LA SAISON LITTÉRAIRE 2019-2020 : ON NE CHOISIT PAS TOUJOURS SA FAMILLE / Une chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

La famille, ce grand problème qui agite encore aujourd’hui tellement notre société n’a pas laissé indifférents les écrivains. Dans cette chronique, j’en ai réuni trois qui ont abordé récemment ce sujet à travers des récits qui ne sont peut-être pas très éloigné de leur vécu. EDMÉE DE XHAVÉE évoque des mariages bien peu sincères dans un double roman, DIDIER DELOME révèle les relations houleuses qu’il a eues avec sa mère et TANIA NEUMAN-OVA raconte l’histoire d’une adolescente à la recherche de ses vraies racines ne pouvant se satisfaire de celles qu’on lui propose. La famille, un sujet bien complexe, épineux et même parfois, hélas, carrément nauséabond.

 

Toffee suivi de La preferida

Edmée de Xhavée

Chloé des Lys

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Avec cette nouvelle publication qui comporte deux courts romans qui tous les deux évoquent la diversité des relation sentimentales qui peuvent naître entre deux personnes et, éventuellement, les conduire au mariage, Edmée de Xhavée nous rappelle qu’elle n’est pas seulement une excellente nouvelliste mais aussi une très bonne romancière. Elle sait magnifiquement disséquer tout ce qui se passe entre deux personnes qui s’aiment, s’aiment de plus en plus, plus souvent de moins en moins, parfois ne s’aiment pas du tout et, dans certains cas, finissent même par se détester. Elle est experte pour dénouer tous les liens qui se nouent, se dénouent et finissent par s’embrouiller dans un groupe de personnes pour composer des couples mariés, des cercles d’amis, des relations inavouées, tous ce qui rapproche ou sépare les êtres amenés à se croiser fréquemment. Elle connaît aussi très précisément les mécanismes qui animent la société bourgeoise du XX° siècle qui sert de fond aux deux histoires qu’elle raconte dans ces deux romans.

Toffee c’est une petite bonniche bien ambitieuse, elle veut sortir de sa condition ancillaire en épousant un industriel beaucoup plus âgé qu’elle, il vient de perdre la femme qu’il adorait. L’auteure raconte comment, bien des années plus tard, sa fille se rend dans un hospice pour rencontrer le fils de l’industriel en question et essayer de restituer l’histoire comme elle s’est réellement déroulée.

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Edmée De Xhavée

La preferida, c’est la grande sœur ambitieuse qui veut toujours être sur le devant de la scène quitte à écarter sa petite sœur quand un beau parti se présente. L’auteure donne la parole aux différents protagonistes de cette histoire pour dévoiler les manœuvres de cette séductrice plus intéressée par un joli héritage en perspective que par son mari. C’est avec une réelle malice et sans aucune concession  qu’Edmée démonte le machiavélique projet que cette ambitieuse a ourdi avec cynisme pour enfin trôner sur le siège sur lequel sa mère n’a jamais pu se pavaner malgré le pédigree de son père.

Edmée de Xhavée passe ainsi à la moulinette une société qu’elle connaît bien, une société où les apparences ont plus d’importance que la réalité, une société où il faut éclabousser les autres pour exister au-dessus d’eux, une société où le mariage, et même parfois l’amitié, sont d’abord des associations d’intérêts avant d’être des unions de personnes qui s’aiment et s’apprécient. On dirait qu’à travers ces portraits de familles, elle cherche à montrer le vrai visage de cette société qu’elle ne semble pas beaucoup apprécier. Mais même si ses personnages s’embrouillent régulièrement dans leurs amours et leurs amitiés, créant des situations toutes plus inextricables les unes que les autres, semant le chagrin et le malheur dans les cœurs et les corps, il reste que tous les héros et héroïnes de ces deux histoires éprouvent tous de l’amour qui est, hélas, rarement partagé et encore plus souvent contrarié par un environnement trop intéressé.

Et si l’amour n’était qu’un sentiment à durée déterminée entre des êtres libres et responsables, à l’abri des intérêts des autres … ?

Le livre sur le site de l’éditeur

Laissez-moi vous écrire, le blog d’EDMÉE DE XHAVÉE

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Les étrangers

Didier Delome

Le Dilettante

Dans son précédent livre, « Jours de dèche », Didier Delome raconte l’irrésistible descente aux enfers d’un flambeur qu’il pourrait bien avoir été. J’avais écrit dans mon commentaire que cette histoire n’était pas close qu’il lui faudrait un autre développement où il raconterait ses démêlés avec le monde de l’édition pour faire publier son livre, son histoire invraisemblable, son parcours chaotique, l’origine de tous ses travers et de tous ses déboires. Didier a bien écrit cet autre livre mais le sujet en est tout autre, il concerne bien ce qui pourrait être l’origine de tous ses travers et déboires, mais il va chercher ceux-ci dans les rapports houleux, et même pire que ça, qu’il aurait entretenus avec sa mère. Il serait donc ce fils rejeté par sa mère qui, caché derrière un pilier de l’église Saint Jean de Montmartre, assiste au baptême de sa petite-fille auquel son fils qu’il a abandonné avant sa naissance, a donné le même nom que la mère agonie. « Nous avions beau être du même sang au lieu de me percevoir comme la chair de sa chair, j’incarnais pour elle un corps étranger, qui plus est indésirable parce que masculin. Une entité dégoûtante, insupportable que son propre corps devait à tout prix expulser de son environnement… »

Le récit de ses rapports de ce fils avec sa mère commence par cette phrase lapidaire et foudroyante : « Ma mère était gouine et je ne souhaite pas à mes pires ennemis d’endurer mon adolescence auprès d’Elle. Longtemps les deux mots qui m’ont le mieux évoqué cette femme ont été honte et dégoût ». Cette histoire ne commence pas avec sa naissance à lui mais avec sa naissance à elle, cette période lui étant donc inconnue, il a recours à l’un des meilleurs amis de sa mère pour reconstituer cette partie de l’histoire qui court de la rencontre de sa mère avec cet ami devenu patron d’un célèbre cabaret pour homosexuels de Pigalle. Françoise, la mère était au moment de leur encontre une très jeune fille androgyne, très belle, mais peu soucieuse de son charme. Ils fréquentaient tous les deux une bande qui traînait du côté de Saint Lazare et s’encanaillait à Pigalle. Sa famille très composite avait assez d’argent pour qu’elle donne libre court à ses petits caprices jusqu’au jour où elle est tombée amoureuse d’un bellâtre qui l’a engrossée et entraînée en Algérie où il l’a bien vite délaissée.

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Didier Delome

L’expérience algérienne tourne vite à la débandade et Françoise rentre au pays avec Didier qu’elle confie à sa belle-famille, son frère partant avec son père putatif. Elle reprend ses activités à Pigalle où elle rencontre une femme richissime qui la prend sous son aile sans jamais pouvoir en faire son amante. Cette union se brise quand une autre femme l’enlève et se met en ménage avec elle. C’est dans ce foyer de deux lesbiennes que Didier débarque un jour pour six années de son plus grand malheur. Il subit alors les pires avanies et les pires humiliations jusqu’à ce qu’il décide de s’enfuir pour construire une autre vie. Une vie qu’il bâtira à l’image de celle que sa mère a érigé, puisqu’au moment de revivre cette histoire, il observe le fils qu’il a abandonné, comme sa mère l’a lui aussi abandonné, faisant baptiser sa fille en lui donnant comme pour le narguer et le meurtrir un peu plus, le nom de la mère qui l’a torturé : Françoise.

Dans son premier livre, Didier Delome inspirait plutôt la pitié, la commisération, la compassion pour ce pauvre type égaré dans le monde des pauvres qu’il ne connaissait pas du tout. Dans ce second opus, plus alerte, plus poignant, plus incisif, il ne se plaint pas, il dénonce les mères qui ne veulent pas aimer leur progéniture et les pères qui les abandonnent à leur triste sort. C’est un véritable réquisitoire contre ceux qui procréent sans se soucier de savoir comment ils élèveront le fruit de leurs étreintes. C’est aussi une page d’histoire du quartier de Pigalle de la fin de la guerre à nos jours, avec la faune, surtout homosexuelle, qui le hante la nuit, du taulier à la prostituée, du barman à l’hôtesse qui fait boire le client et à tous ceux qui y font régulièrement la fête au milieu des touristes et autres gogos. Mais, ce livre n’est pas qu’un documentaire sur Pigalle, qu’un réquisitoire contre les mauvais parents, c’est aussi une œuvre littéraire savamment construite qui retient toute l’attention du lecteur d’un bout à l’autre de sa lecture.

Et, peut-être qu’un jour prochain, Didier nous racontera comment il a retrouvé son fils et surtout la petite fille qui lui permettra de pardonner tout ce que sa mère lui a fait subir… ?

Le livre sur le site de l’éditeur

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Miss Patchouli

Tania Neuman-Ova

M.E.O.

