L’HOMME À LA CHIMAY BLEUE de JEAN-PHILIPPE QUERTON (Cactus Inébranlable) / Une lecture de Nathalie DELHAYE

CHRONIQUES de NATHALIE DELHAYE – LES BELLES PHRASES
Nathalie DELHAYE

Bleus au coeur

Un homme, presque condamné par ses excès et la maladie, décide d’en finir en se suicidant à la Chimay bleue. Ce nectar délicat sera désormais son seul ami et enterrera sa triste vie. Il fait fi des recommandations de son médecin, qui espère un changement de comportement pour inverser la tendance.

L‘humour noir est présent dans cet ouvrage, caustique, pince-sans-rire, Jean-Philippe Querton nous raconte les déboires de cet homme fatigué de vivre. Celui-ci s’isole, de plus en plus, s’éloigne de son environnement, coupe le contact avec tout le monde, et ne se livre plus qu’à l’enivrement, jusqu’à tomber, de sa boisson préférée.

Il sombre inexorablement, s’abandonnant à l’état alcoolique en permanence, on ressent la détresse, le chagrin, le submerger, plus rien ne compte, il est seul et veut le demeurer, à jamais.

Un lâcher-prise progressif qui plonge notre homme dans les méandres de l’addiction, il se demande quand viendra son heure, défie la bière et les quantités…
Jusqu’au jour où… Un regard, un sourire, un ange l’interpelle, et son triste dessein est remis en question.

Ce livre m’a fait penser à « Fable d’amour », d’Antonio Moresco, par le thème abordé. Un homme en perdition, qui s’accroche soudain à un ange salvateur, l’innocence incarnée, la douceur, une lueur d’espoir.

Mais ici, ce n’est pas un conte… Le titre, « L’homme à la Chimay bleue » et la couverture noire laissent augurer un livre sombre, un polar, une enquête à la Maigret. C’est une descente aux enfers, mais on sourit, on rit, on s’émeut, et on se dit que c’est possible, la chute vertigineuse se justifie, le sursaut se comprend, l’envie de survivre se conçoit.

Un roman qui traite de l’alcoolisme, de l’impuissance face à la maladie, de la marginalisation, et surtout de la solitude, de solitudes plurielles, qui mêlent pour un temps leurs destins.

Amougies: Cactus inébranlable, une maison d'édition qui pique ...
Jean-Philippe Querton

Le roman sur le site du Cactus Inébranlable 

LA LUMIÈRE ABSOLUE & autres poèmes de Claudette MEPLOMD, d’après des oeuvres de Salvatore GUCCIARDO

La lumière absolue

 

Le désert est rempli de sable fin

Petits cristaux bruns

Remplissent le Sahara

Voir des ergs là-bas

 

Ces grands massifs de dunes

Sont éclairés par la lune

Les regs où plates étendues

Au pays de la soif la roche est nue

 

Couleur jaune variée

Plus clair, plus foncé

Pâle sur la toile

Fond d’écran nous régale

 

Désert de nos cœurs

En silence reprend sa place

Sur le palace

D’un rayon de bonheur

 

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+

La courbe lyrique

 

Est-ce une carpe, une tranche

Ce poisson rond

Respire l’oxygénation

D’une fleur de pervenche

 

Dans une eau douce

Il se déplace frétillant

Près d’une mousse

Et des coraux en touffe

 

Bleu comme la mer

Bleu comme le ciel

Poisson de l’imaginaire

Nage Providentielle

 

Il se confond dans cette eau

Éternellement

L’homme est reconnaissant

De ces éléments aussi beaux

 

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+

Le lieu lumineux

 

Ça semble sortir de la mer

D’une profondeur extrême

La corde du puits du désert

Est un dilemme

 

Elle ne peut mesurer

D’où le geyser

Jaillit en pleine mer

 

L’eau y est bouillante

Les gouttelettes

Reflètent

Des pierres vivantes

 

Se pose la réfraction

Reflets de milles couleurs

Des quatre saisons

Au creux de nos cœurs

 

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+

La sylphide

 

Confectionner des vêtements sur mesure

Un défilé bleu azur

Dans la pièce pour chaque essayage

Rêvant d’un nouveau rivage

 

Bustier

Jupe plissée

Est réalisée la tenue

Jusqu’à la coiffe maintenue

 

Que de fierté

De porter

Sur soi le vêtement juste au corps

Fait de talent d’or

 

Même le peintre a réalisé

Ce modèle de luxe féminin

Agilité des mains

Dans le regard de l’humilité

 

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+

Le rayonnement céleste

 

La vie s’est manifestée

Mers, montagnes, vallées

Défilent sous nos pieds

 

Volcan en éruption

Dansent flammes

De tes émotions

En ton âme

 

Danse l’humanité

La joie transporte l’étranger

Pas de frontières

Sur cette terre

 

Aperçu de l’image

+

Flamboyance azurée

 

Comment peut-on aller sur la lune

Une seule fusée le permet

L’astronaute de blanc vêtu

Conduit cet engin

Vers un pays lointain

Sans rose ni raisin

Juste ses lunettes de vue

Pour y apercevoir les dunes

De la terre qu’il a quittée

 

L’éclairage intérieur dessine la forme

La ligne d’horizon est passée

Les médias nous informent

De ce événement sacré

 

Pourquoi rester à regarder le ciel

Continuez vos activités

Cet homme racontera ses journées

Embellies de miel

 

Trois boutons suffisent à manipuler

Le temps de l’espace

Monter, descendre, rester

Enfin sur place

 

Aperçu de l’image

+

Le rayonnement de la spirale

 

L’œil de Lyncée

A une vue perçante

Impressionnante

Sur tous les sentiers

 

De loin, capte les images

Enregistre divers paysages

De l’univers des mers

Où vue du Belvédère

 

Des rêves à n’en plus finir

Quand le peintre de son pinceau fin

Signe son nom de fer rouge orangé

Se propage sur la toile de lin

De pleins et déliés

Belle calligraphie de l’âme à ravir

 

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+

Méandres

 

Une étendue d’eau à marée basse

Entrouvre une allée

Que l’on peut cheminer

Sur le sable légèrement mouillé

 

A pied sec, quelques fois

Contempler le mouvement des clapotis

Vagues en rouleaux chantant le cri

Des embruns un peu froid

 

Ceci est dû à l’attraction de la lune et du soleil

Dessinant l’imaginaire

Un personnage extraordinaire

D’un courant littéraire

 

Poésie sur le sable incrustée

Tout au long de la journée

Invitation à y retourner

 

Demain, je reviendrai

Sur ce fabuleux rendez-vous

Ce personnage un peu fou

Près du rivage enchanté

 

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+

La brume lumineuse

 

Dans la nuée se cache des beauté

Est-ce un rêve où une réalité

Ce que voient tes yeux

Dans cet espace bleu

 

C’est le secret de l’amour

Une basilique surplombe la hauteur

Invitant l’élévation du cœur

Aujourd’hui et toujours

 

Douce lumière de la divinité

Transcendance ou spiritualité

Refuge bienfaiteur

Âme de douceur

 

Notre Dame au fond des mers

Née de la lumière

Fait scintiller le souffle de la vie

De son regard de tendresse infinie

 

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+

L’odyssée lunaire

 

Qui tourne autour de l’autre

La terre ferme tourne sur elle-même

Personne ne s’en aperçoit

Sauf quelquefois

Lors qu’elle tremble d’elle même

 

Le soleil fait sa course en journée

L’impression d’un visage est là à nous réchauffer

Certainement surveiller nos pensées

 

La voûte céleste pigmentée de nacre

Renvoie la lumière sur la terre

Trois soixante-cinq jours où une année

De bons vœux salutaires

 

Les cheveux longs dorés de dame lune

Illumine la pupille de ses yeux

Miraculeux

La flamme s’élève en chacun, chacune

 

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Claudette MEPLOMD, 20-21.06.2020,

d’après les oeuvres de Salvatore GUCCIARDO.
Les titres des poèmes sont ceux des tableaux.

