CARRÉS POÉTIQUES/1 par un collectif de 80 AUTEURS (Jacques Flament Alternative Éditoriale), une lecture de Nathalie Delhaye

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Nathalie DELHAYE

Poésie au carré

Le 20 décembre de l’an de grâce 2017, le soussigné FLAMENT, éditeur indépendant engagé de plein droit et sans contrainte, dans une pure démarche créative éditoriale a déclaré existant le concept de CARRÉ POÉTIQUE à l’usage du commun des mortels. En ce sens, il s’adresse à chaque être de ce bas monde qui, l’ayant ou non déjà éprouvé par l’attitude et par l’esprit, est convaincu que dort en lui un individu inspiré capable d’exprimer par le texte sa poésie latente.
Chaque texte est riche de 620 caractères, espaces comprises, qui s’étagent en 20 lignes de 31 signes pour former un carré parfait de 10 centimètres de côté lorsqu’il est couché sur le papier.
Les symboles . (point) représentent un espace entre mots ou lettres uniques.
Les symboles / (slash) représentent la respiration entre entités qu’ils enserrent à la lecture orale du texte.
Toute majuscule et toute ponctuation (hormis ces symboles) sont bannies des textes reproduits, exceptés les traits d’union et apostrophes.

Cette annonce pour le moins surprenante a séduit plus de 80 auteurs, certains confirmés, d’autres en herbe, qui se sont frottés à cet exercice de math pour le moins étrange.
L’affaire n’est pas simple et le formalisme a dû en décourager plus d’un, mais au final les textes composant ce recueil particulier offrent tous un certain panache. De la plus terre à terre à la plus onirique, de la plus romantique à la plus sensuelle, chaque carré est composé de cette matière en voie de disparition, qui se nomme « poésie », et qui visiblement compte nombre de défenseurs.
A commencer par Jacques Flament, éditeur singulier dont on ne peut que louer l’initiative, qui ouvre les portes d’une parution à tout un chacun qui s’essaie à la difficulté, afin de charmer le comité de lecture et faire partie des heureux élus.
Bravo à cette union des compositions, les écrits balbutiants côtoient les plus assurés, les textes se font face sous le même format, chacun(e) apporte sa touche de fantaisie pour animer ce kaléidoscope.

C’est beau, c’est innovant, ce regard différent sur la littérature et cette ouverture d’esprit.

Un exemple, pour assouvir votre curiosité, de ces textes au carré, certes difficile à réaliser graphiquement ici :

bulles.d’oxygène.je.veux.encore
/sentir.mon.coeur.apaisé/esprit
.embué.par.tes.paroles.entends.
mon.coeur.se.fondre/mon.âme.tou
rmentée.retrouve.l’envie/l’oeil
.éteint.se.rallume.et.je.sens.l
a.vie.reprendre.ses.droits/guér
is.mon.corps.malade.et.ma.peau.
abïmée/pose.un.voile.de.douceur
.prends.ma.main/que.ton.flux.ra
ssurant.me.ravive.le.sang/pour.
respirer.toujours.penser.aux.le
ndemains/voir.cet.enfant.qui.jo
ue.me.tendre.les.bras.et.me.sou
rire.m’emporter.jusqu’à.la.mer/
celle.qui.faillit.m’emmener.là-
bas/je.ne.serais.pas.revenue.sa
ns.bulles.d’oxygène.sans.toi.po
ur.me.les.insuffler/je.sens.sur
.mes.pieds.les.vagues.et.je.vis

Les 80 contributeurs du numéro 1 (par ordre alphabétique)

ALLARD Eric – ASSIER Angélique – BIRNBAUM Daniel – BITOUZET Sophie – BOSHA Anne -Claire – BOUTIAU Nathalie – BOUTIN Patrick – CALLÈS Alain – CAMUS Benoît – CAUDA Jacques – CART-TANNEUR Emmanuelle –  CAZENAVE-SIRKIS Serge – COLAUX Denys-Louis – COMMINES Anne de – CRUMIERE Martine – DAUSSE Eric – DELHAYE Frédéric – DELOCHE Marie-Philippe – DESGUIN Carine-Laure – DORPE Valérie – DUC Hélène – DUBOIS Véronique – EMERY Alain – FALBET-DESMOULIN Corinne – FAURE Olivier -FIERENS Roseline – FLAMENT Jacques – FRANCEUS Sylvie – GARNIER Pascale-Maud – GENET Christiane – GILARD Nadia – GIRAUD Roland – GRISON Laurent – GUILLEMIN Laurence – HARCHINSPERO Eliot – HELD Jeanne-Valérie – HENRY Gabriel – HERNANDEZ Betty – HOCHART Laurence – JACQUET Jean-Claude – JUBIN Loïc – JUSSEL Jinou – KABACH Abel – LAMACCHIA Anthony – LAUDEC Eve – LEZNOD Jean – LILLO Sandra – LITIQUE Laurence – LOUSSAULT Elisabeth – MANGANO José – MARKO Charles – MERLAND Cédric – MIKOLAJCZAK Cyril – NOSSAM Sellig – OSSARD Jérôme – PAGE André – PALAYRET Nathalie – PAUTARD Sandrine – PEREOL Orélien – PERROTIN Florence – PLANCHON Claude-Alain – POLLET Véronique – POURCHAYRE Thomas – PROTCHE Sylvie – RADIÈRE Thiery – RÉMOND Olivier – ROBERT Catherine – ROUHART Martine – SEIGNEURIC Jean-Baptiste – SILBERSTEIN Martine – SILION Keila – TELLIER Mélanie – TEYSSANDIER François – TONIELLO Florent – VASSEL Bernard – VERDIÈRE Sylvain René de la – VERNEUIL Isabelle – VICTORRI GASSMANN Nathalie – WARONSKI Sandrine

Les Carrés Poétique/1 sur le site de l’éditeur

Les Carrés Poétiques/2 sur le site de l’éditeur

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LES LECTURES D’EDI-PHIL #3 (août 2018): COUP DE PROJO SUR LE MONDE DES LETTRES BELGES FRANCOPHONES

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Philippe REMY-WILKIN

Les Lectures d’Edi-Phil

Numéro 3 (août 2018)

Coup de projo sur le monde des Lettres belges francophones

sans tabou ni totem, bienveillant mais piquant…

A l’affiche : trois romans (Bernard Antoine, Vincent Engel et Eric Russon) mais aussi un recueil de poésies (Marie-Clotilde Roose) et une revue sportive culturalisée ; les maisons d’édition Murmure des Soirs, Ker, Robert Laffont et Brandes.

 

(1)

Bernard Antoine, Pur et nu, roman, Murmure des Soirs, 2018, 432 pages.

Il se passe quelque chose chez Murmure, c’est-à-dire chez Françoise Salmon. Comme je l’évoquais dans le numéro 2 de cette mini-revue, j’ai eu le privilège de recevoir en pré-lecture (en ligne) un roman à paraître, puissant et captivant, de Jean-Marc Rigaux. Mais… résonnez, trompettes !… celui Bernard Antoine sidère lui aussi. Au premier contact, de par son épaisseur. Au deuxième, de par sa valeur intrinsèque. Et, d’un coup, à 62 ans, avec un premier roman, ce nouvel auteur laisse sur place, dans la montée vers l’Olympe de nos Lettres, une majorité de ses collègues, certains appuyant pourtant sur les pédales de l’inspiration depuis des décennies.

Il ne m’a fallu que quelques pages. Je me suis arrêté. « Mais… c’est vraiment très bon ! » Bien ou très bien écrit, et ce dans tous les registres (narration animée, dialogues, sentences philosophiques), sans AUCUNE faiblesse, je veux dire un passage mal syntaxé, un peu lourd, un peu naïf, un peu mou ou lent… Non, c’est impec, hyper pro… Bref, bluffant !

