2019 – LECTURES FRAÎCHEUR : LECTURES STIMULANTES / Une chronique de Denis BILLAMBOZ

2019 - LECTURES FRAÎCHEUR : NOUVELLES FRAÎCHES / Une chronique de Denis BILLAMBOZ
Denis BILLAMBOZ

Une bonne idée pour garder un peu de fraîcheur dans les méninges et éviter la somnolence apathique en période de canicule ou de grande chaleur : lire des aphorismes et autres formules courtes et percutantes qui titillent les neurones. CACTUS INÉBRANLABLE Éditions a pensé à ses lecteurs désœuvrés risquant de s’exposer à l’ennui, il a édité une belle provision de ces textes stimulants, de quoi alimenter quelques belles heures de lecture sous des ombrages bien frais.

 

Cactus Inébranlable Editions

 

UNE PELLICULE SUR LA TÊTE D’UN PAUVRE TYPE

Patrick HENIN

Couverture une pellicule sur la tete d un pauvre type

Dans son propos introductifs, l’éditeur avoue qu’il ne sait pas grand-chose de cet auteur de « bonne rumeur » faute d’être de « bonne réputation » et il nous nous donne un conseil que, pour une fois, j’ai suivi : « Alors puisqu’on ne sait rien en dire, autant le lire… ».

Je l’ai donc lu et j’ai été convaincu, Patrick Henin est un auteur plein d’esprit et de finesse qui observe notre monde avec attention sans faire aucune concession. Certain chroniqueur a dit que ce recueil était bien équilibré, qu’il abordait tous les sujets importants, j’en convient tout à fait, mais, pour ma part, j’ai retenu quelques thèmes que j’ai trouvés très présents parmi les aphorismes présentés.

La bêtise humaine est évidemment le premier thème que l’auteur évoque, comme moi, il s’étonne que nous résumions toute la vie à des chiffres, des pourcentages, des ratios, des équations et qu’on oublie que le monde est aussi fait d’émotions, de sensations, d’impressions, de sentiments, d’idées, de pensées, …

« Plus on chiffrera le monde, plus les hommes iront chercher leurs mots ailleurs. »

Et comme tous les pouvoirs ne dirigent qu’en s’appuyant sur des chiffres, ils font tous faillite en entraînant le monde dans la grande muraille de vide qui nous entoure.

« Cette société est un assemblage aussi fragile que la porcelaine et je ne m’étonne pas qu’on élimine d’abord les éléphants. »

Dans ce recueil, l’éléphant est très présent, c’est le symbole de la destruction de la planète, la métaphore de l’incapacité des hommes à assurer leur bien être sans hypothéquer leur avenir. Les marchands ont aveuglé les dirigeants comme les consommateurs en les gavant d’illusions.

« Et on voudrait nous faire croire que si nous avons des pieds, c’est pour acheter des chaussures. »

Il restera toujours l’amour même si l’amour est un chemin souvent jonché d’embûches

« Elle m’avait donné l’épreuve de son amour. » Mais, « Avant qu’elle s’en aille, j’ai creusé un trou dans sa mémoire et je m’y suis caché. »

Alors pour dernier refuge, il nous restera les mots en espérant qu’ils ne seront pas altérés, dévoyés, estropiés.

« Business is business, mais pourquoi toujours parler en anglais ? Les saloperies sont des saloperies, c’est tout ! »

Alors rêvons, espérons que les mots seront plus efficaces que les bombes

« Quand est-ce que les mots couchés sur le papier se lèveront et marcheront dans la rue. »

Notre combat n’est pas seulement sur terre et dans les airs, il est surtout dans les mers, les mers qui lancent ce cri que nous n’entendons pas :

« Il y a tellement de bouteilles à la mer aujourd’hui, que c’est elle qui appelle au secours. »

 Le livre sur le site de l’éditeur

Cactus Inébranlable Editions

SOUS L’AVERSE, EN MOCASSINS

Pierre-Alain MERCOEUR

Couverture sous l averse en mocassins

Avant de rédiger cette chronique, j’avais jeté un œil sur l’anthologie que Jean-Philippe Querton a consacrée à l’œuvre d’Achille Chavée dont je parlerai plus tard. Il y rapporte une citation d’André Stas qui m’a fait immédiatement penser à ce recueil de Pierre-Alain Mercoeur que je venais juste de refermer : « Les auteurs d’aphorismes saisissent l’instant, s’y confondent pour le confronter avec leur temps intérieur, le silence… ».

J’ai tout de suite eu l’impression que cette définition s’appliquait particulièrement bien à cet auteur, il a su se dégager, sans y renoncer pour autant, du jeu de mots, du calembour, … pour rester au plus près de l’aphorisme tel que le définissent les auteurs qui font habituellement autorité en la matière. Je sais, le genre supporte mal l’autorité, le classicisme, l’exemple, … et s’exprime surtout dans l’invention, la créativité, l’inspiration mais il me fallait des mots pour exprimer ce que je pensais, alors…

« Le lecteur dans le tramway, cocher imperturbable malgré les cahots du transport, tient fermement les rênes de son livre ».

Pas Possible, Mercoeur m’a suivi, il m’espionne ! En effet, un recueil d’aphorismes m’accompagne quelques fois dans les transports en commun, ça se glisse facilement dans une poche, on peut interrompre et reprendre sa lecture à n’importe quelle page… et ainsi j’ai découvert Pierre-Alain Mercoeur que je ne connaissais pas encore.

Comme je l’ai dit plus haut, j’ai tout d’abord remarqué son originalité, sa façon de raconter des bribes de vie en quelques lignes sans chercher à faire un jeu de mots ou un calembour mais plutôt à décrire à sa façon des situations insolites, incongrues, ou qu’il rend insolites, incongrues, dans sa description. Comme dit son éditeur : il tricote des aphorismes et, c’est moi qui ajoute, en mettant toutes ses mailles à l’endroit pour que ses phrases restent belles et souples, qu’elles montrent une réalité que son œil seul a vue. Il a le sens de la formule :

« La corbeille à papier déborde de mouchoirs froissés comme si ma santé ne trouvait pas l’inspiration. »

Il sait débusquer la puérilité de notre civilisation et captant ses petits travers, qu’il dénonce en détournant un réalité devenue trop commune pour attirer l’attention.

« L’homme s’est exercé sans le savoir pendant des siècles à faire défiler des images sur un écran tactile, en passant son doigt sur la couche de poussière. »

J’ai aussi apprécié ses traits d’esprit, ses raccourcis, ses formules, qui détournent un petit rien quotidien pour en faire une inspiration drôle, une image insolite, un quiproquo incongru…

« « Sans tes lunettes, je ne te reconnais pas sur ces photos » me dit-il, alors je lui tendis mes lunettes ».

Et puis comment ne pas évoquer cette poésie qui nimbe de nombreux textes de ce recueil.

« Un verre d‘eau posé au pied du lit où viennent s’abreuver la nuit tous les petits animaux de ma solitude ».

« Le soleil qui s’éponge le front avec un nuage ».

Le livre sur le site de l’éditeur 

Cactus Inébranlable Editions

SILENCE, CHAVÉE, TU M’ENNUIES

1031 aphorismes rassemblés par Jean-Philippe QUERTON

Couverture chavee

« L’aphorisme m’accompagne depuis des années, je m’en suis nourri, parfois gavé sans jamais parvenir à m’en rassasier. » Jean-Philippe Querton confesse sa passion débordante pour les formes littéraires courtes, très courtes et même ultra courtes.

