FLIC STORY de JACQUES DERAY, France, 1975 – Un article de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

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Le cinéaste de « Un papillon sur l’épaule« , sans doute son chef-d’oeuvre, a donné quelques oeuvres peut-être moins étranges mais sans doute aussi efficaces : signalons « La piscine » (retrouvailles des Delon, Ronet, Schneider) ou encore ce « Flic story », l’histoire vraie de Roger Borniche qui arrêta en 1947 Emile Buisson, assassin multirécidiviste en cavale, « fou », « dangereux », joué par un Trintignant plus vrai que nature, visage au masque impénétrable, à faire frémir. Face à lui, dans le rôle de l’inspecteur, Delon, bien dirigé par son ami Deray, n’en faisant pas trop, à la sobriété et à la chaleur plus vibrantes que chez Melville ou Verneuil.

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Une pléiade de seconds rôles intéressants (Guybet, Crauchet, Denis Manuel, Claudine Auger, Marco Perrin, Mario David, Jacques Marin, Maurice Biraud) apporte la touche de francité profonde.

La reconstitution dans des décors réalistes (rue Désirée, forêt de Chevreuse), juste, ajoute aux qualités de mise en scène, « à l’américaine ».

Toute l’atmosphère des « piaules », des planques et des cavales sourd du travail de Deray, servi par une photographie volontairement terne à l’aune de l’époque et de la saison.

Du « commercial  supérieur » comme on aimait le dire, pour caractériser des ouvrages à thème policier réalisés avec art.

 

 

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LE REGARD DE VARDA : SANS TOIT NI LOI, France, 1985 – Un article de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

Revoir « Sans toit ni loi », une réalisation de 1985, c’est se soumettre à un exercice d’exploration de la France profonde de ces années-là, dans une Provence l’hiver, entre vignes, saisonniers, squats, longues errances le long des chemins versés, quête inouïe de pain, d’un peu de tendresse.

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En séquences séparées de fondu au noir, le film use de travellings pour suivre (Si)Mona Bergeron, jouée tactilement par une Sandrine Bonnaire, juste sortie de « A nos amours » de Pialat, et donne de la route, du cheminement une interprétation aggravée d’ennui, de froid, de brouillard, de peine physique.

La lente et sûre dérive d’une vagabonde (on la nomme clocharde, sale, fille facile etc.) en terre de France riche (les vignes, les usines) peut servir de métaphore à une existence de beaucoup, en marge, à côté de la vie, à côté de la richesse, dans un dénuement complet (sac à dos, tente, mains avec durillons, bottes en loques…).

Varda décrit avec une étonnante justesse (son naturalisme est juste tempéré d’un peu de musique) le gris de la vie, de l’hiver, de cette jeune fille, blanche de privations. Sa caméra explore jusqu’à l’usure la régularité des champs, les maisons abandonnées, les fonds de terres de culture, les ravines.

 

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Une photographie exemplaire où parfois une couleur (l’écharpe rouge donnée à Mona par Assoun, saisonnier, qui la renifle après son départ) donne un peu de vie à la grisaille ambiante.

En petites nouvelles cinématographiques, la cinéaste dresse une galerie de personnages rencontrés, attachants, veules, calculateurs, fragiles, faibles. Yolande Moreau, toute jeune, campe une bonne. Macha Méril, une universitaire à la cause des platanes en péril.

Acide, le film l’est dans la mesure où le spectateur n’est pas pris en traître : il sait d’emblée la mort qui signe le parcours d’une errance sans nom. Il n’a plus qu’à se convaincre de tenter d’expliquer l’irréparable.

Avec « La pointe courte », « Cléo de 5 à 7 », l’un des chefs-d’oeuvre de notre auteur récemment disparue (1928-2019).

Image associée
Sandrine Bonnaire et Agnès Varda sur le tournage

QUAI DES ORFÈVRES de Henri-Georges CLOUZOT

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

 

Quai_des_Orfevres.jpgRevoir un classique de 1947, et le premier Clouzot tourné après l’épuration de 1944-1945, qui l’éloigna des studios pendant quelque temps. Puni pour « Le corbeau », réalisé en 1943 pour la Continental, Clouzot dirige Jouvet, Larquey (de nouveau), Simone Renant, Blier et Suzy Delair.

