DANIEL SIMON a lu LES LIÈVRES DE JADE…

ob_481c51_image2231.jpgUne double fascination

La Lune et la Femme se recouvrent l’une et l’autre dans l’imaginaire des hommes. Pour se protéger de la lunatique féminité, ils la fêtent le plus souvent au nom du grand soleil, même si les plus belles histoires d’amour finissent souvent sous le règne de Saturne….

Denys-Louis Collaux et Eric Allard ont, en poètes amoureux de cette histoire de double fascination, repris pied à traverse soixante-quatre récits en miroir, en échos et correspondance. Un livre à quatre mains ne s’écrit pas plus vite, au contraire sa course souvent est ralentie par une minutiue d’écriture et d’attention que la plume d’un auteur parfois esquive.

 
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LES LIÈVRES DE JADE + SYMPA

arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Dans mes dernières lectures figuraient ces deux textes qui n’ont rien en commun, l’un ayant été publié au creux de l’hiver et l’autre au début du printemps je les ai lus au cours de la même semaine. Celui apporté par le père Noël a été édité par les Jacques Flament Editions, c’est un recueil de poésie en prose écrit, à quatre mains, par Eric Allard et Denys-Louis Colaux : « Les lièvres de jade », l’autre est un recueil de textes courts satiriques publié chez Le Dilettante par Alain Schifres : « Sympa ».

 

 

image2231.jpgLES LIÈVRES DE JADE

Denys Louis COLAUX & Éric ALLARD

Jacques Flament Editions

Allard et Colaux semblent avoir en commun certains gènes littéraires, aucune analyse ne pourra le confirmer mais leurs écrits le laissent indubitablement penser. Ils ont donc décidé d’écrire un recueil à quatre mains, Colaux présente le projet dans sa note liminaire : « Allard, lui ai-je écrit, je vous propose une aventure de coécriture. Plaçons, pour épicer l’affaire, ce projet sous quelques consignes. Il sera question de la Lune, nous écrirons chacun quinze épisodes d’une dizaine de lignes, et dans le récit, nous nous croiserons. Rien d’autre ». Le cadre était dressé, il ne restait qu’à écrire et nos deux lièvres sont partis, pour une fois, à point, ils ont fait gambader leur plume respective chacun sur sa plage/pré pour finir par se rencontrer comme ils l’avaient prévu. Et comme le résultat était probant, ils ont décidé d’écrire une seconde série de quinze textes.

La Lune est leur totem, ils l’avaient inscrit dans les contraintes imposées à leurs récits, ils la vénèrent avec les mots, les phrases, les aphorismes, les images, les clins d’œil, les allusions, …., avec toutes les armes pacifiques du poète. Ils l’adulent car la Lune est mère de toutes les femmes qui nourrissent leurs phantasmes, « Les femmes sont enfants de la Lune », la femme est la muse du poète, les femmes sont nourriture du poème. Colaux la chante, dans sa première série de textes, comme un chevalier médiéval, comme Rutebeuf, comme Villon, comme … d’autres encore qui ont fait que l’amour soit courtois et le reste. Allard m’a fait très vite fait penser à Kawabata et plus particulièrement à Kawabata quand il écrit « Les belles endormies », je ne fus donc pas surpris qu’il cite le maître japonais au détour d’un de ses textes et qu’il intitule un autre précisément « Les belles endormies ». Pas surpris mais tout de même étonné que nous ayons en la circonstance les mêmes références, peut-être avons-nous, nous aussi, quelques gènes littéraires en commun ?

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Il y a une réelle proximité ente ces deux poètes, leur mode de pensée respectif semble très proche et ils expriment le fruit de leurs pensées dans un langage et un style qui pourraient leur être commun. Dans la seconde quinzaine de textes qu’il propose, Colaux m’a rappelé les textes d’Allard dans « Les corbeaux brûlés » que j’ai commentés il y a bientôt dix ans, on croirait ses textes immédiatement issus de ce recueil, les femmes qu’il dessine ressemblent étonnamment à celles qu’Eric fait glisser entre les pages de son recueil. Il y a du Léo Ferré dans ces deux séries de textes. Colaux dessinent des filles tout aussi liquides, tout aussi fluides, que celles qu’Allard fait ondoyer dans « Les corbeaux brûlés », comme celle que Ferré chante :

« C’est extra, une fille qui ruisselle dans son berceau

Comme un marin qu’on attend plus ».