Après avoir publié en 2018, une magnifique anthologie des aphorismes produits par les auteurs belges dans  « Belgique, Terre d’aphorismes » de Michel Delhalle, il crée à nouveau l’événement en ce début d’année 2019 en publiant, à l’occasion du cinquantième anniversaire du décès d’Achille Chavée, l’intégrale des aphorismes qu’il a édités dans divers recueils et même certains qui n’ont été publiés, jusqu’à ce jour, que dans des revues, parfois glissés au creux d’un poème. Achille Chavée, c’est un peu l’idole de Jean-Philippe, c’est celui qui « a été le premier à me donner le goût de la forme brève, la passion de l’aphorisme qui fait sourire ou laisse rêveur, le plaisir de déguster ces phrases courtes, incisives, … »

Pour accompagner ces 1031 fragments et conférer une plus grande solennité à son hommage, Jean-Philippe Querton a battu le rappel des amis et des admirateurs du célèbre auteur. Christine Béchet a écrit une préface, courte évidemment, mais incisive et percutante, soulignant le côté drôle des textes de l’auteur.

« Toute l’œuvre de Chavée se promène entre le séreux parfois grandiloquent et l’humour de l’homme qui regimbe. Grimace métaphysique ou clin d’œil malicieux du poète qui s’observe, observe le monde, désacralise, démystifie ».

Afbeeldingsresultaat voor achille chavée site

Nombreux sont ceux qui ont témoigné, Simone son épouse, André Lorent, Pol Bury, André Balthazar, Jean-Paul Baras, Michel Voiturier, Jacques Sojcher, Pierre Della Faille, André Miguel, Achille Béchet , Michel Delhalle, Jérémie Sallustio, chacun a mis en évidence un aspect de cet homme hors du commun qui, outre ses textes, a laissé une image dans son paysage, dans sa rue, à la Louvière, dont il fréquentait assidûment le bistrot et surtout dans la littérature contemporaine belge et même dans toute la littérature francophone. Tous ces témoins confirment, si nécessaire, qu’Achille Chavée est désormais entré dans la légende où, après cette publication, il restera ancré à jamais.

Avant d’avoir lu cette intégrale, je connaissais un peu cet auteur parce que ses amis et ses admirateurs en parlent avec une telle admiration que ça suscite la curiosité et l’envie de goûter soi aussi à ce régal littéraire. Pour moi, l’aphorisme a longtemps été un mystère, je n’avais jamais compris sa définition, j’ignorais si de quelconques règles pouvaient le définir. Après quelques années passées en compagnie des publications du Cactus inébranlable et à recevoir les avis, remarques et réflexions de Jean-Philippe Querton, désormais je sais qu’on ne le définit pas, qu’on ne le réglemente pas : on le sent, on le goûte, on le déguste, on s’en délecte. C’est toute une éducation du goût littéraire qu’il convient d’acquérir en lisant, lisant encore, les grands auteurs et tout d’abord Achille Chavée. Après la lecture de cette intégrale, je crois que je commence à le comprendre surtout, quand en ce jour de canicule, je lis : « J’aime le soleil mais à l’ombre ». Comment vous faire mieux partager mon problème actuel ? Merci Achille.

A travers cette publication, c’est un formidable hommage que Jean-Philippe Querton rend à son idole. Je voudrais vous laisser cette citation du maître de la forme courte, qu’il a placé juste avant la préface de cet ouvrage, je crois que vous comprendrez mieux le sens profond de son œuvre après l’avoir lu.

« (…) la réalité qui nous entoure garde toujours son agressivité. Et il est indispensable, bien sûr, de tenir compte de cette réalité. Et il faut s’en défendre. Et pour ma part je crois que j’ai trouvé dans l’aphorisme (…) un système d’auto-défense. Et ça crée aussi un équilibre entre le lyrique et le réel ».

Et « Encore et toujours, à la fortune du mot ! », surtout quand il est bon !

Le livre sur le site du Cactus Inébranlable 

S’ABONNER aux P’TITS CACTUS

Afbeeldingsresultaat voor achille chavée cactus inébranlable

 

Publicités

2019 – LECTURES FRAÎCHEUR : HISTOIRES EN MUSIQUE / Une chronique de Denis BILLAMBOZ

Résultat de recherche d'images pour "denis billamboz"
Denis BILLAMBOZ

Pour de la fraîcheur en voilà une jolie rasade. J’ai accepté depuis quelques mois de lire des histoires pour enfants tout en écoutant la musique et les chansons qui les accompagnent. Un vrai bain de jouvence. Si nous voulons que nos enfants découvrent un jour tous les auteurs qui nous ont fait vibrer et tous ceux qui pourraient les faire vibrer et qui ne sont peut-être pas encore nés, il faut dès aujourd’hui leur faire découvrir de belles histoires qu’on peut lire et écouter seuls sans même le recours aux adultes.

Voilà deux beaux livres accompagnés chacun d’un CD : l’un raconte l’histoire de Charley Patton, un des pionniers du blues du Delta, l’autre déplore comment le monde marche sur la tête.

 

Les bedaines de coton

Cyril MAGUY

Le label dans la forêt

Les bedaines de coton ou la vie de Charley Patton - Cyril Maguy - Le label dans la forêt

Adolescent j’ai été nourri à la musique yéyé qui déferlait alors sur l’Europe occidentale, une musique qui m’a vite lassé, m’incitant à chercher du côté de sa source, vers les Buddy Holly, Elvis Presley, Little Richard, Bill Halley, Ray Charles et consorts. Mais là n’était pas réellement l’origine, il fallait grimper encore un peu plus haut sur l’échelle du temps, aller dans les champs de coton du vieux sud des Etats-Unis, le fameux Cotton Belt, pour rencontrer les fondateurs de ce grand courant musical qui est encore aujourd’hui à l’origine de presque toute la musique populaire. Et c’est ainsi que j’ai découvert tout un peuple de misère qui a transcendé sa douleur en la chantant en s’accompagnant d’instruments rudimentaires.

C’est à ce voyage que nous invite Cyril Maguy en chantant, en treize chapitres, la vie de Charley Patton, l’un des pères du Delta Blues, le blues du delta du Mississipi. Il a demandé à Bertrand Lanche de mettre des images sur les textes de ses chansons, des dessins dignes de ceux qui illustrent les meilleures bandes dessinées. Charley Patton est né en 1891 dans le sud du Mississipi où il a passé une partie de sa vie, à Dockery, avant de voyager pour fuir le racisme imposé par les « Bedaines de Coton », les propriétaires blancs qui exploitaient leurs plantations de coton en exploitant leurs esclaves noirs. Cyril Maguy chante avec Charley la violence, l’humiliation, la souffrance, la misère du peuple sacrifié sur l’hôtel du coton. Il chante aussi les divertissements pour oublier le malheur, « Les gens bougent, se trémoussent et se secouent le popotin. Toutes les jolies frimousses qui entonnent mes refrains. » Des soirées comme il en existent encore dans des villages entre Houma et la Nouvelle-Orléans, les fameux « fais dodo ». Patton ne fut pas seul, tout peuple se mit à jouer cette musique que certains disaient être la musique du diable surtout quand elle coulait des doigts de Robert Johnson à qui Cyril Maguy rend hommage dans cet album. Robert Johnson que j’ai découvert au hasard de mes excursions à la médiathèque et qui m’a enchanté.

Suivant Patton, Cyril Maguy prend la route en chantant le départ, l’exil loin vers le nord, la nostalgie, les routes interminables vers des villes inconnues qui resteront à jamais anonymes, simplement des salles de concert pour un soir. Et au bout du chemin la mort qui vient bien trop tôt, emporter l’artiste comme elle en a tant emporté avant l’heure. Et Cyril chante « Oh death » comme d’autres chantent « Oh Lord » dans les églises.

