PROTECTION RAPPROCHÉE de LORENZO CECCHI (Cactus Inébranlable) / Une lecture d’Éric ALLARD

NOUVELLES D’AVANT LE TEMPS DU CONFINEMENT

À lire les dernières nouvelles de Lorenzo CECCHI, on a le sentiment de revivre les affres et les joies d’un monde – momentanément – disparu, celui où les êtres, forcément humains, qui, en se frottant et en se cognant les uns les autres, généraient des étincelles explosives mais aussi des rapprochements fraternels.

La jalousie, l’envie, les addictions – à la clope, à la boisson, aux opiacés –, les tourments du travail et les revers des exclus et de ceux qui les défendent (ces avocats qui sont les personnages de deux des meilleures nouvelles du recueil) sont le lot des acteurs de ces nouvelles.  Mais le recueil n’est pas un simple relevé, on s’en doute, des mauvais penchants de l’espèce humaine. En permanence, les laissés-pour-compte réagissent aux attaques dont ils sont l’objet, d’autant plus pernicieuses qu’elle sont invisibles, par des actes d’amitié ou de bravoure gratuits comme cet homme qui part au secours d’un ami en détresse la veille du jour où son épouse va accoucher…

Lorenzo Cecchi décrit un monde impitoyable, absurde, détaché de toute humanité, celui, il va sans dire, de la guerre économique.

Acculés, les personnages mis en scène développent des symptômes en réponse avec l’objet de leur affliction comme la directrice de Tout me gonfle, contrainte d’acter une décision de son collège de professeurs qu’elle réprouve. Une nouvelle emblématique de l’aberration du milieu scolaire.

Ou cet homme, métaphore vivante de l’immigré italien venu oeuvrer dans les mines, qui creuse son jardin pour y trouver du charbon et faire fortune plus vite et qui, faute de trouver le filon espéré, se fait récriminer par le voisinage et se trouve contraint de quitter – une nouvelle fois – les lieux.

En sociologue de formation et bourlingueur, au sens cendrarsien, Lorenzo Cecchi sait que c’est derrière le story-telling fabriqué par les conseillers en communication de nos gouvernants et par les lignes commerciales des holdings financiers, sous la surface libre de la grande histoire que les livres scolaires retiendront, fourmillent les affects, s’infectent les destinées, en bref, se déroulent les histoires des délaissés et exploités du système mais aussi de celles et ceux qui essaient d’y tenir leur rôle au détriment de leur santé comme de leur intégrité morale.

C’est dans ce no man’s land social, cette partie cachée du rêve qu’on nous vend que le romancier et nouvelliste puise ses récits, dit autrement le monde qu’on voudrait nous faire accroire.

Tous les personnages ou presque, on l’a dit par ailleurs, sont des cabossés de la vie, des rescapés du souffle, des hommes et quelques femmes groggy mais toujours prêts à remonter sur le ring de l’espoir, les poings serrés sur leur coeur en alerte, la poitrine gonflée de soleil.

On retrouve dans ces quatorze nouvelles  qui composent ce troisième recueil paru au Cactus Inébranlable la verve et le sens de la narration de Lorenzo Cecchi, son goût pour les situations où le cocasse le dispute au drame, où le sordide même voisine avec des élans d’une rare humanité.

Ces récits, plantés dans un terreau reconnaissable entre tous, comprennent des scènes mémorables comme celle du mafieux, tout à la préparation d’un mets, qui terrorise ses visiteurs ou celle dans laquelle cet homme pressé par son épouse qui déclare à la cantonade qu’elle a toujours refusé de lui faire minette.

Pour conclure, Lorenzo se rit de ce qui nous désole mais pas au détriment de ses personnages (sauf pour se moquer de ses doubles fictionnels). C’est pour défendre leur honneur qu’il écrit car il se sait et se sent, comme il le dit en clôture d’une de ses nouvelles, de plein droit avec eux.

À noter encore que le recueil est agrémenté d’illustrations subtilement colorées du peintre et sculpteur Michel Jamsin qui relèvent bien l’alliance du burlesque et du grave à l’œuvre dans le texte.

