QUAI DES ORFÈVRES de Henri-Georges CLOUZOT

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

 

Quai_des_Orfevres.jpgRevoir un classique de 1947, et le premier Clouzot tourné après l’épuration de 1944-1945, qui l’éloigna des studios pendant quelque temps. Puni pour « Le corbeau », réalisé en 1943 pour la Continental, Clouzot dirige Jouvet, Larquey (de nouveau), Simone Renant, Blier et Suzy Delair.

Un vieux salace est assassiné dans sa villa Saint-Marceaux. Antoine, le vieil inspecteur, mène l’enquête.
Jenny, chanteuse de « Tralala », son jaloux de mari Maurice et l’amie du couple, photographe lesbienne, sont soupçonnés.
Un policier d’atmosphère, très réaliste, jouant des décors (de Neuilly et Saint-Maurice – Franstudio), de la grande époque corporatiste, et de quelques rares échappées en extérieurs.

Seconds rôles impeccables, entre autres un Robert Dalban (que Lautner mécanisera dans des interprétations huilées) qui trouve là son meilleur rôle avec celui de « Des gens sans importance » – un petit chef hargneux. Ici, il joue une petite frappe.arton30778.jpg

La photographie exalte les profils d’une Simone Renant au sommet de sa beauté comme elle souligne la précarité des intérieurs : le petit deux-pièces d’Antoine, incarné par un Jouvet extraordinaire.

Le « pipi de chat » de l’épilogue met en évidence l’univers clouzotien : des monstres, une galerie de ratés dans tous les sens du terme : Henri-Georges adore égratigner les faibles, les marginaux, il n’est pas Carné.
La fin est quasi un happy end tant le cinéaste joue d’habitude de la noirceur.

Concessions à l’époque : des tours de chant, des numéros de cirque.
Quelques poncifs : les journalistes du « Quai des orfèvres » attendant dans les couloirs et avec fébrilité les résultats de l’enquête, scène qu’on a vue cent fois!

Mais le maître conduit avec fermeté les comédiens: une main de fer, disons d’enfer.

« Le Corbeau » est une oeuvre certes plus importante, par ses implications et surtout par sa mise en scène, autrement inventive.

 

Un extrait


 

APRICOT GROVES de POURIA HEIDARY au Festival du Film d’Amour de Mons

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

MV5BZmIwZDQxMDctYWVjMi00N2YxLWEyOTctZTc4MTlkNGQ1M2ZkXkEyXkFqcGdeQXVyMjk3NzkzNjY@._V1_UY268_CR3,0,182,268_AL_.jpgQuand le cinéma d’auteur peut, en 79 minutes, dire l’essentiel, instiller le malaise et résoudre, en toute fin de parcours, une énigme : voilà la réussite d’un premier long métrage, dû à un jeune cinéaste arménien de 32 ans, né en 1984.

L’histoire tient en quelques lignes : Aram a vécu en Amérique et retourne au pays, à l’occasion de ses fiançailles. Son frère aîné vient le chercher à l’aéroport et le mène dans sa nouvelle famille. Les relations entre les deux frères sont profondes. Le voyage se poursuit jusqu’à la frontière iranienne.
Quelques dialogues, beaucoup de silences et un art de dire en images traitées avec douceur et contemplation.
Le cinéaste prend son temps pour décrire, raconter et émouvoir. Les longues séquences entre les deux frères, selon un road movie qui traverse l’Arménie, montrent combien l’attachement de l’aîné pour le cadet qui revient d’Amérique est intense. Le jeu des comédiens – Narbe Vartan et de Pedram Ansari – est remarquable de discrétion et de densité.
Pouria Heidary, jeune cinéaste, sait mettre en scène le malaise – comme dans cette rencontre avec la famille de la fiancée d’Aram – autant que le silence et les paysages.


Au FESTIVAL DU FILM D’AMOUR de MONS, une oeuvre sautillante et inventive et belge du couple ABEL & GORDON : « PARIS PIEDS NUS »

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

 

afficheppn.jpgDominique Abel et Fiona Gordon (tous deux nés en 1957) aux commandes d’un film qui mêle drôlerie, émotion et sensibilité.

Le burlesque au service du cinéma.

Fiona a reçu une lettre de sa tante Martha de Paris. La vieille dame ne veut pas aller en maison de retraite et quitte son domicile.