Deux grands poètes qui ont magnifiquement chanté, en prose, la Lune, l’astre féminin par excellence, et la femme non pas la femme mère ou fille, non, seulement la femme éternel idéal féminin source de tous les phantasmes qui agitent les hommes depuis qu’Eve a croqué la pomme. Leurs textes sont d’une grande élégance, d’une grande finesse, tout en laissant la place à de nombreux artifices littéraires, à de jolies formules de styles et à des clins d’œil qu’il faut dénicher. Un chouette pari littéraire, de la belle ouvrage !

« Se pourrait-il que parfois la Lune aboyât aux chiens ? » (Colaux)

Le livre sur le site des Éditions Jacques Flament 

Le livre sur le site Critlib.com

 

9782842638733.jpgSYMPA 

Alain SCHIFRES

Le Dilettante

Je ne serai peut-être pas très objectif en commentant ce livre car je partage l’agacement et la plupart des remarques que l’auteur a explicitées dans plus de trente textes courts, au sujet de l’évolution de notre langage, de notre mode de penser et de réflexion et de notre comportement. Je le suis sans aucune réserve quand il déclare que « Les mots n’ont plus de sens dans ce pays », on en use sans aucune connaissance de leur sens réel, on leur fait dire n’importe quoi, ils deviennent interchangeables au gré des locuteurs, de leur jargon et de leur culture. Plus les médias sont nombreux plus l’information est standardisée, formatée, plus la pensée est unique. Il suffit de voir comment une vidéo d’une incommensurable banalité peut-être vue des millions de fois en seul jour. Désormais, la formule fait office de discours, l’adjectif (ou l’anglicisme nébuleux) à la mode qualifie tout et n’importe quoi, tout ce qui est in devient cool, tout ce qui est chômage est à résorber, il suffit de répéter sans cesse les mêmes mots pour convaincre les foules mais, il y a un problème, ces formules et ces mots ne sont pas souvent compris de la même façon ce qui fait que chacun a compris ce qu’il veut bien comprendre. Et, ainsi, on construit des clichés, des lieux communs, des idées toute faites qui sont absolument sans aucun fondement. On n’hésitera pas à vous persuader que le vin n’est pas de l’alcool, qu’une flûte est une coupe de champagne, etc.…0922bfd7e23a6c94383038363430323933353733.jpg

Ce langage minimum fondé sur un vocabulaire approximatif contribue fortement à construire des belles idées destinées à satisfaire nos égos, à taire nos éventuelles culpabilités, et à calmer nos angoisses. Elles peuvent aussi, a contrario, alimenter de sordides rumeurs, ou répandre de fausses vérités tout justes bonnes à jeter le doute et même parfois l’angoisse dans l’esprit des populations bien crédules. L’information en continu demande matière, matière qui se niche dans les fameux marronniers qui fleurissent en toute saison : la rentrée scolaire, la Toussaint, le 11 novembre, et toutes les fêtes, tous les événements qui chaque année jalonnent notre calendrier. L’événement peut-être aussi soudain, brutal, violent… et il faut tout savoir très vite, avant les autres, même si on ne sait absolument rien il faut dire quelque chose, le faire dire à des experts ou à des témoins qui n’ont rien vu. Les chaînes de télévision d’information en continu ont inventé l’information sans information, la question contenant la réponse, l’événement inexistant, l’art de faire du vent dans le vide.

Et ainsi par le bouche-à-oreilles, la télé rabâcheuse, les fameux réseaux sociaux, le mythique Internet, …, se transmettent de nouvelles vérités, très virtuelles, qui constituent un socle de croyances aussi irréfutables que le dogme de n’importe quelle religion. Rien ne sera plus comme avant où seuls le journal et la radio détenaient le pouvoir de fabriquer la vérité. Nous aurons beau en appeler au bon sens, aux Français, aux Françaises, aux grand’mères, aux quadras, aux mousquetaires ou Mousquetaires, aux voisins, aux bêtes politiques, aux ténors du barreau, ce sont tous là clichés qui viennent combler aisément la déficience langagière de ceux qui ont pour mission de transmettre l’information premier vecteur du savoir populaire. Même les séries télévisées sont atteintes par les stéréotypes, les mêmes formules reviennent régulièrement sur les mêmes images habitées par les mêmes personnages.

