2019 – DE FOIRES EN SALONS : QUELQUES PAGES D’HISTOIRE – Une chronique de Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

La littérature c’est un art, c’est aussi le moyen de se souvenir, de connaître le passé, de savoir d’où l’on vient pour essayer de comprendre où l’on va. À l’heure où les Ukrainiens donnent leur confiance à un comédien pour conduire le pays, il serait bon de relire l’histoire de ce pays pour comprendre comment il a pu en arriver à cet extrême. Et, quand les Chinois achètent la France, il serait tout aussi intéressant de se souvenir du traitement qu’ils ont réservé aux Tibétains. Alors, regardons notre passé pour envisager notre avenir avec plus de lucidité.

 

L’UKRAINE : UNE HISTOIRE ENTRE DEUX DESTINS

PIERRE LORRAIN

Bartillat

L

Près de trente ans après son indépendance, l’Ukraine n’a toujours pas trouvé la paix, la stabilité et la prospérité qui devrait faire de ce pays, l’un de plus étendus et des plus riches d’Europe, une nation moderne, prospère et puissante. Il est resté le chaudron en perpétuelle ébullition qu’il est depuis plus de mille ans au cœur de l’Europe là où se sont rencontré toutes les grandes puissances qui s’affrontent depuis plus de deux millénaires : Scythes, Sarmates, Grecs, Romains, Byzantins, Tatars, Cosaques, Ottomans, Varègues, Russes, Polonais, Suédois, Lituaniens, Austro-hongrois… Aucun de ses peuples n’a pu imposer sa loi avec sa paix, comme l’ont fait les anglophones aux Etats-Unis et au Canada ou les Russes en Russie ou d’autres ailleurs encore… En parcourant l’histoire de cette région depuis le néolithique, Pierre Lorrain veut nous faire comprendre pourquoi cette immense étendue n’est jamais réellement devenue une nation et reste encore aujourd’hui dans un équilibre instable entre l’Union européenne et le la Russie héritière de l’Union soviétique.

Dans cette vaste étude de plus de six cents pages comportant glossaire, notes, index, chronologie, bibliographie, tous : lecteurs passionnés, historiens amateurs, érudits, étudiants, universitaires et même simples curieux trouveront des réponses à toutes les questions qu’ils se posent sur l’histoire et le devenir de ce vaste territoire où se jouent depuis des millénaires, et pour longtemps encore, des enjeux stratégiques pour l’Europe et même pour le monde entier. Pour écrire cette étude, Jean Lorrain a accompli un phénoménal travail de recherche bibliographique et un énorme travail d’analyse avec une vision la plus objective possible. Il y a tellement d’intérêts divergents qui se sont exprimés, et qui s’expriment encore, sur ce territoire qu’il est bien difficile de savoir où placer le curseur de l’objectivité, il m’a semblé cependant que Pierre Lorrain a toujours été attentif à ne pas se laisser influencer par un quelconque mouvement de pensée, une quelconque religion ou idéologie, un quelconque intérêt…

L’auteur consacre une partie très importante de son propos à l’histoire récente de l’Ukraine, celle qui a formaté l’Etat que nous connaissons aujourd’hui, incapable de se structurer en une nation cohérente et unie ou plus simplement en un peuple rassemblé autour d’un projet national commun. La fameuse ligne matérialisée par le Dniepr qui séparait déjà les Cosaques à la fin du Moyen-Age entre ceux qui devait composer avec les puissances occidentales et ceux qui devaient résister aux pressions venues de l’Est, est toujours très concrète dans les urnes.

« Pendant plus de vingt ans, depuis l’effondrement cataclysmique de l’Union soviétique et son indépendance, en 1991, l’Ukraine a été un tel volcan. Les signes indiquant qu’une éruption majeure allait se produire se sont accumulés au fil du temps devenant de plus en plus importants, plus rapproché. ».

La division l’ayant emporté sur l’unité, l’émiettement politique a provoqué la naissance de multiples forces qui se sont opposées pour ravir le pouvoir et les intérêts qui y sont attachés. Comme aucune force politique ne pouvait durablement imposer une quelconque loi, des individus peu scrupuleux en ont profité pour accaparer les richesses du pays, et elles sont énormes, avec en prime les aides très conséquentes accordées par des organismes internationaux, d’autres nations, de généreux donateurs plus ou moins intéressés et d’autres encore… Ainsi est née une caste d’oligarques et de ploutocrates qui n’ont aucun intérêt à ce que le pays s’organise autour d’un projet cohérent et juste. Ils ont fait de l’Ukraine leur jungle où ils s’ébattent, et se battent, comme des grands fauves à coup de milliards de dollars en une joute monumentale que l’auteur décrit avec grande précision.

Pierre Lorrain a parcouru tous les chemins qui ont constitué l’histoire de l’Ukraine, il a montré l’hétérogénéité de ce peuple aujourd’hui écartelé entre deux grandes forces, il a mis en évidence tous les intérêts concurrents ou antagonistes qui dressent les populations les unes contre les autres. A la fin du mois, l’Ukraine devra procéder à une nouvelle élection, celle de son président de la république, gageons qu’une nouvelle fois, les urnes mettront en évidence la large fracture qui sépare le pays en deux parties que tout oppose. L’auteur laisse peu d’espoir, l’histoire pourra se répéter encore longtemps si un changement radical n’intervient pas et il est bien difficile de savoir qui pourrait provoquer ce changement et qui y aurait intérêt.

Je laisserai ma conclusion à l’auteur :

« Ne faudrait-il pas plutôt parler de tentations entre deux destins opposés et même, pour l’heure, antagonistes, chacun dicté par une vision idéalisée d’intérêts particuliers plutôt que du bien commun ? ».

