Quelques Madame Butterfly

Madame Butterfly est un opéra de Giacomo Puccini (Lucques, 1858 – Bruxelles, 1924) représenté pour la première fois à La Scala de Milan le 17 février 1904 dont la première représentation sera un échec, on y vit une pâle réplique de La Bohême. Cio-Cio-San, qui est la geisha de 15 ans épousée par un officier américain qui va la délaisser, en japonais signifie Madame Papillon.

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Renata Tebaldi (1922-2004) 

Renata Scotto (née en 1934)

Maria Callas (1923 – 1977)

Mirella Freni (née en 1935) 

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Renée Fleming (née en 1959)

Anna Netrebko (née en 1971)

Angela Gheorghiu (née en 1965)

Yng Huang dans l’adaptation cinématographique de Frédéric Mitterand

***

Malcolm Mc Laren (1946-2010)

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Quatre contes orientaux (III): L’arbre aux souvenirs

      Pendant ses années d’enfance, Keizuke eut pour petite voisine Michiko. Ils avaient pris pour habitude de se rencontrer près d’un arbre aux branches noueuses qui, à l’automne, prenait de belles teintes cuivrées, et de deviser là de tout ce qui fait l’ordinaire des enfants, de leurs rêves comme  de leurs peurs.

   Comme  Michiko avait l’agilité d’un garçon, elle  précédait Keisuke dans l’escalade. Keisuke savait que les filles n’étaient pas tout à fait formées de la même façon que lui, qu’elles portaient des kimonos plus larges et devaient s’accroupir pour uriner dans la forêt. Mais Keisuke ne faisait pas la différence entre Michiko et ses amis d’école. Michiko était seulement pour lui la meilleure amie du monde. Un jour, il vit jaillissant entre les pans d’un kimono retenu par un obi trop lâche quelque chose de très noir qui n’était pas un étoffe au bas du ventre de son amie et s’en inquiéta auprès d’elle qui partit d’un grand rire, les filles comme on sait atteignant la puberté avant les garçons de leur âge.

   Quelques mois plus tard, Keizuke vit Michiko avec un garçon, puis avec un autre. Elle ne l’accompagnait plus dans l’arbre aux branches noueuses, et, quand elle le croisait encore, sur la rue ou dans la cour du collège, elle lui demandait s’il grimpait toujours aux arbres, avec un sourire moqueur aux lèvres, comme si elle relevait chez lui un quelconque retard mental. Le jour vint où Michiko se maria.

   A la veille de chaque hiver, Keizuke rencontrait désormais le mari de Michiko avec lequel il coupait du bois en prévision du froid. Il se disait que cet homme malingre, dénué de charme, peu bavard, savait ce qui s’était longtemps caché sous le kimono d’enfant de Michiko puis sous ce qui un jour lui était apparu dans un éclair comme une tache d’encre profonde. Lui, Keisuke, qui à près de trente ans vivait toujours chez ses parents n’avait toujours pas une connaissance sensible de ce genre de choses, lui qui, très souvent, s’en  venait encore se percher sur l’arbre aux souvenirs…

 E.A

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Quatre contes orientaux (II): Un plat décoré de fleurs de lotus

Un soir, Yukiko mangeait du riz préparé par son amant, le jeune Shinoda. Le gâteau de riz était formé de quantité de grains minuscules et blancs. Après en avoir avalé quelques bouchées, elle dit à Shinoda :

  – Ne trouves-tu pas qu’on dirait tous des petits orphelins, ces grains de riz ? Aucun ne ressemble aux autres quand on les examine bien.

  Tout en parlant elle ouvrit son kimono de nuit et en déposa une pincée sur la pente légère d’un sein.

  – Vois comment ils tiennent en équilibre ; on dirait qu’ils s’accrochent par crainte de tomber ! déclara-t-elle en remuant un peu le mamelon par la base pour éprouver sa stabilité.

  – Allonge-toi sur la natte, lui dit Shinoda, nous allons voir s’ils apprécient pareillement les autres régions de ton corps.

  Et Shinoda de tapisser les creux et les monts de son aimée de tout le riz contenant le plat décoré de fleurs de lotus.

  – Dis-moi à quoi je ressemble ainsi !

    Elle en avait partout ; ceux qui se faisaient le plus remarqués étaient naturellement ceux  qui ressortaient sur un fond noir.