Le SITE de SALVATORE GUCCIARDO

2020 – LIRE POUR DÉCONFINER : NOUVELLES NOIRES, NOUVELLES LOUFOQUES / La chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

Pour bâtir cette chronique, j’ai assemblé deux recueils de nouvelles un peu particuliers. Un recueil de nouvelles plutôt noires, plutôt longues, de Francis DENIS et un autre recueil, à l’opposé, de nouvelles très courtes et plutôt loufoques de Patrick BOUTIN. Dans les deux cas, des textes policés, un langage riche et des histoires peu banales, même surprenantes pour certaines.

 

Jardins (s) – La femme trouée

Francis Denis

La route de la soie – Editions

critiquesLibres.com : Jardin(s) - La Femme trouée Francis Denis

Ce recueil comporte deux longues nouvelles, ou deux courts romans, ou un court roman et une longue nouvelle mais peu importe le contenant, il nous restera toujours l’émotion dégagée par ces deux textes pathétiques, tragiques, poignants… Des histoires qui auraient pu figurer dans Les désemparés, un précédent recueil de Francis Denis.

Jardins(s)

Un quadragénaire vivant seul avec son animal de compagnie éprouve les affres d’une profonde solitude, il se sent ignoré et même rejeté par son voisinage, il a l’impression de ne pas exister pour les autres, il est insignifiant. Pour se faire remarquer, pour exister, il décide de construire dans son étroit jardin, une piscine particulière qu’il ouvre aux enfants du quartier. Il est alors beaucoup mieux considéré, les voisins le saluent, il est un personnage du quartier, il existe. Mais il lui faut payer les travaux de construction de cette piscine et le maçon le fait chanter au sujet de certaines formalités administratives qui n’ont pas été respectées. Le maçon subit ce que risquent tous les maîtres chanteurs et les malheurs du pauvre bougre recommencent. Il espérait construire une vie nouvelle avec la belle Clotilde mais son forfait, bien qu’ignoré de tous, risquent de remettre en cause tous ces beaux projets.

Le drame de la solitude, de ceux qui, comme ce garçon, ont été transbahutés de foyers en familles d’accueil, ne s’installant jamais réellement dans la vie, restant à tout jamais des déracinés, des apatrides de la société. Le déchirement aussi de la culpabilité qui condamne plus sévèrement que les tribunaux.

Francis Denis

La femme trouée

L’histoire d’une fille qui raconte une l’histoire qu’elle aurait pu avoir mais qu’elle n’a pas eue. Enfant, Marguerite a fait une très grosse bêtise, elle a allumé un incendie en jouant avec les enfants des maîtres de sa mère. Elle s’en est sortie mais les deux autres enfants ont péri dans les flammes. Après une longue hospitalisation, elle a pu reprendre une vie indépendante avec sa mère qui a consacré toute son existence à cette enfant muette et handicapée. Son amour pour sa fille est sa seule raison de vivre et, quand elle décède, Marguerite écrit l’histoire qu’elle aurait pu avoir si sa mère ne l’avait pas étouffée de son amour. C’est bouleversant !

Francis Denis écrit ces textes dans une langue simple, précise, épurée, fluide, élégante, très agréable à lire même s’il raconte des histoires déchirantes. Cette écriture permet de lire ces textes bouleversants avec moins de douleur.

Le livre sur le site de l’éditeur 

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Les noces de porcelaine

Patrick Boutin

Simon Deshusses (illustration)

Ginkgo éditeur

Les Noces de porcelaine

C’est la quatrième fois en une période relativement brève que je lis et commente une œuvre de Patrick Boutin, j’ai donc eu tout le loisir d’apprécier sa virtuosité langagière, sa profonde connaissance du vocabulaire français que tant de personnes oublient beaucoup trop vite, sa créativité pour inventer des jeux de mots, calembours, aphorismes, allitérations et autres formules de styles dont il nourrit abondamment ses textes. Ses divers jeux sur les mots semblent être totalement intégrés dans son projet littéraire, il semble non seulement écrire des histoires mais aussi jouer avec les mots et la façon de les assembler pour produire un effet littéraire. Il ne lésine pas non plus sur les mots rares, savants, exotiques, scientifiques pour enrichir ses textes, mais aussi pour toujours donner le mot juste sans avoir recours à des néologismes à la mode ou à des mots sans sens réel tirés d’une altération de la langue anglaise.

Bozon2X éditions
Patrick Boutin

Ce recueil comporte trente-sept nouvelles courtes, en moyenne une page, parfois quelques lignes, d’autres fois deux ou trois pages, racontant des situation étranges, bizarres, déjantées, presque toujours improbables. Même si pour la plupart elles créent des situations apparaissant incroyables, les aventures qu’elles dépeignent restent plausibles car dans notre monde tout est possible même le pire. Patrick Boutin immerge le lecteur dans l’impossible pour lui montrer que tout est possible, selon la célèbre formule de Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ».

Ce recueil ne serait pas aussi attractif, aussi éloquent, aussi jouissif si l’auteur n’avait pas sollicité le concours d’un illustrateur, Simon Deshusses, qui a produit un dessin pour chacune des nouvelles, apportant ainsi une autre dimension au texte en le mettant en scène, en donnant un corps aux personnages, en ajoutant un touche humoristique ou ironique à chacune des histoires racontées par l’auteur.

Je rangerai ce livre entre le recueil d’aphorismes « Le fruit des fendus » écrit par Patrick dans la célèbre collection « Les P’tits cactus » des Cactus inébranlable éditions et son recueil de nouvelles, « Miroir, miroir » récemment publié par Bozon2x éditions. Il me semble se situer à la médiane de ces deux recueils adoptant les formules de l’un pour épouser des histoires aussi étonnante que l’autre.