Le pitch ? Un homme meurt, Egide, en faisant l’amour à une call girl de haute volée, Ana, qui est aussi une amie. Le fils, Thomas, accourt, un type à la dérive, qui ne sait plus trop où situer sa vie, ses relations, ses sentiments, il rencontre la dame, classieuse, troublante. Ca pourrait impasser en roman de mœurs à la française mais non, Ana a reçu trois lettres d’Egide, l’une pour elle, la deuxième pour son fils, la troisième pour une énigmatique Alessia. Qu’il s’agirait de retrouver. Et là… on bascule dans le suspense, un soupçon de thriller mais très vite aussi dans un roman historique et un road movie.

Thomas et Ana vont décider de se rendre en Italie, y entamer une quête qui conjugue mystères et existentiel. Mais d’autres fils se déroulent, un arrière-plan, qui ramènera au premier, on s’en doute. Direction les années 70 et le sillage de… la Bande à Baader/Meinhoff, de sinistre mémoire, une jeunesse d’extrême-gauche, en révolte contre le système, qui finit par élire la violence comme outil de réalisation. S’entrouvre un tout autre horizon, avec Birgit et Mattias, deux jeunes intellectuels norvégiens attirés par ce qui se passe en Allemagne, des considérations sur l’engagement et ses impostures, ses nuances, des amours contrariées, des drames, des secrets politiques, en clair un sillon mêlant histoire et sociologie, qui va mener jusqu’en Israël, en Bulgarie, etc.

Epatant !

A mettre en exergue, de longs passages d’action pure, dans la grande tradition du thriller à l’anglo-saxonne, passionnants, haletants :

« – Tu fermes ta gueule ou je t’étrangle, souffla-t-il. Je te jure qu’au moindre cri je te tue et je te balance par la fenêtre…

Elle ne bougea pas. De toute façon, elle n’aurait pas pu émettre le moindre son. Ses poumons brûlaient. Elle ne voyait que le visage de Sumorov, ses pupilles dilatées, ses narines pincées, son front luisant. Sa main quitta sa bouche, lui laissant un goût de nicotine salée sur les lèvres, puis elle glissa vers son cou qu’elle comprima, lentement. Il la regardait étouffer avec volupté (…) »

Avec le contrepoint de tirades dignes d’essais, comme dans ce bref extrait d’une analyse détonante courant sur plusieurs pages :

« Nous ne parvenons plus à produire ni sens ni signification. Notre aliénation n’a cessé de progresser jusqu’à l’emballement, les forces naturelles du marché ont expulsé l’Homme de lui-même, elles se sont substituées à sa capacité à se représenter comme sujet de l’Histoire. »

Très léger bémol : le roman est si riche qu’on peine à assimiler le rapport à des considérations mystico-philosophiques autour d’Hadewych d’Anvers, qu’on évacue allègrement en cours de lecture.

Bernard Antoine

Enthousiaste, j’ai écrit à l’auteur pour en savoir plus long sur son rapport à l’écriture, comment il en était arrivé à ce premier roman.

Sa réponse :

« Envisager mon rapport à l’écriture implique d’abord de considérer mon rapport à la lecture. Je suis un grand lecteur notamment de littérature américaine. Je tiens Philip Roth pour un des cinq grands écrivains du siècle. J’aime la fiction, les romans qui racontent et qui emportent le lecteur, les romans qui osent le souffle, qui nous arrachent à nos routines et à nos obsessions nombrilistes.

Dans Pur et nu, j’ai eu envie de raconter une histoire de femmes, de trois femmes qui se relèvent… J’ai voulu écrire sur la violence et sur les choix qui déterminent nos existences et qui impactent d’autres vies. J’ai tenté de poser la question de la rédemption en même temps que celle du temps qui efface ou non.

Ecrire m’est venu assez naturellement même si je publie mon premier roman relativement tard. Sans doute le temps a-t-il eu quelque influence d’ailleurs sur mes choix stylistiques, sur la construction du récit dont il arrive qu’on souligne la complexité… Mais j’ai aimé faire dialoguer deux époques et relever les synchronies, les coïncidences, les concordances, jouer avec les effets du hasard, avec les identités concomitantes, les échos du temps qui passe. J’ai également construit une sorte de jeu très conscient entre le lecteur et moi-même : qu’est-ce qui relève de la fiction, de mon imagination et qu’est-ce qui relève de la vérité factuelle ? Je sais maintenant que ce pari est gagné car la plupart des lecteurs qui m’écrivent m’avouent avoir passé beaucoup de temps sur le net dans le but de faire la part des choses, la part entre fiction et Histoire. »

Une (grosse) découverte !

Le roman sur le site du MURMURE DES SOIRS

 

(2)

Vincent Engel, Alma Viva, roman, Ker, 2018, 194 pages.

Alma Viva

En fait… 164 pages pour le roman, qui est suivi d’un monologue, Viva, en onze scènes, créé par Pietro Pizzuti en novembre 2017.

Les premières pages m’ont ramené à une lecture récente, le dernier Claude Raucy, publié chez MEO et évoqué dans mon numéro 2. Deux romans historiques assez courts et enjoués qui projettent dans la Venise des doges (à deux siècles d’intervalle… qui ne se sentent pas) tout en étant centrés sur une grande figure musicale (Willaert pour Raucy, Vivaldi pour Engel) embourbée dans des intrigues entravant la bonne marche du génie.

Nous voilà en 1740. Un Vivaldi vieilli et tourmenté n’en peut plus de devoir en découdre avec de médiocres Governatori, les contingences mesquines des politiques et des administratifs quand il ne lui importe que de créer. D’autant qu’il se trouve à un moment clé de sa vie, lacéré par un échec récent, la sensation qu’on le juge dépassé, blessé par les rumeurs qui courent à son endroit (un prêtre qui ne prononce jamais la messe et préfère cueillir les faveurs de ses jeunes élèves de la Pieta), s’arcboutant à un projet d’opéra qui devrait remettre son talent au frontispice de l’actualité et de la gloire. Que doit-il faire ? Quitter sa Venise adorée mais ingrate pour aller au loin humer le vent de la reconnaissance ? Mais ses protégées, leur avenir, quand l’une veut intégrer les ordres, une autre embrasser à tout prix la carrière de chanteuse plutôt qu’un mari ?

L’écriture est fluide, agréable, la narration gouleyante :

« Don Antonio passe ses journées en somnambule. Il a essayé le vin puis l’abstinence. Il a convaincu Anzoletta, une jeune violoniste, de le rejoindre à la nuit tombée, mais en a éprouvé un tel dégoût qu’il l’a renvoyée dans son alcôve à peine s’était-il étendu à côté de la jeune fille dénudée. »

Le tout a des allures de musique… vivaldienne. Ce qui me décontenance, admirant Vincent Engel comme l’un des plus beaux intellectuels de notre pays, ayant lu de lui, chez Ker encore, un livre nettement plus vénéneux et tendu, Les Diaboliques. Mais je m’adapte au ton différent, doux-amer, lève la tête vers les deux Canaletto qui phagocytent les espaces libres de mon bureau… quand, soudain, je retrouve un auteur plus conforme à mes attentes, un moraliste philosophant avec bonheur :

« (…) on n’est jamais trahi que par soi-même. La déception est le reflet de la confiance excessive que l’on accorde aux autres. (…) Ne s’attendre à rien, et prendre tout ce qui se présente comme un cadeau inespéré. »

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Vincent Engel

In fine, Engel rame à contre-courant des modes, des facilités égocentrées et des outrances racoleuses, ses plongées dans le passé échappent aux pesanteurs d’hier et d’aujourd’hui pour ciseler des pages atemporelles. Où il est question de rêverie exotique et érotique, des solitudes, aveuglements et courages des créateurs, de la difficulté du vieillissement et de l’oubli, du point final.

