ÉTÉ 2019 – LECTURES de PHILIPPE LEUCKX : LE MUSÉE DE LA GIROUETTE ET DU VENTILATEUR

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Philippe LEUCKX

Poésie (2)

 

Éric Dejaeger, poète, romancier, né en 1958, qui dirigea de nombreux numéros d’ « Ecrits vains », revue qui accueillit nombre de plumes de tous poils, est assez loufoque et surréaliste pour ne pas trop se prendre au sérieux ni se prendre les pieds là où le vers trébuche ni se formaliser d’être souvent oublié parmi les poètes de la génération EXPO (tous nés un peu avant ou après l’Atomium : Mathy, Noullez, Bucciarelli, Donnay, Allard, Norac, Logist).

« Le musée de la girouette et du ventilateur » ventile s’il le fallait nombre de registres poétiques par l’emploi presque exclusif du jeu de mot, du calembour, de la contrepèterie, bref le signifiant chez Dejaeger fait foi et il en sort une pléiade de textes plus drôles les uns que les autres, moquant, c’est bon signe, le statut d’un Superpoète, tout noirci de colère ou qui « perd les eaux », lui qui « fildeférise/ de Villon à Prévert ».

Dejaeger aime lister (son côté Bretonnière) et déplie la natte « à la femme à pattes de chatte/ (qui) adore détapisser » ; il aime surtout rénover les expressions idiomatiques et leur donner seconde vie :

« à brûle-pourpoint »

pour les pyromanes.

« à gorge déployée »

pour les nymphomanes »

 

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Eric Dejaeger

 

Il sait jouer de la langue en expert, humour et élégance se redoublant :

CRADINGUES

Il faisait

tellement sale

chez eux

que c’est en sortant

que l’on s’essuyait

les pieds

pour ne pas salir

dehors

Le poète s’exerce au « catch surréaliste » (Lui marcher sur les pieds/ de nez), prend vraiment tout au pied de la lettre (LE VOLEUR : il a piqué un somme/ au rêveur) et enchante.

Le recueil sur le site de Gros Textes

COURT TOUJOURS, le blog d’Éric DEJAEGER 

Éric DEJAEGER sur Espace Livres & Création

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ÉTÉ 2019 – LECTURES de PHILIPPE LEUCKX : SOLOMBRE de FLORENCE NOËL

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Philippe LEUCKX

POÉSIE (1)

« Solombre » de Florence Noël (1973), un troisième recueil publié au Taillis Pré, après Encres Vives et Bleu d’encre, résonne comme un livre grave, marqué au sceau des enjambements, sous l’égide d’un nom puisé chez le poète O. Paz ou d’un poème de la grande Mimy Kinet.

S’il fallait guider le lecteur dans cette œuvre réussie et féconde, peut-être lui suggérerions-nous d’arpenter cette « nuit » qui prend presque toute la place, tant le vocable se répète à l’envi.

« La nuit reflue », « la nuit » a de ces profondeurs qu’il faut préserver.

« je viens payer mon dû à l’ombre/ sans visage »

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Florence Noël 

« La femme rhizome » sait nommer les terres de la sensualité. C’est le terrain de chasse des nuits rêvées ; c’est la terre même d’une poésie qui s’enchante d’un lyrisme un peu sombre :

« nuit conjurée cent fois

et une encore

d’eau soustraite

nous léchons de nos langues affûtées

tes fumigations

où gerce le pacte

nous tordons les mots

dans nos langues éponges

fermente l’encre des

assassins »

Ecrire, semble-t-il, est d’une capillarité qui puisse nommer ce qui vient, se tord, s’impose à la poète qui aime les images.

Ecrire serait-ce trouver « si peu de consolation » « sous tant de baisers » ?

« Solombre », suivi de « Fourbure », décline un univers traversé de mots qui coupent, strient, érodent, comme un amas de blessures loin venues d’enfance.