J’aime trop cette musique pour rester insensible, elle m’emporte sur la route entre Le Nouvelle-Orléans et Natchez où j’ai voyagé juste le temps de découvrir les vestiges du temps où les « Bedaines de coton » exploitaient ceux qui devinrent les pères d’une musique qui inonda le monde. Et, j’ai vite fouillé dans mes vieux CD pour retrouver Lonnie Johnson, Leadbelly, Big Bill Bronzie, Billie Holiday et ses incroyables lamentations, Robert Johnson, Bessie Smith et tant d’autres…

Merci à tous ceux qui ont contribué à la création de ce magnifique moment de musique en couleur. Je crois que je vais garder ce document pour moi et que je le ferai écouter à mes petits-enfants seulement quand ils seront très très sages.

Le livre-disque sur Le Label dans la forêt

 

Résultat de recherche d'images pour "flèche vers le bas"

On marche sur la tête !

Xavier STUBBE

Label Xavier Stubbe indépendant

Résultat de recherche d'images pour "xavier stubbe on marche sur la tête"

L’espace d’une quarantaine de minutes, en écoutant ce CD tout regardant les superbes illustrations de Charlotte Volta, je suis redevenu l’enfant friand de belles histoires que j’étais dans mon petit coin de campagne. Des histoires qu’on me racontait mais que bien vite j’ai su lire tout seul. Des histoires hélas sans musique car nous n’étions pas équipés pour en écouter et je ne sais si, à cette époque, il existait déjà des histoires et des chansons enregistrées pour les enfants. Peut-être que c’est dans ces moments de bonheur que j’ai puisé ma passion pour la lecture ! Alors si vous voulez que vos enfants lisent bien vite des belles histoires, écoutent de belles musiques, tout en regardant de belles images, offrez-leur ce livre-CD.

C’est tout d’abord un très bel objet cartonné qui compote un CD où Xavier Stubbe a enregistré treize chansons dont il a écrit la musique et les paroles, et un livret illustré qui, lui, comporte treize doubles pages, une par chanson, avec le texte des chansons et des illustrations de Charlotte Volta dans une mise en page très moderne qui plaira sans nul doute à nos petites et petits. Xavier et Charlotte se sont entourés de musiciens et d’autres talents encore pour fabriquer le plus joli album possible, l’album qui ravira nos enfants, petits-enfants pour moi, celui qu’ils regarderont sans jamais se lasser pendant des mois. Il va rejoindre la médiathèque que je prépare pour ma petite princesse qui nous a rejoints le mois dernier.

Sur une musique bien douce mais bien rythmée par des tambours feutrés, Xavier Stubbe chante des histoires pour les enfants d’aujourd’hui mais aussi pour les adultes qu’ils seront « En 2050 », des chansons qui racontent leur quotidien, ce qui les attend bientôt, des chansons drôles et même une « Chanson débile ». Et bien sûr la chanson éponyme, « On marche sur la tête ! », comme pour leur présenter dès maintenant des excuses pour leur avoir transmis un monde en si mauvais état.

Ce livre-CD, c’est un espace de poésie qu’on peut offrir en héritage à nos descendant afin qu’ils ne sombrent pas corps et âmes dans la société matérialiste des chiffres et des nombres, afin qu’ils puissent rêver encore d’un autre monde, d’un monde où on ne passe pas seulement son temps à compter ce qu’on a produit. Un monde où ils auraient le droit de ne pas tout savoir :

« J’sais pas, j’sais pas, j’sais pas

J’sais pas, j’sais pas, j’sais pas

C’est comme ça ! »

Le livre-cd sur le site de Xavier STUBBE

2019 – LECTURES FRAÎCHEUR : VERS BIEN FRAIS / Une chronique de Denis BILLAMBOZ

Résultat de recherche d'images pour "denis billamboz"
Denis BILLAMBOZ

Le farniente sous un bel ombrage c’est aussi l’occasion de lire des vers, des vers bien frais évidemment, j’en ai trouvé chez Bleu d’encre et chez LansKine. Des vers de Patricia RYCKEWAERT qui évoquent sa quête de ses origines et des vers de Rim BATTAL qui parlent eux aussi des origines de leur auteur, des origines doubles qu’elle essaie de conserver en équilibre de part et d’autre de la Méditerrannée.

=====

Là d’où elle vient

Patricia RYCKEWAERT

Bleu d’encre

Ce recueil de poésie ne comporte presque que des poèmes qui commencent par « Elle vient de… ». Tous ces poèmes, mis bout à bout, pourraient être la recension d’une quête de ses origines effectuées par celle dont l’auteure aurait mis en vers la recherche. Ce texte est un voyage, l’odyssée intime d’une fille dans son passé, une introspection pour déceler les failles qui ont fait que son histoire l’a construite comme elle est devenue, à travers ceux qui l’ont conçue, ce qui l’a façonnée, ce qui l’a marquée, stigmatisée, à tout jamais.

Dans sa préface, Jean Lavoué parle de « texte de naissance » et que « C’est d’« elle » qu’il ne cesse d’être question dans ces lignes ». L’auteur place en exergue à ce recueil trois vers de son préfacier qui illustrent bien le propos qu’elle entend développer dans ce recueil :

« Ce qui est sûr

C’est que rien n’advient

Sans une déchirure. »

 

Résultat de recherche d'images pour "patricia ryckewaert site"
Patricia Ryckewaert

Et ce sont ces déchirures que l’auteure explore en fouillant le passé de cette « Elle » jamais nommée qui pourrait être elle, ou une autre, peu importe pour le lecteur qui suivra le chemin de cette quête sur des vers brefs, fluides, elliptiques qui expriment les sensations, les sentiments, les impressions qui ont construit les certitudes qu’elle pense avoir décelée dans les failles de son passé.

« Elle vient de l’attente ».

« Elle vient d’un reste

d’une trace ».

« Elle vient du silence

autour ».

« Elle vient d’un pays ardent… »

« Elle vient du balancement

des hanches ».

« Elle vient d’une terre

où rien ne pousse ».

« Elle vient de la poésie qu’elle écrit

Les doigts enfouis dans la terre ».

Peut-être qu’elle vient d’ailleurs, qu’elle n’est pas née sur cette terre ou l’auteure écrit, qu’elle a éprouvé quelques douleurs à se construire dans ce pays mais elle ne le dira pas, l’auteure devra se contenter d’étudier les failles qu’elle a décelée dans ce parcours intime.

Et nous, nous saurons à coups sûrs qu’

« Elle vient du secret des failles

Où ça ruisselle et ça souffre ».

Le recueil sur Espace Livres et création

Revue et Editions Bleu d’Encre

+++

Transport commun

Rim BATTAL

LansKine

Née au Maroc, Rim Battal vit entre son pays natal et la France, elle a « Le sentiment d’être un nouveau colosse de Rhodes, certains jours – un pied de chaque côté de la méditerranée – d’autres, la sensation d’avoir le cul qui s’érode entre deux chaises ». Elle cherche à transmettre ses origines, les drames que vit le continent africain qu’elle évoque à travers les migrants qui s’entassent sur les rives de la Méditerranée avec l’espoir d’un jour trouver vie meilleure au-delà de la mer.

« Être à Tanger : tourner le dos aux hommes bafoués

Aux femmes blafardes

Aux enfants qui dorment le jour

Dans les bras de femmes bafouées

Aux enfants qui ont pour jouets des seringues d’éther

… »

L’Afrique qu’elle montre c’est celle des pauvres qui sont devenus spectacle pour les fortunés qui pensent soulager leur bonne conscience en leur offrant des babioles.

