2020 – LECTURES POUR COMMENCER L’ANNÉE : UN ÉCRIVAIN ENTOMOLOGISTE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

 

Le titulaire du Prix Nobel de littérature 1911, Maurice MAETERLINCK, était aussi un apiculteur averti, il a consacré une bonne partie de son temps à l’étude de la vie sociale des abeilles, il a publié dès 1901 un essai sur ce sujet complété en 1927 et 1930 par deux autres essais concernant la vie sociale des termites et des fourmis. Pour la rentrée littéraire 2019, Bartillat a réédité ces trois essais, ils m’ont passionné, je regrette seulement de ne pas disposer aujourd’hui d’une étude mise à jour un siècle plus tard tant ces textes laissent des questions tellement mystérieuses et si préoccupantes en suspens.

 

La vie des abeilles

Maurice Maeterlinck

Bartillat – Omnia poche

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Maurice Maeterlinck est non seulement un écrivain dont le talent a été reconnu par l’Académie suédoise qui lui a décerné le Prix Nobel de littérature en 1911, il est aussi un grand admirateur et un vrai spécialiste des apidés. il maîtrise la pratique de l’apiculture et connait la science des « apitologues ». Il a écrit cet ouvrage, publié en 1901, pour exprimer sa passion pour ce monde très mystérieux et surtout pour le faire mieux connaître de tous ceux qui ne le considèrent encore trop souvent que comme le fournisseur du miel dont les membres peuvent, à l’occasion, user de leur dard pour infliger de douloureuses piqûres. Il précise lui-même : « Je n’ai pas l’intention d’écrire un traité d’apiculture ou d’élevage des abeilles ». Il en existe suffisamment.

Il a construit cet ouvrage en suivant le cycle de la vie d’une colonie s’éveillant à la fin de l’hiver quand les toutes premières fleurs titillent les sens des butineuses. La ruche se met alors en mouvement, une sorte de frénésie s’empare des abeilles et le cycle annuel recommence « « la formation et le départ de l’essaim, la fondation de la cité nouvelle, la naissance, les combats et le vol nuptial des jeunes reines, le massacre des mâles et le retour du sommeil de l’hiver ».

Maurice Maeterlinck est un écrivain talentueux, il raconte la vie des abeilles avec passion et précision, rendant son texte accessible à tous même si le monde des abeilles et fort complexe et qu’il n’est pas facile d’essayer d’en percer les mystères et même seulement de les exposer sans pouvoir réellement les comprendre. Il connait toute la littérature sur le sujet et il a lui-même, pratiqué de nombreuses expériences pour conforter des données déjà connues ou pour valider des choses qu’il avait constatées sans qu’elles soient encore démontrées. Mais c’est aussi un poète qui voit dans le monde des abeilles beaucoup plus qu’une simple société d’insectes très structurée autour de deux grand principe : la collectivité qui prime sur tout et l’avenir du monde des apidés, la perpétuation de l’espèce. J’ai ressenti dans son texte une sensibilité, une certaine tendresse, dépassant ces simples notions scientifiques et existentielles.

Dans sa préface, Michel Brix éclaire un autre aspect de cet essai : son sens philosophique. Il écrit : « Dans la vie des abeilles, le modèle de l’écrivain belge est clairement Novalis représentant de la Naturphilosophie, et dont l’œuvre allie sciences naturelles poésie et spiritualité ». Maurice Maeterlinck n’est pas qu’un écrivain qui se pique de passion pour la science et plus particulièrement celle des « apitologues », c’est aussi un poète, comme je viens de l’écrire, et un philosophe qui cherche dans ses observations à comprendre le fonctionnement d’une société d’insectes dont il pourrait étendre les conclusions à l’humanité. Il a cherché chez les abeilles non seulement le comment mais aussi le pourquoi de la vie humaine et des grands mystères qui en dictent tous les moments critiques décidant de l’existence terrestre même. Mais qui est donc le décideur supérieur qui commande aux abeilles de se mettre en vol pour trouver une nouvelle demeure et ainsi perpétuer l’avenir de l’espèce ? Et, des questions comme celles-ci, Maeterlinck en soulève un certain nombre en les projetant au niveau du genre humain.

Ce texte est un véritable plaidoyer pour le travail collectif et l’instinct de conservation de l’espèce que les abeilles démontrent dans toutes les phases de leur existence mais cette abnégation et ses conséquences ont un prix. « A mesure que la société s’organise et s’élève, la vie particulière de chacun de ses membres voit décroître son cercle. Dès qu’il y a progrès quelque part, il ne résulte que du sacrifice de plus en plus complet de l’intérêt personnel en général » (propos de l’auteur cités par le préfacier). Alors quels sont les enseignements que les hommes peuvent retirer de l’observation de l’organisation et du fonctionnement du monde des insectes qui vivent en colonies organisées ? Ceux qui liront ce texte en tireront peut-être quelques enseignements sans pour autant emprunter les sentes du mysticisme parcourue par l’écrivain philosophe et scientifique belge. Il n’a pas résolu les grandes énigmes de la vie mais il a ouvert des portes pour ceux qui voudraient poursuivre ses réflexions.

Intelligence collective, spécialisation des individus, sélection naturelle, sens de l’avenir, …, sont des éléments essentiels de l’étude de l’auteur et, pour conforter ses analyses et ses projections sociales, philosophiques et même mystiques, il a plus tard, vers la fin des années vingt du siècle dernier écrit deux autres ouvrages consacrés à des insectes vivant en colonie : « La vie des termites » publiée en 1927 et « La vie des fourmis » parue en 1930, construisant ainsi une trilogie consacrée à l’étude des insectes dont les trois parties sont souvent regroupées. Bartillat vient de rééditer les trois tomes séparément mais simultanément, je commenterai les deux autres dans les semaines à venir.

 

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La vie des termites

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Passionné d’apiculture, Maurice Maeterlinck a voulu essayer de comprendre comment s’organisent les insectes qui vivent en colonie, sonder les mystères de la ruche, de la termitière et de la fourmilière pour percer les secrets des lois et principes qui régissent la vie des abeilles, des termites et des fourmis. Dès 1901, il a publié un essai sur la vie des abeilles et, en 1927, il a publié le second tome de sa trilogie qu’il consacre aux termites. La démarche est un peu différente, il connaissait bien les abeilles et il pratiquait lui-même des expériences. Concernant les termites, il nourrit sa réflexion à la source des études pratiquées par les grands entomologistes spécialisés dans l’étude de leur organisation sociale et de leurs mœurs et en récoltant des témoignages de voyageurs ou d’expatriés ayant séjourné dans des pays où les termites sont implantés.

A l’époque à laquelle Maeterlinck a écrit ce livre, on estimait qu’il existait, sur la planète, entre douze et quinze cents espèces de termites dont on ne connaissait les mœurs que d’approximativement une centaine. Cette multitude d’espèces implique qu’il existe des différences conséquentes entre ces diverses espèces qui ne semblent pas toutes être au même stade de leur évolution. L’auteur a donc principalement concentré son étude sur les espèces les plus connues et les mieux étudiées.

Le termite est un destructeur dévastateur, les colonies sont très peuplées, les individus se comptent par millions, elles peuvent anéantir en un temps record des constructions monumentales, des plantations complètes, des objets divers composés de cellulose ou de matériaux à base de cellulose, …. C’est un véritable fléau qui pourrait prendre d’autres proportions avec le réchauffement de la planète et Maeterlinck avait déjà émis une hypothèse dans ce sens. Et pourtant cet insecte est des plus vulnérables, la fourmi son grand prédateur en vient très facilement à bout. Sa seule défense est de calfeutrer totalement la termitière afin que la fourmi ne trouve aucune faille pour s’introduire dans la termitière. « Il n’est pas être plus déshérité que le termite. Il n’a pas d’armes défensives ou offensives. Son ventre mou crève sous la pression d’un doigt d’enfant ».

La termitière héberge une ou plusieurs reines totalement hypertrophiées ne servant qu’à pondre en continu des millions d’œufs, un ou des rois chétifs, asservis, reclus dans un recoin de la case de la reine qu’il féconde, des adultes ailés qui ne font qu’une apparition éclatante, tragique et éphémère, des ouvriers, estomacs et ventres de la communauté, des soldats handicapés au point de ne pas pouvoir se nourrir seuls, privés de sexe. Il semble que le pouvoir repose dans la collectivités des ouvriers qui ne poursuit qu’un seul objectif : la survie et la perpétuation de l’espèce. Ce système collectiviste poussé à son extrême a permis aux termites, malgré un système social moins élaboré que celui des abeilles, de surmonter tous les énormes chamboulements connus par la planète depuis l’ère primaire où certaines espèces sont déjà attestées.

