2022 – FEUILLES D’AUTOMNE : HISTOIRES DE FAMILLE / La chronique de DENIS BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

La famille est désormais une structure sociale à dimensions variables et géométrie provisoire, fluctuant en fonction des événements, des amours, des rencontres, … On y trouve toutes sortes d’histoires qui intéressent fort les romanciers. Michel JOIRET a mis en scène un journaliste qui cherche la famille qu’il n’a que peu connue et notamment son père accusé, à tort ou à raison, d’un meurtre. Olivier DUCULOT, lui, raconte l’histoire de la déconstruction de sa famille après le petit coup de canif donné par sa mère dans le fameux contrat de mariage…


Stella Maris

Michel Joiret

M.E.O.


Dévasté après le décès de son épouse pendant une pandémie virale, Damien, journaliste, décide de quitter la région bruxelloise pour se retirer à Ostende où il loue une partie de la villa dans laquelle il a résidé de nombreux moments quand il était enfant avant que son père l’enferme dans un pensionnat tenu par des moines lassaliens sévères et austères. Cette villa, la villa Stella Maris, est un point de départ à partir duquel, il essaie de se reconstruire en revivant son passé. Il redécouvre la ville avec ses rues qu’il parcourt à nouveau, ce qui fut sa maison, le pensionnat où il était interne et surtout le Frère Marc qui était son mentor. Celui-ci lui remet un coffret renfermant divers objets que son père lui a remis après le départ de Damien.

Ce coffret contient un cahier sur lequel son père notait tout ce qui concernait sa vie depuis que son épouse l’avait quitté pour un autre. Damien y retrouve la douleur paternelle, le nom des femmes qu’il voyait lors des visites du père, les « tantes », et surtout Lucie, la dernière, qu’il aimait bien. Il pense pouvoir, à partir des informations qu’il a récoltées, expliquer la disparition de son père après l’assassinat de Lucie, sa « tante » préférée mais il manque des feuilles au cahier et le Frère Marc décède son tour de la pandémie. « Qui était donc ce père amoureux pour n’offrir à son fils que la figure d’un homme désinvolte, imprévisible, distant, cynique ? ».

La vérité lui semble à jamais inaccessible mais une rencontre opportune le remet sur le chemin de son passé à travers l’histoire de la ville et de sa famille. La malédiction qui semble l’accabler après l’abandon de sa mère, la disparition de son père, la mort de Lucie et celle de sa jeune épouse pourrait trouver un explication dans cette histoire…

Ce roman raconte les malheurs d’une famille qui semble vouée à subir tous les malheurs de la terre depuis que les troupes françaises ont envahi la ville au moment de la Révolution. La malédiction serait-elle une fatalité qui accable certains?, la question reste posée et Damien y succombera ou trouvera l’espoir auprès d’une jeune femme qui a elle aussi connu une histoire bien douloureuse. Son voyage dans le passé lui a appris beaucoup de choses sur sa famille et lui-même peut-être que muni de ces nouvelles données, il trouvera son chemin vers le bonheur … ?

Ce père mystérieux que Damien ne connaitra peut-être jamais était un amoureux de la langue, il possédait une belle écriture « colorée », Il a transmis ses gènes littéraires à son fils qui les a utilisés pour son choix professionnel. Après lecture de ce texte, on se demande si l’auteur n’aurait pas, lui aussi, une quelconque filiation littéraire avec cette famille d’écrivains ?

Le roman sur le site des Editions M.E.O.

Le site de Michel JOIRET


Parc fermé

Olivier Duculot

Les éditions Ovadia


Arnaud, jeune gamin de sept ans, vit dans la banlieue liégeoise avec son papa brillant commercial, avec tout ce que cela comporte de frime et d’égocentrisme, dans les assurances, sa maman au foyer totalement étouffée par un mari qui l’aime trop et lui laisse bien peu de place pour s’exprimer, et sa sœur jumelle gavée par son père au point d’être une enfant obèse et, comme s’il elle n’était déjà pas assez handicapée, dysleptique. Le talent commercial du papa leur permet de se payer des vacances sur la Côte d’Azur dans une petite ville où j’ai moi-même passé mes vacances pendant une douzaine d’années (mais moi j’étais invité), Peymeinade, sur la route de Draguignan en sortant de Grasse. Là le père, en bon m’as-tu vu, étale son train de vie et ses pseudos talents pendant que la mère et les enfants profitent de la piscine de la résidence.

Un beau soir, pendant que résidents et vacanciers communient autour d’une bonne table, la mère s’écarte avec un bel homme et commet ce que son fils ne devrait pas voir mais a pourtant vu. Rentrée en Belgique, la famille retrouve sa vie monotone, le père travaille, la mère et les enfants s’ennuient. Un jour, ne pouvant joindre sa femme pour des raisons insignifiantes, le mari panique et commet l’irréparable, la mère quitte alors le foyer en abandonnant sa famille. Depuis son écart, elle sait qu’elle peut refaire sa vie, elle plait encore et elle peut reprendre le travail qu’elle exerçait avant la naissance de ses enfants.

Une nouvelle vie s’organise, le père travaille moins, la mère gravit l’échelle sociale, les enfants sont ballotés de l’un à l’autre. La fille soigne son obésité et sa dyslexie mais Arnaud n’arrive pas à s’intégrer au lycée, il devient vite un cancre et ne supporte pas que sa petite amie le quitte pour un fils à papa nouvellement arrivé dans l’établissement. Dans une crise de colère, il commet un geste fatal qui l’expédie dans un centre pour mineurs ayant commis un acte grave. Dans ce centre, sa vie s’écoule lentement jusqu’à ce qu’il soit libéré et cherche à donner un sens à son existence. Son passé lui laisse bien peu de solutions mais il a une passion qu’il pourrait peut-être valoriser… ?

Ce texte, c’est l’histoire d’une des nombreuses familles qui aujourd’hui se décomposent, souvent trop facilement parce que les couples ne vivent plus comme avant, les tâches ne sont plus réparties de la même façon, les deux sexes ont les mêmes droits et devoirs et tout le monde ne l’a pas compris. Les adultes résolvent souvent le problème en se séparant au détriment des enfants qui cherchent un avenir possible entre les allées et venues entre leurs parents qui n’ont plus le même mode de vie ni les mêmes aspirations. Heureusement, certains jeunes rencontrent des gens avec qui partager un savoir, une passion, un espoir, … et trouvent ainsi un avenir possible. Olivier semble bien connaître le problème des couples décomposés, recomposés ou pas, son histoire sent le vécu par lui ou des proches…

Le roman sur le site des Editions Ovadia

Olivier DUCULOT sur Objectif Plumes


2022 – FEUILLES D’AUTOMNE : NOIRS QUÉBÉCOIS / La lecture de DENIS BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Voici une chronique construite avec deux romans noirs, très noirs, comme les Québécois, en l’occurrence des Québécoises, savent si bien en écrire. L’un de Maureen MARTINEAU qui met en scène des oiseaux parmi ses personnages ténébreux, un autre de Roxanne BOUCHARD qui nous transporte au plus profond de la Gaspésie, là ou pratiquement seuls les bateaux pourraient conduire ceux qui auraient l’envie de s’y rendre pour visiter ces lieux sauvages. Ce dernier roman m’a rappelé un film qui m’a fort ému, « La grande séduction », où une communauté gaspésienne, tout aussi perdue, s’emploie avec toute sorte de subterfuges à convaincre un médecin d’accepter de s’installer au village pour éviter sa disparition.


Une église pour les oiseaux

Maureen Martineau

L’Aube


Sordide ! Horrible ! Abominable ! Mais pas bestiale car même, selon l’enquêteur chargé de l’interrogatoire de Jessica, un animal ne commettrait jamais une pareil atrocité. En effet, Jessica et son chum ont monstrueusement assassiné l’émigré suisse qui voulait implanter un zoo dans l’église désaffectée d’un bourg perdu d’Estrie au Québec. Il n’a eu que le tort de commander une escort au mauvais moment. Jessica qui gagne un peu d’argent dont son chum est souvent démuni, en vendant ses charmes, s’est plainte à lui, à tort, d’avoir dû subir les baisers de son compagnon de gaudriole. Le chum n’aime pas du tout ça et comme il est sous l’emprise de l’alcool, de la drogue et de la jalousie, il décide de faire un sort au Suisse.

Pendant le massacre la « mairesse » du village se démène pour trouver l’argent nécessaire à la construction d’une bibliothèque, pour trouver une solution bloquant le projet d’installation du zoo dans l’église, pour s’inquiéter de la situation de son fils sujet à des crises de schizophrénie et pour calmer ses colistiers pas tous en accord avec ses décisions. Les martinets ramoneurs ayant fait étape dans l’église au cours de leur migration vers le sud, s’inquiètent autant que le propriétaire du zoo : de plus en plus d’animaux, des plus petits aux plus gros, meurent brusquement. Une épidémie mixant les symptômes de la grippe aviaire et de la maladie de la vache folle semble affecter toute la région. Et pendant ce temps Jessica et son compagnon assassinent et découpent le pauvre Suisse au-dessus de l’appartement occupé par le fils de la mairesse qui entend tout, sait tout, mais n’est cru par personne.

