SHAME de STEVE McQUEEN

19841064.jpgL’histoire d’un sex addict dans la solitude new yorkaise qui baise comme on tue… des parties de soi. Pendant le temps où il héberge sa soeur, il va régler sur un plan symbolique son problème d’addiction. 

Rien n’est expliqué dans le film mais tout est suggéré par la disposition des plans, le traitement des images, Steve McQueen étant un ancien plasticien passé à la réalisation. Les dialogues ne sont pas explicatifs. Ainsi la scène où Brandon fait l’amour à une de ses collègues, celle où il invective sa soeur et la pousse au suicide. On comprend que la seule liaison affective, quoique problématique, qu’il ait jamais entretenue, c’est avec à cette soeur qui le relie à une enfance qu’on devine difficile.

Avec les remarquables Michaël Fassbender (acteur fétiche du réalisateur qui a d’ailleurs obtenu pour ce rôle un prix d’interprétation) et Carey Mulligan qui donne une version saisissante de la chanson New York, New York, interprétation qui constitue aussi une scène-clé formidable de non-dit expressif. E.A.

Un film à revoir sur Arte+7 via ce lien

Un bel article de Thomas Satinel sur le site du journal Le Monde: SHAME, Steve Mc Queen trouve la grâce derrière l’abjection.

 

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DEMAIN, un film de Cyril DION & Mélanie LAURENT

par Philippe LEUCKXleuckx-photo.jpg

 

 

 

 

 

 

404473.jpgEn cinq chapitres thématiques (alimentation – énergie – économie – démocratie – éducation), le film de Cyril Dion et Mélanie Laurent fait un état des lieux assez réjouissant sur les initiatives prises çà et là pour réfréner la chute inexorable de notre planète en matière d’écologie et de développement.

Les constats d’aujourd’hui, assez lourds, sur le réchauffement, ses conséquences (du Pôle à la montée des mers et océans, la raréfaction des ressources – eau…), sont ainsi, non minimisés par le film, mais affinés par une vision qui ne soit pas seulement catastrophiste. En effet, les réalisateurs et leur équipe ont pris le chemin des quatre coins de la planète pour établir, sur le terrain, le catalogue des productions, des réalisations, des projets concrétisés, qui montrent que l’inéluctable peut être renversé.

De Détroit à la Finlande, en passant par l’Inde, le sud de l’Angleterre, la France …, l’œuvre illustre ce qui est entrepris pour redonner élan, vitalité et enthousiasme à des populations qui se sont prises en mains pour affronter l’avenir, sur d’autres bases que la grisaille et la sinistrose ambiantes.

Cultures locales et urbaines, remises à l’honneur dans une ville comme Détroit, complètement ravagée par la crise ; liens soudés entre des castes que rien ne prédisposait à travailler ensemble, dans nombre de villages indiens, à l’initiative de maires ; « permaculture » (en coût réduit d’énergie, eau…) bien plus productive que les rendements traditionnels ; groupements locaux efficaces pour rendre à la collectivité les moyens de gestion ; éducation à d’autres sources d’énergie, à d’autres formes d’enseignement…

On pourrait multiplier les exemples, illustrés par le film, pour démontrer que les initiatives ne manquent pas, que, dans nombre de pays, les choses changent et bougent, et qu’il y a crédit à donner à toutes ces actions.

En outre, le film est ponctué d’interventions de spécialistes, qui offrent un autre angle de vision : Pierre Rabhi, Olivier De Schutter…

Au-delà de sa démarche positive à l’égard d’une terre pas tout à fait perdue, souvent égarée, le film donne à comprendre les enjeux communautaires, culturels et écologiques auxquels les citoyens du monde sont confrontés en ce début de XXIe siècle.

Les images fécondes, les regards, les commentaires, l’entrain des séquences, les explications légèrement didactiques offrent d’autres atouts à la vision.

Un film humaniste, au meilleur sens du terme.



JACQUES RIVETTE (1928-2016)

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De nombreux livres et films dispensables sortent et des films et des livres qui resteront passent momentanément inaperçus…

Ce fut le cas de L’AMOUR FOU et peut-être de OUT 1 de Jacques RIVETTE, le plus méconnu des cinéastes de La Nouvelle Vague qui s’est éteint à l’âge de 87 ans.

 

Son parcours retracé dans cet article du Monde signé Isabelle Régnier

Des témoignages d’amis et de gens ayant travaillé avec lui: Bonitzer, Ogier, Glenn, Comolli, Téchiné

Le témoignage de Jeanne Balibar, comédienne de deux des derniers films de Rivette

L’AMOUR FOU lentement…

L’AMOUR FOU en (Gérard) Courant…

 

L’histoire d’OUT 1, le film colossal de Jacques Rivette par Jean-Marc Lalanne

 

 

Une interview de Jacques RIVETTE aux INROCKS en 2007 à l’occasion de la sortie de NE TOUCHEZ PAS LA HACHE avec Jeanne Balibar et Guillaume Depardieu

 

10 FILMS EMBLÉMATIQUES de Jacques RIVETTE

 

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MICHEL PICCOLI A 90 ANS !