Les termites sont aveugles et ne supportent pas la lumière, ils ne supportent pas plus les différences de température, ils ont donc appris à construire des tunnels pour se déplacer à l’extérieur et ils savent réguler la température dans la termitière dont la partie souterraine est souvent plus importante que la partie hors du sol. « Dans la sombre république stercoraire, le sacrifice est absolu, l’emmurement total, le contrôle incessant. Tout est noir, apprimé, oppressé. Les années s’y succèdent en d’étroites ténèbres. Tous y sont esclaves et presque tous aveugles ». Le repos n’existe pas dans la termitière, la maladie est immédiatement sanctionnée, toute défaillance est un arrêt de mort. Les termites ne jettent rien, ils mangent leurs déjections et les morts y compris les victimes de leurs sacrifices, ils ont inventé la communauté sans déchets. Au fil des millénaire, ils ont appris à ne se nourrir que de cellulose en faisant prédigérer celle-ci par des protozoaires dont ils mangent les déjections. A l’abri des prédateurs, et malgré leur fragilité, les termites sont autosuffisants et capables supporter des conditions extrêmement difficiles.

A travers l’étude des termites et de leur formidable capacité à traverser les ères géologiques et les époques, l’auteur s’interroge sur l’évolution des espèces qui plus elles approchent de leur idéal, plus leur système social se perfectionne, plus il est efficace, plus la notion de sacrifice semble se développer. La discipline devient plus sévère confinant à une tyrannie de plus en plus intolérante et intolérable. Maeterlinck comme il l’avait déjà fait en étudiant les abeilles, projette l’organisation sociale, les mœurs, le mode de vie des termites dans le genre humain et essaient d’en tirer des enseignements pour l’avenir de l’humanité. Il pousse très loin la réflexion, la conduisant même au-delà de la philosophie aux confins de la science-fiction et du mysticisme. La réflexion est passionnante, elle laisse la place à de nombreuses hypothèses et à l’imagination de chacun…

« Voilà des millions d’années que les termites s’élèvent vers un idéal qu’ils semblent à peu près atteindre. Que se passera-t-il quand ils l’auront entièrement réalisé ? » Une question qui conduit directement à s’interroger sur l’avenir et la fin éventuelle de l’humanité.

 

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La vie des fourmis

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Pour clore la trilogie qu’il a consacrée aux insectes vivant en société organisée, Maurice Maeterlinck, après avoir étudié la vie des abeilles et des termites, s’est intéressé à celle des fourmis qui est encore beaucoup plus complexe car il existe une diversité énorme de fourmis très différentes d’une espèce à l’autre, vivant selon des principes, des règles et des mœurs très différents eux aussi. « On en a décrit à ce jour six milles espèces qui toutes ont leurs mœurs, leurs caractères particuliers ». Il n’a pas étudié lui-même les fourmis comme il n’avait pas auparavant étudié la vie des termites, il a compulsé les meilleurs auteurs parcourant la presque totalité de la production sur le sujet à la date de la publication de son ouvrage. Rappelons que s’il a publié La vie des abeilles en 1901, La vie des termites n’est paru qu’en 1926 et La vie des fourmis encore plus tard, en 1930.

La fourmilière est peuplée par des reines, des femelles fécondées, vivant une douzaine d’années, d’innombrables cohortes d’ouvriers (ou ouvrières ?) asexués vivant trois ou quatre ans et de quelques centaines de mâles qui disparaissent au bout de cinq à six semaines. Dans une fourmilière peuvent cohabiter plusieurs colonies avec plusieurs reines et même parfois différentes espèces en plus ou moins bonne harmonie. La fourmilière héberge aussi une grande quantité de parasites, l’auteur écrit qu’on en comptait, au moment de la rédaction de son ouvrage, « plus de deux milles espèces, et d’incessantes découvertes, …, accroissent journellement ce nombre ». Je n’ai pas eu la curiosité de vérifier cette donnée auprès d’autres sources, la vie et l’histoire de ce monde en miniature sont pourtant fascinantes et permettent de formuler moult élucubrations plus ou moins fantaisistes mais, pour certaines, tout à fait plausibles. L’auteur s’est penché sur cette vie grouillante et pourtant très organisée qui peut évoquer l’humanité à une échelle réduite et peut-être même dotée d’une intelligence au moins comparable. C’est là un vaste champ d’investigation, de réflexion, d’imagination et surtout de recherche qui ne sera sans doute jamais exploré jusqu’à ses limites.

Pour suivre le préfacier, Michel Brix, nous retiendrons que l’auteur formulerait deux interrogations à travers cette trilogie : « Les insectes sont-ils heureux ? et quelle spiritualité serait susceptible d’éclairer et de conforter les humains dans leur marche vers une existence plus « sociale », marquée par le renoncement à l’intérêt individuel ». Toute la trilogie est empreinte de cette double question et principalement ce troisième opus consacré aux fourmis qui sont encore plus dévouées au collectif que les abeilles et les termites, leur l’esprit de sacrifice est absolu. Maeterlinck les considère un peu comme les infimes parties d’un tout vivant, à l’exemple d’une cellule d’un corps humain.

Certaines espèces de fourmis sont particulièrement évoluées, elles peuvent cultiver des champignons, élever des parasites, moissonner, …, elles sont encore plus ingénieuses et mieux organisées que les abeilles et les termites. Mais, comme si toute évolution impliquait un esprit hégémonique et conquérant, « Seules, entre tous les insectes, les fourmis ont des armées organisées et entreprennent des guerres offensives ». Certaines espèces peuvent aussi causer des dégâts cataclysmiques dans la végétation, dans les villages, partout ou leur énorme flot se déverse en un énorme fleuve tranquille mais dévastateur. Elles ont aussi inventé l’esclavage en réduisant les espèces les moins solides, les moins débrouillardes, à leur service.

L’étude de la vie des fourmis bute sur de nombreux mystères que la science n’a pas pu élucider avant la publication de cet ouvrage et certainement guère plus aujourd’hui même si la connaissance a probablement évolué depuis la publication de ce dernier opus. Un des problèmes fondamentaux réside dans l’expansion incessante du nombre des individus, la reine pond sans cesse à un rythme effréné sans qu’aucun système de régulation ne freine le processus de reproduction. Quel pourrait être le but d’une telle frénésie reproductrice ? L’auteur laisse cette question sans réponse. Pour clore cette trilogie, nous resterons sur une autre interrogation formulée aussi par l’auteur : « Les fourmis iront-elles plus loin ? », rien ne permet de le dire mais rien n’est impossible, l’accroissement exponentiel du nombre des individus reste une hypothèse plausible et, dans ce cas, l’étendue des dégâts qu’elles causent peut croître elle aussi de façon extraordinaire. Et si cette question n’appartenait pas qu’au domaine de la science ? A la lecture de la trilogie, on constate vite que Maeterlinck s’est très vite posée cette bien embarrassante question.

 

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Maurice Maeterlinck (1862-1949)

Maurice MAETERLINCK chez Bartillat

 

LA SAISON LITTÉRAIRE 2019-2020 : FRAGMENTS DE L’HISTOIRE DE LA CHINE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

Aujourd’hui, je vous propose une chronique historique et chinoise à la fois, je vous propose deux textes qui évoquent des époques très éloignées de l’Empire du Milieu : la période de transition entre la Chine féodale et la Chine impériale qui court de 722 avant JC à 468 avant JC, et la période qui fait suite au départ de Mao. Ces deux périodes bien que particulièrement différentes ont, toutes les deux, profondément marqué l’histoire de la Chine et resteront à jamais des époques déterminantes pour la vie d’un milliard et demi d’individus.

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Petites chroniques des printemps et automnes

Li Jingze

Editions Picquier

Petites chroniques de printemps et automnes

Les Chroniques des printemps et automnes ne sont pas seulement un titre ou une façon de dénommer les notes consignées par les scribes chinois de la période courant de 722 à 468 avant JC, elles sont aussi le nom donné à cette période qui court entre le début du déclin de l’empire des Zhou, l’empire féodal, et la période des royaumes combattants, le fameux basculement du V° siècle avant JC qui vit naître la démocratie à Athènes et connut bien d’autres bousculement dans le monde.

« Ce livre est donc l’histoire de l’anéantissement d’un ordre ancien et de la naissance d’un monde nouveau. Il retrace la transition entre l’époque féodale et l’époque impériale ».

C’est à cette époque que vécurent Confucius et Lao-Tseu et certains, aujourd’hui encore, prétendent que Confucius aurait lui-même corrigé des passages de ces chroniques. Il est impossible de l’infirmer mais pas plus possible de l’affirmer.