Pour commander le recueil sur le site du Cactus Inébranlable

DIX QUESTIONS à LORENZO CECCHI

 

UN LOURD LIVRE DE POCHE POUR UN PROJET UNIQUE : DES LETTRES À SES PETITS-ENFANTS PAR UN GRAND-PÈRE ÉCRIVAIN / Une chronique de Philippe LEUCKX

LES FANTÔMES DE THÉODORE de MARTINE ROUHART (Murmure des Soirs) / Une lecture de Philippe LEUCKX
Philippe LEUCKX 

 

UN LOURD LIVRE DE POCHE POUR UN PROJET UNIQUE : DES LETTRES A SES PETITS-ENFANTS PAR UN GRAND-PERE ECRIVAIN

Didier Giroud-Piffoz a relevé le défi d’offrir dix-neuf années de correspondance à ses sept petits-enfants, nés de 2000 à 2015.

 

Un livre de poche de près de neuf cents pages (c’est vous dire l’épaisseur du volume, 6 bons centimètres sur beau papier polonais).

Faut-il être fervent à l’adresse de ses petits-enfants pour tenter et réussir pareille réalisation.

On connaît déjà l’engouement de Didier à servir, socialement et littérairement parlant, de nobles causes : celle entre autres d’évoquer l’Inde, ses habitants, ses protecteurs bénévoles (Sœur Yvonne, récemment).

Ce livre est unique. Pas d’exemple de cette ampleur à citer, quand je pioche dans cette correspondance, où le poète nomme ses chéri(e)s d’appellations et sobriquets poétiques et tendres : « Mon buveur de temps » ou « Mon petit cabri à son père »…

Préfacé par des personnalités, Jacques Salomé et le grand poète Jean Joubert, « ce livre d’amour pur » (comme le présente l’éditeur « vent-des-lettres ») est au fond un exemple pur aussi d’ethnographie familiale, si le mot n’est pas trop intellectualisé, qui vise à décrire par le menu la vie de petits-enfants du nouveau siècle. L’auteur ne parle pas que d’elles et d’eux, mais songe à nous annoncer la mort de Georges Lautner, à nous évoquer « les jeux olympiques de Londres », dans le désordre forcé des temps présents et passés.

Il est vrai que la littérature traverse cette correspondance copieuse, y passent le Victor Hugo , grand-père courage, Didier Pobel, poète de talent, Pierre Dhainaut, autre poète renommé, tant d’autres (auteurs de chansons comme Revault…). Et le cinéma n’est pas oublié. Détour par le beau « Postino » avec Noiret, d’après l’œuvre de Skarmeta.

Pour toutes ces raisons, le livre déborde de la sphère familiale, sentimentale, avec ses nombreuses ouvertures sur la société et la culture du temps. N’évoque-t-il pas l’élection du dernier pape, François, et la polémique qui s’ensuivit à propos de ses interventions lors de la dictature argentine?

Didier Giroud-Piffoz

Ecrites à Darvault, puis au château de Firbeix (dont il nous donne la généalogie des anciens résidents, les de Rastignac), ces lettres rappellent l’attachement de Didier à l’Inde et à ses chantres (Mahatma Gandhi et son fameux « Nous ne pouvons changer le monde que si nous changeons nous-mêmes »).

« Une infinie nostalgie » dit Salomé à propos de ces missives d’amour, oui, une infinie nostalgie des bons moments vécus traverse ce livre de ferveur, sous la plume experte d’un poète, voyageur inouï des terres lointaines, indiennes ou autres, et du terreau affectif tout proche.

Didier Giroud-Piffoz, Lettres d’amour d’un grand-père à ses petits-enfants, Vent des Lettres, 2020, 848p., 22€.