Le livre sur le site de l’éditeur

*

TEMPÊTE ROUGE 

TSERING DONDRUP

Editions Picquier

Tempête rouge

Avant de plonger dans la tempête rouge qui déferle sur les plateaux tibétains, il convient d’évoquer la genèse de ce livre et l’histoire de son auteur toujours interdit de passeport dans son pays natal. Tsering Dondrup est un écrivain à la notoriété bien établie entre le Tibet et le Qinghai, province qui comporte actuellement la plus grande partie de l’ancienne province tibétaine de l’Amdo d’où il est originaire et où il réside toujours, quand, en 2005, il décide d’écrire un roman dont l’intrigue raconte l’histoire de la « libération du Tibet », expression qui signifie pour les Tibétains la conquête de leur pays et son intégration dans l’immense Chine populaire. Ce livre ayant été refusé par tous les éditeurs officiels, contrôlés par le gouvernement, il l’édite à compte d’auteur, à mille cinq cents exemplaires très vite vendus. Les autorités n’ont pas eu le temps de l’interdire mais, en 2013, quand une nouvelle édition est publiée à Hong Kong, avec une préface de Li Jianglin, militante de la cause tibétaine aux Etats-Unis, la censure sévit et les tracasseries à l’endroit de l’auteur se multiplient. La traductrice dans un excellent avant-propos raconte l’histoire de l’auteur, l’aventure de ce texte et explique son contenu.

Pour ruser avec la censure, ou tout simplement pour ne pas trop s’exposer, Tsering Dondrup écrit une fiction assez complexe qui ne respecte aucune chronologie, ne laissant que quelques indices entre les descriptions pour situer et dater les événements racontés. L’histoire qu’il a conçue, met en scène un lama, Yak Sauvage Rinpoché, un homme très jeune, très riche, très adulé par ses fidèles et aussi très capricieux. Comme il est la réincarnation d’un Bouddha, on satisfait toutes ses attentes. Quand les Chinois pénètrent en Amdo, il comprend vite qu’il ne peut pas s’opposer à cette troupe très supérieure à la sienne, il décide alors de collaborer. Mais, après l’avoir abondamment utilisé, les Chinois l’arrête avec toutes les élites religieuses et sociales à l’occasion de la répression du soulèvement de 1958 en Amdo. Il connaît alors la grande famine provoquée par le Grand Bond en avant prôné par Mao. Toujours aussi veule, en prison, il dénonce ses codétenus et même ses fidèles amis. Il subira de nouvelles privations à l’occasion de la Révolution culturelle des années soixante-dix. Les aventures de ce lama racontent les exactions extrêmes commises par les Chinois au Tibet où plusieurs millions d’individus ont été éliminés notamment par la famine, la maladie et les travaux forcés. En Occident, un certain nombre de personnes se souviennent encore des événements qui ont ensanglanté Lhassa en 1959 et occasionné le départ du Dalaï Lama, mais très peu sont celles qui ont entendu parlé des atrocités commises en Amdo l’année précédente.

Ce livre c’est avant tout la dénonciation de ces atrocités commises en Amdo, pays de l’auteur, par les Chinois mais aussi l’attitude coupable de certains Tibétains, même parmi les plus hauts dignitaires religieux, ayant commis des exactions tout aussi cruelles que l’envahisseur. Tsering Dondrup démontre comment les Chinois ont tenté d’éradiquer tout un peuple, une religion, une culture et même un environnement qu’ils ont profondément bouleversé. Yak Sauvage Rinpoché n’a pas reconnu son pays quand il est sorti de captivité, la sinisation avait fait son œuvre. Cette lecture m’a ramené à celle des mésaventures que le moine Päldèn Gyatso a dévoilées dans Le feu sous la neige que j’ai lu il y a de nombreuses années déjà. Et, samedi, tard dans la nuit, en me promenant sur les chaînes du câble, je suis tombé sur une scène où les Chinois malmenaient des Tibétains pacifistes dans le fameux film Sept ans au Tibet, je ne l’ai pas regardé très longtemps, je connais l’histoire pour avoir lu le roman d’Heinrich Harrer quand j’étais jeune. Le Tibet est moi c’est une bien vieille histoire pleine de sang, de douleurs, de cruauté, de trahison et d’avanie.

Le livre sur le site de l’éditeur

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2019 – DE FOIRES EN SALONS : BOUQUETS DE VERS – Une chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

Voulant fêter le retour du printemps, j’ai ramassé une grosse brassée de vers bien frais pour garnir un joli bouquet que je pourrais vous offrir. Il y a dedans du Daniel SIMON, de l’Aurélien DONY et de l’Eva KAVIAN, que j’ai récolté dans les serres des Carnets du dessert de lune et de Bleu d’encre. De quoi vous réjouir j’en suis sûr.

 

AU PROCHAIN ARRÊT JE DESCENDS

Daniel SIMON

Les carnets du dessert de lune

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Habituellement, je ne lis pas la quatrième de couverture pour ne pas risquer d’être trop influencé dans ma lecture, pour garder toute ma fraîcheur et mon innocence face à l’auteur et à son texte. Mais avant de lire ce recueil, apercevant la signature de Daniel Fano, j’ai souhaité voir ce qu’il pensait de cet opus et une fois ma lecture terminée je suis bien obligé de reconnaître que ce qu’il a retenu de la sienne contient pratiquement tout ce que je pourrais dire de ce texte. « Voilà un poète qui va toujours plus loin en amont. Vers l’enfance. pas forcément la sienne. Toujours celle du monde. Sa parole, comme la musique ne s’explique pas, elle implique. Elle dépasse les significations pour atteindre le domaine du sens et de la mémoire, elle accompagne et nomme les choses dans leurs mouvement ». Daniel Fano, je ne l’ai jamais rencontré mais je connais la finesse de son jugement et son talent d’écrivain.

Comme Fano, j’ai senti cette nostalgie de l’enfance, cette envie de retourner au pays qu’il parcourait à cette époque, j’ai apprécié la musique des vers et leur rythme malgré leur grande liberté. Certains textes sont même rédigés en prose poétique. Mais, au-delà, j’ai aussi ressenti une chose que je n’ai peut-être jamais constatée dans un poème, j’ai eu l’impression de toucher, de sentir sous mes doigts, sur ma peau, les choses que Daniel Simon évoque.

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Daniel SIMON

J’ai noté quelques thèmes récurrents qui reviennent dans ses poèmes : le vent, omniprésent, qui rappelle les campagnes du plat pays qui est le sien, « Un texte pour le vent du nord, le meltem, le sirocco, l’alizé, le noroît, … » ; le temps, le temps qui passe et qui entraîne vers la mort, « Le temps peine à demeurer en place » ; la nuit, hôte de tous les cauchemars et autres visions, « Des nuits de rêves, de cauchemars, de visions, d’éclats, de tumultes …. » ; Les choses simples qui ont meublé le passé, l’enfance, la jeunesse, « Nos histoires sont de plus en plus simples, Des histoires à deux temps, il tire il est mort …. » ; et les mots qu’il faut mettre sur ce passé pour nourrir la mémoire, « Les mots sont cabosses, vilebrequins, glaïeuls, apostrophes, génocides, desserts et autres cosses calcaires d’une langue ouverte comme une cage aux barreaux dispersés ».