Les Chroniques des printemps et automnes doivent leur nom au fait qu’à cette époque en Chine on considérait qu’il y avait deux saisons : une pour désigner celle où les jours croissent vers le zénith de l’année solaire et l’autre qui, à l’inverse, en est le déclin. elles ont été écrites par des scribes du royaume de Lu mais concernent tous les royaumes de la plaine du Fleuve Jaune (Hoang ho) qui occupaient les actuelles provinces du Shaanxi, du Shanxi, de Hubei et surtout celle de Henan, mais d’autres encore presque jusqu’à la plaine du Fleuve Bleu (Yang tsé kiang). Ecrites sur des plaquettes de bouleau, ces chroniques sont très abrégées, elles n’utilisent qu’un très petit nombre de caractères et sont rédigées de façon très succincte, laissant un espace important à l’interprétation des exégètes. Elles ont été complétées ultérieurement par des ajouts et commentaires apportés notamment par le grand historien antique Zuo Qiuming auquel l’auteur se réfère le plus souvent.

Confucius prétend que cette période fut très négative mais les autres sources, notamment archéologiques, démontrent que malgré l’effervescence et le bouillonnement ambiants qui dégénérèrent souvent en guerres et en massacres, selon l’auteur, « Les Printemps et Automnes sont la source spirituelle de la Chine ». La Chine impériale semble puiser ses origines dans cette période trouble de mutation et de transformation. Une nouvelle classe accédait au pouvoir, des rites et des traditions disparaissaient laissant la place à un pouvoir plus dynamique moins éclaté, plus efficace et plus efficient. Ayant, dans ma jeunesse, suivi des études d’histoire médiévale, je serais tenté de comparer cette période à celle de l’histoire de France qui connut la déliquescence de l’empire carolingien avant de s’éteindre avec l’affirmation du pouvoir capétien. Un pouvoir se dilue et se meurt un autre naît dans le chaos et le tumulte.

Le texte présenté par Li Jingze comporte des extraits des chroniques qu’il explique souvent à l’aide des interprétation laissées par les historiographes qui les ont décryptés et qu’il complète par ses propres explications. Les scribes doivent rapporter tout ce que le roi dit, il est l’interprète des dieux, sa parole à valeur de vérité absolue. Comme dans la féodalité médiévale, l’histoire chinoise de l’époque se compose surtout de batailles, de rivalités, de guerres de succession, de trahisons, de félonies, d’intrigues de palais, de complots, de cabales, … Le principal objectif est d’assurer la pérennité du lignage et d’éliminer les prétendants trop empressés. Les royaumes (Lu, Wei, Qi, Jin, Chu, Cao, Wu, et plusieurs autres encore …)  se battent aussi pour élargir leur territoire, assurer ou améliorer leur rang, se rapprocher de l’empereur très affaibli mais toujours détenteur de la légitimité et de la capacité de dire le droit ancestral. Comme dans notre bonne vieille féodalité, les rois, les princes feudataires, les hégémons qui peuvent conduire des coalitions à la guerre, les grands ducs, minent de plus en plus le pouvoir féodal qui à la fin de cette période changera de dynastie passant des Zhou aux Qin fondateurs de la Chine impériale. Ce livre raconte notamment les rivalités sanglantes qui opposèrent les prétendants au trône de du royaume de Jin, cette lutte fratricide fut l’élément décisif qui provoqua les transformations profondes que la Chine connut à cette époque.

« Ils firent de Jin un hégémon durable mais ce furent aussi eux qui, pour finir, firent éclater leur Etat et firent entrer la Chine dans la période des Royaumes combattants ».

La Chine impériale est donc née vers le début du VII° siècle avant JC dans le royaume de Jin au cœur de l’actuelle province du Henan.

Dans « Etranger dans mon pays » paru récemment chez Picquier aussi, Xu Zhiyuan se désole en constatant que les Chinois ont perdu leur passé, il leur suffirait peut-être de lire ce livre de Li Jingze pour comprendre comment est née leur immense nation et sur quels principes et valeurs elle s’est constituée.

Le livre sur le site de l’éditeur

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Etranger dans mon pays

Xu Zhiyuan

Editions Picquier

Etranger dans mon pays

« Notre société a connu des bouleversements d’une telle violence et d’une telle rapidité que le pays tout entier semble être un grand arbre déraciné. La Chine a oublié ses origines ». Le changement est si brutal et si important que Xu Zhiyuan ne reconnait plus son pays où il se sent comme un étranger. Il a donc décidé de partir à sa redécouverte en commençant par parcourir la diagonale qui sépare la Chine des Han de la Chine des minorités, la Chine du pouvoir de la Chine des oppressés, la Chine des riches de la Chine des pauvres…

« Si l’on trace une diagonale rejoignant ces deux villes (Aihui à la frontière russe en Mandchourie et Tchengchong à la frontière birmane au Yunnan), on observe qu’elle correspond à une ligne de démarcation géographique : côté est, à peine 43% du territoire, mais qui est occupé par 90% de la population ; à l’ouest, une immensité relativement inhabitée ».

Son livre ne se contente pas de décrire ce qu’il a vu et entendu lors de ce périple, il l’a complété par d’autres textes assez divers.

« Ce livre est donc un mélange. On y trouve des notes de voyage, des portraits ou des commentaires, mais le thème est toujours le même : il s’agit du sentiment de profonde rupture éprouvé dans la société chinoise contemporaine. »

Ce mélange comporte des notes de voyage aux Trois Gorges, une excursion de Shanghai à Xi’an, des histoires pékinoises, une incursion dans l’histoire au sud du Yangtsé, une excursion à Taïwan, un voyage à la rencontre des jeunes dans les trous paumés, une brève biographie de Chen Danqing, la vision de la Chine post Mao de Liu Xiangcheng et pour terminer un rencontre avec Yu Hua. Une somme de documents importante permettant à Xu Zhiyuan de jeter un regard sur ce que fut la Chine, sur ce qu’elle est devenue et surtout sur cette fameuse rupture qui relie l’ensemble des textes présentés. En faire le détail reviendrait à réécrire une bonne partie du livre, je me contenterai d’en tirer les principaux enseignements.

Ce qui semble, au premier abord, frapper le voyageur c’est le grand bouleversement qui s’est opéré dans les villes chinoises. Elles ont toutes été modernisé, les centres historiques ont souvent disparu, de grands immeubles uniformes et des tours standards ont pris la place. « En Chine, qu’on soit dans le nord, au sud à l’est ou à l’ouest, c’est la même ville qui est partout dupliquée ». Une ville qui grouille d’une foule énorme qui court en tous sens. « C’est sur notre masse humaine pullulante que nous nous sommes appuyés, bien plus que sur le génie individuel ». Cette source inépuisable de main d’œuvre qui permet de remplacer rapidement tous les défaillants et de ne pas se préoccuper de la santé des travailleurs.

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XU Zhiyuan

La Chine d’aujourd’hui offre le spectacle d’« un bouleversement gigantesque, anarchique, sans égard pour les individus, au point que l’apathie ou l’indifférence y sont devenue des stratégies de survie ». Le régime qui a sévi avant l’explosion économique a anesthésié les Chinois, ils ont oublié leur passé, ne sont pas encore capables de se projeter dans un avenir structuré, ils vivent au présent sans se préoccuper de ce qui pourrait leur arriver, ne pensant qu’à accumuler de l’argent pour s’offrir le rêve qu’ils ont en eux après les longues privations : imiter le modèle de consommation des Occidentaux, pouvoir vivre comme eux, manger leur part du gâteau maintenant, très vite et sans retenue. Cette société vénérant le dieu argent s’est construite autour d’une rupture de plus en plus profonde entre ceux qui réussissent et ceux qui triment comme des bêtes pour payer la réussite des vainqueurs. Les touristes qui nous bousculent sur tous les sites touristiques de la planète sont les petits vainqueurs des réformes économiques.

« Leur fierté, ils l’ont souvent conquise au prix de leur santé, et surtout de leur esprit : leur vision du monde est le plus souvent aussi étroite qu’imbue d’elle-même ».

Le niveau de vie des Chinois a enflé rapidement mais seulement pour ceux qui réussissent, pour les autres, notamment ceux de la Chine de l’ouest, des minorités, la vie est beaucoup moins facile. Les villes ont explosé, les campagnes se sont appauvries, les nouveaux riches flambent, les autres sont repoussés toujours plus loin dans la marge, ravalés au rang de simples moyens de production. Cet essor doré touchant ceux qui ont osé et pu entreprendre a un prix : « Qu’il s’agisse des individus ou du corps social chinois dans son ensemble, ce pays est dévitalisé : l’argent, lubrifiant social ou stimulant exclusif, y occupe un rôle prééminent ». Le régime maoïste a lavé le cerveau des Chinois, ils n’ont plus aucune conscience politique, ils ont perdu toutes leurs valeurs sociales et se moquent comme de l’an mil de l’avenir de la planète. Et, Xu Zhiyuan de conclure : « … chacun de nous porte aussi le fardeau d’une vie dont toute signification est absente ». Selon Chen Danqing, la Chine aurait perdu toute estime pour sa propre culture, dévorée par l’obsession de l’imitation dont ne résulterait, la plupart du temps, que des copies de mauvaise qualité.