Le livre sur le site de la Librairie du voyageur

 

ANTHOLOGIE DES FEMMES POÈTES ARABES / MARAM al-MASRI (Le Temps des cerises)

Couverture Femmes poètes du monde arabe

 

Texte de la quatrième de couverture

Contrairement à ce que l’on imagine peut-être, le paysage poétique des femmes du monde arabe est riche. Déjà, dans l’histoire de la culture arabe classique, plusieurs femmes ont fait entendre leur voix à travers la poésie.
Au XXe siècle, en liaison avec le mouvement de libération et de modernisation des sociétés arabes, des femmes sont réapparues. Les plus fameuses sont l’Irakienne Nazik al-Malaïka, la Palestinienne Fadwa Touqan, les Syriennes Colette Khoury ou Ghada Al Saman…Mais on peut constater ces dernières années une véritable explosion de la poésie féminine arabe, sans doute favorisée par Internet et des réseaux sociaux qui font qu’il n’est plus indispensable d’avoir publié des livres pour diffuser ses poèmes. Même si, dans certains pays, l’accès à la publication reste difficile. Parfois certaines poétesses choisissent de changer leur nom pour épargner leur famille et leurs proches, car la poésie est du domaine de l’intime et dévoiler l’intime est sou- vent mal vu, perçu comme un acte d’impudeur.
Le lecteur sera parfois étonné par le respect de la tradition poétique arabe et parfois par la modernité des textes, mais ce qui unit ces femmes, c’est leur liberté d’expression, une liberté gagnée dans un monde difficile ou nulle n’est « prophétesse en son pays »…

En espérant qu’à travers ces paroles de femmes, le lecteur (ou la lectrice) se fera une idée un peu nouvelle, non seulement des femmes arabes, mais aussi des hommes qui, même s’ils sont invisibles, sont présents dans ces pages. La modernité est comme la vague d’un grand océan qui au fur et à mesure a gagné le monde entier… Les mouvements qui ont bouleversé la poésie française et occidentale ont aussi touché les rivages de la poésie arabe et la modernité de la poésie arabe, aujourd’hui, non seulement n’a rien à envier à celle des autres pays mais peut en retour influer sur elles. S’il y a une mondialisation des sociétés, il y a aussi, à travers une grande diversité qui est une richesse, une mondialisation de la poésie.

Maram al-Masri

 

SÉLECTION DE TEXTES

 

HANADI  ZARKA

(Syrie)

 

UNE PLUIE TARDIVE

Tu me promets toujours

Et tu as certainement  tes raisons pour arriver en retard

Ou ne pas venir ;

Et moi, j’attends.

Et quand tu viens en retard

Comme d’habitude

Nerveux, comme il convient,

Tu prétends que l’état des routes est très mauvais

Et que les pluies t’ont surpris au loin

Peut-être tu n’as pas remarqué

Que la pluie est en retard depuis déjà un an,

Au moins,

Depuis que tu as décidé de prendre rendez-vous avec moi.

 

MIROIR

je suis svelte, comme tu les veux

Et je prends soin de moi,

Comme il convient pour une femme que tu aimes.

J’utilise ta brosse à dents

Et ma langue sait bien répéter, comme tu le souhaites,

Les mots qu’il faut

Avec calme et dignité.

J’aime la même musique que toi.

Je possède tes livres.

J’embrasse les lieux que tu visites.

Je te ressemble beaucoup.

Tu m’as fait devenir toi.

 

Je ne t’aime plus.

 

Hanadi Zarka est née à Lattaquié. Elle est titulaire d’un diplôme en génie agricole de l’université de Tichrine. EN 2001, elle publie Le retour du chaos, prix Mohamed El Barghout pour la jeunesse.

Pour découvrir plus de poèmes de Hanadi Zarka

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VIOLETTE  ABU JALAD

(Liban)

 

J’AVOUE QUE J’AI AIMÉ PLUS QUE DE RAISON

J’avoue que j’ai aimé plus que de raison

Jusqu’à être possédée par le génie de l’amour

J’ai tout parié sur la ronde du désir qui tourne autour de ses blessures.

J’ai bu l’enchantement de lèvres lointaines

Comme si les eaux accessibles ne pouvaient pas désaltérer

Comme si seul l’impossible était un vrai texte

J’écrirai sur toi pour que tu deviennes la distance

Et je t’écrirai pour que je devienne le temps

Je danserai autour de moi-même

La pluie me surprend

J’enlace dans la glace une tunique qui s’épanouit sur une neige qui brûle

La chevelure couleur de vie tombe de fatigue

Je danserai autour de moi-même

Jusqu’à ce que vienne le temps de ta folie

Je saurai alors que j’ai dansé plus que de raison.

 

Violette Abu Jalad , jeune poète, vit à Jounieh, près de Beyrouth. Elle a publié quatre livres dont J’ai accompagné le fou jusque dans son esprit.

Pour découvrir plus de poèmes de Violette Abu Jalad

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LORCA SEBTI

(Liban)

 

IL NE MEURT PAS

Ce qui ne meurt pas

ce n’est pas le poète

mais sa place quand il meurt

 

ce qui ne meurt pas

ce n’est pas la douleur

mais sa place quand il meurt

 

ce qui ne meurt pas

ce n’est pas le souvenir

mais sa place quand il meurt

 

ce qui ne meurt pas

ce n’est pas dieu

mais sa place quand il meurt

 

Loca Sebti est née en 1979, au Sud Liban. Fille du poète Mustapha Sebti, elle a suivi des études d’éducation physique et de philosophie. Présentatrice à la télévision libanaise, elle anime une émission culturelle, Pose des questions à ton coeur. Elle a publié six livres dont un recueil pour les enfants: Sumson est dans le ventre de sa mère.

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DUNIA MIHAIL

(Irak)

 

LES PRONOMS

Il joue un train

Elle joue sifflet

Ils partent

Il joue corde

Elle joue arbre

Ils se balancent

Il joue rêve

Elle joue plume

Ils volent

Il joue général

Elle joue armée

Ils déclarent guerre

 

Dunia Mihail, née en 1965 est titulaire d’un BA de l’Université de Bagda. Après avoir été interrogée par les services de Saddam Hussein, elle s’exile en Jordanie. Elle vit aujourd’hui aux Etats-Unis, dans le Michigan. En 2001, elle a reçu le prix des Nations Unies pour les droits de l’homme et la liberté de l’écriture. Elle a publié cinq livres.

Pour découvrir plus de poèmes de Dunia Mihail 

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MAISOON SAKR

(Emirats Arabes Unis)

 

LA VEUVE D’UN BRIGAND

Quand j’écris le secret ne se révèle pas, la féminité ne sort pas toute nue, l’angoisse ne me prête pas attention, les mots répugnent au chant, je n’appelle pas la langue à la rescousse et je ne me calme point.

L’icône de la souffrance, les traces du sable, la passion montée en croupe, le fruit pourri, la compagnie de la mort, un corps à titre d’indication, le retour à la soif, l’amer essoufflement , le fidèle gardien, les cauchemars de la compassion, de petits renards dans le demi-cercle, le regrets du labyrinthe, le sentier de la perdition, les vers de terre.

C’est ainsi que je commence à tordre les mots.

 

Maison Sakr  est diplômée de la faculté des sciences économiques et politiques de l’Université du Caire. Elle a travaillé au Centre culturel d’Abou Dhabi au centre de documentation, puis à la Fondation pour la culture et les arts. Elle a également créé le premier et le deuxième festival de l’enfance. Elle a composé six oeuvres pour les enfants et a travaillé à la compilation en quatre volumes de l’oeuvre de son père, le poète Cheikh Saqr bin Sultan Al Qasimi.  

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FATMA AL-SHIDI

(Oman)

 

RÉVOLUTION

Tout est retourné comme l’aiguille du scorpion du temps

comme le mât qui ne sait pas se courber

Les marges sont au premier rang

L’étonnement a perdu ses verres grossissant

Il a pris du repos dans l’ombre du milieu des petites choses

Les reptiles ont cessé de mendier les trottoirs à l’insu du temps, il leur est venu des ailes

Les dinosaures ont rétréci plus que les angle de la photo

Les statues se sont agenouillées devant les doigts du sculpteur

Le poème s’est collé à la rue

Les masques se sont envolés

Alors les rires se sont envolés aussi

 

Fatma al-Shidi, docteur en linguistique de l’Université de Yarmouk, est enseignante et conseillère du ministère de l’éducation. Elle est poète, prosatrice et critique. Parmi ses livres de poésie : Cette mort est plus verte.