Un fait divers plus noir que noir qui se déroule dans un trou perdu de campagne où règne la misère sociale, la misère affective, la misère sexuelle, la misère culturelle et la misère tout court, celle qui pourrait servir d’excuse à bien des êtres en manque de tout sauf de références à la violence endémique dans le secteur. Jessica n’est que le rejeton d’une famille où toutes ses tares ont largement débordé, aspergeant tous les membres de sa famille. Elle raconte comment elle a été embarquée à son insu dans cette atroce aventure mais son jugement n’est plus fiable, elle a peur de tout, elle n’a confiance en personne, elle ne sait plus où se situe la limite entre le bien et le mal. Ce n’est qu’un petit être sauvage qui a moins de jugement que les oiseaux qui cherchent une issue dans les nuages pour continuer leur migration et fuir cette zone mortifère.

Maureen Martineau, elle, ne craint pas de choquer, elle cogne comme un bûcheron mauricien agrémentant son texte de nombreux québécismes qui lui donnent une puissance, une saveur et une violence toute particulières. Les amateurs de cruauté physique et de crudités langagières y trouveront leur compte, j’en suis convaincu. Mais, la pauvre Jessica ne manque pourtant pas d’une certaine dose d’empathie et inspire la pitié au moins autant que le dégoût. En lisant ce livre, j’ai pensé au roman de Charles Williams, « Fantasia chez les ploucs », que je n’ai pas lu mais dont j’ai vu le film qui en a été tiré. Des pauvres ères qui ne semblent pas adaptés à la société dans laquelle ils essaient de vivre.

Le roman sur le site de l’éditeur


Nous étions le sel de la mer

Roxanne Bouchard

L’Aube


À Montréal, Catherine déprime, elle a perdu son père et sa mère adoptifs, son médecin lui conseille de prendre l’air, de partir en voyage, de voir du monde, de changer de vie. Elle décide alors de partir en Gaspésie où quelqu’un l’attend, à Caplan, dans la Baie des Chaleurs, d’après les termes d’une lettre qu’elle a reçue. Elle pense y rencontrer sa mère biologique qu’elle n’a jamais vue et découvrir qui est son vrai père qu’elle ne connait pas. Mais, l’aventure tourne vite au drame quand elle arrive dans le petit port, on découvre peu après le corps de sa mère enroulé dans des filets de pêche au milieu de la baie, elle est morte avant qu’elle puisse la connaître.

L’enquêteur Moralès débarque lui aussi dans le petit port pour y prendre ses nouvelles fonctions, sa supérieure le charge immédiatement de l’enquête sur la mort de Marie Garant, la mère de Catherine. Il se heurte au mutisme des pêcheurs et autres habitants du port qui entendent bien garder pour eux l’histoire qui a conduit Marie à abandonner sa fille, à naviguer seule au grand large et à séduire de nombreux hommes du village. Il découvre vite que beaucoup de femmes ne l’aiment pas et, parallèlement, Catherine apprend que beaucoup d’hommes l’ont trop aimée sans qu’elle les aime pour autant. Elle a eu beaucoup d’amants mais peu de vrais amours, son histoire semble avoir été trop lourde pour qu’elle s’attache à un seul homme.

Les femmes n’aiment pas trop Catherine qui leur rappelle trop sa mère mais les hommes lui font quelques confidences pour se souvenir des bons moments qu’ils ont passés avec elle. Les gens du coin baladent Moralès qui s’égare dans ses conjectures et ils noient Catherine dans leurs souvenirs épars, les laissant tous les deux dans l’expectative et l‘incompréhension. Manifestement personne ne veut ouvrir la boîte à souvenirs qui semblent bien trop lourds pour les raviver.

Je me suis laissé emporter par cette histoire gaspésienne, Roxanne Bouchard fait preuve d’un réel talent de conteuse pour faire revivre cette petite communauté perdue au bout du monde, ce petit port où les coutumes et les usages anciens sont encore en vigueur, où il n’y a pas plus d’avenir que de poisson dans la baie. Roxanne a choisi de conserver la langue la plus proche possible du parler québécois en y ajoutant même de savoureux dialogues remplis d’expressions vernaculaires usités par les pêcheurs de la Baie. Cette forme d’écriture donne une vraie vie à cette histoire, on y respire au rythme des marins, on y picole au bar avec les habituels poivrots, on y embrouille les touristes, la police et tous les étrangers pour rester entre soi pour le pire et le meilleur. Et dans ce texte, c’est surtout le pire qui attend les protagonistes si on déterre les cadavres et si on démasque les coupables.

Ce livre est avant tout un polar, il faut chercher un coupable et le mettre sous les verrous mais, c’est surtout, à mon avis, une page d’histoire de la Gaspésie, et un tableau émouvant de cette communauté qui disparait peu à peu dans cette baie abandonnée des pouvoirs publics et des poissons chassés par la pollution. J’y ai retrouvé l’atmosphère et l’émotion que j’ai ressentis dans un film, « La grande séduction », où une communauté gaspésienne, tout aussi perdue, s’emploie avec toute sorte de subterfuges à convaincre un médecin d’accepter de s’installer au village pour éviter sa disparition,

Que c’est bon de lire cette langue fleurie et goûteuse quand on est gavé de jargons divers, de franglais ou de globish par les médias modernes et la mauvaise littérature.

Le roman sur le site de l’éditeur


2022 – FEUILLES D’AUTOMNE : DES MOTS ET DES NOTES / La chronique de DENIS BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

La littérature et la musique sont deux arts qui cohabitent souvent dans le monde artistique. J’ai ainsi eu le plaisir de pouvoir, ces derniers mois, lire, écouter et même, pour l’un d’eux, voir ces productions en mots, en notes ou même en images, pour le dernier. Je vous propose donc un aperçu d’un livre-CD édité par Le Label dans la forêt, un CD qui comporte la bande originale d’un spectacle édité par BOriginal et un livre avec CD et DVD comportant un spectacle en deux versions, l’une pour les enfants l’autre pour leurs parents. Une belle approche de la fiction pour les enfants et un bon moment de détente pour les parents.


Grand déménagement

Auteure des chansons, illustratrice, narratrice, chanteuse : Françoiz Breut

Auteur de l’histoire : Mathieu Pierloot

Chant, composition : Claire Vallier, Mocke

Le Label dans la forêt


Cette nouvelle production du Label dans la forêt raconte une histoire bien contemporaine, l’histoire de la prospérité et de la fin des mines dans un pays qui pourrait être le nord de la France, la Lorraine ou le Pays noir belge, le pays natal de Mathieu Pierloot. Cette production se présente sous la forme d’un livre pour enfants comportant huit textes de Mathieu Pierloot, l’auteur de l’histoire, et huit chansons de Françoiz Breut. La musique a été composée par Claire Vailler et Mocke, les membres du groupe Midget, qui sont aussi les chanteurs avec Françoiz Breut.

Cette histoire commence quand un enfant trouve un caillou dans un trou creusé au milieu du village. Le père de l’un des enfants déclare que ce caillou « Ça vaut des sous ! ». Alors, les trous se sont multipliés pour trouver toujours plus de cailloux qui valent des sous mais en creusant des trous les machines dégagent de la poussière. « Des points gris microscopiques / S’accumulaient dans les cœurs, les poumons / Cendres, fumées, particules volatiles / se répandaient dans les maisons // … ».

Et l’histoire continue entre récits et chansons, l’histoire du pays minier avec ses mines sous la terre, ses terrils qui montent ver le ciel, sa pollution qui empoissonne le pays et ses habitants mais la pierre bruine apporte beaucoup d’argent alors il faut bien accepter quelques contraintes, faire quelques sacrifices. Cependant, le temps des profits et du travail pour tout le monde est vite révolu, la pierre brune ne rapporte plus rien, les mines s’épuisent, le travail manque, les mineurs deviennent des chômeurs…. Et le pays devient de plus en plus pauvre. Il faut « – Fermer la mine ? / – Oui, fermer la mine. / – Comment on va faire pour vivre sans elle ? / – Je ne sais pas. / – On ne sait faire que ça, nous, des trous … / – Comment on va faire ? / – Je ne sais pas. »

Mathieu, Françoiz, Claire et Mocke ont choisi de parler de la mine et du charbon aux enfants en leur racontant une histoire toute en couleurs, images et musique, sans violence inutile, même si c’est une histoire un peu triste qui aurait pu mal finir. Les chansons sont douces et, j’en suis convaincu, elles raviront les enfants qui apprendront un peu de leur histoire et de leur géographie en toute quiétude. Cette histoire est déjà une première sensibilisation à tous les défis que ces mômes devront affronter après celui du poison de la mine. Ils se souviendront aussi que « Tout … Tout a changé si vite / Sur le ventre pointu des terrils / La lumière d’or, la lumière se faufile / … » et que sur les terrils, « On y plantera des cerisiers / Des capucines et des pommiers / des hortensias, … ». Les enfants auront ainsi compris que tout peut vite changer … si les bonnes mesures sont appliquées…

Les belles histoires, les chansons et la musique sont les meilleurs vecteurs pour éveiller nos enfants aux réalités de notre monde sans les traumatiser, en douceur…

Sur le site du Label


Yuku et la fleur de l’Himalaya

Textes et paroles : Arnaud Demuynck

Musiques : Alexandre Brouillard – David Rémy – Yan Volsy

BOriginal


Ce CD, comme un livre audio, comporte la bande originale d’une comédie musicale sous la forme d’un long métrage d‘animation réalisé par Arnaud Demuynck et Rémi Durin. Comme l’écrit Télérama dans sa critique, c’est un « Superbe conte initiatique et musical » qui raconte l’histoire de Yuku, une jeune souris, qui part à la recherche d’une fleur à la lumière éternelle qui ne pousse que sur le sommet de l’Himalaya, pour l’offrir à sa grand-mère devant bientôt partir sous terre dans le labyrinthe des taupes. Mais pour réussir sa quête, Yuku doit affronter des obstacles dangereux et des animaux peu amènes, grâce à sa musique et à ses chansons, elle va se faire beaucoup d’amis qui lui seront très précieux pour réussir son aventure.