Dans ses vers elliptiques, un peu hermétiques mais très poétiques, Daniel Simon raconte son enfance dans son plat pays parcouru par le vent, là où sont enterrés beaucoup de soldats de vains combats, là où la civilisation européenne pourrait trouver une âme sur la tombe de ces soldats massacrés pour une cause qu’ils n’ont même pas comprise. Il est parti à la recherche « Des nids des caches des mots perdus… » pour projeter un avenir sur les fondements d’un passé presque oublié.

Ainsi, Daniel Simon m’a ramené vers le « Pauvre Rutebeuf », j’ai alors écouté ce magnifique texte chanté par le grand Léo, Ferré, et j’ai entendu : « Ce sont amis que le vent emporte », des paroles que Daniel aurait pu écrire dans son recueil après ces quelques vers :

« Mes amis

Qui sont-ils

Vivants fantômes d’avant

Mes amis

Où êtes-vous tombés

Disparus ? »

Après la lecture de ce recueil, on pourrait aussi chanter avec Léo et Daniel : « Avec le temps, Avec le temps va, tout s’en va… »

Le recueil sur le site des Carnets du Dessert de lune

Le blog de Daniel SIMON

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DU FEU DANS LES BRINDILLES

Aurélien DONY

Bleu d’encre

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Dans sa préface l’auteur rappelle tout ce qu’il ne faut pas oublier, notamment que « l’écriture est morte si rien ne chante en elle, que le poète est aussi est menacé de mort, que ses vers ont à craindre de l’immobile attente… ». Alors, il écrit pour que vive encore les mots, pour que vivent encore la poésie. Il écrit son monde :

« Tairons-nous les hommes,

Les femmes et les maisons ? »

Il s’adresse aussi au poème qu’il a commis comme on invoque une puissance supérieure, tutélaire, impérieuse qui le guiderait dans le combat qu’il mène.

« Poème,

J’exerce à ton prénom

Mon combat condamné

Et prie chaque instant

Ton retour à la lutte. »

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Aurélien DONY

On croirait que ce jeune poète cherche sa place dans le monde où les repères se sont dissolus, évaporés, laissant la jeunesse dans l’incertitude, le doute, l’errance, où les mots même doutent de leur sens, où la poésie n’est plus la lumière qui guide les âmes perdues. Et cependant, il croit encore en la magie des vers qu’ils soient dits ou chantés.

« Nous avons rencontré

La vie au bord du gouffre

Nous l’avons empêchée

de sauter dans le vide

Avec une guitare et des chansons anciennes. »

Dans une dernière partie ou la prose le dispute à la versification, le poète dit sa grande confusion devant le déferlement de la violence qui pollue de nombreuses métropoles sur l’ensemble de la planète. Le monde serait-il devenu fou ? Certains oppressent, d’autres ne répondent que par une violence aveugle. La colère n’est peut-être pas la solution.

« Poètes, ô mes amis,

Vous qui sans cesse donnez au poème une voix dans la nuit et faut-il

Qu’elle soit

Criarde comme la mienne

Pour être nécessaire ? »

Le poète est jeune, il nous laisse avec toutes ses questions, gageons que dans les vers qu’il inventera, il trouvera un chemin, son chemin. C’est un amoureux des mots, il les aime tellement que, souvent, il les répète, comme on suce un bonbon longuement, pour mieux les goûter mais aussi pour mieux nous les faire entendre afin que nous n’oubliions jamais que « la poésie c’est la vie même, la vie en intensité, ramenée à son rythme essentiel, celui du souffle de la scansion, cela seul justifie qu’on inventât le ver …. ». C’est une citation de Jean-Pierre Siméon qu’il a placé en exergue à ce recueil.

Poète a cherché son chemin dans le dédale d’une société décomposée qu’il faudra reconstruire en usant de mots nouveaux pour écrire une nouvelle civilisation débarrassée de la violence gratuite.

Aurélien Dony sur Wikipedia

La page Facebook de Bleu d’Encre

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L’HOMME QUE J’AIME

Eva KAVIAN

Les carnets du dessert de lune

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J’ai découvert le talent d’Eva Kavian il y a tout juste un an après avoir acquis un de ces précédents recueils à la Foire du livre de Bruxelles. Dans ce texte datant de plusieurs années, elle parle d’amour, d’ « Amour en cours, amour qui court, amour au secours, amour discours, amour toujours, amour trop court, amour, amours, toujours, toujours, trop court, trop courts, amours qui rient, amour en larmes, attente, attente trop souvent, départ encore, encore et encore ». Elle confesse dans le titre qu’elle est « Amoureuse » mais on devine qu’elle n’a pas encore déniché celui qui saura la garder avec son amour pour toujours. Aujourd’hui, je sais que Cupidon a visé juste, ses flèches ont atteint la cible qu’elle visait depuis un temps certain déjà, elle a trouvé « L’homme que j’aime », celui qui a su capter tout l’amour qu’elle a à donner, même s’il ne fait pas la cuisine, ni même la vaisselle pendant qu’elle écrit des vers.

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Eva KAVIAN

Dans ce nouveau recueil, Eva Kavian utilise la poésie en vers, elle écrit des tout petits poèmes construits avec de tout petits vers, juste quelques mots mais des mots extrêmement choisis, toujours très justes pour dire toute la force de l’amour qu’elle a « à offrir en partage » comme chantait Jacques Brel. Ces poèmes sont un véritable concentré d’amour trop longtemps thésaurisé, trop longtemps tu, trop longtemps gardé par devers elle. Ces mots ont une telle puissance d’évocation que les hommes qu’elle choisit d’aimer ne doivent pas résister longtemps à la puissance de son amour, à la séduction de ses mots, au chant de ses vers. Et pour que ses poèmes aient plus de force encore, elle n’hésite pas à manier l’ironie et un brin de moquerie destiné à titiller celui qu’elle a choisi d’aimer. Eva, c’est une enjôleuse, elle provoque, elle cajole, elle charme, elle séduit…

Mais, elle sait aussi jouer avec la mise en scène de ces textes, elle sait retenir la chute d’un poème, laissant le lecteur en expectative, avant de lui livrer sur une autre page, en vis à vis ou au verso, le message caché au fond de ses vers.