Le livre et l’auteur sur le site de l’éditeur 

 

LA NUIT DES BÉGUINES d’ALINE KINER (Liana Levi) / Une lecture de Nathalie DELHAYE

MÉTÉO MARINE de FABIENNE RIVAYRAN (Jacques Flament Alternative Editoriale) / Une lecture de Nathalie DELHAYE
Nathalie DELHAYE

Éprises de liberté

J’ai eu grand plaisir à lire « La nuit des béguines ». Hormis dans l’histoire de ces femmes pieuses, mais non nonnes, éprises d’indépendance, célibataires ou veuves, qui décident de vivre en communauté, de travailler pour subvenir à leurs besoins et d’aider d’autres femmes en difficultés, Aline Kiner nous plonge au XIVème siècle, sous le règne de Philippe Le Bel, et nous offre une belle leçon d’Histoire.

La Nuit des béguines

Nous découvrons Ysabel, herboriste, soigneuse, voire guérisseuse, qui ne ménage pas sa peine pour aider les malades qui lui sont confiées. Au-delà des soins prodigués, elle leur apporte écoute et assistance, tant morale que logistique, trouve des solutions à leurs situations précaires, C’est dans ce contexte qu’elle recueille Maheut, une jeune femme énigmatique, apeurée, qui ne se livre pas.

Les personnages entourés de secrets se succèdent, Ade, Humbert, Agnès, Clémence, Jeanne, tous ont autant de choses à cacher, enfouies au plus profond d’eux-mêmes. Par ces temps troublés, mieux vaut être discret et ne pas attirer l’attention. Le béguinage est en proie aux critiques, cette institution est menacée par les décisions pontificales, car elle dérange, en ce siècle d’Inquisition. Ces femmes indépendantes, cultivées pour nombre d’entre elles, maîtresses d’elles-mêmes, détonnent avec l’esprit du siècle.

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Aline Kiner 

Une écriture riche, un vocabulaire adapté qui nous incite à découvrir parfois les définitions de termes inconnus, une histoire plaisante, des faits historiques qui jalonnent l’ouvrage, et le récit de ces femmes qui ont lutté pour leur liberté si tôt, un bon livre en somme !

Le livre sur le site de l’éditeur

 

 

 

L’ÉPAISSEUR DU SILENCE et autres textes de PHILIPPE BRAHY

 

L’épaisseur du silence

… Et, pour solutionner l’énigme, un nid-de-poule ou peut-être le creux naturel d’une Pierre qui contenait l’eau lustrale de son baptême, un baptistère. Le silence d’une eau qui ne dirait pas son nom et dont le miroir n’avait que le reflet de lui-même et… l’épaisseur de son silence. Narcisse pouvait s’aimer puisqu’il était, tel un vampire, sans reflet. Il y avait aussi ce chapiteau de poussière patiemment tissé par une tégénaire sur un sol abandonné, une piste aux étoiles sans étoile dont l’unique source de lumière était lunaire. Et ce portrait au visage absent magnifiquement encadré d’un tricot noir en capuche « à mémoire de forme » qui laissait deviner l’être qui l’habitait, mais aussi le vide abyssal dont le regard absent vous fixait pourtant.

 

 

Une bulle d’air creva à la surface de l’eau à la suite du bouillonnement tumultueux produit par l’expulsion de l’air de ses poumons. C’était là, sans aucun doute, sa dernière expiration avant la noyade, l’effet fut celui d’une « alliance » d’eau comme un fumeur ferait un « rond » d’une gorgée de fumée. Et de fumée il était question dans ce looping vertigineux réalisé par trois as de la voltige aérienne. Une course-poursuite de prétendants au titre roi des meilleures figures acrobatiques. Elle s’était donc, in extremis, propulsée de l’eau pour attribuer ce titre au vainqueur et se retrouver à nouveau sous l’eau rédemptrice d’une douche où le verre d’une paroi laissait entrevoir la présence martelée et kaléidoscopique d’un corps se réfléchissant à l’infini. Fallait-il cela pour se retrouver près d’un buisson aux pelotes de neige poudreuse, cotonneux cristaux de glace qui évoquaient le moelleux d’un rouleau d’ouate hydrophile ? Je ne pourrais dire mais je laisse au lecteur occasionnel le soin de juger de cet enchaînement car je vis cet ami en homme solitaire gravir des paysages de paix et d’infini. Un ami s’en aller, sortir de l’image, pour se fondre dans l’immensité inconnue de tous, l’hors cadre du grand départ figé dans le sommeil. Restait sur une étendue d’eau, les reflets zigzagants d’une lune portés par le batillage produit par le sillage d’un bateau fantôme.

