J’AI GAGNÉ (2 x la mise) AU TERCET !

1.

 

Ta peau

À la couleur d’abeille

Pique ma curiosité

 

Et ma langue

Quand elle lèche

Ton miel

 

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2.

 

Le bûcheron

Monte une dernière fois

Le cheval de bois

 

Avant de le découper

En planches

De manège

 

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3.

 

Entre chien et loup

Le chat noir

Se fraie un passage

 

Pour rejoindre

Le papillon

Derrière la mite

 

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4.

 

Entre les jambes légères du ciel

J’ai déposé

Une feuille de vigne

 

Pour dissimuler

À la mer

La rose des vents

 

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5.

 

Quand les lignes du tendre

Se rejoignent

Sur ta peau

 

Elles délimitent

Un lieu

Propice à mes caresses

 

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6.

 

Toute la nuit

Tombe sur moi

En gouttelettes d’étoiles

 

Quand tu enflammes

Mes rêves

Sur le feu du sommeil

 

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7.

 

Pendant que la pointe

De ton talon aiguille

Taquine mon nombril

 

Je fais glisser

Sur tes hanches

La lame douce de mon katana

 

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8.

 

Marcher sur un nuage

Au-dessus d’un verre

Ballon

 

Faire don de son corps

À la mémoire

De l’eau

 

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La corde sensible, René Magritte (1960)

 

9.

 

Dans la petite maison

Derrière les bruits

Vit le silence

 

Menacé de pendaison

Par un quatuor à cordes

De potence

 

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10.

 

Tous les bois cassant

Du son

Ne sont pas durs de la feuille

 

Le saule par exemple

Pleure en écoutant

Le bruit de la rivière

 

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11.

 

Face au miroir brisé

Je pense

À tous les reflets perdus

 

Un éclat

Me renvoie

L’image de ma jeunesse

 

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12.

 

La fièvre de l’os

Conduit

Le chercheur de squelettes

 

Sous les draps

Des fantômes

De chasseurs d’ivoire

 

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13.

 

Nu dans l’isoloir

J’ai pris le temps d’élire

La go-go girl de mes rêves

 

Puis j’ai déposé

Mon bulletin

Dans l’urne du désir

 

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14.

 

Protège

Des grêles

Tes mains blanches

 

La neige qui tombe

Enfante

Le ciel du printemps

 

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15.

 

À lécher tes paupières

À boire tes regard

Je passe mes nuits

 

J’ai besoin de tes yeux

Pour faire tourner

Le moulin de mes songes

 

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À DÉCOUVRIR

J’AI GAGNE AU TERCET

J’AI GAGNE AU TERCET (II)

 

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LES SCEPTIQUES

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Le scepticisme est l’ivresse de l’impasse

Emil Cioran

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les amaretto et mojito-sceptiques, les Coelho & Musso-sceptiques, les torpédo & auto-sceptiques, les caboulot & les bordélo-sceptiques, les schizo & stylo-sceptiques, les clito & gynéco-sceptiques, les risotto & miso-sceptiques, les Ferrero & choco-sceptiques, les lego & illégo-sceptiques, les Oli&Biglo & Damso sceptiques, les flamenco & les tango-sceptiques, les pédago & librio-sceptiques, les quiproquo-sceptiques, les malaudos & lumbago-sceptiques, les Macao & cacao-sceptiques, les solosdesot & salto-sceptiques, les contralto & soprano-sceptiques, les MarcoPolo & sino-sceptiques, les Figaro & SudPresso-sceptiques, les ElvisRoméo & Costello-sceptiques, Les PépéLeMoko & SiffrediRocco-sceptiques, Les VenturaLino & LiviIvo-sceptiques, les Caruso et PavarottiLuciano-sceptiques, Les MariaDelRio & Lio-sceptiques, Les PauloCarolo & DiRupo-sceptiques, les tacot & tico-tico-sceptiques, les ado & crado-sceptiques, les Medrano & Zingaro-sceptiques, les Adamo & Barzotti-sceptiques, Les 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tutos de Huito-sceptiques, les gaucho & ErnestoSabato-sceptiques, les Peugeot & VWPolo-sceptiques, Les LuisMarino & ChanteurDeMexico-sceptiques, les pro-sceptiques et les antisceptiques…

 

 

LÀ D’OÙ ELLE VIENT de PATRICIA RYCKEWAERT (Bleu d’Encre) / Une lecture de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

 

Aucune description de photo disponible.

