Le travail

 Tous les matins, à six heures, chaque été, par marée basse ou marée haute, bravant les intempéries, il sort sur la plage.

  Assis face à la mer, il boit de l’eau de ville avec un croissant avant de se mettre au travail. À dix-huit heures, sa journée terminée, il retrouve sa cabine de plage et n’en sort plus avant le lendemain matin, laissant faire l’équipe de ramassage.

  L’important est d’avoir maintenu un nouveau jour durant la plage exempte de tout estivant vivant.

 

Les Belles Phrases en mode vacances

Les Belles Phrases passent en mode vacances mais le blog ne ralentit pas pour autant le rythme…

Chaque semaine, un petit concert live, une interview d’auteur, des playlists de vos livres préférés, les habituelles chroniques de Denis (Billamboz) et Philipe (Leuckx). Et d’autres réjouissances…

BON ÉTÉ !

Pour commencer tout en douceur, Cass Mc Combs, County line

 

 

 

 

 

Les séries

Samimages?q=tbn:ANd9GcTfWaPWbiaiBwxTl4iJVAWzio6Z7jiW7RLxmGF22Umyxr5DqXXNedi soir, pour le décès de Peter Falk, j’ai tenu à rassembler mon oncologue, mon tueur à gages préféré, ma bonne à tout faire et le fantôme de Laura Palmer pour une soirée télé dans ma chambre rouge. Le toubib a souhaité regarder la sixième saison de Dr House. Le flingueur, les dix premiers épisodes des Soprano. La soubrette voulait revoir la saison 1 de Desperate Housewives tandis que la revenante tenait à revivre l’épisode pilote de Twin Peaks. Après d’âpres discussions, j’ai réussi à imposer mon choix : l’intégrale de Belle et Sébastien par 5 voix contre une pour Zorro, celle de Bernardo, mon serviteur muet et attentionné. 

L’icone kabyle, par Denis Billamboz

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L’icône kabyle

Pour la première fois, je dédie deux commentaires à un même écrivain et ce choix je l’ai fait parce qu’au moment où le monde arabe manifeste un grand désir de liberté et que l’Algérie s’emble, elle aussi, contaminée par ce salutaire élan libertaire, je crois que le temps est vraiment opportun de se souvenir de Taos Amrouche qui fut la première femme écrivain algérienne à écrire en français. Mais, il faut surtout se rappeler qu’elle était chrétienne et qu’elle a dû, avec sa famille, s’exiler en Tunisie pour pouvoir vivre sa religion et s’imprégner de la culture française qui lui ouvrait les portes du savoir et de la liberté. Toutefois, cet exil ne fut pas un chemin doré, sa culture natale, ses racines, restaient, elles, profondément ancrées dans ce monde rural kabyle où vivaient ses grands parents qu’étant enfant elle visitait régulièrement. Ces deux ouvrages qui sont les deux premiers opus d’une tétralogie qui comporte aussi « L’amant imaginaire » et « Solitude ma mère », sont une de leçon de tolérance, de lucidité, au moment où le monde arabe s’enrhume, mais aussi une grande leçon de littérature française pour les écrivains en herbe et les lecteurs avisés. Que ceux qui veulent refaire le monde arabe pense à cette femme d’exception et à son frère, le poète Jean Amrouche, qui ont vécu tous les deux coincés entre deux mondes dont ils ne pouvaient ne séparer ni de l’un, ni de l’autre.

 

41QB9VFHSNL._SL500_AA300_.jpgTaos Amrouche (1913 – 1976)

Rue des Tambourins

« Nous arrivions à un tournant de notre histoire, J’en avais conscience, malgré mes onze ans, … Nos aînés nous avaient déjà quittés pour la France où ils espéraient faire fortune, obéissant à cette loi de l’exil qu’il était dans notre destin de subir. » Ainsi, Kouka, Marie Corail, Taos elle même peut-être, raconte la saga de la famille Iakouren obligée de quitter sa Kabylie natale, le grand-père ayant dispersé l’héritage au jeu, pour essayer de construire une nouvelle vie à Tenzis en Tunisie.