Miss Patchouli

Après une jeunesse tumultueuse, Lilou a eu trois filles avec deux maris différents, l’aînée restée avec son père avec laquelle elle vit en parfaite harmonie et les deux plus jeunes qui vivent encore dans le foyer familial avec leur mère et leur père. Alana, la plus âgée des deux est très instable, elle inflige une vie infernale, au-delà même du supportable, à sa famille mais surtout à sa mère qui essaie de la protéger comme elle peut de tous les dangers dans lesquels elle sombre souvent de son simple fait. Elle est inapte à l’école, elle en change souvent sans grand succès, elle ne travaille pas, se laisse aller, choisit toujours les pires fréquentations jusqu’à vouloir entrer dans un gang, tâte de la drogue et du porno. Et chaque fois que sa mère essaie de parer au pire, la situation dégénère en un affrontement d’une extrême violence.

Pour supporter cet enfer, Lilou essaie de se remémorer sa jeunesse à elle, une jeunesse pas très brillante non plus, une jeunesse d’errance, de voyage sans but réel, sans moyens suffisants. Elle n’était, elle aussi, pas très stable, elle avait quitté l’école très tôt pour chercher des boulots qu’elle quittait très vite, tout aussi vite que les petits amis qu’elle séduisait et que les aventures qu’elle interrompait toujours en catastrophe faute de moyens financiers ou sous la menace d’un danger pressant. La venue au monde de son premier enfant lui avait fait comprendre qu’il fallait qu’elle se stabilise, qu’elle donne un sens réel et concret à sa vie. Ses multiples expériences lui avaient tout de même apporté une certaine expérience dont elle voulait faire profiter sa fille qui, bien évidement refusait toute intrusion de ses parents dans ses aventures d’adolescente en quête de liberté et d’autonomie.

Tania Neuman-Ova
Tania Neuman-Ova

Tania Neumann-Ova raconte une histoire bouleversante qui ressemble peut-être à la sienne, une vie passée dans des couples décomposés, recomposés, déliquescents où l’amour, même s’il existe, n’arrive ni à s’exprimer ni à atteindre son objectif, seule la violence explose au grand jour avec une extrême virulence. C’est aussi, d’une certaine façon, un réquisitoire contre cette mode ambiante qui voudrait que chacun puisse avoir des enfants sans toujours penser à ce qu’ils deviendront quand ils seront plus grands ni comment ils accepteront leur naissance. La lutte qui oppose la mère et sa fille c’est aussi le choc des générations qui ne se rencontrent pas dans un univers technologique qui a très, trop, rapidement évolué, notamment les réseaux sociaux qui ont bouleversé l’univers des jeunes et peuvent devenir les armes les plus permissives.

Il ressort aussi de cette dramatique histoire la faiblesse quasi pathologique des protagonistes qui ne tirent aucune leçon de leurs mésaventures récurrentes. Elles sont toujours aussi peu persévérantes, aussi peu courageuses dans l’effort, aussi peu dégourdies, influençables, manipulables, prêtes à foncer tête baissée dans le premier traquenard ou à se laisser séduire par la pire des crapules. Elle me rappelle une camarade qui se plaignait d’être toujours embarquée dans des mésaventures ennuyeuses, je lui avais alors dit : « Lorsque que tu as un ennui, tu te dépêches de le découper en deux pour être sûre d’en avoir un pour le lendemain ». Lilou, Alana, aujourd’hui je pourrais peut-être vous dire la même chose mais il y a un non-dit dans cette histoire qui pourrait expliquer une bonne partie des problèmes que vous rencontrez, du genre de ceux qu’on pousse comme la poussière sous le tapis familial. Ce livre sera peut-être l’occasion de chasser cette poussière… ?

Le livre sur le site de l’éditeur 

 

 

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LA NOUVELLE SAISON LITTÉRAIRE 2019-2020 : LA VÉRITÉ S’ILS MENTENT / Une chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

À l’aube de cette nouvelle année littéraire, le Cactus inébranlable aborde un sujet bien délicat et toujours d’actualité, même de plus en plus depuis que les populations disposent de moyens de communication de plus en plus performants : le mensonge qui est le moyen le plus efficace depuis des lustres pour convaincre les peuples et les faire adhérer à toutes les théories qui ont pu être inventées depuis que les humains sont organisés en groupes sociaux. THÉOPHILE DE GIRAUD démontre comment la chrétienté renie ses pères fondateurs en faisant croire à ses fidèles qu’il faut se reproduire de plus en plus et DOMINIQUE WATRIN a inventé un recueil de fausses citations pour confondre les beaux parleurs. De quoi parodier la fameux film : La vérité si je mens !

 

La grande supercherie chrétienne

Théophile DE GIRAUD

Cactus inébranlable éditions

Couverture grande supercherie chretienne

Théophile de Giraud est, selon son éditeur, l’un des principaux représentants actuels de l’antinatalisme en langue française. Il a fondé la fête des Non-Parents à Bruxelles. Pour étayer sa thèse, il a exploré les textes fondateurs de la religion chrétienne : Evangiles, Nouveau Testament, et certains écrits de Pères de l’Eglise. Il en a retiré ce petit recueil par lequel, il cherche à montrer que les premiers siècles de la chrétienté étaient parcourus par des courants antinatalistes profonds. Ces paroles extraites du Livre de Jérémie 20 :14-18 : « Maudit soit le jour où je suis né ! Le jour où ma mère m’enfanta, qu’il ne soit pas béni… », en sont une parfaite illustration qui n’est nullement isolée.

Il est remarquable de constater que ce livre sorte justement au moment où des mouvements de plus en plus actifs s’élèvent contre la surexploitation des ressources de la planète par une population de plus en plus nombreuse qu’il conviendrait peut-être de mieux contenir. Mais cette théorie n’a rien de nouveau, Kierkegaard sur lequel s’appuie beaucoup l’auteur écrivait déjà que la mission du Christ était de « … sauver notre espèce, cela veut dire : cette espèce est perdue, on en n’a que trop, il s’agit d’être sauvé en sortant de l’espèce, et par conséquent il faut commencer par faire barrage à notre espèce ». En clair, cela signifie que la population était déjà trop nombreuse et qu’il fallait en contrôler l’expansion.

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Théophile de Giraud

Mais d’autres forces, a contrario, tendent aujourd’hui à favoriser le développement de la natalité et par là l’accroissement de la population, comme l’ouverture de la procréation à un plus large public par des avancées scientifiques et morales. Cette évolution de l’approche scientifique et morale de la procréation rejoint une théorie déjà en vigueur dans les premiers siècles de l’Eglise qui tend, comme l’écrit l’auteur, à démontrer que « … bénir la procréation permet d’accroître le nombre de « fidèles », d’autant qu’un couple « chrétien » qui fonde une famille nombreuse engendre autant de nouveaux croyants qui feront à leur tour, …, grossir exponentiellement le cheptel des soldats du Christ ». La théorie de l’accroissement démographique a donc toujours existé elle aussi.

Un courant antinataliste dont il est bien difficile d’évaluer la force, semble bien avoir parcouru les premiers siècles de l’Eglise mais pour juger de son importance, il conviendrait de tenir compte de toutes les traductions subies par les textes étudiés, du contexte historique dans lequel chaque texte a été écrit et de mettre chacun de ses écrits en rapport avec ceux qui apparemment les contredisent. Laissons cette tâche aux exégètes, historiens et spécialistes des questions religieuses. Pour ma part, j’ai toujours un peu eu le sentiment que, parmi les premiers chrétiens, il y a eu des mouvements qu’on jugerait aujourd’hui extrémistes qui auraient proféré des thèses radicales et même parfois très apocalyptiques comme d’autres mouvements religieux ont pu le faire au cours des âges.

Théophile de Giraud a soulevé le couvercle de la marmite où un bouillon de culture religieuse mijote toujours à plus ou moins gros bouillon selon les époques, chacun y goûtera et y trouvera les ingrédients qui conviendront le mieux à son goût mais personne ne restera indifférent en lisant ses lignes. Les féroces anticléricaux comme les fervents bigots, les antinatalistes comme ceux qui, comme moi, ont déjà peuplé généreusement leur arbre généalogique, trouveront matière à réflexion et peut-être que certains rejoindront l’auteur dans ces théories. « Le Salut est donc bien dans l’adhésion aux valeurs spirituelles, nullement dans l’enfantement ».

Le livre sur le site du Cactus Inébranlable 

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Comme disait l’autre

Dominique WATRIN

Cactus inébranlables éditions

Couverture comme disait l autre

Comme j’ai pu faire rire mes parents quand, enfant encore, je leur avais demandé : « Qui c’est l’autre ? », ce fameux autre qu’ils citaient si souvent dans leurs conversations. J’avais l’impression que c’était un gars qui savait tout sur tout, il devait être très intelligent et connaître une multitude de choses pour pouvoir émettre un avis sur presque tous les sujets que les adultes abordaient. Aussi je fus fort déçu quand mon père me confessa que ce n’était personne, ou peut-être tout le monde, que c’était la formule qu’on employait en général, l’auteur qu’on nommait quand on plaçait une citation tellement usitée, tellement ancienne, qu’on en avait perdu l’origine et l’auteur, s’il y en avait eu un.