 

 

« Mon oeil ! » avait-elle titré sur cette photo, l’exacte traduction de cet aphorisme d’Éric Allard, in Les Belles Phrases : « J’immerge un doigt dans les profondeurs narines. » – Qui avait inspiré l’autre ? Ce portrait de femme équipé de lunettes de moto, le doigt dans le nez et ayant l’air de dire « poil au nez » non sans humour et provocation ; les verres embués et ce regard « charlot » qui montraient son humeur du jour tout porté sur la dérision. Et, comme pour affirmer ce bonheur, cette autre photo de verre blanc cassé : « Verre blanc cassé… bonheur obligé. » Adage cent fois répété par ma mère qui s’écriait ensuite : « celui qui ne fait rien ne casse rien ! ». Fallait-il pour autant se présenter nue et les poignets joints en passant par la case prison, c’était un raccourci osé. Mais c’est ainsi que je retrouvais m’amie à la pose suivante, toute disposée à satisfaire au pire voire d’aller de mal en pis. Ce qui se présenta aux cases suivantes…

 

 

Cinq images résumaient la journée en une « journée de merde ! » À suffoquer même… dans cette image d’une tête bâillonnée de slips à l’exception de l’ovale du visage, me semblait-il ? Puis soudain une mer et son reflet lunaire, le calme plat. Au cliché suivant, posée devant une bibliothèque prestigieuse, une magnifique sculpture en bois, vermoulu et fendu, une sorte de mandarin dans une bure relevée à mi-cuisses. Il était plongé dans la méditation, le coude sur un appui de siège disparu et la main lui soutenant la joue. Je ne pus m’empêcher d’imaginer Le Penseur de Rodin initialement nommer Le poète et qui devait représenter Dante devant les portes de l’Enfer. Ici, à Laeken, je n’en étais pas loin. Puis encore ce cadrage d’une épaule ; d’un avant-bras et d’un sein enduits d’un latex blanc, pelé à hauteur du cou, comme un masque d’où surgirait une nouvelle peau. Restait cette dernière photo, une ancienne forme d’embauchoirs en bois dont le bout était retourné avec ce commentaire pertinent : « Volte-face… ! ».

 

 

Les lettrines de Philippe Brahy sont tirées d’un recueil de Gérard Clery : La Seine en chemise de nuit, contes de Paris, paru chez Caractères en 1999. 

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Philippe BRAHY

LE BANC de MARIANNE SLUSZNY (Academia) / Une lecture de Jean-Pierre LEGRAND

JEANNE D'ARC AU BÛCHER d'HONEGGER au THÉÂTRE DE LA MONNAIE, vu par Jean-Pierre LEGRAND
Jean-Pierre LEGRAND

Ce n’est pas toujours le cas, mais l’excellente quatrième de couverture de ce beau récit me dispensera de me fendre d’un pitch nécessairement moins convaincant. Donc, le voici :

« Les cendres d’un homme ont été dispersées dans le jardin de sa maison de campagne, sous le banc qui jouxte un imposant noyer. C’est là que le disparu rêve désormais, acteur invisible d’une scène aussi étrange qu’émouvante. Alors qu’il médite sur les épreuves et les joies de son existence, sa compagne s’assied sur le banc et s’ouvre au ressenti de l’inexorable dégradation du malade, un temps où malgré l’amoindrissement, il s’était efforcé, par touches sensibles, de rester l’homme qu’il avait été ».

Cet homme, nous découvrons progressivement qu’il s’agit de Guy Lejeune, réalisateur à la RTBF d’émissions culturelles emblématiques et de plusieurs documentaires.

