EPIPHANIA 1937 (« J’ai maintenu ma vie… ») de GEORGES SÉFÉRIS

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 » Cher Georges Séféris, si proche du plus malaisé – du plus vrai – de chacun de nous, que signifie cet impossible dont vous parlez dans votre poésie vigilante, à quelle contradiction ultime emprunte-t-il son malheur? À votre histoire sans doute, pour une part, et il serait facile de reconnaître dans les hasards qui ont déterminé votre vie les éléments comme rassemblés à dessein d’un théâtre de la dissociation du réel. Il n’est pas indifférent qu’un enfant ait vécu à Clazomène l’été, entre des pêcheurs et la vigne, et à Smyrne, grand port « retentissant » où l’Europe et l’Asie, l’intemporel et le siècle, les rituels et les marchandises se mariaient richement pour la conscience charmée ; puis, que l’exode de tout un peuple, dans le sang et les larmes du désespoir, l’ait séparé à jamais de l’heureuse terre natale : 

Tout ce que j’ai aimé a disparu avec les maisons 
Neuves l’autre été 
Qui ont croulé sous le vent d’automne

a écrit Séféris, et ce n’est pas là qu’une image. Mais tout aussi décisif fut que la nouvelle patrie, à la fois la même et si différente, l’Attique au passé trop présent, au présent trop grevé d’absurdités et de drames, n’ait guère eu à offrir au jeune homme qui lui venait que sa tristesse d’alors : que la « souffrance », dirent tant de voix, d’être grec. Et encore la guerre, et toutes sortes d’exils. Georges Séféris a passé une grande part de sa vie à être grec – à servir la Grèce – dans les pays étrangers, et il a bien été ce voyageur empêché de rentrer au port qu’il évoque dans ses poèmes.  » 

Yves Bonnefoy (1963).

 

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EPIPHANIA 1937

La mer en fleurs et les montagnes au décroît de la lune ;

La grande pierre près des figuiers de Barbarie et des asphodèles ;

La cruche qui ne voulait pas tarir à la fin du jour ;

Et le lit clos près des cyprès et tes cheveux

D’or : les étoiles du Cygne et cette étoile, Aldebaran.

J’ai maintenu ma vie, j’ai maintenu ma vie en voyageant

Parmi les arbres jaunes, selon les pentes de la pluie

Sur des versants silencieux, surchargés de feuilles de hêtre.

Pas un seul feu sur les sommets. Le soir tombe.

J’ai maintenu ma vie. Dans ta main gauche, une ligne ;

Une rayure sur ton genou ; peut-être subsistent-elles encore

Sur le sable de l’été passé, peut-être subsistent-elles encore

Là où souffle le vent du Nord tandis qu’autour du lac gelé

J’écoute la voix étrangère.

Les visages que j’aperçois ne me questionnent pas ni la femme

Qui marche, penchée, allaitant son enfant.

Je gravis les montagnes. Vallées enténébrées. La plaine

Enneigée, jusqu’à l’horizon la plaine enneigée. Ils ne questionnent pas

Le temps prisonnier dans les chapelles silencieuses

Ni les mains qui se tendent pour réclamer, ni les chemins.

J’ai maintenu ma vie, en chuchotant dans l’infini silence.

Je ne sais plus parler ni penser. Murmures

Comme le souffle du cyprès, cette nuit-là

Comme la voix humaine de la mer, la nuit, sur les galets,

Comme le souvenir de ta voix disant : « Bonheur ».

Je ferme les yeux, cherchant le lieu secret où les eaux

Se croisent sous la glace, le sourire de la mer et les puits condamnés

À tâtons dans mes propres veines, ces veines qui m’échappent

Là où s’achèvent les nénuphars et cet homme

Qui marche en aveugle sur la neige du silence.

J’ai maintenu ma vie, avec lui, cherchant l’eau qui te frôle,

Lourdes gouttes sur les feuilles vertes, sur ton visage

Dans le jardin désert, gouttes dans le bassin

Stagnant, frappant un cygne mort à l’aile immaculée

Arbres vivants et ton regard arrêté.