Dominique Watrin a dû, tout comme moi, connaître cette expression dans son enfance et en apprécier toute la saveur pour l’utiliser comme titre de ce petit recueil de citations détournées. Las de voir tous les pédants, frimeurs, pseudo érudits, intellectuels de salon ou de comptoir, …, cherchant à épater la galerie par la culture qu’il pense démontrer en employant des formules beaucoup plus vieilles qu’eux-mêmes, usées jusqu’à la corde, rabâchées par plusieurs générations ou alors par des expressions à la mode que tout le monde emploie mais pas forcément à bon escient, il a voulu clouer le bec à tous ces fats, poseurs, faux dandys ; il leur a concocté malicieusement un recueil de citations facile à glisser dans poche, comme un pense-bête qu’on peut consulter en cachette. Toute sa malice réside dans le détournement de pensées tout juste plausibles qui auraient été émises par des personnalités bien réelles pour donner naissance à de nouvelles citations beaucoup plus drôles et originales.

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Dominique Watrin

Il a réparti son recueil en quatre chapitres en fonction de l’âge des auteurs à qui il prête ses fausses citations :

Ceux qui sont morts (ceux qui ne pourront jamais contester la paternité des propos que l’auteur leur prête),

« Comme disait Léon Trotski, en débarquant en exil au Mexique pour échapper à Staline : « Heureux qui communiste a fait un long voyage ! » »

Ceux qui sont très morts (la garantie absolue de n’être jamais contesté),

« Comme disait Armand Peugeot après avoir produit son deuxième modèle de voiture : « Jamais 203 ! » »

Ceux qui ne sont pas encore morts (« à l’heure où j‘écris ces lignes parce que parfois, ça va vite »),

« Comme disait Patrick Sébastien, lors de son premier concert en Russie : « On fait tourner les soviets … » »

Ceux qui ne mourront jamais (La mine d’or ! Ils ont la gloire et la notoriété et ne contesteront jamais)

« Comme disait l’ange Gabriel à propos de Joseph le charpentier qu’il trouvait niais : « Il n’a pas inventé la poutre. » ».

Et comme le dit l’éditeur, si vous ne voulez pas rester muets en société devant les beaux parleurs, « Ce livre est pour vous ! Composé de réflexions 100% fausses prononcées par des personnalités 100% vraies », il vous évitera de passer pour un inculte. Essayez, je suis convaincu que vous ferez votre petit effet en plaçant ces bons mots à bon escient. La dérision mettra toujours les rieurs de votre côté et l’auteur n’a pas lésiné sur cet épice, il a eu la main un peu lourde mais c’est pour le bon goût.

Le recueil sur le site du Cactus Inébranlable

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2019 – LECTURES FRAÎCHEUR : DERNIÈRE ÉDITION AVANT LA RENTRÉE / Une chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

Pour clore l’année littéraire 2018/2019, je vous propose une chronique composée des lectures que je n’ai pas pu associer avec des textes de même nature, c’est donc, comme disent les universitaires un mélange que je vous ai concocté. Il comporte une vaste saga familiale bosnienne qui raconte l’épopée d’une famille multi-ethnique dans l’Europe du XX° siècle, un polar français et un portrait de toutes les femmes qui ont occupé le Palais de l’Elysée depuis Yvonne De Gaulle.

Une chronique très éclectique qui montre une parcelle de toute l’étendue du champ littéraire et une partie seulement des diverses formes que l’écriture peut prendre.

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Les contrées des âmes errantes

Jasna SAMIC

M.E.O.

Contrées

« Tous les soirs, Aliocha rentre de son travail chargé de canettes de bière et de quelques bouteilles de vin bon marché. Il s’enferme dans la cuisine et relit ses documents classés dans un dossier : journaux intimes, souvenirs de sa Babouchka Liza, de son Omama Grette, de sa mère Ira, ainsi que leurs correspondances, certificats de naissance, de décès… » Il veut savoir ce que son père a fait pendant la guerre de 1939/1945, quel a été son rôle, s’il a commis des exactions. Tous les papiers familiaux ont été détruits, il ne trouve aucun indice et se noie dans l’alcool. Il ne reste que les journaux intimes et quelques correspondances de sa mère Irina, et des grands-mères Liza et Grette, des documents bien insuffisants pour lui fournir les réponses qu’il attend.

L’arbre généalogique d’Aliocha est une véritable métaphore de la mosaïque des peuples qui constitue la population de l’Europe centrale, principalement des Balkans, depuis que les plaques tectoniques religieuses et culturelles se sont percutées dans cette région : la plaque germanique chrétienne, la plaque slave orthodoxe et la plaque ottomane musulmane. Ces différentes populations cohabitent plus ou moins bien, plutôt bien quand règne la paix, mais cette cohabitation prend vite des allures conflictuelles particulièrement barbares quand les conflits s’enveniment. Ces peuplades ne semblent pas connaître la modération, la violence est leur meilleur argument. L’histoire de l’Europe de l’est est jalonnée de massacres tous plus odieux les uns que les autres, les recenser est impossible et ça serait trop traumatisant. Aliocha est donc le petit-fils de Liza, une Russe née à Kazan ayant épousé un soldat bosnien combattant dans les troupes autrichiennes, et de Grette et Joseph nés à Vienne. Il est le fils d’Ira, la fille de Liza et Rudolff, le fils de Grette. Son arbre généalogique comporte des gènes finlandais, russes, autrichiens, bosniens, juifs, allemands et peut-être d’autres encore tant les populations se mélangent facilement dans cette région.

C’est Lena, son épouse, qui raconte cette histoire en recopiant d’abord tous les documents familiaux qui ont échappé à la destruction, elle voudrait aider Aliocha pour ne pas qu’il sombre définitivement mais aussi pour savoir ce que fut et fit Rudolf son beau-père. C’est une Bosnienne native de Sarajevo, la ville qu’elle adule, brillante universitaire spécialiste des langues, littératures et civilisations orientales, elle voyage beaucoup, obtient un passeport français, dispense des cours dans de nombreuses universités en Bosnie, en France, en Amérique, au Canada, en Turquie, etc… Ce n’est pas seulement une brillante intellectuelle, c’est d’abord une femme de conviction, d’action et de combat, qui n’accepte pas la dictature. Elle se bat pour la liberté sur tous les plans : la liberté des peuples asservis et martyrisés, la liberté des femmes contraintes par la religion, la liberté des cœurs, elle épouse ses amants et les abandonne quand leur histoire commune est épuisée, et la liberté des mœurs, elle couche avec ceux qu’elle aime. C’est elle qui choisit !

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Jasna SAMIC

Toute sa vie elle a lutté avec fougue, à visage découvert, dédaignant le danger, négligeant les conseils de prudence, contre le totalitarisme, contre les héritiers du nazisme qui se manifestent périodiquement, contre les communistes qui ont asservi son peuple comme ils avaient déjà martyrisé les Russes de Kazan au temps de la grand-mère Liza, contre les nationalistes serbes qui voulaient éradiquer les habitants de sa ville, contre les mafias bosniaques déguisées en factions  religieuses extrémistes pour installer leur pouvoir absolu en asservissant les femmes. Sa générosité dans le combat, son dédain du danger, sa liberté de pensée, de parole et d’écriture l’ont désignée comme une ennemie de premier plan par ceux qui veulent régner en maître sur les ruines de la Bosnie. Elle vit aujourd’hui sous la menace d’une demande de fatwa qui pourrait bien lui être infligée un jour. Mais le plus cruel n’est pas cette angoisse mortelle qui pèse en permanence au-dessus de sa tête mais bien l’ostracisme dont elle souffre partout où elle vit même à Paris ou New-York. On ne soutient pas les faibles, ils n’ont rien à donner…

Jasna c’est Lena, c’est son histoire qu’elle raconte, c’est l’histoire de sa ville, de son pays, des Balkans, de l’Europe centrale. Une nouvelle page d’histoire qui viendra s’ajouter à celle qu’Ivo Andric a déjà écrite il y a bien longtemps et à celles que d’autres auteurs, pas tous Bosniens, ont déjà écrites eux aussi : Danilo Kis, Mirko Kovac, Vidosav Scepanovic, Miroslav Popovic, Dubraska Ugresic, Bora Cosic, Velibor Colic, la petite Zlata Filipovic, Zeljiko Vukovic, Sassa Stanisic, Miljenko Jergovic, Aleksandar Hemon, le témoignage atroce de Slavenska Drakulic… et d’autres encore. Je n’ai pas fait le tri, j’ai lu tout ce que j’ai trouvé. J’espère seulement qu’un jour pas trop lointain chacun pourra vivre à Sarajevo selon ses convictions dans le respect de celles des autres. Chacun de ces auteurs m’a apporté un peu de sa lumière pour éclairer ma compréhension du maelström balkanique, pour que j’analyse au mieux tous les ingrédients qui font bouillir si fort le chaudron des Balkans si souvent en ébullition.