Pour réaliser ce conte initiatique, Arnaud Demuynck a pris en charge lui-même l’écriture de l’histoire et des textes des chansons. Pour la musique, en solo ou accompagnant les chansons, les deux réalisateurs ont fait appel à Alexandre Brouillard, David Rémy et Yan Volsy. Et, pour le chant, ils ont invité : Lily Demuynck-Deydier, Agnès Jaoui, Arno, Tom Novembre, Alice on the Roof et Igor Van Dessel. Un joli plateau plein de talents et de compétences .

Cette bande originale est une belle histoire digne des plus grands contes initiatiques du répertoire littéraire, la musique et les chansons la mettent excellement en valeur. En écoutant ce CD, on pense inéluctablement à la musique, au rythme, à l’ambiance de la bande originale du Livre de la Jungle ou de Pierre et le Loup. On retrouve dans ces musiques des sensations, des émotions, des vibrations, … qui pourraient être directement inspirées par ces deux grands contes musicaux que nombre d’enfants ont entendus moultes fois. Les miens l’ont fait tourner pendant de longues heures sur la platine qui entraînait les vinyles de l’époque.

Le film d’animation correspondant à cette bande originale est sorti très récemment sur les écrans des salles de cinéma et je suis convaincu que ceux qui écouteront cette BO, auront très envie de se précipiter à leur tour dans la salle la plus proche pour découvrir ce long métrage tant la musique et les chansons font déjà vivre les images et le mouvement que nous ne pouvons, chez nous, qu’imaginer. Et Yuku sera bientôt une nouvelle star du cinéma d’animation comme l’ont été avant elle le roi Louie, Mowgli, et leurs amis ou le petit Pierre ou encore les instruments de musique mis en scène dans Piccolo saxo et compagnie.

L’histoire est charmante, la musique est variée, il y a du ska entraînant, du blues endiablé, du rap survolté et de douces mélodies. Il ne nous manque que les images que nous avons déjà dessinées dans nos petites méninges.

Sur le site de BOriginal


Rag & Boogie

Sébastien Troendlé, Valérie Paumier, Christophe Chaboudé

Les Rêveurs

Rag’n Boogie (DVD)

Sébastien Troendlé, Ismaïl Safwan, Anne Marcel

Rag’n Boogie (CD)

Sébastien Troendlé


Rag’n Boogie est un spectacle qui existe en deux versions, une pour les adultes et une autre pour les adolescents (6 à 12 ans selon les producteurs), imaginé par Sébastien Troendlé, pianiste virtuose du ragtime et du boogie woogie, deux musiques qu’il aime par-dessus tout depuis sa plus tendre enfance. Il a écrit ce spectacle avec Ismaïl Safwan et il en a ensuite tiré un petit livre avec Valérie Paumier et Christophe Chaboudé pour les magnifiques illustrations, destiné lui aussi aux adolescents de cette même tranche d’âge.

Ce magnifique petit livre, très bel objet magnifiquement illustré, raconte de façon métaphorique l’histoire de ces deux musiques à travers la vie fictive de deux gamins de Sedalia dans le Missouri où ils vivaient vers 1890 à l’époque où est né le ragtime puis, un peu plus tard, le boogie woogie. Rag est le fils de la famille Time, c’est un enfant sage et un élève studieux qui accompagne sa mère dans les tâches ménagères qu’elle accomplit chez les gens riches. Dans la maison des maîtres, il découvre un piano sur lequel, il ose jouer la musique qu’il a dans la tête, une musique qui vient de ses parents et surtout de son grand père qui chantent et jouent dans les fêtes familiales et les cérémonies religieuses. La famille Time adopte le petit Boogie, enfant délaissé qui vit dans la gare où travaille Monsieur Time. Rag lui apprend à jouer du piano qu’il maitrise vite mais sa musique est plus polissonne, plus virulente, c’est une musique des rues. Ils vont jouer chacun sa musique dans les barrelhouses, des cabanes peu fréquentables où l’on écoute de la bonne musique en buvant du mauvais alcool pendant des nuits entières. Rag et Boogie deviennent célèbres, ils jouent sur des grandes scènes où ils rencontrent, un jour, Jelly Roll Morton qui prétend être le créateur du jazz. C’est « La toute petite histoire d’une extraordinaire musique » comme l’énonce le sous-titre de ce petit livre que les adultes emprunteront volontiers à leurs enfants en oubliant, souvent de le leur rendre.

Le spectacle qui a donné naissance à ce livre a été enregistré sur un DVD dans ses deux versions, celle pour adultes et celle pour adolescents. C’est un one man show de Sébastien Troendlé, tant au récit qu’au piano, mis en scène par Ismaïl Safwan pour la version adultes et par Anne Marcel pour la version jeunesse, sur des textes qu’il a lui-même écrit avec les réalisateurs. C’est une formidable performance de musicien et d’acteur à laquelle se livre Sébastien, c’est un virtuose au piano et un superbe showman. il sert sa musique avec merveille tout en passant un fort message sur le racisme ambiant dans lequel est née cette musique qui a donné naissance à celle qui envahit le monde entier depuis le milieu du XX° siècle, tous les genres qui se fondent dans l’univers R&B.

Pour prolonger cette immersion dans l’univers historique de la musique actuelle, vous pourrez écouter le CD qui comporte toutes les parties jouées au piano pendant les deux spectacles par Sébastien Troendlé. Et, comme-moi, vous vivrez un instant de bonheur tout en revisitant votre culture musicale depuis le negro spiritual jusqu’au jazz en passant par le Gospel, le ragtime, le boogie woogie, le blues et j’en oublie peut-être. Même si le jazz a supplanté le ragtime et R&B le boogie woogie, ces divers genres proposent des grands moments de musique après avoir participé activement à l’écriture d’’une grande page, même si ce n’est pas la plus glorieuse, de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique.

Et toujours la musique est belle, peu importe qui l’invente et qui la joue !

Sur le site de Sébastien Troendlé


2022 – FEUILLES D’AUTOMNE : LA FÊTE DU HAÏKU / La chronique de DENIS BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

La poésie courte d’inspiration asiatique semble trouver un nouvel écho dans le monde littéraire et, ainsi, j’ai eu le plaisir de lire récemment deux recueils consacrés à ce genre poétique : un recueil de Véronique DE LABOULAYE publié chez BLEU d’ENCRE et un autre pour lequel Iocasta HUPPEN a réuni autour d’elle quatre autres haïjins (auteurs de haïkus). Ces poésies très minimalistes pourraient paraître simplistes mais elles sont en fait d’une grande finesse, elles évoquent en quelques mots seulement une scène, un paysage, une histoire, une sensation, une émotion, … Il faut posséder une très grande maitrise de langage et bien connaître les codes du genre pour écrire de jolis haïkus très expressifs.


Haïkus bleus et verts

Véronique de Laboulaye

Bleu d’Encre


Avant de me lancer dans la lecture de ce recueil de haïkus, j’ai relu la chronique que j’avais rédigée après avoir lu l’ouvrage que Iocasta Huppen a consacré à la poésie brève japonaise, « Poésie brève d’influence japonaise », édité à L’Harmattan. Iocasta est une haïjin de talent, roumaine d’origine, elle vit en Belgique, j’ai eu la chance et le plaisir de lire plusieurs de ses recueils et ainsi de me familiariser un peu avec ce type de poésie. C’est donc avec une certaine impatience, une véritable envie de découvrir ce recueil, que j’ai abordé sa lecture. J’y ai trouvé de très jolis haïkus qui appartiennent à la famille des haïkus écrits sur trois lignes et qui doivent respecter des règles très précises que j’ai, hélas, oubliées.

Avant d’écrire des haïkus, Iocasta invite les auteurs à  « … garder à l’esprit l’idée que cette écriture se fait en employant un langage simple et des mots simples. La simplicité a un pouvoir universel, celui de s’adresser directement à l’esprit ». J’ai trouvé que Véronique respectait très bien ce principe de simplicité qui est à l’origine de l’élégance de cette forme poétique, de sa douceur, de sa poésie,  de la sérénité qu’elle dégage, des images qu’elle forme avec quelques mots seulement. J’ai été immédiatement emballé, dès la lecture du haïku qui introduit le recueil :

« Dieu créa la femme / puis donna vie à l’homme / pour qu’ils puissent jouer // Mais l’homme pleura tant / de n’être pas né le premier / que Dieu prit pitié // Il fit croire à l’homme / qu’il avait été créé / premier des humains ».

La forme courte est toujours très efficace, je n’ai peut-être jamais lu un aussi joli et convainquant texte féministe !

Dans ce recueil, Véronique évoque surtout la nature et ceux qui la peuplent qu’ils appartiennent au monde végétal ou au royaume animal :

« Ajoncs mimosas / Tiges de saules osier / janvier jaune dans l’île »,

« Venu à la nage / un sanglier est dans l’île / la légende commence »,

« Un merle dans l’arbre /attend-il le merle blanc / d’Alfred de Musset ? ».

Mais elle s’autorise aussi quelques petites excursions, à Venise notamment où elle a trouvé une belle matière pour nourrir son œuvre :

« Sur la pointe des pieds / je longe le Grand canal / crainte de submersion ».

Ou encore au bord de la mer :

« Porté par les vagues /et divaguant dans les algues / un rêve vagabonde ».

