LE COUP DE PROJO d’ÉDI-PHIL SUR LE MONDE DES LETTRES FRANCOPHONES BELGES #8

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Philippe REMY-WILKIN (par Pablo Garrigos Cucarella)

Les Lectures d’Edi-Phil

Numéro 8 (janvier 2019)

Coup de projo sur le monde des Lettres belges francophones

sans tabou ni totem, bienveillant mais piquant…

 

A l’affiche :

deux romans (Claude DONNAY et Stanislas-André STEEMAN), un essai (Adolphe NYSENHOLC), une poétesse (Françoise LISON-LEROY), un héraut du faire-savoir (Eric ALLARD) ; les maisons d’édition M.E.O. et Espace Nord/Les Impressions Nouvelles, Rougerie.

 

 

M.E.O. place deux titres dans mon numéro du mois mais je suis épaté par la production des Impressions Nouvelles, de numéro en numéro. Amusant : ces deux maisons se situent aux antipodes l’une de l’autre au niveau des choix, des goûts, mais elles ont en commun intégrité et force de travail.

Trompettes de Jéricho ! Je vais me jeter à l’eau (vive) et oser afficher un crédo, une perspective jetée sur le monde de nos lettres en (3), m’aventurer à distinguer les romanciers et les écrivains, par exemple.

 

(1)

Le coup de cœur du numéro !

Claude DONNAY, Un Eté immobile, roman, M.E.O., Bruxelles, 2018, 296 pages.

Un été immobile

Mon premier contact avec Claude Donnay date de son premier roman. Un premier contact mitigé. Je savourais les premières pages pour leur écriture (NDLA : cet auteur/éditeur jouit d’un crédit conséquent dans le microcosme de la poésie) mais m’embourbais dans la progression du récit, plongeais plus loin, revivais plusieurs fois la même séquence en courant alternatif appétit et plaisir puis lassitude face au mode narratif. J’y voyais un bref instant la sempiternelle errance du poète face au grand large. Ô cliché ! Mais nourri par plusieurs cas concrets (NDLA : je sais, je sais, vous voudriez des noms mais… non !).

 

Ce deuxième roman, que j’ose pour retrouver un style, ayant en sus intuitionné la capacité d’une personnalité (ce mélange d’humilité et de confiance) à progresser, ouvrir son horizon, m’a happé dès les premières pages et ne m’a plus lâché, j’emportais même le livre au fil de mes pérégrinations. C’est assez dire ce plaisir primal (naturel, spontané, sans calcul ou barbelés instillés par l’analyse), l’appétit, l’intérêt qui accompagnaient la foulée des héros, leur évolution intérieure, leur devenir.

 

Le pitch ? Un homme, Noël (dit Jésus) traîne le long du littoral atlantique français (NDLA : plus précisément la Côte d’Opale, du côté de Wissant et Wimereux), en mal d’achèvement (de sa vie, d’un projet d’écriture…), quand il croise l’étrange manège d’une nageuse au bonnet blanc, Amelle, s’attache à son rituel (un aller-retour grand large jusqu’à certaine bouée, par tous les temps), jusqu’à jouer les voyeurs quotidiennement. Ce que la sculpturale jeune femme observe sans réagir, ou s’y amusant, ou…

 

On est parti sur les bases d’une rêverie, loin du monde réel, dans cet espace-temps marginal des vacances, de l’été, quand tout bascule peu après les premiers contacts, une ébauche maladroite d’idylle, avec la disparition soudaine de la naïade, embarquée, au dire des voisines, par une sorte de playboy à l’italienne. Embarquée ? Curieusement, la jeune femme a laissé les carnets autobiographiques de sa mère Maria, un trésor, comme si elle avait étiré un fil rouge derrière elle pour…

Noël/Jésus va lire lesdits carnets, effeuiller une dramatique trajectoire de vie, les méfaits d’un père et de beaux-parents de la haute société BW*, la marginalisation précoce de l’enfant/adolescente qui allait devenir l’Amelle d’Ambleteuse.

 

La suite ? (SPOILER !) Il y a du road-movie dans l’air (marin, iodé), des accents policiers voire gothiques, Amelle étant plus ou moins séquestrée dans une maison de repos/asile où règne un psychiatre digne d’un roman de Mary Higgins-Clark.

 

Si l’on prend un peu de hauteur, l’analyse doit glisser dans la nuance, le complexe. Une caricature avancerait une navigation entre les caps d’un premier roman très romantique et d’un second plus tendu, sombre et même glauque (la famille d’Amelle, les mystères de la maison de repos) ; d’une sensualité sable/azur et d’une sexualité sang/brumes/ténèbres, etc. J’ai décelé, a contrario, une mise en abyme de haut vol, renvoyant le lecteur à l’oscillation qui sépare vies rêvées et vies possibles, à ces tentacules de l’instant, des tentations qui nous enfilètent pour nous précipiter dans des voies qui ne sont pas les destins que notre programmation interne appelle pour un plein accomplissement. Le roman échappe à ses propres silhouettes pour s’apparenter, en profondeur, à un récit d’initiation (ou d’initiationS, car tous les personnages doivent laisser tomber des oripeaux, des masques, des réflexes dictés par la lâcheté, le vice), d’émancipation, de réalisation. Au point même qu’il surprend tant et plus, la trame laissant filtrer la réalité escamotée derrière la mise en scène, l’artifice fictionnel, laissant sourdre des moments-clés, des points d’acmé de suspense qui miment tellement la vraie vie et ses indécisions, son arbitraire souverain, qu’on en peine à anticiper, à présumer.