Du coup, je tends la main vers ma CDthèque, exhume le Nisi Dominus et le Stabat mater, parcours leur livret, imagine Rousseau se pâmant devant les concerts donnés par les Scuole, ces maisons de charité où on éduquait des jeunes filles pauvres, qui jouaient et chantaient derrière des grilles. Le décor de notre roman !

Dans la foulée, je m’attaque à la pièce qui suit le roman, un monologue qui réécrit brillamment celui-ci. Le niveau de langue, déjà élevé précédemment, monte encore d’un cran mais le dit se relève aussi plus intense :

« Dieu, ce passage… Je l’attendais la gorge serrée. J’ai composé sans chercher à entendre, je voulais découvrir ce chant par la grâce de ton instrument, de ton souffle, du ballet de ton corps qui danse, insouciant, tandis que tes doigts et ta bouche enfantent… Ces notes, imperceptiblement peut-être, ont déjà modifié la couleur du ciel de Venise. Ce matin, un peintre au bord du canal s’étonnera d’un éclat insoupçonné la veille, et il sourira. T’entendra-t-il ? »

Mise en abyme ?

Voir les réflexions de l’auteur sur la recherche d’une écriture musicale, ce qu’il a voulu réaliser ou éviter : https://www.vincent-engel.com/alma-viva

Le roman sur le site des Editions KER

 

(3)

Eric Russon, Bissextile, roman, Robert Laffont, Paris, 2018, 354 pages.

Bissextile

Après Sébastien Ministru et en attendant Jérôme Colin ou Myriam Leroy, je poursuis ma lecture de ces journalistes (culturels) belges croisés à la télé, à la radio qui se retrouvent publiés en France. Histoire d’y décrypter d’éventuelles convergences, un phénomène en amont et en aval. Leurs travaux présentent-ils des points communs ? Leur impact médiatique cèle-t-il des lacunes qui seraient pour d’autres (non médiatisés) rédhibitoires ? La curiosité pure me guide, si, si, loin de toute volonté de passer la brosse à reluire ou de céder, a contrario, au lynchage orchestré par certains puristes/jaloux.

Il m’a fallu quelques pages pour digérer un style amenuisant les envolées ou, réglant la mire des paramètres à l’aune du genre entrevu (le thriller), un rythme narratif cabotant loin du grand large et des ouragans d’un Ellroy mais tout autant des rebondissements et tarabiscotages trop construits d’une Higgins-Clark ou d’une Agatha.

Pourtant, une évidence retourne vite cette esquisse très partielle et partiale : je me réfugie chaque soir sous ma pergola pour retrouver Sarah, son mari Nicolas et leur fils Jérôme, me demandant ce qui les attend. C’est qu’à dire le vrai… si l’intrigue s’installe confortablement et sans secousse sismique, elle ne connaît aucun temps mort et progresse sans cesse, et on lit toujours agréablement un récit fluide, où les différents fils convergent habilement.

Mais de quoi parle-t-on, me direz-vous ? Le pitch !

On est dans un futur assez proche, après la promulgation d’une loi, La Loi, qui interdit d’avoir plus d’un enfant, dans une société assez pareille à la nôtre, où les boucs-émissaires du jour sont les Déviants, que la police traque, soutenue par un espionnage organisé, la délation, envoyant les nouveau-nés excédentaires dans des familles d’accueil et emprisonnant les rebelles.

Sarah, l’héroïne, bientôt quarante-ans (née un 29 février !) ; travaille comme médecin dans un hôpital et mène une vie rangée, délavée par le quotidien, l’ambition du mari. Quand sa mère agonise. Quand une domestique très étrange de celle-ci, trop dévouée et trop discrète, Elise, la prévient, tentant de les rapprocher in extremis. C’est que Sarah a une faille. Elle n’a pas eu d’enfance ou une enfance atroce, elle s’est enfuie vers seize ans loin de cette mère haïe, qu’elle n’a jamais revue, une gloire mondiale pourtant, une violoncelliste.

Ebauche d’un roman de mœurs qui se colorie rapidement d’accents policiers avant de tendre vers le thriller.

Car il y a un Plan, orchestré par Elise, pour une autre personne, plus inquiétante encore. Un Plan pour la ramener vers sa mère puis vers la maison dont elle hérite. Pourquoi ? D’autres fils apportent leurs contrepoints à l’intrigue : un mystérieux correspondant envoie des photos à Sarah, comme des pièces de puzzle, Aline, sa meilleure amie, lui demande son aide pour contourner la Loi et mettre au monde un deuxième enfant.

A partir du moment où le trio familial Sarah-Nicolas-Jérôme s’installe dans l’immense propriété littorale de la grande Lucie Beaumont, l’étau se resserre. Jusqu’à…

N’en disons pas plus sur l’intrigue. Sinon pour la saupoudrer de réminiscences gothiques (de grands romans anglo-saxons comme Rebecca ou Jane Eyre !). Le suspense ne retombera pas avant la dernière page. Autant en profiter !

J’ai lu avec plaisir, je me suis posé quelques questions sur des points de morale (soumission et résistance, difficulté ou ambigüité des choix, limites de la réalisation, de l’organisation, etc.), je ne me suis pas ennuyé une minute… et j’ai même été troublé/questionné quant à mes rapports avec ma propre histoire familiale.

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Éric Russon

Le deuxième roman d’Eric Russon est donc une réussite. Et on admirera que cet homme, habitué à côtoyer les plus grands créateurs, ne sur-joue jamais. Non, il s’échine à bien écrire comme on arbitre bien, c’est-à-dire via la voie de la discrétion, de l’effacement de l’outil au service du récit :

« La meute doit avancer. Elle ne dispose que de quelques minutes pour se rendre maîtresse des lieux, s’assurer que chaque mètre carré soit sécurisé. L’opération est retransmise en direct par la chaîne fédérale d’informations continue, qui la diffuse sur des milliers d’écrans, dans la plupart des lieux publics. L’hallali est un spectacle qui rencontre toujours une belle audience. »

Une piste pour notre analyse collective ? Ministru aussi se montrait simple mais fluide (voir notre numéro 1), tout entier à son contenu. Un trait de personnalité ou l’influence d’un métier de communication ? Et les relations des héros des deux livres avec un géniteur point de référence… non revendiqué ? Ce qui était le cas, aussi, de l’excellent Rosa du bloggeur/journaliste Marcel Sel… Hasard ? Air du temps ? Ou… ?

Le roman sur le site des Editions Robert Laffont

 

(4)

Marie-Clotilde Roose, Les Chemins de Patience, recueil de poésies, Brandes, 2004.

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Marie-Clotilde Roose

Je lâche l’actualité, soit, avec ce petit livre… sans numéros de pages mais bel objet, qu’un déménagement/rangement a libéré d’une oubliette creusée dans notre bibliothèque.

Des pages d’une grande délicatesse, où les sens, la syntaxe et les mots, la mise en lignes (hélas intraduisible ici) décapent et élèvent. Il me semble saisir la destination de la poésie, en goûter la saveur :

« Ponctuée de quelques

feuilles sombres

une page où inscrire

avec une encre blanche

l’indicible parole. »

Ou :

« Cet éclat particulier

de la lumière

quand le soleil traverse

un vitrail.