Véronique nous a convaincus, une fois de plus, que la forme courte est une des plus belles expressions littéraires et que sa concentration exprime les plus jolis sucs de la langue qu’elle utilise. J’ai choisi de conclure sur cette strophe qui m’a parue pleine de douceur et de poésie :

« Alcôve marine / flux et reflux de fleurs blanches / adieux à l’amie ».

Bleu d’encre sur le site des Editeurs Singuliers

La page Facebook de Véronique de Laboulaye


Le haïku à 5 voix

Sous la direction de Iocasta Huppen

Editions unicité

Pour écrire ce recueil, Iocasta, haïjin de talent, a regroupé autour d’elle quatre autres auteurs qu’elle connait bien : Jean Antonini (Lyon), Marie Derley (Belgique), Damien Gabriels (Métropole lilloise), Serge Tomé (Belgique). Ils ont développé une réelle connivence entre eux en participant avec la même vision et le même esprit à la promotion et au développement de la poésie d’influence japonaise en Belgique et en France depuis de nombreuses années.

Pour réaliser ce recueil, elle leur a fixé un « cahier des charges » assez précis : les haïkus, tercets et senryus proposés doivent respecter le thème des quatre saisons, ils doivent être complétés par un poème d’inspiration libre, chaque auteur doit fournir cinq textes pour la thématique imposée et cinq autres pour la thématique libre. Malgré la rigueur de la composition, chacun a conservé sa liberté de ton : l’humour, la dimension intellectuelle, l’esprit social, une inspiration plus poétique, … Ainsi, chacun a fourni des poèmes de trois vers, je ne suis pas suffisamment versé, malgré les efforts accomplis par Iocasta, pour déterminer qui a écrit des haïkus, qui a écrit des tercets, qui a écrits des senryus mais tous les poèmes publiés comportent trois vers. Ils sont encadrés par un magnifique dessin de Jean-Louis Gabriel reproduit à la fin de la production de chaque auteur, toujours sur le même thème mais avec chaque fois une variation dans la couleur et dans les motifs secondaires.

Pour vous donner un aperçu de ce recueil, j’ai choisi, au hasard, un poème de chacun des cinq haïjins dans le thème libre qu’il a exploré :

Jean Antonini : « au sol de la chambre / une plume – je ne me souviens pas / de mes rêves »,

Marie Derley : « retour de chez lui / à l’aller je pédalais / avec le vent »,

Damien Gabriels : « sortie de reprise – / le col hors catégorie / du pont de l’autoroute »,

Iocasta Huppen : « lumière des bougies / pour mieux saisir l’étincelle / au fond de tes yeux »,

Serge Tomé : « fin de manif – / les syndicalistes sont unis / pour pisser au mur ».

Et, à chaque fois, je suis épaté de voir avec quel talent les haïjins savent avec quelques mots bien rangés suggérer une histoire bien réelle. Ils sont les artistes de la forme littéraire ultra courte.

Le recueil sur le site des Editions Unicité

Le site de Iocasta Huppen


2022 – FEUILLES D’AUTOMNE : BRÈVES D’ÉTÉ / La chronique de DENIS BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Mes Feuilles d’automne sont construites avec une partie de mes lectures estivales et même printanières, c’est ainsi que dans cette chronique vous trouverez deux commentaires de mes lectures de MICROCACTUS, la dernière-née des collections des CACTUS INÉBRANLABLE Editions. J’y ai réuni Mathieu JAEGERT et Jean-Loup NOLLOMONT, associés à Roger LAHU & Eric DEJAEGER publié par GROS TEXTES. Une belle brochette de talentueux auteurs qui contribuent brillamment à perpétuer le genre littéraire court à travers leurs recueils de micronouvelles.


Mathieu Jaegert

Ceci n’est pas un crime

Cactus inébranlable


Mathieu Jaegert est sans doute un grand voyageur, il a jeté l’ancre dans le port de Saint-Nazaire après une longue traversée … terrestre, en effet, il venait d’Alsace, ce qui constitue tout de même une belle odyssée. C’est là qu’il a publié son ton premier opus, celui-là même que je commente aujourd’hui, chez le célèbre éditeur, grand spécialiste des formes littéraires courtes, Cactus inébranlable, dans la collection des Microcactus. Il est ainsi l’auteur de l’opus #9.

Dans ce recueil, il propose une série de textes courts, deux par page petit format : des micronouvelles, des histoires courtes, des aventures qui se terminent presque toujours de manière radicale, définitive, souvent mortelle. Mathieu possède l’art de la nouvelle qu’il condense au maximum pour que la chute fatale explose brusquement sous les yeux du lecteur. Les histoires qu’il propose sont souvent féroces, cruelles, cyniques, …, mais elles sont toujours pleines d’humour, d’un humour certes noir, souvent très noir.

J’ai noté quelques exemples pour montrer le ton, la fulgurance, la radicalité, la férocité, …,  des textes de Mathieu, en commençant par celui-ci qui pourrait coller à l’actualité tout en espérant que ce ne soit qu’une dystopie et non une prémonition :

«  …, il avait annoncé qu’il tirerait toutes les conséquences de la crise. Pour l’heure, il songea en balayant du regard la salle des ministres et ces abrutis bâillonnés qu’il était grand temps de tirer les causes.

Puis il libéra le cran de sécurité de sa carabine ».

Et celle petite histoire qui que l’on pourrait croire réelle tant il y a de gens embrouillés sur notre belle planète :

« Julie est réconciliatrice de gens fâchés. Pour faire prospérer ses affaires, elle dispose d’une armée de collaborateurs dévoués. Tous formés aux subtilités du métier d’embrouilleur de gens ».

Ce ne sont certes pas des crimes mais c’est comme une célèbre marque de soda, ça en a l’odeur, la couleur et le goût. Et, c’est surtout un condensé de littérature noire, des thrillers en réduction.

Le recueil sur le site de vente en ligne du Cactus Inébranlable


Contre tous chacaux

Roger Lahu & Eric Dejaeger

Gros textes


Quelle surprise en découvrant ce petit recueil, je connais les deux auteurs et je n’aurais jamais pensé qu’ils se connaissaient entre eux jusqu’au point d’écrire ensemble, c’est tellement intime d’écrire ! Eric Dejaeger, le poète du Pays noir comme j’aime l’appeler, est un Carolorégien dont j’ai commenté au moins une vingtaine de titres, peut-être plus en ajoutant tous ceux qu’il a écrits avec d’autres. Il fait partie des premiers auteurs dont j’ai chroniqué un livre. Roger Lahu est lui un concitoyen à la mode Hollande, nous faisons partie de la même région, chacun citoyen de l’une des deux parties rassemblées par Hollande pour n’en faire plus qu’une. J’ai lu deux des recueils qu’il a écrits. Comme dit Eric dans sa « Postfrasque », « … on s’est bien marré en revisitant quarante aventures de Bob (Morane) et de Bill (Ballantine) ».

Et là est ma grande déception, le Bob et le Bill n’ont jamais franchi les rivières et vallées délimitant le plateau sur lequel je suis né. Dans mon village natal pas un môme n’avait ces romans ou BD chez lui, je n’ai donc jamais lu les aventures de ces deux énergumènes que je connais un peu plus maintenant même s’ils ont été remodelés par mes deux amis. J’ai ressenti sous la plume d’Eric la mauvaise influence de Maigros vite réprimée par l’autre auteur, comme ils se définissent souvent dans leurs textes. J’ai aussi humé des flaveurs suant directement des produits des côteaux du Mâconnais ou de la Côte chalonnaise dont Roger semble garnir méticuleusement sa cave.

Ainsi à travers ses petits textes, Eric et Roger revisitent les aventures héroïques des deux énergumènes en leur donnant un côté loufoque, burlesque, surréaliste souvent hilarant et quelque peu satirique. Ils charrient volontiers ces héros picaresques en moquant leurs exploits tellement improbables et si peu crédibles. Mais tout ça n’est qu’une vaste rigolade entre deux amis férus des belles lettres toujours à la recherche de mots rares, peu usités et enrichissants pour le vocabulaire du lecteur.

Et près cette lecture gouleyante comme un vin du Mâconnais, il faut aussi réécouter la fameuse chanson du groupe Indochine, « L’aventurier » :

« Égaré dans la vallée infernale
Le héros s’appelle Bob Morane
À la recherche de l’Ombre Jaune
Le bandit s’appelle mister Kali Jones
Avec l’ami Bill Ballantine
Sauvé de justesse des crocodiles
Stop au trafic des Caraïbes
Escale dans l’opération Nadawieb

…. »

Le livre sur le site de vente en ligne de Gros Textes


Contes à rebours

Jean-Loup Nollomont

Cactus inébranlable


Jean-Loup n’est pas un inconnu pour moi, j’ai déjà et lu et commenté deux de ses recueils, l’un d’aphorismes, « Pensées nyctalopes », et l’autre de micro-textes, « Cécité interdite »,  édités tous les deux chez le même éditeur que le présent recueil mais dans la désormais célèbre collection Les P’tits Cactus. Comme le laisse supposer ces deux titres, Jean-Loup est affecté d’un problème visuel qui, s’il altère sa vue, n’entache en rien son acuité intellectuelle, sa finesse d’esprit, son autodérision et la qualité de son écriture. Dans son anthologie des aphorismes belges, Michel Delhalle le présente comme un individu n’ayant fait que des études relativement banales,  « tout à fait secondaire… », ce qui ne l’empêche pas d’avoir une très fine perception des femmes et des hommes et de leur comportement en privé ou en société.