Claude Donnay
Claude DONNAY

La révélation du livre, de sa digestion ? Claude Donnay est un poète, quelqu’un qui s’est affirmé jadis comme un écrivain de qualité ; or, arrivé à ce stade de son développement, il a beau nous offrir mille saillies poétiques, sa langue n’est plus ici l’arme première de l’attraction. Ce qui emporte le morceau (la conquête du lecteur, de la lectrice), c’est le fond, inventif (car les poncifs de départ sont dépassés, détournés) et subtil, dérivant vers le roman de mœurs, sociologique, tenant en haleine, interpellant sur les décisions à prendre aux carrefours de nos vies, et, in fine, décapant, moderne, avec cette manière d’amener à contourner la logique du roman pour offrir la complexité du réel :

« Parfois les motivations sont obscures, enfouies bien au-dessous de la ligne de flottaison. On navigue au jugé, ignorant des charges qui dorment à fond de cale, mais qui remonteront à la surface à la première voie d’eau dans la coque. Pour Bertrand (NDLA : le père d’Amelle),  le réveil a dû être rude. Il n’empêche, Jésus ne peut réprimer une certaine sympathie pour l’homme qui achète à Maria Cien sonetos de amor de Pablo Neruda, cent poèmes d’amour dédiés à sa dernière épouse, Mathilde Urrutia. Cet homme ne peut pas être totalement mauvais… »

 

Un romancier est né !

 

* BW = Brabant wallon, la région la plus riche de Belgique, ou peu s’en faut.

Le livre sur le site de chez M.E.O.

Le blog de Claude Donay / Bleu d’Encre

 

(2)

Adolphe NYSENHOLC, Charlie Chaplin, Le rêve, essai, M.E.O., Bruxelles, 2018, 244 pages.

Chaplin

Un excellent livre ! D’un des plus grands experts ès Chaplin/Charlot. Qui est en sus un bel écrivain. Je lui ai attribué mon coup de cœur dans Le Carnet et les Instants et vous renvoie à cet article :

https://le-carnet-et-les-instants.net/2018/12/27/nysenholc-charlie-chaplin-le-reve/

 

(3)

Stanislas-André STEEMAN, La Maison des veilles, roman, Espace Nord/Les Impressions Nouvelles, Bruxelles, 2018, 317 pages.

La Maison des veilles

Stanislas-André Steeman (1908-1970) ! SAS pour les intimes ! Une découverte importante, que je réalise trop tard, ne découvrant qu’aujourd’hui ce qui eût dû être une influence fondamentale, tant certaines convergences…

Un grand romancier. Qui revient en grâce après un long purgatoire. Qu’on a pour la plupart admiré via des adaptations cinématographiques mythiques (Clouzot !) : L’Assassin habite au 21 et Quai des Orfèvres. Un grand romancier. Qu’on a parfois interprété comme notre Agatha Christie du Plat Pays. Comme un fondateur du roman à énigmes, donc. Or…

Le pitch ? Un meurtre survient dans un ancien hôtel de maître découpé en (dix) appartements. Dans le Bruxelles des années 30 et, plus précisément, du côté de la Porte de Namur. Il s’avère rapidement que le coupable ne peut être qu’un habitué des lieux. La police enquête mais un inspecteur vit dans cette demeure et, écarté du dossier pour raisons déontologiques, s’y investit pourtant corps et âme.

La suite ? L’auteur va jouer les Lesage et soulever le couvercle des toitures et plafonds, aller y voir de plus près dans les placards de tous les résidents. Très vite, le fil policier passe au second plan, la peinture réaliste d’une certaine bourgeoisie s’impose. Dérives de la conjugalité, frustrations et perversions, petits secrets, exotisme des exilés russes…

La dernière page tournée, mes conclusions déraillent. Je pensais vivre une minutieuse et passionnante enquête policière, il n’en est rien ou à peine, l’intrigue première n’est pas si attractive, si centripète. Elle est certes agréable, ludique mais infiniment plus légère que dans un Agatha Christie ou un Sherlock Holmes, comme réduite à une mélodie au creux d’une symphonie. Mais, a contrario, je suis vivement séduit par les qualités littéraires de l’opus, de l’orchestration du tout à des réussites de détail, comme ce chapitre dans un restaurant russe qui offre un point d’acmé au roman (NDLA : la scène est si réussie que j’ai songé au maître du genre : Jean-Philippe Toussaint), à la teneur sociologique, aux descriptions fouillées :

« Véra alluma une cigarette, régla l’appareil de TSF et, engourdie par la chaleur du radiateur, s’abîma dans ses pensées. De temps à autre, quand la brûlure devenait trop forte, de brusques frissons prenant naissance dans son dos la parcouraient tout entière. Mais elle ne changeait de position qu’à contrecœur. Elle aimait ces morsures du feu qui procurent l’illusion de la fièvre. Elle les aimait surtout quand le feu soufflait en tempête et courait les rues en quête d’un mauvais coup, comme ce soir… »

Véra ! Notre personnage préféré du roman, dont la description ci-dessus revêt une allure balzacienne, c’est-à-dire métaphorique ou anticipative. De l’être, de ses actes.

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Stanislas-André STEEMAN

Chapeau à Espace Nord et à son directeur Tanguy Habrand d’aérer l’aspect patrimonial par un élargissement diachronique et synchronique, associant à l’or du temps celui des temps plus contemporains ou osant exploser les carcans du fait littéraire !