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J’ai adoré ce livre même si, unique réserve, j’ai trouvé son prologue un peu trop long, son propos n’obéissant pas toujours à la nécessité qui habite les autres parties du récit.  Un autre point est davantage un sujet d’étonnement qu’une critique : mené avec beaucoup de tact, le récit ne laisse aucune place à la sensualité. En occultant cet aspect, l’extrême pudeur de l’auteure, m’a laissé un petit goût de frustration. Mais tout cela est de peu d’importance car, à vrai dire, il m’est arrivé une chose fort rare : j’ai pleuré. Sans doute quelques échos personnels ne sont pas étrangers  à l’émotion si fortement ressentie. Mais il y  a surtout le talent déployé par Marianne Sluszny qui sans détour, mais avec beaucoup de délicatesse se tient constamment à fleur d’émotion.

C’est une très bonne idée d’avoir donné la parole au défunt ; cela permet de suivre de manière très fluide son chemin de vie pour ensuite changer de point de vue et passer au témoignage direct de l’auteure. Avec un accent de vérité parfois déchirant, Marianne Sluszny décrit le désarroi d’un fils qui, très tôt, doute avoir jamais aimé sa mère. Elle prend également l’exacte mesure de la solitude ressentie par un enfant confronté à un contexte de violence psychologique. Passé un certain étiage, la souffrance ressentie au sein d’une famille cesse d’en souder ses membres, de développer entre frères et sœurs une solidarité de résistance : elle les sépare les uns des autres dans un réflexe de survie assorti d’une sourde culpabilité. C’est ce qui semble s’être passé entre Guy Lejeune et son frère aux troubles autistiques : « Je n’étais plus que pitié et sollicitude pour mon cadet. Notre destin de frères était scellé. Il me serait impossible de combler le fossé qui nous séparait. Nous étions des parallèles qui ne se rejoindraient jamais ». Pourtant ce détachement apparent s’accompagnera tout au long de sa vie d’une attention constante pour sa famille d’origine.
En somme amputé d’une part de lui-même, Guy Lejeune va substituer à l’amour qu’il n’a pas reçu une fidélité qu’il portera jusqu’à une forme de souffrance propitiatoire.

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Marianne Sluszny

Dans la seconde partie de son livre, Marianne Sluszny témoigne du combat de son mari, des difficultés quotidiennes, de la déchéance mais aussi des instants de grâce cueillis dans le déroulé des jours qui, bientôt, se mue en tragique compte-à-rebours. L’un des aspects les plus touchants du livre est le regard à la fois lucide et tendre dont Marianne Sluszny caresse le souvenir de son mari dans sa richesse striée de lignes de faille. On devine un homme comme morcelé mais qui, par une esthétique de la vie, parvient à tout tenir ensemble, mêlant souffrance pudique parfois travestie en humeur et satisfaction d’avoir contribué à une certaine beauté du monde, sans être parvenu toutefois à exprimer dans sa totalité, l’essence même de son être.

Se dessine au fil des pages, un combattant entravé par les fantômes du passé ; un homme d’action qui s’impose inconsciemment des limites, et qui jamais ne tournera le film rêvé. J’étais, lui fait dire Marianne Sluszny « conscient que mes justifications tentaient de masquer une dimension fondamentale de ma personnalité. Car les mots par lesquels j’aurais pu imposer mes projets et mes volontés avaient été broyés dans l’œuf familial, cette matrice mâcheuse de désirs et d’appétits interdits. Oui, c’était trop m’accorder à moi-même que de prendre ma place de cinéaste. Il m’a été inconcevable d’en désirer davantage que ce que l’existence m’avait providentiellement accordé. Je ne suis pas parvenu à me décaler si loin de mon point de chute »

Voilà, magnifiquement décrits en quelques phrases tout le ressort intime d’une existence et, sur la personnalité d’un homme, la morsure indélébile de l’acide familial. Un très beau livre.