Cette route ne finit pas, elle n’a pas de relais, alors que tu cherches

Le souvenir de tes années d’enfance, de ceux qui sont partis,

De ceux qui ont sombré dans le sommeil, dans les tombeaux marins,

Alors que tu veux voir les corps de ceux que tu aimas

S’incliner sous les branches sèches des platanes, là même

Où s’arrêta un rayon de soleil, à vif,

Où un chien sursauta et où ton cœur frémit,

Cette route n’a pas de relais. J’ai maintenu ma vie. La neige

Et l’eau gelée dans les empreintes des chevaux.

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Poème de Georges Séféris écrit en 1937 et publié dans le recueil collectif de son œuvre sous le titre ÉPIPHANIE 1937, dans Cahier d’études.

Traduction de Jacques Lacarrière (Poésie-Gallimard, page 84)

 

Ce poème de Séféris dit par Yves MONTAND (sur Youtube)

 

La cantate de Mikis Theodorakis d’après le poème de Séféris chantée par Dimitri Kavrakos avec le National Symphonic Orchestra de l’E.R.T. sous la direction de Loukas Karytinos

 

Merci à Jean-Paul Leclerc pour m’avoir fait connaître ce texte ainsi que la cantate de Mikis Theodorakis.

 

ENTRE LA VAGUE ET LE VENT de Georges SÉFÉRIS, lu par Philippe LEUCKX

 

Georges Séféris, le Prix Nobel de Littérature de 1963, (sur la photo ci-dessous le long de la plage de Salamis) s’est éteint en 1971 à Athènes à l’âge de 71 ans. 

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ENTRE LA VAGUE ET LE VENT de GEORGES SÉFÉRIS

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

 

 

63824.jpgLe poète, né à Smyrne en 1900, lauréat du Nobel de littérature en 1963, a vécu l’histoire et ses aléas comme une seconde peau. Ses poèmes en portent trace et, mêlant mythe, terre natale, réflexion politique, amour de la beauté grecque, entre terre, île et tradition, Séféris donne une poésie qui tranche, par ses convictions, ses combats, sa posture de résistance. Il a dû souvent se résoudre à une lutte obstinée.

Entre mer, vague et remous de la géographie et de l’histoire, et le vent, tout à la fois porteur de sens, de révolte, voilà vingt poèmes qui associent ferveur et acuité, sens de la « polis » grecque, cité et démocratie, attachement résolu à ses terres et aux siens.

Poèmes qui s’illuminent de statues, d’un détour par l’enfance, d’anges « au plus près » alors que le statut d’étrangers bousculés cède à l’effroi, à la fatigue de vivre.220px-Giorgos_Seferis_1963.jpg

« Mes mains disparaissent et me reviennent

amputées »

L’exil, la cendre, le regret épuisent un destin :

« Tout ce que j’ai aimé s’en est allé avec les maisons »

La mort, compagne obsédante, la fragilité de l’être, la quête de la « mémoire/ de ceux qui vivront ici où s’achève notre course » : le poète consigne la nudité, protège des voix, « regarde les îles », en dépit de tout, en dépit des pauvres possibilités qui lui sont offertes :

« Ecris si tu peux sur ton dernier tesson

le jour le nom le lieu ;

jette-le à la mer et laisse-le couler »

C’est une poésie marquée au sceau du temps « infidèle », d’une gravité de « pierres » à soulever :

« Il sombre celui qui lève les grosses pierres.

(…)

Blessé par ma propre terre

supplicié par ma propre chemise

condamné par mes propres dieux,

ces pierres »

 

Il partage, par métaphore, le sort même de la Grèce, de toujours, celle des îles, des sculpteurs de temps, des penseurs d’espaces.

Comme le destin du roi d’Asiné modèle celui des enfants, des adultes, poursuivis par la guerre, celui du poète est de dessiner un avenir qui ne soit pas seulement teinté de souffrance mémorielle mais de l’appoint d’une sagesse renouvelée à l’aune des générations passées.

Mais la plus grande blessure, ineffaçable, n’est-elle pas d’avoir déserté la maison natale ?

« Tu sais les maisons sont promptes à nous en vouloir, quand on les déserte »

Le beau poème des « maisons » s’honore de parfums, de gestes, qui attisent chez le lecteur tout le paradis perdu.