Un vieux salace est assassiné dans sa villa Saint-Marceaux. Antoine, le vieil inspecteur, mène l’enquête.
Jenny, chanteuse de « Tralala », son jaloux de mari Maurice et l’amie du couple, photographe lesbienne, sont soupçonnés.
Un policier d’atmosphère, très réaliste, jouant des décors (de Neuilly et Saint-Maurice – Franstudio), de la grande époque corporatiste, et de quelques rares échappées en extérieurs.

Seconds rôles impeccables, entre autres un Robert Dalban (que Lautner mécanisera dans des interprétations huilées) qui trouve là son meilleur rôle avec celui de « Des gens sans importance » – un petit chef hargneux. Ici, il joue une petite frappe.arton30778.jpg

La photographie exalte les profils d’une Simone Renant au sommet de sa beauté comme elle souligne la précarité des intérieurs : le petit deux-pièces d’Antoine, incarné par un Jouvet extraordinaire.

Le « pipi de chat » de l’épilogue met en évidence l’univers clouzotien : des monstres, une galerie de ratés dans tous les sens du terme : Henri-Georges adore égratigner les faibles, les marginaux, il n’est pas Carné.
La fin est quasi un happy end tant le cinéaste joue d’habitude de la noirceur.

Concessions à l’époque : des tours de chant, des numéros de cirque.
Quelques poncifs : les journalistes du « Quai des orfèvres » attendant dans les couloirs et avec fébrilité les résultats de l’enquête, scène qu’on a vue cent fois!

Mais le maître conduit avec fermeté les comédiens: une main de fer, disons d’enfer.

« Le Corbeau » est une oeuvre certes plus importante, par ses implications et surtout par sa mise en scène, autrement inventive.

 

Un extrait


 

APRICOT GROVES de POURIA HEIDARY au Festival du Film d’Amour de Mons

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

MV5BZmIwZDQxMDctYWVjMi00N2YxLWEyOTctZTc4MTlkNGQ1M2ZkXkEyXkFqcGdeQXVyMjk3NzkzNjY@._V1_UY268_CR3,0,182,268_AL_.jpgQuand le cinéma d’auteur peut, en 79 minutes, dire l’essentiel, instiller le malaise et résoudre, en toute fin de parcours, une énigme : voilà la réussite d’un premier long métrage, dû à un jeune cinéaste arménien de 32 ans, né en 1984.

L’histoire tient en quelques lignes : Aram a vécu en Amérique et retourne au pays, à l’occasion de ses fiançailles. Son frère aîné vient le chercher à l’aéroport et le mène dans sa nouvelle famille. Les relations entre les deux frères sont profondes. Le voyage se poursuit jusqu’à la frontière iranienne.
Quelques dialogues, beaucoup de silences et un art de dire en images traitées avec douceur et contemplation.
Le cinéaste prend son temps pour décrire, raconter et émouvoir. Les longues séquences entre les deux frères, selon un road movie qui traverse l’Arménie, montrent combien l’attachement de l’aîné pour le cadet qui revient d’Amérique est intense. Le jeu des comédiens – Narbe Vartan et de Pedram Ansari – est remarquable de discrétion et de densité.
Pouria Heidary, jeune cinéaste, sait mettre en scène le malaise – comme dans cette rencontre avec la famille de la fiancée d’Aram – autant que le silence et les paysages.


Au FESTIVAL DU FILM D’AMOUR de MONS, une oeuvre sautillante et inventive et belge du couple ABEL & GORDON : « PARIS PIEDS NUS »

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

 

afficheppn.jpgDominique Abel et Fiona Gordon (tous deux nés en 1957) aux commandes d’un film qui mêle drôlerie, émotion et sensibilité.

Le burlesque au service du cinéma.

Fiona a reçu une lettre de sa tante Martha de Paris. La vieille dame ne veut pas aller en maison de retraite et quitte son domicile.

Arrivée dans la capitale, Fiona se retrouve très vite sans bagage. Sur sa route vagabonde, elle rencontre Dom, sans abri imaginatif et voleur.

La recherche de la tante peut commencer, épique et hilarante. On ne peut guère résumer l’intrigue tant l’inventive mise en scène lance des petits cailloux sur la route de l’imaginaire.