Le recueil paru au Taillis pré sur Livres et création

Les recueils de Florence NOËL sur Livres et création 

À la Une

LE RÉCAP DES CHRONIQUES LITTÉRAIRES DE JUILLET sur LES BELLES PHRASES

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LECTURES de DENIS BILLAMBOZ

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LÀ D’OÙ ELLE VIENT de PATRICIA RYCKEWAERT (Bleu d’Encre)

TRANSPORT COMMUN de RIM BATTAL (LansKine)

LE COEUR EN LESSE d’AURELIEN DONY (M.E.O.)

LES JOURS ROUGES de BEN ARÈS (M.E.O.)

DEUX PERSONNES SEULES AU MONDE de KIM YOUNG-HA (Picquier)

LA CHAMBRE 3 d’EVELYNE WILWERTH (Lamiroy) 

PUTAIN DE PAYS NOIR de CARINE-LAURE-DESGUIN (Lamiroy)

DIOGÈNE ou LA TÊTE ENTRE LES GENOUX de LOUIS DUBOST (La Mèche lente)

UNE SAISON AVEC DIEU de JEAN-JACQUES NUEL (Le Pont du Change)

+

ON MARCHE SUR LA TÊTE de XAVIER STUBBE (Label Xavier Stubbe)

LES BEDAINES DE COTON de CYRIL MAGUY (Le Label dans la forêt)

+++

LECTURES de PHILIPPE LEUCKX

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LES TULIPES DU JAPON d’ISABELLE BIELECKI (M.E.O.)

SOLOMBRE de FLORENCE NOËL (Taillis Pré)

TIGNASSE ÉTOILE d’EVELYNE WILWERTH (M.E.O.)

LE MUSÉE DE LA GIROUETTE ET DU VENTILATEUR d’ÉRIC DEJAEGER (Gros Textes)

AIMANTS + RÉMANENCES d’ARNAUD DELCORTE (Unicité)

LE BOURDONNEMENT DE LA LUMIÈRE ENTRE LES CHARDONS de CLAUDE DONNAY (Le Coudrier)

+++

LECTURES de Jean-PIERRE LEGRAND

Le TOP 5 de JEAN-PIERRE LEGRAND

LE MYSTÈRE CLOVIS de PHILIPPE DE VILLIERS (Albin Michel)

LES ANNEES DIFFICILES d’HENRI BAUCHAU (Actes Sud)

KASPAR HAUSER de VERONIQUE BERGEN (Espace Nord)

+++

LECTURES de PHILIPPE REMY-WILKIN

4cce3-image

LIBRE COMME ROBINSON de LUC DELLISSE (Les Impressions nouvelles) 

LE DERNIER PHARAON de François SCHUITEN/Jaco VAN DORMAEL/Thomas GUNZIG/Laurent DURIEUX

LES SEINS DES SAINTES de CHRISTIAN LIBENS et la collection NOIR CORBEAU (Weyrich)

La PLATEFORME CULTURELLE PLIMAY avec SALVATORE GUCCIARDO

LE CHAT de GEORGES SIMENON 

UNE PETITE HISTOIRE DU ROMAN POLICIER de CHRISTIAN LIBENS (Weyrich)

MAI 68 amon nos-ôtes de THIERRY GRISAR (Le Cerisier)

LES BÂTISSEURS DU VENT de ALY DEMINNE (Flammarion)

KASPAR HAUSER de VERONIQUE BERGEN (Espace Nord)

Le second volet du COUP DE PROJO DES LETTRES FRANCOPHONES BELGES consacré à l’oeuvre de JACQUES DE DECKER 

+

L’émission culturelle de GUY STUCKENS sur RADIO AIR LIBRE 

+++

AUTRES 

LE CLUB LECTURE de LA BIBLIOTHEQUE de FONTAINE-L’ÉVÊQUE de PASCAL FEYAERTS autour la poésie francophone belge contemporaine

ÉRIC ALLARD, invité de CHARBON DE CULTURE sur BUZZ RADIO

 

J’AI GAGNÉ (2 x la mise) AU TERCET !

