LA FABRIQUE DES MÉTIERS : 56. CAPTEUR D’ÉLAN

Lévrier : L139 Sculpture par Laou | Artmajeur
Lévrier : L139 Sculpture par Laou | Artmajeur

À une époque où le plongeon est le premier sport de lâcher prise, l’élan préfigurant le saut, le décollement de la surrection, la piste de l’envol, l’assise mentale de l’escalade d’une paroi, lisse ou abrupte, est moins couru.

Le capteur d’élan est un gardien du branle, il saisit l’enthousiasme à la source, la fougue à l’instant de son éclair et l’immortalise. N’allez pas croire que l’immortalité de l’élan fige l’élan, le retient voire le rogne. Au contraire, en le modélisant, elle fixe les paramètres du geste de façon à ce qu’on l’étudie, sans toutefois l’épuiser (on n’épuise pas un élan, au pire on le cerf, que dis-je – que les bois, pardon, que les bras m’en tombent ! – : on le sert), qu’on le reproduise, mieux, qu’on le rende à jamais imperfectible.

Dans le feu de l’action, l’élan brûle des calories mais sa flamme persiste par-delà le séquençage de ses phases. C’est un peu comme si on figeait l’impatience du faiseur d’aphorismes, au moment où il voit sa phrase s’accomplir, où il a l’intuition de sa chute si l’apophtegme toutefois vise un effet.

Le capteur d’élan n’a que faire, il faut le dire ainsi, de l’avant (qu’il devine glorieux, intuitif, bondissant) ni de l’après (souvent déceptif, amer, convenu) du geste. Ni encore de celle ou celui (classe, ordre, famille, genre, espèce) qui le réalise. Se soucie-t-on du sort des personnages d’un roman à la lecture de la description haletante d’un soufflant paysage ?

Le capteur d’élan n’est pas photographe (oh ! non !) pas plus qu’il n’est peintre (crénom de non !), il est, si l’on veut, dessinateur de fauve, percepteur de tremblement, senseur de l’invisible. Il puise à la source de l’être la matière de l’élan et le reproduit sur le papier de soie des songes, telle une goutte bien ronde concentre tout le cycle de l’eau sur la vitre de nos désirs quand elle nous apparaît du dedans de nos rêveries humides – il en faut pour se délivrer de toutes les sécheresses accumulées dans la nuit des temps.

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La photo représente une oeuvre de Laou, Lévrier (Sculpture sur bois de chêne âgé de 250 ans. Sujet en fil d’acier et cuivre africain).

LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 55. RACCOMODEUR D’ERGOTS

ergot

Chaque jour qui passe, l’ergot du coq a bien des occasions d’être égratigné, brisé, mis en pièces. À la faveur de la réflexion d’un quelconque gallinacé, de l’invective d’une poule frondeuse, de la remarque d’un porc dans la bouse, d’un poney donneur de coups de sabots, d’une vache impertinente. 

L’ergot ébranlé conduit le coq à des conduites de repli, de dénigrement de soi et de rancune. Le coq sans crête ni ergots est un roi sans couronne ni épines.

C’est pourquoi le raccomodeur d’ergot est d’une telle utilité publique pour la basse-cour.
Il sait trouver les mots qui dénigreront le faiseur de reproches, le lanceur de fléchettes, le dresseur de liste de torts, le noteur de notes le lectures et recontextualiseront la diatribe en rendant la confiance perdue à l’oiseau meurtri dans son orgueil.

Afin de ne pas nous égarer, penchons-nous sur un cas particulier : l’ego, pardon, l’ergot du coqauteur.

Régulièrement le coqauteur a son ergot, même si monstrueux au départ – et qui plus est à mesure qu’il publie -, fracturé, endommagé, un brin étrillé à la suite, il se peut, de l’épithète déplacée d’un critique pas à l’aune de ce qu’on attend d’un critqud’oeuf, de l’emportement démesuré d’un collègue pour l’œuvre d’un tiers, de la mise en valeur d’une élite régionale de dindons ou de la star faisandée de la ferme locale, de l’érection d’un poussin littéraire sorti tout droit de sa coquille, de l’indifférence d’un coqéditeur épris ailleurs, d’une grosse ponte ponctuelle d’une poule des lettres, de la diminution du nombre de likes & partages d’une photo de profil mal retouchée sur Coqstagram.