Dans ce recueil, édité dans la dernière-née des collections des Cactus Inébranlable Editions, Microcactus, Jean-Loup Nollomont propose trois-cent-trente-quatre micro-textes numérotés, à rebours, de 333 à 0, des histoires courtes, voire très courtes, des micro-contes, des fabulettes. Des textes qu’on pourrait situer entre la micronouvelle et l’aphorisme, comme une idée que l’auteur n’aurait pas pu réduire suffisamment pour en faire un aphorisme, ni développer suffisamment pour en faire une micronouvelle, tout en en gardant la saveur fondamentale.

« Il revenait d’avoir été se faire foutre. Il n’y retournerait plus. » Celle-ci, elle est particulièrement courte mais elle aussi tellement savoureuse que j’ai eu envie de la partager avec vous. J’en ai noté quelques autres que je tiens aussi à vous rapporter. Notamment celle-ci qui montre bien la grande dérision et la résilience dont sait faire preuve Jean-Loup : « Lorsqu’elle reçut de son fiancé une lettre écrite en braille, elle se cacha le visage dans les mains et comprit que l’amour l’avait rendue aveugle ». J’ai bien aimé aussi les petites histoires absurdes, comme celle-ci : « Le sommet de l’échelle reposait à même le sol. Il était très facile d’y grimper pour aller cueillir au pied de l’arbre les pommes tombées au ras des pâquerettes », ou incongrues, comme cette autre : « Tous deux prenaient de la drogue. Lui en cachet. Elle en cachette ».

Jean-Loup a aussi l’art de dépouiller une idée au maximum sans en retirer une once de sens, d’humour, de drôlerie, … : « Il s’était offert de la raccompagner. Et il l’avait raccompagnée. Et elle s’était offerte ». Certains romans d’amour comportent moins de romantisme que ces quelques mots. Et certains livres dits un peu osés suggèrent beaucoup moins d’érotisme que cette toute petite histoire : « Je suis certain qu’elle ne porte pas de culotte. Je le tiens de mon petit doigt ». Les petits doigts, ça sait tout, c’est bien connu, celui de Jean-Loup est particulièrement bien informé et très coquin !

Les Microcactus sont les livres idéaux à lire pour patienter dans une salle d’attente ou voyager dans les transports en commun, on peut interrompre leur lecture à tout moment, n’importe où, et la reprendre sans jamais avoir perdu le fil de l’histoire, elles sont tellement courtes et se succèdent sans aucun lien entre elles. Alors, un Microcactus aussi drôle que celui de Jean-Loup et vous pouvez faire un grand voyage comportant de nombreuses escales ou patienter dans une salle d’attente en étant sans cesse interrompu par un voisin trop bavard.

Le recueil sur le site de vente en ligne du Cactus Inébranlable


2022 – FEUILLES D’AUTOMNE : POUR MÉMOIRE / La chronique de DENIS BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Les deux textes que j’ai choisi pour la construction de cette chronique ne sont pas de cette année, ils sont plus anciens, mais j’ai tenu à les mettre en évidence dans l’une de mes Feuilles d’automne car ils nous rappellent les auteurs particulièrement brillants qui les ont écrits et illustrés en ce qui concerne Gérard SENDREY qui nous a quitté en janvier dernier. Pour de nombreux lecteurs, Ils sont ou ont été aussi des amis. Alors, en hommage à leur talent nous relirons ces textes encore et encore…


Momentanément absent

Olivier Terwagne

Editions Traverse


Dans ce recueil où alternent poésie en vers et poésie en prose, Olivier Terwagne joue avec les mots qu’ils convoquent, en des exercices d’allitérations, d’assonances, incluant de nombreux aphorismes et même quelques grains de surréalisme. Il cherche à les faire chanter, à les détourner, il aurait même tendance à en abuser même s’il aime à les câliner pour les rendre plus dociles. Ce texte ressemble ainsi un peu à un exercice de style dans lequel l’auteur évoque le temps : le temps qui s’efface trop vite, le temps passé qui devrait nourrir le temps présent déjà devenu le temps à venir.

« … le livre de ton corps / s’écrit / d’amour de ce que tu / es / en train d’éviter / de devenir / trop / tôt »

L’auteur voudrait ainsi revenir au temps de l’enfance pour mieux l’appréhender et en construire l’avenir.

« … « je dois partir, j’ai rendez-vous avec l’enfance. » « Vous n’avez pas besoin de moi : la fin du monde est reportée à une data ultérieure. »

Le temps n’est pas la seule dimension évoquée par l’auteur, il chante aussi ceux qui habitent la planète, notamment : les familles, les filles, celles des autres pas les siennes, celles qu’on aime, et tous ceux qui déambulent dans le mouvement permanent qui habite sa poésie. Il inclut dans ses vers le monde en mouvement : les mobilités quotidiennes à proximité ou occasionnelles et très lointaines. Mouvement des foules ou des individus dans les espaces publics, migrations des peuples en fuite devant tous les fléaux naturels ou sociaux, … Mais aussi la mobilité des mœurs dont les formes nouvelles percutent déjà les us et coutumes bien désuets rangé au rang des antiquités pas encore historiques.

Ce temps qui file entre les doigts, il faudrait pouvoir l’arrêter pour en tirer le meilleur et en nourrir le présent et l’avenir.

« Le passé, c’est inspirant / c’est aussi aspirant / un écho à nos chants / aux misères du présent »

Les nouvelles technologies ont débordé le temps, l’ont relégué au rang des quantités qui mesurent les profits régissant le monde nouveau. L’ennemi n’est peut-être plus le temps mais l’invention des hommes, la machine infernale ?

« Ce n’est pas nous qui désignons forcément l’ennemi, c’est parfois lui qui nous désigne à coups de hashtag …. Luttes des classes, des races, des sexes, des genres, des religions, des régimes alimentaires, des styles vestimentaires… »

Alors avant qu’aujourd’hui soit déjà demain, il faut, comme l’auteur l’a écrit : « habiter son corps, habiter l’espace, habiter le temps ».

Le livre sur le site des Editions Traverse


La soie des mots musique

Jean-Louis Massot / Gérard Sendrey

Editinter


Merci Jean-Louis de m’avoir adressé ce recueil édité depuis un longtemps déjà, en 2007, un recueil pour évoquer notre amitié avec Gérard Sendrey et l’impressionnant travail artistique qu’il a réalisé jusqu’à la fin de sa vie. Gérard est devenu un ami quand tu m’as proposé de lire et commenter son livre testamentaire, « Mon amour pour la vie en moi », dans lequel il évoque avec ferveur son inébranlable foi en la vie. J’ai beaucoup apprécié son propos, il a aimé le regard que j’ai porté sur son texte et, ainsi, nous sommes devenus amis. Chaque jour, jusqu’à ce que la maladie l’emporte, en ce début d’année, il m’a adressé un dessin, un vrai témoignage d’amitié et de complicité littéraire et artistique.

Tu as eu la riche idée de lui confier l’illustration de chacun des poèmes que tu as écrit pour constituer ce recueil, pour ce faire, il a utilisé un procédé qui lui était cher, chacun des dessins fut réalisé à deux mains, chacune équipée d’un marqueur, en agissant simultanément de façon synchronisée ou non selon l’image souhaitée. Cette technique de dessin comporte une part d’aléas qui peut laisser planer une certaine incertitude quant au résultat obtenu, ce qui peut rendre l’illustration encore plus suggestive. Adepte de l’art brut et du dessin automatique, il ne pouvait en être autrement avec lui.

Ces dessins se marient à merveille avec les textes que tu as rédigés pour évoquer la musique et les musiciens que tu as aimés, je ne les connais pas tous mais j’en ai noté certains noms et certaines œuvres qui m’ont particulièrement fait vibrer. A mon avis, il n’y a aucune fausse note dans ce recueil, pas plus dans les choix musicaux que dans les textes que tu as écrits avec beaucoup de sobriété et une grande finesse. Ces textes sont doux, parfois mélancoliques, souvent enthousiastes, dégageant empathie et irénisme.

Tu as choisi la musique que j’aime, celle que j’ai découverte, un peu trop tard, après qu’elle a déferlé sur les ondes européennes. Tes choix sont sûrs, tu aimes, comme moi, le blues, le jazz, le rock n’ roll et tout cet univers musical mais, comme il y a de la bonne musique partout, tu as pioché dans d’autres bacs : chansons, musique classique, …, pour donner des envies de ressortir des vieux vinyles et écouter la musique de nos vingt ans. Eh oui :

« Quelle idée stupide / que de vouloir écrire un / poème ou quelque chose / qui s’en rapprocherait / après / avoir passé la fin de la soirée / à écouter le Requiem de Gabriel Fauré » !

Ce recueil comporte tout ce dont on peut rêver pour passer un moment de bonheur seul ou avec des amis :

« Une journée à savourer un livre ; une soirée à laisser couler un vin qui chante ; un week-end partagé entre amis, sous un ciel qui … hésite à nous accompagner et qui s’amuse à nous laisser croire que nous pourrions être des étoiles filantes ».

Dans ces quelques mots, tout semble être dit,  alors, vite, remettons, un disque sur la platine pendant que le vin chambre, avant que les amis arrivent pour lire ensemble quelques poèmes de Jean-Louis Massot comme celui qui suit et que j’aime tout particulièrement. J’entends Billie Holliday se lamenter loin loin là-bas au paradis du blues,

« Sur la plage, / regardions l’océan. // Des heures // Ne cessait de gémir. // Un blues /// N’y pouvions rien. // Et rentrions. »

Le livre sur le site de la FNAC


À voir sur Youtube

Comprendre l’art brut et la création avec Gérard Sendrey – partie 1

Comprendre l’art bru et la création avec Gérard Sendrey – partie 2.