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HOUDA ABLAN

(Yemen)

 

OBJETS

J’avais une maison

Et un lit de bois rêveur

Et une douleur sur l’étagère

Et un robinet de souvenirs

Et un brasier sur lequel je retournais mon cœur

quand le froid l’assaillait

Et beaucoup de fumées

Mais j’étais sans porte

Et sans fenêtre

 

Houda Abla, née en 1971, a étudié à l’Université de Sanaa et a obtenu son diplôme en sciences politiques en 1993. Son premier recueil de poèmes, Les Roses, a été publié à Damas en 1089. Depuis lors, elle a publié plusieurs autres recueils de poèmes qui ont été traduits en plusieurs langues. Sa poésie a également été incluse dans un recueil de poèmes intitulé Arab Women’s Poetry: Contemporary Anthology. Elle a été secrétaire générale de l’Union des écrivains yéménites, avant d’être promue au poste de vice-ministre de la culture. 

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NABILAH Al-ZUBAÏR

(Yemen)

 

LE JEU DE LA RAISON

Je vais prétendre que je suis raisonnable

et tu vas prétendre que tu es fou

Je vais jouer avec toi de ma raison

et toi, tu vas jouer avec moi de ta folie

Puis

je vais te suivre

tandis que tu ramasserais les cailloux

et que tu compterais mes chutes

 

LE JEU D’ÉCRITURE

Ce jeu est dangereux

Moi, je n’ai pas essayé d’être un poète régulier

et toi, tu n’as pas essayé d’être un poète ouvert

Mais je n’ai pas su ce que je devais écrire

sauf après que le temps a passé

 

A force de numéroter ses rêves, on ne peut plus compter sur ses nuits.

Le montreur de sextant

Le montreur de montre agit au réveil du dormeur

Le montreur de pas perd pied face au spectacle de la marche.

 

Nabilah Muhsin al-Zubaïr est une poétesse et romancière yéménite. Elle est née dans le village d’al-Hagara, dans la région de Haraz, et a étudié à l’Université de Sanaa, où elle a obtenu un baccalauréat en psychologie.

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IBA AÏSSA

(Egypte)

 

LE MIROIR

Je punis le miroir

avec une nouvelle forme

Je remplis ses coins

d’une interrogation lubrique

dur ce qui se passe dans l’autre coin de la chambre

et je le provoque encore

en passant nue devant lui

puis je pose mon chewing-gum mâché

et un rictus de victoire

je le laisse à sa curiosité inassouvie

peut-être maintenant, je peux le délaisser

pour regarder la télé

sans que ses yeux se fixent sur moi

ou sur l’horloge du mur

 

Iba Aïssa est artiste peintre et poète. Active dans le domaine des droits des femmes. A publié un roman dont on pourrait traduire le titre par Sat-ange.

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AÏCHA BASSRI

(Maroc)

 

JE NE SUIS PLUS LÀ

Je t’ai appelé

Je t’ai appelé pendant de nombreuses années

Et quand tu as dit « oui »

à l’intérieur de moi

le sens des mots était perdu

Comme les oiseaux sont revenus

Le ciel est parti

 

Aïcha Bassri est une romancière et poète marocaine. A été primée pour son oeuvre La vie sans moi (« Al Hayat min douni »). 

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RAJAE TALBI

(Maroc)

 

LANGAGE

Dans les nuits chaudes

les yeux des taureaux rougissent

Ils frappent la terre du langage

pour voir jaillir l’eau !

Dans l’air montent leurs beuglements !

Rien n’est comparable à cette virilité,

son parfum envahit l’odorat

du langage !

 

FOUDRE

Si je ne réussis pas

à transformer cette poudre

en mots

je n’arrêterai pas de brûler

Sûrement, je serai la damnée

 

LUMIÈRE

L’amour pour

Me rendre lumineuse,

Chasser les ténèbres,

Non pas pour me transformer

En fantôme !

 

ATTENDRE

Au lieu d’attendre

sur un banc,

surveiller la route

Est-ce qu’elle m’apporte l’absent ?

Je regarde

La rivière m’emporter !

 

TOAST

Au lieu de compter

Les objets de l’absence,

Je pars vers la vie

Pour boire

À sa santé !

 

Rajae Talbi est écrivain, poète, traductrice et membre de l’Union des écrivains. Responsable de la section expositions au Ministère de la culture du Maroc. 

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COLETTE BEN HASSAN

(Jordanie)

 

Nous sommes celles qui ôtent leurs ennuis à la fin de la nuit

Leur insatisfaction d’une relation d’amour non réciproque…

Celles qui endossent leurs sous-vêtements, assises face à leur mémoire

En mangeant le pop-corn humain

Fait des cœurs de leurs anciens amours.

 

Nous sommes celles qui bâillent de sommeil

Essayant de se souvenir si elles boivent de la bière froide

Ou la coupe de sang frais qu’elles ont bu peu de temps avant… !

Nous sommes celles qui ont tué l’amour plus d’une fois…

Et nous sommes devenues suceuses de sang… Et de relations !

 

Colette Ben Hassan est une jeune poétesse et éditrice, en Jordanie. A notamment écrit : Une vieille femme m’a faite. Disparue prématurément en 2018.

 

Le recueil sur le site du Temps des cerises 

WITOLD GOMBROWICZ : TESTAMENT – FERDYDURKE – COSMOS – COURS DE PHILOSOPHIE EN SIX HEURES UN QUART / Une lecture d’Éric ALLARD

Witold Gombrowicz - Biography | Artist | Culture.pl
WITOLD GOMBROWICZ (1904-1969)

« Une bonne introduction à la lecture de mes ouvrages »

Witold Gombrowicz est né en Pologne en 1904, dans une famille de souche aristocratique (il se faisait appeler comte, rapporte Ernesto Sabato). Il émigre en Argentine en 1939 puis passe quelques mois à Berlin avant de venir finir sa vie en France, à Vence. C’est là qu’il sera contacté par Dominique de Roux, éditeur chez Christian Bourgeois et directeur des Cahiers de l’Herne, qui lui propose de se soumettre à des entretiens, à un livre-bilan sur ses ouvrages et la philosophie qui sous-tend son livre.
« Testament » est le livre qui en résulte. Il est suivi de la correspondance qui s’est établie entre l’éditeur et l’écrivain, et qui montre bien l’avancée d’un travail de cet ordre. Très vite Gombrowicz veut faire les questions et les réponses, il reprend le jeune éditeur sur sa fougue et sa verve et corrige ses articles. Mais quand le livre sort, de Roux gagne vraiment l’estime de Gombrowicz, qui souffre alors de graves problèmes d’asthme, par le soutien qu’il lui apporte et la stratégie d’édition qu’il déploie pour faire connaître l’oeuvre, encore peu connue alors, du Polonais.