Le livre sur le site de L’Harmattan

 

LA NUIT PORTE JARRETELLES de BÉATRICE LIBERT (Cactus Inébranlable / Une lecture de Philippe LEUCKX

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Philippe LEUCKX

Distribué en plusieurs sections, le nouveau libre de Béatrice Libert tranche avec sa production antérieure (poèmes éluardiens; essais didactiques consacrés à Joubert, Carême; etc.) comme le précise dans sa préface le poète du signifiant Verheggen, qui prend plaisir aux jongleries verbales de sa consoeur en poésie.


Dommage que le titre du livret ait déjà été donné (« La nuit porte jarretelles« , film de Virginie Thévenet de 1985) car les aphorismes (la maison Cactus inébranlable les promeut) de l’auteur portent sens :

Lisons, entre autres propositions,

« Une ville sans jardin est un visage sans regard »

ou

« Le poème abandonné au bord du pain attend l’oiseau qui en fera sa mie »

ou encore

« Pendu à la ligne le linge »

Les dictons récrits ont de la ressource :« Chez les menuisiers, on dit :
« Simple comme clou »

Des recettes proposent :
« Migraine

Dix minutes de Marie Noël chaque matin après le petit-déjeuner; même posologie le soir avec Jammes ou Carême ».

Truculent, Le petit Izoard illustré :
« Izoardable : se dit de tout prétendant aux Izoard.
Jacques Delmotte est-il izoardable? »

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Béatrice Libert

Le recueil sur les site du Cactus Inébranlable

Le site de Béatrice LIBERT

 

JE VERBALISE / AUTOPORTRAÎTRE (en C)

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Je cabillaude avec les morues Je cache ma raie nature

Je cabosse le carrosse de Cendrillon avec une citrouille

Je calfeutre le Mur des lamentations avec des plinthes

Je cadenasse mes émoticônes

Je cadre mal avec l’autoportrait que je brosse

Je caillerai moins en 2043

Je calcule le nombre d’attaches qui me retiennent encore à mon passé

Je calque mes mains sur la forme de tes seins

Je cale mes calmars au fond de la vase

Je cale JJ dans un coin de mon panthéon

Je calme la tempête dans un verre d’eau avec un comprimé de camomille effervescent

Je calme mes hardeurs pour économiser du sperme

 

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Je camoufle un chant de bataille dans un air d’oiseau

Je camoufle une liaison dangereuse dans un sac de noeuds

Je camoufle une oeil de cyclone dans une lampe-tempête

Je camoufle un piano à queue dans une comète musicale

Je camoufle un serpent à sonnette dans un réveil-matin

 

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Je campe sur mes positons pour effarer le chat de Schrödinger

Je canoë kayake tant qu’à ramer seul

Je capitalise mes métastases pour constituer une réserve de cancer

Je capitalise sur les vertus du communisme

Je capote sur un préservatif géant pris dans la tempête du plaisir

Je capture un écran ayant échappé à la surveillance des images

Je caracole en tête des méventes de livres (avec un certain aplomb)

Je caramélise le goudron noir de ton sexe au fond de ma gorge

Je caresse opiniâtrement une tête de mule

Je carotte pour m’éviter un pois

Je cartographie mes feux de joie pour tourmenter les esprits chagrins

Je casse mes images avec des vers

Je catalogue vite les sortes de crabes

 

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Je cède sur la question poéthique

Je ceinture un Sans-culottes

Je ceinture le pouce d’1 sumo

Je célèbre la diversité menstruelle

Je centralise mes fosses autour d’un point abyssal

Je cerne bien les enjeux du cirque littéraire local

Je cerne un oeil pour qu’il rende les larmes

Je censure la déclaration d’indépendance de la machine à coudre au pays des couturières en tenue d’Eve

 

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Je chambre la pièce vide d’un dramaturge creux

Je change l’aube en clair de lune aux Noces de la lumière

Je change la moue de mon visage quand j’ai l’air crevé

Je chaparde un grain de gros mot à un chapelet d’injures

Je chapeaute bêtement 1 concours de lancer de bonnets d’âne

Je charge la moule sur un huîtrier en partance pour l’Île d’Oléron

Je chatouille dans le noir une étoile riante

Je chevauche une chienne

Je chiffonne une ville de papier pour la jeter à la rue

Je chipe une chope de solitude dans un débit de boissons désert

Je choisis de ne choir qu’à la nuit tombée

Je chuchote à l’oreille des audioguides

 