Si l’anaphore généreuse ( elle vient) conduit le lecteur à nouer des ambages de sens d’un poème l’autre, l’écriture de cette nouvelle venue en terre de poésie, nourrie  de « mots frêles » et « d’épluchures » d' »enfances », enlace l’univers intime qu’elle tente de nous exposer :

« Elle vient du frôlement infini des choses

de la grâce des instants »

Ce portrait, tout en grâce, en légèreté, vise « la lumière qui peine à percer », donne assez au lecteur « le goût de vivre » (presque mot de la fin) « tout ce qui bat et pousse » en nous.

Le lyrisme n’est pas absent de ses longues énumérations de « choses » aimées : « l’odeur du temps de l’orage », « l’odeur saline », « des épices, des fruits écrasés ».

« Petites morsures du jour » pourrait être le blason de cette poésie, apte à saisir les éléments et à nous les faire partager, dans un rythme d’incantation et de joie.

Patricia Ryckewaert, Là d’où elle vient, préface de Jean Lavoué, Bleu d’encre, 2019, 50p. 

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Patricia Ryckewaert

La revue et les éditions Bleu d’Encre

Le recueil (à commander) sur La Librairie Belge

 

UN ÉTÉ AVEC HOMÈRE de SYLVAIN TESSON / Une lecture de Jean-Pierre Legrand

Le TOP 5 de JEAN-PIERRE LEGRAND
Jean-Pierre LEGRAND

Un été avec Homère est un ouvrage de commande. Sylvain Tesson l’a écrit en prévision d’une émission de radio sur France Inter qui, tout au long de l’été, a emmené les auditeurs sur les traces d’Homère.

Éditions des Équateurs - Un été avec Homère - Sylvain Tesson

La lecture de cet ouvrage m’a procuré un indéniable plaisir de lecture et un tout aussi manifeste agacement.

Commençons par le plaisir de lecture. Le texte de Sylvain Tesson, est écrit d’une plume légère, ornée mais sans excès. C’est aussi un voyage dans le monde d’Homère. Dès les premières pages, il nous invite à nous préparer :

« Nous passerons des fleuves et des champs de bataille. Nous serons jetés dans la mêlée, conviés à l’assemblée des dieux. Nous essuierons des tempêtes et des averses de lumière, serons nimbés de brumes, pénétrerons dans des alcôves, visiterons des îles, perdrons pied sur des récifs. Parfois (concernant L’Iliade c’est un doux euphémisme dont j’ignore s’il est volontaire…) des hommes mordront la poussière, à mort. D’autres seront sauvés. Toujours, les dieux veilleront. Et toujours le soleil ruissellera et révélera la beauté mêlée à la tragédie. »

Après cette belle entrée en matière, le texte poursuit son chemin, parsemé de larges citations – toujours opportunes – de L’Iliade et de L’Odyssée, dans la traduction de Philippe Brunet pour la première et celle, toujours très belle de Philippe Jaccottet pour la seconde.

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Sylvain Tesson

Avec Tesson, nous sommes conquis par l’extrême présence d’Homère qui continue de questionner nos vies et de nous ensorceler comme ses premiers auditeurs puis tous ses lecteurs successifs. L’auteur s’interroge sur le mystère de cette présence. Les dieux ont-ils réellement existé et inspiré ce poème qui « lancé dans l’abîme des temps » était destiné à rencontrer notre époque ? Ou alors rien n’a changé sous le soleil de Zeus et l’homme, sous ses habits neufs, est toujours le même, médiocre ou sublime, qu’on le croise « casqué sur la plaine de Troie ou en train d’attendre l’autobus ». Tous les thèmes brassés par Homère ne seraient au final que « le combustible du brasier de l’éternel retour ». Si vous ne vous en doutiez pas un tout petit peu, le cœur de Tesson penche plutôt vers l’éternel retour. C’est là, qu’à mes yeux cela se gâte.