1.

 

Ta peau

À la couleur d’abeille

Pique ma curiosité

 

Et ma langue

Quand elle lèche

Ton miel

 

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2.

 

Le bûcheron

Monte une dernière fois

Le cheval de bois

 

Avant de le découper

En planches

De manège

 

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3.

 

Entre chien et loup

Le chat noir

Se fraie un passage

 

Pour rejoindre

Le papillon

Derrière la mite

 

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4.

 

Entre les jambes légères du ciel

J’ai déposé

Une feuille de vigne

 

Pour dissimuler

À la mer

La rose des vents

 

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5.

 

Quand les lignes du tendre

Se rejoignent

Sur ta peau

 

Elles délimitent

Un lieu

Propice à mes caresses

 

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6.

 

Toute la nuit

Tombe sur moi

En gouttelettes d’étoiles

 

Quand tu enflammes

Mes rêves

Sur le feu du sommeil

 

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7.

 

Pendant que la pointe

De ton talon aiguille

Taquine mon nombril

 

Je fais glisser

Sur tes hanches

La lame douce de mon katana

 

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8.

 

Marcher sur un nuage

Au-dessus d’un verre

Ballon

 

Faire don de son corps

À la mémoire

De l’eau

 

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La corde sensible, René Magritte (1960)

 

9.

 

Dans la petite maison

Derrière les bruits

Vit le silence

 

Menacé de pendaison

Par un quatuor à cordes

De potence

 

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10.

 

Tous les bois cassant

Du son

Ne sont pas durs de la feuille

 

Le saule par exemple

Pleure en écoutant

Le bruit de la rivière

 

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11.

 

Face au miroir brisé

Je pense

À tous les reflets perdus

 

Un éclat

Me renvoie

L’image de ma jeunesse

 

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12.

 

La fièvre de l’os

Conduit

Le chercheur de squelettes

 

Sous les draps

Des fantômes

De chasseurs d’ivoire

 

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13.

 

Nu dans l’isoloir

J’ai pris le temps d’élire

La go-go girl de mes rêves

 

Puis j’ai déposé

Mon bulletin

Dans l’urne du désir

 

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14.

 

Protège

Des grêles

Tes mains blanches

 

La neige qui tombe

Enfante

Le ciel du printemps

 

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15.

 

À lécher tes paupières

À boire tes regard

Je passe mes nuits

 

J’ai besoin de tes yeux

Pour faire tourner

Le moulin de mes songes

 

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À DÉCOUVRIR

J’AI GAGNE AU TERCET

J’AI GAGNE AU TERCET (II)

 

LES SCEPTIQUES

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Le scepticisme est l’ivresse de l’impasse