Si l’on en croit Jasna, « Sarajevo est désormais un mélange d’infortunés, de mythomanes, d’hypocrites, de narcisses, de mafieux… », alors rêvons avec elle qu’elle redevienne : « Sajarevo, ville de jardins et de cimetières, de joie et de tristesse », « lieu où douceur et grossièreté se fondent depuis la nuit des temps. Immergés dans leur plaisir lent, le merak, ses habitants planent au long des siècles entre le rêve et le réel ».

Le livre sur le site de M.E.O.

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Saison frivole pour un tueur

French Bricolo 3

Stephan GHREENER

Stephan Ghreener éditeur

FRENCH BRICOLO TOME 3 : GREG VADIM le retour : La couverture

Avec la série French Bricolo, Stephan Ghreener a créé un nouveau personnage de polars, Greg Vadim, un tueur à gages implacable, froid comme un iceberg, tireur d’élite à grande distance. Ce n’est plus un débutant, c’est un mercenaire aguerri, il a déjà honoré quatre-vingt-dix-neuf contrats sans laisser la moindre trace. Il exécute le centième dans le tome 1 de cette série sous le titre : L’été des deux pôles, avant de mettre un terme définitif à sa carrière pour vivre une vie normale avec sa fille. Mais ces projets de retraite anticipée ne se concrétise pas comme il le souhaite, certaines personnes s’évertuent à les perturber. Il doit résoudre un certain nombre de problèmes dans le tome 2 de la série :  Vadim royal, avant de raccrocher l’artillerie. Dans le présent tome 3, il entre dans sa nouvelle vie en se transformant en homme à tout faire dans le bâtiment : peinture, plâtrerie, électricité, …, pour se donner une couverture de Français moyen qui se lève chaque matin pour gagner son pain quotidien. Il espère ainsi pouvoir renouer avec sa fille qui le rejette car elle ne sait rien de lui et le soupçonne de commettre des choses peu légales et encore moins avouables.

Donc, son centième contrat exécuté (formule acceptable quand il s’agit d’un tueur à gages), Greg Vadim rentre à Paris où il se fond dans la foule des anonymes besogneux. Mais, avant de dormir en toute quiétude, il lui faut éliminer la seule personne qui peut encore l’inquiéter et renouer des relations correctes avec sa fille. Sa couverture se fissure vite, il rencontre des gens qui connaissent sa véritable identité et surtout sa réputation. Les indices s’accumulent, on le poursuit, on cherche à l’éliminer et le petit jeu du chat et de la souris recommence, sauf que, cette fois, il n’y a plus de contrat à honorer, il n’y a que sa peau à sauver. Malgré son dégoût pour les solutions sanguinaires, il doit se défendre seul contre tous ou presque puisqu’il obtient le rendort de son psychologue et d’un tueur à gages reconverti dans le vignoble depuis longtemps.

Stephan Ghreener
Stephan GHREENER

L’énigme semble très complexe puisqu’elle raconte à mots couverts – il s’agit d’affaires hautement confidentielles qui concernent ceux qui tirent les ficelles des marionnettes qui nous gouvernent – la succession de son chef disparu par un autre tueur à gages qui veut renouveler totalement l’équipe en éliminant les anciens tueurs pour les remplacer par des jeunes loups encore plus sanguinaires et ayant encore moins de scrupules. Ce malfaisant, Kimmel, est le seul tueur à gages, avec Vadim, encore vivant de l’équipe montée dans le monde entier par Périllat, le chef décédé que Kimmel cherche à remplacer en éliminant tous les tueurs qui travaillaient avec ce boss de la mort discrète et tarifée.

Dans ce monde du grand banditisme où les affaires se règlent presque toujours par l’élimination physique d’une faction des protagonistes, il faut souvent organiser des montages à plusieurs ricochets, comme au billard à trois bandes, pour atteindre sa cible sans risquer d’être soi-même éclaboussé. Et à ce petit jeu, Vadim le French Bricolo, est un expert. Il va devoir user de toute sa créativité retorse pour résister à ceux qui veulent l’éliminer et qui sont souvent très proches de lui.

Un polar violent certes mais qui ne se complait jamais dans l’horreur et l’hémoglobine, Vadim répugne même à tuer mais quand il le faut, il sait agir vite, très vite et très efficacement. La ruse machiavélique remplace la violence sadique. « Nous sommes des tueurs pas des meurtriers ». Nous rééquilibrons les plateaux de la balance, comme il aime à dire pour justifier son job. Il est vraiment temps que Greg Vadim prenne du recul avec le métier et qu’il raconte sa vie à sa fille, il devient trop sensible., la nouvelle génération qui le poursuit n’a pas ces états d’âme.

Pour info : Les droits d’adaptation de la trilogie de polars FRENCH BRICOLO de l’auteur Stephan Ghreener, mettant en scène GREG VADIM, tueur à gages en quête d’une nouvelle vie, ont été optionnés par BACTERIE FILMS. Le réalisateur Gérard Pautonnier et l’auteur Stephan Ghreener ont démarré leur collaboration en vue de développer une série.

Le livre sur le site de l’auteur et éditeur 

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Les dames de l’Elysée

Bertrand MEYER-STABBLEY

&

Lynda MAACHE

Editions Bartillat

L

On les dénomme souvent « First lady » comme si en France il n’existait aucune expression pour définir ces femmes qui sont les épouses ou les compagnes de ceux qui sont élus à la présidence de la République. Effectivement, leur statut n’est absolument pas défini, elles sont de simples épouses ou compagnes mais entrent par la force des choses dans le jeu politique national ou international par le seul fait de la place qu’elles occupent aux côtés de celui qui préside et décide. Emmanuel Macron a voulu mettre un terme à ce flou politique, il a « mis le sujet en avant pendant la campagne présidentielle, en expliquant qu’il fallait donner un véritable statut à la Première dame, afin de sortir d’un flou, d’une « hypocrisie » française ». Mais les événement en ont décidé autrement, le flou demeure même si une charte tend à éclaircir quelque peu cet état de fait devenu une sorte de fonction.

Bertrand Meyer-Stabley et Lynda Maache, ont exploré, observé attentivement pour celles qu’ils ont connues, la vie de ces femmes qui ont vécu aux côtés de nos président depuis la fondation de la V° République par le Général de Gaulle. Ils ont cherché à comprendre le rôle qu’elles ont joué, la place qu’elles ont occupée, plus ou moins volontairement, avec plus ou moins d’ambition, l’image qu’elles ont donné de la France, des institutions, du pouvoir et tout simplement de celui qu’elles accompagnaient dans la lourde mission qui lui incombait. Sous le regard de plus en plus acéré et de moins en moins respectueux des médias, elles n’ont pas souvent vécu l’existence dont elles avaient rêvé avant de s’installer au « Château » ou simplement d’y travailler en résidant ailleurs.

 

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Yvonne et Charles de Gaulle

Les auteurs ont su éviter les pièges de la médiatisation à sensation, ils n’avancent que des faits avérés, ne parlent des rumeurs qu’en évoquant l’impact qu’elles peuvent avoir sur le pouvoir, sur les institutions, sur la France et surtout sur elles-mêmes. Rendons-leur cet hommage de ne pas avoir succombé à cette abominable tentation et d’avoir su dignité garder. Pourtant les opportunités de salir ces femmes tellement exposées ne manquaient pas, elles ont toutes connu leur lot d‘avanies au point, parfois pour certaines, de prendre la fonction en horreur et de détester la vie de « Château ». Pour chacune d’elles, il raconte leurs origines, leur rencontre avec l’heureux élu, les campagnes électorales, l’installation à l’Elysée, les obstacles à franchir, les affronts à subir et tout ce qui constitue la vie d’une femme de chef d’état. Leur rôle essentiel consistant en la représentation de la France, tout est passé au crible : les tenues, les coiffures, les attitudes, l’organisation des réceptions, les relations mondaines, les sorties à l’étranger….  Elles sont en permanence sous les feux de la rampe.

Rien ne leur est pardonné et pourtant toutes n’apportent pas autant de matière aux deux auteurs, elles ont des origines différentes même si elles sont plutôt bourgeoises et fortunées, leurs études sont souvent solides mais leurs parcours sont assez différents, et, surtout, elles ont chacune leur tempérament, leur caractère, leurs ambitions, leurs exigences, … Yvonne de Gaulle ne leur  fournit qu’une bien maigre matière pour un long passage à l’Elysée, au regard de tout ce qu’on put apporter Cécilia Sarkozy (à l’époque), Carla Bruni Sarkozy, Brigitte Macron, … , des femmes qui avaient déjà une ascendance, une histoire, une réputation, une notoriété, une carrière, des engagements, …, avant d’entrer à l’Elysée.