Ce récit s’articule en trois époques en commençant par celle de la grand-mère qui règne sur la famille en imposant sa loi séculaire car elle, contrairement aux autres, n’est pas convertie et est restée musulmane. Elle fait tout pour attirer la fillette vers sa religion d’origine mais plus encore vers la tradition familiale. Et, c’est à l’occasion du mariage du frère aîné au pays que la fillette découvre ses racines et ressent qu’elle appartient, elle aussi, à ce sol, à ce lignage, à cette tradition. Elle rencontre également l’intolérance qui sépare chrétiens et musulmans, chacun dans son village, chacun dans son cimetière. « Convertis et musulmans vivaient en bonne intelligence, mais on eût dit que seuls leurs corps se rencontraient, ou mieux, leurs enveloppes, car l’essentiel ne pouvait être mis en commun. » Elle s’imprègne ainsi fortement de ce pays, austère, misérable mais sincère et authentique qui lui collera aux semelles pour le reste de sa vie. « Aussi, …, mesurions-nous la force des liens qui nous attachaient à ce sol, à ces êtres faméliques et vêtus de haillons qui sentaient le bois sec, la laine, la misère et le fruit. »

La deuxième époque, le temps de la mère, commence par le retour de la grand-mère au pays et le divorce du frère aîné qui veut tenter sa chance à Paris. La cellule familiale explose et la mère prend le contrôle effectif de la famille, elle inculque alors son désir de voir ses enfants étudier, car la modernité est la seule façon d’échapper à la misère et de parvenir à construire une vie décente. C’est le temps de l’adolescence, de la rencontre des amies de l’école ou du voisinage, de l’ouverture vers les autres, un temps qui dure bien peu car le père ramène vite la brebis au bercail pour qu’elle n’entache pas la réputation de la famille et qu’elle reçoive une bonne éducation où le christianisme n’est pas plus tolérant, pour les filles, que l’islam. « Peu m’importe si, …, Corail brille ; ce que je veux par-dessus tout, c’est une fille bien élevée, une fille décemment habillée et qui, jamais, ne se fasse remarquer. »

Et, la troisième époque c’est le temps de la fille, éduquée un peu trop rigoureusement, qui reste la petite fille romantique, éprise d’absolu, incapable de vivre un amour possible entre deux garçons très différents qui ne sauront pas l’aimer car elle n’est pas encore sortie de son monde imaginé et rêvé où les racines familiales pourraient se nourrir du terreau de l’éducation moderne. Son exaltation ne peut pas se conjuguer avec la passion de Bruno, pas plus qu’avec la raison de Noël. C’est la petite « Jacinthe noire » qui croit progressivement pour devenir la jeune fille qui intégrera un pensionnat parisien, mais cela est une autre histoire, un autre livre.

Un beau récit où Taos Amrouche, dans une langue d’une grande pureté et avec un art consommé pour faire vivre des personnages plus vivants et plus réels que nature, nous emmène sur les traces de ses ancêtres qui ont quitté un pays trop pauvre pour un exil guère plus confortable. Une ode à ce pays qui ne l’a même pas vu naître et qu’elle a découvert  quand elle pouvait déjà gambader dans la campagne pour s’imprégner de la splendeur des paysages et se saouler des odeurs exubérantes des fruits mûrs et des herbes odorantes.

Mais, au pays elle découvre aussi l’intolérance, la ségrégation, le mépris et la frustration et toute sa vie elle restera, non pas à cheval sur deux cultures, mais coincée entre deux cultures qui ne s’enrichissent pas l’une de l’autre et qui ne laissent que frustration, blessures et contraintes. « Aussi loin que je remonte dans le souvenir, je découvre  cette douleur inconsolable de ne pouvoir m’intégrer aux autres, d’être toujours en marge. »

Dans ce livre au romantisme et au lyrisme un peu daté, Taos ouvre son cœur pour dire toute la difficulté qu’elle a à vivre entre ces deux mondes, entre les musulmans et les convertis, car elle n’a pas choisi, elle a suivi sa famille, et elle a laissé ses racines dans ce pays où elle ne peut plus vivre. Elle reste en suspend entre la tradition qui la fascine et la modernité qui l’attire sans pouvoir choisir ni l’une, ni l’autres, sans pouvoir faire comprendre qu’elle appartient aux deux et sans pouvoir profiter ni de l’une, ni de l’autre. Un combat difficile qu’elle mène pour dénoncer le malheur des déracinés, la douleur des rejetés mais aussi la difficulté d’être femme dans de telles conditions car, contrairement à ses six frères, elle n’a pas eu la possibilité de quitter le giron familial. La tradition passe par-dessus les religions et pèse aussi lourdement sur les converties que sur les autres. « Tu as osé disposer de toi, comme si tu t’appartenais ? »