Chaque ouvrage retenu par ladite collection (propriété de la Fédération Wallonie/Bruxelles mais imprimée par Les Impressions Nouvelles) offre divers bonus, un encadrement du texte, des touches d’experts ou témoins. Si l’hommage de Stéphane Steeman à son père est touchant, les anecdotes intéressantes, on s’attardera davantage à la belle postface de Jacques Dubois. Mais que dire de la préface de Jean Van Hamme ? Oui, le père de Thorgal, XIII et Largo Wynch, un scénariste de BD, est invité à présenter Steeman. Et, divine surprise, cet homme (qui a offert un surcroît de professionnalisation à son secteur, poussé plus loin la densification des récits) nous assène un formidable manifeste du roman :

« Il (NDLA : SAS !) était avant tout ce que les auteurs sont trop rarement : un écrivain mettant tout son talent au service de ses lecteurs. (…) Il faut savoir raconter. Et raconter efficacement. Choisir ses mots comme un tireur d’élite ses cartouches. Tailler ses phrases jusqu’à la rigueur d’une aiguille pour en larder le lecteur juste au bon moment. Surtout, il faut posséder la maîtrise nécessaire pour conduire jusqu’au bout l’attelage d’une intrigue dont les acteurs existent vraiment.  C’est tout ça, le talent. Un truc à peu près aussi rare qu’un cheveu blond sur le col d’un Esquimau. Au risque de m’attirer les foudres de bilieux exégètes, je prétendrai jusqu’à mon dernier souffle qu’il est plus difficile d’être (et de rester) Boileau-Narcejac que J.-M.G. Le Clézio. »

Quel botte ! Du Nevers/Lagardère ! Qui pare et touche à l’encontre d’un courant trop présent dans nos lettres francophones : l’autofiction, la survalorisation de la forme ou de l’intimité. Oui, d’autres littératures affichent davantage de souffle, de perspectives sur l’homme, la société, le monde. Ou la froide mécanique horlogère du récit. Mais. Van Hamme réplique à un déséquilibre des prédilections par un autre. Ce qu’il faut affirmer ? Il existe des romanciers et des écrivains (et des écrivains romanciers, comme Rossano Rosi, des romanciers écrivains comme Patrick Delperdange), être Modiano ou Roegiers n’est pas à la portée du premier venu, ce sont de beaux artistes. Un romancier, un écrivain ? Le premier s’attache surtout à ce qu’il raconte, le second à la manière dont il le raconte. Bernard Werber a écrit de remarquables romans (Jacques De Decker le décrivait comme un adroit moraliste) mais il pratique le degré 0 de l’écriture, on le goûte au chapitre, à la narration alors qu’on savoure, on déguste une page de Le Clézio ou de Pierre Mertens.

Le livre sur le site d’Espace Nord

 

(4)

Je comptais vous parler du livre fort acclamé d’une starlette médiatique mais j’ai laissé tomber au bout de 40 pages. Trop… Je vous passe le détail. Laissé filer d’autres livres. Je peine sur le métier. A quoi bon évoquer ce qui se meut sans transcendance ?

Alors ? Je remplace par une plongée en poésie, un hommage à Françoise Lison-Leroy, analysée pour un autre recueil assez récemment. Dans Le Temps Tarmac, paru fin 2017 chez Rougerie (54 pages) et lauréat du Prix Emma Martin en 2018 (l’un des trois prix décernés par l’AEB, l’Association des Ecrivains belges… de langue française), il y a ce texte ciselé, qui raconte notre époque :

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« les plumes noires sont au sol

comme autant d’épées mortes

il y a eu guerre et sueur

entre mille oiseaux carnassiers

 

(…)

 

dans les wagons

les hordes vont par saccades

vers un stade rougeoyant

frontières et portails

 

la rue cadenassée

aboie son cri de guerre

crache des balafres

sang et or

vert et fauve

 

(…)

 

du pain / des jeux

et la haine

               barbelée. »

 

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Françoise LISON-LEROY

 

(5)

Les hérauts du faire-savoir (6).

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Éric ALLARD

J’ai l’impression de terminer un cycle en donnant la parole à… celui qui nous la donne (ce héros, donc ?) : Eric Allard, notre rédacteur en chef. Il s’en défendra avec humilité mais il incarne une figure majeure de la contre-culture en Belgique. Contre-culture au sens noble et doux, une résistance en actes positifs, une œuvre véritable qui se faufile sous des décharges d’humour et de dérision. Car, l’air de ne pas y toucher, dans la discrétion et la bonhomie, il a su agglomérer et conserver, élargir une équipe qui raconte notre vie culturelle et, comme d’autres (Jean Jauniaux, etc.), pallie bien des silences médiatiques sur ce qui se fait, parfois de meilleur, au sein de notre milieu créatif.

 

Edi-Phil : Comment es-tu entré en littérature ? D’où est venue la passion de lire puis comment s’est concrétisée l’envie d’écrire ?

Eric : J’ai lu peu de livres de fiction dans ma jeunesse sinon tout Tintin (en BD). J’ai commencé à vraiment lire vers 17 ans quelques lectures imposées au cours de français et des romans durs de Simenon, époque où j’ai commencé à scribouiller des poèmes, à la suite d’un travail demandé par mon prof de français de 5ème Rénové (comme on disait à l’époque) sur La Mort des pauvres de Baudelaire.