« Madame : regarde-nous moins, nous en serons plus beaux et plus heureux encore. »

Rim a aussi ses icônes, comme Melania (Trump) donnée au monstre par le couple Obama le jour du sacre, « C’est le sacre du pire », « Ils la conduisent/ ils la livrent /Belle à l’abattoir ». Melania pourrait soulager la misère mais elle est condamnée à l’inaction, « Elle a cinq langues dans la bouche : aucune ne remue ». métaphore pour évoquer tous ceux qui voudraient agir mais ne le peuvent.

 

Résultat de recherche d'images pour "rim battal"
Rim Battal

Rim mène un combat pour « Résister à la tentation de l’Europe et de l’Afrique qui s’enfantent l’une l’autre inlassablement », afin de conserver sa double culture et de ne pas perdre de vue ceux qui ne peuvent pas sortir de leur misère. Elle écrit son texte comme elle voit son pays d’origine dans une grande pauvreté mais dans une tout aussi grande dignité. Elle est pauvre de mots comme les Africains sont pauvres de tout mais elle les choisit avec beaucoup de rigueur, les sélectionnant pour qu’ils disent le mieux et le plus avec une grande économie. Son texte, quelques mots dispersés mais très explicites, a la noble beauté des peuples premiers à la noblesse altière mais, vers la fin, il se déchire en éclats qui se dispersent sur la page comme les migrants qui courent en tout sens pour fuir le malheur.

Avec les quelques mots qu’elle a choisis, Rim raconte en quelques vers éclatés ses origines, le continent africain en grande souffrance, l’exil, la femme toujours première victime, l’enfant à venir mais aussi l’amour comme dernier espoir, la poésie comme certitude.

« Plus rien ne nous fera douter de ce poème ». Jamais nous ne douterons du talent de Rim, toujours nous écouterons son message.

Le recueil sur LansKine 

 

2019 – LECTURES FRAÎCHEUR : NOUVELLES FRAÎCHES / Une chronique de Denis BILLAMBOZ

Résultat de recherche d'images pour "denis billamboz"
Denis BILLAMBOZ

Pour poursuivre nos séances de lectures à la fraîcheur d’un bel ombrage, j’ai choisi quelques nouvelles, des textes qu’on peut lire par petites séquences entrecoupées de quelques moments de rêverie ou de sommeil léger. J’ai ainsi visité la région de Dinant, entre Meuse et Lesse, avec Aurélien DONY, avant de parcourir un coin de Madagascar à la rencontre des textes de Ben ARÈS et de partir pour l’autre bout du monde à la rencontre des nouvelles de KIM Young-ha le grand écrivain coréen qui m’a déjà enchanté avec un roman magnifique. On peut voyager très loin et très longtemps sans quitter son ombrage préféré et son transat confortable.

 

Le cœur en Lesse

Aurélien DONY

M.E.O.

Le cœur en Lesse

J’ai lu bien des auteurs qui racontent avec un réel amour, une certaine affection et même une pointe de chauvinisme, leur pays natal, la terre qui colle sous leurs semelles, les premières sensations qu’ils ont éprouvées mais je crois que c’est la première fois que je lis les mots d’un auteur aussi jeune communiant en une telle symbiose avec ses origines. Aurélien semble bien jeune pour ressentir une telle nostalgie en retrouvant son pays après l’avoir quitté pour suivre quelques études, mais en rentrant chez lui, il redécouvre son enfance et son adolescence et tous les petits et grands bonheurs qu’elles comportaient mais aussi des souvenirs moins heureux. « Anseremme d’un côté, et c’est l’enfance ; Dinant de l’autre, et c’est l‘adolescence. Entre ces deux pôles, une infinité d’aventures banales qui ont façonné le cœur que je porte en dedans. »

Ainsi, il raconte, en une vingtaine de courtes nouvelles, ses souvenirs d’enfance et d’adolescence mais aussi le pays qu’il affectionne tant. La nature où il aimait se balader avec sa famille ou ses potes, ses « copères » comme on dit par là-bas, les rives et les flots de la Lesse à Anseremme, ceux de la Meuse à Dinant où un de ses personnages, son père ou son grand-père peut-être, faisait naviguer des bateaux pour les touristes. Il décrit aussi avec enthousiasme Dinant avec sa Citadelle (avec une majuscule réclame-t-il), sa collégiale, ses maisons alignées, sa croisette. Il fait vivre ou revivre ceux qui habitent cette ville, sa famille, ses copains d’enfance et tous les personnages qui donnent un caractère si particulier à la ville mais aussi à la bourgade d’Anseremme. Il ne faut surtout pas oublier les légendes notamment celle des quatre frères Aymon dont le cheval Bayard a façonné le rocher qui donne un cachet si pittoresque à Dinant. Sans ses légendes, la région serait banale, avec elle a un esprit, une âme, une histoire, elle s’inscrit dans le temps, le temps qui fait la nostalgie.

Aurélien Dony
Aurélien DONY

Cette poignée de nouvelles donnent envie de partir le plus vite possible à la découverte de cette région que les guides touristiques ne référencent pas souvent mais qui, sous la plume d’Aurélien, devient brusquement attractive, pleine de charme, magique. On a envie de chevaucher le cheval Bayard et de bondir sur les routes à la découverte de cette région qui semble enchanteresse sous la plume de l’auteur. Je savais qu’Aurélien avais du talent, j’ai déjà lu et commenté des poèmes qu’il a publiés ailleurs, mais dans ce recueil, j’ai découvert qu’en plus de son talent littéraire, il a une énorme sensibilité et une affection débordante pour son pays natal. Son texte est plein d’amour, de sensibilité et de poésie, il dégage une empathie qui invite à suivre l’auteur dans ses lignes et sur les chemins de son enfance et de son adolescence. Surtout, s’il se fond dans le personnage de Tom.

« Tom appartenait à la catégorie de jeunes hommes bercés par quelque conte d’enfance où les chevaliers terrassent les monstres, où le sorciers plient la fortune à leur nécessité, où la vertu est affaire de lance et de bouclier. »

Dinant, c’est peut-être le bout du mont comme le dit le père dans une nouvelle, « On est loin de tout. Pas un théâtre d’envergure, aucune maison de la poésie, pas d’offre culturelle – ou si peu ! ». Mais, à Dinant, il a une Citadelle, il a des légendes et peut-être aussi une certaine magie qui insuffle l’inspiration aux poètes, aux dramaturges et à tous ceux qui aiment écrire.

Le livre sur le site de l’éditeur 

+++

Les jours rouges

Ben ARÈS

M.E.O.

Les jours rouges

Dans la région de Tolaria, à Madagascar, où il réside, Ben Arès a écrit ce recueil de nouvelles qui raconte l’histoire de cette région où les jours sont rouges comme le rouge de la latérite. C’est aussi l’histoire du clan des « Mahafaly, les Bienheureux, les Réjouis venus de l’extrême sud » de l’île, le clan dont fait partie la fille qui partage sa vie. elle doit le présenter lui le vahaza à l’ensemble de la phratrie pour qu’elle donne son avis sur son acceptation dans le cercle familial au sens large du terme. L’arrivée de l’étranger est l’occasion d’une grande fête. Même s’ils sont pauvres, ces gens n’en n’ont pas moins le sens de l’excès, ils partagent tout, surtout ce que l’étranger apporte pour s’acquitter de son droit à séduire une fille du clan. Malgré leur grand dénuement, ils acceptent avec bonne humeur le sort qui leur est réservé. Quand les jours sont favorables, comme quand la pluie tant attendue détruit tout mais apporte la vie, ils font la fête en buvant et mangeant immodérément au son de la musique traditionnelle.