Vieil or, ténu

poudroyant l’espace. »

Ou :

« Ecrire pour fixer l’instant

de la rose

(Peux-tu encore parler

de la rose ?)

qui de l’éclosion

au déclin

offre l’image tremblante

et tremblée

du désir. »

Je connais l’autrice (NDA : je parle féministe !) comme philosophe, intellectuelle, animatrice et modératrice. Mais il faut se défier de toute étiquette, de tout amenuisement d’une personnalité, oser découvrir cette inclination pour la nature, le soleil, le ciel, la sensation pure :

« Mon corps gît sur la dune.

Coule en cette blondeur

en sa combe profonde.

Poids d’or sous le soleil. »

Ou :

« Se sentir le fruit dernier

d’une si lourde branche.

N’avoir à soi que la pulpe

assoiffant les langues.

Refusant la promesse

des semences

Pour la jouissance d’être

chair en bouche.

Jamais

en terre. »

Une aspiration à s’arracher au médiocre, à la mort qui nous embourbe dès la vie pour pleinement exister, essayer, ne serait-ce qu’un instant, s’il est sublime ?

Certains passages effleurent la perfection, et flotte une note de Mallarmé ou Baudelaire, une quête absolue de l’Idéal :

« L’œil sombre de la montagne

Fixe une dernière fois

La neige qui meurt.

On dirait qu’elle pleure

ombrageuse

sa beauté pure enfuie. »

Jusqu’à toucher au secret de la vie, du bonheur ?

« Je suis venue secrètement

m’agenouiller dans ton regard.

Les mains pleines d’offrandes

que sont ces fragments d’existence.

Certains ne valent qu’un sourire,

d’autres encore moins.

Toi seul peux les transmuer

En or, myrrhe et encens. »

Il va sans dire qu’après avoir lu des Lison-Leroy, Leuckx et Roose, j’ai écarté plusieurs recueils de poésies, je ne prise guère aller à rebours.

Le site des Editions Brandes

 

(5)

Courts, numéro 1, printemps 2018, 112 pages.

Et si j’osais ? Livrer quelques lignes sur une… revue de tennis ? J’ose car je le désire. Pourquoi ? Parce qu’un Bruxellois a eu la percutante idée d’être très ambitieux et ce doublement : en allant à l’assaut du marché français (la revue se vend lors des tournois de Monaco ou Roland-Garros) mais aussi en choisissant la carte du haut de gamme, avec une mise en page soignée (Mona Habibizadeh), un accompagnement rédactionnel (Lorent Corbeel, philologue, boss de la plateforme Karoo) issu du domaine culturel.

Au fond, tout est dit dès la couverture : la photo est superbe, artistique, décalée ; le sous-titre La revue qui prolonge l’échange ouvre l’horizon tout autant… que la savane africaine où se dresse un… court. La suite est à l’avenant, le sportif, une fois n’est pas coutume, laisse filtrer des allusions à la littérature ou la philosophie mais, surtout, s’arcboute sur des livres scientifiques qui ne se limitent pas à l’univers francophone.

L’édito (du fondateur Laurent Van Reepinghen) est remarquable, tout comme le texte/hommage consacré à Federer, les articles ont un parfum de journalisme d’investigation et s’avèrent tous (très)

intéressants, qu’il s’agisse d’évoquer le flow, les dessous historiques des marques, l’avènement du circuit pro ou les polémiques sur le tennis féminin. Plus traditionnel mais imparable : la présentation d’un des plus grands espoirs du tennis mondial, Shapovalov.

Bref, un très bel objet qu’on rangera dans la bibliothèque. Ou qu’on offrira !

Le numéro 2 de ce trimestriel sortira en été.

Voir : https://www.facebook.com/profile.php?id=166935993929734&ref=br_rs ou www.courts-mag.com

Edi-Phil RW

Le site de Philippe REMY-WILKIN 

DIE STRASSE : FUIR, MAIS OÙ ? – un article de Julien-Paul Remy

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Julien-Paul REMY

Le spectacle nocturne de « performance urbaine » Die Strasse nous plonge dans une expérience artistique et sensorielle inédite en arrachant le théâtre à ses gonds pour le propulser vers l’extérieur, sur le devant d’une scène d’un genre particulier, la vie. En plein dans la cohue vrombissante et sur les pavés irréguliers et coupants, où rôde le danger de la chute, pour le corps de l’interprète exposé aux blessures et pour le spectacle rendu vulnérable par les codes du Dehors, l’imprévu et la rupture.

Au centre de ce mouvement de décentrement, une thématique logée au plus profond de l’humain : le désir et la capacité de dire « Non ». S’extirper de la dynamique cyclique des choses, nier une certaine vie pour en affirmer une autre. Placer la qualité de la vie au-delà de son simple maintien, s’opposer au destin pour s’échiner à créer le sien. Fuir ce qui nous rend étranger à nous-mêmes.

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© Aline Fournier

Comment recréer les conditions d’un spectacle de danse-théâtre dans la jungle urbaine, le chaos du réel traversé d’innombrables flux de badauds et festivaliers en tout genre ? Comment instiller de la continuité dans la discontinuité, de l’ordre dans le désordre, du silence dans le magma sonore, de la lenteur dans la frénésie, de l’immobilité dans le fouet du mouvement exalté ? En ramenant le spectacle vivant à l’essentiel : bande sonore (casque audio vissé sur la tête des spectateurs), perche, projecteur lumière, corps des deux interprètes et regard du public.

De l’enceinte du Théâtre 11 • Gilgamesh Belleville, le public itinérant accompagne un responsable à travers les rues de l’Avignon intra-muros jusqu’au pied d’un immeuble où, adossée à un mur et l’air hagard, une jeune femme à l’allure rebelle et vêtue de noir grille une cigarette pour masquer son impatience. Elle ne veut plus attendre. Elle a déjà trop attendu. Il est temps de ne plus attendre. Elle ne peut obtenir ce qu’elle attend de la vie en attendant.

Surgit une autre femme. La voix off nous apprend que ces deux anges de la nuit souffrent d’un sentiment d’abandon, de rejet et de perte. Relations ratées avec la figure paternelle, échecs amoureux. Que leur reste-t-il pour affronter le vide ? Leur corps. Leur volonté. Et une valise. Elles s’emparent de ces deux matériaux et plongent dans le labyrinthe de la ville, se perdant, se retrouvant, nous perdant, nous retrouvant, sillonnant les intestins de pavés comme l’eau s’infiltre dans un château de sable pour ensuite se retirer. Marée haute tendant vers la liberté, marée basse ramenée vers la nasse du destin. La valise se fait, puis se défait. Se refait, est re-défaite. Un bras de fer incessant entre liberté et aliénation, entre passé et avenir. A la narration en voix off des débuts succèdent quelques éclats de parole intermittents, l’essentiel du spectacle se donnant à voir plus qu’à écouter (le casque audio ne vise pas tant à véhiculer un contenu sonore qu’à supprimer et masquer le brouhaha de l’extérieur, le tumulte de la foule d’Avignon, afin de recréer une forme de silence sonore nécessaire pour saisir l’aura du spectacle et instiller un espace d’intimité) : l’expression d’une quête existentielle par le biais de deux corps dansant, rampant, trébuchant, s’entrechoquant, s’unissant, avançant, reculant, sautant, se figeant et se faufilant dans le dédale des rues. Alternant la cadence de l’urgence et la lenteur du silence, le poids de la violence et la légèreté de la douceur. Culminant dans une scène ultime à l’extérieur des remparts (symbole d’enfermement et d’aliénation) d’Avignon, dans un désert de silence tragique.