Le raccomodeur d’ergot aura fort à faire dans ce cas précis d’autant qu’il touche à un secteur essentiel du monde culturel régulièrement foulé au pied et battu en brèche, périodiquement confiné et voué aux dégoûts du libéralisme incontrôlé.

On le devine, même s’il y a d’excellents raccomodeurs d’ergot généralistes, il existe des spécialistes par occupation ou hobby de confinement : littérature en circuit court, culture de bonsaï à paroles, danse d’appartement, art vocal de balcon protégé par une rambarde à sons, récitation de textes à la demande, théâtre au miroir, air banjo et attrapage de mouches à la ficelle.

Applaudissons bruyamment et nuitamment le raccomodeur d’ergot tel un angle gardien aux côtés obliques, un tuteur de parasol à la dérive, un parrain à la main légère, un frère d’âme dans le désordre spirituel, un Narcisse de remplacement dans le placard aux doubles de substitution !

À défaut d’ergot pointu, une crête avenante et un beau plumage valent amplement un désolant ramage. 

LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 54. FABRIQUANT DE TANTÔT

Plus Tard, Est Maintenant L'horloge Conceptuelle, Isolé Sur Fond Blanc  Banque D'Images Et Photos Libres De Droits. Image 47422203.

Le fabriquant de tantôt est un procrastineur-né.

Son tantôt recouvre une inadaptation au réel, une difficulté à vivre l’instant. Il masque un mal-être, une impossibilité à joindre l’ici à l’ailleurs, le tout de suite au suivi d’effet.

Sans tantôt, il serait nu comme un verre vide, un moment de panique, ancré dans le gouffre spatiotemporel.

Le fabricant de tantôt file son adverbe sur la trame des jours, sur le trajet des aiguilles de l’horloge. Il n’est pas avare de verbes d’état, de peut-être, d’adjectifs de douleur. À défaut de tantôt, il offre volontiers des à plus tard, des lendemains qui hantent, des on verra bien si on est encore vivant...

Le fabricant de tantôt a sa raison d’être en ces temples incertains dédiés au doute et à l’adversité. Il fait rempart au néant, il s’arcboute à l’absence de futur.

Ne manquons de lui passer commande !

Il relève des marchands de mots de première nécessité (ne le confondons pas avec un quelconque vendeur de hiers). Il possède une boutique en ligne, un système de click & collect et même une vitrine sur les réseaux sociaux – au risque de se faire défenestrer. S’il ne sait pas passer (ce n’est pas un passeur, Dieu l’en garde !) maintenant, il passera tantôt mais vous serez servis dans les temps !

LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 53. DÉSAUTEURISEUR

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À l’automne venant, l’auteur sort, rien ne peut l’empêcher de sortir : aucun accident climatique, aucune épidémie. Ses sorties sont exemplaires, récurrentes, attendues, (dés)espérées. De la fin août au début novembre, l’auteur court les prix, il espère une récompense en novembre pour son effort, parfois son talent. Il n’y aurait plus de lecteurs que l’auteur sortirait encore son nez, ses feuillets, son porte-plume à dédicace. Il se dit même que l’auteur publie plus qu’il n’écrit – mais ce sont-là des racontars. S’il ne sort pas à l’automne, on a vu des auteurs s’étioler, faner, disparaître, jusqu’en janvier. J’en voyais déjà se réjouir mais non : au Nouvel An, les fêtes passées, l’auteur qui n’est pas sorti en automne sort au cœur de l’hiver, puis à Pâques et à la Trinité. C’est l’auteur des quatre saisons, il joue de toutes les occasions, pour surprendre le lecteur.