Arrivée dans la capitale, Fiona se retrouve très vite sans bagage. Sur sa route vagabonde, elle rencontre Dom, sans abri imaginatif et voleur.

La recherche de la tante peut commencer, épique et hilarante. On ne peut guère résumer l’intrigue tant l’inventive mise en scène lance des petits cailloux sur la route de l’imaginaire.

Les personnages de Norman et de Martha, campés par les vétérans Pierre Richard et Emmanuelle Riva, forment avec Fiona et Dom un quatuor humain et comique.

Véritables clowns à transformations, Abel et Gordon endossent les rôles chamarrés de leur prénom.

Les vues de Paris, les trucages, les ambiances nocturnes, les lieux parisiens revisités (Eiffel, les bords de Seine, Lachaise…), des scènes épiques (la chambre ardente, le restau sur la Seine etc.) , tout invite au partage d’émotions pures. La jonglerie, l’humour délicat, les situations burlesques ajoutent au film leur part intime de rêve.

Un beau film, lumineux de tendresse, aux images inoubliables. Et le dernier film de Riva, décédée il y a peu.

Le Festival du Film d’Amour de Mons 

En savoir plus sur le film



AU FESTIVAL DU FILM D’AMOUR DE MONS, une petite merveille: LA PUERTA ABIERTA de Marina SERESESKY

leuckx-photo.jpgpar PHILIPPE LEUCKX

 

 

 

 

La_Puerta_abierta.jpgDans un quartier populaire de prostituées, à Madrid, mère et fille – Antonia, Rosa – partagent un tout petit appartement qui donne sur une galerie intérieure. Comme elles, d’autres prostituées et travestis vivent là, dans une promiscuité qui frôle la violence. Lupita (travesti), une Russe, une « hyène » (toujours à l’affût de ce qui se passe), Paco, son mari, qui la trompe…

Antonia, qui veut se faire appeler Maria Lujan, amoindrie par accident vit, sans s’entendre avec elle, avec sa fille Rosa qui s’adonne à la prostitution. Antonia laisse toujours la porte ouverte, au grand dam de sa fille.

Un jour, une petite fille de sept ans, soudain orpheline, déboule dans leur vie. Normalement, la petite Lyuba a disparu.

Au plus près de la vie quotidienne et dans un ton qui mêle rires et gravité, la cinéaste réussit un tour de force en proposant, sans une once de moralisme, une description juste de relations féminines, une présentation de la prostitution aujourd’hui et une leçon d’amour.

L’attachement de la vieille Antonia pour la petite Lyuba nous vaut les plus belles scènes du film. Un intimisme de tous les instants, une mise en scène qui approche sans voyeurisme les personnages, un humour qui dose bien les réalités vécues, autant d’atouts d’une oeuvre qui traduit bien les difficultés du monde.

La cinéaste dirige d’une main sûre toute cette petite troupe jusqu’aux enfants, Lyuba et Eduardito, compagnon d’infortune, qui vivent, ne jouent pas, cette histoire, dont on sort émus. Les comédiennes sont fabuleuses de justesse : Carmen Maci, Terele Pavez…

Premier long-métrage d’une cinéaste, née en 1969.

« La puerta abierta » de Marina Seresesky (Espagne, 2016, 84′)

Le film a été couronné du Grand Prix du Jury des Jeunes (compétition européenne ).

Le Festival du Film d’Amour de Mons (le site) (jusqu’au 17 février)


AU FESTIVAL DU FILM D’AMOUR DE MONS, « NOCES » de Stephan STREKER

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

film.noces.f.jpgGlaçant portrait – d’après des faits réels – d’une jeune Pakistanaise qui tente d’échapper aux traditions de son pays. Intelligente, belle, rebelle, sensible. Ses tentatives d’émancipation seront vaines face au bloc familial qui la force au mariage. Selon sa famille, il est impensable que Zahira épouse un Belge. La tragédie se noue et impose sa violence. Comme toujours, la femme est sacrifiée et le poids de la tradition (mari imposé par Skype…) une insulte à la liberté. Le crime d’honneur enfin souille le beau visage d’une jeune femme écartelée entre l’amour des siens et la poursuite autonome de sa vie. L’arriération impose régression et repli.