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© Aline Fournier

Le public se sent rapidement pris au piège car les codes traditionnels du spectacle volent en éclats : Où regarder ? Comment se positionner ? Comment regarder l’action sans l’entraver ? Courir lorsque les interprètes courent, marcher lorsqu’elles marchent ? Vivre ce spectacle à son propre rythme ou bien vivre le spectacle au rythme imposé ? Qu’est-ce que le spectacle attend de moi, public ? Comment assumer ma liberté et ma responsabilité ? Où suis-je ? Dans une réalité fictive ? Dans une fiction réelle ?

Die strasse. La rue. A la fois lieu et mouvement, contenant et contenu, décor englobant l’action et impulsion de l’action, la rue incarne la quête et le lieu de cette quête. Le spectacle évoque une version radicalisée de ce qu’est le théâtre dans sa prise de risque, sa mise en danger et son frottement avec le public. La rue rassemble ainsi deux types de personnes tout au long de la représentation : un public privé (les spectateurs possédant leur ticket et assistant à toutes les scènes) et un public public (passants assistant à des bribes de scène), portant la rencontre comédiens-spectateurs à son paroxysme et brouillant la frontière entre réalité et fiction. D’où cette question : jusqu’où le réel peut-il accueillir la fiction et l’art ?

Die Strasse ne renvoie-t-il pas, métaphoriquement, au festival et à la ville d’Avignon eux-mêmes, à ce phénomène qui convertit une ville (microsociété) en écrin de culture et de spectacles vivants pendant près d’un mois ? Jusqu’où la réalité d’une ville peut-elle intégrer et héberger la réalité artistique ?

Au sortir du spectacle, une étrange impression flotte en nous : la fuite de ces deux femmes nous a aussi permis de fuir. Leurs corps ont matérialisé en fuite physique la fuite symbolique qu’illustre l’art par rapport à la vie. Or, l’évasion artistique ressemble ici à une fuite de l’intérieur. En s’important directement dans la vie, le théâtre s’en est évadé sans pour autant rompre avec le lieu du réel. L’art a fui la réalité en l’affrontant de plein fouet, il l’a … recréée. Cette fuite parallèle, frontale et non-géographique ne reflète-t-elle pas justement la condition humaine : l’homme, pour se libérer du monde, n’est-il pas condamné à le réinventer ? Comme les comédiennes, nous cherchons tous à fuir quelque chose, mais où ?

 

Interprète(s) : Stéphanie Boll, Joanie Ecuyer

Spectacle de la Boll & Roch Compagnie (Stéphanie Boll et Alain Roche)

Musique et perche son : Alain Roche

Collaboration artistique : Sébastien Ribaux

Voix off : Olivier Werner, Alain Mudry

Lumière /Chariot : Victor Lafrej

Chariot /Lumière : Alexandre Hoesli

Avignon Off 2018 (6-27 juillet) – Théâtre 11 Gilgamesh Belleville

2018 – LECTURES DE VACANCES : RADIÈRE EN TROIS FAÇONS, une chronique de Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

En ce printemps et ce début d’été 2018, THIERRY RADIÈRE est omniprésent sur la scène éditoriale, il édite trois ouvrages dans des genres différents, chez des auteurs différents, ça méritait bien une édition spéciale. TARMAC réédite son seul roman, les Editions ALCYONE édite, dans une publication luxueuse, un recueil de textes courts, de la véritable poésie en prose, et JACQUES FLAMENT Alternative Editoriale publie un recueil de nouvelles. De quoi meubler quelques instants de bonne lecture sous un frais ombrage pendant ces vacances caniculaires. Ce n’est pas de la gastronomie mais ça se déguste comme des bons petits plats bien gourmands.

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LE MANÈGE

Thierry RADIÈRE

Editions TARMAC

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Avec ce texte Thierry Radière franchit une nouvelle étape dans sa carrière littéraire, pour la première fois, même si ce texte a déjà connu une première version numérique, il expose un roman sur les rayons des librairies. Cette première est peut-être le signe qu’il souhaite élargir sa palette pour s’installer comme un écrivain reconnu, ce qu’il est déjà le cas dans certains autres domaines littéraires. Le passage par le roman, même s’il n’est pas un passage obligé peut-être une étape importante à franchir pour obtenir la reconnaissance des lecteurs et éventuellement pour pouvoir vivre de sa plume.

Dans ce roman Thierry Radière prête sa plume au papa de Nina, un bibliothécaire qui emmène régulièrement sa fille qu’il adore, sur le manège du terrain de jeux. Là, pendant que la fillette aux anges tourne, tourne, en essayant d’attraper la queue de Mickey agitée par Paulo le propriétaire du manège, il lit des documents sur les gitans et leur mode de vie car sa femme est certaine que son père nourricier n’est pas son géniteur. Elle est désormais persuadée que son père biologique est un gitan de passage avec un cirque. Sa famille lui ayant caché ses origines réelles, elle voudrait retrouver cet artiste itinérant, faire la connaissance de son père, connaître ses racines, et Jean-Marc, le papa de Nina, voudrait l’aider dans cette difficile quête. Si vous êtes intéressés par ce genre d’histoire vous pouvez lire « Elek Bacsik : un homme dans la nuit » de Balval Ekel (chez Jacques Flament) qui raconte la recherche d’un père inconnu, musicien de jazz. Vous trouverez dans cette lecture des affinités avec le présent roman.

Nina et Jean-Marc sont des clients réguliers, Paulo le propriétaire du manège les connait bien, les deux hommes nouent une réelle complicité pendant que la fillette, grisée par les tours du manège, est totalement absorbée par sa chasse à la queue de Mickey. Paulo n’a pas beaucoup fréquenté les bancs de l’école, il a repris le manège paternel, mais il essaie d‘écrire des poèmes que Jean-Marc lit et apprécie parce qu’il parle de la vraie vie de l’auteur, de ses émotions, de ses envies, de ses sentiments, de tout ce qui constitue son existence, du plus petit événement aux états d’âme les plus intimes. Et, progressivement, leurs chemins semblent vouloir se croiser, Paulo voudrait écrire et Jean Marc se voit bien sillonnant la France pour mettre de la lumière dans le regard des enfants.

Un texte irénique qui décrit un monde tel que l’auteur le souhaiterait, un monde où les enfants seraient choyés, où les adultes partageraient leurs passions, un monde de paix et de plaisirs simples, un monde où l’argent aurait moins d’importance que le plaisir de partager. Ce texte est aussi une réflexion sur l’écriture, sur la poésie et la roman deux genres bien différents qui peut-être même s’opposent.

« Les poètes sont différents des romanciers … Les romanciers veulent avoir le dernier mot : les poètes n’ont pas besoin de le vouloir : ils l’ont naturellement en se taisant. »

Peu importe cette opposition, Thierry, puisque tu as dans ton plumier aussi bien la plume du poète que celle du romancier. Il ne te manque plus que le grand texte de référence qui fera de toi l’auteur reconnu de tous et que nous sommes encore trop peu à lire. Alors sur le métier …

Le site des Editions Tarmac 

 

APRÈS LA NUIT APRÈS

Thierry RADIÈRE

Editions ALCYONE

En ce milieu d’année 2018, après un recueil de nouvelles chez Jacques Flament et un premier roman chez Tarmac, Thierry Radière manifeste une belle activité éditoriale en publiant un recueil de textes courts (de la poésie en prose) dans la très belle collection Surya des Editions Alcyone. Il étale ainsi trois facettes de son talent d’écrivain polyvalent.