Après ce trop long préambule (pour des opérateurs de formation plus enclins à compulser des programmes de cours que des textes un tant soit peu écrits), entrons dans le vif du sujet !

Le désauteuriseur est donc particulièrement apprécié lors la rentrée littéraire où les auteurs se rassemblent en tout lieu et en toutes circonstances (les plus insolites et farfelues ayant leur faveurs) et bouchent volontiers les couloirs tortueux des espaces culturels. On ne fait pas un mètre sans rencontrer un auteur et ce qui lui fait cortège : mordus de lecture, éditeurs mordus, critiques décomplexés, bibliothécaires complexés, libraires libres, bouquinistes boudeurs, Busnel de plateau télé, flagorneurs et écornifleurs mêlés.

C’est pompant, cela empêche de se consacrer pleinement aux grandes œuvres de salut public qui nous attendent, à la défense des minorités licencieuses, à la préservation des espèces de bières en voie de digestion, à la lecture en pleine conscience, en position de lotus ou non, d’ouvrages sur le yoga (non écrits par Carrère) ou sur la méditation lynchienne. Cela nous égare des auteurs présents ou passés qui vivent confinés, sous terre ou dans leur retraite, barricadés par des centimètres de béton, loin des espaces livres réels et numériques.

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Le désauteuriseur agit avec méthode et sens du devoir (c’est un ancien socialiste), il commence par attaquer le gros cou de l’auteur qui, généralement, fond tout entier, avec l’encolure, se répand en flaques, disparait dans les entrailles de la littérature routinière ou se volatilise dans les grands airs, c’est selon. (Comme il existe peu de littérature expérimentale, le risque de désauteuriser un novateur littéraire est minime).

Autrement dit, l’auteur quitte l’avant-scène du livre pour s’occuper enfin de ses proches, quand il leur en reste, ayant fui l’importun uniquement attaché à polir les différentes facettes de son œuvre en devenir, à explorer le sable de son inconscient à la recherche d’une pépite de génie.

Si la fourmilière d’auteurs résiste, le désauteuriseur emploie les grands moyens : une équipe de critiques indépendants, purs et impitoyables (il en reste), non embarrassés par le sens de l’amitié (les salauds), ou les renvois d’ascenseur (ce sont des escaladeurs à l’ancienne mode, avec piolets et crampons), payés amplement, cela dit, par La Fabrique des métiers pour leurs qualités mercenaires et un rien cyniques, il faut bien le dire (au risque de les fâcher).

Un psy (ayant des notions voire des fonctions littéraires, il s’en trouve) spécialisé dans le traitement des auteurs déconfits(-nés) intervient pour éviter le pire, la disparition physique de l’auteur que personne ne veut vraiment, sauf les antinatalistes littéraires primaires (il s’en trouve). Il faut garder les auteurs dans la vraie vie. Bien qu’on puisse difficilement les retraiter (la plupart, comme ils le déclarent volontiers, n’étant faits que pour l’écriture) pour leur faire suivre une formation d’utilité publique : enleveur des ordures après striage des déchets, rabaisseur du niveau des océans, gardien d’ours polaires gris, teneur de clous dans un atelier de construction de maillets, mainteneur d’icebergs en équilibre précaire.

Le désautauriseur (c’est ce qui fait tout son prix) vous épargne bien des achats inutiles et des déconvenues à fréquenter des auteurs contaminants, qui vous pousseraient bien dans leur vice, histoire de n’être pas seuls à galérer contre le sens du courant, il faut bien dire.

Il permet surtout, à terme, de renforcer l’immunité auteuriale en augmentant sa résilience aux attaques perfides de la critique (et aux couteaux dans le dos des collègues) en produisant une littérature d’exception, dure comme le diamant et faite pour durer – comme un plug de métal pur dans un anus d’airain -, et aussi résistante qu’un Covid-19 face à une armée d’épidémiologistes sans état d’âme. Une littérature faite pour vivre cent ans, à l’exemple de celle de Stendhal, à l’abri de toute toute réinteprétation contingente, greffée sur l’air du temps. Une littérature propre à servir de grille de lecture au réel (et non l’inverse), imperméable à la pluie de l’événementiel et aux fuites de l’informationnel.