Quant aux Entretiens proprement dits, il s’agit au départ d’un texte continu, entrecoupé par la suite de questions censées en faciliter la lecture. Il constitue une excellente entrée en matière – comme l’écrivain le pressent lui-même dans une lettre – à l’univers de Gombrowicz, certainement un des écrivains les plus marquants du siècle passé.

Auteur de romans comme Ferdydurke, La Pornographie ou Cosmos, il fut à la fin de sa vie sur la liste des nobélisables. Il a aussi marqué le théâtre (c’est Jorge Lavelli qui le jouera le premier en France) et son Journal, dans lequel il se présente comme un adversaire de toute forme, et pas seulement d’art, a impressionné de nombreux lecteurs. Il est d’ailleurs reconnu comme un écrivain de la forme et celui qui a fait de l’immaturité un thème littéraire. Ses personnages sont d’éternels enfants qui ne se laissent pas englués dans une forme de pensée, sociale, etc. Toujours à la marge, en retrait, susceptibles de créer leurs propres formes plutôt que d’être déformés par une structure préexistente ou extérieure.

Bien sûr ce livre ne donnera pas une idée précise du style et du talent de cet auteur qui a influencé nombre d’écrivains parmi lesquels Kundera. Mais il donnera peut-être envie de le lire.

On trouve à titre d’exemple de son mode de pensée, dans son Journal de l’année 61, cette présentation choisie pour la quatrième de couverture du volume Quarto de chez Gallimard qui contient tous ses romans et nouvelles:

« Je n’idolâtrais pas la poésie, je n’étais pas excessivement progressiste ni moderne, je n’étais pas un intellectuel typique, je n’étais ni nationaliste, ni catholique, ni communiste, ni homme de droite, je ne vénérais pas la science, ni l’art, ni Marx – qui étais-je donc ? Le plus souvent , j’étais simplement la négation de tout ce qu’affirmait mon interlocuteur… »

Le livre sur le site de Folio

 

Witold Gombrowicz - Biography | Artist | Culture.pl

 

Ferdydurke - Witold Gombrowicz - Folio

Le roman de l’immaturité

Premier grand roman de Witold Gombrowicz dans lequel on trouve déjà la thématique et les images fortes qui feront tout l’attrait de « La Pornographie » ou de « Cosmos ». Ce roman mélange les genres, il inclut le commentaire de l’auteur ainsi que des contes indépendants: « Philibert doublé d’enfant », ou « Philidor doublé d’enfant » (splendide conte absurde).

Les chapitres ont pour titre « Attrapage et suite du malaxage », « Déchaînement de jambes », « Déchaînement de gueules » ou encore « Compote ». Et c’est bien un sentiment de fourre-tout, de dévergondage, qui domine dans ces lignes. Gombrowicz parle de romans épico-grotesques à propos du genre de ses ouvrages en prose dont l’énormité de certaines scènes fait penser à du Rabelais.

Mais que raconte Ferdydurke ? Le retour à l’école d’un homme de trente ans (on pense aussi à Ernesto de « La pluie d’été « de Duras) qui rencontre des univers propres à l’emprisonner et à le maintenir dans un état d’adolescence prolongé. Le narrateur tombe amoureux d’une lycéenne « moderne », qui a peu vieilli depuis et qui, à plus d’un égard, rappelle la Lolita d’un autre auteur au parcours en bien des points semblable à celui de Gombrowicz : Nabokov.

Le roman s’achève par une critique en règle de la différence de classe encore très marquée avant la guerre dans la campagne polonaise entre l’aristocratie et la paysannerie.

Mais la grande leçon de Gombrowicz aura été de montrer très tôt, bien avant 1968, que le défunt 20ième siècle fut celui où le rapport de force entre jeunesse et maturité aura basculé en faveur de la jeunesse, devenue valeur forte, référence pour les générations précédentes. Et plus encore, il aura pressenti que la jeunesse, antre de l’immaturité, n’est pas l’apanage d’une catégorie d’âge.

Le livre sur le site de Folio

 

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Cosmos - Witold Gombrowicz - Folio

 » Une recherche obstinée de cochonnerie « 

Le narrateur, un étudiant qui a quitté le domicile familial, et Fuchs, qui fuit ses problèmes avec son chef, sont à la recherche d’une pension pour louer une chambre. Ils sont en plein soleil et pourtant tout est noir : les arbres, les plantes, la terre…

Ils aperçoivent bientôt un moineau pendu au bout d’un fil de fer. Ils sont d’abord accueillis à la pension par Bouboule, la propriétaire, mais aussi par Catherette, la femme de ménage qui a une lèvre fendue à la suite d’un accident. Puis ils découvrent Léna, la fille des Wojtys, les propriétaires. Très vite, le narrateur associe, du fait d’un rapprochement fortuit, la bouche de Léna à celle de la servante. Les bouches le renvoient au moineau pendu « en une sorte de tennis épuisant ». Mais il ne place pas les deux faits sur un même plan : « Le moineau était complètement au-delà, il était d’une autre nature. »

Léna est fraîchement mariée à Lucien et le narrateur remarque, lors du repas, leurs mains sur la nappe ; il se demande quel peut bien être la nature de leurs relations. Puis il découvre un minuscule bout de bois pendant au bout d’un court fil blanc ; aussitôt il le met en rapport avec le moineau découvert à leur arrivée. Les deux forment, il semble, le début d’une série… Puis c’est l’observation de « flèches » au plafond que les jeunes gens interprètent comme autant de signes qui ne mènent nulle part mais mettent l’esprit du narrateur en émoi. Qu’est-ce que tout cela signifie ?
« En tout cas, la réalité environnante était désormais contaminée par cette possibilité de significations multiples. »

Cette quête insensée d’un sens l’épuise complètement, le prive de tout sentiment. Un autre indice, un timon placé dans le jardin, conduit les enquêteurs à chercher dans la direction qu’indique l’objet : la chambre de Catherette. Mais leur virée nocturne va être mise à mal et se terminera, après avoir aperçu Léna nue, dans une succession d’actes absurdes par l’étranglement de son chat puis par sa pendaison par le narrateur.
« Je me rapprochais de Léna en tuant son chat bien-aimé, rageant de ne pouvoir faire autrement », observe Witold une fois son acte accompli en secret. Il reconnaît aussi que, s’il a agi de la sorte, c’était par méconnaissance de « ses sentiments à son égard. »
S’ils avaient été moins obscurs, il aurait pu apporter une réponse. Passion ? Amour ? Désir de la torturer ou de la caresser ? Plus loin, il reconnaîtra qu’il n’a pas envie d’elle parce qu’il se sent sale, dégoûtant.