Cela a aussi été la découverte des chanteurs à textes, à commencer par Brel, de la poésie via Prévert et des films d’auteur à l’occasion d’un ciné-club organisé dans les environs et recommandé par les profs.

Puis, une fois mes études de régendat en maths-physique terminées, je n’ai plus cessé de lire. Et cela a été la lecture compulsive des Kundera, Flaubert, Duras, Sollers, Handke, Kafka, Bernhard… qui demeurent mes auteurs préférés. Persistance de l’effet provoqué par nos premières extases littéraires ? Je crains, dans le même ordre d’idée, de relire mes livres préférés de peur de rompre le charme de la première lecture.

 

Edi-Phil : Les Belles Phrases viennent de fêter leurs dix ans, un beau bail. Je me suis déjà émerveillé devant la manière dont un Jean Jauniaux a réussi à incarner une radio littéraire à lui tout seul ou devant la manière dont un Philippe Leuckx multiplie les articles sur un million de supports, mais toi, comment en es-tu arrivé à ne pas te contenter d’un blog personnel mais à créer une dynamique au service de l’édition (franco-)belge principalement mais de la culture plus largement (création, cinéma, etc.) ?

Eric : Pendant de nombreuses années, j’ai coanimé une revue avec Pierre Schroven et Salvatore Gucciardo, pour laquelle, régulièrement, outre le fait qu’on choisissait des textes parmi ceux reçus, on rédigeait des petits dossiers (mais aussi, par ailleurs, deux Dossiers L pour le Service du Livre Luxembourgeois) et on réalisait des interviews d’écrivains, ce qui m’a permis d’approcher François Emmanuel, Jean-Philippe Toussaint, Christian Oster, Caroline Lamarche, Nicole Malinconi, André Blavier ou Pierre Mertens.

J’ai fait aussi de la radio locale dans les années 80 et écrit pendant les années 2000 de nombreuses notes de lecture sur CritiquesLibres.com, un site qui comprend de très bons critiques, où écrivent toujours Nathalie Delhaye, Lucia Santoro et Denis Billamboz mais où ont aussi écrit Daniel Charneux, Marcel Peltier, Alexandre Millon ou Philippe Annocque.

Et quand il s’est agi d’ouvrir un blog, j’ai très vite tenu à ce qu’il ne soit pas uniquement tourné vers mes seuls textes ni même vers des genres de lectures qui m’étaient familiers de façon à offrir au possible visiteur du blog (mais aussi à moi) un plus large choix de lectures, émanant aussi bien de l’édition parisienne que des éditeurs indépendants francophones. C’est pourquoi j’ai demandé à Philippe Leuckx, dont je connaissais l’expertise en poésie, et Denis Billamboz, pour sa connaissance des littératures du monde, de contribuer par leurs critiques au blog… Equipe critique qui s’est ensuite étoffée par la venue de Nathalie Delhaye, Lucia Santoro, Jean-Pierre Legrand, Julien-Paul Remy et… Philippe Remy-Wilkin qui officiaient déjà sur Karoo.

 

Also sprach… Eric Allard ! « Un pur ! », me disait un jour Philippe Leuckx.

 

Edi-Phil RW.

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MES MAISONS

J’habite avec un fétu de taille dans une maison de paille.

J’habite une faille têtue d’une maison fantôme.

J’habite avec un poète fichu à la Maison de la poésie.

J’habite à côté d’un vieux rébus dans une Maison de papier.

J’habite avec un menu du jour dans une maison de repas pour ogres âgés.

J’habite avec une femme de goût à la Maison des plaisirs de bouche.

J’habite à la Maison du conte avec une histoire ancienne.

J’habite avec un éclat de vitre dans une maison de verre.

J’habite avec un dresseur d’éléphants recyclé en montreur de serpents à sonnettes à la Maison du Cirque.

J’habite à la cave d’une Maison de l’emploi avec un syndicaliste autiste.

J’habite un monochrome de Malevitch et l’album blanc des Beatles à la Maison blanche.

J’habite avec une Claire de notable à la Maison des notaires.

 

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J’habite seul à la Maison pour Associations.

J’habite un kot en kit à la Maison du bricolage.

J’habite à la Maison de l’enseignement avec une lycéenne qui m’apprend à vivre.

J’habite avec un journal tourné vers l’Avenir à la Maison de la Presse de chez Nethys.

J’habite à la Maison de l’agriculture sur une moissonneuse-batteuse dernier épi.

J’habite derrière une colonne de Buren de la Maison des artistes.

J’habite dans un boîte en bois de sapin à la Maison du Père Noël.

J’habite la voix d’une animatrice enrouée de la Maison de la radio

J’habite une saison poussiéreuse au grenier de la Maison de l’environnement.

J’habite avec un réchauffement climatique au gaz sur le toit d’une Maison du monde.

J’habite avec un Paris-Brest arrêté à Rennes à la Maison des Dessert.

J’habite à la Maison du Désert sur l’unique bosse d’une chamelle extraordinaire.

 

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J’habite avec un idiome disparu au sous-sol de la Maison des Langues.

J’habite avec une couche souillée de Lady Gaga dans la Maison des langes.

J’habite avec un caleçon con dans une Maison du slip mal tenue.

J’habite avec une allumeuse au néon dans une maison de passe qui a pignon sur cul.

J’habite avec un employeur bondagé dans une Maison de l’entreprise fermée pour cause de soumission de personnel.