2022 – FEUILLES D’AUTOMNE : SOUS LA PLUME D’EROS / La chronique de DENIS BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Les Editions TABOU publient régulièrement des textes érotiques de qualité et j’ai eu le plaisir de lire les deux qui suivent : un texte d’Eva DELAMBRE, fine plume littéraire, qui fait vivre un peu plus longtemps des personnages qu’elle a déjà mis en scène dans ses précédents romans et un autre d’Eve DE CANDAULIE qui, comme son nom de plume l’indique, raconte sa vie de couple adepte du candaulisme. L’écriture érotique n’est pas seulement consacrée au récit d’histoires de sexe, c’est aussi un vrai genre littéraire.


Parfums d’Elles

Eva Delambre

Tabou éditions


Dans ce roman, Eva Delambre donne des nouvelles des héroïnes qu’elle a mises en scène dans ses ouvrages précédents, notamment sa trilogie comportant : L’Eveil de l’Ange, L’Envol de l’Ange et Marquée au fer. Des filles soumises qui acceptent de se prêter aux caprices de leur maître mais qui désirent aussi tester leurs limites dans des jeux sadomasochistes de plus en plus raffinés, de plus en plus douloureux, de plus en plus humiliants, … Un regard très crédible sur le monde du BDSM qu’Eva Delambre a découvert de l’intérieur. Elle raconte :

Elle, personnage central de son premier roman : Devenir Sienne, Elle qui a interrompu ses pratiques pour donner naissance à un enfant et qui souhaite retrouver des sensations qui lui manquent tout en redonnant de l’entrain à son mari un peu frustré de ne pas pouvoir satisfaire ses désirs sur le corps de son épouse.

Léna, l’héroïne de L’Esclave, qui a voulu franchir un palier supplémentaire en devenant l’esclave de son maître, elle lui est totalement dévouée, elle est son objet mais, un jour, elle doute, elle craint qu’une autre prenne sa place, son rôle, son collier, sa chaîne, son asservissement. Elle voulait lui dire « Quelle finirait par y parvenir s’il lui laissait le temps ». « Il savait aussi qu’elle avait raison ».

– L’Ange, fille entrée en soumission et initiée dans la trilogie citée ci-dessus, dont elle évoque l’après : l’atterrissage dans le monde « vanille », le sevrage et la suite donnée à son histoire.

Laura, celle qui a accepté d’être marquée au fer, qui ne peut vivre en dehors de sa soumission et qui craint d’être abandonnée ou cédée à un autre dominant par son maître.

Cassandre, Cosy, autre personnage de Marquée au fer, elle est sortie du monde de la soumission mais elle est retrouvée par une maitresse qui lui propose de renouer avec ses anciennes pratiques, ses anciennes contraintes, ses anciens plaisirs, l’intensité des orgasmes qu’elle n’a jamais retrouvée.

Esther amoureuse d’un maître qui l’a répudiée, elle recherche auprès d’un autre homme des étreintes viriles et brutales lui rappelant sa soumission alors que lui ne cherche qu’un amour empli de tendresse.

Le recueil s’achève par un texte de Maître Tesamo, peut-être celui qui a fait découvrir ce monde à Eva,  dans lequel il raconte ses jeux pervers, ses séances douloureuses, ses aventures, …, ses voyages avec son esclave à jamais porteuse d’un collier.

Un roman comme un recueil de nouvelles, des nouvelles qu’Eva nous donnerait des soumises qui peuplent ses romans précédents, des filles qui souvent ont du mal à oublier ce monde de douleurs et de contraintes mais aussi d’excitation, de jouissance et de dépassement de soi. Un texte qui montre aussi que l’aventure BDSM trouve difficilement son issue après une longue période de graduation dans l’apprivoisement de la douleur. Une fin que Pauline Réage, Sade et d’autres encore ont difficilement imaginé dans leurs textes sur ce même sujet.

Le livre sur le site de l’éditeur


Sensualité sauvage

Eve de Candaulie

Tabou éditions


Après avoir raconté dans trois précédents opus sa vie sexuelle qui l’a conduite vers le causalisme pratiqué par son mari, Eve décrit dans ce nouveau livre sa vie libertine pendant le confinement. Dans les deux premiers textes, « Osez le candaulisme » et « L’infidélité promise », Eve raconte comment son mari a fini par accepter sa vie mouvementée sans que leur amour en soit affecté. Il a seulement exigé qu’elle lui raconte par le détail toutes les aventures qu’elle vivait et avec qui les vivait. Muni de l’aval de son mari, elle a ainsi pu avoir des liaisons amoureuses et, ou, sexuelles avec un ou plusieurs amants réguliers et quelques autres moins assidus qui tous l’accompagnent lors de soirées libertines, de parties fines, de rencontres plurielles, homosexuelles, bisexuelles et même BDSM. Dans son troisième livre, elle a surtout raconté comment la femme libertine est devenue une mère aimante et attentionnées sans pour autant renoncer à une vie sexuelle particulièrement riche et diversifiée.

Pendant le confinement qu’elle appelle « le grand bordel », elle s’adapte aux circonstances pour continuer avec son mari et ses amants plus ou moins réguliers, sa vie libertine, polyamoureuse, multi sexuelle, dont elle raconte fidèlement, sur l’oreiller, tous les détails à son mari. Certes la pandémie et les mesures contraignantes qu’elle implique, perturbe fort les relations sociales mais ses amants, ses amoureux et ses divers partenaires trouvent toujours une solution pour donner libre cours à leur plaisir et à leur grand appétit sexuel en l’accompagnant vers de nouvelles aventures qu’elle raconte chaque soir à son mari. Elle s’étonne elle-même, « Il existe encore des personnes du milieu sexo-sexy parisien que je ne connais pas. […] Ce que j’aime dans ce milieu particulièrement interlope, c’est cette possibilité d’être soi-même et parfois même une partie de soi-même jusque-là inexplorée, qui émerge d’un contexte, d’une occasion ».

Certaines fois, elle éprouve des moments de doute et de culpabilité vite oubliés car elle sait qu’elle ne trompe ne son mari ni sa fille, elle les aime tous les deux et son mari sait ce qu’elle fait et avec qui elle le fait. Elle a besoin de vivre sa sexualité intensément et de découvrir sans cesse de nouvelles pratiques et de nouvelles conditions. Elle assume pleinement ce choix. Un jour, répondant à un journaliste qui l’interrogeait sue le nombre de ses amants, elle lui a répondu : « Ce n’est pas exactement comme ça que je vis les choses. Je n’ai pas quatre ou cinq amants simultanément. J’ai engagé plein de relations avec le temps et je n’en ai refermé définitivement que très peu ». Elle se définit elle-même comme libertine, polyamoureuse, switch, bisexuelle, salope et maman, c’est la vie qu’elle partage avec sa famille et tous ses partenaires sexuels.

Toutes les aventures auxquelles elle a participé lui ont fait découvrir tout un pan de la vie et de sa personnalité qu’elle ignorait avant de mener cette existence libre et plurielle. Ce texte est aussi plein de tolérance et de respect de l’autre et de son mode de vie, chaque adulte peut mener la vie qu’il veut dans la limite des lois et règlements en vigueur et de l’acception de l‘autre ou des autres. L’amour n’est pas un code, l’amour est un sentiment et une pratique sexuelle que chacun vit à sa façon. Pour répondre à sa fille qui la questionne sur les relations amoureuses, elle lui dit :  « Oui ma chérie, c’est souvent comme ça dans la vie. On aime des gens qui ne vous aiment pas forcément. Et d’autres vous aiment, que l’on n’aime pas forcément. »

« … Et n’oublions pas que nous ne choisissons pas nos fantasmes. »

Le livre sur le site de l’éditeur


2022 – FLEURS DE TEXTES : POLITIQUE FICTION / La chronique de DENIS BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

J’ai eu l’opportunité de réunir deux livres qui évoquent des questions politiques ayant une relation directe avec les événements qui secouent le monde actuellement. Frédéric POTIER a publié, aux Editions de l’Aube, juste avant les dernières élections, un roman de politique fiction qui racontent les émeutes qui auraient pu secouer la France si des partis extrémistes avaient remporté ces élections. Olivier MARBOT, Jacques TRAUMAN et Philippe LAVAULT ont, eux, réuni leurs talents respectifs pour écrire un roman évoquant une cyber attaque venue des pays de l’ex-URSS. Un sujet qui inéluctablement fait penser à la situation actuelle en Ukraine.


La menace 732

Frédéric Potier

L’Aube


Ce roman dystopique parait à point nommé, l’histoire qu’il raconte est celle de la France de demain, celle d’après les élections. En l’occurrence des élections qui ont donné un résultat qui ne satisfait personne, même pas ceux qui les ont gagnées, tant la marge entre les deux principaux camps en concurrence est minime. La gauche sectaire a triomphé de quelques points seulement devant une extrême droite très combative qui n’accepte pas sa défaite prétendant qu’on lui a volé la victoire. La nouvelle Présidente de la République est très autoritaire, tranchante et déterminée à imposer son programme très rapidement même en employant la force s’il le faut. Elle nomme un nouveau Premier Ministre qui coche de nombreuses cases de la diversité : origines, sexualité, idéologie, sensibilité, …, provoquant l’ire de son opposition. Un clivage de plus en plus violent divise la société dans toutes ses composantes : Institutions politiques, armée, forces de l’ordre, … La Présidente du Sénat est entrée dans une opposition radicale et même violente.