Il convient aussi de noter qu’en six décennies, les mœurs ont beaucoup changé, les moyens d’information, tant pour l’investigation que pour la diffusion, ont été totalement réinventés, le statut des élus politiques et de leur compagne s’est notoirement dégradé, les trop nombreuses affaires ont provoqué une forte érosion de la notabilité, du respect, du standing. La distance entre le citoyen et le Président s’est considérablement raccourcie, de nombreux jeunes font des études très poussées et le recrutement des personnels politiques se fait de moins en moins sur la base du talent, de la compétence et du dévouement à la fonction. De ce fait, le Président et celle qui l’accompagne ne sont plus considérés comme des personnages inaccessibles perchés sur leur olympe.

En lisant ce texte très documenté, vous comprendrez mieux pourquoi toutes ces dames n’ont pas éprouvé une énorme douleur au moment de quitter l’Elysée. Certaines ont mal vécu la défaite électorale mais aucune n’a été très fâchée de regagner ses pénates et de sortir de l’œil du cyclone médiatique.

Le livre sur le site de Bartillat

2019 – LECTURES FRAÎCHEUR : LECTURES STIMULANTES / Une chronique de Denis BILLAMBOZ

2019 - LECTURES FRAÎCHEUR : NOUVELLES FRAÎCHES / Une chronique de Denis BILLAMBOZ
Denis BILLAMBOZ

Une bonne idée pour garder un peu de fraîcheur dans les méninges et éviter la somnolence apathique en période de canicule ou de grande chaleur : lire des aphorismes et autres formules courtes et percutantes qui titillent les neurones. CACTUS INÉBRANLABLE Éditions a pensé à ses lecteurs désœuvrés risquant de s’exposer à l’ennui, il a édité une belle provision de ces textes stimulants, de quoi alimenter quelques belles heures de lecture sous des ombrages bien frais.

 

Cactus Inébranlable Editions

 

UNE PELLICULE SUR LA TÊTE D’UN PAUVRE TYPE

Patrick HENIN

Couverture une pellicule sur la tete d un pauvre type

Dans son propos introductifs, l’éditeur avoue qu’il ne sait pas grand-chose de cet auteur de « bonne rumeur » faute d’être de « bonne réputation » et il nous nous donne un conseil que, pour une fois, j’ai suivi : « Alors puisqu’on ne sait rien en dire, autant le lire… ».

Je l’ai donc lu et j’ai été convaincu, Patrick Henin est un auteur plein d’esprit et de finesse qui observe notre monde avec attention sans faire aucune concession. Certain chroniqueur a dit que ce recueil était bien équilibré, qu’il abordait tous les sujets importants, j’en convient tout à fait, mais, pour ma part, j’ai retenu quelques thèmes que j’ai trouvés très présents parmi les aphorismes présentés.

La bêtise humaine est évidemment le premier thème que l’auteur évoque, comme moi, il s’étonne que nous résumions toute la vie à des chiffres, des pourcentages, des ratios, des équations et qu’on oublie que le monde est aussi fait d’émotions, de sensations, d’impressions, de sentiments, d’idées, de pensées, …

« Plus on chiffrera le monde, plus les hommes iront chercher leurs mots ailleurs. »

Et comme tous les pouvoirs ne dirigent qu’en s’appuyant sur des chiffres, ils font tous faillite en entraînant le monde dans la grande muraille de vide qui nous entoure.

« Cette société est un assemblage aussi fragile que la porcelaine et je ne m’étonne pas qu’on élimine d’abord les éléphants. »

Dans ce recueil, l’éléphant est très présent, c’est le symbole de la destruction de la planète, la métaphore de l’incapacité des hommes à assurer leur bien être sans hypothéquer leur avenir. Les marchands ont aveuglé les dirigeants comme les consommateurs en les gavant d’illusions.

« Et on voudrait nous faire croire que si nous avons des pieds, c’est pour acheter des chaussures. »

Il restera toujours l’amour même si l’amour est un chemin souvent jonché d’embûches

« Elle m’avait donné l’épreuve de son amour. » Mais, « Avant qu’elle s’en aille, j’ai creusé un trou dans sa mémoire et je m’y suis caché. »

Alors pour dernier refuge, il nous restera les mots en espérant qu’ils ne seront pas altérés, dévoyés, estropiés.

« Business is business, mais pourquoi toujours parler en anglais ? Les saloperies sont des saloperies, c’est tout ! »

Alors rêvons, espérons que les mots seront plus efficaces que les bombes

« Quand est-ce que les mots couchés sur le papier se lèveront et marcheront dans la rue. »

Notre combat n’est pas seulement sur terre et dans les airs, il est surtout dans les mers, les mers qui lancent ce cri que nous n’entendons pas :

« Il y a tellement de bouteilles à la mer aujourd’hui, que c’est elle qui appelle au secours. »

 Le livre sur le site de l’éditeur

Cactus Inébranlable Editions

SOUS L’AVERSE, EN MOCASSINS

Pierre-Alain MERCOEUR

Couverture sous l averse en mocassins

Avant de rédiger cette chronique, j’avais jeté un œil sur l’anthologie que Jean-Philippe Querton a consacrée à l’œuvre d’Achille Chavée dont je parlerai plus tard. Il y rapporte une citation d’André Stas qui m’a fait immédiatement penser à ce recueil de Pierre-Alain Mercoeur que je venais juste de refermer : « Les auteurs d’aphorismes saisissent l’instant, s’y confondent pour le confronter avec leur temps intérieur, le silence… ».

J’ai tout de suite eu l’impression que cette définition s’appliquait particulièrement bien à cet auteur, il a su se dégager, sans y renoncer pour autant, du jeu de mots, du calembour, … pour rester au plus près de l’aphorisme tel que le définissent les auteurs qui font habituellement autorité en la matière. Je sais, le genre supporte mal l’autorité, le classicisme, l’exemple, … et s’exprime surtout dans l’invention, la créativité, l’inspiration mais il me fallait des mots pour exprimer ce que je pensais, alors…

« Le lecteur dans le tramway, cocher imperturbable malgré les cahots du transport, tient fermement les rênes de son livre ».

Pas Possible, Mercoeur m’a suivi, il m’espionne ! En effet, un recueil d’aphorismes m’accompagne quelques fois dans les transports en commun, ça se glisse facilement dans une poche, on peut interrompre et reprendre sa lecture à n’importe quelle page… et ainsi j’ai découvert Pierre-Alain Mercoeur que je ne connaissais pas encore.

Comme je l’ai dit plus haut, j’ai tout d’abord remarqué son originalité, sa façon de raconter des bribes de vie en quelques lignes sans chercher à faire un jeu de mots ou un calembour mais plutôt à décrire à sa façon des situations insolites, incongrues, ou qu’il rend insolites, incongrues, dans sa description. Comme dit son éditeur : il tricote des aphorismes et, c’est moi qui ajoute, en mettant toutes ses mailles à l’endroit pour que ses phrases restent belles et souples, qu’elles montrent une réalité que son œil seul a vue. Il a le sens de la formule :

« La corbeille à papier déborde de mouchoirs froissés comme si ma santé ne trouvait pas l’inspiration. »

Il sait débusquer la puérilité de notre civilisation et captant ses petits travers, qu’il dénonce en détournant un réalité devenue trop commune pour attirer l’attention.

« L’homme s’est exercé sans le savoir pendant des siècles à faire défiler des images sur un écran tactile, en passant son doigt sur la couche de poussière. »

J’ai aussi apprécié ses traits d’esprit, ses raccourcis, ses formules, qui détournent un petit rien quotidien pour en faire une inspiration drôle, une image insolite, un quiproquo incongru…

« « Sans tes lunettes, je ne te reconnais pas sur ces photos » me dit-il, alors je lui tendis mes lunettes ».

Et puis comment ne pas évoquer cette poésie qui nimbe de nombreux textes de ce recueil.

« Un verre d‘eau posé au pied du lit où viennent s’abreuver la nuit tous les petits animaux de ma solitude ».

« Le soleil qui s’éponge le front avec un nuage ».

Le livre sur le site de l’éditeur 

Cactus Inébranlable Editions

SILENCE, CHAVÉE, TU M’ENNUIES

1031 aphorismes rassemblés par Jean-Philippe QUERTON

Couverture chavee

« L’aphorisme m’accompagne depuis des années, je m’en suis nourri, parfois gavé sans jamais parvenir à m’en rassasier. » Jean-Philippe Querton confesse sa passion débordante pour les formes littéraires courtes, très courtes et même ultra courtes.

Après avoir publié en 2018, une magnifique anthologie des aphorismes produits par les auteurs belges dans  « Belgique, Terre d’aphorismes » de Michel Delhalle, il crée à nouveau l’événement en ce début d’année 2019 en publiant, à l’occasion du cinquantième anniversaire du décès d’Achille Chavée, l’intégrale des aphorismes qu’il a édités dans divers recueils et même certains qui n’ont été publiés, jusqu’à ce jour, que dans des revues, parfois glissés au creux d’un poème. Achille Chavée, c’est un peu l’idole de Jean-Philippe, c’est celui qui « a été le premier à me donner le goût de la forme brève, la passion de l’aphorisme qui fait sourire ou laisse rêveur, le plaisir de déguster ces phrases courtes, incisives, … »

Pour accompagner ces 1031 fragments et conférer une plus grande solennité à son hommage, Jean-Philippe Querton a battu le rappel des amis et des admirateurs du célèbre auteur. Christine Béchet a écrit une préface, courte évidemment, mais incisive et percutante, soulignant le côté drôle des textes de l’auteur.