Et l’auteur s’interroge en lisant Qian Mu, grand historien du XX° siècle : le ritualisme de l’ancien régime ne permettait-il pas au moins d’assurer une certaine solidarité entre les hommes et l’existence de valeurs collectives qui semblent aujourd’hui disparues ? Comme si un léger vent de nostalgie soufflait déjà sur les intellectuels chinois… C’est du moins l’impression que j’ai eu en lisant ce mélange de textes, l’impression que la richesse qui ruisselle aujourd’hui sur la Chine réclame en contrepartie un lourd tribut humain, social, culturel…

Le livre sur le site de l’éditeur

LES ÉDITIONS PHILIPPE PICQUIER 

 

 

 

LA SAISON LITTÉRAIRE 2019-2020 : VERS SUR LES FEUILLES D’AUTOMNE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

LA SAISON LITTÉRAIRE 2019-2020 : LE GRAND CHOIX / La chronique de Denis BILLAMBOZ
Denis BILLAMBOZ

Dans cette chronique, j’ai réuni deux poètes qui proposent des vers (ou de la prose) bien différents mais qui ont le grand mérite de m’être fidèles depuis plusieurs années. J’ai presque tout lu et commenté l’œuvre de THIERRY RADIÈRE, pour cette fois ce sera un petit recueil de poésie : « Tercets du dimanche » qui évoque ce jour tant attendu, dans la campagne de Thierry comme dans la mienne, et si vite épuisé. Le second recueil est l’œuvre de SALVATORE GUCCIARDO qui propose des vers et de la prose aussi flamboyants que ses tableaux, on y devine les mêmes couleurs enflammant aussi bien les pages que les toiles.

 

Tercets du dimanche

Thierry Radière

Gros Textes

Les courtes poésies en vers libres exprimant souvent la vie quotidienne, les rites familiaux, la campagne de son enfance, la douceur familiale, la vie lente et paisible contrastant avec l’agitation citadine, sont vraiment le domaine de prédilection de Thierry Radière, il y excelle particulièrement. Après « Les samedis sont au marché », il évoque ici les dimanches paisibles qu’il passait, enfant, dans sa campagne ardennaise. Et brusquement, après la lecture de quelques tercets seulement, des tercets comme des images, j’ai été immergé dans ma propre enfance passée elle aussi dans une autre campagne sur les plateaux jurassiens. Et j’ai revu mon père tellement heureux de partager la sacro-sainte partie de carte du dimanche après-midi avec ses enfants et des voisins.

« Le jeu de carte après le café

sur la nappe à fleurs

claquait les poings »

C’est une image très forte, elle fait partie des dernières que j’ai partagées avec mon père, comme les balades dans la campagne que nous avons prolongées quand nous sommes devenus nous-mêmes parents.

« le chemin derrière la maison

dès qu’il n’y a plus rien à faire

nous invite à retrouver les pas de notre enfance ».

Ce recueil, ce sont tous les souvenirs que Thierry a mis en mots harmonieux, en couleurs, en saveurs et en odeurs, tout ce qui a construit notre mémoire familiale, celle que nous avons partagée avec nos parents et que nous avons transmis à nos enfants et petits-enfants. Ces fameux dimanche où il fallait sortir « les habits du dimanche »

« C’est le jour du tergal

au pantalon lors de la messe

des sourires d’anges démangent »

Ces dimanches rythmés par les programmes de la télévision quand il n’y avait que deux ou trois chaînes, selon les époques, et que tout le village vivait au même rythme, celui de la télévision.

« Quand à la télé

à l’heure du goûter

les cow-boys mouraient subitement »

C’est aussi le repas du dimanche élaboré avec les produits de la ferme, un festin comme on n’en mange plus, les produits de nos cultures et de nos élevages n’existent plus. On ne savait pas ce qu’était la diététique mais on connaissait bien la gourmandise.

« La cuisine est un musée

du dimanche olfactif

elle a laissé des traces dans les rides. »

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Thierry RADIÈRE

Le dimanche c’est le jour après le samedi qui souvent laissait les stigmates de la fête dans les têtes embrouillées et le jour avant le lundi générateur du spleen du dimanche soir qui sonnait comme un air de fête qui se termine.

« Et la grasse matinée

dans ses habits du dimanche

sait bien que ce n’est qu’une répétition »

 

« Et enfin le dimanche arriva

dans ses habits du soir

avant même que la journée ne débute »

Ce jour tellement attendu, si vite passé, achevé dans une ambiance empreinte d’une pointe d‘amertume. Je laisserai la conclusion à Thierry avec la question qu’il nous adresse et à laquelle je ne sais pas répondre.

« A-t-on inventé ce jour

Pour donner une pointe d’espoir à la vie

Des travailleurs jamais tranquilles ? »

Le recueil sur le site de GROS TEXTES

Sans botox ni silicone, le blog de Thierry RADIÉRE

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Ombres et lumières

Salvatore Gucciardo

L’Harmattan

Couverture Ombres et lumières

Avant d’avoir lu le premier mot de ce recueil, j’ai été ébloui par sa qualité éditoriale, un vrai livre d’art : le papier est de belle qualité tout comme l’impression, la couverture est illustrée d’une peinture de l’auteur lui-même et les dessins à l’intérieur sont aussi de l’auteur. Salvatore manie les pinceaux et le crayon avec autant de talent que le clavier dont il tire de la poésie, en prose ou en vers, brillante comme les peintures qu’il enflamme de couleurs chaudes, brûlantes, flamboyantes. Des couleurs qui évoque l’astre solaire dispensateur de lumière et de vie.

Ses illustrations représentent presque toujours un cercle, comme un univers clos, comme une planète, qui enserre un visage souvent serein exprimant la vie ou une partie de visage tout aussi sereine ou alors d’autres figures toutes géométriques que j’interprète comme des allégories de la faune ou de la flore qui peuple notre monde. Il ne manque que la couleur flamboyante que Salvatore utilise habituellement pour exprimer la luminosité et l’incandescence solaire qui génèrent la vie sur notre planète.

« La voie lactée exulte en composant la symphonie des courbes. L’espace transcrit sur le livre des étoiles le parcours primitif ».

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Salvatore GUCCIARDO

Sa poésie en prose ou en vers dégage la même lumière, la même flamboyance, la même incandescence que ses peintures. Elle raconte la genèse du monde, la mythologie fondatrice, le passage de l’ombre à la lumière sous l’effet de l’incandescence solaire.

« Je me souviens du grain de lumière sortant de l’obscurité. L’éclat primitif avait rejoint la réalité, l’embrasement gigantesque… ».

Elle dépeint avec un minimum de mots d’un maximum d’intensité l’origine de la vie.

« Tu as embrassé la lumière en poussant un vagissement fougueux en sortant du vagin du néant ».

Et la vie débordant de son cadre natal envahit l’univers.

« On va coloniser les terres sidérales. Atteindre le rêve initial. Créer une nouvelle vision. Tous les bâtisseurs se sont unis pour que le fantasme devienne réalité ».

Et la vie va déborder l’univers sidéral pour coloniser tous les mondes virtuels qui germent dans les systèmes sensitifs, végétatifs, biologiques, intelligents qui peuplent l’univers.

« La spirale m’aspire. Le verbe m’échappe. Tout est émotion ».

Et avec ses mots, ses dessins, ses couleurs, sa foi en la vie, Salvatore nous convainc que « Nous représentons l’histoire de l’humanité ».

Avec ce recueil, il en a écrit le premier chapitre …

Le livre sur le site de L’HARMATTAN 

Le site de Salvatore GUCCIARDO

LA SAISON LITTÉRAIRE 2019-2020 : BALISES LITTÉRAIRES / La chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

Les Editions BARTILLAT ont édité, ou réédité, des textes un peu oubliés d’André SUARÈS et de Paul VALÉRY, des textes qui peuvent servir de balises dans l’histoire de la littérature, ils apportent de nombreux informations et témoignages pris sur le vif. Si je connais bien le second, j’avoue ne l’avoir que peu lu et le confesse volontiers n’avoir fait la connaissance du premier qu’à l’occasion de cette lecture. Ces éditions ont donc le mérite de faire connaître et faire revivre des textes pas, peu ou mal publiés.

 

Miroir du temps

André SUARÈS

Edition établie par Stéphane Barsacq

Bartillat Edition

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Si Stéphane Barsacq n’avait pas établi cet important recueil de textes, si Bartillat ne l’avait pas publié, je crois que de très nombreux lecteurs assidus et passionnés seraient, tout comme moi, passés totalement à côté de cet auteur qui connut cependant une réelle notoriété dans la première moitié du XX° siècle. Il n’a pas, comme ses plus ou moins contemporains, Proust, Gide, Claudel, Valéry, …, franchit le seuil de la notoriété et il serait, sans cet énorme travail de recensement et de compilation, probablement tombé, à plus ou moins long terme, dans les oubliettes de la littérature comme beaucoup d’autres hélas. Mais Suarès, avec cet ouvrage, est désormais bien présent dans les rayons des librairies et des bibliothèques, du moins je l’espère vivement.