Venons-en alors à l’agacement. Le nietzschéisme un peu rapide de l’auteur essaime un peu partout dans l’ouvrage, le plus souvent sous la forme d’une critique virulente du christianisme. C’est parfois drôle : ainsi ce trait d’Ulysse qui sommé de se nommer dit s’appeler Personne et « marque là un point sur le Christ, lequel déployait toutes les vertus sauf celles de l’humour ». D’autres fois c’est un peu ridicule – « Nul héros grec n’a besoin d’un site internet. Il préfère riposter que poster » -, voire un peu inquiétant :

« Au XXIeme siècle l’héroïsme occidental consiste à afficher sa faiblesse. Sera héros celui qui peut prétendre avoir pâti des effets de l’oppression. Etre une victime : voilà l’ambition, du héros d’aujourd’hui ! Devenir le meilleur de tous était l’objectif du héros d’Homère. Tout le monde il est le meilleur est une injonction chrétienne sécularisée par les démocraties modernes ».

On imagine confusément ce que l’auteur vise, mais cette diatribe a de vilains relents de « fort terrassé par la coalition des faibles ».

A chacun de juger…

Plus gênante est la manie des citations tronquées ou sorties de leur contexte. J’en retiendrai une parmi d’autres. Citant le magnifique texte de Simone Weil en le réduisant pratiquement à son titre, Tesson nous rappelle que la philosophe appelait L’Iliade « le poème de la force ». On aurait pu lui rétorquer, poursuit-il, que « d’autres thèmes la traversent : la compassion, la douceur, l’amitié, la nostalgie, la loyauté, l’amour « . Et notre auteur d’attribuer les singulières œillères de la philosophe aux circonstances : Simone Weil écrivit son texte dans les années 39-40 et le fracas des bottes « électrisait d’effroi toute lecture ». Pourtant si on lit ce texte jusqu’au bout, on est loin de cette caricature. Pour Weil, L’Iliade met en lumière la déshumanisation qu’entraîne l’usage de la force. A ses yeux, Homère a bien compris que la subordination de l’âme humaine à la force est la même chez tous les mortels. « Nul de ceux qui y succombent n’est regardé de ce fait comme méprisable. (…) Tout ce qui, à l’intérieur de l’âme et dans les relations humaines échappe à l’empire de la force est aimé, mais aimé douloureusement, à cause du danger de destruction continuellement suspendu ». Rapprochant de manière inattendue « la lumière de l’épopée homérique de l’esprit évangélique », Simone Weil conclut « l’Evangile est la dernière et merveilleuse expression du génie grec, comme l’Iliade en est la première » Difficile d’être plus éloigné de Tesson mais pas dans le sens que celui-ci semble suggérer.

Malgré mes réserves, le livre de Tesson mérite la lecture. D’un abord agréable il suscite la réflexion, même et surtout si, par moment, on ne partage pas son propos. Il est une invitation à se plonger (ou replonger) dans Homère dont chaque lecture apporte un nouveau point de vue, laisse un souvenir renouvelé. Selon le moment, on sera bouleversé par le vieux Priam, touché par l’humanité d’Hector, amusé par le caractère retors d’Ulysse ou encore – c’est mon cas – ému par le porcher Eumée. Comment rester insensible lorsque ce dernier accueille Ulysse à son retour. Ulysse a pris l’apparence d’un mendiant repoussant. Il s’attend à être éconduit et s’étonne de l’accueil de son vieux serviteur qui ne l’a pas reconnu. Eumée lui fait cette réponse : « Etranger, ma coutume est d’honorer les hôtes, quand même il m’en viendrait de plus piteux que toi ; étrangers, mendiants, tous nous viennent de Zeus ». Non, Simone Weil ne divaguait pas…

Le livre sur le site de l’éditeur

Sylvain Tesson à La Grande Librairie pour parle d’Un été avec Homère

UN RÊVE

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Le rêve a la particularité de tenir dans l’espace d’une nuit. D’une partie de nuit, pour être exact. D’une phase de sommeil, si on veut être tout à fait précis.

Mais ce rêve-ci débordait du cadre habituel. Il possédait des extensions dans la journée, loin dans la journée, jusqu’à midi et même après.

Un rêve qui sort de son cadre, c’est rare et, pour tout dire, assez inquiétant : il s’agit d’y porter remède, car où va-t-on si les rêves n’en font plus qu’à leur tête ?