J’habite avec la marionnette de la N-VA dans une maison de poupée politique belge.

J’habite dans une religion stricte à l’écart de la Maison de la laïcité.

J’habite avec une page de sable dans une Maison du livre qui donne sur la mer.

J’habite avec une princesse au bois dormant dans la Maison du roi des songes.

J’habite avec une grosse légume au potager royal de la Maison du jardinage

J’habite avec une boule de nerfs dans la Maison du zen.

J’habite avec un loup de mer à la Maison du masque maritime.

 

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J’habite au pied d’une montagne d’os à la Maison du Chien.

J’habite le cerveau d’une tête pensante à la Maison des sciences.

J’habite dans une position délicate à la Maison du yoga.

J’habite sur une couche de mousse à la Maison de la bière.

J’habite sur la place de l’Eglise de la Maison du village.

J’habite avec un monocle sur un monocycle dans la Maison du vélo borgne.

J’habite un trou perdu sur le green de la Maison du thé.

J’habite à la Maison des Maths un espace vert euclidien planté d’arbres de Cantor.

J’abrite un Sans-abri à la Maison des Quatre-vents.

J’habite au bord d’un expresso froid à la Maison du Café fort.

J’habite dans un aéroport en grève sur le seuil de la Maison des vacances.

J’habite avec un pilier de bar socialiste à la Maison du peuple de l’herbe rouge.

J’habite un souvenir oublié à la Maison du temps perdu.

E.A.

Image associée

Les peintures sont de Friedensreich Hundertwasser (1928-2000), artiste autrichien.

MES EXPOSITIONS (aphorismes)

LIEN vers TOUS LES TEXTES du SAC A MALICE 

Le TOP 5 d’ÉRIC ALLARD

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1. CE LONG SILLAGE DU COEUR de PHILIPPE LEUCKX, poésie, La tête à l’envers

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2. EXTINCTION DES FEUX?, DENYS-LOUIS COLAUX, nouvelles, Jacques Flament Alternative Editoriale

3. PAUL, JE M’APPELLE PAUL de LORENZO CECCHI, roman, Lilys Editions

4. CE N’EST PAS RIEN de DANIEL SIMON, nouvelles & textes brefs, M.E.O.

Ce n'est pas rien

Et, last but not least, ex-aequo donc, deux romans historiques singuliers:

5. SI PRES DE L’AURORE de DANIEL CHARNEUX, Luce Wilquin ( Prix Gauchez-Philippot et Prix Alex Pasquier 2018)

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LUMIÈRES DANS LES TÉNÈBRES de PHILIPPE REMY-WILKIN, Samsa (Award Sabam de la catégorie Littérature 2018)

 

Notes de lectures sur Les BELLES PHRASES sous l’appellation LU ET APPROUVÉ

Notes de lectures sur CRITIQUESLIBRES.COM (sous le pseudo de Kinbote, personnage de Feu Pâle de Nabokov)

 

 

Le TOP 5 de NATHALIE DELHAYE

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Nathalie DELHAYE

1. RAVIVE de ROMAIN VERGER, Editions de l’Ogre 

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2. LE JOUR D’AVANT de SORJ CHALANDON, Grasset

3. LES ÉCRIVAINS NUISENT GRAVEMENT A LA LITTÉRATURE d’ÉRIC ALLARD, Cactus Inébranlable 

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4. LES ANNÉES CREUSE de DANIEL BIRNBAUM, Jacques Flament Alternative Editoriale

5. LA FACTURE de JONAS KARLSSON, Actes Sud

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Les CHRONIQUES DE NATHALIE DELHAYE pour LES BELLES PHRASES

Toutes les chroniques de NATHALIE DELHAYE pour CRITIQUESLIBRES.COM 

 

LE TRAQUET KURDE de JEAN ROLIN (P.O.L.)

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Le traquet kurde, qui sert de motif et de point de départ à ce livre « se reproduit à partir du mois d’avril dans une zone montagneuse courant du sud-est de la Turquie à l’ouest de l’Iran, laquelle correspond assez exactement à la zone de peuplement kurde. »  Ce qui a attiré l’attention de Jean Rolin, ex-grand reporter et formant avec son frère Olivier une des fratries littéraires les plus fameuses de la littérature française, c’est la découverte en 2015 d’un traquet kurde au sommet du Puy de Dôme, trois mois après qu’une milice kurde a repoussé avec l’aide de l’US Air force une offensive de l’Etat islamique contre la ville de Kobané.

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Jean Rolin

Ce périple qui va mener Rolin, historiquement, du XIXème siècle à nos jours et, géographiquement, de la Normandie sur les lieux mêmes de l’habitat du traquet, raconte aussi les collusions que n’ont pas cessé d’entretenir, surtout en Grande Bretagne, l’espionnage et l’ornithologie, ce qui nous vaut des portraits de quelques ornithologues fameux aux destinées aventureuses tels que les extravagants Meinertzhagen ou John Pilby plus espions que diplomates qui tuaient, cela dit, l’objet de leur admiration plutôt que les cocher, comme c’est pratiqué de nos jours.