Dans cette sorte d’anthologie, Stéphane Barsacq regroupe tout un ensemble de textes inédits ou seulement dans des livres ou revues peu accessibles : des préfaces, des publications dans des revues, des articles dans la presse littéraire, des billets, des homélies, des lettres adressées à ses amis ou à ceux dont il appréciait le talent. Pour le situer comme écrivain, je citerai ce propos de Gabriel Bounoure que la préfacier a introduit dans son texte.

« Au moment où les symbolistes acceptaient la démission du vouloir vivre en s’adonnant à d’immobiles nostalgies, lui a voulu la grande action, la profusion et l’éclat, l’héritage des siècles amoureux et guerriers, les trésors de la passion et de l’art, le royaume de l’Homme renaissant, …, le triomphe de la personnalité accomplie, … ».

Sa culture était aussi vaste et variée que le champ artistique qu’il embrassait. Barsacq a regroupé les textes choisis en cinq grands chapitres inégaux : Littérature, Danse, Musique, Art, Mystique, qui montre bien toute la vastitude de son horizon culturel. Tous les chapitres n’occupent pas le même nombre de pages dans le recueil, la littérature, sa discipline personnelle, prend une place privilégiée suivie de la musique puis des autres arts ou de l’art vu dans globalité et enfin de la danse qui a trouvé un petit espace pour évoquer des grands danseurs et chorégraphes. Pour clore cette anthologie, l’auteur a réservé une place pour la mystique qui n’est certes pas un art mais qui occupe souvent une place importante dans le monde de l’art et Suarès l’évoque souvent. Il nous faut suivant les conseils du maîtres – « Il ne faut pas me lire pour me suivre mais pour se mettre en route. » – mettre nos pas dans les siens sur la route des arts et des lettres.

M

Les textes sont classés par ordre chronologique des auteurs et artistes qu’ils évoquent. Pétrone et Suétone, dans des textes parallèles, introduisent le chapitre consacré à la littérature où figurent ensuite Voltaire, Goethe, Chateaubriand, Dostoïevski, Verlaine, Stevenson, etc., jusqu’à André Malraux et Gilbert Lely. Bach et Beethoven précèdent Wagner, le musicien tant admiré de l’auteur et Debussy autre idole de Suarès. Le chapitre consacré à l’art accueille Léonard de Vinci, Véronèse, Cézanne, Bourdelle et d’autres peintres dont certains sont peu connus et qu’il était très intéressant de découvrir.

Suarès n’a pas eu que des amis, c’est lui qui le confie, mais il dit souvent beaucoup de bien des artistes qu’il évoque, les couvrant de louanges, mais il sait aussi verser le vitriol sur ceux qu’il n’apprécie pas ou qui lui sont franchement hostiles. Il ne reconnait qu’une contrainte : sa liberté.

« Ma seule doctrine : je tiens pour l’individu contre l’automate et le robot, partout en dans tous les cas. La liberté est mon essence. Je préfère mourir libre à vivre esclave » (citation de Barsacq dans sa préface).

Il n’accepte aucune concession mercantile.

« Si on plait au public, tant pis. Nous en dépendons pour le succès, notre bonne ou mauvaise fortune ; nous n’en dépendons pas et ne voulons pas en dépendre en ce que nous sommes ».

Son choix a toujours été guidé par le talent au détriment de la notoriété : « Entre les hommes que j’ai connus, j’ai toujours préféré aux plus célèbres ceux qui auraient mérité de l’être et qui ne l’étaient pas ».

Sa vision de l’art et de sa place dans l’univers, car l’art dépasse notre monde, a particulièrement retenu mon attention. Barsacq a placé une citation de François Chapon en exergue au chapitre traitant de la musique, qui expose bien la conception de l’art de Suarès : « La notion de l’art, plus réel que le prétendu réel, est au centre de l’œuvre suarésienne dès ses origines et ne variera jamais ». Mais l’art n’est pas que concrétude, plus loin, il revient sur la place prépondérante qu’il accorde à la métaphysique – « Une philosophie qui proscrit la métaphysique est une philosophie sans philosophie. » – qui conduit à la mystique qui semble le marquer profondément.

« Être sans mystique n’est pas la marque d’une raison droite, mais d’un esprit borné et mécanique, privé d’antennes sur la vie ».

Alors, je retiendrai le juste équilibre qu’il semble trouver entre la science et la métaphysique : « La philosophie manque autant à la science de mil huit cent quatre-vingts, que la science manque à la philosophie de saint Thomas d’Aquin ».

Les marchands de technologie qui envahissent notre monde devraient s’inspirer des bonnes paroles de Suarès et réserver une place à la pensée et à l’art qui peuvent conduire le monde encore plus loin que leurs belles inventions.

Et malheureusement si on évoque l’écriture on peut comprendre qu’« A bien des égards, Suarès appartient à la légende, celle d’un âge d’or des lettres qui semble révolu, … ». Il appartenait à un monde où l’écriture était encore un art, un monde qui hélas a déjà disparu.

Le livre sur le site de Batillat

 

La renaissance de la Liberté

Paul VALERY

Edition établie par Michel Jarrety

Bartillat / Omnia poche

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Ce recueil a été établi, présenté et annoté par Michel Jarrety ; dans sa préface, il explique l’objet de cette publication, ce qu’elle comporte et comment il a procédé pour l’établir. Comme son sous-titre, Souvenirs et réflexions, l’indique de manière explicite, elle se compose de deux parties : une première regroupant des souvenirs que Paul Valéry a laissés dans ses nombreux écrits brefs, la seconde comportant des réflexions formulées sur son œuvre, la littérature, le langage, l’Europe qui le préoccupait fort surtout depuis qu’il faisait partie d’une commission de la Société des Nations. Pour présenter ce recueil, Michel Jarrety a regroupé quelques-uns des très nombreux textes de circonstances que l’auteur a écrits, parfois à la hâte, cédant à la pression de ses amis et autres personnalités jugeant utile d’user de sa gloire et de sa notoriété pour valoriser leurs œuvres ou leurs entreprises.

Dans ce texte, le lecteur trouvera donc des préfaces, des contributions ou des introductions à des conférences, congrès ou autres manifestations culturelles, des hommages, des témoignages, des discours, mais aussi des articles, des courriers, des notes plus ou moins personnelles, des notules, etc. Certains de ces textes ont été repris, parfois plusieurs fois, dans des publications précédentes et d’autres sont restés parfaitement inédits non pas parce qu’ils sont inintéressants mais plutôt parce qu’il y avait surabondance de matière et qu’ils ont été écartés faute de place pour eux. Tous ces textes ne sont pas de la même qualité littéraire, certains, manifestement, ont été écrits à la hâte, juste pour ne pas dire non à un ami ou à un personnage important, d’autres comportent des passages dignes des grandes ouvres de Valéry. Tous ne présentent pas le même intérêt, certains n’évoquent que des faits relativement banals, d’autre sont de profonde réflexions, souvent très pertinentes notamment quand l’auteur formule des projections sur l’avenir des lettres ou de l’Europe.

La première partie comporte, sous diverses formes, ses souvenirs dans un ordre chronologique ; ils commencent par un billet sur Montpellier en 1890 où il a rencontré Pierre Louÿs qui n’était encore que Pierre Louis. Il évoque ensuite ses divers séjours en Angleterre où il avait de la famille et où il rencontra de nombreuses personnes du monde des lettres notamment Joseph Conrad. Et ainsi de suite, de note en billet, de lettre en hommage, il évoque de très nombreux personnages, Rilke dans une lettre, Léon Paul Fargue dans une notule, tout un ensemble d’auteurs et gens de lettres gravitant dans le monde littéraire de la première moitié du XX° siècle en Europe ; Paul Valéry croyait fermement à une culture européenne vecteur de l’identité, du rayonnement et du développement de l’Europe.

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Dans la seconde partie consacrée à des réflexions formulées surtout à travers des interventions dans des manifestations culturelles, il évoque son œuvre, assez peu, ce n’est pas son sujet de prédilection. De manière générale, il parle peu de lui et de sa vie privée. En contrepartie, il intervient plusieurs fois sur l’avenir de la littérature qu’il juge bien sombre face à la montée en puissance de la presse écrite et de la radiophonie. Il formule même des conjectures qui auraient encore un sens aujourd’hui en remplaçant presse et radio par réseaux sociaux, Internet, téléphones androïdes, etc… Il juge que les lecteurs « ne lisent en général que des journaux ; or, au point de vue des formes et au point de vue des idées, une culture fondée sur la lecture des journaux uniquement, est une culture finie ». Il est encore plus inquiet sur l’avenir du langage, véritable nourriture de la littérature. « Il y a une foule de mots français qui ont disparu dans l’espace d’une génération à peu près, des mots précis, d’origine populaire, généralement très jolis ; ils s’effacent devant la mauvaise abstraction, devant les termes techniques qui envahissent notre langue ». là aussi son jugement était prémonitoire même s’il ne connaissait pas encore la création d’un jargon international incapable de véhiculer une quelconque culture, seulement des éléments de technologie basiques.