« Je m’étais juré

de ne jamais plus

demander un homme

en mariage

quand je t’ai rencontré

j’ai tenu bon

toi aussi

 

(page suivante, après une illustration)

jusqu’à ce matin

où nous étions en retard

devant nos cafés brûlants

tu as sorti

une bague

trop petite

et j’ai dit oui. »

Ils sont certainement nombreux les amoureux des mots, et même les amoureux tout court, qui feraient la cuisine et la vaisselle pour lire des vers comme ceux-là débordants d’amour dans le joli décor planté par Marie Campion l’illustratrice.

Le recueil sur le site des Carnets du Dessert de Lune

Eva KAVIAN sur Babelio

 

 

 

2019 – DE FOIRES EN SALONS : APHORISMES DE PRINTEMPS – Une chronique de Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

Entre la Foire du livre de Bruxelles et celle du Livre Paris, la nouvelle appellation du salon du livre de Paris, les livres fleurissent comme les pâquerettes dans les près et j’en ai cueilli un certain nombre qui pour beaucoup étaient déjà sur les rayons des libraires avant ces manifestations. J’ai ainsi pu récolter de beaux aphorismes semés avec amour par les spécialistes des bons mots bien cultivés, on dirait des aphorismes biologiques. Je vous présente aujourd’hui deux recueils sortis directement de la ferme du grand spécialiste de cette culture, JEAN-PHILIPPE QUERTON, il a affiné en ce début d’année, entre autres les deux recueils que je propose aujourd’hui, écrits par MIX Ô MA PROSE et JOAQUIM CAUQUERAUMONT.

 

TOUT EST PROVISOIRE MÊME CE TITRE

MIX Ô MA PROSE

Cactus inébranlable

Tout est provisoire couverture 1

Avant même que d’avoir lu la première ligne de l’avant-propos, l’auteur nous interpelle avec le pseudonyme qu’il s’est choisi et avec le titre qu’il a donné à ce recueil : « Tout est provisoire même ce titre ». On le comprend mieux quand on a lu ses aphorismes qui démontrent bien la précarité de notre monde, de notre civilisation, de notre société… Quant au pseudonyme, j’ai pensé, peut-être à tort, que ça avait quelque chose à voir avec ses talents de slameur qui pourrait déclamer ses aphorismes sur scène. On pourrait ainsi lire ceux-ci comme les paroles des compositions qu’il propose au public… ? En revanche, j’ai refusé de croire qu’il voulait nous faire le coup du lapin en évoquant le fléau qui hante tous les cuniculteurs, la fameuse myxomatose. Il n’irait tout de même pas jusqu’à se prendre pour l’ange exterminateur des lapins que nous sommes !

J’ai bien rigolé en lisant ce recueil même si l’auteur semble un peu désabusé et déçu par ses contemporains qui gobent un peu trop facilement tout ce qu’on leur promet sans beaucoup réfléchir.

« L’air du temps est si pollué

Que les horloges ont des crises

d’asthme. »

Le réchauffement de la planète est un tel fléau qu’on n’hésite pas à l’accuser de tous les maux malgré l’avertissement de l’auteur :

« Face au réchauffement climatique,

Garder son sang-froid. »

L’humanité semble avoir perdu les pédales,

« Humaine est la nature

L’inverse est moins sûr. »

Et l’homme est

« Trop terrestre pour être extra. »

L’auteur frôle même le désespoir quand il écrit :

« Je ne crois que ce que je vois

Et je préfèrerais être aveugle. »

Ce qu’il voit, c’est aussi ce que nous montre la télévision tous les samedis ce qui lui inspire cette question que tous les dirigeants et manifestants devraient se poser depuis longtemps :

« Est-ce que le mal-être a un rapport

Avec le fait de s’être bien fait avoir ? »

Excellente question dans ce monde où il suffit d’

« Avoir un cœur de pierre

Pour faire carrière. »

Espérons que ce monde est très provisoire et que bientôt naisse un monde nouveau où le bon sens aura une place prépondérante et où les humoristes pourront nous faire rire sans aucune réserve, même pas la moindre once de désabusement.

Le livre sur le site de l’éditeur

*

DERRIÈRE L’ENVERS DU DECOR

Joaquim CAUQUERAUMONT

(Avec des dessins de Gwen GUÉGAN)

Cactus inébranlable éditions

Couverture derriere l envers du decor

Selon la fiche de présentation, « Joaquim Cauqueraumont est une éponge, un écouteur, une saison climatique en Bretagne ». Pour son éditeur « C’est un explorateur qui vit en permanence dans la quête d’une illumination, dans la recherche de ce qui va pouvoir l’enrichir émotionnellement, intellectuellement, spirituellement ». Pour le lecteur c’est un artiste des mots, de la formule, un expert en aphorisme. L’aphorisme c’est difficile à définir, chaque auteur ayant sa propre définition, dans son préambule à ce recueil, Joaquim précise la sienne ou plutôt esquive la question par une pirouette ne manquant pourtant pas de bon sens : « Un aphorisme ne s’explique pas, il va de soi… si il est bon ». Et ceux de Joaquim le sont, bons ! Il peut s’agir

  • d’une allusion métaphorique condensée :

« L’aphorisme est l’hématome produit par un coup de pensée ».

  • d’une tentative de définition imagée comme cette allusion à l’œuvre de Sternberg :

« Chaque ligne était un paragraphe, chaque paragraphe, une histoire courte ».

  • d’une envie réprimée en quelques mots seulement :

« J’ai des nuages d’insolence aux bords des lèvres ».

  • d’une réflexion surréaliste lapidaire :

« Je n’ai rien à dire et je l’écris ».

  • d’un conseil pertinent en moins de dix mots :

« Abusez des mots, personne ne s’en plaindra ».

L’auteur poursuit ainsi ne dédaignant pas le clin d’œil, souvent ironique, même perfide parfois, le jeu de mots, le calembour, la fulgurance, …, provoquant l’émotion, le fou rire, l’admiration, l’enchantement… Et pour que certains aphorismes percutent bien leur cible, il s’est adjoint le talent d’une illustratrice, Gwen Guégan, qui prolonge les mots par quelques traits très épurés, tout aussi éloquents que ses aphorismes. Usant ainsi d‘une forme d’expression plus visuelle où les mots s’enchaînent aux traits du dessin pour se fondre en une nouvelle forme d’écriture.