À ce propos, Rolin écrit : «  Si la relation qu’entretient l’ornithologie avec la guerre, l’espionnage ou la diplomatie est illustrée par de nombreux exemples (…) est l’un des rares où elle se conjugue avec le meurtre. »

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Le traquet kurde

Dans ce récit qui, pour partie, se situe dans une des régions les plus géopolitiquement sensibles de ces dernières années, jamais l’auteur, qui ne se départit d’un flegme littéraire tout britannique, tenant à distance respectueuse l’objet de son observation, ne se permet de considérations politiques même si on comprend qu’il défend, via le traquet traqué, la cause du peuple kurde. Aucun avis, aucune considération personnels, de ceux qui font les mauvais écrivains, du moins dans l’exercice romanesque, n’est ici exprimé.

Un récit tonique, donc, servi par une écriture minutieuse et volontiers digressive qui fait de ses doutes une arme de précision et nous transbahute d’un lieu à un autre, d’une époque à une autre, sans qu’il y paraisse.

Ce livre, qui est un des derniers édités par Paul Otchakovsky-Laurens, a été récompensé du Prix Alexandre-Vialatte.

Éric Allard

Le livre sur le site de P.O.L.

JEAN ROLIN sur le site de P.O.L.

François BON présente quelques livres de Jean ROLIN

 

2018 – FEUILLES D’AUTOMNE : INCONTOURNABLES, une chronique de Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

LES RADIS BLEUS de Pierre AUTIN-GRENIER publié en 1990 a été réédité en 2005, il était donc devenu nécessaire de réédité une nouvelle fois cet ouvrage, LES CARNETS DU DESSERT DE LUNE l’a fait. Ce livre est un incontournable, le risque ne pouvait pas être pris de le laisser dormir dans le purgatoire des œuvres littéraires oubliées. De même, CACTUS INÉBRANLABLE a pris l’initiative, avec Michel DELHALLE, de publier une anthologie des producteurs d’aphorismes belges publiés au cours du siècle dernier et du présent. Avec ces deux ouvrages, la littérature francophone s’est enrichie de deux ouvrages incontournables qui devraient figurer dans toutes les bonnes bibliothèques publiques et privées.

 

LES RADIS BLEUS

Pierre AUTIN-GRENIER

Les Carnets du dessert de lune

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Comme l‘écrivent de nombreux chroniqueurs, ce texte est un journal que Pierre Autin-Grenier aurait inventé pour oublier les radis bleus dont il chercha vainement, toute son enfance, le pot de confiture dont on lui avait fait miroiter l’extrême douceur. Dans ce journal d’une grande poésie, ils mêlent aphorismes (RIEN. Voilà le mot qui résume tout.), avis littéraires, maximes sentencieuses, réflexions morales, et anecdotes diverses avec beaucoup de sensibilité, d’humour, de dérision, un certain désespoir et même une touche de nihilisme considérant la vie comme un fardeau et non pas comme un cadeau.

« Le désastre d’exister n’aurait plus d’aussi sombres conséquences sur notre quotidien si nous étions enfin totalement convaincus de la profonde inutilité de tout et que vivre n’est qu’une fantastique illusion ».

Ce journal couvre une année complète du 17 janvier au 16 janvier de l’année suivante mais l’auteur ne précise pas laquelle. Il est pourtant aisé de trouver de quelle année il s’agit puisqu’il précise à la date du 25 février :

« En Assam, d’après la presse, les massacres se poursuivraient.

Et dans une chambre d’hôtel, à New York, meurt ce jour l’écrivain américain Tennessee Williams ».

Il s’agirait donc bien du 25 février 1983, date du décès du dramaturge américain et époque à laquelle l’Assam connu des émeutes sanglantes. Le journal de Pierre Autin-Grenier couvrirait donc bien la période courant du 17 janvier 1983 au 16 janvier 1984. Il n’indique pas non plus où il a écrit ce journal, mais il est aisé de comprendre que la majorité des textes a été écrite dans un milieu paisible et bucolique, peut-être entre sa ville natale, Lyon, et le Vaucluse.

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Pierre Autin-Grenier

Dans ce journal, Autin-Grenier apparait comme un être inapte au bonheur, « Il m’arrive parfois – Oh ! rarement ! d’être heureux. Ce sont alors des instants atroces. », épris de liberté, « Être libre, c’est ne pas avoir peur. », mais oppressé par le carcan de son entourage qui voit en lui un talentueux écrivain capable de gagner de l’argent avec sa plume, ce qui le hérisse particulièrement.

« Roulent ainsi dans ma tête des pensées assassines envers ceux qui, manifestement, voudraient que je travaille. Pouah !… Attendent que je devienne « un grand écrivain ». »

Pour lui le poète reste comme n’importe quel homme, ou femme, un être vivant sans aucun avenir ni destinée, « Ainsi le poète, de l’ambition et du souci de postérité, devrait-il bien vite faire son deuil ; faute de quoi, l’une et l’autre pourriront avec lui dans le même cercueil. » L’écriture n’est pas un don, pas une chance, pas un espoir, pas un moyen de sortir des ornières de la vie.

« Dérisoire destinée que celle d’écrire !… Dire l’âme avec des mots ! Exhibitionnisme futile pour banlieusardes fillettes ! Travail de naïf à mourir aux soupes populaires… ».

Comme il est difficile de lire sous plume si élégante, si acérée d’Autin-Grenier des propos aussi sombres, aussi désespérés, « Ayant mis quelque quarante ans à comprendre que je n’étais rien, toute mon ambition maintenant est d’être moins encore. »

Ces radis bleus n’ont sans doute, dans l’esprit du poète, jamais effacé l’humiliation qu’on lui a infligée en lui faisant croire à l’existence des délicieuses confitures.