Un rêve, c’est comme un militant politique ou syndical, un enseignant compétent : il n’a qu’à bien se tenir. Il n’a pas le droit de faire des vagues, de sortir de son lit, de la ligne directrice. Sinon, c’est la porte ouverte au flou, à la confusion, à la permaculture onirique, au règne de la chienlit, comme disait l’autre. Après ça, c’est le camp de redressement idéologique, le Goulag de la vie diurne et cartésienne.

Puis il faut penser à celui qui récolte les rêves, qui en fait profession, les met en paquets, les dissèque et disserte, en tire des conclusions, hasardeuses, soit, mais faut faire avec ce qu’on a : le lecteur ou le patient apprécie les faiseurs d’illusion ; faut bien vivre de ses écrits à défaut de faire rêver.

Vous le voyez, vous, aller récupérer des morceaux à toutes les heures du jour pour les faire rentrer dans l’enclos de son interprétation et en tirer des bénéfices symboliques, asseoir sa réputation sur des filaments de songe, indiquer des marches à suivre, des modes d’emploi, tracer des portraits sur du vent. Non, bien sûr.

Ce rêve-là, soyez rassuré, a été maté, rendu à son biotope naturel, on a reconstitué son emploi du temps, rassemblé tous ses membres en un seul corps signifiant, il a été analysé, mis en boîte, on lui a fait dire ce qu’on voulait en dire pour la bonne marche des affaires psychologiques. Sinon où irait toute la clique du monde social, l’assistance à l’emploi, le coaching personnalisé, la morale populaire, le contrôle des cerveaux, l’éducation professionnelle, l’enseignement technique sans tronc commun ? Ben, au chômage, au Pôle Emploi et sans leurre supplémentaire !

Ce rêve-là, voyez-vous, est rentré dans le rang et les autres le savent, qui seraient jamais tenté de suivre sa trace, de répéter l’offense faite aux gardiens des nuits.

Désormais, je peux me remettre à rêver sans crainte de déraillement d’un des wagons de tête, transporteur d’un imaginaire libéré et non aux ordres de tel freluquet de la pensée en kit. Je sais qu’aucun ne manquera à l’appel au matin, quand l’heure sera venue de raisonner clairement, d’argumenter droit, d’enfiler les bottes de la pensée de grand chemin. Je pourrai me fier à mon psy qui fait commerce de mes rêves, à mon assistant social, à mon coach en bien-être, à mon réducteur automatique de pensées, quant à ce qu’il me dira à leur propos pour la bonne marche de mon itinéraire à venir dans les méandres parfois bien capricieux autant que spécieux d’une existence ordinaire.

LA JUSTICE SE DURCIT POUR LES FAUTES RELATIVES À L’ÉCRITURE INCLUSIVE

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Alors que les plaintes pour viol et, accessoirement celles relatives à des viols suivis de meurtre, sont laissées sans suite, la justice se durcit, et c’est très bien, pour les fautes (et les faits de faute) relatives à l’écriture inclusive.

Ainsi, celui que nous nommerons pour conserver son anonymat (même si ça nous coûte *) Max Prédateur, été condamné à trente ans de travaux d’intérêt général à perpétweeter pour avoir par mégarde adressé à sa sœur, que nous nommerons Maxine Prédateur, le texto suivant: « Maman est-elle devenu.e fol.le ? Elle pisse debout ! ».

Un délit-cas car la maman des Prédateur avait changé de sexe dernièrement sans prévenir sa descendance. Un des enfants a donc pris pour un accès de folie ou d’Alzheimer précoce ce qui relevait des conséquences d’un simple cas de chirurgie de rétribution sexuelle.

Il faut bien reconnaître que le message était, en l’état, partiellement mal formulé et que la justice, surchargée de travail, et que d’aucuns jugeront expéditive, a bien fait de sanctionner sévèrement cette faute d’un fils indigne non au fait des changements survenus dans l’écriture courante.

______________________________________

*Pour ce qui nous concerne, nous lui aurions fait bouffer ses c… après l’avoir pendu à un.e crochet.te de boucher.e.

RETOUR SUR LA FABRICATION DU RAOUL HEDEBOUW : Les RÉVÉLATIONS de MICHEL EINSTEIN !

