L’amoureuse

Dans la pièce aux lettres d’amour, l’amoureuse se glisse et dérange tous les mots à double consonne. Elle se couche sur les heures sans sommeil et rêve d’une fabrique d’armoires à chaussures. Sur un chat botté elle tire sans sommation et s’effondre car, du phare où on la voit se dévêtir pour dormir, nulle mer ne souffre de brise plus légère qu’un souffle quand, à l’aube d’une correspondance, le facteur dépose sur la vague une simple manière de dire. 

Deux poèmes dans le goût de Max Jacob

À la gare 

La pluie. Elle ne peut pas faire de mal. Mais tous les couteaux ne sont pas aiguisés. Du rémouleur le soleil connaît un rayon. J’ai un train à prendre pendant l’éclaircie. Ou l’averse. L’accompagnateur montre patte blanche. Ce n’est pas lui qui a retardé le voyageur lambda. A moins que du haut de son nuage effilé comme un ciseau d’ébéniste le ministre des transports ne démonte tout le réseau. Le chef de gare est sur les rails.


Dieu sait quand

L’alphabet. C’est tout ce que j’avais à part mon envie de mourir. Mais il était temps de partir pour l’école où j’avais de maussades études à faire. En passant devant le cimetière, j’y déposai un mot, que je reprendrais à l’issue des cours. A midi, mon mot était mort et enterré. Restait l’avenir sur un plateau d’ossements. Le fossoyeur me mit dehors en riant. N’empêche, je reviendrai Dieu sait quand (avec mon scalpel et ma malette de paléopathologue) inspecter le squelette de l’institutrice.           


Le crâne rosé

Un jour qu’il pleuvait du vin (ou de la pluie colorée), il eut le crâne rosé. Il trouva cela si seyant que depuis il se fait des teintures au rose bonbon et passe pour un extrémiste capillaire à la pilosité fort crainte des tignasses bleu ciel et des barbes poivre et sel.

L’appât du sein

Un passant trouva un sein par terre. A deux pas se trouvait son jumeau. Ils avaient dû tomber. Grâce au nom marqué sur l’un d’eux, il ramena la paire de seins à sa propriétaire non sans les avoir palpés pas mal entre-temps. La femme le remercia, se les rappliqua sur la poitrine puis offrit le mariage à l’homme comme c’était promis dans l’annonce. Mais je ne l’ai pas lue, cette annonce, se rengorgea l’homme. Mes seins ne sont-ils pas désirables ? s’offensa la femme. Là n’est pas la question, répliqua l’homme. La femme d’un geste preste s’enleva les seins et pria l’homme d’aller les remettre à l’endroit où il les avait trouvés. C’est tout ce que je peux faire pour vous, dit la femme.   

Vite!

Il s’endormait vite et plongeait dans un sommeil rapide jusqu’au matin. Plus vite au lit, plus vite levé. Et la journée à cent à l’heure. Dormir, rêver, manger, vivre, aimer. Il faisait tout plus précipitamment que les autres. Ces amours ne duraient jamais plus d’une semaine et il jouissait dans la minute. Il mourut avant tout le monde. Et son enterrement fut vite expédié. Bien sûr il est déjà ressuscité et même s’il est déjà mort plusieurs fois c’est lui que voyez là courir vers la fin des mondes.

Au pays des bruits

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Il était revenu, l’oreille pendante, du pays des bruits où il avait tout entendu. Mais il ne résida pas là, faute de boules Quiès. Dans un champ, seulement ouï de lui, les lignes de force d’un son encerclèrent un silence gros comme une maison. De la fenêtre d’une chambre d’écoute du troisième étage fermée à double tour tomba un serrurier dans un bruit de clés cassées.

Dame ouïe

 Chaque matin Dame ouïe vient prendre dans son écuelle sa ration de bruits. Puis on ne la voit plus de la journée, elle roule, avec les bouches de passages, se collète, a-caustique, avec les  petits tintamarres et les tonnerres de basse fréquence qui finissent par lasser. Ses préférés sont les chuchotements goguenards et les cris percés d’oiseaux qui lui font comme des caresses blafardes sur l’échine, de flous frémissements. La nuit, elle se repaît de silence, comme on fait le plein de pain avant un jour vide de gluten. Au matin suivant, aphone, un chat dans la gorge ?, Dame ouïe est là qui mange dans ma main des bruits de paume ouverte sur des poignées de lumière.

Etats d’esprit

Pour reposer son esprit, il le dépose une nuit à l’orée d’une forêt oubliée ou dans un nid de poule, à côté des œufs en train de se pondre. Les risibles pensées, les idées de rien s’en échappent comme d’un livre ouvert ;toute cette vapeur de mots qui brouille la vue des choses. Il retrouve au matin un esprit alerte, en forme d’astre clair, prêt à tromper son monde. Et s’il ne le retrouve pas là où il l’a laissé, si la poule l’a gobé ou la forêt enfouie dans son verbiage, il ne s’en inquiète pas. Un esprit, au fond, ça n’a ni corps ni présence, c’est fait d’états versatiles. Et à quoi ça rime si le poème de la vie s’écrit tout seul.

Dieu est spécial

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Dieu a horreur du sable. D’ailleurs vous ne le rencontrerez jamais dans un désert, sauf si vous croyez aux mirages ou si vous avez peur du temps. Dieu, ce qu’il aime, c’est la brume. La grande brume solitaire des paysages désolés. Avec un nez en forme d’attrape-trompettes. Ou les étoiles qui rient sous cape à la nuit venue. Avec de grandes oreilles ouvertes sur le silence. Ou la mer, celle qui relie deux étendues de terre sans se sécher. Avec une grande bouche à avaler les cétacés. Mais Dieu n’aime pas l’eau même si on a dit qu’il a des nageoires sous ses plumes et des branchies sous sa longue barbe. Dieu, ce qu’il aime, c’est se pavaner au milieu des siècles, c’est marcher sur la crête des croyances en se moquant de son mortel public. Oui, Dieu est spécial, comme disent les spécialistes en affaires di(eu)gestives. C’est pourquoi il est parfois si difficile à avaler.

Les mers

Il collectionnait les mers, il en avait des centaines. Des roses, des vertes, des mal peintes, des bien dessinées. Des rondes, des en cube, des très froides, des toutes chaudes, des qui descendent les montagnes, des qui montent au ciel. Des normales qui font des vagues et de l’écume, des spéciales qui, comme vaches ou jardins, du lait et des légumes. Des quelconques en forme d’œuf ou de poire, de plus curieuses en forme de coquilles ou d’autos tamponneuses. Des qui piquent ou qui sonnent, qui font des peluches ou la fine bouche. Des effacées, des extravagantes, des un peu sottes, des carrément givrées. Des grosses, des fines, des puantes, des parfumées. Des qui ne ressemblent qu’à elles-mêmes. Mais celle qu’il préférait, c’était sa mer noire aux reflets nacrés, celle qu’il prenait au petit déjeuner avec des brassées de pain  bûcheron et des sucres comme des banquises qui fondent au soleil.