Ben Arès utilise un langage simple, coloré, empreint de termes locaux, un langage où l’on sent dans le rythme, la construction des phrases, la structuration des idées, l’influence de la tradition orale, du palabre interminable, du palabre qui tient lieu de média, qui constitue le débat nécessaire avant toute prise de décision. Dans cette écriture, Ben Arès raconte l’arrivée de l’étranger dans le clan, l’accueil qu’’on lui réserve, sa relation avec une fille de la famille, l’arrivée de l’enfant, le travail, la pénurie dont on  s’accommode, la fête qu’on fait à chaque occasion, le malade qu’il faut arracher à la sorcellerie pour le confier à la médecine, le couple qui se défait, les mères qui doivent se débrouiller pour nourrir les enfants, les femmes qui sont toujours les perdantes. Et le rêve de partir vers une grande ville et ses lumières avec tous les risques que cela comporte, le rêve qui se heurte au désir de conserver le confort médiocre et sécuritaire de la vie dans le clan. La tradition triomphe encore très souvent du progrès technique, du désir de tout ce qui brille et rend la vie plus facile. Le poids de l’obscurantisme des croyances rituelles est très lourd surtout quand il s’accommode si bien des diverses religions importées sur l’île.

Ben Arès
Ben ARÈS

Ben Arès raconte la vie de ces gens qui, malgré une grande pauvreté et bien des misères, affrontent la vie avec calme et sérénité, acceptant ce que leurs dieux, celui des étrangers et les forces de la nature leur envoient. Il dénonce le discours des autorités qui cherchent à imputer à d’hypothétiques querelles ethniques toute la misère qui sévit sur l’île masquant ainsi leur incapacité et leurs malversations. Même si elles n’ont pas la chance d’accéder à l’instruction minimale, ces populations ont un grand bon sens et ne se fient qu’à ce qu’elles ont appris elles-mêmes par expérience ou par la voix des anciens. Elles se moquent de nos concepts auxquels elles n’entendent rien, « Comme ma sœur. Comme ma mère et la mère de ma mère ou de mon père. Je ne m’encombre guère des questions idiotes sur l’inné et l’acquis … La vie est ce qu’elle est … Et je n’ai aucune idée de ce que ce mot sans fond de Morale veut dire ».

A Tolaria, la philosophie est simple : « un homme qui court, qui craint le temps et jamais ne s’arrête est un homme mort ; d’autre part, celui qui feint de subir les désagréments de la lenteur pour mieux en tirer profit et justifier ses dépenses ni vues ni connues est sans conteste un enfant de salaud ». Une philosophie que nos civilisations agitées devraient méditer.

Le livre sur le site de l’éditeur

+++

Deux personnes seules au monde

KIM Young-ha

Editions Picquier

Deux personnes seules au monde.indd

Kim Young-ha est l’une de mes portes d’entrées dans la littérature coréenne moderne, avant de le découvrir, j’avais déjà lu quelques livres d’auteurs coréens mais je n’avais pas vraiment accroché, je trouvais leurs textes très elliptiques, pas facile à en percer le sens profond. Après avoir lu « Ma mémoire assassine » de Kim Young-ha, je suis entré dans un autre monde, j’ai découvert d’autres auteurs sortant d’une littérature un peu fossilisée, proposant des textes novateurs. Le présent recueil se situe dans cette droite ligne littéraire, dans ce recueil, l’auteur propose trois nouvelles écrites avec la même virtuosité que son roman cité ci-dessus.

La deuxième nouvelle est particulièrement remarquable, l’auteur y déploie toute sa virtuosité pour construire une intrigue particulièrement sophistiquée. Une intrique qui démonte la machination machiavélique qu’un éditeur a élaborée pour se débarrasser de son écrivain vedette devenu trop coûteux pour ce qu’il produit ou ne veut même plus produire. Ce texte comblera les amateurs de romans le plus noirs qui soient, tant l’intrigue y est machiavélique. Cette nouvelle commence par le récit de la visite chez son psychiatre d’un patient qui se prend pour un épi de maïs.

« Que vous arrive-t-il ? l’interrogea le psychiatre.

  • Je suis poursuivi par des poules. J’ai tellement peur. »

… d’une voix douce, son psy tenta de le rassurer.

  • Vous n’êtes pas un épi de maïs, vous êtes un homme. Vous le savez, n’est-ce pas ?
  • Moi, je le sais bien sûr, mais elles, docteur ?»

Dans cette nouvelle où l’on ne sait plus qui manipule qui, l’écrivain en panne d’imagination comprend vite qu’il est l’épi de maïs qu’un gros gallinacée voudrait bien picorer mais l’homme de lettres peut comprendre les coups les plus tordus. Il a l’esprit plus affûté que l’assassin le plus machiavélique qui soit.

KIM_Young-ha
KIM Young-ha

Les deux autres nouvelles ne manquent pas d’intérêt elles aussi. L’une raconte comment un père écrase totalement sa fille préférée qui ne trouve sa voie dans la vie qu’après le décès de celui-ci. L’autre raconte l’histoire bien pathétique d’un couple qui s’est fait ravir son enfant unique et qui ne le récupère que quand l’épouse a sombré dans la folie et que l’enfant devenu adolescent refuse cette famille invivable qu’il ne connait pas entraînant une chute tout à fait inattendue.

Incontestablement Kim Young-ha est un grand écrivain, un grand conteur, il sait construire des intrigues très sophistiquées dans lesquelles il égare le lecteur le plus attentif pour le surprendre par une chute des plus inattendues.

Le livre sur le site de l’éditeur

2019 – LECTURES FRAÎCHEUR : BRÈVES DE BELGIQUE / Une chronique de Denis Billamboz

Résultat de recherche d'images pour "denis billamboz"
Denis BILLLAMBOZ

Vous n’avez que quelques dizaines de minutes à patienter dans le hall d’une gare, dans une quelconque salle d’attente, à la terrasse d’un café, n’importe où, peu importe, vous ne trouverez pas le temps long car vous avez dans votre proche une petite nouvelle à lire comme LAMIROY en édite, pour un peu de monnaie, chaque semaine. J’ai choisi deux opus pour illustrer ce propos et aiguiser votre curiosité, une nouvelle d’Evelyne WILWERTH qui date déjà de l’automne et une toute récente de Carine-Laure DESGUIN.

 

La chambre 3

Evelyne WILWERTH

Lamiroy

#42 La chambre 3

Nadège, un nom qu’elle n’aime pas, pas plus qu’elle ne s’aime elle-même. Elle n’est plus toute jeune, elle a l’âge d’avoir des cheveux poivre et sel, l’âge de souffrir de courbatures quand elle termine le boulot qu’elle n’aime pas, un travail qui la dévalorise, l’humilie. Elle fait le ménage dans un cinéma pornographique pour gagner les quelques sous nécessaires pour payer le loyer de la triste chambre où elle vient d’emménager, mais pas suffisamment pour calmer ses créanciers. Mais depuis la fenêtre de sa chambre, elle peut apercevoir la chambre luxueuse de l’hôtel d’en face où certains se donnent du plaisir sans trop se cacher. Elle comprend qu’il faut qu’elle se donne un objectif pour avoir une raison de vivre encore dans son triste monde, elle décide alors d’économiser pour s’offrir, à l’occasion de son anniversaire, une nuit dans cette belle chambre. Ce projet l’emmène dans un monde nouveau où elle apprend des mots nouveaux qu’elle s’empresse de rechercher dans le dictionnaire qu’elle feuillette à la bibliothèque, encore un monde nouveau à découvrir. C’est toute sa vie qui pourrait changer…

Résultat de recherche d'images pour "evelyne wilwerth"
Evelyne Wilwerth 

Cette courte nouvelle est publiée par Lamiroy dans une collection qui en édite une chaque semaine, c’est l’opus 42, Evelyne Wilwerth y démontre tout son talent de nouvelliste, sa sensibilité, sa délicatesse, son art d’analyser les états d’âmes et de cœur. Et aussi son art de la narration, pour la circonstance, elle utilise avec bonheur deux modes d’écriture : une partie à la troisième personne pour camper l’histoire et une autre partie à la première ou la seconde personne pour décrire comment l’héroïne vit et subit son aventure. C’est une bien jolie histoire qu’elle nous offre, une histoire qui montre qu’il faut toujours croire en ses rêves et tout faire pour qu’ils se réalisent.