Il y aurait beaucoup d’autres choses à évoquer après la lecture de ces courts textes, on sait depuis longtemps que la forme courte permet de dire beaucoup en peu de mots, mais il faut laisser au lecteur le soin de soulever lui-même les idées qui l’intéressent. Pour ma part, j’ai noté avec un réel intérêt ce que Paul Valéry pense des chroniqueurs qui ont lu ses œuvres et qui en parlent. Pour lui l’auteur n’a que son propre point de vue sur son œuvre alors que les lecteurs peuvent en mettre en évidence d’autres et soulever d’autres questions. Le lecteur ne connaît, souvent, l’auteur qu’à travers ce qu’il écrit et non ce qu’il est réellement.

« Entre l’auteur tel qu’il est et l’auteur que l’œuvre a fait imaginer au lecteur, il y a généralement une différence qui ne manque pas de causer les plus grands étonnements… ».

Et Paul Valéry ajoute que l’auteur est souvent victime du message qu’il a voulu passer oubliant certaines idées figurant pourtant bien dans son texte.

« En un certain sens on peut dire que l’auteur ignore son œuvre ; il l’ignore en tant qu’ensemble, il l’ignore en tant qu’effet ; il ne l’a éprouvée qu’à titre de cause, et dans le détail ».

J’essaierai de ne pas oublier ces sains principes quand je m’aventurerai encore à parler des écrits des autres.

Le livre sur le site de Bartillat 

 

LA SAISON LITTÉRAIRE 2019-2020 : MES CARNETS DE POÉSIE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

En cet automne, pour remplir mon carnet de poésie, j’ai puisé dans ceux du Dessert de lune où j’ai trouvé de la très belle poésie en prose de JEAN-CLAUDE MARTIN, de la jolie poésie tout aussi joliment illustrée, de sa propre main, de LUCE GUILBAUD et de la poésie corrosive d’ERIC DEJAEGER qui stigmatise les faux poètes qui ne sont que « powètes » tout juste capables de commettre quelques vers présomptueux.

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Vies patinées

Jean-Claude MARTIN

Les Carnets du dessert de lune

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Elle est belle, fluide, imagée, dépouillée, élégante, la poésie de Jean-Claude Martin, elle respire la patine du poète qui a longtemps traîné sa plume sur le papier, remis cent fois sur le métier son œuvre et sa vie. Cette vie, on a l’impression qu’il l’avait imaginée autrement. « Notre vie tient de la flèche et du cerceau. Nous partons vers un but. Mais la plupart des vies passe à côté de la cible ou marque pas loin de zéro ». Alors lui aussi il serait passé à côté de la cible et en éprouverait un peu d’amertume et même une pointe d’aigreur. Sa vie, il l’aurait subie comme il l’écrit : « Pousser les jours devant soi, comme détritus au caniveau. Sans but, sans haine, sans désir… »

Le temps, celui qu’il écrit avec un « T » majuscule, le maître du grand jeu de la vie, lui aurait filé entre les doigts comme le sable entre les doigts de l’enfant sur la plage. « Tu l’as eu ? Il t’a encore filé entre les doigts, et sa peau en passant t’a râpé l’âme jusqu’à la corde… Le Temps ! ».

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Jean-Claude Martin 

A l’automne de sa vie, Jean-Claude Martin, je le comprends, nous appartenons à la même génération, nous avons envisagé les mêmes idéaux, ou presque, nous avons bercé les mêmes rêves, peut-être, mais ce qui est certain c’est que nous avons usé le même Temps, ce Temps qui nous a fui et dont il voudrait bien encore une petite tranche, comme l’écrit Hervé Bougel dans sa bien belle préface : il s’agit de « vivre encore un peu, encore un moment, encore un instant… »

Jean-Claude Martin est un virtuose du poème en prose et celui ci-dessous résume à merveille ce recueil, son talent, son désabusement devant la fuite du Temps qu’il n’a pas rempli comme il l’espérait, la puérilité, la futilité, de la vie mais aussi l’espoir qu’on lui offre encore un tour de manège si grisant malgré les déboires qu’il peut infliger.

« Ce n’est qu’un mauvais moment à passer, vieillir : ça n’ira pas mieux « après « ! … Perdre ses souvenirs, ou ne plus savoir où les mettre. Ajouter une maille à la fermeture éclair du Temps… Maman, tu n’as plus d’argent pour un nouveau tour de manège ? T’avais qu’à attraper la queue du Mickey ! »

Le recueil sur le site de l’éditeur 

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Qui va avec ailes

Luce GUILBAUD

Les Carnets du dessert de lune

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C’est tout petit, c’est joli, c’est mignon et c’est en couleur.

Est-ce de la poésie ? Est-ce un recueil de peintures aux couleurs pastel ?

Peu importe les questions, les définitions, les cases où l’on cherche à ranger les œuvres d’art. C’est un tout petit – c’est le format de la collection – recueil de poésies illustrées ou peut-être un petit catalogue de micro-peintures accompagnées d’une légende en vers libres et courts. Un petit opuscule qu’on lit, qu’on regarde, avec plaisir et attention pour ne laisser échapper aucun détail, aucune impression, mais qu’on écoute aussi, on l’a lu à haute voix, pour en apprécier la musique et voler avec les ailes de chacun au-dessus des pages de Luce Guilbaud.

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Luce GUILBAUD

Dans ce recueil elle, a regroupé trente peintures accompagnées chacune d’un poème, trente poèmes qui évoquent un être, un objet, ou même un esprit, ou autre chose encore et même des choses qui volent pas du tout, mais tout ce petit peuple a en commun la particularité d’avoir des ailes pour voler… ou pas. C’est très joli, les couleurs sont douces, presque toutes à dominantes vertes, couleur de la nature et de l’espoir, les textes sont légers somme le souffle d’air qui porte insectes, oiseaux et papillons, jouant une douce musique apaisante quand on les lit à haute voix. L’auteure raconte avec ses mots et ses couleur un monde irénique, un petit paradis dans lequel on voudrait pouvoir s’isoler de temps à autre pour oublier les vilenies du nôtre.

 

Mais, ce recueil n’est pas que lecture et peinture, c’est aussi un jeu, Luce ne nomme jamais ceux qu’elle peint, elle les dépeint dans son texte, et dissimule la première et la dernière lettre de leur nom dans la peinture figurant en regard du poème, invitant ainsi le lecteur à un petit jeu de devinette qui l’oblige à mieux regarder chaque illustration pour en percer le secret. Pour l’exemple :

« D’amour tendre

il aime son amie

mais s’ennuie parfois au logis

chargé de messages urgents

il voyage par tous les temps

sans jamais perdre le Nord. »

Vous l’aurez vite reconnu sans même utiliser le P et le N figurant dans l’illustration. Si vous voulez jouer encore, il faudra acquérir ce recueil !

Le recueil sur le site de l’éditeur

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Le violon pisse derechef sur son powète

Eric DEJAEGER

Les Carnets du dessert de lune

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 « Ecrire de la powésie parce que l’on se proclame powète est profondément ridicule. »

Dans un précédent recueil d’aphorismes, « Le violon pisse sur son powète », à coup de formules toutes plus aiguisées les unes que les autres, Eric Dejaeger dénonçait déjà les faux poètes, les « powètes » comme ils les désigne, les pauvres hères des lettres, qui posent, se pavanent, publient et croient avoir un don, mais la vraie poésie est un art de forçat, elle demande talent, travail et surtout humilité. Mais ça,  je l’ai déjà écrit après la lecture du premier recueil. Dans ce second recueil qui ne sera jamais le deuxième car l’auteur a promis que ce serait le dernier, il enfonce le clou en dégainant de nouveaux aphorismes, encore plus acérés, pour stigmatiser les poètes qui ne sont que des « powètes ». Ils n’atteindront jamais le statut de « poëte » comme l’écrit Paul Valéry dans « La renaissance de la liberté » (Bartillat/Omnia poche) que j’ai lu juste avant l’ouvrage du barde du Pays noir.

« Le powète ne se creuse jamais la tête, seulement le nombril ».

« Le powète n’a jamais dit la vérité, il ne doit pas être exécuté » ; (pour ceux qui ont plus de vingt ans depuis très longtemps : petit clin d’œil à Guy Béart).

« Le powète rêve d’absinthe mais ne peut s’offrir que du pastis sans alcool ».

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Éric DEJAEGER

Eric a la dent particulièrement dure à l’encontre des gâcheurs de vers qui dévoient les mots à grands coups de rimes bancales, ils comptent les pieds de leurs vers sur leurs doigts comme le dénonçait le grand Léo, Léo Ferré. Ces besogneux du pied et de la rime ne méritent aucun égard :

« Il ne faut pas protéger le powète : il est en voie de multiplication ».