Pendant ce temps, dans les couloirs des services secrets, la Capitaine Meriem est investie d’une nouvelle mission qui consiste à surveiller les agissements du groupuscules « Martel 732 » qui s’agite de plus en plus. Un étrange personnage semble prendre un malin plaisir à exciter tous les frustrés qui hantent le pays : mouvements d’extrême droite privés de leur victoire électorale, racistes, fascistes,  anciens de l’OAS, nostalgiques de la France coloniale, militaires déçus par le pouvoir politique, etc… De quoi recruter des barbouzes, des casseurs, des insurgés et quelques personnes capables de fomenter un putsch.

Des petits commandos, très mobiles et très efficaces, conduisent des opérations violentes et très spectaculaires qui déstabilisent toutes les institutions gouvernementales et administratives. Le mouvement prend de l’ampleur, le putsch est lancé, les gouvernants sont neutralisés, les rebelles s’installent dans un PC de guerre. La DGSI regroupe les forces refusant la rébellion : Etat major des armées, Ministre de l’intérieur, Préfecture de police et organise la résistance et la contre-attaque.

En coulisse, les services secrets tissent leur toile pour anéantir les vrais coupables de cette mutinerie qui ne sont pas ceux qui ont tombé le masque pour monter au combat. Frédéric Potier est un énarque qui a rempli de nombreuses missions dans la haute administration, il a notamment été Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT, il sait de quoi il parle, il connait bien les arcanes de tous ces mouvements qui œuvrent en secret pour déstabiliser l’Etat et générer le trouble et la peur dans la population. Les mouvements insurrectionnels sont souvent des jeux des services occultes qui se jouent à trois ou même parfois à quatre bandes.

Ce roman tombe à pic au moment où la France cherche une nouvelle voie dans des élections qui attirent de moins en moins les citoyens. La lecture de ce polar politique pourrait faire comprendre aux abstentionnistes la nécessité de se prononcer pour ne pas laisser le champ libre aux fauteurs de troubles issus de mouvements racoleurs à des fins autoritaires.

Le livre sur le site de l’éditeur


Protocole Magog

Olivier Marbot, Jacques Trauman, Philippe Lavault

Editions Favre


Alors qu’il allait donner sa première communication à l’occasion d’une conférence sur le cryptage informatique, au Palais des congrès de Nice, Abel est abattu par un individu très discret qui s’évapore dans la nature. Abel, associé avec Alain, un ancien trader reconverti dans la vente de logiciels de trading aux banques, est un petit génie de l’informatique. Ensemble, ils ont fondé une start-up développant des logiciels innovants dans ce domaine très pointu du cryptage homomorphique. Un logiciel que seul Abel développe en secret, est très convoité par les mafias des pays de l’Est.

L’enquête est confiée à la commandante Sanda mais elle est vite dessaisie car Alain est lui aussi assassiné à Paris et dans les deux enquêtes apparait le nom d’un oligarque kazakh dont les activités ne semblent pas très claires, notamment pour les dirigeants d’une des plus grandes banques françaises qu’il a escroquée d’une somme très coquette. Et, comme sa petite amie du moment a été très méchamment torturée avant d’être très horriblement assassinée, l’affaire prend une dimension nationale d’autant plus que l’oligarque en question bénéficie de l’appui de l’Etat et des services de renseignement qui le soutiennent dans ses ambitions politiques pour contrarier l’emprise russe au Kazakhstan.

La Commandante Sanda ne lâche pas l’affaire et mène parallèlement sa petite enquête avec l’appui d’un de ses ex-petits amis malgré les injonctions de sa hiérarchie et des divers services impliqués dans cette ténébreuse affaire qui mobilise plusieurs services de l’Etat, une grande banque, des puissances étrangères et bien sûr un mafieux très riche et très ambitieux. Les comptes se règlent très violement, on torture sans vergogne, mais aussi à coups de cyber attaques qui déstabilisent tout un pays.

Les trois auteurs ont réuni leurs compétences et leurs connaissances du monde de la grande finance, de la cybernétique appliquée à la gestion occulte des mouvements de capitaux et de la géopolitique souterraine, celle qu’on n’évoque jamais dans les médias, pour écrire ce roman dystopique qui pourrait facilement devenir une réalité bien concrète. Il suffit pour s’en convaincre d’essayer de comprendre comment un conflit comme celui qui ravage actuellement l’Ukraine, tout en menaçant le monde entier, a pu naître et s’amplifier. Les meilleures analyses proposées par les inénarrables experts des télévisions du câble, et même les autres, ne nous convaincront pas qu’il n’y a pas d’autres intérêts en jeu pour provoquer un tel déferlement de violence. Alors, lisons ce livre de ces trois auteurs et nous pourrons mieux comprendre comment d’autres intérêts peuvent entrer dans le jeu géopolitique qui a dégénéré en un conflit impliquant plus ou moins les grandes puissances. 

Ce livre montre bien aussi que la machine à tout faire que nous avons inventée pour gagner toujours plus en faisant toujours de moins en moins d’efforts pour mériter le confort dont nous bénéficions peut se retourner contre nous, s’emballer et tout détruire dans sa folle épopée même si elle n’est que virtuelle. Le virtuel est peut-être plus dangereux que le réel, il est moins contrôlable, moins prévisible, …

Le livre sur le site de l’éditeur


2022 – FLEURS DE TEXTES : L’AMOUR PLUS FORT QUE TOUT / La chronique de DENIS BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Dans cette rubrique, j’ai réuni deux textes qui démontrent que l’amour peut triompher de tous les problèmes s’il remplace la haine, la colère, la violence, la jalousie et tout ce qui peut générer de violents conflits. Myette RONDAY raconte une histoire qui a peut-être été inspirée par des faits réels, l’histoire d’une femme française amoureuse d’un soldat allemand pendant la dernière guerre. Robert MASSART a, lui, décrit les débats d’un groupe hétéroclite contre l’administration et les malfrats qui s’en sort, malgré les différence entre ses membres, grâce aux relations d’amour qui les soudent.


Un héritage d’amour

Myette Ronday

Editions complicités


Agnès, la fille que Mathilde a conçue avec Leni, un soldat allemand dont elle est tombée amoureuse en 1942, inventorie, en 1996, la maison laissée par sa mère après son décès alors que des promeneurs découvrent dans l’estive dont elle a hérité dans les Pyrénées, les restes d’un cadavre. La découverte des ossements et leur identification bousculent les plans ourdis par les quelques personnes concernées par cette affaire. Dans la maison de sa mère, Agnès découvre ses origines et son enfance à travers les cartes postales que son père lui a adressées et que sa mère ne lui a jamais remises, les lettres que sa mère a écrites à son père sans jamais les lui envoyer et enfin, dans les confidences d’un homme encore très jeune à l’époque, un témoignage sur la vie que le jeune couple a mené à l’estive.

Le père de Mathilde, chef dans la Résistance, avait conduit le jeune couple dans une cabane très sommaire sur son estive, le temps que la jeune femme assure sa grossesse. La guerre finie, le jeune couple, avec son bébé, a rejoint la vallée où le papa allemand a été traité comme un prisonnier de guerre mais dans les meilleures conditions tout de même, à proximité de sa femme et de son enfant. Bientôt, Leni doit rentrer à la maison en forêt Noire pour redresser l’entreprise familiale en déroute, il propose à Mathilde de le rejoindre mais elle refuse, elle a placé sa fille dans des internats pour qu’elle soit à l’abri des quolibets et maltraitances de la part des enfants du village. La relation entre la mère et la fille n’en n’est nullement renforcée, d’autant plus que la mère n’évoque jamais les origines de jeune fille, allant même jusqu’à lui donner un père qu’elle épouse pour sauver la face. En grandissant, Heide, désormais Adèle, se pose des questions et commence à comprendre certaines choses qui l’incitent à chercher ses véritables origines…

Cette histoire pourrait faire partie de la constellation des dégâts collatéraux qui ont détruit de très nombreuses familles et communautés pendant et après la dernière guerre. Myette raconte les malheurs de Mathilde et la quête d’Agnès avec beaucoup de sensibilité et d’émotion, de douceur et de tendresse, malgré tous les arias qui encombrent le chemin de cette famille cherchant un avenir possible, un amour familial et même une relation sentimentale en ce qui concerne Mathilde. L’écriture très poétique de Myette apporte encore plus de douceurs et de tendresse dans le monde de violence où évolue cette famille détruite, cet amour éventé, cet avenir en pointillé…

Myette connait aussi très bien la nature où elle a conduit ses personnages, la flore, notamment les plantes sauvages, est son royaume, elle les connaît toutes comme aucun paysan ne les connait pas, elle sait les nommer, désigner leur propriétés, … Ainsi, elle a su mettre de l’amour et de la tendresse dans les prés de l’estive et de la vallée. Nous avons, aujourd’hui, tellement besoin de tendresse et d’amour qu’il faudrait que Myette nous enseigne la poésie et la botanique pour calmer les ardeurs des va-t’en guerre qui peuplent la planète en l’enflammant.

Un petit post scriptum pour dire que j’ai bien apprécié son art de l’utilisation des mots que certains croient désuets et qui sont pourtant tellement savoureux et si expressifs.

Le roman sur le site de l’éditeur


La déclaration

Robert Massart

M.E.O.