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Michel PICCOLI est né le 27 décembre 1925 à Paris. Sa carrière de comédien débute en 1945 dans la compagnie Renaud-Barrault. Le Mépris de Godard le révèle au cinéma en 1963. Il a été comédien dans une cinquantaine de pièces et a tourné dans plus de 150 films en compagnie des plus grands réalisateurs: Godard, Resnais, Bunuel, Renoir, Demy, Chabrol, Malle, Rivette, Carax, Sautet, Ferreri, Costa-Gavras, Hitchcock, Chahine, Ruiz, Iosseliani, Angelopoulos, de Oliveira, Moretti… Il a aussi réalisé quelques films.

 

Michel Piccoli par Jacques Drillon pour la sortie de J’ai vécu dans mes rêves, écrit avec Gilles Jacob (chez Grasset)

 

Michel Piccoli, c’est quoi? 

 

Scène d’ouverture du Mépris de Jean-Luc Godard (1963)

 

Avec Romy Schneider pour la chanson du film Les choses de la vie de Claude Sautet (1970)

 

Un extrait de La Belle Noiseuse de Rivette (1991)


 
Michel Piccoli après la réalisation de son premier long métrage, Alors voilà (1997)


  
En 2011 dans le rôle du cardinal Melville pour le film de Nanni Moretti 

 

Michel Piccoli en 2013 à Cannes parle de La Grande bouffe de Ferreri sorti 40 ans plus tôt

 

Avec Jane Birkin et Hervé Pierre pour Gainsbourg, poète majeur (représentation complète) au Théâtre du Rond-Point en décembre 2015

 

Piccoli lit Baudelaire (la muse malade)


 

Quelques autres films… 

(Max et les ferrailleurs, Le Journal d’une femme de chambre, Belle de Jour, Benjamin ou les mémoires d’un puceau, Vincent François Paul et les autres…)

 

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DEUX HOMMES ET UNE ARMOIRE de ROMAN POLANSKI

Deux hommes et une armoire est sans doute le plus connu et récompensé des courts-métrages que Roman Polanski a réalisés avant de tourner son premier long métrage, Le couteau dans l’eau, en 1962, le seul long d’ailleurs à avoir été tourné dans sa langue natale.

Le film est tourné en trois semaines à Sopot, une station balnéaire près de Gdansk et Polanski vise un prix au festival du court-métrage expérimental de l’exposition universelle de Bruxelles en 1958 (Roman a 25 ans) où il obtiendra la Médaille de Bronze.
Ce film sera le premier d’une collaboration artistique avec le pianiste et compositeur de jazz polonais, Krzysztof Komeda. 

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Lire l’analyse du film par Alexandre Tylski sur le site concacré à Polanski

LE FILM 

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Les génériques des films de POLANSKI

(dont une collaboration avec Jean-Michel Folon pour le méconnu Quoi? en 1972)

La chanson du Couteau dans l’eau 

Le film de Polanski / Yves Simon

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ROMAN POLANSKI, Le SITE 

D’UN SILENCE À L’AUTRE: ANTONIONI vu par HAENEL

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LE SILENCE EST UNE FORME DE PENSÉE