L’Opuscule sur le site de l’éditeur 

Le site d’Evelyne WILWERTH

+

Putain de pays noir

Carine-Laure DESGUIN

Lamiroy

Résultat de recherche d'images pour "Putain de pays noir carine laure desguin lamiroy"

Carine-Laure Desguin, la Carolorégienne aux multiples talents littéraires, a encore testé une nouvelle forme d’expression en publiant une nouvelle noire, noire, bien noire, au moins aussi noire que le pays qu’elle évoque, quand il produisait du charbon en abondance et noircissait aussi bien le paysage, que les villes et les cités et même les habitants qui profitaient de sa poussière. Cette fois, elle propose une histoire qui raconte un grand moment de désespoir comme elle en a déjà décrit ailleurs mais celui-ci se déroule dans un contexte particulièrement glauque. Ce désespoir accable une jeunesse fataliste qui n’a rien à faire valoir pour échapper à son irrésistible désescalade.

Résultat de recherche d'images pour "putain de pays noir sudinfo"
Carine-Laure Desguin

Carine-Laure, le désespoir elle connait, elle a déjà écrit sur le sujet, où elle innove réellement, c’est dans le vocabulaire, l’écriture, le ton, elle sait faire parler ses héros comme des zonards, des paumés, des camés qui ne peuvent même plus aligner quelques phrases, voire quelques mots sensés, pour exprimer leur situation, leurs états d’âmes, leur désespoir. Elle taille un texte à la serpe de la zone, un texte imprégné du pinard de la pire qualité et assaisonné avec toutes sortes de drogues, de l’herbe la moins offensive aux produits de synthèses les plus dévastateurs.

Ces héros, ils pourraient nous rebuter mais en fait ils nous émeuvent tant ils sont impuissants devant la situation qu’ils ont créée à grandes rasades psychotropes que ceux qui tirent profit de leur vente leur distribuent abondamment. C’est au moment où la violence la plus brutale sourd de l’innocence de ces pauvres hères que le texte livre toute son émotion, prend aux tripes, révolte…

Encore une livraison hebdomadaire de Lamiroy qui fait mouche avec une nouvelle qui pourrait aisément remplacer le paquet de clopes habituel !

L’Opuscule sur la page de l’éditeur

Putain de Pays noir + Le Tranfert de C-L Desguin, l’article de J.-C. Hérin pour SudPresse

Le blog de Carine-Laure DESGUIN

2019 – LECTURES FRAÎCHEUR : PAROLES DE SAGES

Résultat de recherche d'images pour "denis billamboz"
Denis BILLAMBOZ

Quoi de plus rafraîchissant par ces températures caniculaires qu’une belle page de lecture à l’arbre d’un grand arbre au feuillage bien touffu avec une boisson bien fraîche à portée de la main ? Pour vous encourager, je vous ai préparé quelques chroniques qui, j’en suis convaincu, vous inciteront à la lecture plutôt qu’aux exercices épuisants. Je me suis tourné vers deux sages qui ont su l’un cultiver son jardin en ne recherchant pas la quantité de légumes produits mais leur qualité et le plaisir de les cultiver, l’autre raconter un élan de spiritualité qui a traversé sa jeunesse l’incitant à une réflexion approfondie sur la vie et son après. Deux moments de réflexions et de sagesse qui trouveront les conditions idéales de vous interroger sous l’ombrage que vous aurez choisi.

 

Diogène ou la tête entre les genoux

Louis DUBOST

La Mèche lente

Résultat de recherche d'images pour "diogène ou la tête entre les genoux dubost la mèche lente"

Après avoir décrit dans « Bestiolerie potagère » le petit monde qui peuple son jardin, Louis Dubost, le poète jardinier, dresse un abécédaire de son potager dans lequel il regroupe les plantes qu’il cultive, celle dont il voudrait bien se séparer à jamais, les petites bêtes indispensables à une bonne récolte, d’autres plutôt nuisibles, et d’autres choses encore qui font partie de la vie d’une jardinier assidu et attentif à son carré de terre nourricière. Diogène, c’est Louis Dubost dont Georges Cathalo, le préfacier de « Bestiolerie potagère », dévoile qu’il fut « éditeur à temps plein, poète à temps partiel, professeur à temps professionnel, philosophe à temps perdu, élu local à temps difficile… ». Pour compléter ce portrait, je me réfère à sa descendance, ses merlottes et ses merlots, qui voudrait le dessiner avec les produits de son potager :

« une tomate pour le nez « rouge et long, une andine fera l’affaire » …, la bouche sera une cosse de petit pois entrouverte « avec les grains pour les dents » …, les cheveux avec des poireaux aux racines coupés à trois centimètres, etc… »

Si Diogène raconte son jardin, ses légumes, ses travaux de jardinage et toutes les petites bêtes qui le peuplent pour le plus grand bien de ses cultures ou le malheur de son potager, il glisse aussi dans ses textes de nombreuses allusions démontrant sa vaste culture. Il connait manifestement la littérature, surtout classique, mais aussi les arts en général, la politique, le sport, le cinéma et bien d’autres choses encore. Son écriture pleine de verve, lance des piques acérées en direction de ceux qui détiennent le pouvoir sans en user à bon escient et tous ceux qui ne respectent pas dame nature comme elle le mérite, au risque d’encourir ses foudres. Ces pointes d’impertinence habilement distillées assaisonnent délicieusement son texte et tous les légumes qu’il contient.

Résultat de recherche d'images pour "louis dubost"
Louis Dubost 

Son texte enchanteur chante à l’oreille quand il conspue toute une liste de petites bêtes, « ces saloperies de bestioleries », qui « sucent la sève, le sang, l’élan vital … » de ses plantations mais il est aussi un rien sentencieux quand il évoque avec ironie, dérision, moquerie narquoise, la politique, ceux qui la font, les errements de la société avec leurs responsables, la littérature et ses poètes prétentieux mais peu talentueux, le cinéma, la chanson, et parfois en rendant hommage à ceux qui ont véritablement du talent. Son potager n’est pas qu’un carré de terre, c’est aussi le monde dans lequel il vit.

De la pure poésie en prose, le bonheur est peut-être dans le pré mais il est peut-être aussi au potager quand le jardinier ne pense pas qu’à sa récolte.

 La poésie ne distrait pas, n’abstrait rien, elle extrait l’essentiel. Ecrire le jardin comme on sème les mots d’une poésie ».

De la poésie qui laisse sourdre un joli trait d’émotion quand le poète évoque son père. Mon père « Qui m’a laissé en héritage sa bêche à dents et son goût pour les livres. Depuis lors, …, je m’exerce avec entrain à casser les mottes et à bêcher le langage d’un potager de mots ». et, pour conclure je dirais au poète que j’abonde vivement dans son sens quand il écrit que : « La friche politique devrait en prendre de la graine : plutôt qu’à un énarque, il serait davantage pertinent de confier la gestion de l’Etat à un jardinier ». J’en suis intimement convaincu. Il ne me reste que quelques paragraphes à biner, quelques sillons à butter avant d’attendre que mes lecteurs récoltent mes mots avec mansuétude et gourmandise.