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Le 1er Mai 1996, l’équipe de recherche et de techniciens du Centre d’étude et de nouvelles technologies du PTB situé à Anvers dans un ancien bunker de l’armée allemande, inaugure le premier porte-parole officiel du Parti. Peter Mertens félicite les chercheurs et techniciens responsables d’un exploit sans précédent dans l’histoire du communisme belge.


Michel Einstein
, un des concepteurs de la machine, parle avec émotion de ce jour :

« Après des mois de labeur, on était parvenu à composer le parfait militant de vingt-ans et ce pour pallier le militant de base dans lequel de nombreux travailleurs et chômeurs, parfois rebutés par l’aspect austère des anciens militants communistes, qui ne donnaient pas envie de leur ressembler, employant un jargon peu compréhensible, formaté et daté.

En ce 1er Mai doublement festif, le R.H. (comme relations humaines) était né : jovial, l’œil pétillant, buveur de bière et dispensateur de bons mots, chaussé de lunettes approximatives, sans signe sexuel apparent, la réplique cinglante mais sans malveillance à l’égard de son interlocuteur. Mais avec un défaut de fabrication, un accent qui s’apparentait à l’accent liégeois et qui allait être son meilleur atout. De commun accord, alors qu’il était destiné pour la Flandre profonde, on a décidé de l’implanter à Liège avec un CV ad hoc…

Peter Mertens était aux anges. Il n’avait jamais été aussi heureux depuis l’invasion de l’Afghanistan par les forces soviétiques, dix-sept ans plus tôt. Faut dire que tout l’argent des militants y était passé et que certains avaient dû se saigner aux quatre veines. »

Michel Einstein écrase une larme de joie à la pensée de cette époque heureuse pour la science politique.

« Dès le début, poursuit-il, on a choisi de l’appeler d’un prénom sympa, limite plouc, Raoul, qui le soleil levant sur l’Île de la révolte anti-impérialiste, couplé à un nom de consonance flamande, dont on pensait qu’il mettrait la puce à l’oreille de l’opposition (hedebouw = construction contemporaine) mais non, les commentateurs sont sourds et aveugles, pris dans leur interprétation basique du monde… Parfait bilingue voire quadrilingue (anglais et wallon compris), et forcément infatigable, il allait être sur tous les fronts, on l’avait même affublé d’un passé d’étudiant en biologie, pour s’allier les brebis égarées du troupeau écolo, avec une peau résistant aux lames les plus affûtées avec le sourire, pour servir la cause tant au nord qu’au sud du pays.

Mais depuis, il a été impossible de réitérer un tel exploit scientifique, une telle perfection technologique. On avait certes atteint des sommets !  »  

Ecoutons encore Michel Einstein.

 » A la suite de cela, les subsides du Parti ont baissé, il a fallu s’occuper du sort des militants au bord de la misère et on a fini par fermer le centre d’études et de recherche, et je suis retourner travailler en usine, comme manutentionnaire.

Dans les années 2010, on l’a réouvert sous la pression des dirigeants historiques qui voulaient redorer leur blason au sein du parti mais sans plus faire appel à moi. C’est mon collègue Stéphane Hawking, une personne extraordinaire à plus d’un titre auquel on a fait appel. Mais il ne sait rien faire de ses mains et tout seul, sans aide extérieure, ce n’est pas facile même pour un pur esprit de son niveau. Résultat, on n’a jamais pu fabriquer un modèle aussi parfait que le Hedebouw premier. Voilà ce qu’il advient des cerveaux du Parti comme moi ; on les rééduque par le travail, conclut Michel Einstein en écrasant une larme de haine.

Avant qu’on prenne congé de lui, Michel Einstein nous glisse un flyer de sa candidature aux élections prochaines et nous prie d’en parler. Il est dernier suppléant sur la liste du MR au Parlement et a bon espoir de décrocher un job en politique. Il espère qu’on le citera dans cet article, voilà qui est fait.

Il nous a aussi confié avoir oeuvré au sein de la cellule scientifique du MR à la confection du GeorgesLouis Bouchez première génération mais, de son avis d’expert, il n’est pas aussi parfait que le Hedebouw:  il prête trop le flanc à la critique, il est trop cassant, pas assez ductile, lançant des anathèmes à tout bout de champ. Un échec de la technologie politique moderne ! Des Hedebouw, on n’en refera pas de sitôt, a-t-il lancé, l’œil trouble, un peu rouge…