Les vignettes de Xenos entre ocre, rouge et brun, recèlent, à côté des beaux poèmes, une esthétique liée à la Grèce profonde, éternelle, où le rouge brique saigne sur le gris, où l’ocre dit assez la terre d’où elle provient.

Un très beau livre, à l’édition bilingue, à la composition très élégante.

 

Georges Séféris, Entre la vague et le vent, La tête à l’envers, 2017, 92p., 21€. Traduit du grec par Marie-Cécile Fauvin et Catherine Perrel ; Peintures de Harris Xenos. Préface du poète Thanassis Hatzopoulos.

Le livre sur le site de L’autre livre

 

Voyage en Grèce


139007.jpgpar Pierre Reverdy (1889-1960)

J’aurai filé tous les nœuds de mon destin d’un trait, sans une escale: le cœur rempli de récits de voyages, le pied toujours posé sur le tremplin flexible des passerelles du départ et l’esprit trop prudent surveillant sans cesse les écueils.

Prisonnier entre les arêtes précises du paysage et les anneaux des jours, rivé à la même chaîne de rochers, tendue pour maîtriser les frénésies subites de la mer, j’aurai suivi, dans le bouillonnement furieux de leur sillage, tous les bateaux chargés qui sont partis sans moi. Hostile au mouvement qui va en sens inverse de la terre et, insensiblement, nous écarte du bord: regardant, le dos tourné à tous ces fronts murés, à ces yeux sans éclat, à ces lèvres cicatrisées et sans murmures, par-dessus les aiguilles enchevêtrées du port qui, les jours de grand vent, du fil de l’horizon tissent la voile des nuages. En attendant un autre tour. En attendant que se décident les amarres; quand la raison ne tient plus à la rime: quand le sort est remis au seul gré du hasard jusqu’au jour où j’aurais pu enfin prendre le large sur un de ces navires de couleur, sans équipage, qui vont en louvoyant mordre de phare en phare comme des poissons attirés par la mouche mordorée du pêcheur. Courir sous la nuit aimantée sans une étoile, dans le gémissement du vent et le halètement harassé de la meute des vagues pour, lorsqu’émerge enfin des profondeurs de l’horizon sévère le fronton limpide du matin, aborder, au signal du levant, l’éclatant rivage de la Grèce — dans l’élan sans heurt des flots dociles, frémissant parmi les doigts de cette large main posée en souveraine sur la mer.

Balle au bond, Éd. Cahiers du Sud.

 

Voyage en Grèce lu par Thierry Hancisse de la Comédie Française:

http://www.franceculture.fr/emission-poeme-du-jour-avec-la-comedie-francaise-pierre-reverdy-%C2%AB-voyage-en-grece-%C2%BB-2012-04-24

 

 

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Départ

L’horizon s’incline

Les jours sont plus longs

Voyage

Un cœur saute dans une cage

Un oiseau chante

Il va mourir

Une autre porte va s’ouvrir

Au fond du couloir

Où s’allume

Une étoile

Une femme brune

La lanterne du train qui part

 

« Poèmes d’aujourd’hui pour les enfants de maintenant » (Éd. Ouvrières)

 

« Né à Narbonne en septembre 1889, Pierre Reverdy fonde la revue Nord-Sud, qui annonce le surréalisme, en 1917. Dès 1926, il se retire près de l’abbaye de Solesmes où il meurt le 17 juin 1960. Lui qui avait anticipé bien des avant-gardes s’éloigne quand des suiveurs plus tacticiens commencent à occuper le haut du pavé littéraire. Car la mise à distance est ce qui fonde son existence tout autant que son écriture. « La poésie, c’est le bouche-abîme du réel désiré qui manque », disait-il.

Son œuvre s’impose dans le siècle, solitaire et inégalée, au point que l’on a pu suggérer qu’il n’était pas poète : il était la poésie même. »

Pierre Reverdy, Une vie, une oeuvre

Par Sophie Nauleau

https://www.youtube.com/watch?v=Rl3QdFAOtl0

 

+ de poèmes de Reverdy

http://www.poemes.co/pierre-reverdy.html

Ne pleure pas sur la Grèce

Ne pleure pas sur la Grèce, – quand on croit qu’elle va fléchir,

le couteau contre l’os et la corde au cou,

 

La voici de nouveau qui s’élance, impétueuse et sauvage,

pour harponner la bête avec le trident du soleil.