« Toute l’œuvre de Chavée se promène entre le séreux parfois grandiloquent et l’humour de l’homme qui regimbe. Grimace métaphysique ou clin d’œil malicieux du poète qui s’observe, observe le monde, désacralise, démystifie ».

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Nombreux sont ceux qui ont témoigné, Simone son épouse, André Lorent, Pol Bury, André Balthazar, Jean-Paul Baras, Michel Voiturier, Jacques Sojcher, Pierre Della Faille, André Miguel, Achille Béchet , Michel Delhalle, Jérémie Sallustio, chacun a mis en évidence un aspect de cet homme hors du commun qui, outre ses textes, a laissé une image dans son paysage, dans sa rue, à la Louvière, dont il fréquentait assidûment le bistrot et surtout dans la littérature contemporaine belge et même dans toute la littérature francophone. Tous ces témoins confirment, si nécessaire, qu’Achille Chavée est désormais entré dans la légende où, après cette publication, il restera ancré à jamais.

Avant d’avoir lu cette intégrale, je connaissais un peu cet auteur parce que ses amis et ses admirateurs en parlent avec une telle admiration que ça suscite la curiosité et l’envie de goûter soi aussi à ce régal littéraire. Pour moi, l’aphorisme a longtemps été un mystère, je n’avais jamais compris sa définition, j’ignorais si de quelconques règles pouvaient le définir. Après quelques années passées en compagnie des publications du Cactus inébranlable et à recevoir les avis, remarques et réflexions de Jean-Philippe Querton, désormais je sais qu’on ne le définit pas, qu’on ne le réglemente pas : on le sent, on le goûte, on le déguste, on s’en délecte. C’est toute une éducation du goût littéraire qu’il convient d’acquérir en lisant, lisant encore, les grands auteurs et tout d’abord Achille Chavée. Après la lecture de cette intégrale, je crois que je commence à le comprendre surtout, quand en ce jour de canicule, je lis : « J’aime le soleil mais à l’ombre ». Comment vous faire mieux partager mon problème actuel ? Merci Achille.

A travers cette publication, c’est un formidable hommage que Jean-Philippe Querton rend à son idole. Je voudrais vous laisser cette citation du maître de la forme courte, qu’il a placé juste avant la préface de cet ouvrage, je crois que vous comprendrez mieux le sens profond de son œuvre après l’avoir lu.

« (…) la réalité qui nous entoure garde toujours son agressivité. Et il est indispensable, bien sûr, de tenir compte de cette réalité. Et il faut s’en défendre. Et pour ma part je crois que j’ai trouvé dans l’aphorisme (…) un système d’auto-défense. Et ça crée aussi un équilibre entre le lyrique et le réel ».

Et « Encore et toujours, à la fortune du mot ! », surtout quand il est bon !

Le livre sur le site du Cactus Inébranlable 

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2019 – LECTURES FRAÎCHEUR : HISTOIRES EN MUSIQUE / Une chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

Pour de la fraîcheur en voilà une jolie rasade. J’ai accepté depuis quelques mois de lire des histoires pour enfants tout en écoutant la musique et les chansons qui les accompagnent. Un vrai bain de jouvence. Si nous voulons que nos enfants découvrent un jour tous les auteurs qui nous ont fait vibrer et tous ceux qui pourraient les faire vibrer et qui ne sont peut-être pas encore nés, il faut dès aujourd’hui leur faire découvrir de belles histoires qu’on peut lire et écouter seuls sans même le recours aux adultes.

Voilà deux beaux livres accompagnés chacun d’un CD : l’un raconte l’histoire de Charley Patton, un des pionniers du blues du Delta, l’autre déplore comment le monde marche sur la tête.

 

Les bedaines de coton

Cyril MAGUY

Le label dans la forêt

Les bedaines de coton ou la vie de Charley Patton - Cyril Maguy - Le label dans la forêt

Adolescent j’ai été nourri à la musique yéyé qui déferlait alors sur l’Europe occidentale, une musique qui m’a vite lassé, m’incitant à chercher du côté de sa source, vers les Buddy Holly, Elvis Presley, Little Richard, Bill Halley, Ray Charles et consorts. Mais là n’était pas réellement l’origine, il fallait grimper encore un peu plus haut sur l’échelle du temps, aller dans les champs de coton du vieux sud des Etats-Unis, le fameux Cotton Belt, pour rencontrer les fondateurs de ce grand courant musical qui est encore aujourd’hui à l’origine de presque toute la musique populaire. Et c’est ainsi que j’ai découvert tout un peuple de misère qui a transcendé sa douleur en la chantant en s’accompagnant d’instruments rudimentaires.

C’est à ce voyage que nous invite Cyril Maguy en chantant, en treize chapitres, la vie de Charley Patton, l’un des pères du Delta Blues, le blues du delta du Mississipi. Il a demandé à Bertrand Lanche de mettre des images sur les textes de ses chansons, des dessins dignes de ceux qui illustrent les meilleures bandes dessinées. Charley Patton est né en 1891 dans le sud du Mississipi où il a passé une partie de sa vie, à Dockery, avant de voyager pour fuir le racisme imposé par les « Bedaines de Coton », les propriétaires blancs qui exploitaient leurs plantations de coton en exploitant leurs esclaves noirs. Cyril Maguy chante avec Charley la violence, l’humiliation, la souffrance, la misère du peuple sacrifié sur l’hôtel du coton. Il chante aussi les divertissements pour oublier le malheur, « Les gens bougent, se trémoussent et se secouent le popotin. Toutes les jolies frimousses qui entonnent mes refrains. » Des soirées comme il en existent encore dans des villages entre Houma et la Nouvelle-Orléans, les fameux « fais dodo ». Patton ne fut pas seul, tout peuple se mit à jouer cette musique que certains disaient être la musique du diable surtout quand elle coulait des doigts de Robert Johnson à qui Cyril Maguy rend hommage dans cet album. Robert Johnson que j’ai découvert au hasard de mes excursions à la médiathèque et qui m’a enchanté.

Suivant Patton, Cyril Maguy prend la route en chantant le départ, l’exil loin vers le nord, la nostalgie, les routes interminables vers des villes inconnues qui resteront à jamais anonymes, simplement des salles de concert pour un soir. Et au bout du chemin la mort qui vient bien trop tôt, emporter l’artiste comme elle en a tant emporté avant l’heure. Et Cyril chante « Oh death » comme d’autres chantent « Oh Lord » dans les églises.

J’aime trop cette musique pour rester insensible, elle m’emporte sur la route entre Le Nouvelle-Orléans et Natchez où j’ai voyagé juste le temps de découvrir les vestiges du temps où les « Bedaines de coton » exploitaient ceux qui devinrent les pères d’une musique qui inonda le monde. Et, j’ai vite fouillé dans mes vieux CD pour retrouver Lonnie Johnson, Leadbelly, Big Bill Bronzie, Billie Holiday et ses incroyables lamentations, Robert Johnson, Bessie Smith et tant d’autres…

Merci à tous ceux qui ont contribué à la création de ce magnifique moment de musique en couleur. Je crois que je vais garder ce document pour moi et que je le ferai écouter à mes petits-enfants seulement quand ils seront très très sages.

Le livre-disque sur Le Label dans la forêt

 

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On marche sur la tête !

Xavier STUBBE

Label Xavier Stubbe indépendant

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L’espace d’une quarantaine de minutes, en écoutant ce CD tout regardant les superbes illustrations de Charlotte Volta, je suis redevenu l’enfant friand de belles histoires que j’étais dans mon petit coin de campagne. Des histoires qu’on me racontait mais que bien vite j’ai su lire tout seul. Des histoires hélas sans musique car nous n’étions pas équipés pour en écouter et je ne sais si, à cette époque, il existait déjà des histoires et des chansons enregistrées pour les enfants. Peut-être que c’est dans ces moments de bonheur que j’ai puisé ma passion pour la lecture ! Alors si vous voulez que vos enfants lisent bien vite des belles histoires, écoutent de belles musiques, tout en regardant de belles images, offrez-leur ce livre-CD.

C’est tout d’abord un très bel objet cartonné qui compote un CD où Xavier Stubbe a enregistré treize chansons dont il a écrit la musique et les paroles, et un livret illustré qui, lui, comporte treize doubles pages, une par chanson, avec le texte des chansons et des illustrations de Charlotte Volta dans une mise en page très moderne qui plaira sans nul doute à nos petites et petits. Xavier et Charlotte se sont entourés de musiciens et d’autres talents encore pour fabriquer le plus joli album possible, l’album qui ravira nos enfants, petits-enfants pour moi, celui qu’ils regarderont sans jamais se lasser pendant des mois. Il va rejoindre la médiathèque que je prépare pour ma petite princesse qui nous a rejoints le mois dernier.

