dévolues au piscine/soirée dansante/repos, s’informe sur la réalité des mines de diamants et nous parle des travailleurs passés journellement au rayon X (pour vérifier s’ils n’emportent pas… ce qu’on leur vole !). Rumeur ? Ou réalité digne du scandale de l’amiante ?

La comparaison est exagérée mais j’ai songé au film de Lanzmann sur la Shoah, à la passivité/volonté de ne pas savoir des villageois allemands ou polonais proches de camps d’extermination.

C’est bien écrit et bien raconté, on apprend beaucoup, mais l’autrice est davantage une rédactrice qu’une écrivaine. On regrette le souffle ou la réflexion plus approfondie qui eussent pu nous emporter face à un tel sujet. Les merveilles et les horreurs sont comme mises à plat :

« (…) il y avait des dizaines de milliers de Belges à rapatrier. La première heure, les pilotes transportaient un « cargo-dortoir » mais bientôt se mit en place un remue-ménage et des allers-retours aux sanitaires. Il y avait une file permanente, alors on discutait un brin, sans grand-chose à se dire. Lorsque je quittai les lieux, mes sandales étaient irrémédiablement fichues. Dégoûtée, je pensai à autre chose. »

Mais c’est la différence entre un témoignage et un roman, un essai.

Il y a encore la retenue de l’autrice. Ainsi, la relation avec son mari ne laisse filtrer qu’une série d’indices de distorsion, d’inadéquation. Un témoignage qui refuse l’autobiographie ?

La phrase finale, balancée par un oncle à notre narratrice (avec réalisme ou méchanceté/jalousie… vu l’enfer dont elle émerge) à son retour en Belgique m’a étourdi, elle résumait ce qui avait anéanti ma mère (dans le cadre d’une dramatisation égocentrée des événements vécus par notre famille) :

« Inge, tu viens de perdre ton trône ! ».

 

Edi-Phil RW.