Emil Cioran

Les haricot & les asticot-sceptiques, les noyau d’abricot-sceptiques, les catho & JésusChristo-sceptiques, les bigot & bécot-sceptiques, les grammato & grommelot-sceptiques, les populo & aristo-sceptiques, les cogito & logo-sceptiques, les cabillaud & maquereau-sceptiques, les latino-sceptiques et les sceptiques-incognito, les syndico-sceptiques et les accro-sceptiques, les génito & pornosceptiques, les autopromo & proto-sceptiques, les Rimbaud & Brautigano-sceptiques, les Bushido & MishimaYukio-sceptiques, les Subito & Presto-sceptiques, les libido & freudo-sceptiques, les coquelicot & fleur de pavot-sceptiques, les gigot & saucebolo-sceptiques, les gothico & wisigoth-sceptiques, les artichaut & beurre de cacao-sceptiques, les vertico & obliquo-sceptiques, les matelot & calypso-sceptiques, les tricot & polo-sceptiques, les disco & MoroderGiorgio-sceptiques, les marigot & crado-sceptiques, les bigot & psycho-sceptiques, les politico & lavabo-sceptiques, les sado & scato-sceptiques, les 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les amaretto et mojito-sceptiques, les Coelho & Musso-sceptiques, les torpédo & auto-sceptiques, les caboulot & les bordélo-sceptiques, les schizo & stylo-sceptiques, les clito & gynéco-sceptiques, les risotto & miso-sceptiques, les Ferrero & choco-sceptiques, les lego & illégo-sceptiques, les Oli&Biglo & Damso sceptiques, les flamenco & les tango-sceptiques, les pédago & librio-sceptiques, les quiproquo-sceptiques, les malaudos & lumbago-sceptiques, les Macao & cacao-sceptiques, les solosdesot & salto-sceptiques, les contralto & soprano-sceptiques, les MarcoPolo & sino-sceptiques, les Figaro & SudPresso-sceptiques, les ElvisRoméo & Costello-sceptiques, Les PépéLeMoko & SiffrediRocco-sceptiques, Les VenturaLino & LiviIvo-sceptiques, les Caruso et PavarottiLuciano-sceptiques, Les MariaDelRio & Lio-sceptiques, Les PauloCarolo & DiRupo-sceptiques, les tacot & tico-tico-sceptiques, les ado & crado-sceptiques, les Medrano & Zingaro-sceptiques, les Adamo & Barzotti-sceptiques, Les FrédéricFrançoiso-sceptiques, les Bruni-Sarko-sceptiques, les torero & rodéo-sceptiques, les superhéro & cinémato-sceptiques, les mécano & électro-sceptiques, les MussoliniBenito & SalviniMatteo-sceptkiques, les alto & contralto-sceptiques, les dynamo & vélo-sceptiques, les kimono & judo-sceptiques, les mégot & cigarillo-sceptiques, les boléro et borsalino-sceptiques, les Maestro et Soprano-sceptiques, les girlàgogo & gigolo-sceptiques, les BrigitteBardot & GinaBrigidaLolo-sceptiques, les hétéro & homo-sceptiques, les photo & lumino-sceptiques, les vidéo & twitto-sceptiques, les moto & rototo-sceptiques, les brico & jardino-sceptiques, les dingo & psychotico-sceptiques, les vegano & écolo-sceptiques, les escargot & virago-sceptiques, les in-utero & in-petto-sceptiques, les crescendo & descrescendo-sceptiques, les pseudorigolo-sceptiques, les holà & allo-sceptiques, les galopdechameau & dromadairautrot-sceptiques, les lasso & Larusso-sceptiques, les in-folio et librio-sceptiques, les phyto & allopatho-sceptiques, les Kosovo & Sarajevo-sceptiques, les philo & Onfrayo-sceptiques, les Queneau & oulipo-sceptiques, les rafiot & cargo-sceptiques, les argot & calembouro-sceptiques, les recto & verso-sceptiques, les resto & toro-sceptiques, les tarot & Jodororowsko-sceptiques, les Miro & Rothko-sceptiques, les paquebot & radeau-sceptiques, les paquebot et titanico-sceptiques, les fiasco & spermato-sceptiques, les chaos et quarko-sceptiques, Les DeChirico & Picasso-sceptiques, les saxo & jazzo-sceptiques, les zéro & Peano-sceptiques, les verseau et les astro-sceptiques, les zoophilo & thanatophilo-sceptiques, les scherzo & adagio-sceptiques, les grelot & carnavalo-sceptiques, les AurelienBarrau & NicolasHulot-sceptiques, les chromo & chrono-sceptiques, les imago et la igloo-sceptiques, les Mao & tao-sceptiques, les thalasso-thérapo-sceptiques, les turbot & tourteau-sceptiques, les sumo & grossomodo-sceptiques, les métroboulotdodo-sceptiques, les sténodactylo-sceptiques, les tutos de Huito-sceptiques, les gaucho & ErnestoSabato-sceptiques, les Peugeot & VWPolo-sceptiques, Les LuisMarino & ChanteurDeMexico-sceptiques, les pro-sceptiques et les antisceptiques…

 

 