Bref, désautaurisons le littérair ambiant pour assainir le secteur et, accessoirement, le lecteur !

Existera bientôt en spray (le Laboratoire de recherche de la Faculté de Lettres de l’ULB y travaille) !

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LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 52. REMUEUR DE MÉNINGES

Astuces pour un remue-méninges efficace | SUITE

Le remueur de méninges est un artiste. Il peut remuer jusqu’à dix millions de gramme de méninges par jour. Des méninges de toute espèce et de toute composition.

Il faut savoir que, chez l’humain, tous les vingt ans à partir de la trentaine, la mousse de cerveau se forme à l’intérieur du crâne par fermentation. Un dépôt, un grain de folie apparaît qui, s’il n’est pas secoué, peut provoquer des dégâts considérables comme une addiction aux réseaux sociaux ou aux polars.

Le remuage, opération délicate et régulière, consiste à faire glisser cet amas vers le pavillon ou le conduit nasal où il va finalement adhérer. Il faut éviter de l’expulser par la bouche car le sujet, déjà atteint dans son intégrité psychologique, sans encore être dément (il voit seulement la mainmise de l’administration trumpienne sur chacune de ses déraisons), a tendance à le refouler et le retour de folie peut créer des malformations cérébrales comme l’accoutumance aux émissions de Cyril Hanouna ou aux clips de Julien Doré.

L’opération se fait tête en bas dans un fauteuil à bascule qui peut provoquer quelques vertiges ou visions d’une vieillesse douloureuses.

Lorsque le dépôt est collé au bulbe olfactif ou à la trompe d’Eustache, on plonge le crâne dans une solution réfrigérante à – 20° C. Un glaçon (de whisky ou de gin) va emprisonner le dépôt. Il ne restera plus qu’à l’expulser et à le récupérer avec un écouvillon.

Il faut ensuite boucher l’hémorragie de pensée, remettre un peu de méninges, de colle à neurones d’idées claires, un fifrelin de liqueur séminale, une once seulement de philosophie – car tous les cerveaux ne le supportent pas. (Il n’est pas conseillé d’utiliser des ersatz de philosophie à base d’essence onfrayenne ou comte-sponvillesque, ce qui ne ferait qu’empirer les choses.) Refermer les extrémités, nettoyer les salissures, souffler fort dans les yeux et les cheveux de l’humaine caboche.  

Il s’agit ensuite de profiter d’une occasion favorable, un beau jour comme la fin d’un confinement plus long que d’habitude, la réouverture des bars de théâtre de rue ou des stades d’opéra à gorge déployée, le retour du dernier professeur valide dans un auditoire déserté depuis six mois, la nomination de Pierre-Yves Dermagne* au poste de Premier ministre, de Thomas Dermine* au haut commissariat à l’économie planétaire ou Paul Dermagnette* au poste de leader à vie du PS mondial.

Ouvrir un crâne pour en extraite la cervelle parvenue à maturation, c’est aussi tout un art.

Il faut d’abord penser à faire rafraîchir la cervelle car elle se déguste très fraîche. Il faut légèrement incliner la tête, mais pas trop, ouvrir la boîte crânienne, en retirer le délicat mets avec une cuillère adaptée et la déposer sur une assiette intelligente.

La cervelle fraîche relevée d’un filet de citron s’apprécie avec un bon muscadet ou une bière très blanche.

Regardez, humez, remuez légèrement, déposez sur la langue, avalez lentement !

Bon appétit !

À NOTER qu’en cas de burn out du remueur de méninges, soumis à rude épreuve, comme on l’a vu, le remue- la-merde – que seule une distance d’un mètre sépare de son lieu de travail habituel – peut aussi assurer le job… après une courte formation proposée par La Fabrique des métiers.

