Le paysage

C’était un paysage bébé qui tenait en une image. Il grandit et devint un panorama grandeur nature. Puis il mourut (en laissant deux-trois vues pour carte postale) et celui qui referma l’album dit qu’il avait eu une enfance malheureuse entre deux parents qui s’étaient toujours disputés son apparence.

Le cycle des mots

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Les mots se font eau, aube, ouverture, saillie, faille, puits, pluie. Ils retombent sur la page et la mouille. Petites rigoles des phrases qui se rejoignent dans le texte. Le lecteur aux abois boit, il se saoule de lettres, peu importe le sens pourvu qu’il hèle l’ivresse. Les merveilleux nuages de la page finissent par passer. Le livre refermé, ils peuvent, les rêves de papier, noircir à l’envi la feuille blanche de la nuit car c’est à l’ombre des faits, pliés, repliés dans la lumière cabossée, chiche, chimérique de l’étrangeté, qu’on lit le mieux.

LITTÉRATURE BEIGE

SIGEL DP235 Papier à lettres, 21 x 29,7 cm, 90g/m², Parchemin, beige, 50 feuilles


Au début, c’est la littérature blanche qui eut mes faveurs,  je pouvais y imprimer mes  teintes changeantes.

Mais elle mimait trop le réel et j’éprouvai l’envie de couleurs. D’évasion vers les rouges, les pourpres, les violets, les couleurs profondes. Puis, vers les lointains, les froidures de style, toutes les formes de littérature bleue. J’ai passé du temps avec la littérature jaune, pleine de cruauté, de mots coupants mais aux lames si douces au toucher. La littérature verte était trop près de la nature à mon goût : marre des fleurs, des feuilles, des fruits et des branches ! Ensuite, un ami m’a appris à aimer la littérature noire, j’étais tout le temps plongé dedans, j’ai failli m’y enfermer à jamais, ne plus revoir le jour, la littérature claire des eaux de l’enfance.

Enfin, j’ai découvert les joyaux de la littérature beige et je m’y suis fixé, sans jamais lui faire d’infidélités. J’ai tout lu, tout absorbé, tout étudié. Je cherche maintenant les dernières pépites. Je relis, je relie et je relais, je compulse, j’anthologise, je suis en passe de devenir l’ultime spécialiste de cette littérature menacée de disparaître du spectre de la littérature générale.  


Rêveuses

  La lune mange les cuisses blanches des femmes dans la lune. L’astre les submerge, ordonne leurs marées, va au fond d’elles, les fait se fondre dans la grisaille des miroirs. On boit les femmes dans la lune avec une paille pêchée en mer de la tranquillité. On arrache leurs songes, on les met à l’eau, on entend leurs cris de joie muets. On avale leurs regards vagues. On voit comment elles se noient dans ses reflets. Pas un passant pourtant n’osant lever les yeux de peur de voir sous leur robe brûler l’épais soleil liquide coupé en son milieu par un couteau de rouge lumière. Pas de quartier pour les femmes dans la lune !