LÀ D’OÙ ELLE VIENT de PATRICIA RYCKEWAERT (Bleu d’Encre) / Une lecture de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

 

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Si l’anaphore généreuse ( elle vient) conduit le lecteur à nouer des ambages de sens d’un poème l’autre, l’écriture de cette nouvelle venue en terre de poésie, nourrie  de « mots frêles » et « d’épluchures » d' »enfances », enlace l’univers intime qu’elle tente de nous exposer :

« Elle vient du frôlement infini des choses

de la grâce des instants »

Ce portrait, tout en grâce, en légèreté, vise « la lumière qui peine à percer », donne assez au lecteur « le goût de vivre » (presque mot de la fin) « tout ce qui bat et pousse » en nous.

Le lyrisme n’est pas absent de ses longues énumérations de « choses » aimées : « l’odeur du temps de l’orage », « l’odeur saline », « des épices, des fruits écrasés ».

« Petites morsures du jour » pourrait être le blason de cette poésie, apte à saisir les éléments et à nous les faire partager, dans un rythme d’incantation et de joie.

Patricia Ryckewaert, Là d’où elle vient, préface de Jean Lavoué, Bleu d’encre, 2019, 50p. 

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Patricia Ryckewaert

La revue et les éditions Bleu d’Encre

Le recueil (à commander) sur La Librairie Belge

 

UN ÉTÉ AVEC HOMÈRE de SYLVAIN TESSON / Une lecture de Jean-Pierre Legrand

Le TOP 5 de JEAN-PIERRE LEGRAND
Jean-Pierre LEGRAND

Un été avec Homère est un ouvrage de commande. Sylvain Tesson l’a écrit en prévision d’une émission de radio sur France Inter qui, tout au long de l’été, a emmené les auditeurs sur les traces d’Homère.

Éditions des Équateurs - Un été avec Homère - Sylvain Tesson

La lecture de cet ouvrage m’a procuré un indéniable plaisir de lecture et un tout aussi manifeste agacement.

Commençons par le plaisir de lecture. Le texte de Sylvain Tesson, est écrit d’une plume légère, ornée mais sans excès. C’est aussi un voyage dans le monde d’Homère. Dès les premières pages, il nous invite à nous préparer :

« Nous passerons des fleuves et des champs de bataille. Nous serons jetés dans la mêlée, conviés à l’assemblée des dieux. Nous essuierons des tempêtes et des averses de lumière, serons nimbés de brumes, pénétrerons dans des alcôves, visiterons des îles, perdrons pied sur des récifs. Parfois (concernant L’Iliade c’est un doux euphémisme dont j’ignore s’il est volontaire…) des hommes mordront la poussière, à mort. D’autres seront sauvés. Toujours, les dieux veilleront. Et toujours le soleil ruissellera et révélera la beauté mêlée à la tragédie. »

Après cette belle entrée en matière, le texte poursuit son chemin, parsemé de larges citations – toujours opportunes – de L’Iliade et de L’Odyssée, dans la traduction de Philippe Brunet pour la première et celle, toujours très belle de Philippe Jaccottet pour la seconde.

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Sylvain Tesson

Avec Tesson, nous sommes conquis par l’extrême présence d’Homère qui continue de questionner nos vies et de nous ensorceler comme ses premiers auditeurs puis tous ses lecteurs successifs. L’auteur s’interroge sur le mystère de cette présence. Les dieux ont-ils réellement existé et inspiré ce poème qui « lancé dans l’abîme des temps » était destiné à rencontrer notre époque ? Ou alors rien n’a changé sous le soleil de Zeus et l’homme, sous ses habits neufs, est toujours le même, médiocre ou sublime, qu’on le croise « casqué sur la plaine de Troie ou en train d’attendre l’autobus ». Tous les thèmes brassés par Homère ne seraient au final que « le combustible du brasier de l’éternel retour ». Si vous ne vous en doutiez pas un tout petit peu, le cœur de Tesson penche plutôt vers l’éternel retour. C’est là, qu’à mes yeux cela se gâte.