C’est le premier recueil de Joaquim, pour un essai c’est un joli coup, j’ai puisé dans ce premier ensemble de textes ultra courts quelques conseils que je mettrai rapidement en application : « Je ne veux pas payer le vent avec mon souffle », je le garderai pour courir jusque chez le libraire acheter son prochain recueil et ainsi pouvoir « Aimer le mot jusqu’à l’aphorisme ».

Le livre sur le site l’éditeur

DES MOTS EN PASSAGE, le blog de Joaquim  CAUQUERAUMONT

Le site de Gwen GUÉGAN

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 CACTUS INÉBRANLABLE Éditions

 

 

2019 – DE FOIRES EN SALONS : UNE CHANSON DOUCE – Une chronique de Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

Bob Dylan a bien reçu le Prix Nobel de littérature, je peux bien proposer d’insérer un livre-CD destiné aux enfants sur un site qui se veut avant tout littéraire. C’est un très joli ouvrage sorti tout droit de l’univers de Louise Attaque. JULIE BONNIE, la femme à tout faire de cet ouvrage, a assuré certaines premières parties de ce groupe et le dessinateur de la BD qui accompagne le CD, n’est autre que l’autre fondateur de Louise Attaque aux côtés de Gaëtan Roussel. La littérature, la musique, le dessin sont des arts qui se marient facilement et que l’on peut associer dans n’importe quelle présentation. Alors, j’espère que vous écouterez avec le même plaisir que moi ces chansons douces interprétées par Julie Bonnie. Nous sommes tous de grands enfants !

 

LALALA est LÀ !

Julie BONNIE

Robin FEIX (illustration)

Le label dans la forêt

Lalala est là !

« Lalala est un bébé qui vient de naître.

A peine a-t-il ouvert les mirettes,

Qu’il attrape son chat Crapette

Et part à la découverte. »

Ainsi débute une histoire fantastique, un conte onirique, écrit et mis en musique dans un magnifique livre-disque par Julie Bonnie une maman qui a déjà parcouru un bout de route dans la chanson et la littérature. Elle est l’auteure des dix épisodes de cette histoire et des dix chansons qui accompagnent chacun d’eux. Elle est aussi la narratrice des textes et l’interprète des chansons et des musiques avec Stan Grimbert pour la partie instrumentale. Les dix épisodes de ce conte sont illustrés par Robin Feix, le fondateur avec Gaëtan Roussel du groupe Louise Attaque. Julie Bonnie a, elle, assuré de nombreuses premières parties de ce groupe, pas étonnant que dans certaines chansons le violon sonne un peu comme dans une chanson de Louise Attaque. Ce magnifique objet littéraire et musical joliment illustré raconte la vie d’un petit bout qui vient de naître et qui s’évade déjà à la découverte d’un univers imaginaire comme un nourrisson projeté dans un monde dont il devra tout apprendre.

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Julie Bonnie

A travers les dix épisodes de cette histoire, Lalala découvre la Voie lactée où il trouve son amie Lilili, la fille aux couettes, l’océan avec le poisson Lamiral, un monde rond comme la terre, mais aussi le vent mauvais, la civilisation et ses trépidations, un sous-marin rouge (le mien était jaune) jouant au vaisseau spatial pour le ramener sur la terre là où est sa place. Une belle métaphore du voyage que devra accomplir le nouveau-né pour parcourir le chemin que sera sa vie sur terre en profitant de toutes les merveilles qu’elle recèle mais aussi en comptant avec les vents mauvais qu’il faudra vaincre ou éviter.

Les dessins aux contours sobres, très colorés, chatoyants, devraient séduire les enfants. Le texte de l’histoire est un peu plus élaboré, les enfants retiendront la musique des mots alors que les parents débusqueront des thèmes plus élaborés derrière les mots porteurs de l’histoire. Enfants et parents devraient se retrouver dans le même enthousiasme à l’écoute des douces mélodies de Julie Bonnie, pleines de tendresse, rythmées comme de la musique cubaine. Julie m’a attrapé, j’ai écouté le disque trois fois de suite et je ne sais pas encore si je le donnerai à mes petits gars. Mais je suis sûr que si une petite princesse vient ensoleillé mes vieux jours, elle pourra l’écouter en boucle avec son vieux papi.

C’est un très bel objet, une histoire merveilleuse et une musique enthousiasmante enrobées de couleurs chatoyantes. C’est aussi un moment de bonheur à reproduire le plus souvent possible.

« Les mains vers le ciel, la tête dans les nuages,

Les pieds au soleil,

La tête dans les étoiles… »

Le livre-cd sur Le Label dans la forêt

 

2019 – DE FOIRES EN SALONS : LA FILIATION – Une chronique de Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

La filiation est ses mystères inondent la littérature mondiale depuis que les livres existent. Avec le débat sur le mariage pour tous et son corollaire, la procréation assistée, cette question a pris un net regain d‘intérêt auprès des auteurs. Considérant qu’avant de se demander comment on veut se reproduire, qu’il serait peut-être bon de savoir s’il est vraiment nécessaire de multiplier dans un monde aux perspectives incertaines, Jean-François PIGEAT pose la question et laisse ses personnages se débrouiller avec. Anne DUVIVIER, elle, plonge les siens dans un imbroglio généalogique ou filiation génétique et filiation sentimentale s’emmêlent dans un joyeux méli-mélo où pourraient bien se retrouver aux descendants.

 

UN AMOUR DE PSY

Anne DUVIVIER

M.E.O.

Amour psy

Angelo est psychologue à Bruxelles, psy comme disent ses patientes, pour certaines plutôt ses clientes, il a une belle clientèle, surtout féminine, et mène une vie apparemment sans histoire particulière avec sa femme Hannah galeriste aux Sablons, le quartier des artistes de la capitale belges. Immergé au milieu d’une société presqu’exclusivement féminine, il n’est pas aussi serin qu’il pourrait le paraître.

« Il vit, ou plutôt survit, au milieu des femmes, … Hannah, sa mère, Pascale, ses patientes – … – et, …, cette pétroleuse de Géraldine qui a pris ses quartiers. Pour ce qui est de Béa ; il refuse de la mettre dans le lot ».