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Je cible la tête des cuivres avec mon attache-trombone

Je circonscris le lieu savant où creuser un puits de science

Je circule en motoneige dans un cirque d’hiver

Je cire les bombes avec un zeste de napalm

Je cite de mémoire les sources de mes rivières de rêves

 

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Je clarifie mon teint vineux avec du citron grenadine

Je clarinette & clavecine avec Manuel De Falla

Je clignote toujours avant de voter

Je clique par pitié Je commente par compassion

Je clone le clito de ma femme pour doubler son plaisir

Je clôture les inscriptions à ma séance de dédicaces

Je cloue au pilori du communisme la faucille et le marteau

Je cloue mon vieux T-shirt de Mao sur la croix du Che

Je cloute la clôture du cimetière des marteaux

 

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Je coiffe sur le fil d’argent un peloton de cheveux gris

Je coiffe sur le poteau un cheval hirsute

Je collationne les écrits d’hiver pour les lecteurs estivaliers nécessiteux

Je colporte des colonnes de feu d’un temple du soleil à un sanctuaire de lumière

Je combats l’ennui d’une vie de doute avec la pensée d’une mort certaine

Je commente des combats de boxe pour une radio des dents

Je contemple nu comme une pierre une paire de fresques

Je conchie à confesse

Je conclus mon éloge funèbre par un bon mort

Je condamne les maisons de la poésie à recueillir les vers solitaires des romanciers sur le carreau

Je conduis les vaches sacrées de la littérature à l’abattoir de la critique

Je conduis un mandarin borgne à la cécité interdite

Je conduis une voiture de rêve sur une route de nuit

Je confie à mon double mes conflits avec moi-même

Je confie mes centres d’intérêt à un cercle de loisirs

Je confonds neige et congère, sève et conserve

Je consacre primate ministre un singe de la politique

Je consomme cinq bruits de légumes et murmures de fruits par jour

Je conjure mon éditeur de ne pas clamser avant mon dernier opuscule

Je connais l’obscur secret de mon désir

Je converse avec les imbéciles avec un air manifestement niais

Je coédite des couples d’écrivains

Je coordonne mes ébranlements

Je coopère avec les autorités religieuses en vue de retrouver le voleur de mes icônes

Je copie le lien d’un site de shibari

Je corresponds en tout point avec mon portrait tatoué

Je corrige le corset de la soumise avant de la punir

Je courbe l’épine de la rose pour couronner la grâce de son pétale

Je coûte pompon à la société du bonnet

 

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Je couds le couvre-lit du veilleur de nuit à la couette de la dormeuse

Je coule et couche le coupable dans le lit du crime

Je coupe à travers chant pour rejoindre la route de la voix

Je couronne une tête de pipe avec un cercle de feu

Je cours toujours deux de tes lèvres à la fois

Je couve un mauvais roman

Je couvre plusieurs livres à la fois (à la rentrée littéraire)

Je couvre le chef de gamme d’un accent tonique

 

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Je crains pour ma poire de douche

Je crame la carte de l’Australie pour allumer le dernier kangourou

Je crève le coeur d’une crevette rose en tombant raide dingue d’un crabe aux pinces d’or

Je crie pour couvrir le silence

Je crie que je trie pour échapper à la colère des contrôleurs du traitement sélectif des déchets

Je crois bien que je suis athée

Je croise les droites pour le bon développement d’un cône

Je croupis en maison de redressement de la poésie

 

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Je cuirai mieux en 2043

Je cuirasse les cuisses de poulet contre la convoitise des jeunes cuistots

Je culbute les rase-mottes

Je culmine de rien

Je culpabilise le chercheur en poésie pour qu’il facebooke des poèmes grand public

Je cultive l’art solaire de ne pas plaire à toutes les ombres

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À SUIVRE…