« Etrangers au Pays, étrangers à Tenzis et partout, tel sera notre lot. » Bien peu d’espoir subsiste entre ses lignes et on pourrait penser que Taos savait déjà qu’elle serait encore bannie dans son pays cinquante ans après l’écriture de ce livre car l’histoire de Kouka, Marie Corail, est un peu, beaucoup peut-être, celle de Taos elle-même.

 

519MPZ2MWSL._SL500_AA300_.jpgJacinthe noire

« Alors j’ai vu ses yeux noirs, étranges, offerts et insondables. Il me fallait aller vers elle. » Marie-Thérèse, Maïté, jeune Limousine exilée dans une sinistre pension parisienne raconte la relation qu’elle a eue avec Reine, jeune Tunisienne, égarée dans cette même pension où sa différence, son exaltation, son exubérance, sa personnalité sont très mal acceptées par la directrice et ses courtisanes d’une religiosité onctueuse et hypocrite. Elle nous raconte comment, dans ce huis-clos, un groupe de jeunes filles va intriguer pour exclure l’intruse ou pour défendre sa différence, s’affrontant sous fond d’obscurantisme religieux et de prosélytisme larvé. Le suspens n’est pas bien grand car l’auteur nous rappelle sans cesse que cette relation se termine mal.

Maïté, Marie-Thérèse, raconte en fait l’histoire de Reine qui est un peu l’histoire de Taos Amrouche, première romancière algérienne de langue française, qui a dû, elle aussi, rencontrer un certain nombre d’obstacles quand elle est arrivée en France. Elle accapare aussi la jeunesse exaltante de son amie pour oublier son adolescence un peu trop terne et sans relief. S’inventant ainsi une vie possible dans la grisaille parisienne à travers les personnages qui ont meublé la vie de son amie.

La religion qui est l’axe autour duquel tournent toutes les intrigues et les cabales, est la ligne de ségrégation entre Reine et les filles qui la repoussent car Reine revendiquait qu’elle ne différait « guère de m(s)a vieille grand-mère, restée musulmane ». Cette lutte de tous les jours contre celles qui n’acceptent pas la différence est aussi, en filigrane, une évocation du colonialisme, « elle est d’une autre race », et d’une certaine forme de racisme qu’elle subit même si elle fait « partie de la catégorie de ceux qui se sont séparés des leurs, qui ont rejeté la foi de leurs ancêtres pour suivre le Christ. »

Bien qu’elle soit fortement inspirée par des auteurs comme André Gide, son idole, qui est largement cité dans le roman et qui s’est fendu d’une lettre en introduction du livre, Taos, même si son écriture est très fine et très juste, fait preuve d’un romantisme très « dix-neuvième siècle » où l’exaltation du moi et l’analyse des sentiments sont poussées très loin dans le fond des cœurs et des âmes. On est bien loin de Constance Chatterley et de sa sensualité à fleur de peau, l’amour reste toujours très sentimental, on ne parle jamais de la chair ni de ses plaisirs. Mais, cependant, sous cette sentimentalité à la limite de la sensiblerie, tant on défaille dans ce long texte, des thèmes plus forts émergent comme l’affirmation de la personnalité des femmes dans la politique, la colonisation, le racisme, …

Roman inspiré des grands classiques du XIX° siècle mais fondateur d’une littérature féminine maghrébine qui portera de beaux fruits comme Assia Djebar et bien d’autres aujourd’hui à l’image de Malika Mokeddem par exemple.

Denis BILLAMBOZ

Les MOTS pelés (X)

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Le comble de l’excentricité littéraire : une bibliographie qui se lirait comme un poème.

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cream: mot bile du mal de foie.
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Le mot citron passe-t-il à l’orange quand l’auteur est pressé?

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Les sauteurs d’aphorismes courent au roman-fleuve.

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Mes promenades de santé se font dans des allées de livres.