« Ces quelques mots arrachés à la banalité des jours ne sont qu’épluchures du temps qui passe. »

Et ceux qui, comme moi, sont nés presque le même jour que lui comprendront bien cette autre frustration qu’il dû aussi supporter quand il avait à peine plus de vingt ans.

« Elles ont fait long feu les fracassantes utopies de nos vingt ans qui devaient nous conduire, flamberge au vent, aux rivages de nouvelles Ethiopies. ».

En cette année 1983, il débordait d’aigreur et d’amertume le poète deux fois floué, par ses parents, puis par ses concitoyens et il avait un cruel besoin de le dire en dénonçant les marchands d’illusions, les semeurs de fausses promesses. Il était blessé, ne croyant même plus en son talent qui pourtant était immense. Ne trouvant même pas une lueur de consolation dans cette formule lapidaire : « Vivre, c’est rien ; ça passera. ». Mais tout ne passera pas aussi vite : « … la tristesse, dans tout cela, qu’est-ce que vous en faites ? »

Ce texte fait partie des textes qui doivent-être régulièrement réédités pour que chaque génération puisse découvrir l’immense talent de cet auteur et l’incroyable leçon d’humilité qu’il nous transmet.

Le livre à la (l’)une des Carnets du Dessert de Lune

François BON parle de la réédition des Radis Bleus

BELGIQUE, TERRE D’APHORISMES

(Anthologie subjective)

Michel DELHALLE

Cactus inébranlable éditions

Couverture anthologie

L’aphorisme, cette forme littéraire dont peu connaissent réellement la définition et dont tous ceux qui en produisent ne sont pas toujours d’accord sur sa forme et son sens, il fallait en écrire la bible, le document de référence disant ce qu’est un aphorisme et recensant tous ceux qui en ont produit et qui, pour certains, en produisent encore. Michel Delhalle l’a fait et Cactus inébranlable Edition l’a publié. Dans sa préface, Christine Béchet écrit :

« Michel Delhalle est en réalité un exceptionnel manieur de ces phrases qui révèlent au quotidien leur part d’incongruité. Il trouve au bon moment le bon mot pour décapiter la bêtise, la médiocrité ou la futilité ». Cette « anthologie fait œuvre de salubrité publique et est vivement recommandée pour ses effets préventifs – voire curatifs ! – contre tous les désenchantements ».

Michel Delhalle dit qu’avec cette anthologie il a cherché à démystifier ce mot que chacun accommode à sa façon et que même les éditeurs rechignent à utiliser, on parle souvent de réflexions, de décoctions, d’inscriptions, de pensées, etc… mais très rarement d’aphorismes. Cette fleur littéraire s’épanouit particulièrement bien en Belgique où le terreau a été longuement et patiemment cultivé par les surréalistes, il était donc devenu nécessaire de dresser cet état des lieux pour accorder toute sa place à ce genre littéraire dans la culture belge.

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Michel Delhalle

Alors pour que ce genre littéraire, que ces inventeurs de formules courtes et percutantes, trouvent toute leur place dans « Un pays d’irréguliers » cher à Marc Quaghebeur, Michel Delhalle s’est mis au travail, il a lu, lu, lu, noté, noté, classé, reclassé, reclassé encore et il a fini par dresser environ deux-cent-cinquante fiches, je n’ai pas compté mais, si la pagination est juste, je ne devrais pas être très loin du compte. Une fiche par auteur, par groupe ou mouvement littéraire et une fiche aussi par revue ou support spécialisé dans le genre. Sur chaque fiche, il y a le nom de l’auteur, du mouvement, de la revue, … quelques mots sur ses origines, son parcours, huit aphorismes choisis pour chacun d’eux et ses principales références bibliographiques. Le tout emballé de la préface de Christine Béchet, d’un préambule de l’auteur, d’un bref historique et quelques avertissements de l’éditeur qui a ajouté une postface pour bien cerner le sujet.

En introduction à  son œuvre, l’auteur donne quelques indications pour bien préciser le sujet qu’il veut explorer :

l’« Aphorisme vient du grec aphorismos qui veut dire définition ». « Au même titre que les citations, les maximes ou les pensées, les aphorismes font partie d’un genre littéraire qu’on appelle les formes brèves, mais que l’on ne s’y méprenne pas, ce n’est pas un genre mineur, c’est un style littéraire à part entière et les plus grands noms de la littérature lui ont donné ses lettres de noblesse ».

André Stas abonde en déclarant : « écrire court ne veut pas dire écrire vite ». L’auteur a aussi laissé la parole à d’autres auteurs qui ont un avis sur la question, j’en ai choisi trois au hasard pour montrer la diversité des points de vue :

Éric Allard : « Le vers solitaire est-il à l’origine de tous les aphorismes ? »

Théophile de Giraud : « Aphorisme : équivalent d’un roman sans toutes les phrases inutiles. »

Alain Dantine : « L’aphorisme est le petit caillou dans la chaussure de la poésie. »

Dans ce vaste inventaire, cette anthologie regroupe des hommes célèbres, des grands noms de la littérature belges : Henri Michaux, Achille Chavée, Louis Scutenaire, Marcel Mariën, André Stas et bien d’autres encore mais aussi des auteurs moins connus et même méconnus, des gens qui ont laissé leurs pépites au fond de leur tiroir. J’y ai trouvé des personnalités bien connues, des amis, des auteurs que j’ai déjà lus, des auteurs que j’aimerais lire et des gens inconnus pour moi que désormais j’aimerais mieux connaître dont j’aimerais au moins lire quelques lignes.

