D’ARRACHE-PIED, D’ARRACHE-CŒUR de CATHERINE BAPTISTE (Bleu d’Encre) / Une lecture d’Eric ALLARD

Non, je n’ai pas trouvé mieux qu’écrire des poèmes

Qu’être en butte à la lumière

dans la vie de nos ailleurs

et à contre-courant aussi

dans la vie d’ici

jusqu’à la clarté de l’âme

D’emblée, Catherine Baptiste se pose la question de ce que peut la poésie et de son rapport à l’être – l’humain et ce qui l’anime ; ce qui l’éclaire et le guide.

L’être est poème, écrit-elle ensuite en substance. 

Le ton et le thème ainsi posés, le recueil peut se développer entre arrachement et élan, en interrogeant l’Autre en nous de même que celui qui nous est extérieur – celui qui vient d’ailleurs.

Les poèmes naviguent entre ces deux entités constituantes de l’étrangeté. Ils s’adressent aussi bien au Migrant imaginaire, et non moins réel, tout autant qu’à la partie de nous-même qui ne demande qu’à se déporter de sa trajectoire, à s’excentrer.

Dans la présentation de l’auteure, on nous apprend que Catherine Baptiste vit à Poitiers où elle est art-thérapeute, à quelques maisons de celle de la Solidarité où] elle croise souvent le regard de jeunes migrants. (…)

Elle questionne dans ce recueil l’humain, sa capacité d’accueil, d’appréhension, son besoin de s’arracher à soi, à son chez soi, par nécessité matérielle ou ontologique. Comme toujours, Catherine Baptiste le fait dans une langue belle et enlevée qui multiplie les sens et les possibilités d’échange. Il s’agit d’une « brûlante poésie du cœur » mais exigeante aussi, qui se livre sans s’exhiber, qui donne à penser à et (ré)agir.

L'immigration en vers et contre tout
Catherine Baptiste

Baptiste questionne les valeurs de la démocratie (française) mises à l’épreuve par cette problématique du migrant : l’égalité, la « liberté toute », mais emploie ce néologisme plus adéquat que fraternité pour dire « ce qui nous rassemble » : mêmeté.

Oui, que l’œil inquisiteur

se pose à nos pieds

et sache enfin

l’égalité des liens de sang, de sève et de salive

qu’il sache enfin

l’étrangeté

de toute poésie, de tout fraternel

et de leur beauté d’herbes vivantes frémissant sous nos pieds

Quel rapport on entretient avec ces valeurs quand on est exposé à l’autre qui nous déporte, quel œil d’occidental porter.

D’où tu viens

c’est là que je ne verrais rien

non qu’il n’y aurait rien à voir

mais parce que je serais myope en mon pays

affublée de lunettes à paillettes

abusée de filtres déformants

comme autant de mirages déformants

Elle raconte en vers éclairants, limpides, les périples de la traversée, les ombres « au tableau de la joie », les roches qui l’altèrent, l’horizon qui s’assombrit…

Catherine Baptiste est servie dans son propos par les belles calligraphies de Sophie Verbeek qui (em)portent ses mots vers le lecteur.

Au bout du voyage verbal, faisant écho à la traversée migratoire, le poème apparaît comme un phare, indispensable, pour « être tenaces / dans la fraîche espérance / de la dignité renouvelée » et pour éclairer nos routes à venir.

Les Editions Bleu d’Encre

L’immigration envers et contre tout, un article de La Nouvelle République sur le recueil et son autrice

Claude Donnay parle de sa maison d’édition et présente le travail de Catherine Baptiste

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