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*Pierre-Yves Dermagne, Thomas Dermine et Paul Dermagnette sont des hommes politiques wallons d’exception promis à un bel avenir mondial.

LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 51. ORGANISATEUR DE REPOS

Aire de repos | Sanef

L’organisateur de repos est un spécialiste du sommeil.
Il œuvre à la fois sur les aires de repos traditionnelles et dans les alcôves privées, sous des ciels de pluie ou des ciels de lit.

Lors de ses manifestations publiques, il installe son matériel sonore et sa voix suave dans un environnement de rêve et s’adresse avec componction à la population des aires d’autoroute : routiers à bout de course, touristes dévoyés de la ligne droite des vacances, chien(ne)s errant(e)s, exhibos de tout poil et de tous genres (les hybrides ont plus à montrer), adeptes du caudalisme (vois comme ma moitié jouit !), couples d’écrivains souhaitant réécrire les Les Autonautes de la cosmoroute

Il fait régner une ambiance de spa sur des textes de sophrologie moutonniers, il enrobe de paroles légères une musique à coucher dehors, il organise un concours de sommeil. C’est une sorte de DJ doux, de David Guetta sous soporifique, de rappeur ayant abusé de la beuh, de Doc Gynéco de la couette.

Dans la demi-heure suivante, tout le monde éveillé bascule dans son lit-couchette, s’élève dans sa bulle onirique, et l’organisateur de repos s’en va chez les particuliers insomniaques faire son numéro de berceur, qui, à deux heures du matin, entament seulement leur enfer nocturne. Là, il œuvre en spécialiste, usant de thérapies plus lourdes à base de forts concentrés de tilleul et de valériane, de formules extradouces.

Quand il termine son turbin, il est cinq heures, les Dutronc père et fils se réveillent de plus en plus semblables (sous l’œil endormi de la Hardy), l’aube a pointé son nez rose et le travailleur de nuit peut enfin gagner sa paillasse pour piquer un roupillon salvateur.

LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 50. LANCEUR D’HALTÈRES

Vieil homme exerçant avec des haltères contre le ciel bleu avec des nuages Banque d'images - 32548580

 

Le lanceur d’alerte, qui a découvert l’eau chaude à la source thermale globale, a tant trompetté, claironné et joué du buzz qu’il s’est éteint ; sonné, buggé, groggy ! Il ne grelotte plus que de peur.

Avec les années passées derrière les bourreaux ou les vitres d’une quelconque ambassade, il a perdu de son allant et de sa souplesse. Alors que le lanceur d’haltères envoie du lourd : à force de fréquenter les salles de body building et les centres de fun gym, il gagné en légèreté et en fitness.

Le temps n’est plus, depuis longtemps, au lancer de tartes à la crème. BHL est blindé et plus aucune autre tarte que l’Arielle ne l’atteint.

Le temps n’est plus à tartiner de crème pâtissière, au son de paroles volatiles, un philosophe lambda ou peinturlurer en rouge un roi barbare à barbe blanche par manque de cibles vivantes, plus substantielles et mieux gardées, moins sujettes à faire marrer les usagers des réseaux sociaux et ceux qui les dézinguent.

Le temps est venu de se délester du principal, de ce qui nous empêche de croître et coince aux entournures, autrement dit nos faux besoins et nos pires nécessités.

Le temps est venu de débarrasser le plancher et de courir nu sur les plages des mers intérieures mais je m’égare dans le superflux où je n’aurais jamais dû m’infiltrer, flûte et zut, Quick et Flupke, tant qu’à mêler Hergé à ça.

D’ailleurs, les mers intérieures ne font-elles pas des vagues plus grosses que de raison?  Seul le plongeur trouve la solution à ses problèmes de fuite d’eau. Haltérons-nous donc au lieu de nous déshaltérer !

Musclons nos cerveaux peu fermes et vidons nos intestins infestés de vers. Dégueulons notre bile et forçons notre nature, il en va de notre survie, comprenne qui pourra et certainement pas mon foie qui a jauni.