Le livre sur le site de La Mèche lente

Louis DUBOST sur Babelio

+

Une saison avec Dieu

Jean-Jacques NUEL

Le Pont du change

Nuel unesaison 1ecouv2

Bien étrange histoire que celle que raconte Jean-Jacques Nuel dans ce récit qui évoque sa première année à la faculté de Lyon (il ne le précise jamais, mais on peut le penser puisqu’il est originaire de cette ville et que le indices géographiques concordent avec cette hypothèse). L’hiver qu’il aurait vécu avec un colocataire bien étrange, surnaturel même. Pour meubler le grand appartement qu’il louait et pour réduire le coût de son loyer, il a recherché un colocataire qui s’est présenté en disant s’appeler Dieu, ce que l’auteur a trouvé suffisant, ne lui demandant aucune autre précision. Avec ce jeune homme, il a vécu un hiver, l’hiver 1974, particulièrement troublant, intriguant mais finalement paisible, agréable, enrichissant. Une compagnie qui ne serait pas étrange à sa réussite scolaire de l’année.

Dieu savait tout, savait tout faire, avait tous les talents, tous les dons, même celui de prédiction, c’était un véritable ange gardien, il veillait sur son colocataire en toutes circonstances surtout quand celui-ci commettait les abus que tous les étudiants finissent par commettre un jour ou l’autre. Il avait la sagesse de Bouddha, la force d’un athlète, l’intelligence d’un philosophe, l’amabilité et la convivialité du meilleur ami. Mais un jour il s’est évaporé dans la nature, a-t-il été ? rêvé ? fantasmé ? construit à partir de plusieurs autres personnages, bien difficile à dire sans avoir parlé avec l’auteur. Mais à mon avis là n’est pas la question, qu’il soit de chair et d’os ou seulement vue de l’esprit, cet être a existé et existe encore dans l’esprit de l’auteur et l’incline à une certaine spiritualité.

Résultat de recherche d'images pour "jean jacques nuel"
Jean-Jacques Nuel

J’ai connu cette époque, j’ai quitté la faculté quand l’auteur y est arrivé et je voudrais qu’il m’excuse de l’avoir laissée dans l’état où il l’a trouvée mais je n’ai rien fait pour qu’elle devienne ce qu’elle est devenue.

« Dans les années 70, l’université était un merdier indescriptible. Une pétaudière. Une chienlit, pour reprendre le mot du général de Gaulle ».

Dans cette pétaudière, on ne parlait ni de Dieu ni de religion, ceux qui croyait en une religion quelconque ne s’en vantait surtout pas. A cette époque les diverses factions de gauchistes, communistes, socialiste plus ou moins progressistes s’étripaient pour démontrer que chacune d’elles était plus révolutionnaire que les autres, pour imposer leur vision de la révolution et du monde nouveau qu’il fallait créer.

C’est seulement en entrant dans la huitième décennie de sa vie que l’auteur a raconté cette histoire, en prétextant une certaine fatigue, une certaine usure, une certaine lassitude, toutes les altérations annonciatrices de l’approche de la fin. Je proteste un peu tout de même, l’auteur est plus jeune que moi et, si la maladie n’altère pas trop sa santé, il a encore de beaux textes à écrire, du moins je l’espère, avant de fermer définitivement ses livres ! On sent dans son texte, une volonté de donner une autre dimension à sa vie spirituelle avant d’affronter le versant inconnu de ce qui serait l’après.

Histoire extraordinaire, illusion spirituelle, révélation divine … ? Nous ne saurons jamais mais nous avons tous compris le message de Jean-Jacques Nuel, la vie n’est pas qu’une aire de lutte pour la possession des biens matériels, la vie c’est aussi un espace spirituel qui, peut-être, dépasse l’espace temporel qui nous est confié le temps de construire et consumer notre existence. On peut lire ce petit récit comme un évangile qui raconterait la vie d’une incarnation de Dieu auquel l’auteur croit de plus en plus fort. Chacun mesurera ses arguments à l’aune de sa propre croyance, moi je retiendrai avant tout sa grande sagesse et son désir de voir un monde plus ouvert à la spiritualité.

Je laisserai cette citation comme conclusion à cette chronique :

« Depuis la nuit des temps l’homme erre dans les ténèbres, sans savoir où il va. Les plantes sont moins sottes, qui se tournent vers le soleil. »

Le livre sur le site du Pont du Change

Le site de Jean-Jacques NUEL

2019 – POUR COMMENCER L’ÉTÉ : HOMMAGE À COURBET / Une chronique de Denis Billamboz

2019 - EN ATTENDANT L'ÉTÉ : ET QUE ÇA SWINGUE / Une chronique de Denis Billamboz
Denis BILLAMBOZ

Il y a deux cents ans, à Flagey disent certains, à Ornans disent d’autres, mais chez moi on dit au bord du sentier, entre ces deux localités, le 10 juin 2019, naissait Gustave Courbet l’immense peintre qui a révolutionné la peinture au XIX° siècle. Pour fêter cet anniversaire, j’ai réuni deux lectures qui éclairent des aspects de la vie du maître et de son œuvre en apportant de nombreuses informations restées jusques là dissimulées. PIERRE PERRIN, un habitant comme moi du Pays de Courbet, s’est intéressé à la vie privée du peintre, principalement à la femme qui a partagé son quotidien pendant plus de dix ans sans qu’il accepte de l’épouser ni de reconnaître le fils qu’il lui a donné. Les Éditions Bartillat, quant à elles, ont réédité une nouvelle fois, dans une version mise à jour et augmentée, le livre de THIERRY SAVATIER qui raconte la fabuleuse épopée du célèbre tableau : « L’Origine du monde ». Deux ouvrages qui mettent en lumière des aspects peu connus de la vie du maître d’Ornans, deux ouvrages qui permettront à certains de découvrir Courbet et son œuvre et à d’autres d’apercevoir l’homme derrière le peintre.

 

Le modèle oublié

Pierre PERRIN

Robert Laffont

Le Modèle oublié

Le 10 juin prochain (2019), nous fêterons le deux centième anniversaire de la naissance de Gustave Courbet, à cette occasion, Pierre Perrin, enfant, tout comme moi, du Pays de Courbet, publie un livre sur le maître. La littérature étant déjà fort abondante sur le sujet, il a choisi de montrer l’homme plutôt que le peintre, une façon de mieux comprendre son rapport à son œuvre. Il dépeint l’enfant rébarbatif aux études au séminaire, le jeune homme fêtard, abusant de l’alcool et de la nourriture, le séducteur coureur de filles mais surtout le conjoint amoureux même s’il n’est pas très fidèle et le père qui n’a pas su aimer son fils comme il l’aurait voulu. Il dépeint aussi le bourgeois affairiste, avide d’argent, qui joue au socialiste sous le regard narquois de ses compatriotes comtois notamment Proudhon. Et l’ami fidèle qu’il a été pour ses compagnons de province ou pour ses relations parisiennes comme Baudelaire qu’il a fréquenté jusqu’à sa mort.