Le powète ne sera sans doute jamais un poëte tel que le définit Paul Valéry dans le texte cité ci-dessus : « Un poète est en somme un individu en qui paraissent au plus haut degré l’agilité, la subtilité, l’ubiquité, la fécondité de cette toute-puissance économie (de mots) ».

Mais le poète peut écrire pour des raisons moins louables comme le dit si joliment Léon-Paul Fargue dans un court extrait de Tancrède que Paul Valéry cite dans l’ouvrage désigné ci-dessus : « Il était plusieurs fois un jeune si beau que toutes les femmes voulaient expressément qu’il écrivît ». Alors, il faut rester vigilant et peut-être qu’Eric Dejaeger devra écrire un nouvel opus pour dénoncer les bellâtres qui croient que poème rime avec Je t’aime.

Le recueil sur le site de l’éditeur

COURT, TOUJOURS, le blog d’Éric DEJAEGER 

 

LA SAISON LITTÉRAIRE 2019-2020 : PAROLES, MUSIQUE & IMAGES / La chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

Les petits ont eux aussi leur rentrée en livre mais la leur ne contient pas que des mots, elle offre en plus de la musique et des images. Une façon peut-être de les attirer vers les belles histoires qui insufflent souvent le goût pour la lecture et plus tard pour la littérature. Il est donc très important de nourrir nos enfants avec ces beaux recueils en musique et en couleurs qui sauront les conduire sur le chemin des belles lettres. J’ai rassemblé dans cette chronique trois livres-disques édités par Le Label dans la forêt et Didier jeunesse pour montrer ce que les éditeurs peuvent proposer aujourd’hui à nos chers petits.

 

Radio citius altius fortius

MERLOT

Benjamin GOZLAN (illustration)

Le label dans la forêt

Le Label dans la Foret - Radio Citius Altius Fortius - Merlot & Benjamin Gozlan

Comment aurai-je pu passer à côté de cette parodie d’émission de radio sportive après avoir présidé pendant trois olympiades le comité olympique de mon département et m’être investi pendant trente ans comme dirigeant dans diverses instances sportives jusqu’au niveau national ? C’est une excellente idée qu’ont eu l’auteur et l’éditeur de ce livre disque, il comporte tous les ingrédients d’une bonne émission de sport : une présentation des différentes familles de disciplines sportives : course, force, saut, jeux de balles, sports de glisse et d’eau, etc., sans oublier le sport pour les handicapés, celui sans qui aucune compétition n’est possible et qu’on honnit régulièrement et tout ce qui tourne autour du sport et qui fait l’objet de longues discussions dans les médias et au Café du Commerce.

Merlot a écrit les textes : une interview, une chronique, une présentation, … pour chacun des thèmes présenté avec une chanson humoristique adaptée à chacun d’eux. Benjamin Gozlan a, lui, dessiné pour chacune des séquences radio une page du livre qui contient le disque. C’est un bien joli objet audiovisuel : présentations radio, chansons, visuels sous forme de dessins humoristiques, tout ce qu’il faut pour ravir le jeune public et le préparer à subir l’assaut organisé par les médias à l’occasion des Jeux Olympiques de Paris en 2024.

Ce disque livre n’est pas seulement un objet ludique pour les enfants et leurs parents ou grands-parents, c’est aussi un outil éducatif qui permettra aux plus grands d’apprendre aux plus petits ce qu’est le sport et tout ce qu’il peut leur apporter : développement physique, éducation, respect de l’autre, dépassement de soi, entretien corporel… Une façon d’aborder la complexité du monde du sport tout en s’amusant et en développant son goût pour la musique, le dessin, la fiction, les belles histoires. Et surtout pour bien comprendre que le sport, ce n’est que des jeux qu’il ne faut pas prendre pour plus que ce qu’ils sont, c’est-à-dire avant tout un loisir. Merlot et Gozlan l’ont, eux, très bien compris et ont essayé de le faire comprendre aux plus jeunes afin qu’ils ne tombent pas dans les rets malsains de la compétition sans éthique.

« Aie confiance en toi et maîtrise ta colère. Reste concentré, garde l’équilibre. Et tu pourras vaincre ta peur. »

Si tu travailles bien en respectant les règles, tes adversaires et ton corps, si tu suis bien les conseils de Merlot, tu seras le plus heureux sur le stade ou au gymnase et tu seras peut-être le champion de ton quartier ou mieux… ?

À découvrir sur le site de l’éditeur (+ extraits des chansons)

 

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Mort de rire

Pascal PARISOT

Charles BERBERIAN (illustration)

Didier jeunesse

Mort de rire

Noir, tout noir avec une tête de mort gris sale et des petits personnages rigolards juste caricaturés, la couverture de l’album-disque de Pascal Parisot évoque plus l’ambiance d’Halloween que de la paisible musique pour enfants sages. Mais les petits, plus téméraires que leurs parents, n’hésiteront pas à tourner cette couverture pour découvrir des fantômes, des vampires, des squelettes, des cannibales, des têtes de mort, des grosses araignées poilues, … tous plus drôles les uns que les autres, un peu bonasses, qui terroriseront leurs parents mais ne feront que sourire les enfants mêmes les plus sensibles. Toute une iconographie qu’ils connaissent bien, dessinée, en la circonstance, par Charles Berberian.

Sous cette couverture, ils trouveront aussi le texte des douze chansons écrites et interprétées par Pascal Parisot, ils pourront les écouter ou on pourra les leur lire. Des chansons qui dénoncent le monde des adultes avec les gros bisous qui poissent, les piqûres du docteur, …, ou qui racontent tous les personnages du cirque Oscar dispersés dans l’album : le vampire qui a le blues, Oscar le squelette, Madame Bling, le coq aux haricots, le chat végétarien, …, tout un petit monde de la sphère enfantine que les parents ne connaissent pas bien. S’ils écoutent les chansons bien rythmées, mélodieuses, surtout drôles et plutôt surréalistes, ils comprendront mieux l’univers de leur petit bout. Ces chansons sont très visuelles, l’album est le prolongement d’un spectacle qui a été donné le 15 décembre à 16 h 00 à la Cigale à Paris. Et peut-être que ce spectacle aura un Oscar.

« Un Oscar, c’est fou !

Je ne m’y attendais pas du tout

Une statuette en or

Ça fait chic et ça décor. »

Alors « Mesdames et messieurs, ce soir, au cirque Oscar, dans son nouveau spectacle « Mort de rire », venez trembler, venez claquer des dents devant l’horreur. Fantôme, squelette, araignée, coq sans tête, chat bizarre, cannibales, freaks et vampire seront là pour vous accueillir ». Et si vous avez trop peur serrez fort la main de votre fillette ou de votre fiston, elle ou il saura cours rassurer.

Un bien joli album qui ravira les enfants en leur racontant le monde fantasmagorique qu’il comprenne tellement mieux que leurs parents enfermés dans un univers bien trop étroit. Et quand le livre est fini, il y a encore l’intégrale de l’instrumental de toutes les chansons sur le CD !

À découvrir sur le site de l’éditeur

 

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Chansons d’amour pour ton bébé

Julie BONNIE

Marine SCHNEIDER (illustration)

Le label dans la forêt

Le Label dans la Forêt - Chansons d'amour pour ton bébé - Julie Bonnie

« C’est l’histoire de la première nuit

De toutes les mamans,

De tous les papas,

De tous les humains-aimants

Et de tous les bébés glissants. »

C’est l’histoire du premier jour de bébé racontée en une dizaine de poésies et huit chansons par Julie Bonnie, Julie qui a déjà écrit et chanté dans « Lalala est là ! » l’histoire un peu fantastique d’une petite fille qui part à la découverte du monde avec son regard de nouveau-né. Dans ce présent livre-CD, elle décrit et chante comment bébé vit sa première aventure : le déboulé un peu brutal dans le monde des humains, la découverte de l’entourage, parents, objets alentours, décorations et tout ce défilé de personnes plus ou moins grandes, sans oublier ce petit garçon à l’air inquiet, qui viennent, se pencher sur son berceau. Elle chante le regard des parents, les douces caresses, les petits loups qui dévorent l’estomac,

« Mais tu pleures et j’y comprends rien

Mais tu pleures mon petit bohémien

Mais tu pleures mon bébé indien

Mais tu pleures et j’y comprends rien ».

la douceur apaisante du lait, l’espace brassé en agitant ses petits membres comme dans une première danse, la douceur réconfortante du doudou, les grands que ton arrivée a un peu bousculés.

Julie, c’est une maman qui sait tout faire, elle écrit les poésies et les chansons, elle compose les musiques et chante de sa douce voix ses jolies mélodies. Maman et papa, Mamie et papi et tous ceux qui aiment bébé ne résisteront au charme de cet album joliment illustré par Marine Schneider. Je suis bien placé pour en parler, moi qui ai, au début de l’été, accueilli dans ma descendance une adorable petite princesse qui écoutera avec grand plaisir ces chansons et les textes que je lui lirai, tout en regardant les belles images.