Yannis Ritsos 

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En attendant les Barbares / Constantin Cavafy

– Pourquoi nous être ainsi rassemblés sur la place ?images?q=tbn:ANd9GcTxccEMz85GreuJNA33EAreEoCbkC_tD5pSUdr8_YZfYiiDFlC4lCOahOJX

Il paraît que les barbares doivent arriver aujourd’hui.

 

– Et pourquoi le Sénat ne fait-il donc rien ?

 Qu’attendent les sénateurs pour édicter des lois ?

C’est que les barbares doivent arriver aujourd’hui.

 

Quelles lois pourraient bien faire les Sénateurs ?

Les barbares, quand ils seront là, dicteront les lois.

 

– Pourquoi notre empereur s’est-il si tôt levé,

 et s’est-il installé, aux portes de la ville,

 sur son trône, en grande pompe, et ceint de sa couronne ?

C’est que les barbares doivent arriver aujourd’hui.

Et l’empereur attend leur chef

pour le recevoir. Il a même préparé

un parchemin à lui remettre, où il le gratifie

de maints titres et appellations.

 

– Pourquoi nos deux consuls et les préteurs arborent-ils

 aujourd’hui les chamarrures de leurs toges pourpres ;

 pourquoi ont-ils mis des bracelets tout incrustés d’améthystes

 et des bagues aux superbes émeraudes taillées ;

 pourquoi prendre aujourd’hui leurs cannes de cérémonie

 aux magnifiques ciselures d’or et d’argent ?

C’est que les barbares doivent arriver aujourd’hui ;

et de pareilles choses éblouissent les barbares.

 

-Et pourquoi nos dignes rhéteurs ne viennent-ils pas, comme d’habitude,

faire des commentaires, donner leur point de vue ?

C’est que les barbares doivent arriver aujourd’hui ;

et ils n’ont aucun goût pour les belles phrases et les discours.

 

– D’où vient, tout à coup cette inquiétude

et cette confusion (les visages, comme ils sont devenus graves !)

Pourquoi les rues, les places, se vident-elles si vite,

et tous rentrent-ils chez eux, l’air soucieux ?

C’est que la nuit tombe et que les barbares ne sont pas arrivés.

Certains même, de retour des frontières,

assurent qu’il n’y a plus de barbares.


Constantin CAVAFY (1863-1933)

Traduction: Dominique Grandmont

Ici, la traduction française de ce texte dit par Lambert Wilson est signée Marguerite Yourcenar.

YANNIS RITSOS mis en voix par Jean-Jacques MARIMBERT

LES CHOSES SONT SIMPLES

Les choses sont simples.
Bien sûr bien sûr – dit le second –
puisqu’elles ne peuvent pas faire autrement .
Tu mords le pain
le couteau brille
le soleil entre par la fenêtre
dans la rue on crie
la marchande d’herbes le poissonnier le rémouleur
chacun avec sa voix
le troisième avec le silence.
Moi j’écoute.

*******

AVEC LE VENT

Le vent se mit à souffler, à courir sur la voie publique, dans le pré.

Devant le vent couraient les boeufs, les laboureurs, le fils de la sage-femme.

En dernier, clopinant, venait Dieu. Par la fenêtre,

une femme le regarda dans les yeux de derrière les carreaux.

Puis elle baissa les yeux, lui tourna le dos,

s’approcha de la table et se mit  couper du pain.

                                                                  Samos, 15.VIII.71.

*******

MOTS INDISPONIBLES

Mots indisponibles

tuméfiés

éparpillés.

Une porte enfoncée

une deuxième une troisième une cinquième.

Dans la rue les réverbères se sont allumés.

Les cafards  s’ébattent dans la cuisine.

Qu’est-ce que l’aveugle entend d’autre? –

il sort son mouchoir de sa poche

le laisse sur la table.