Sympa ce livre l’est comme tout ce qu’on ne sait pas qualifier justement ou tout ce que l’on ne veut pas évoquer avec les mots que l’on pense réellement. Voilà ! Un livre sympa ! LOL ! Et tout est dit, il suffit de lire le catalogue dressé avec malice par Alain Schifres pour s’en convaincre.

Le livre sur le site des Éditions Le Dilettante

LES LIÈVRES DE JADE, une lecture de CLAUDE DONNAY

1224676647.jpgBien curieux livre que ce livre d’Allard et Colaux, les bien-nommés. Livre à deux ou à quatre mains, selon les goûts de chacun, mais livre unique, chassé-croisé de morceaux choisis, parfumés à toutes les senteurs de la lune. Un vrai régal pour nos papilles littéraires.
Quatre belles parts de quinze textes, Colaux-Allard-Colaux-Allard, un « double récit en miroir », comme le dit Allard dans son liminaire. Les poètes parlent et se parlent au « Café du Mont » ou sur la « Lune », les points de vue alternent, se chevauchent, complices et amusés.

Que de joie, de jubilation dans ces textes en prose, truffés de réflexions savoureuses, où l’humour et le respect s’allient à une philosophie fulgurante.
« La beauté n’est pas conçue à l’échelle de l’homme, à qui un escabeau suffit, un tabouret parfois » (Colaux).
Allard croise Colaux qui croise Allard, et les deux croisent la Lune, croisent la Femme. Et ces entrecroisements accouchent d’une langue gourmande aux relents rabelaisiens, une langue savoureuse, truculente même.
« Mais c’est du bêta quatre étoiles, un nectar de trouduc, une ambroisie, cette clenche ! » (Colaux)
Ce livre – Les lièvres de jade – emporte, décolle et file droit dans l’espace, à la manière de « l’astronef en forme de nautile » d’Allard. Les compères rencontrent la femme, multiple et fantasmatique, charnelle et diaphane, « cartomancienne » et « gourgandine », la femme avec son corps présence, son corps jouissance, où s’enfoncer pour se perdre et se révéler, sous la lune, sur la lune, « distante, distraite, sinon indifférente aux sons et aux regards ».
Les femmes et la lune sont liées indissolublement. « Les femmes sont des enfants de la Lune. Elles sont ses filles, ses visages, sa faune et sa flore. Ses fantômes. Elles en sont l’exacte métonymie », dit Colaux.
Les femmes accompagnent, « les sylphides et les naïades » (Allard), les mères et les filles, et les admirer, les regarder vivre apaise. Comme Seiji qui aime « regarder des femmes endormies » (Allard), qui ont « baissé les armes« .
Toutes ces femmes qui nous hantent et nous habitent, « Les femmes qui comptent et les femmes à déchiffrer (…), Les femmes déchues, les femmes adoubées (…),Les femmes-roman, les femmes-poème » (Allard)

Ce livre à deux voix m’a enchanté l’âme, ce dialogue – qui n’en est pas un – évoquant la femme et la lune, chante surtout l’amitié poétique, le partage d’une même connivence pour la langue, les mots qui fondent dans la bouche et dans le cœur. Les deux poètes belges nous livrent un recueil coloré au surréalisme et à la verve chatoyante. Ce compagnonnage littéraire me rappelle ces époques révolues où les poètes et les artistes rimaient ensemble autant qu’ils ripaillaient et aimaient les femmes aux cuisses douces et blanches comme la lune d’hiver.

Qu’ajouter encore pour terminer que ce par quoi j’ai commencé : ce livre de Colaux et Allard est un bijou finement ciselé, un régal pour tous les sens, une gourmandise qui chauffe la langue, un plaisir de lecture comme on en voudrait plus souvent. Chapeau bas, Messires Poètes !

Claude DONNAY 

RESSAC, le dernier livre de Claude DONNAY par chez M.E.O., présentation & notes de lecture

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