Tous ceux qui ont écouté et lu « Lalala est là ! » retrouveront avec plaisir toute l’équipe qui a réalisé ce nouveau livre-CD, seule l’illustratrice a changé, aux côtés de Julie Bonnie la maman chanteuse, poétesse et musicienne que tous les enfants voudraient avoir.

À découvrir sur le site de l’éditeur ( + extraits des  chansons!

 

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LA SAISON LITTÉRAIRE 2019-2020 : LITTÉRATURE ÉPISTOLAIRE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

La lettre est un procédé littéraire qui a été largement utilisé à l’occasion de cette rentrée littéraire, j’ai déjà publié une chronique comportant un recueil de lettres et, aujourd’hui, je vous propose deux textes fondés sur le principe épistolaire : les lettres que MAX JACOB a adressées à Jean-Jacques Mezure de 1941 jusqu’à sa mort tragique en 1944 au sinistrement célèbre camp de Drancy, et la réponse que MÉNÉCEE aurait pu envoyer, selon Frédéric Schiffter, à Epicure après la réception de sa Lettre sur le bonheur.

Lettres à un jeune homme 1941-1944

Max Jacob

Editions Bartillat – Omnia Poche

L

Au printemps 1941, Jean-Jacques Mezure terminait sa formation de céramiste à Vierzon quand un ami lui raconta sa rencontre avec Max Jacob, il décida alors de lui adresser une lettre pour lui exposer toutes les préoccupations qui le tracassaient, en espérant tout au plus une réponse de courtoisie. Mais le peintre et poète lui retourna une longue missive répondant point par point aux questions posées. Une longue correspondance venait de naître, le jeune homme avait 19 ans, l’artiste en avait 65. Jean-Jacques Mezure a conservé miraculeusement ces lettres reçues entre le 27 mai 1941 et le 20 janvier 1944, elles ont été retirées des débris d’un bombardement, cinquante et une ont été sauvées et ont pu faire l’objet d’une première publication en en 2009.  Celle-ci en est la troisième, elle a été établie par Patricia Sustrac.

Dans une note liminaire présentant cette correspondance, cette dernière précise les trois points principaux qui font l’objet de l’échange entre l’artiste âgé et le jeune homme à la recherche de son destin. Elle écrit : « Ainsi les trois piliers de sa vie, la peinture, l’écriture et la foi, entourèrent cet homme vieillissant » durant les trois dernières années de sa vie. L’amitié, l’affection, l’intimité qui se dégagent des lettres du peintre se sont progressivement développées entre les deux correspondants notamment quand ils ont échangé des avis concernant la vocation que le jeune homme pourrait avoir et que Max Jacob lui conseillait de ne pas suivre sans une certitude absolue. La foi et la piété semble des questions fondamentales dans la vie du peintre, plus que la spiritualité que son mysticisme semble avoir quelque peu éluder. Juif converti au catholicisme, il était extrêmement pieux, d’une piété janséniste qui empiétait largement sur sa vie et sur son art.

Ils ont aussi échangé longuement sur l’art, la beauté et l’esthétique, l’aîné recommandant toujours au plus jeune de se méfier de ceux qui monnaient les œuvres d’art. il parle plus de littérature que de peinture qu’il évoque surtout comme une forme de travail et de moyen d’existence. Ils parlent assez peu de la guerre sauf quand elle contrarie leur désir mutuel de rencontre. Jacob à Saint-Benoît-sur-Loire, en retraite mystique, et le jeune homme travaillant à Vierzon, ils sont relativement proches l’un de l’autre mais tout de même fort éloigné si l’on considère les moyens de locomotion existant à cette époque. Ils ne se rencontreront jamais, Mezure renoncera à sa vocation. Ils parleront alors plus d’art et de poésie.

La vie devenant de plus en plus contrainte par l’occupant et la pénurie, Max Jacob faiblit, il ne peut pas s’alimenter suffisamment. Il ne se plaint jamais, supporte la souffrance, l’appelle même.

« Je souhaite les fléaux qui feront de moi un être doux et humble de cœur…. Je souhaite aussi la mort car ma vie est finie et je n’ai plus que troubles et angoisses et déséquilibre aussitôt que je cesse de fixer Dieu ».

S’il ne craint pas la mort, il souffre de celle des siens. Du décès de son frère, de la déportation de sa famille… Sa piété lui permet de supporter la souffrance et la maladie avec une grande force de caractère et beaucoup de courage.

« La maladie est une preuve et une épreuve. Dieu fait souffrir ceux qu’il aime ».

En lisant ces lettres, on a grande envie d’admirer et même d’aduler cet homme de grand talent, d’immense culture, de profond humanisme, de grande générosité et de très forte piété semblant toujours être disponible pour son prochain, et pourtant certains passage de ses lettres le rendent beaucoup moins sympathiques. Il est profondément misogyne, quand Mezure lui parle de son mariage, il lui écrit :

« Il n’y a pas de jours où je ne me félicite de ne pas m’être marié, c’est tout. A cause de la stupidité absolue de toutes les femmes, stupidité reconnue par tous les hommes supérieurs et par l’Eglise ».

Des propos très durs et franchement inacceptables. De même quand il évoque ceux qu’il estime être de mauvais chrétien ou même carrément des mécréants, il écrit:

« Ce sont des Parisiens, un peu trop parisiens, travailleurs et indécents dans leur propos et leurs gestes. un vieux pécheur comme moi n’a pas à les condamner mais je pense que Dieu n’a pas raison d’éviter les malheurs à un peuple aussi peu respectueux de Sa Présence. Ah nous ne méritons pas mieux ! Il faut l’avouer ».

Chacun aurait ce qu’il mérite !

Ces taches ne m’empêchent cependant pas de dire que cette correspondance est très poignante, émouvante, pleine de piété, de foi et surtout de l’affection que Max Jacob éprouve pour ce jeune homme. C’est un excellent témoignage sur ce que fut cet artiste, sur l’esthétique telle qu’il la prônait, sur l’inspiration telle qu’il la concevait, sur sa conversion et sa vision de l’autre vie, celle d’après, et hélas aussi sur son déclin et sa fin tragique. Sa dernière lettre est datée du 20 janvier (1944), il serait décédé le 5 mars dans les prisons nazies alors que ses amis avaient obtenu sa libération pour le 7 mars et certains crurent pendant un moment que cette libération était effective.

Le livre sur le site de l’éditeur

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Le voluptueux inquiet

Réponse à Epicure

Frédéric Schiffter (Ménécée)

Louise Bottu éditions

Il ne reste que très peu d’écrits du philosophe grec Epicure, éponyme d’une philosophie dont la théorie est énoncée en quatre points dans le principal texte de lui qui nous est parvenu : « La lettre sur le bonheur » qu’il a adressé à son disciple Ménécée. Aucune réponse à cette lettre n’était connue jusqu’à ce que Frédéric Schiffter traduise une lettre soi-disant récemment trouvée dans des fouilles près d’Ankara, ou peut-être qu’il l’a tout simplement rédigée par lui-même. Peu importe l’origine du document, l’essentiel est de découvrir ce que Ménécée, ou celui qui a écrit à sa place, a apporté comme réponse au grand philosophe, comment il a argumenté pour contredire, les quatre principes de ce qui est devenu l’épicurisme.

Epicure invite son ami à mener une vie simple, sans excès, ni ambition démesurée pour atteindre l’ataraxie, la sérénité que chaque être humain espère connaître. Il lui enseigne comment éviter les pièges dans lesquels tombent trop facilement les « voluptueux inquiets », ceux qui se laissent tenter par la plaisir et la débauche. Sa théorie se résume en quatre pointes : « ne pas craindre les dieux, ne pas craindre la mort, faire le tri de nos besoins et de nos envies pour ne satisfaire que ceux qui sont nécessaires à notre corps et profitables à notre équilibre, savoir agir avec discernement dans un univers hasardeux en tenant compte de nos expériences ». Schiffter/Ménécée argumente successivement sur ces quatre points en essayant de démontrer que le respect de ces quatre principes n’offre aucune garantie pour atteindre la sérénité.

Ce texte retiendra l’attention de tous ceux qui s’intéressent à la théorie d’Epicure, ils trouveront à la fin de cet opus La Lettre sur le Bonheur et pourront ainsi la comparer avec les objections que l’auteur de la réponse lui oppose. Par-delà la quête de la sérénité, le bonheur tel que le conçoit Epicure n’est peut-être pas celui que l’ensemble des humains recherche, il manque un peu de sel et de piquant. La volupté est peut-être porteuse d’inquiétude mais elle est aussi génératrice de certains plaisirs dont d’aucuns sauraient se satisfaire. Chacun appréciera les objections présentées par l’auteur à la mesure de sa conception de la vie sur terre.

Le livre sur le site de l’éditeur