Chez les époux Wojtys, Bouboule tient la pension et Léon, ex-directeur de banque, joue les demi-fous, il tient des propos décousus et roule des boulettes de pain à table. Après l’épisode du chat, Léon organise une sortie à la montagne sur le lieu où, 27 ans plus tôt, il a connu « la plus grande bamboche de sa vie ». Sont conviés à cette expédition deux jeunes couples amis de Léna et Lucien : Loulou et Louloute ainsi qu’un chef d’escadron accompagné de Ginette, son épouse. Plus un prêtre qu’ils découvrent sur le bord de la route, comme en prime, pour introduire le péché, la bénédiction dans tout ce beau monde… Ils s’installent dans une maison. Mais ce lieu apparaît surtout éloigné de la pension, de l’endroit où tout s’est passé : les pendaisons, l’étranglement du chat, la mise en relation des bouches car, ici à la montagne, la bouche de Léna, sans celle de Catherette restée à la campagne, apparaît esseulée, dénuée de sens. Tous sont comme ailleurs, absents à ce qu’ils vivent là : « Notre présence ici était une présence ‘ailleurs ‘…Tout se passait dans l’éloignement. »

Le narrateur est accablé par ces nouveaux faits liés à de nouveaux visages, d’autres arrangements. Après un repas qui réunit tous les protagonistes du voyage sauf un, Witold sort et, après avoir observé un nouvel appariement de bouches (celles du prêtre et de Ginette vomissant), il découvre le corps pendu de Lucien. Mû comme par une logique impérieuse (celle d’unir la bouche à la pendaison, comme on boucle un cycle), il mettra le doigt dans la bouche du mort puis dans celle du prêtre vivant.
Enfin, sans rien dire de ce qu’il a vu, il rejoindra la troupe qui, sous la conduite de Léon, se rend sur ce lieu foulé vingt-sept ans plus tôt où il connut le comble de la volupté.

A l’entame du chapitre 10, la narrateur hésite à nommer « histoire » ce qu’il nous raconte mais choisit plutôt les termes « d’accumulation et dissolution… continuelle… d’éléments». Tentative impossible d’organiser le chaos, de donner un sens aux signes que nous observons. Impossibilité même de fixer son attention sur un fait tant la masse des sollicitations sensuelles est nombreuse, en permanente évolution. Impossibilité aussi d’assumer ses désirs, de satisfaire ses envies…

En 1962 (le roman, le dernier de l’auteur, paru en 1965), Gombrowicz écrit dans son journal : « Qu’est-ce qu’un roman policier ? Un essai d’organiser le chaos. C’est pourquoi mon Cosmos, que j’aime appeler un roman sur la formation de la réalité, sera une sorte de récit policier. »

Un roman policier sans crime mais où les obsessions sont élevées à hauteur du monde : tout est indice d’un crime en train de se perpétrer, celui du sens, de la raison d’être de l’univers et de notre existence.
Un fabuleux roman, peut-être le meilleur de son auteur.

Le livre sur le site de Folio

Bande annonce du dernier film de Zulawski tiré du roman  

 

Witold Gombrowicz - Biography | Artist | Culture.pl

Le philosophie au pas de charge

Dans les derniers jours de sa vie, d’avril à mai 1969, Witold Gombrowicz dispense pour ses amis proches et sa femme un cours de philosophie express. Y sont abordés, principalement Kant et son numen, Husserl et la phénoménologie, Schopenhauer dont il regrette qu’il ne soit plus lu et pour lequel il éprouve une grande affection, Sartre et l’existentialisme dont il se sentait proche (Gombrowicz est considéré par certains comme un précurseur de l’existentialisme avec ses concepts de forme et d’immaturité dans Ferdydurke, paru avant L’Être et le Néant, en 1937) et dont il réactive les idées (mauvaise foi, salaud etc.). Il termine avec Nietzsche et accorde son dernier quart d’heure à Marx.

En tant que Polonais, mais n’ayant plus mis les pieds depuis longtemps en Pologne sous la coupe communiste, il est sévère avec le marxisme et ne donne plus au communisme est européen longtemps à vivre.

« L’avenir du communisme ? Je suppose que dans vingt ou trente ans, on larguera le communisme. »
Juste prévision.

Tout ce qui est enseigné l’est de façon immédiatement compréhenssible, et on peut se faire une large idée des philosophies présentées. Néanmoins, on devine que Gombrowicz aurait apporté moult modifications sinon une toute autre structure à ce cours si le temps lui avait été donné de le revoir avant parution.

Le livre sur le site de Rivages 

GOMBROWICZ en FOLIO

LE SITE OFFICIEL DE WITOLD GOMBROWICZ

 

 

LA LUNE ÉCLABOUSSÉE, Meurtres à Maubeuge, de CARINE-LAURE DESGUIN / Une lecture d’Éric ALLARD

La lune éclaboussée, meutre à Maubeuge - Babelio

 

Sang d’encre

Le roman débute alors que Jenny Dalooz se rend chez Olivier Garnier, le fils d’un écrivain réputé, Michel Garnier, auteur de polars, mort d’une crise cardiaque, pour faire l’acquisition d’un lot de livres lui ayant appartenu.

Jenny Dalooz, personnage central du roman, est une jeune enseignante en sciences, attachante à plus d’un égard, qui se pique d’écrire et qui, pour l’anecdote, suce sans cesse des bêtises à la pomme verte. Un ticket de caisse trouvé dans un des livres de l’auteur à succès la persuade que l’écrivain, au charme duquel elle n’était pas insensible, n’est pas décédé d’une mort naturelle. Elle entreprend de mener l’enquête…

L’enquête à peine commencée, avec l’aide de ses tontons, mais à l’écart de sa cousine commissaire en chef, se corse quand on apprend que deux meurtres ont été commis à Maubeuge et que les deux hommes assassinés ont eu partie liée avec Michel Garnier dont la vie sexuelle était tourmentée.

Carine-Laure Desguin | Mon's Livre
Carine-Laure Desguin

Le décor est planté, à Maubeuge donc, qui, rendu par Carine-Laure Desquin et clair de lune oblige, participe à la fois du mystère propre au roman noir mais confère aussi à l’histoire narrée et ses rebondissements sa part de merveilleux.

Car l’un des charmes de ce roman réside dans le fait qu’il joue sur les genres littéraires.

Le sordide y voisine avec le cocasse et les esprits les plus vils s’opposent aux coeurs purs, le noir se teinte ainsi du bleu de la romance et du rose parme de la sensualité en passant par un large palette de sensations.

Le mobile des crimes est ce qui va faire verser le livre d’un genre dans l’autre, du polar au conte. Mais fallait-il s’attendre à autre chose dès le moment où, très tôt, il apparaît que le roman a pour objet le meurtre d’un auteur de polar et que le sang d’encre, plusieurs fois évoqué dans ses lignes, coule dans les veines des protagonistes de l’intrigue.

Cette mise en abyme initiale va tout du long donner le tournis au lecteur jusqu’à la fin du roman prodigieuse, au sens littéraire du terme.

Le livre sur le site de l’éditeur

En savoir plus sur le blog de Carine-Laure Desguin

L’APPÂT de BERTRAND TAVERNIER / Une chronique de Philippe LEUCKX

TANTAS ALMAS de NICOLÁS RINCÓN GILLE / Une chronique de Philippe LEUCKX
Philippe LEUCKX

Terrifiant.

Dans un Paris souvent nocturne, trois amis, Eric, Nathalie et Bruno mettent en pratique un plan pour détrousser les riches rencontrés lors de soirées, cocktails. La jolie Nathalie sert d’appât.Il n’y a plus qu’à « visiter » les demeures. Mais.

Tout ne se passe pas comme souhaité.

L'appât - film 1995 - AlloCiné

Trois jeunes comédiens que le film a véritablement, comme une photo, révélés, endossent avec charisme, brio, vérité ces trois personnages prêts à tout pour un peu de thune.

Nathalie est vendeuse, les deux compères glandent, s’édifient des châteaux en Espagne…de vrais projets foireux.