– On dirait une invasion de petits vers blancs. Je pense qu’on aurait dû auparavant humecter ta peau avec du citron afin qu’ils adhèrent mieux…

–  Avec tout ça, je n’ai presque rien mangé, dit-elle en picorant les premiers grains déposés qui trônaient toujours sur sa poitrine.  

     Toi non plus, Shinoda tu n’as pas beaucoup mangé, commence par ceux-ci, dit-elle en désignant ceux tombés entre ses cuisses.

     « Ils ont déjà pris le bon goût de mon corps… » 

E.A.

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Quatre contes orientaux (I): Pieds nus dans la montagne

Yuki-san marchait pieds nus dans la montagne depuis sa plus tendre enfance. Un jour, elle rencontra Miko, un jeune berger, et voulut être aimée de lui.  Au moment où elle comprit que son vœu était en train d’être exaucé, elle aperçut la plante crasseuse de ses propres pieds qui lui firent honte.  Elle n’eut plus qu’une idée en tête : éliminer  cette corne disgracieuse qui lui faisait comme une semelle d’une vilaine peau, dure et craquelée. 

   A cette fin, elle employa  jour après jour pierre ponce et  brosses diverses et frotta, frotta, alternant séance de brossage avec des bains  chauds suivis par l’application de graisses végétales et d’onguents hydratants. Elle n’avait plus de temps pour Miko.  Et Miko naturellement s’impatientait. Et Yuki-san le priait d’attendre en lui adressant des mots pressants: « Je serai bientôt à toi, je serai bientôt à toi ! ». Mais la corne était coriace et Yuki-san se demandait si elle aurait assez de force pour en venir à bout.

   Un jour, enfin, elle frappa à la porte de la cabane de Miko et dit à sa vue : « Aujourd’hui j’ai mis des sandales neuves pour toi. Je veux que tu me les enlèves. »

   Miko s’exécuta et fut ravi au-delà du raisonnable par la délicatesse de ses petons blancs si tendre au toucher sur toute leur surface et, baissant le visage, en signe de prosternation, jusqu’à hauteur de ces délicates extrémités, il  appliqua sur chacun d’eux un long baiser respectueux. Ce fut  la première chose,  et avant beaucoup d’autres, qu’il baisa de Yuki-san.

   Voilà comment Yuki-san s’attacha pour la vie l’amour de Miko le jeune berger. 

E.A.

 

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Le temps de l’insouciance

images?q=tbn:ANd9GcThg_y7eWRrHW8xmSnukiA3FgzNZQRd2z25OlmMNOH_SG_Xbm2wfqEAOYYpar Denis BILLAMBOZ

Dans toutes les civilisations, sous toutes les latitudes, dans l’Azerbaïdjan iranien comme à Buenos Aires, il y a des enfants qui jouent et qui prennent du bon temps, qui jouent à être des adultes et qui un jour, sans s’en apercevoir, se retrouvent adultes avec tout de que cela comporte : responsabilités, devoirs, obligations, contraintes, souffrances, douleurs, … C’est ce moment où tout bascule que ces deux auteurs, nés aux antipodes l’un de l’autre, essaient de nous faire comprendre, de nous faire sentir, …  et nous ce que nous comprenons surtout c’est que, partout où on les laisse vivre, les enfants peuvent construire leur bonheur avec bien peu de choses. Mais hélas le temps de l’enfance bascule vite dans la triste réalité des adultes.

 

41uICYKz4WL._SY445_.jpgL’origine de la tristesseimages?q=tbn:ANd9GcQcq4bkCYIP11UNxPZ2wfAxsXvi3jFEkBEner1JY0Sc_pp-DdcXVm3Diw

Pablo Ramos (1966 – ….)

L’Epervier, Gabriel, ce gamin du quartier du Viaduc, un quartier populaire de Buenos Aires, veut, cette année pour la Fête des Mères, faire un plus joli beau cadeau à sa maman car elle est enceinte. Alors, il va fomenter quelques combines plus ou moins sordides dans un cimetière, avec son pote habitué de ces pratiques, pour gagner les quelques pesos nécessaires à son achat. Et, à travers toutes ces petites combines, il va découvrir la débrouillardise, la ruse, la malice mais aussi la douleur, l’hypocrisie et la mort.