Reprenons notre entraînement journalier de remplissage de grilles de mots fléchés (et de gilles au fion fêlé) et suivons, pour nous désembourber les neurones et décrasser les phéromones, les traces humides laissées par les limaces du temps qui fuit sur la toile des femmes araignées

Déboulonnons les statues de dés à coudre encombrant les tables de couture, les statues de libre mangeur traînant sur les tables de jeûne et les statues de sel qui donnent du piment aux camps de redressement !

Bref, lançons nos haltères les plus épaisses à la tête des receveurs d’alerte afin qu’ils ouvrent grand leurs pavillons sur les injustices du monde qui sont cohortes & légions, comme disait l’indéboulonnable César avant qu’il coule un gros bronze sur le siège d’Alésia !

 

Gifs Animés Halterophilie

LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 49 : BRISEUR DE RÊVE

Crying Wallpapers - Intezaar Shayari In Urdu (#1076112) - HD ...

 

Le briseur de rêve agit à la nuit tombée, quand l’homme (ou la femme) accablé par une journée d’espoirs contrariés, d’attentes vaines, s’allonge sur sa couche et cherche le sommeil.

Au moment où ses pensées versent dans le songe, le briseur de rêves agit.

Il  fait vite et coupe à la racine le nid, le cluster d’images hypnagogiques qui, s’il n’intervenait pas, prendrait la forme d’un récit onirique, à rallonge et à tiroirs, nourri, comme on le sait depuis Sigmund Freud et Patrick Lowie, des faits du jour et des souhaits détournés par mille impondérables je de verbe.

Alors que l’humain qui s’endort est sur le point de venger sa journée par les fabulations d’un récit nocturne haut en couleur et silences parlants, le briseur de rêves, cet assassin de films intérieurs, cet empêcheur de créer du lien avec ses plus frais souvenirs, fait éclater tout ça.

L’homme ou la femme se réveille alors et vit le malheur de l’insomniaque ; il constate l’inanité du monde, la vanité de ses espérances. Il pense à la maladie qui l’emportera et rumine le malheur d’exister jusqu’au seuil du suicide (où il rate la marche et se relève vivant) et, même s’il désespère la secte des incorrigibles optimistes, il trouve un plaisir secret à se morfondre, à se prendre tout entier comme objet de plainte.Dans un sursaut salvateur, ne l’entend-on pas promettre de se réaliser dans la journée du lendemain ?

Il jure de se donner corps et âme au service d’une cause noble et forcément écologique ou bien de servir maîtres & patrons, ces pourvoyeurs en tâches inutiles mais monnayables qui ont au moins cette faculté, reconnaissons-le avec les marxistes de tendance zen (celles et ceux qui ont fait dans le ventre de leur mère le voyage de Katmandou), de vider l’esprit de tout bavardage mental jusqu’à l’heure de Top chef ou de L’Amour est dans le pré.

Le briseur de rêves qui oeuvre pour la reprise de l’économie, l’éveil des masses et l’ergonomie de l’homme (ou la femme) à son poste de travail peut enfin dormir tranquille.

LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 48. PASSE-POIVRE

Moulin à poivre en métal vert de gris | Maisons du Monde

 

Le passe-poivre est le parent pauvre des passeurs de la tablée.

Toujours soucieuse, pour répondre à sa vocation sociale, d’aider les réprouvés, les laissés-pour-compte de la société de consommation et de l’Horeca, La Fabrique des métiers a choisi de mettre au goût du jour ce métier négligé.

Le passeur de chaises, par exemple, jouit, comme on le sait, d’une grande considération auprès des convives. Il est associé à la force virile, aux gros bras galants : Non, non, madame (ou mademoiselle), ce n’est pas à une dame (ou demoiselle) de le faire !, les entend-ton dire en saisissant des deux doigts d’une main la chaise par son dossier pour la faire valdinguer par-dessus la table.