Ce recueil se compose de textes très courts affranchis de toute ponctuation, écrit dans une langue très poétique nourrie d’un vocabulaire très contemporain. Pour que le lecteur comprenne bien son projet, Thierry Radière propose en quatrième de couverture une explication empruntée à Cocteau :

« Si les rêves sont la littérature du sommeil, ils deviennent vite, au contact de la lumière du jour, des poèmes avides de raconter des histoires. Après la nuit après est une invitation à un voyage intérieur en apnée ».

L’auteur invite donc le lecteur à le suivre dans son voyage intérieur à la rencontre de ses rêves, de ses souvenirs et toutes les images qui sont restées ancrées à jamais dans sa mémoire. Le lecteur pourra lui aussi entreprendre un voyage personnel dans son propre passé à la recherche des souvenirs qui ont contribué à la construction de sa personnalité. Des images qui figent à jamais le temps dans la mémoire.

« Rien n’a bougé que la lumière des réverbères nettement orange au-dessus des poubelles encore là peut-être vidées et la route glissante si nette et lisse faisant croire à un calme tiré par les cheveux parce qu’il faut bien se persuader d’illusions et voir au-delà du réel la vapeur et le large ne former qu’un. »

Thierry met des mots sur des images venues du fonds de son sommeil, de ses songes, des mots qui s’enchaînent comme les rêves, comme les associations d’idées, sans suivre une quelconque logique mais plutôt un chemin sinueux au fur et à mesure que les images surgissent du fonds du subconscient du rêveur ou de la mémoire de l’auteur. Une image en appelle une autre sans logique apparente, un mot en inspire un autre juste parce qu’il participe au même souvenir ou au même ensemble de souvenirs.

« Avec leurs mots d’un autre langage les meubles se lèvent le froid revient la cire jaunit et la casserole est dans le vide reste plus qu’à s’installer et à comprendre pourquoi tout ce remue-ménage… »

Thierry exploite les images blotties au fond de sa mémoire depuis longtemps, les images du temps qu’il a passé chez sa mamie, les images de ses voyages, les images de ses jeux d’enfants, les souvenirs de ses camarades de cette époque de l’innocence et de la fraîcheur de vivre.

« Au temps des pommiers près de la grange où le cidre avait un goût de guêpes les gosiers des hommes ne piquaient pas ils gonflaient de plus en plus le soleil fort dans la peau la rougeur de la soif dans les dards du bonheur. »

Mais même dans les temps les plus iréniques, il y a des épisodes un peu plus douloureux et la mémoire les a solidement attachés.

« Des hoquets repartent qu’on croyait morts et des vomis sans aucune permission nous n’y pouvons rien l’enfance ne disparaît pas comme ça avec l’âge… »

Ce recueil de poésie en prose est un recueil de poésie contemporaine d’une composition originale. Dans ce texte, l’auteur évoque ses souvenirs avec des mots qui s’enchaînent comme les images de ses rêves sans ponctuation, comme une suite d’événements, d’impressions et de sensations qui se relient les unes aux autres par association d’idées. C’est plus que la littérature, c’est de l’évocation sensuelle, de l’exhumation mémorielle, de l’histoire intime…

« Avec un sentiment d’avoir raté une grosse partie du film on prend le train en cours les sacs posés sur les genoux des senteurs au-dessus du nez on n’a plus qu’à imaginer… »

Le livre sur le site des Editions Alcyone 

 

NOUVELLES SEPTENTRIONALES

Thierry RADIÈRE

JACQUES FLAMENT Alternative Éditoriale

Dans ce recueil, Thierry Radière a rassemblé quatre nouvelles inspirées par des événements importants de son passé qui ont tous pour cadre les septentrions de la France, là où il est né, a grandi, a fait ses études et où vivent encore certains membres de sa famille, c’est du moins ce qu’on peut penser à la lecture de ces textes. J’ai lu des noms de lieux que j’ai visités lors de mes périples dans la « France profonde » : Soissons, Laon, Vouziers… des noms qui fleurent bon nos belles provinces.

Mémé est morte tout là-haut sur la carte dans le village de naissance de l’auteur qui se rend aux obsèques avec une grosse valise ce qui interpelle sa petite fille qui se demande s’il va ramener la grand-mère dans cet énorme bagage. Les obsèques au village suivent un rituel marqué par la religion, un rituel qui a bien peu évolué dans lequel l’auteur ne reconnaît pas forcément son idée de la mort et de ce qui en découle. Et, comme partout dans nos villages, un décès c’est l’occasion de resserrer les liens au sein de la communauté en partageant un café et une part de gâteau local. Mais pour une fois, la cérémonie va prendre une tournure particulière, le petit frère veut épater son aîné mais la démonstration ne se passe pas comme il le pensait. Et le récit devient nouvelle. J’ai été pris d’émotion en lisant ce texte car il a fait remonter à ma mémoire les obsèques de ceux qui me furent particulièrement chers.

La deuxième nouvelle est l’illustration de ce qu’on appelle « le syndrome du coucou », l’oiseau qui niche dans le nid des autres pour finir par les évincer. Gérard un ancien pote de fac perdu de vue depuis longtemps, rendu insupportable par son exubérance, son sans-gêne et son besoin de reconnaissance, téléphone de plus en souvent à la mère de l’auteur qui, prise de pitié pour cet homme solitaire, passe son temps à l’écouter jusqu’à le laisser entrer dans la vie de sa famille.

Raté son bac deux années consécutives, il y a de quoi se flinguer et c’est ce à quoi songe l’auteur après avoir cherché désespérément son nom sur la liste des candidats au moins admis à l’oral. En retrouvant une balle de 22 long rifle dans le fatras de ses tiroirs, il murit un plan mais de l’élaboration de celui-ci à sa mise en œuvre il y a encore la place pour quelques grinces de sable pouvant faire grincer la mécanique du fatal projet.

Pour conclure, l’auteur raconte comment une fille dont il a été amoureux quand il était collégien, est devenue la principale suspecte de l’assassinat et de la mutilation de son mari. Il frissonne en pensant qu’il aurait pu être la victime. Et essaie de comprendre comment cette fille qu’il a aimée, en est arrivé à ces gestes extrêmes.

Je lis Thierry Radière depuis quelques années mais je crois que c’est la première fois que je suis confronté à des textes aussi sombres, la mort rôde au sein d’au moins trois des nouvelles rassemblées dans ce recueil. L’ambiance créée par l’auteur, les descriptions détaillées des événements, donnent au lecteur l’impression de revivre des heures tragiques qu’il aurait pu lui -même connaître, c’est du moins ce que j’ai personnellement éprouvé. J’ai eu l’impression que l’auteur cherchait à évacuer dans des évocations morbides des souvenirs anciens toujours douloureux, à tirer un trait définitif sur une partie de sa vie qui le chagrine encore. Mais peu importe l’intention tant qu’il nous reste le plaisir de déguster son art de l’écriture, de la narration et de la formule de style.

Alors pour conclure, je garderai en mémoire ces quelques mots de l’auteur qui peuvent éclairer la lecture de ces nouvelles même s’ils s’appliquent principalement à la quatrième :

« C’est la première fois que j’analyse mon passé en ces termes, je veux dire comme un texte à commenter. Je suis passé du réel au fictif (du récit à la nouvelle) en m’accrochant à des figures de style, seules capables de m’aider à comprendre un peu mieux le mystère de cette histoire (la quatrième et peut-être les autres aussi) ».

Le livre sur le site de Jacques Flament, Alternative Editoriale

SANS BOTOX NI SILICONE le blog de THIERRY RADIÈRE

S’ÉLEVER AUX SIGNES de VALENTINE DE CORDIER et PIERRE TRÉFOIS

«  Les toiles de Valentine de Cordier accueillent une nébuleuse de signes colorés, sans signification explicite, ne représentant qu’eux-mêmes, hors codes connus », écrit Pierre Tréfois.