La mise en scène, très attentive aux ambiances nocturnes, dose et accélère la tension et jette le spectateur dans une nasse d’effroi et d’impuissance.

La distribution est éblouissante : Lina El Arabi (Zahira), Zacharie Chassériaud, Sébastien Houbani (Amir) , Olivier Gourmet.

Présenté à Toronto, Angoulême, le film de Streker a remporté diverses récompenses. 

Le Festival du Film d’Amour de Mons (jusqu’au 17 février)

SHAME de STEVE McQUEEN

19841064.jpgL’histoire d’un sex addict dans la solitude new yorkaise qui baise comme on tue… des parties de soi. Pendant le temps où il héberge sa soeur, il va régler sur un plan symbolique son problème d’addiction. 

Rien n’est expliqué dans le film mais tout est suggéré par la disposition des plans, le traitement des images, Steve McQueen étant un ancien plasticien passé à la réalisation. Les dialogues ne sont pas explicatifs. Ainsi la scène où Brandon fait l’amour à une de ses collègues, celle où il invective sa soeur et la pousse au suicide. On comprend que la seule liaison affective, quoique problématique, qu’il ait jamais entretenue, c’est avec à cette soeur qui le relie à une enfance qu’on devine difficile.

Avec les remarquables Michaël Fassbender (acteur fétiche du réalisateur qui a d’ailleurs obtenu pour ce rôle un prix d’interprétation) et Carey Mulligan qui donne une version saisissante de la chanson New York, New York, interprétation qui constitue aussi une scène-clé formidable de non-dit expressif. E.A.

Un film à revoir sur Arte+7 via ce lien

Un bel article de Thomas Satinel sur le site du journal Le Monde: SHAME, Steve Mc Queen trouve la grâce derrière l’abjection.

 

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DEMAIN, un film de Cyril DION & Mélanie LAURENT

par Philippe LEUCKXleuckx-photo.jpg

 

 

 

 

 

 

404473.jpgEn cinq chapitres thématiques (alimentation – énergie – économie – démocratie – éducation), le film de Cyril Dion et Mélanie Laurent fait un état des lieux assez réjouissant sur les initiatives prises çà et là pour réfréner la chute inexorable de notre planète en matière d’écologie et de développement.

Les constats d’aujourd’hui, assez lourds, sur le réchauffement, ses conséquences (du Pôle à la montée des mers et océans, la raréfaction des ressources – eau…), sont ainsi, non minimisés par le film, mais affinés par une vision qui ne soit pas seulement catastrophiste. En effet, les réalisateurs et leur équipe ont pris le chemin des quatre coins de la planète pour établir, sur le terrain, le catalogue des productions, des réalisations, des projets concrétisés, qui montrent que l’inéluctable peut être renversé.

De Détroit à la Finlande, en passant par l’Inde, le sud de l’Angleterre, la France …, l’œuvre illustre ce qui est entrepris pour redonner élan, vitalité et enthousiasme à des populations qui se sont prises en mains pour affronter l’avenir, sur d’autres bases que la grisaille et la sinistrose ambiantes.

Cultures locales et urbaines, remises à l’honneur dans une ville comme Détroit, complètement ravagée par la crise ; liens soudés entre des castes que rien ne prédisposait à travailler ensemble, dans nombre de villages indiens, à l’initiative de maires ; « permaculture » (en coût réduit d’énergie, eau…) bien plus productive que les rendements traditionnels ; groupements locaux efficaces pour rendre à la collectivité les moyens de gestion ; éducation à d’autres sources d’énergie, à d’autres formes d’enseignement…

On pourrait multiplier les exemples, illustrés par le film, pour démontrer que les initiatives ne manquent pas, que, dans nombre de pays, les choses changent et bougent, et qu’il y a crédit à donner à toutes ces actions.

En outre, le film est ponctué d’interventions de spécialistes, qui offrent un autre angle de vision : Pierre Rabhi, Olivier De Schutter…

Au-delà de sa démarche positive à l’égard d’une terre pas tout à fait perdue, souvent égarée, le film donne à comprendre les enjeux communautaires, culturels et écologiques auxquels les citoyens du monde sont confrontés en ce début de XXIe siècle.

Les images fécondes, les regards, les commentaires, l’entrain des séquences, les explications légèrement didactiques offrent d’autres atouts à la vision.

Un film humaniste, au meilleur sens du terme.