Dans la bouche de l’aveugle se rejoignent

la prière et le blasphème.
Et toi assis à l’envers 

sur la chaise

tu regardes ailleurs 

tu n’oublies pas.

*******

TRISTE RUSE

La cheminée, l’église, la rue, la taverne, – c’est bien

connu.

Dans la chambre obscure, un poisson qui tourne dans son bocal.

L’un, seul comme toujours, il observer; il ne fait pas vraiment

attention; –

l’éclat mouvant, imperceptible du poisson; et cette sensation

d’un manque de sentiment. Un infime engourdissement

aux doigts de pied – la paresse latente

de se déplacer, d’allumer la lumière ou bien de rester là,

cloué au sol,

dans la petite voiture fictive du paralytique, d’où il sort

son bras gauche qui rencontre une de ses roues métalliques

comme s’il tenait le gouvernail d’un antique et lointain

pouvoir

fatigué et indifférent qui ne demande à s’exercer sur personne.

De même te retiens-tu au poème comme à un secret

qu’on aurait juré de garder,

de crainte qu’on ne voie qu’il n’avait rien à révéler.

                                                      Athènes, 9.V.72 

 

images?q=tbn:ANd9GcQMRfuGXauGosFlMi9minoKJHwOrVQFrPNaasB6_tAfPbFcViwM1O2K7BJhin Le mur dans le miroir et autres poèmes

de Yannis Ritsos (1909-1990)

(Poésie/Gallimard) ,

traduits par Dominique Grandmont

Yannis Ritsos & Dominique Grandmont:

http://yannisritsos.wordpress.com/

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Jean-Jacques MARIMBERT.

Dernières parutions

… aux éditions du Cygne

DESTIN D’UN ANGE suivi de LA FOURCHE, 94 pages, 10 euros

http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-destin-ange-fourche.html

… aux Carnets du Dessert de Lune

JOUR  Collection Pleine Lune. Le recueil est préfacé par Anna de Sandre et joliment illustré par Yves Budin. 10 €.

http://lescarnetsdudessertdelune.hautetfort.com/archive/2013/06/17/des-notes-de-lecture-pour-les-parutions-de-juin.html

On peut retrouver ses mises en voix de ses textes propres ou d’autrui sur YOUTUBE


Le Minotaure / Barbara

Dans le grand labyrinthe où je cherchais ma vie,
Volant de feu en flamme comme un grand oiseau ivre,
Parmi les dieux déchus et les pauvres amis,
J’ai cherché le vertige en apprenant à vivre.

J’ai cheminé souvent, les genoux sur la terre,
Le regard égaré, embrouillé par les larmes,
Souvent par lassitude, quelquefois par prière,
Comme un enfant malade, envoûté par un charme.

Dans ce grand labyrinthe, allant de salle en salle,
De saison en saison, et de guerre en aubade,
J’ai fait cent fois mon lit, j’ai fait cent fois mes malles,
J’ai fait cent fois la valse, et cent fois la chamade.

Je cheminais toujours, les genoux sur la terre,
Le regard égaré, embrouillé par les larmes,
Souvent par lassitude, quelquefois par prière,
Comme un enfant rebelle qui dépose les armes.

Mais un matin tranquille, j’ai vu le minotaure
Qui me jette un regard comme l’on jette un sort.

Dans le grand labyrinthe où il charchait sa vie,
Volant de feu en flamme, comme un grand oiseau ivre,
Parmi les dieux déchus et les pauvres amis,
Il cherchait le vertige en apprenant à vivre.

Il avait cheminé, les genoux sur la terre,
Le regard égaré, embrouillé par les larmes,
Souvent par lassitude, quelquefois par prière,
Comme un enfant rebelle qui dépose les armes.

Dans ce grand labyrinthe, de soleil en soleil,
De printemps en printemps, de caresse en aubaine,
Il a refait mon lit pour de nouveaux sommeils,
Il a rendu mes rires et mes rêves de reine.

Dans le grand labyrinthe, de soleil en soleil,
Volant dans la lumière, comme deux oiseaux ivres,
Parmi les dieux nouveaux et les nouveaux amis,
On a mêlé nos vies et réappris à vivre…