Alors, Pierre Tréfois, écrivain rare donc précieux, peintre (voir Rouge résiduel de Pierre Tréfois et André Doms), passeur des arts et de la littérature depuis longtemps, a tissé des correspondances entre dix tableaux de l’artiste peintre et des œuvres musicales singulières, forcément en résonance.

Pour proposer des réponses aux questions qu'(ex)posent les œuvres qui ont pour titres : Flowers, Dialogue, Afternoon, Promenade, Melody…,  s’élever aux signes qu’elles dispensent, il a choisi des œuvres de Keith Jarrett, Leonard Cohen, Pink Floyd, Thomas Tallis, Leos Janacek…

Il aussi « greffé des mots », en puisant dans son ressenti ou son passé, qui ajoutent du sens, ouvrent à l’œuvre, dénouent une part de l’inextricable, répondent aux rouges coquelicots, aux bleus évanescents, aux biffures, traits, taches qui harmonisent à leurs faces-sons l’espace de la toile, le cadre du dessin. Un bel écrin qui met en valeur des oeuvres ouvrant à la rêverie et au questionnement, réjouissant l’âme et ranimant le souci du merveilleux qui sommeille en nous et qui n’attend qu’un signe (ou des centaines) pour se réveiller.

Éric Allard

Pour commander le livre

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Le site de VALENTINE DE CORDIER

Sa page Facebook

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PIERRE TREFOIS sur Espace livres et création

Mes lectures d’ouvrages de Pierre Tréfois sur Les Belles Phrases

Tropique du suricate de Pierre Tréfois

La traite des idées noires  de Pierre Tréfois

L’éphémère capture de Pierre Tréfois et Jean-Louis Rambour (préface de Bernard Noël)

L’empreinte ironique de Pierre Tréfois 

 

Voici les titres des œuvres et interprètes proposés par Pierre Trefois.
Dans l’offre de Youtube, j’ai essayé de coller autant que possible aux titres proposés. À défaut, j’ai choisi d’autres interprètes ou une autre œuvre du compositeur.

FLOWERS – 155 x 135 cm

Keith JARRETT : Rose Petals

DIALOGUE – 75 x 75 cm

François-Bernard MACHE : Aulodie pour clarinette et électronique – Ensemble Accroche Note

AFTERNOON – 155 x 115 cm

PINK FLOYD : Circus Minor

HARMONY – 85 x 85 cm

THOMAS TALLIS – Sperm in Allium – Ensemble Huelgas

CORRESPONDANCE – 125 x 85 cm

Victor KISSINE: Schmetterling – Ensemble Oxalys

PROMENADE – 85 x 85 cm

Leos JANACEK: Dans la brume – Andras Schiff

AVEC TOI – 85 x 85 cm

Leonard COHEN : Chelsea Hotel

SECRET GARDEN – 82 x 82 cm

François COUTURIER : À celui qui a vu l’ange – Tarkovski Quartet

MELODY – 105 x 105 cm

Franz SCHUBERT : Standchen – Dietrich Henschel / Irwin Gage

LIBERTY – 145 x 125 cm

Jimi HENDRIX: Voodoo Chile

2018 – LECTURES DE VACANCES : CLIN D’OEIL À DANIEL SIMON, une chronique de Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

DANIEL SIMON mérite bien qu’on s’arrête un instant sur son œuvre, autant celle d’auteur que celle d’éditeur. En ce milieu d’année 2018, il propose un texte aux Editions M.E.O et, en tant qu’animateur des Editions TRAVERSES, il coédite avec Couleurs Livres, un ouvrage de DANIEL FANO sur la vie culturelle avant-gardiste à Bruxelles dans les années cinquante. Il mérite bien tous nos encouragements.

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Daniel SIMON

CE N’EST PAS RIEN

Daniel SIMON

Editions M.E.O.

Ce n'est pas rien

« Ce n’est pas rien », eh non, pour s’en convaincre il suffit déjà de lire la page de titre du recueil qui comporte des informations importantes : le titre évidemment mais aussi la nature du texte : « nouvelles et promenades » et un sous-titre pas très explicite : « Modeste proposition pour les enfants perdus ». Donc si je résume, ce recueil comporte des nouvelles, des promenades qui sont en fait des textes courts et un texte final qui consiste en cette fameuse proposition au sujet de laquelle je reviendrai plus loin dans ma chronique. Ce n’est effectivement pas rien !

Dans ses nouvelles Daniel Simon parle du monde qui va mal…

« Le moule était cassé, semblait-il. On le savait depuis longtemps mais ça y était, la disparition d’une culture, d’une longue contribution à l’humanité semblait à son terme. »

de la pollution, de la mal bouffe…

« On mange, on n’arrête pas de manger, surtout les gamins, on dirait que manger est l’activité d’urgence en temps de repos : … Le diabète hurle sa joie, l’obésité clame sa victoire, l’anémie criaille ses sales coups. »

de la technologie qui déborde totalement les pauvres terriens ne maitrisant plus rien, se laissant dominer par des machines de plus en plus perverses, de plus en plus omniprésentes…

« Il avait le souvenir des anciens crétins : muets, discrets, soumis à la commune mesure. Ceux d’aujourd’hui bâfraient leurs histoires au téléphone, criaillaient leurs destins contrariés, clapotaient des humeurs de fond de gorge. »

Dans ses textes courts, l’auteur confirme sa vision apocalyptique d’une civilisation qui a totalement ignoré la limitation des ressources de la planète, sa capacité à absorber ses déchets et ses surplus et, plus grave encore, à accueillir des hôtes de plus en plus nombreux, de plus en plus avides de tout et de moins en moins respectueux de leur environnement. Evidemment dans ce monde condamné à une fin qui approche de plus en plus vite, il reste l’amour et Daniel nous raconte des histoires d’amour bien insolites, un peu bizarres même. Il sait manier l’humour, la dérision, l’ironie, avec adresse, il veut nous mettre le sourire aux lèvres avant que la catastrophe nous emporte.

La catastrophe, c’est aussi l’afflux des populations vers le même bout de planète où manifestement tous ne pourront pas s’entasser. Alors, il faudra bien trouver une solution radicale et Daniel, il en a une, celle qu’il expose sous le titre « Modeste proposition pour les enfants perdus ». Une proposition qui m’a fait penser à un livre de Michel Faber « Sous la peau » dans lequel des extraterrestres engraissent des humains pour s’en nourrir. Je n’en dirai pas plus mais il faut lire cette proposition avec un certain recul et bien comprendre qu’il s’agit d’une provocation pour obliger la société à réagir, à ne pas s’enliser encore plus dans les travers où elle est déjà bien embourbée.

Le livre sur le site des ÉDITIONS M.E.O.

CE N’EST PAS RIEN, c’est aussi un SPECTACLE, un seul en scène à découvrir ICI

JE SUIS UN LIEU COMMUN, le blog-journal de DANIEL SIMON

 

L’INTERCEPTEUR DE FANTÔMES

Daniel FANO

Editions Traverse Couleurs livres

L'intercepteur de fantômes de Daniel Fano

 

Un an pile après sa mort, les amis de Marc Dachy, « infatigable explorateur des avant-gardes littéraires et artistiques du XX° siècle », ont souhaité lui rendre l’hommage qu’il méritait tellement. A cette occasion, Daniel Fano a écrit un texte où fiction et témoignages se mêlent, et quand Daniel Simon lui a proposé de l’éditer, il lui a adjoint quelques souvenirs personnels qui montrent combien Marc Dachy a été important dans sa vie, déterminant dans les choix qu’il a fait, sans lui il aurait eu une toute autre vie, emprunté d’autres chemins et serait peut-être même resté dans sa campagne natale.