Tout a fini par basculer quand sa femme lui annonce qu’elle veut se’ mettre en couple avec une autre femme, une artiste à l’esprit large comme elle. Hannah et Angelo ont toujours été assez libres dans leurs rapports et ne conçoivent pas le mariage comme une prison mais là le choc est brutal.

Suivant les conseils d’une patiente, il finit par céder aux avances d’une autre plus jeune, plus aguichante, plus entreprenante, avec laquelle il élabore une relation sous les yeux de sa fille qui voit sa mère et son père se séparer et partir dans des aventures aléatoires, la mère avec une autre femme, le père avec une femme beaucoup plus jeune que lui. Anne Duvivier pose ainsi le problème du couple non pas tellement pour montrer sa fragilité et son éventuelle éphémérité mais surtout pour évoquer les conséquences collatérales car un couple a souvent des enfants et quand il n’y a pas une maman et un papa tout devient plus compliqué.

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Anne Duvivier

Angelo a accepté d’épouser Hannah alors qu’elle était enceinte de Pascale, Pascale qui a désormais des enfants dont le papa est parti… et le problème ne s’arrête pas là, d’autres révélations risquent encore de bousculer la vie de ce couple en voie de dissolution avec enfant, petits-enfants, mère, amantes, amies et amis et quelques patientes bien intentionnées mais peut-être pas aussi innocentes qu’elles essaient de le paraître.

Avec ce roman, Anne Duvivier plonge en pleine actualité sur la maternité, la paternité et la procréation qui agite bien des institutions, des philosophes, des médecins et de très nombreux anonymes qui voudraient vivre autrement, même avec des enfants, et d’autres, aussi nombreux, qui ne comprennent pas cette frénésie à vouloir procréer hors du cadre traditionnel formé par la mère et le père. Elle ne dramatise jamais le sujet, elle le traite avec un certain humour et je la soupçonne d’avoir choisi un psy avec une certaine ironie, comme pour se moquer gentiment de ces femmes qui ne peuvent pas vivre sans leur gourou. Mais, même en le traitant avec une certaine dérision, le problème est bien posé et les réponses ne sont pas évidentes à formuler. Il faudrait commencer par soulever les tapis pour évacuer toute la poussière accumulée dessous depuis quelques générations au moins.

 Le livre sur le site de l’éditeur

 

L’ORDRE DES CHOSES

Jean-François PIGEAT

Le Dilettante

En lisant ce livre, j’ai très vite pensé à un roman de Jonathan Coe, la deuxième partie d’un diptyque commencé avec « Bienvenue au club » et complété par celui que j’évoque « Le cercle fermé ». Ce livre raconte l’histoire d’une bande de copains qui se retrouvent après qu’ils ont terminé leurs études, qu’ils se sont installés dans leur vie professionnelle, ou pas, qu’ils se sont éventuellement mariés, qu’ils ont assuré, pour certains, leur descendance et qu’ils ont perdu la plupart de leurs illusions qui faisaient l’objet du premier opus de ce diptyque. Dans le livre de Jean-François Pigeat, il s’agit également d’un petit groupe de copains qui ont atteint l’âge où on a trouvé un job, un conjoint, un appartement, où on a des enfants et si on n’en a pas encore on se pose la question d’en avoir ou pas.

Félix, garçon plutôt timide, introverti, timoré, a déjà un roman à succès à son actif, il a rencontré celle qu’il surnomme Bambi lors d’un voyage en Turquie, ils se sont mis en ménage, ils viennent d’acheter un appartement qu’ils ont retapé. Sans être particulièrement fortunés, Ils ont tout ce qu’il faut pour être heureux. Mais, pour respecter le fameux « ordre des choses » et céder à l’instinct de conservation en assurant sa descendance, Bambi veut absolument un enfant que Félix refuse tout aussi fermement. Le conflit latent prend de plus en plus d’intensité surtout après que Bambi a ramené à la maison la fille d’un couple d’amis pour assouvir son besoin de maternité. Mais même si cette garde tourne vite à la catastrophe cela n’altère en rien les envies de procréation de Bambi. Félix se crispe sur ses positions et le couple se dilue peu à peu dans ce conflit sur la reproduction.

Félix, le narrateur, raconte son errance, ses hébergements chez divers amis dont l’un l’emmène dans les Causses où il pourrait méditer sur son avenir afin de reprendre une vie normale, dans « l’ordre des choses ». Mais, un petit grain de sable, blonde joliment tournée, délaissée par un mai trop occupé, grippe la machine du retour au foyer. Félix balance entre les deux femmes, incapable de prendre une décision, se nourrit de ses atermoiements au risque de tout perdre.

PIGEAT Jean-François
Jean-François Pigeat

Jean-François Pigeat raconte cette histoire avec une certaine légèreté, quelques pointes d’ironie et une certaine part d’autodérision, bien qu’elle comporte des événements tragiques. C’est l’histoire d’une génération qui a perdu le bel enthousiasme que ses géniteurs avaient emmagasiné, puis dilapidé, pendant les fameuses Trente Glorieuses. Une génération qui ne croit plus guère en « l’ordre des choses » qu’elles soient sentimentales, sociales, professionnelles, politiques ou autres. Une génération qui se perd dans un malthusianisme à la sauce XXI° siècle. Je soupçonne aussi Jean-François Pigeat d’être un bon provincial qui regarde avec un air narquois les Parisiens se prendre les pieds dans le tapis de la province et de leurs petites aventures sentimentales.

C’est un réel plaisir de lire un auteur aussi gourmand, il aime les mots, les formules imagées, les raccourcis percutants, les figures de style (en Cornouailles avec ses ouailles) et les gens qui pataugent dans leur histoire incapable de prendre leur destin en main.

Le livre sur le site de l’éditeur

2019 – LECTURES D’HIVER : À CHACUN SES VERS – Une chronique de Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

Pas une saison littéraire sans ses poésies, en ce début d’année, j’ai essayé de ne pas faire mentir cet adage que je voudrais m’imposer. Dans cette chronique, j’ai donc réuni deux poètes même s’ils sont très différents dans leur inspiration et dans leur expression : Iocasta HUPPEN une spécialiste des haïkus originaire de Roumanie qui excelle aussi dans la poésie plus traditionnelle et Éric DEJAEGER, un héritier littéraire des fameux surréalistes belges, qui se plaît à jongler avec les mots pour en tirer tout ce qu’ils cachent. La poésie est protéiforme, chaque poète choisit son mode d’expression, il reste toujours des vers et des poèmes que chacun apprécie en fonction de ses goûts.