Dans l’église San Pietro in Vincoli, à Rome, où la statue du Moïse de Michel-Ange continue de lancer sur le monde ce regard de colère qui impressionnait tant Freud, lequel essayait à chacune de ses visites de « tenir bon face au regard courroucé et méprisant du héros » (et se repliait finalement dans la pénombre pour échapper à son jugement), il existe un écriteau, traduit en plusieurs langues. En voici la version française : « Il est interdit de stationner devant la statue de Moïse pour donner des explications au groupe. »
Freud aurait sans doute apprécié l’ironie involontaire de cet écriteau. Au fond, il vaut mieux ne pas se trouver en face du Moïse, il ne faut surtout pas rester devant lui, et encore moins ouvrir la bouche. Cet écriteau, dans sa naïveté policière dit une vérité sur la statue : croiser le regard du Moïse vous coupe la parole.
J’écoutais Moïse et Aaron, le grand opéra de Schoenberg sur l’aphasie, quand j’ai repensé à l’écriteau de San Pietro in Vincoli. Pour triompher de toutes les épreuves auxquelles la pensée est exposée, Moïse affirme qu’il faut un Dieu à Israël, mais Israël n’en veut pas, d’où sa colère. Je me demandais à quoi s’adresserait aujourd’hui la colère de Moïse, sinon à la destruction même de la pensée, à ce ravage qui destine les corps à l’inexistence politique.
Si Freud redoutait tellement le regard du Moïse, c’était parce que Michel-Ange a sculpté dans le marbre l’instant où il découvre la vulgarité de son peuple : son regard semble bondir, il se jette, écrit Freud, sur la « populace » (dans la traduction de Marie Bonaparte, il s’agit de « racaille »).
Et puis j’ai pensé au Regard de Michel-Ange, un film d’une quinzaine de minutes de Michelangelo Antonioni, où celui-ci vient regarder la statue du Moïse. Antonioni monte les marches de l’église pour dévisager la statue — pour « tenir bon » face à Moïse, comme disait Freud. Une série de champs-contrechamps silencieux concentre l’échange de regards : qui regarde qui ? — et depuis quel secret ? On sait qu’Antonioni, suite à un accident cérébral, avait perdu la parole. On sait que Moïse ne parlait pas : sa bouche était « lourde », dit la Bible. C’est un héros du silence : « Ma langue est raide, je sais penser mais non parler », dit le Moïse de Schoenberg. Ce que donne à voir ce film, c’est un transfert de silence.
Alors, d’un silence à l’autre, qu’est-ce qui se passe ? De quelle nature est le passage entre le Moïse de Michel-Ange et son homonyme antonionien ? Est-ce le Moïse de Michel-Ange qui offre quelque chose à Antonioni, ou celui-ci qui fait de son mutisme une offrande ? La transparence inquiète de cet échange convoque dans sa mélancolie des figures immémoriales : sans doute Antonioni vient-il à la fois saluer la beauté et annoncer sa sortie, comme si, une fois son parcours artistique bouclé, il s’agissait encore de s’exposer au verdict de l’art, à la terrible endurance de son regard : rencontrer son propre silence dans le marbre, c’est se mesurer à l’énigme de la transfiguration.
« Tenir bon » face au Moïse de Michel-Ange consiste ainsi à avoir parcouru l’expérience même de l’art jusqu’à extinction de ses possibilités, et — comme Lacan le dit du héros —, à ne pas céder sur son désir. Le face-à-face avec les œuvres est l’histoire même du temps : c’est le lieu de la transfiguration, c’est-à-dire du monde à venir — c’est la grande politique. Quand Freud pense à Moïse, il y pense contre la Loi. Quand Schoenberg pense à Moïse, il y pense contre Hitler. Quand Antonioni pense à Moïse, il y pense contre quoi ? Sans doute contre l’Italie — contre la dévastation politique et culturelle de l’Italie.
L’aphasie d’Antonioni est historiale : c’est une manière d’endurer la destruction de l’Italie — de lui répliquer. Il n’y a plus rien à dire face au ravage organisé dans ce pays ; Antonioni en a vécu les conséquences de la manière la plus extrême : l’Italie lui a ôté la parole. Comme Moïse face à l’idolâtrie de son peuple, Antonioni, à la fin de sa vie — et d’une manière peut-être plus profonde encore que Pasolini, plus énigmatique — défie les Italiens. Son  silence est une forme de pensée : c’est un avoir-dit glorieux.
On sait que le temps du regard est contrôlé par la société ; c’est par l’enregistrement que le contrôle s’exerce. La grande ironie d’Antonioni — la puissance de sa fragilité —, consiste à mettre son corps en travers de la surveillance ; car s’il existe quelque chose qui échappe à celle-ci, c’est le silence. Les sphinx sont le contraire des spectres. Les sphinx pensent, ils ne sont pas repérables.  
Cette rencontre entre Antonioni et Moïse est un acte secret. En lui se concentre quelque chose de décisif, que Schoenberg avait entrevu : la parole, politiquement, ne tient plus ; ce qui doit se dire passera par le silence. Dans la rencontre entre Antonioni et Moïse, il en va ainsi de la transmission même de la pensée. La transmission de pensée s’accomplit en silence à travers le temps ; c’est la véritable histoire.

Yannick HAENEL, texte repris en partie dans un chapitre de Je cherche l’Italie

Les chroniques italiennes de Haenel sur le site de Philippe Sollers



Le film sur Vimeo

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Michelangelo Antonioni en 5 minutes chrono

 

Rétrospective et exposition Antonioni à la Cinémathèque française, par Olivier Père

CHER ANTONIONI, la lettre adressée au réalisateur par Roland Barthes et parue dans les Cahiers du cinéma de l’été 1980

381652_300x300.jpegExtrait:  « Un autre motif de fragilité, c’est paradoxalement, pour l’artiste, la fermeté et l’ insistance de son regard. Le pouvoir, quel qu’il soit, parce qu’il est violence, ne regarde jamais : s’il regardait une minute de plus (une minute de trop), il perdrait son essence de pouvoir. L’artiste, lui, s’arrête et regarde longuement, et je puis imaginer que vous vous êtes fait cinéaste parce que la caméra est un œil, contraint, par disposition technique, de regarder. Ce que vous ajoutez à cette disposition, commune à tous les cinéastes, c’est de regarder les choses radicalement, jusqu’à leur épuisement. D’une part vous regardez longuement ce qu’il ne vous était pas demandé de regarder par la convention politique (les paysans chinois) ou par la convention narrative (les temps morts d’une aventure). D’autre part votre héros privilégié est celui qui regarde (photographe ou reporter). Ceci est dangereux, car regarder plus longtemps qu’il n’est demandé (j’insiste sur ce supplément d’intensité) dérange tous les ordres établis, quels qu’ils soient, dans la mesure où, normalement, le temps même du regard est contrôlé par la société : d’où, lorsque l’œuvre échappe à ce contrôle, la nature scandaleuse de certaines photographies et de certains films : non pas les plus indécents ou les plus combatifs, mais simplement les plus « posés ». » R.B.