Venons-en alors à l’agacement. Le nietzschéisme un peu rapide de l’auteur essaime un peu partout dans l’ouvrage, le plus souvent sous la forme d’une critique virulente du christianisme. C’est parfois drôle : ainsi ce trait d’Ulysse qui sommé de se nommer dit s’appeler Personne et « marque là un point sur le Christ, lequel déployait toutes les vertus sauf celles de l’humour ». D’autres fois c’est un peu ridicule – « Nul héros grec n’a besoin d’un site internet. Il préfère riposter que poster » -, voire un peu inquiétant :

« Au XXIeme siècle l’héroïsme occidental consiste à afficher sa faiblesse. Sera héros celui qui peut prétendre avoir pâti des effets de l’oppression. Etre une victime : voilà l’ambition, du héros d’aujourd’hui ! Devenir le meilleur de tous était l’objectif du héros d’Homère. Tout le monde il est le meilleur est une injonction chrétienne sécularisée par les démocraties modernes ».

On imagine confusément ce que l’auteur vise, mais cette diatribe a de vilains relents de « fort terrassé par la coalition des faibles ».

A chacun de juger…

Plus gênante est la manie des citations tronquées ou sorties de leur contexte. J’en retiendrai une parmi d’autres. Citant le magnifique texte de Simone Weil en le réduisant pratiquement à son titre, Tesson nous rappelle que la philosophe appelait L’Iliade « le poème de la force ». On aurait pu lui rétorquer, poursuit-il, que « d’autres thèmes la traversent : la compassion, la douceur, l’amitié, la nostalgie, la loyauté, l’amour « . Et notre auteur d’attribuer les singulières œillères de la philosophe aux circonstances : Simone Weil écrivit son texte dans les années 39-40 et le fracas des bottes « électrisait d’effroi toute lecture ». Pourtant si on lit ce texte jusqu’au bout, on est loin de cette caricature. Pour Weil, L’Iliade met en lumière la déshumanisation qu’entraîne l’usage de la force. A ses yeux, Homère a bien compris que la subordination de l’âme humaine à la force est la même chez tous les mortels. « Nul de ceux qui y succombent n’est regardé de ce fait comme méprisable. (…) Tout ce qui, à l’intérieur de l’âme et dans les relations humaines échappe à l’empire de la force est aimé, mais aimé douloureusement, à cause du danger de destruction continuellement suspendu ». Rapprochant de manière inattendue « la lumière de l’épopée homérique de l’esprit évangélique », Simone Weil conclut « l’Evangile est la dernière et merveilleuse expression du génie grec, comme l’Iliade en est la première » Difficile d’être plus éloigné de Tesson mais pas dans le sens que celui-ci semble suggérer.

Malgré mes réserves, le livre de Tesson mérite la lecture. D’un abord agréable il suscite la réflexion, même et surtout si, par moment, on ne partage pas son propos. Il est une invitation à se plonger (ou replonger) dans Homère dont chaque lecture apporte un nouveau point de vue, laisse un souvenir renouvelé. Selon le moment, on sera bouleversé par le vieux Priam, touché par l’humanité d’Hector, amusé par le caractère retors d’Ulysse ou encore – c’est mon cas – ému par le porcher Eumée. Comment rester insensible lorsque ce dernier accueille Ulysse à son retour. Ulysse a pris l’apparence d’un mendiant repoussant. Il s’attend à être éconduit et s’étonne de l’accueil de son vieux serviteur qui ne l’a pas reconnu. Eumée lui fait cette réponse : « Etranger, ma coutume est d’honorer les hôtes, quand même il m’en viendrait de plus piteux que toi ; étrangers, mendiants, tous nous viennent de Zeus ». Non, Simone Weil ne divaguait pas…

Le livre sur le site de l’éditeur

Sylvain Tesson à La Grande Librairie pour parle d’Un été avec Homère