On dépeint souvent Courbet entouré de jeunes filles fort séduisantes et peu farouches qui ne sont pas que des modèles pour le peintre, mais on n’évoque jamais celle qui a longuement partagé sa vie à Paris : Virginie Binet qu’il appelait ma Vigie tant elle était de bon conseil. C’était aussi un point d’ancrage où il aimait revenir, comme le marin au port d’attache, après de longues escapades à travers la France, et même l’Europe, mais surtout pour de longues vacances à Ornans d’où il ne pouvait que difficilement s’arracher pour rentrer à Paris. Virginie, il l’a rencontrée à Dieppe où elle vivait encore chez son père malgré sa trentaine. Il l’a aimée très vite et s’est démené comme un diable pour la faire venir à Paris au moment où il ne connaissait ni la gloire, ni la fortune, se contentant de dépenser les subsides d’un père embourgeoisé. Cette union jamais légitimée, plutôt harmonieuse, durera plus d’une décennie, Virginie lui donnera même un fils, Emile, qu’il refusera de déclarer. Mais la fidèle compagne finira par se lasser des frasques mais surtout des absences de l’homme qui partageait sa vie et rejoindra sa ville natale avec son fils.

Résultat de recherche d'images pour "gustave courbet"
Gustave Courbet, photographié par Nadar, entre 1860 et 1869

Sans sa conjointe, sans son fils, Courbet souffrira mais continuera à travailler comme un forcené, c’était une force de la nature, il a peint quantité de tableaux dont bon nombre sont gigantesques, il a accumulé âprement un joli pactole, achetant de nombreuses propriétés foncières dans la Vallée de la Loue. Pierre Perrin, en fin connaisseur du peintre et de son œuvre, relie chacune de ses œuvres majeures au contexte familial et social dans lequel le maître les a réalisées. Courbet n’avait qu’une seule maîtresse qui l’a envoûté tout au long de sa vie : la peinture dont il ne pouvait se passer et dont il était convaincu d’être le meilleur serviteur. Son ego démesuré, son orgueil, sa « grande gueule », ne lui vaudront pas que des succès, alors que Virginie n’est plus là pour l’apaiser, il se fait des ennemis, froisse des personnes importantes et commet quelques bévues qui finiront par lui être fort préjudiciables. Le départ de Virginie sonne le début de la désescalade même si la cote du peintre grimpe de plus en plus et ne cessera jamais de grimper.

Pierre Perrin a choisi la biographie romancée pour pouvoir s’immiscer dans l’intimité du peintre afin de pouvoir montrer Courbet tel qu’il était hors de son atelier et comment la femme de sa vie a contribué au développement de sa carrière. Ce texte très documenté montre l’irrésistible ascension de l’artiste déployant son immense talent auprès de sa douce et compréhensive épouse et la désescalade de l’homme gros goujat égocentrique, goinfre et frivole, hâbleur et orgueilleux, sûr de lui en tout et pour tout, terminant pitoyablement sa vie en un exil qu’il aurait pu éviter avec un peu plus de réserve et de finesse.

Un livre à lire pour ceux qui veulent découvrir Courbet mais aussi un livre à lire par ceux qui croient tout savoir de Courbet en ignorant que l’homme qui se cachait derrière l’artiste était moins glorieux que le peintre toujours autant admiré et adulé.

Le livre sur Editis

La revue POSSIBLES en ligne de Pierre PERRRIN 

Une rencontre avec PIERRE PERRIN, l’écrivain

+

L’Origine du monde

Thierry SAVATIER

Bartillat

L

A l’occasion du deux centième anniversaire de la naissance de Gustave Courbet, les Editions Bartillat rééditent le livre de Thierry Savatier consacré au tableau de Courbet qui fit tellement scandale : « L’origine du monde ». si le tableau fit couler beaucoup d’encre et de salive, s’il généra bien des émotions et suscita moult curiosités, son histoire, elle, provoqua bien des discussions et nourrit de nombreuses polémiques tant elle est encore bien mystérieuse. Thierry Savatier a sous-titré son ouvrage : « Histoire d’un tableau de Gustave Courbet », c’est donc bien du cheminement emprunté par ce tableau pour aboutir au Musée d’Orsay dont il est question dans cet ouvrage. Il écrit dans son introduction : « Son histoire s’égare loin des sentiers battus et réserve nombre de surprises ». C’est pour cette raison, entre autres, qu’il a décidé « d’emprunter la voie la plus difficile, …, la plus pragmatique : écrire une étude… ». L’auteur confie tout de même qu’une version romancée pourrait éventuellement venir compléter cet essai.

Dans son étude, Thierry Savatier s’intéresse à tous ceux qui ont vu, et même seulement approché, le tableau, décortiquant leur biographie pour dénicher éventuellement une quelconque influence qu’ils auraient pu avoir sur sa vie, sa conception, sa fabrication et surtout son histoire. Il explore l’environnement du peintre, des différents possesseurs du tableau, de tous ceux qui auraient pu en parler, le recommander, l’acheter, le vendre, le prendre, le cacher, le négocier, le montrer en douce. Il a lu des tonnes d’archives, de livres, de revues, d’articles de presse, des mémoires, des correspondances, des documents non publiés…, il lit tout ce qui parle peu ou prou de ce tableau, ce qui l’a obligé à ajouter quelques passages au présent essai pour en assurer la mise à jour.

Il commence cette étude en essayant de comprendre comment Courbet a eu l’idée de peindre cette toile, puis de découvrir pour qui il l’a réalisée et à partir de quel modèle. Ensuite, son essai suit le cours de l’histoire de cette œuvre, la reconstituant bribe par bribe, en restant parfois dans la supposition, il redécouvre le chemin emprunté par L’Origine pour finir sur les cimaises du Musée d’Orsay où elle est toujours et toujours aussi admirée. Ce serait, selon l’auteur, le tableau le plus vu en France après la Joconde. Thierry Savatier propose une histoire très plausible, parfois même très probable, mais il a l’honnêteté quand il lui manque une preuve formelle, de laisser la porte ouverte à d’autres interprétations. Certaines zones de l’histoire de cette fameuse toile restent encore un peu nébuleuses, d’autres découvertes pourraient encore les préciser.

Résultat de recherche d'images pour "gustave courbet"
Gustave Courbet (1819-1877)

Thierry Savatier ne s’est pas contenté d’effectuer un travail de détective pour suivre l’œuvre dans les pérégrinations que ses divers possesseurs lui ont infligées. Il a réalisé d’importantes analyses picturales, anatomiques, scientifiques, avec le concours des meilleurs spécialistes, pour bien comprendre le travail du maître et pour essayer de répondre à la multitude de questions que soulève cette œuvre tellement décriée et, à la fois, tellement fascinante. Pour ma part, je reste toujours avec mes deux questions : tout d’abord je reste ébaubi par ce tableau qui, quand on l’a vu plusieurs fois peut paraître plutôt banal, mais qui toujours intrigue, fascine, et je me demande si c’est seulement le talent du peintre qui le rend si attirant, qui donne une telle vie à ce corps sans tête ? Son audace dévoilant le sexe de la femme sans aucune réserve mais sans aucune volonté de choquer non plus a certainement joué un rôle important dans la renommée de cette œuvre.

L’autre question que je me pose, c’est comment une toile qui a été si peu vue avant d’entrer dans un musée public, une toile dont on a même pendant de longues années perdu la trace, a-t-elle pu tellement choquer, tellement déchaîner la critique, obtenir une telle popularité ? On a l’impression que personne ne l’avait vue mais que tout le monde en parlait, ce point reste assez mystérieux et montre combien cette œuvre est unique, fascinante et combien elle dépasse les limites de la peinture et de l’art en général.

Thierry Savatier a bien raison de confier sa conclusion à Marcel Duchamp quand il disait : « c’est le regardeur qui fait l’œuvre ». Alors, encore regardons et ne nous lassons jamais du génie de cet immense peintre que sera toujours Courbet. Il est l’un des rares peintres dont la cote n’a jamais baissé depuis qu’il a vendu sa première ouvre.

Le livre sur le site des Editions Bartillat

THIERRY SAVATIER sur Babelio