La caméra de Tavernier fouille la vanité des soirées, les stratagèmes gluants, les coups, la violence.

Si Sitruk joue avec aisance de ses gestes, de son corps, l’interprétation de Bruno Putzulu tranche par une volonté de planter la lourdeur du corps, de baisser la tête comme si quelque chose de pesant lui traversait l’esprit. Gillain étonnante aussi par ses rebonds, sa facilité à emporter la mise devant des hommes-pantins tout à leur désir mais vrais aveugles de ce qui se trame.

La mise en scène privilégie les portes, les serrures, des coins de pièces désordonnées, avec une lumière basse, et un souci réellement ethnographique dans la description des rues, des bars, des porches.

L’air y est irrespirable; les ambitions démesurées et l’épilogue aussi baveux que le « pipi de chat » lancé par Jouvet dans « Quai des orfèvres ».

L’un des meilleurs Tavernier avec L627, Coup de torchon, L’horloger de Saint-Paul.

Tavernier. L’appât. 1995. Bruno Putzulu, Marie Gillain, Olivier Sitruk, Berry, Berléand, Torreton, Comart.

 

 

2020 – LECTURES POUR CONFINÉS : CHEMINS DE TRAVERSE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

2020 - LECTURES POUR CONFINÉS : FANTASMAGORIE FERROVIAIRE / La chronique de Denis BILLAMBOZ
Denis BILLAMBOZ

Pour construire cette chronique j’ai réuni deux auteures qui ont confié leur plume, plutôt leur clavier, à des narratrices qui ont raconté, comment mal aimées de leurs parents et mal acceptées par beaucoup d’autres, souvent sous la contrainte, elles ont dû emprunter des chemins de traverse pour se construire un vie qui correspondait mieux à leur choix qu’à ceux de leurs parents. Ne connaissant pas ces deux auteures, je précise bien que ce sont les narratrices qu’elles ont créées qui racontent leur vie. Je fais toujours bien la différence entre auteure et narratrice. L’auteure invente la narratrice qui écrira le texte, parfois les deux peuvent se confondre.

 

Les beaux jours

Annie Préaux

M.E.O.

Les beaux jours - Annie Préaux - Babelio

Sa grand-mère l’a prévenue ses beaux jours sont révolus, quelques gouttes de sang tachent le fond de sa culotte, elle va passer du stade d’enfant à celui de femme pubère. Tout ça elle ne le sait pas encore, elle ne sait pas ce que c’est, elle n’y comprend rien et on ne veut rien lui dire.

La narratrice, je ne sais pas si cette histoire est autobiographique ou non, c’est la raison pour laquelle, je l’attribuerai à la narratrice et non à l’auteure, a choisi un habile processus littéraire pour raconter son adolescence, comment elle l’a conditionnée pour aborder sa vie d’adulte et la vie de senior qui l’attend peut-être en racontant celle de sa cousine qu’elle accompagne sur le dur chemin du grand âge. Elle raconte en alternance son adolescence et ses visites à s vieille cousine établissant ainsi une sorte de pont entre les deux bouts d’une vie.

C’était dans un village du Borinage, à l’époque où cette riche région minière devenait une immense friche industrielle, où les fortunes se défaisaient beaucoup plus vite qu’elles s’étaient constituées. Ainsi, après le décès de son père, la mère fut obligée de fermer la petite fabrique que la famille exploitait, en laissant une vingtaine d’ouvrières sur le carreau. Annette, la narratrice terrorisée par les prédications sataniques de sa grand-mère refuse de devenir une femme, ne s’aime pas, se déteste même au point d’en devenir anorexique.

« Contrairement aux vraies anorexiques, je ne me pèse jamais, je ne contrôle rien. Je ne souhaite pas être mince ou grosse. Je hais tout simplement cette chair qui recouvre mon squelette et qui saigne irrégulièrement. Je déteste mes points noirs, mes boutons, mes poils. Ma peau. Mes os. »

Annie Préaux
Annie Préaux

Elle se révolte contre tout, contre sa famille qui ne lui dit rien, qui la traite comme une enfant, contre l’école où, bien qu’elle soit une élève brillante, la maltraite et l’accuse d’être l’instigatrice de tous les mauvais coups fomentés au sein l’institution. C’est une rebelle, on la considère et la traite comme telle. Elle s‘oppose surtout à la religion, notamment celle pratiquée par sa grand-mère qui, restée au temps des rites et croyances le plus obscures, les plus contraignants, les abscons, ceux qu’elle l’oblige à pratiquer comme elle.

Cette religion que sa cousine Jeannette, un peu plus vieille qu’elle, respecte pointilleusement jusque dans ses plus obscures pratiques, quitte à inventer d’autres pour paraître encore meilleure catholique et être sûre d’aller directement au Paradis. Mais Jeannette subit la dégénérescence qui affecte de nombreuses personnes âgées, Annette décrit sa lente mais inéluctable dégradation physique et mentale. En pensant certainement dans un petit coin de sa tête que le début de sa descente, à elle, se rapproche de plus en plus. Je l’imagine aisément, je partage le même âge que l’auteure…

Un roman court, plein d’humanité et d’émotion qui survole, d’une adolescence douloureuse à une fin de vie dégradante, tout ce qui peut constituer une vie, la sienne peut-être, consacrée à de multiples engagements dont la défense de la cause des femmes très présente dans ce texte. Cette biographie est aussi un plaidoyer contre toutes les contraintes imposées aux jeunes filles, aux femmes, aux personnes âgées par des religions bigotes, castratrices, liberticides… dont des familles et des institutions usent et abusent encore pour maintenir leur pouvoir.

Le livre sur le site de M.E.O.

Bio-bibliographie d’Annie Préaux

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Au fond un jardinet étouffé

Morgane Vanschepdael

Maelström

BSC #84 Au fond un jardinet étouffé

« Je sors tous, les pensées, les viscères, les souvenirs, les contes élaborés dans les limbes… J’éclos lentement sous des trombes de phrases qui s’attachent à moi et je m’accroche à elles. »

L’auteure raconte comment l’écriture, la mise en mots de ses mésaventures bruxelloises l’a libérée du poids pesant sur ses épaules depuis qu’elle a quitté sa Gaume natale. Elle est née dans cette campagne, « Ici » où une héroïne de Christine van Acker s’est réfugiée pour oublier les affres de la capitale. Elle a travaillé dur, nettoyant les box, charriant le fumier mais elle a aussi bien profité de la nature, du grand air et de la forêt. Comme les loisirs n’étaient pas très fréquents, elle a beaucoup lu du théâtre et des romans notamment d’Oscar Wilde et de Samuel Beckett ses auteurs fétiches.

Elle était bonne élève, alors on l’a mise incitée à poursuivre ses études à la capitale mais elle n’était pas prête à affronter, la ville, la foule, le confinement, les règles de toutes sortes, …, elle a échoué, recommencé dans une autre école où elle ne s’est pas mieux intégrée. Heureusement, elle est partie en stage à Malte où elle a retrouvé la liberté et découvert la fête qui ne s’achève que lorsque le soleil se lève. Mais toutes les belles choses ont un terme, il a fallu rentrer à Bruxelles, retrouver la grisaille, les contraintes, les amies et amis pas tous très francs.