Pour écrire son texte Daniel Fano a eu l’idée de raconter « l’histoire d’un personnage qui, …, revenait sur les années 1970 à Bruxelles », après avoir lu Des Putains meurtrières de Roberto Bolano, notamment celle qui évoque la revue Luna-Park dirigée par Marc Dachy. L’auteur invente un personnage de retour à Bruxelles où il était arrivé en 1971 et dont il s’était échappé en 1980. Déambulant dans la ville, ce revenant redécouvre tous les hauts lieux de la culture avant-gardiste tellement vivace à cette époque à Bruxelles. Il visite les bars, les théâtres, les librairies, quelques échoppes, les lieux où ont habité des personnalités connues ou inconnues mais importantes dans la vie culturelle bruxelloise des années soixante-dix, et d’autre lieux encore. Ce retour est décevant, Bruxelles a changé, a été défigurée par des constructions inesthétiques, elle a perdu son âme, les lieux de culture ont été squattés par les technocrates, eurocrates et autres fonctionnaires internationaux.

Cette déambulation, complétée par ses souvenirs personnels, est un bonheur pour le lecteur qui découvre ou redécouvre des personnages, artistes, auteurs, éditeurs, musiciens, des œuvres culturelles, des publications, des lieux mythiques, toute une culture et une ambiance qui inondaient la ville en faisant une capitale culturelle avant qu’elle ne devienne une capitale administrative. J’ai pensé un peu au recueil de Christophe Bier, Obsessions, où il a regroupé des chroniques radiophoniques diffusées sur France Culture dans l’émission « Mauvais genre », un véritable catalogue de la culture marginale. Daniel Fano, lui, dans son inventaire n’évoque pas le mauvais goût mais tous ceux, un peu comme Bier, qui ne parcourent pas les sentiers battus et les rues surpeuplées, mais plutôt ceux qui s’égarent dans les venelles désertes et les sentes herbues à la recherche de formes culturelles nouvelles.

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Daniel FANO

Je n’ai pas connu cette époque bruxelloise, je ne suis revenu à la culture classique et avant-gardiste qu’à partir du milieu des années quatre-vingt mais j’ai trouvé dans les textes de Daniel Fano des noms de personnes que j’ai croisés dans mes lectures. Le choix des personnes et des sujets mis en évidence est toujours judicieux et pertinents. C’est toute une époque que l’auteur fait renaître sans nostalgie aucune mais seulement avec le désir de montrer le vrai visage de cette vaste scène culturelle et des personnages qui y évoluaient.

La nostalgie n’est jamais totalement absente d’une telle quête du passé ; même s’il s’en défend, Daniel Fano doit bien admettre qu’à époque, il était, comme moi, plus jeune et plus tonique, que la vie était devant lui et que de nombreux amis disparus étaient encore là. C’était l’époque du Fano solaire débordant d’énergie. Mais j’ai bien compris sa motivation profonde : rendre hommage à son ami qui lui a souvent montré le chemin à suivre, faire revivre une époque dont on a perdu l’essence même, et surtout rétablir la vérité que certains ont déjà quelque peu défigurée. Il l’a appris à ses dépens quand on l’a fait passer pour un campagnard balourd alors qu’il avait déjà parcouru quelques bouts de route. Alors, avant que les iconoclastes défigurent cette période exaltante, il a pris la plume déçu par ce que sa ville est devenue, par la sous culture actuelle, par le manque d’audace et de vision des acteurs de la culture.

« Au-delà des écrivains et de leurs vanités, de leurs petitesses, il reste la littérature, certes, mais je supporte mal que la plupart des écrivains ne soient pas à la hauteur de mon rêve ».

Les fantômes ne sont pas morts, ils inspirent encore de jeunes créateurs talentueux souvent méconnus hélas.

L’INTERCEPTEUR DE FANTÔMES sur le site des Editions Traverses

PRIVÉ DE PARKING de DANIEL FANO aux Editions Traverses 

 

LE ROI PHILIPPE VA-T-IL ABDIQUER POUR SE CONSACRER À LA PEINTURE ? INTERVIEW EXCLUSIVE

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Le Roi Philippe a accordé aux Belles Phrases, dont, a-t-il dit, « le retentissement artistique va croissant » (alors qu’il l’a refusée à NordPresse, c’est dire) une interview par Skype depuis son atelier de Laeken, en région bruxelloise. Le Roi était, en torse nu, occupé à peindre une toile gigantesque, mon Guernica, a-t-il dit,  sur l’affaire Benalla, qui l’a beaucoup touché. 

Moi aussi, a-t-il commencé à dire, je suis entouré de parasites, des psychotiques dont je ne sais jamais comment ils vont réagir. L’époque est ainsi faite (le roi soupire). Parfois, je voudrais avoir la vie d’un salarié qui va en vacances en Grèce avec Ryanair, milite contre le plastique fou, facebooke à tout-va, dit tout et n’importe quoi en obtenant des centaines de likes quand ce ne sont pas des kilos (le roi resoupire).

Mais parlons art! En peinture, j’ai eu ma période Pollock (quand j’étais petit et que je  dégoulinais partout), fleur bleue (quand j’étais ado), Roi Baudoin (quand j’étais prince à vie ; il est resté mon modèle, comme vous voyez) et, maintenant, je revisite Picasso, le Picasso enragé, pas l’engagé, quoique. J’ai commencé quelques portraits de Mathilde sens dessus dessous, elle a cru que j’avais peint mon arrière-grand mère. J’ai déconstruit aussi mes cinq enfants (le roi réfléchit). Quatre en fait, je ne sais plus, on fait tellement d’enfants dans la famille… Elisabeth qui fait sa crise d’ado m’a dit hier qu’elle préférait mieux Banksy et que j’avais bien fait de faire roi…

Vous êtes de Charleroi, il paraît. L’autre jour, j’ai visité l’atelier de l’ancien seigneur des lieux, J.C.V.C, Vancau pour les intimes, il m’a montré sa série de coqs. C’est un peu répétitif mais les peintres modernes aiment bien les séries… Moi même, j’ai déjà peint quarante-trois têtes de Mathilde… Eh bien, Vancau m’a dit qu’au sein du PS carolo, il passait pour un artiste de génie. Car cette génération, a-t-il dit, est une génération de chanteurs. De maîtres chanteurs, certes… Avec un performer du 1er Mai sur lequel l’aile culturelle du parti fonde de grands espoirs. Et beaucoup de top models aussi. Tout part en couilles, a-t-il maugréé entre ses dents.

Enfin, vous ne m’avez pas appelé sur Skype pour que je vous parle des secrets des hommes politiques. Je pourrais vous en dire sur Charles Michel et sa clique mais Charlot, tout le monde le connaît mieux sur les réseaux sociaux que moi qui le vois chaque semaine entre quatre-z-yeux.

Le scoop, oui, vous pouvez l’annoncer avant Vincent Flibustier : j’abdiquerai le 25 octobre 2019. Elisabeth aura alors dix-huit ans, elle sera majeure et en mesure de prendre ma succession… Pour ce qu’il reste à faire dans la fonction d’opérette dont j’ai hérité. Et c’est de plus la date de naissance de Picasso. Deux bonnes raisons!

Je dois vous laisser car je vois Mathilde arriver pour sa quarante-quatrième tête et je ne voudrais pas que vous la voyiez en monokini… À cette occasion, je commencerai ma période Bacon, avec des balafres pleine face, cela ne va pas plus lui plaire. Je lui dis toujours: Encore heureux que je ne te peins pas tout en noir, ça la Soulages un peu…