C’est ainsi qu’il entreprend un délicat voyage vers l’âge adulte en franchissant les limites de ’enfance sans passer par la case adolescence, en découvrant le monde des grands plus vite que lui et sa bande ne le pensaient. Il nous raconte leurs expéditions orgiaques pour se procurer ce fameux vin des Berges, si doux, qui fait planer ces jeunes consommateurs, comment ils pensent trouver l’argent nécessaire pour payer les putes qui vont leur apprendre la chose et calmer leur corps en ébullition, l’école qui n’est pas franchement marrante mais il peut, parfois, y avoir des jeunes maîtresses qui excitent leur libido en pleine effervescence. Mais la fin de l’enfance c’est aussi la découverte du manque d’argent, des tensions familiales, de la dépression, des choses honteuses qu’il ne faut pas dire et puis de la mort qui les prend par surprise pour leur faire comprendre que l’âge adulte les attend maintenant avec toutes ses dures réalités.

C’est la vie que Pablo a connu lui-même dans les rues de Buenos Aires qu’il veut nous faire découvrir à travers son P’tit Gibus à la mode argentine qui est plein de malice et de débrouillardise, habillé  de l’insouciance et de l’inconscience de son âge, à la recherche d’un peu plus de tendresse et de l’amour qu’il n’a pas forcément dans sa famille qui tire le diable par la queue. C’est une jolie histoire pleine d’émotion que nous raconte Pablo dans le langage des enfants qui mûrissent dans la rue, sur fond d’Argentine qui court directement vers l’une des plus grosses crises économiques de son histoire où, depuis Péron, rien ne semble avoir été fait et où la pollution réussit même à mettre le feu à une rivière.

Certains diront que c’est un roman initiatique, de biens grands mots pour évoquer cette bande de joyeux lurons qui veulent jouer aux hommes et qui un jour se retrouvent comme des adultes sans s’être rendu compte de ce qui leur arrivait – « Et c’est alors que j’ai su : c’était la fin, j’étais en train de vivre la fin de ce que je viens de vous raconter. »  – se retrouvant seuls devant leur avenir, avec pour tout bagage : l’expérience de la rue, quelques convictions et une certaine idée de la vie forgée dans la douleur. « La mort n’est pas le contraire de la vie : c’est vivre comme un mort qui est le contraire de la vie. »


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Fariba Vafi (1962 – ….)

Dans la région de Tabriz, au nord-est de l’Iran,  une jeune femme, Homeyra, revient dans son quartier natal, son père est sur le point de décéder. Ce retour au pays fait remonter à sa mémoire une foule de souvenirs de son enfance et de son adolescence qui se mélangent, s’enchaînant comme les idées s’associent,  suggérant des odeurs, des émotions, des joies, des corrections, des douleurs, des émois, des sentiments, …, faisant surgir toute une galerie de personnages qui peuplaient alors un bout de rue dans un quartier pauvre de la bourgade, son quartier, qu’elle ne quittait qu’au risque d’une sévère punition. « C’était un quartier secret, mystérieux. Alors que maintenant il n’y a plus aucun secret dans ces rues. »

Sa mère l’aimait peu, sa grand-mère ne voyait en elle que le diable, elle se réfugiait auprès de son amie qui était régulièrement battue par son frère qu’un père opiomane indolent laissait faire ce qu’il voulait pendant que sa mère se tuait au travail pour gagner quelques sous. Les deux filles enchaînaient facéties et farces à longueur de journées, au grand dam de leur famille respective, jusqu’au jour où l’amie, poussée à bout par la violence de son frère, dévoila un secret de famille qu’elle aurait mieux fait de taire.

C’est la chronique banale de familles pauvres et sans amour, de femmes contraintes et  malmenées, d’enfants délaissés mais cependant battus. Et pourtant c’était « le bon temps » que la mémoire de la jeune femme évoque avec nostalgie, le temps de l’insouciance, de moments de liberté grappillés, d’expéditions vers l’inconnu au bout de la rue, de rires, de rigolades, de jeux innocents … le temps où l’enfance se noie progressivement dans l’adolescence. Et, finalement, les souvenirs ne peuvent plus contourner ce moment fatal, ce moment où tout bascula, ce moment où son enfance prit fin où elle mit un pied dans le monde adulte.

Un texte frais, alerte, construit comme il arrive à la mémoire, par association d’idées, une odeur évoque un lieu, un sentiment évoque un personnage, une porte évoque une scène, … et ainsi de suite, par touches successives, la vie du quartier se reconstruit avec ses joies et ses peines pour aboutir au drame final. Un livre plus près du témoignage que de la fiction qui vaut surtout par sa construction et la finesse des portraits que l’auteur dresse.