Sur une musique bien douce mais bien rythmée par des tambours feutrés, Xavier Stubbe chante des histoires pour les enfants d’aujourd’hui mais aussi pour les adultes qu’ils seront « En 2050 », des chansons qui racontent leur quotidien, ce qui les attend bientôt, des chansons drôles et même une « Chanson débile ». Et bien sûr la chanson éponyme, « On marche sur la tête ! », comme pour leur présenter dès maintenant des excuses pour leur avoir transmis un monde en si mauvais état.

Ce livre-CD, c’est un espace de poésie qu’on peut offrir en héritage à nos descendant afin qu’ils ne sombrent pas corps et âmes dans la société matérialiste des chiffres et des nombres, afin qu’ils puissent rêver encore d’un autre monde, d’un monde où on ne passe pas seulement son temps à compter ce qu’on a produit. Un monde où ils auraient le droit de ne pas tout savoir :

« J’sais pas, j’sais pas, j’sais pas

J’sais pas, j’sais pas, j’sais pas

C’est comme ça ! »

Le livre-cd sur le site de Xavier STUBBE

2019 – LECTURES FRAÎCHEUR : VERS BIEN FRAIS / Une chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

Le farniente sous un bel ombrage c’est aussi l’occasion de lire des vers, des vers bien frais évidemment, j’en ai trouvé chez Bleu d’encre et chez LansKine. Des vers de Patricia RYCKEWAERT qui évoquent sa quête de ses origines et des vers de Rim BATTAL qui parlent eux aussi des origines de leur auteur, des origines doubles qu’elle essaie de conserver en équilibre de part et d’autre de la Méditerrannée.

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Là d’où elle vient

Patricia RYCKEWAERT

Bleu d’encre

Ce recueil de poésie ne comporte presque que des poèmes qui commencent par « Elle vient de… ». Tous ces poèmes, mis bout à bout, pourraient être la recension d’une quête de ses origines effectuées par celle dont l’auteure aurait mis en vers la recherche. Ce texte est un voyage, l’odyssée intime d’une fille dans son passé, une introspection pour déceler les failles qui ont fait que son histoire l’a construite comme elle est devenue, à travers ceux qui l’ont conçue, ce qui l’a façonnée, ce qui l’a marquée, stigmatisée, à tout jamais.

Dans sa préface, Jean Lavoué parle de « texte de naissance » et que « C’est d’« elle » qu’il ne cesse d’être question dans ces lignes ». L’auteur place en exergue à ce recueil trois vers de son préfacier qui illustrent bien le propos qu’elle entend développer dans ce recueil :

« Ce qui est sûr

C’est que rien n’advient

Sans une déchirure. »

 

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Patricia Ryckewaert

Et ce sont ces déchirures que l’auteure explore en fouillant le passé de cette « Elle » jamais nommée qui pourrait être elle, ou une autre, peu importe pour le lecteur qui suivra le chemin de cette quête sur des vers brefs, fluides, elliptiques qui expriment les sensations, les sentiments, les impressions qui ont construit les certitudes qu’elle pense avoir décelée dans les failles de son passé.

« Elle vient de l’attente ».

« Elle vient d’un reste

d’une trace ».

« Elle vient du silence

autour ».

« Elle vient d’un pays ardent… »

« Elle vient du balancement

des hanches ».

« Elle vient d’une terre

où rien ne pousse ».

« Elle vient de la poésie qu’elle écrit

Les doigts enfouis dans la terre ».

Peut-être qu’elle vient d’ailleurs, qu’elle n’est pas née sur cette terre ou l’auteure écrit, qu’elle a éprouvé quelques douleurs à se construire dans ce pays mais elle ne le dira pas, l’auteure devra se contenter d’étudier les failles qu’elle a décelée dans ce parcours intime.

Et nous, nous saurons à coups sûrs qu’

« Elle vient du secret des failles

Où ça ruisselle et ça souffre ».

Le recueil sur Espace Livres et création

Revue et Editions Bleu d’Encre

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Transport commun

Rim BATTAL

LansKine

Née au Maroc, Rim Battal vit entre son pays natal et la France, elle a « Le sentiment d’être un nouveau colosse de Rhodes, certains jours – un pied de chaque côté de la méditerranée – d’autres, la sensation d’avoir le cul qui s’érode entre deux chaises ». Elle cherche à transmettre ses origines, les drames que vit le continent africain qu’elle évoque à travers les migrants qui s’entassent sur les rives de la Méditerranée avec l’espoir d’un jour trouver vie meilleure au-delà de la mer.

« Être à Tanger : tourner le dos aux hommes bafoués

Aux femmes blafardes

Aux enfants qui dorment le jour

Dans les bras de femmes bafouées

Aux enfants qui ont pour jouets des seringues d’éther

… »

L’Afrique qu’elle montre c’est celle des pauvres qui sont devenus spectacle pour les fortunés qui pensent soulager leur bonne conscience en leur offrant des babioles.

« Madame : regarde-nous moins, nous en serons plus beaux et plus heureux encore. »

Rim a aussi ses icônes, comme Melania (Trump) donnée au monstre par le couple Obama le jour du sacre, « C’est le sacre du pire », « Ils la conduisent/ ils la livrent /Belle à l’abattoir ». Melania pourrait soulager la misère mais elle est condamnée à l’inaction, « Elle a cinq langues dans la bouche : aucune ne remue ». métaphore pour évoquer tous ceux qui voudraient agir mais ne le peuvent.

 

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Rim Battal

Rim mène un combat pour « Résister à la tentation de l’Europe et de l’Afrique qui s’enfantent l’une l’autre inlassablement », afin de conserver sa double culture et de ne pas perdre de vue ceux qui ne peuvent pas sortir de leur misère. Elle écrit son texte comme elle voit son pays d’origine dans une grande pauvreté mais dans une tout aussi grande dignité. Elle est pauvre de mots comme les Africains sont pauvres de tout mais elle les choisit avec beaucoup de rigueur, les sélectionnant pour qu’ils disent le mieux et le plus avec une grande économie. Son texte, quelques mots dispersés mais très explicites, a la noble beauté des peuples premiers à la noblesse altière mais, vers la fin, il se déchire en éclats qui se dispersent sur la page comme les migrants qui courent en tout sens pour fuir le malheur.

Avec les quelques mots qu’elle a choisis, Rim raconte en quelques vers éclatés ses origines, le continent africain en grande souffrance, l’exil, la femme toujours première victime, l’enfant à venir mais aussi l’amour comme dernier espoir, la poésie comme certitude.

« Plus rien ne nous fera douter de ce poème ». Jamais nous ne douterons du talent de Rim, toujours nous écouterons son message.

Le recueil sur LansKine 

 

2019 – LECTURES FRAÎCHEUR : NOUVELLES FRAÎCHES / Une chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

Pour poursuivre nos séances de lectures à la fraîcheur d’un bel ombrage, j’ai choisi quelques nouvelles, des textes qu’on peut lire par petites séquences entrecoupées de quelques moments de rêverie ou de sommeil léger. J’ai ainsi visité la région de Dinant, entre Meuse et Lesse, avec Aurélien DONY, avant de parcourir un coin de Madagascar à la rencontre des textes de Ben ARÈS et de partir pour l’autre bout du monde à la rencontre des nouvelles de KIM Young-ha le grand écrivain coréen qui m’a déjà enchanté avec un roman magnifique. On peut voyager très loin et très longtemps sans quitter son ombrage préféré et son transat confortable.

 

Le cœur en Lesse

Aurélien DONY

M.E.O.

Le cœur en Lesse

J’ai lu bien des auteurs qui racontent avec un réel amour, une certaine affection et même une pointe de chauvinisme, leur pays natal, la terre qui colle sous leurs semelles, les premières sensations qu’ils ont éprouvées mais je crois que c’est la première fois que je lis les mots d’un auteur aussi jeune communiant en une telle symbiose avec ses origines. Aurélien semble bien jeune pour ressentir une telle nostalgie en retrouvant son pays après l’avoir quitté pour suivre quelques études, mais en rentrant chez lui, il redécouvre son enfance et son adolescence et tous les petits et grands bonheurs qu’elles comportaient mais aussi des souvenirs moins heureux. « Anseremme d’un côté, et c’est l’enfance ; Dinant de l’autre, et c’est l‘adolescence. Entre ces deux pôles, une infinité d’aventures banales qui ont façonné le cœur que je porte en dedans. »

Ainsi, il raconte, en une vingtaine de courtes nouvelles, ses souvenirs d’enfance et d’adolescence mais aussi le pays qu’il affectionne tant. La nature où il aimait se balader avec sa famille ou ses potes, ses « copères » comme on dit par là-bas, les rives et les flots de la Lesse à Anseremme, ceux de la Meuse à Dinant où un de ses personnages, son père ou son grand-père peut-être, faisait naviguer des bateaux pour les touristes. Il décrit aussi avec enthousiasme Dinant avec sa Citadelle (avec une majuscule réclame-t-il), sa collégiale, ses maisons alignées, sa croisette. Il fait vivre ou revivre ceux qui habitent cette ville, sa famille, ses copains d’enfance et tous les personnages qui donnent un caractère si particulier à la ville mais aussi à la bourgade d’Anseremme. Il ne faut surtout pas oublier les légendes notamment celle des quatre frères Aymon dont le cheval Bayard a façonné le rocher qui donne un cachet si pittoresque à Dinant. Sans ses légendes, la région serait banale, avec elle a un esprit, une âme, une histoire, elle s’inscrit dans le temps, le temps qui fait la nostalgie.