 

États d’âme

Poèmes et phrases poétiques

Iocasta HUPPEN

L’Harmattan

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Iocasta Huppen s’est, jusqu’à présent, surtout fait connaître comme haijin, auteure de haïkus, art où elle excelle particulièrement, j’ai eu l’occasion de lire son dernier recueil, 130 haïkus à entendre, sentir et goûter, édité chez Bleu d’encre, il est tout à fait remarquable. Il a été écrit, d’après ce que je crois, après le présent recueil qui comporte surtout de la poésie et quelques phrases poétiques. L’inspiration ne semble pas avoir beaucoup changé d’un recueil à l’autre, on y trouve la même fraîcheur, la même délicatesse, la même sensibilité, la même spontanéité et le même optimisme.

« Ne sois pas triste

Sinon je le saurai

Et je le deviendrai aussi ! »

Iocasta est née en Roumanie, je ne sais pas si elle a connu l’ère communiste mais elle semble avoir conservé un bon souvenir de son enfance du côté de la fameuse Iasi si bien connue des cruciverbistes.

« Dans mes souvenirs

de la Roumanie communiste

il y a la liberté

d’une enfance heureuse. »

Elle a structuré son recueil comme sa vie en commençant par l’enfance là-bas au pays, elle évoque ensuite l’amour qui l’a amarrée en Belgique où elle a atteint la maturité et l’âge de se poser des questions sur l’existence, sur l’engagement et sur ce qui s’est passé avant en Roumanie.

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Iocasta HUPPEN

Elle cherche souvent l’inspiration dans la nature qui semble être le refuge où elle aime se ressourcer, trouver la paix, en regardant les arbres, les fleurs, les paysages, …, en écoutant les oiseaux, les insectes, …, en s’enivrant des odeurs qui l’envahissent à chaque changement de saison. La nature qui lui a enseigné la sagesse qu’elle traduit dans ses vers aussi libres que la vie qu’elle cherche à mener.

« ne marcher pas trop lourdement

sur les maisons, les arbres,

les soleils et les princesses

 que vos enfants ont dessinés dans la rue. »

Dans l’excellent poème Nommer le monde, elle donne une véritable leçon de sagesse et d’optimisme dont je ne peux révéler que la dernière strophe vous laissant le soin de découvrir le reste lors de votre prochaine lecture.

« Alors, optimiste comme pessimiste,

essayons de ne pas voler le jeu des enfants,

essayons de ne pas voler les saisons

essayons de nommer le monde, monde. »

Et, pour conclure, j’aimerais vous laisser cette dernière strophe qui me concerne un peu, merci Iocasta :

« Les vieux arbres sont fragiles

Approchez-vous d’eux avec amour,

Ils savent si bien raconter des histoires. »

Je n’ajouterai rien si ce n’est que j’aimerais tellement savoir raconter de belles histoires.

Le livre sur le site de l’éditeur

Le site de Iocasta HUPPEN

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Le Musée de la girouette et du ventilateur

(Poèmes cocasses)

Éric DEJAEGER

Gros Textes

« Au musée de la girouette

et du ventilateur

les visiteurs se voient offrir un cache-nez

à l’entrée

 

Le conservateur avait remarqué

que de nombreuses personnes

s’enrhumaient durant la visite.

… »

Le Barde du Pays noir qui hante les lieux, aurait-il, tel un M’Bappé des espaces d’exposition, enrhumé tous les visiteurs avec ses poèmes tous plus cocasses les uns que les autres ?

Dans ce recueil de poche, il a rassemblé des textes incongrus, insolites, hilarants, drôles, ironiques, moqueurs, un poil insolents, parfois emplis de dérision, frisant même pour certains le pamphlet ou la satire. Derrière tous ces textes destinés, a priori, à faire rire se cache une réelle volonté de mettre en évidence toute la sottise qui pollue la société actuelle, la bêtise humaine mais aussi toutes les ressources qu’offrent la langue française pour créer le quiproquo, l’ambiguïté, l’effet comique.

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Éric DEJAEGER

Digne héritier des surréalistes belges, il connaît sur le bout de sa plume tout ce qui fait caracoler les mots pour le plus grand plaisir des lecteurs : formules de style, jeux de mots, calembours, variations sur les assonances… Dans ce petit recueil, il utilise surtout la confection de listes improbables toutes plus hilarantes les unes que les autres. Je n’en donnerai qu’un court exemple pour ne pas allonger inutilement cette chronique au risque de la rendre plus longue que le recueil. J’ai choisi ce petit poème qui évoque les arcanes de langue française et détourne les expressions généralement consacrées :

Des peurs bleu anthracite.

Des teints jaune de Prusse.

Des votes blancs citron.

Des feux vert cassé.

Des robes rose émeraude.

Des regards noir bonbon.

Des nez rouge ébène.

Des nuages gris sang.

Ce recueil comporte d’autres listes tout aussi hilarantes et insolites et des poèmes plus ou moins cocasses où les mots dansent une folle farandole.

Le livre sur le blog de l’éditeur

COURT, TOUJOURS!, le blog d’Éric DEJAEGER 

 

 

2019 – LECTURES D’HIVER : EROS ET THANATOS – Une chronique de Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

Ayant lu ces deux recueils dans la même période, j’ai pensé que tout concordait pour les intégrer dans une même chronique, ANNE-MICHÈLE HAMESSE et FRANÇOISE REY sont de la même génération, elles sont toutes les deux des nouvellistes talentueuses qui racontent des histoires d’amour et d’érotisme sans jamais plonger dans la basse pornographie. EROS semble particulièrement les inspirer même si Anne-Michèle Hamesse accorde aussi souvent sa confiance à THANATOS qui laisse planer son humeur morbide dans une bonne partie de ses nouvelles. Curieusement les deux recueils comportent chacun quatorze nouvelles, comme si les auteurs où les éditeurs, s’étaient concertés sur leur taille, ou comme si quatorze était le bon nombre pour ce type de recueil, ou, plus sûrement, ce n’est qu’un simple hasard qui rapproche un peu plus ces deux opus.