Morgane Vanschepdael (morgouille) sur Pinterest
Morgane Vanschepdael

Alors, elle a jeté sur ses pages avec encore plus de fougue des mots qu’elle griffonnait depuis longtemps déjà pour raconter son histoire, ses mésaventures, ses doutes, ses terreurs, ses angoisses devant son avenir. Et un beau jour, un petit matin après la fête peut-être, un lecteur a trouvé ses mots beaux, touchants, émouvants … il l’a incitée à écrire encore et encore et voilà le début d’une histoire qui conduit à la rédaction de cette première publication.

Espérons qu’il y en aura d’autres de la même verve, dégageant la même énergie, la même volonté de transcender la terreur en sensation artistique pour s’installer dans le monde du théâtre et des lettres. Et peut-être que nous avons mangé, le même soir, des crêpes avec les doigts au Kokob, en laissant la première bouchée à son voisin, par une froide nuit hivernale mais chaleureuse et enfiévrée.

L’ouvrage sur le site de Maelström

Morgane Vanschepdael sur Babelio

 

QUELQUES NOTES SUR « ROCCO ET SES FRÈRES » par PHILIPPE LEUCKX

LES LUNES ROUSSES de TÜLIN OZDEMIR / Une chronique de Philippe LEUCKX
Philippe LEUCKX

Que louer dans le beau film « Rocco et ses frères »? Revu si souvent, l’ouvrage de Visconti recèle toujours des surprises, et une lecture attentive fait parfois émerger des scènes inédites. L’épisode « LUCA » se termine ainsi par un plan tracé au cordeau de la ligne de fuite, relayant bien le message : le petit Luca ira de l’avant.

Rocco et ses frères - film 1960 - AlloCiné

D‘une distribution apparemment composite (cinq comédiens français – Girardot, Hanin, Delon, Delair, Cartier (rôle de CIRO) – une Grecque, Paxinou – quelques Italiens tout de même : Stoppa, Cardinale, Salvatori), le cinéaste de « La terre tremble » réussit à tirer le maximum de densité.
La musique – sans doute tributaire des rengaines jazzy du cinéma d’alors , et Fellini, Antonioni n’échappent pas à cela, semble apporter une once de fantaisie lors des séquences inaugurales de découverte de Milan par la famille pauvre du sud, des Lucaniens « autant dire des sauvages » comme une commère d’achélème le clame à sa voisine lors de l’installation de la famille Parrondi dans les sous-sols.
La caméra de Visconti fouille les lieux :les grands ensembles comme dans « La notte », « Les garçons », « La dolce vita », « Mamma Roma »; les rues du soir; les grilles; les usines (Alfa Romeo); les terrains vagues (la fameuse séquence de viol et l’autre tragique de l’assassinat).
Rocco (Delon, un Delon sans tics), Simone (Salvatori), Nadia (Girardot), Ciro (Max Cartier), la mater dolorosa (Paxinou), les managers sportifs (Hanin, Stoppa) : autant de personnages crayonnés dans toutes les nuances et subtilités. Quoique les symboles (le fils prodigue, la mère tragique, le « saint », la prostituée) ne tardent guère à s’afficher à l’écran derrière la sombre histoire. Les comédiens donnent à ces figures une nature charnelle, sensuelle, de vie, d’amour, de lutte, de bien, de mal.
Les cinq fils de la mère tragique, veuve, exilée de son chez soi, dans une grande ville, Vincenzo, Rocco, Simone, Ciro et Luca sont autant de variations de l’être fragilisé, sont autant de destins qui vont soit trouver mesure ou égarement.
Ce film de 1960 (chef-d’oeuvre d’une année qui en compta quelques autres : « L’Avventura », « La dolce vita ») rend compte subtilement d’une société gangrenée par les « avancements », par les dichotomies nord-sud italien, par le relief nouveau attribué à la cellule familiale (en termes d’inclusion, d’indépendance…)
Sans aucun moralisme, le cinéaste assène de sérieuses réflexions sur les soubresauts d’une fratrie, sur la place du mal (qu’on peut faire à autrui, qu’on peut se donner à soi) dans le chef du personnage quasi dostoïevskien de Simone (fragile, machiste, violent, buté, fou jaloux, criminel).
C’est une œuvre sombre avec quelques éclaircies : Ciro, volontaire, studieux, ouvrier chez Alfa, est une pure positivité, tandis que le personnage tenu à bout de bras par Delon, Rocco, est tout à la fois bon, agneau pour le loup, sensible et finalement autodestructeur par sa naïveté, son besoin incessant d’innocence et de retour au pays fœtal, natal.
Tributaire du néoréalisme, le film garde cette patine d’un noir et blanc épuré, qui tranche ainsi les significations du film en les hissant à une mesure tragique du monde. En cela, la fin ouverte (avec Luca) rejoint bien celle, aussi béante, de « Ladri di biciclette », avec les pleurs du père et la main de Bruno qui vient se loger dans la sienne, comme une assurance pour l’avenir.

 

DE L’ÉTOFFE DONT SONT TISSÉS LES NUAGES d’ADELINE BALDACCHINO (L’Ail des ours) / Une lecture de Philippe LEUCKX

APOCAPITALYPSE de TIMOTÉO SERGOÏ (Territoires de la mémoire) / Une lecture de Philippe LEUCKX
Philippe LEUCKX 

 

Tenir carnet, proposer ces « carnets grecs » sous-titre qui va se décliner en autant de parties (métaphysique, érotique, poétique, esthétique, etc.), voilà ce que présente Adeline Baldacchino afin de saisir une pensée, et au fait pourquoi et de quoi pense-t-on?, que savons-nous de nous, de « tout ce qui s’agite » en périphérie?

Baldacchino 1
Et l’amour « est une cabane en verre/ sur une île grecque et les figuiers/ la protègent on y danse on y pense/ l’amour est une zone à défendre » ZAD, le mot est lâché quand tout, tout autour dans le monde, se délite à vitesse vv’ !
Ce livret parle magnifiquement de « la lumière et sentir sur ma nuque/ le souffle du vent qui dérive au long cours » (p.50), le voyage délivre des sensations rares, au goût de fromage frais « tirokafteri » et « quelque chose de capiteux s’empare/ de nous dans l’ivresse légère : / serait-ce d’exister? » (p.54)

Conseils d'Adeline Baldacchino - Poésie en liberté
Adeline Baldacchino

Et le retour à la métaphysique contresigne la sensationniste ardente : « De savoir que nous allons/ mourir n’a pas vraiment de sens/ nous n’avons pas encore été/ trahis nous ne savons pas encore/ ce que veut dire l’absence/ de tout même de soi » (p.63)
Comme le disait Tarkovsky, le cinéaste, nous sommes accrochés à notre enfance comme lierre à l’arbre : Adeline pense pareil. « Le poème devrait nous apprendre/ à nous déprendre, or il nous attache/ plus fermement à la vie/ nous lie nous relie nous ligote au/ désir » : à force d’enjambements ou de rejets, la langue « géographe du désir » (p.40) tisse « le fil de la révolte » et nous éclaire.
Un beau livre.

Adeline BALDACCHINO, De l’étoffe dont sont tissés les nuages, L’Ail des ours / n°2,Collection Grand ours, 2020, 72p. Œuvres graphiques de Danielle Péan Le Roux.

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