Sylvain, un bon bougre bruxellois, se laisse convaincre d’accepter la présidence d’une association à but non lucratif, juste pour rendre service à un ami trop empressé. Cette association a pour objet de défendre l’enseignement de la langue française mais elle n’a aucun moyen ni ressources. Etant vite réduite à l’incapacité d’agir, le nouveau président décide de la dissoudre, les nombreuses démarches effectuées, il se sent soulagé et libéré de cette charge inutile. Mais, il se leurre car l’administration fiscale décide de mettre son nez, qu’elle a très pointu, dans ce dossier. Elle rappelle au président liquidateur qu’il n’a pas effectué toutes les démarches nécessaires alors que l’association était encore en activité. Sûr de son bon droit et d’avoir accompli toutes les démarches légales, il décide de passer outre aux injonctions de l’administration. Mais, comme chacun le sait, l’administration est tenace, surtout lorsqu’elle tient dans ses serres un brave citoyen peu rompu aux arcanes du droit administratif, En l’occurrence, elle s’acharne sur le brave ex-président s’entêtant dans son immobilisme qu’il juge de bon droit.

Le conflit devient de plus en plus aigu, Sylvain est au bord de la rupture, au point d’inquiéter sa nouvelle aide-ménagère, Line, une ancienne étudiante qui n’a pas eu les moyens de financer la fin de ses études. Elle l’assiste dans ses démarches et l’initie à l’utilisation des outils informatiques et des téléprocédures. La représentante de l’administration ne lâche rien, alors, pris de colère, Sylvain envisage de menacer, par personne interposée, la fonctionnaire tenace. Line lui propose de demander l’assistance de son mari cubain, Fran, qui connait de petits voyous capables d’exécuteur cette mission. Mais, rien ne se déroule comme prévu, une femme est violentée dans son quartier, la fonctionnaire est victime de deux accidents, son bureau est pollué par des grigris inquiétants, … Sylvain culpabilise et craint le pire qu’il essaie de prévenir.

Ce différend entre l’administration et l’un de ses administrés sent trop le vécu pour ne pas avoir un fondement quelconque. Ayant été moi-même président de nombreuses associations, j’ai connu de nombreux démêlés avec divers services de l’Etat et des collectivités territoriales . Ce roman me semble donc posé, une nouvelle fois, le délicat problème de la relation des pouvoirs publics avec leurs administrés. Robert Massart n’est pas un violent, il prône le dialogue, l’empathie, l’entente cordiale, … tout ce qui peut rendre la vie plus facile et plus heureuse. Il faudrait que nos dirigeants et les fonctionnaires à leur service lisent ce livre, ils amélioreraient sans doute leurs relations avec leurs administrés…

Le roman sur le nouveau site des Editions M.E.O.


2022 – FLEURS DE TEXTES : LES FEMMES AU COEUR DE LA SOCIÉTÉ / La chronique de DENIS BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

La condition des femmes est un sujet qui alimente, à juste titre, encore abondamment la littérature actuelle. J’ai donc choisi de réunir deux textes qui évoquent le rôle des femmes et toutes les contraintes qu’elles subissent encore dans la société contemporaine. Un texte de Leïla ZERHOUNI évoquant la transmission de la vie et toutes les souffrances que les femmes doivent subir pour perpétuer la gent humaine et un autre Stéphane BRET qui raconte l’histoire des années folles à travers les heurs et surtout malheurs de trois jeunes femmes et d’un banquier.


Femmes empêchées

Leïla Zerhouni

M.E.O.


Dans un petit village de l’Ardenne belge, Ania, un gamine née sous x dans une clinique de Lille, est adoptée par la boulangère restée célibataire avec en fort désir d’enfant insatisfait. Quand la petite atteint sa dixième année, la boulangère décide de lui parler de ses origines en lui révélant qu’elle n’est pas sa mère biologique mais sa mère affective et nourricière.

Tout s’embrouille dans la tête de la gamine qui ne sait plus très bien qui elle est et d’où elle vient. En proie à une véritable crise identitaire, Ania se réfugie dans le rayon librairie du bazar ouvert récemment au village par une femme seule elle aussi. Cette dernière initie la jeune fille à la littérature et l’emploie pour l’assister dans le rangement des livres. C’est là qu’elle rencontre un jeune journaliste dont elle s’éprend mais qui, hélas, la quitte pour parcourir le monde et sauver ceux qui sont en danger.

Son amoureux parti vers des contrées en effervescence, Ania poursuit son voyage sédentaire dans les livres, elle devient l’héritière de la libraire et conseille tous ceux qui cherchent des livres pour élargir leur monde. Un jour, elle rencontre son presque double, une jeune fille qui essaie de voler le livre qu’elle voudrait lire mais qu’elle n’a pas les moyens de s’offrir. Ania lui offre le livre, devient de son amie et, plus tard, après des années d’amitié, la marraine de sa fille.

Leïla Zerhouni, je l’ai déjà croisée dans un recueil de poésie édité chez Bleu d’encre où elle traitait de la séparation douloureuse. Dans ce roman comportant lui aussi quelques poèmes incrustés dans le texte, elle évoque la filiation, la vie que l’on transmet avec ou sans désir, par hasard ou pour volonté de transmettre sa propre vie, de perpétuer la famille… Dans ce texte, Leïla met en scène une femme abandonnant son enfant qu’elle n’a pas désiré et qu’elle n’a pas les moyens d’élever, une femme qui n’a pas trouvé de géniteur pour lui donner l’enfant qu’elle désirait ardemment, une femme qui accouche d’enfants jumeaux, une autre qui met volontairement un terme à sa grossesse pour ne pas accoucher d’un enfant sans père. Explorant tous les aspects de la maternité, elle met aussi en scène un médecin charitable qui assiste les femmes enceintes dans le plus profond désarroi.

Elle évoque aussi dans ce roman la mixité dont elle est elle-même issue, avec toute la richesse qu’elle comporte. C’est aussi, pour elle, l’occasion d’établir un pont culturel entre l’Ardenne belge cloîtrée dans sa paisible vie campagnarde et l’Algérie des années noires où la violence et la mort régnaient sans discernement. L’Algérie où le régime avait encore sensiblement altéré la condition des femmes déjà peu reluisante auparavant. Bien que publié avant la guerre qui y règne actuellement, l’Ukraine fait une petite apparition dans ce texte comme pays où les artistes ont du mal à exister. Ainsi, Leïla pointe du doigt de nombreux problèmes de la société actuelle tout en évoquant largement la littérature qu’elle semble beaucoup apprécier. Tout au long de son récit, elle cite de nombreux auteurs que j’ai, pour la plupart lus et appréciés, mais c’est avec un plaisir particulier et une certaine surprise que j’ai vu qu’elle citait Louis Scutenaire, Achille Chavée, Jean Amrouche (même si j’aurais apprécié d’y voir aussi sa sœur Taos, une de mes idoles littéraires), de grands auteurs trop souvent ignorés et quelque peu oubliés.

La transmission de la vie est souvent un exercice un peu compliqué, il faut que deux êtres partagent le même désir, puissent le faire perdurer dans le temps, se décident ensemble et que la nature et la société ne se mettent pas en travers de leur souhait commun. La vie est un chose précieuse qu’il faut savoir choyer pour la transmettre avec amour afin que les femmes soient empêchées…

Le livre sur le site des Editions M.E.O.


Séduisantes chimères

Stéphane Bret

Books on Demand


En commençant la lecture de ce livre, j’ai eu une impression de déjà vu, je ne savais pas que ce texte était la suite du précédent roman de Stéphane Bret. J’ai mis le temps de lire quelques pages avant de me souvenir d’Aude, d’Adrienne et d’Arnaud, les trois A, les trois principaux héros de « Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? ».

Dans cet ouvrage, Stéphane raconte comment Aude, la jeune couturière, découvre le monde des travailleurs, la CGT, la SFIO, le féminisme, les suffragettes, l’homosexualité et son amante Adèle, comment Adrienne préfère le monde de la nuit, des plaisirs tarifés au bras de son client le plus assidu, comment Arnaud, banquier enrichi en investissant dans les nouvelles colonies, traversent La Belle époque avec tous les germes de la Grande guerre qu’elle comporte déjà.

Dans ce second ouvrage, les trois protagonistes, après avoir traversé la Grande guerre et la pandémie de Grippe espagnole qui l’a suivie, se lancent avec un réel plaisir mais aussi une certaine retenue, dans les Années folles pour oublier les affres des épreuves passées. Après s’être engagée dans le service chargé de la confection des uniformes de l’armée, Aude revient à son métier de couturière et intègre la célèbre maison de haute couture de Paul Poiret. Adrienne a abandonné les fastes de la maison close où elle œuvrait pour s’engager parmi les infirmières militaires et soigner les blessés puis les Gueules cassées. Arnaud siège désormais au conseil d’administration de sa banque et reste toujours assidu aux charmes des cocottes.

En faisant vivre ces trois personnages et Manon, la nouvelle amante d’Aude, Stéphane Bret jette un regard panoramique et synthétique sur les Années folles caractérisées par le besoin populaire d’oublier la guerre et l’épidémie mais aussi par la mise en place des pièces du puzzle qui constitue peu à peu la trame de ce qui conduira à l’autre guerre. Il évoque les vains efforts pour assurer une paix durable, les luttes ouvrières pour l’amélioration des conditions de travail, les innovations technologiques qui bouleversent le monde et la société, la lutte des premières féministes pour défendre la condition des femmes et quelques autres thèmes…

Ce court roman comporte tout ce que notre jeunesse devrait savoir sur ce qui a conduit, en deux décennies, le monde de la Grande guerre qui devait être « la der des der » à la suivante. Stéphane nous offrira peut-être bientôt la suite de cette analyse en projetant ses héros de la crise financière de 1929 aux abominations de la Deuxième guerre mondiale.

Le livre sur le site de la FNAC