 

LE NEUVIÈME ORGASME EST TOUJOURS LE MEILLEUR

Anne-Michèle HAMESSE

Cactus Inébranlable éditions

Le neuvieme orgasme couverture 30 12 2018

Après un premier recueil de nouvelles, « Ma voisine a hurlé toute la nuit », publié au Cactus Inébranlable éditions en 2016, Anne-Michèle Hamesse récidive avec ce nouveau recueil où elle déploie les mêmes qualités que celles que j’avais soulignées lors de la première publication. « Avec son style limpide, académique, précis, appuyé sur des phrases plutôt courtes même si elles sont suffisamment longues pour être souples et agréables à lire …. L’auteure démontre ses talents de conteuse. Elle sait très bien raconter les pires histoires, créer des personnages diaboliques, sans jamais sombrer dans la vulgarité ou l’approximatif. En toute innocence, elle peut laisser supposer les pires horreurs… ».

Dans ce nouveau recueil elle convoque encore les deux inséparables, Eros et son collègue Thanatos, Eros décoche ses flèches dans la presque totalité des quatorze nouvelles qui composent le présent recueil et Thanatos le suit de près car de nombreuses histoires connaissent une chute plutôt macabre.

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Anne-Michèle HAMESSE

Les héros d’Anne-Michèle Hamesse sont souvent des êtres en errance, plutôt des femmes mais aussi des hommes, qui ont perdu leurs repères après un décès, un accident, un viol, des violences, des souffrances, ou n’importe quelles autres douleurs physiques, morales ou psychologiques. Mais, malgré tout, ils croient encore en l’amour pour sortir de leur isolement, construire une nouvelle vie, trouver un nouveau bonheur mais le sort leur est rarement favorable, il leur est même la plupart du temps fatal. Une jeune veuve séduit des vieux uniquement pour accaparer leur héritage, un homme abandonné par sa femme la retrouve avec un autre lors de la célébration du Nouvel An chinois, une femme abandonnée trouve un ami fidèle à la SPA, un chien, qui crève dans le bus en rentrant à la maison, une femme admise aux urgences ne reconnait pas la prostituée qui prétend être son amie mais rêve des étreintes qu’elle a connues dans un bar à filles… Et ainsi pour chacune des quatorze nouvelles rassemblées dans ce recueil qui surprendront le lecteur par leur dénouement insolite.

Dans ce nouveau recueil, Anne-Michèle Hamesse ne révèle pas si « Ma voisine (qui) a hurlé toute la nuit » est celle qui trouve que « Le neuvième orgasme est toujours le meilleur ». On ne peut donc pas avancer qu’elle aurait hurlé toute la nuit en connaissant ce fameux neuvième orgasme que Catulle avait promis à Lesbie et que l’auteure met en scène dans l’une des nouvelles de ce recueil. Pas plus qu’on ne peut déduire qu’un lien intertextuel relie les deux recueils même si l’inspiration de l’auteure semble sourdre des mêmes puits pour la rédaction de l’ensemble des nouvelles publiées dans ses deux recueils.

Encore un recueil d’une belle facture qui mérite bien de figurer dans la collection « Nouvelle » créée par Cactus Inébranlable éditions qui ne comporte, jusqu’à présent, que des textes de grande qualité.

Le livre sur le site de l’éditeur

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MÉTAMORPHOSES

Françoise REY

Tabou Editions

Métamorphoses

Françoise Rey est une grande spécialiste de la littérature érotique francophone, elle a écrit de nombreux romans et recueils de nouvelles dont le dernier est le présent opus qui regroupe quatorze récits dans lesquels elle raconte des tranches de vie cruciales : le moment où la vie du, ou des héros, bascule, le moment où tout change, où plus rien ne sera comme avant. Le rédacteur en chef n’a plus la même image auprès de son chroniqueur après qu’il lui a confié ses problèmes sexuels, le jeune hémiplégique n’envisage plus l’avenir de la même façon après avoir retrouvé sa virilité sous la main de sa kinésithérapeute, les deux veilleurs de nuit ne voient plus d’un même œil leurs clientes après avoir satisfait les désirs de deux femmes qu’il pensait n’être qu’une seule et même personne, le voisin n’a plus envie de se suicider après avoir retrouvé la jouissance dans les bras de la voisine, … et ainsi de suite dans les quatorze nouvelles de ce recueil, tout bascule, tout change, rien n’est plus comme avant, tout est mieux ou moins bien…

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Françoise REY

Dans ces récits qui racontent des histoires de sexe, jamais Françoise Rey ne sombre dans la pornographie, elle se cantonne, sans aucune fausse pudeur, dans un libertinage que certains désapprouvent et que d’autres jugent très sain. Elle laisse filtrer dans un de ces textes ce qui pourrait être sa conception de l’amour. « Je voulais être une femme libre, une sorte de courtisane aguerrie, avisée, très à l’aise dans le monde des caresses et du sexe, je voulais qu’on s’époustoufle de mes témérités… ». De ce recueil, il ressort que ses personnages recherchent avant tout le plaisir pour le plaisir dans des relations sexuelles librement consenties sans y mêler des sentiments souvent trop encombrants. Il semble que ces héros ont choisi de ne pas mélanger les affaires de sexe et les affaires de cœur. Affaires de goût, c’est peut-être plus simple !

Au-delà de ce frais libertinage décrit dans une langue policée même si elle reste très réaliste, j’ai apprécié la qualité de l’écriture de l’auteure, on sent qu’elle maîtrise très bien la langue française qu’elle a, selon ses biographes, enseignée dans le secondaire. Ça fait tellement plaisir de lire un livre bien écrit à l’époque où même les grands médias nationaux chahutent tellement notre pourtant si belle langue. Quand on possède aussi bien son langage et son écriture, on peut écrire sur bien sujets sans prendre le risque de sombrer dans la vulgarité et même dans la médiocrité. Notre langue permet d’aborder tous les sujets quand on sait en user et Françoise Rey sait particulièrement bien en faire le meilleur usage.

Toutefois, ne nous trompons pas, ce recueil n’a pas pour vocation de donner la moindre leçon, du moins je ne le pense pas, il a tout juste, à mon avis, l’ambition de divertir les lecteurs ayant l’esprit suffisamment ouvert pour aborder l’érotisme sans a priori mal sain.

Le livre sur le site de l’éditeur