Aurélien Dony
Aurélien DONY

Cette poignée de nouvelles donnent envie de partir le plus vite possible à la découverte de cette région que les guides touristiques ne référencent pas souvent mais qui, sous la plume d’Aurélien, devient brusquement attractive, pleine de charme, magique. On a envie de chevaucher le cheval Bayard et de bondir sur les routes à la découverte de cette région qui semble enchanteresse sous la plume de l’auteur. Je savais qu’Aurélien avais du talent, j’ai déjà lu et commenté des poèmes qu’il a publiés ailleurs, mais dans ce recueil, j’ai découvert qu’en plus de son talent littéraire, il a une énorme sensibilité et une affection débordante pour son pays natal. Son texte est plein d’amour, de sensibilité et de poésie, il dégage une empathie qui invite à suivre l’auteur dans ses lignes et sur les chemins de son enfance et de son adolescence. Surtout, s’il se fond dans le personnage de Tom.

« Tom appartenait à la catégorie de jeunes hommes bercés par quelque conte d’enfance où les chevaliers terrassent les monstres, où le sorciers plient la fortune à leur nécessité, où la vertu est affaire de lance et de bouclier. »

Dinant, c’est peut-être le bout du mont comme le dit le père dans une nouvelle, « On est loin de tout. Pas un théâtre d’envergure, aucune maison de la poésie, pas d’offre culturelle – ou si peu ! ». Mais, à Dinant, il a une Citadelle, il a des légendes et peut-être aussi une certaine magie qui insuffle l’inspiration aux poètes, aux dramaturges et à tous ceux qui aiment écrire.

Le livre sur le site de l’éditeur 

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Les jours rouges

Ben ARÈS

M.E.O.

Les jours rouges

Dans la région de Tolaria, à Madagascar, où il réside, Ben Arès a écrit ce recueil de nouvelles qui raconte l’histoire de cette région où les jours sont rouges comme le rouge de la latérite. C’est aussi l’histoire du clan des « Mahafaly, les Bienheureux, les Réjouis venus de l’extrême sud » de l’île, le clan dont fait partie la fille qui partage sa vie. elle doit le présenter lui le vahaza à l’ensemble de la phratrie pour qu’elle donne son avis sur son acceptation dans le cercle familial au sens large du terme. L’arrivée de l’étranger est l’occasion d’une grande fête. Même s’ils sont pauvres, ces gens n’en n’ont pas moins le sens de l’excès, ils partagent tout, surtout ce que l’étranger apporte pour s’acquitter de son droit à séduire une fille du clan. Malgré leur grand dénuement, ils acceptent avec bonne humeur le sort qui leur est réservé. Quand les jours sont favorables, comme quand la pluie tant attendue détruit tout mais apporte la vie, ils font la fête en buvant et mangeant immodérément au son de la musique traditionnelle.

Ben Arès utilise un langage simple, coloré, empreint de termes locaux, un langage où l’on sent dans le rythme, la construction des phrases, la structuration des idées, l’influence de la tradition orale, du palabre interminable, du palabre qui tient lieu de média, qui constitue le débat nécessaire avant toute prise de décision. Dans cette écriture, Ben Arès raconte l’arrivée de l’étranger dans le clan, l’accueil qu’’on lui réserve, sa relation avec une fille de la famille, l’arrivée de l’enfant, le travail, la pénurie dont on  s’accommode, la fête qu’on fait à chaque occasion, le malade qu’il faut arracher à la sorcellerie pour le confier à la médecine, le couple qui se défait, les mères qui doivent se débrouiller pour nourrir les enfants, les femmes qui sont toujours les perdantes. Et le rêve de partir vers une grande ville et ses lumières avec tous les risques que cela comporte, le rêve qui se heurte au désir de conserver le confort médiocre et sécuritaire de la vie dans le clan. La tradition triomphe encore très souvent du progrès technique, du désir de tout ce qui brille et rend la vie plus facile. Le poids de l’obscurantisme des croyances rituelles est très lourd surtout quand il s’accommode si bien des diverses religions importées sur l’île.

Ben Arès
Ben ARÈS

Ben Arès raconte la vie de ces gens qui, malgré une grande pauvreté et bien des misères, affrontent la vie avec calme et sérénité, acceptant ce que leurs dieux, celui des étrangers et les forces de la nature leur envoient. Il dénonce le discours des autorités qui cherchent à imputer à d’hypothétiques querelles ethniques toute la misère qui sévit sur l’île masquant ainsi leur incapacité et leurs malversations. Même si elles n’ont pas la chance d’accéder à l’instruction minimale, ces populations ont un grand bon sens et ne se fient qu’à ce qu’elles ont appris elles-mêmes par expérience ou par la voix des anciens. Elles se moquent de nos concepts auxquels elles n’entendent rien, « Comme ma sœur. Comme ma mère et la mère de ma mère ou de mon père. Je ne m’encombre guère des questions idiotes sur l’inné et l’acquis … La vie est ce qu’elle est … Et je n’ai aucune idée de ce que ce mot sans fond de Morale veut dire ».

A Tolaria, la philosophie est simple : « un homme qui court, qui craint le temps et jamais ne s’arrête est un homme mort ; d’autre part, celui qui feint de subir les désagréments de la lenteur pour mieux en tirer profit et justifier ses dépenses ni vues ni connues est sans conteste un enfant de salaud ». Une philosophie que nos civilisations agitées devraient méditer.

Le livre sur le site de l’éditeur

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Deux personnes seules au monde

KIM Young-ha

Editions Picquier

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Kim Young-ha est l’une de mes portes d’entrées dans la littérature coréenne moderne, avant de le découvrir, j’avais déjà lu quelques livres d’auteurs coréens mais je n’avais pas vraiment accroché, je trouvais leurs textes très elliptiques, pas facile à en percer le sens profond. Après avoir lu « Ma mémoire assassine » de Kim Young-ha, je suis entré dans un autre monde, j’ai découvert d’autres auteurs sortant d’une littérature un peu fossilisée, proposant des textes novateurs. Le présent recueil se situe dans cette droite ligne littéraire, dans ce recueil, l’auteur propose trois nouvelles écrites avec la même virtuosité que son roman cité ci-dessus.

La deuxième nouvelle est particulièrement remarquable, l’auteur y déploie toute sa virtuosité pour construire une intrigue particulièrement sophistiquée. Une intrique qui démonte la machination machiavélique qu’un éditeur a élaborée pour se débarrasser de son écrivain vedette devenu trop coûteux pour ce qu’il produit ou ne veut même plus produire. Ce texte comblera les amateurs de romans le plus noirs qui soient, tant l’intrigue y est machiavélique. Cette nouvelle commence par le récit de la visite chez son psychiatre d’un patient qui se prend pour un épi de maïs.

« Que vous arrive-t-il ? l’interrogea le psychiatre.

  • Je suis poursuivi par des poules. J’ai tellement peur. »

… d’une voix douce, son psy tenta de le rassurer.

  • Vous n’êtes pas un épi de maïs, vous êtes un homme. Vous le savez, n’est-ce pas ?
  • Moi, je le sais bien sûr, mais elles, docteur ?»

Dans cette nouvelle où l’on ne sait plus qui manipule qui, l’écrivain en panne d’imagination comprend vite qu’il est l’épi de maïs qu’un gros gallinacée voudrait bien picorer mais l’homme de lettres peut comprendre les coups les plus tordus. Il a l’esprit plus affûté que l’assassin le plus machiavélique qui soit.

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KIM Young-ha

Les deux autres nouvelles ne manquent pas d’intérêt elles aussi. L’une raconte comment un père écrase totalement sa fille préférée qui ne trouve sa voie dans la vie qu’après le décès de celui-ci. L’autre raconte l’histoire bien pathétique d’un couple qui s’est fait ravir son enfant unique et qui ne le récupère que quand l’épouse a sombré dans la folie et que l’enfant devenu adolescent refuse cette famille invivable qu’il ne connait pas entraînant une chute tout à fait inattendue.

Incontestablement Kim Young-ha est un grand écrivain, un grand conteur, il sait construire des intrigues très sophistiquées dans lesquelles il égare le lecteur le plus attentif pour le surprendre par une chute des plus inattendues.

Le livre sur le site de l’éditeur