Les personnages de Norman et de Martha, campés par les vétérans Pierre Richard et Emmanuelle Riva, forment avec Fiona et Dom un quatuor humain et comique.

Véritables clowns à transformations, Abel et Gordon endossent les rôles chamarrés de leur prénom.

Les vues de Paris, les trucages, les ambiances nocturnes, les lieux parisiens revisités (Eiffel, les bords de Seine, Lachaise…), des scènes épiques (la chambre ardente, le restau sur la Seine etc.) , tout invite au partage d’émotions pures. La jonglerie, l’humour délicat, les situations burlesques ajoutent au film leur part intime de rêve.

Un beau film, lumineux de tendresse, aux images inoubliables. Et le dernier film de Riva, décédée il y a peu.

Le Festival du Film d’Amour de Mons 

En savoir plus sur le film



AU FESTIVAL DU FILM D’AMOUR DE MONS, une petite merveille: LA PUERTA ABIERTA de Marina SERESESKY

leuckx-photo.jpgpar PHILIPPE LEUCKX

 

 

 

 

La_Puerta_abierta.jpgDans un quartier populaire de prostituées, à Madrid, mère et fille – Antonia, Rosa – partagent un tout petit appartement qui donne sur une galerie intérieure. Comme elles, d’autres prostituées et travestis vivent là, dans une promiscuité qui frôle la violence. Lupita (travesti), une Russe, une « hyène » (toujours à l’affût de ce qui se passe), Paco, son mari, qui la trompe…

Antonia, qui veut se faire appeler Maria Lujan, amoindrie par accident vit, sans s’entendre avec elle, avec sa fille Rosa qui s’adonne à la prostitution. Antonia laisse toujours la porte ouverte, au grand dam de sa fille.

Un jour, une petite fille de sept ans, soudain orpheline, déboule dans leur vie. Normalement, la petite Lyuba a disparu.

Au plus près de la vie quotidienne et dans un ton qui mêle rires et gravité, la cinéaste réussit un tour de force en proposant, sans une once de moralisme, une description juste de relations féminines, une présentation de la prostitution aujourd’hui et une leçon d’amour.

L’attachement de la vieille Antonia pour la petite Lyuba nous vaut les plus belles scènes du film. Un intimisme de tous les instants, une mise en scène qui approche sans voyeurisme les personnages, un humour qui dose bien les réalités vécues, autant d’atouts d’une oeuvre qui traduit bien les difficultés du monde.

La cinéaste dirige d’une main sûre toute cette petite troupe jusqu’aux enfants, Lyuba et Eduardito, compagnon d’infortune, qui vivent, ne jouent pas, cette histoire, dont on sort émus. Les comédiennes sont fabuleuses de justesse : Carmen Maci, Terele Pavez…

Premier long-métrage d’une cinéaste, née en 1969.

« La puerta abierta » de Marina Seresesky (Espagne, 2016, 84′)

Le film a été couronné du Grand Prix du Jury des Jeunes (compétition européenne ).

Le Festival du Film d’Amour de Mons (le site) (jusqu’au 17 février)


AU FESTIVAL DU FILM D’AMOUR DE MONS, « NOCES » de Stephan STREKER

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

film.noces.f.jpgGlaçant portrait – d’après des faits réels – d’une jeune Pakistanaise qui tente d’échapper aux traditions de son pays. Intelligente, belle, rebelle, sensible. Ses tentatives d’émancipation seront vaines face au bloc familial qui la force au mariage. Selon sa famille, il est impensable que Zahira épouse un Belge. La tragédie se noue et impose sa violence. Comme toujours, la femme est sacrifiée et le poids de la tradition (mari imposé par Skype…) une insulte à la liberté. Le crime d’honneur enfin souille le beau visage d’une jeune femme écartelée entre l’amour des siens et la poursuite autonome de sa vie. L’arriération impose régression et repli.

La mise en scène, très attentive aux ambiances nocturnes, dose et accélère la tension et jette le spectateur dans une nasse d’effroi et d’impuissance.

La distribution est éblouissante : Lina El Arabi (Zahira), Zacharie Chassériaud, Sébastien Houbani (Amir) , Olivier Gourmet.

Présenté à Toronto, Angoulême, le film de Streker a remporté diverses récompenses. 

Le Festival du Film d’Amour de Mons (jusqu’au 17 février)