Je ne voulais pas clore cette chronique sans soumettre quelques spécimens à votre dégustation, comme Je ne voulais pas choisir parmi les deux milliers d’aphorismes proposés dans cette anthologie, j’ai puisé au hasard dans les coups de cœur & coups de chapeau choisis par l’auteur, ils sont tous aussi goûteux et savoureux :

  • Gérard Adam : « L’eau oxygénée ne manque pas d’air. »
  • John Ellyton : « Il ne faut pas confondre un oncle mort prématurément et une tante hâtive de suicide.»
  • Philippe Leuckx : « J’écris tous les jours et tous les jours m’écrivent. »
  • Georges Simenon : « Les gens vraiment dangereux portent en général un smoking. »
  • Franck Herlemont : « Il se protégeait souvent à l’ombre d’un doute. »
  • Roger Cantraine : « Les phares n’éclairent que les évidences.»
  • Alain Delbrassine : « L’eau pétillante n’est que le rire de la pluie. »
  • Ernest Pirotte : « A force de mâcher ses mots, il contracta une gastrite, ce qui le rendit muet. »

Je suis convaincu que ce magnifique ouvrage, fruit d’un colossal travail, trouvera sa place sur les rayonnages de toutes les bibliothèques de Belgique et d’ailleurs encore, qu’elles soient universitaires, académiques, publiques, populaires ou je ne sais quoi. Cette anthologie était indispensable désormais elle est. Mais avant de peupler les étagères des bibliothèques, je suis convaincu qu’elle vous procurera un grand moment de bonheur au moment de sa lecture. Je ne vous donnerai qu’un seul conseil, ne vous laissez pas emporter par votre enthousiasme, faites durer le plaisir.

Préface de Christine Béchet, postface de Jean-Philippe Querton.

L’illustration de couverture est d’Emelyne Duval (voir ce reportage sur son travail)

Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

Michel Delhalle parle de l’anthologie sur Antenne-Centre

 

 

 

 

10 PROPOSITIONS POUR REDYNAMISER LES BUREAUX DE VOTE ET LES ISOLOIRS

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Une étude de l’Université de Oulala Glouglou, réalisée au sortir des bureaux de vote du 14 octobre, montre qu’un des facteurs de désistement de l’électeur en Fédération Wallonie-Bruxelles serait le manque d’attrait et de confort des isoloirs et de l’accueil non personnalisé du bureau de vote.

Toujours soucieux d’œuvrer à plus de citoyenneté, Les Belles Phrases suggère à l’adresse de l’élu moyen dix propositions profitables sous l’intitulé suivant : REDYNAMISONS LES BUREAUX DE VOTE et LES ISOLOIRS pour remotiver l’électeur à se déplacer les dimanches de vote !

À partager pour une citoyenneté proactive promoteuse et prometteuse d’un monde politique meilleur en faveur, il va sans dire, d’une décroissance, progressive mais programmée, de la longueur comme de l’épaisseur du crayon rouge !

PROPOSITION 1 : DES ISOLOIRS AUX COULEURS INSTAGRAMMABLES,  un espace multiplié par deux, un canapé rose bonbon, l’allongement des rideaux, dans un jaune gilet, descendant jusqu’aux mollets (au moins) et une barre verticale de go-go dancers pour déstresser voire plus au moment de poser l’acte qui va (dés)engager votre vie politique pour plusieurs années.

PROPOSITION 2 : DES ASSESSEURS HEUREUX d’ASSESSER, BIEN SAPÉS, MAQUILLÉS et offrant un petit spectacle permanent, une choré inédite et pétillante, pas paillarde pour un sou voire un café, thé ou Red Bull ainsi qu’une collation qu’ils auraient préparé chez eux la semaine précédant le vote de toute leur fibre citoyenne.

PROPOSITION 3 : UN(E) SECRETAIRE animé d’une âme d’animateur d’atelier d’écriture (pour l’infime pourcentage de lettrés du quartier).

PROPOSITION 4 : DES ATELIERS cuisine, couture, aquarelle et relooking et un comptoir pour les autres et les mêmes avide d’écluser tout en élisant.

PROPOSITION 5 : UN(E) PRÉSIDENT DE BUREAU de vote élu(e) (et très ému.e, évidemment, des résultats) au suffrage universel.

PROPOSITION 6 : UNE CLOSERISATION DU MONDE POLITIQUE JUSQUE DANS L’ISOLOIR avec des photos inédites des candidat(e)s, des révélations sur leur vie privée et leurs animaux de compagnie…

PROPOSITION 7 : Une LOTERIE permanente avec des lolos et des lalalères dont le gros lot serait une exemption à vie du droit de vote.

PROPOSITION 8 : DE LA POÉSIE MILITANTE, des caricatures larmoyantes, de l’art politique, des déclarations à-l’emporte-pièce, de l’humour engagé et dispensable comme sur les réseaux sociaux !

PROPOSITION 9 : UN BULLETIN DE VOTE déchiquetable à l’envi comme la toile de Banksy chez Christie’s ou toute autre forme de spectacularisation de l’acte de vote.

PROPOSITION 10 : UN MUR D’EXPRESSION LIBRE de façon à éviter que l’électeur ne s’exprime à tort et à travers sur les bulletins de vote et qu’à les noircir indûment ils ne les rendent malencontreusement blancs.