Le passeur de sel est le pivot (non le poivrot, quoique) de la tablée, celui par lequel transite la parole, l’art de recevoir et les bonnes lanières (quand il y a du bondage au dessert).

Puis, tout le monde aime le sel (sauf les cardiaques) et peu de gens goûtent le poivre (sauf les orgiaques). Et ne me faites pas dire que le moulin à poivre ressemble à un gode

Mais passons… en revue d’autres passeurs, d’autres porte-serviettes.

Les artistes et auteurs dépassés (par leur ego, par leur grandeur ?), pour lesquels l’évidence de leur œuvre peinent, comme qui dirait, à s’établir, ont besoin de passeurs dévoués auxquels, une fois la passe accomplie, les premiers jettent des miettes de reconnaissance aux seconds.

Les passeurs de savoir, eux, sont au service d’une institution : plus flics que savants, ils travaillent inlassablement (sauf durant leur temps libre où ils s’adonnent alors à des occupations de plein air) à jeter des ponts (parfois aux oubliettes) entre les livres et les hommes & femmes, souvent jeunes et dociles. C’est beau et ça mérite salaire et reconnaissance. Le métier attire autant qu’il répugne, il possède ses détracteurs comme ses partisans.

Alors que le passeur de poivre, lui, ne suscite aucune émotion particulière. On s’en contrefiche un peu pour tout dire, du porte-poivre. D’autant plus qu’il passe volontiers pour un passeur de sel.

Alors que rien n’est plus faux : on a vu des passeurs de poivre refuser de passer le sel.

Ce sont des rebelles dans l’art de cuisiner qui ont besoin de pimenter le palais des autres pour se sentir exister. Comme on l’aura démontré, j’espère, le passe-poivre est un passeur comme les autres. Il ne porte pas la poisse, non ; il apporte de l’éternuant à la nourriture, il se veut un dérivatif au condiment roi, un anti-passeur de sel.

À l’occasion, quand il n’a rien à faire, il peut servir la soupe.

LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 47. COUREUR DE JURONS

Le Yéti existe ! : : Le Dinoblog

 

Le coureur de jurons saute d’un gros mot à l’autre. Aucun ne le satisfait. Aussitôt a-t-il fait son fiel de l’un d’entre eux qu’il jette son dévolu sur un autre.

Il passe allègrement de Merde chier con à Fumier fiotte couille, il saute d’Âne bâté à Bête à bêcher de la flotte, de Putain de ta race à Enculé de ta mère. De la large assise de Grosse truie bleue, il bondit sur Gueule de merlan frit et, après avoir usé à la corde des Gueule de raie et autres Face de rat, on l’entend user à foison des Tête de gland ou Trou duc. Lassé des Pelle à brin, il lance à la ronde des Balai à chiotte et Raclure de bidet et après n’avoir eu à la bouche que des Branleurs de cafards à Kafka, il n’a plus qu’Épouvantail à gilles de Binche sous le masque de confinement. Dans l’intervalle, il a étoffé ses injures.

Le coureur de jurons, on l’aura compris, est moins un métier noble qu’une maladie honteuse qui peut cependant trouver un défouloir dans un cadre professionnel strict, une cellule familiale contraignante, un cercle religieux puritain, un mouvement de jeunesse vertueux, un corps de métier bâillonné, une administration publique policée, une société secrète corsetée…

Si le coureur de jurons à haut potentiel n’est pas dépourvu d’imagination verbale, le coureur de jurons moyen se contente, lui, des lots en ligne du Capitaine Haddock ou de James Ensor.

Le coureur de jurons, c’est là qu’il touche la fibre sensible du citoyen responsable, n’a pas de mots assez gros et assez forts pour qualifier les hommes et femmes de pouvoir qui oeuvrent à l’accroissement des inégalités entre les humains et à la destruction progressive de la planète.

Seuls les putes et les clochards, sans distinction de genre, ont ses faveurs. La preuve, une de plus, que, derrière son langage de charretier, ses manières injurieuses, le coureur de jurons couve un cœur d’or et une libido alerte.

 

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