LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 44. METTEUR EN JOUE

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Le metteur en joue se distingue du metteur en nez qui ne pense qu’à humer et du metteur en bouche qui n’aspire qu’à bouffer.

Mais listons les différents metteurs en lice…

Le metteur en Seine plonge le spectacle (parisien) dans le fleuve (de la critique).

Le metteur en chaînes rockabilise le rendement.

Le metteur en liste multiplie les classements.

Le metteur en chair rapièce les vieilles peaux.

Le metteur en sphères fait tourner les boules ensemble.

Le metteur en jour roule sur l’aube.

Le metteur en vers coupe les phrases au tranchant de sa plume.

Le metteur en scène organise les regards.

Le metteur en joue, pour revenir à lui, n’est qu’un exécutant. Il tire et advienne que mourra.

Le metteur en joue n’en est pas moins un sensible qui aime le bruit de la détonation, l’effet de recul de l’arme contre l’épaule et l’ébranlement qui s’empare du corps à l’idée de délivrer un message frappant, fût-il mortel.

Non content d’être un tactile, un palpant (mais non un peloteur, il n’est pas lubrique), le metteur en joue est un bosseur. Si, par la force des choses, pour gagner son vin et vaincre sa timidité, il accepte un boulot manuel, nul doute qu’il éprouvera fugacement mais de manière vive et durable le contact de la crosse de fusil contre la joue avant d’appuyer sur la gâchette.

Pour combler l’attente le séparant d’une nouvelle exécution, il porte au visage tout ce qui lui rappellera ce doux moment : tasses, fruits, femmes, fleurs, livres, pierres, pommes, poires, smartphone… Pour en éprouver la douceur, le velouté, la chaleur, l’agrément.

Le metteur en joue est un délicat et un hypersensible, doublé d’un méticuleux, comme vous l’aurez compris. La preuve : son geste accompli, il pose la joue, en un geste tendre sur le cœur de sa victime pour s’assurer du travail bien fait, d’un sérénité retrouvée.

LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 43. ANIMATEUR DE DÉBUT

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Les fins n’ont plus rien à dire, sinon un mot de conclusion, un message d’adieu.

Bye, bye, la planète et tous les petits arrangements entre amis ! Tournons enfin nos yeux vers d’autres cieux, vers des créatures idylliques de meilleure compagnie que les occupants terrestres de tout règne ! De l’air, de l’espace et, si possible, de l’imaginaire !

Les commencements, eux, posent question et prêtent le flanc à la critique, à la controverse. Ils n’ont pas reçu la caution des faits, l’aval d’un vécu. Les commencements flottent entre deux possibles, entre plusieurs directions. Qui ne s’est pas posé des tonnes de questions au départ d’un feu, d’une soirée, d’une grossesse, d’une maladie, d’une relation, d’une mission d’information royale ?

On ne sait quel embranchement emprunter et les avis des experts, des personnes-ressources, des narratologues, sont les bienvenus. Mais ça tire à hue et à dia, chaque intervenant au début veut entendre raison, faire valoir son point de départ à son vis-à-vis si, évidemment il ne se trouve pas un gourou non genré aux frontières de l’autisme et de la clairvoyance pour rallier tous les avis à son opinion maîtresse, reposant, il est vrai – ou faux -, sur la science jamais tant aimée des incultes que lorsqu’elle va dans le sens de leurs frayeurs.

L’animateur de début a donc fort à faire pour maintenir l’avenir au milieu du présent et ne pas courir deux fictions à la fois.

Il modère, il recadre. Il fixe les limites du ring et des coups à porter. C’est un arbitre qui a plus avantage à calmer les esprits qu’à raviver les ressentiments ou à augmenter les antagonismes. Il vise à réduire les extrêmes en cherchant un milieu d’entente.

Tout en restant à l’écoute des diverses pistes en jeu, il demeure attentif à la ligne narrative qui doit ménager des nœuds et des dénouements, des points de tension et de relâche. L’animateur de début doit aussi penser à son job et à ses futurs à-côtés. Il lui faut  assurer les arrières à son métier précaire en se ménageant des heures de travail au black comme animateur de pause, de mi-temps, de fin de partie.

Les fins, comme on l’a dit au début, sont unilatérales et ne donnent pas lieu à la discussion. À la fin du match ou du stage, on sort sans autre forme de procès du périmètre de jeu ; on laisse place aux nouveaux débutants et à l’animateur spécialisé qui n’en a pas terminé pour autant.

LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 42 : FABRICANT DE TOURNANT

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Celui qui souhaite négocier un virage, sur la route du travail, des vacances ou de son existence, n’a pas toujours vers qui se tourner. D’où la nécessité d’un fabriquant de tournants, d’un négociant en virages.

Ancien coach, viré d’un centre de circulation routière ou détourné d’une vocation de tourneur fraiseur, le fabricant de tournants a de l’expérience, il a croisé les pas ou les roues de nombreux coureurs, à pied nus, en chaussettes ou en baskets Nike, à vélo, à trottinette ou, même, s’il faut le regretter avec la plus grande vigueur, en voiture à essence ou Diesel (pouah !).

Il a de la bouteille, le nez rouge voire de la couperose, de la rouille dans les articulations, des kilomètres sous le capot et des kilogrammes sous la ceinture, et encore du répondant sous la pédale ainsi qu’une rare maîtrise du changement de vitesse à la main (il a vécu l’époque des grandes manœuvres sexuelles). Il est un peu artisan, un peu artiste et fabrique des tournants de vie à la demande. Des courbes à 30, 45, 60, 90 et même 180 degrés. Depuis qu’il est en âge de se croiser les bras, il a des angles dans les doigts. Il a lu toute l’œuvre de Bachelard (et, accessoirement, de Baudrillard), c’est dire s’il a de la science et de la poésie et, même, des notions de sociologie. Pour dire son immense appétit de culture et son goût de l’aventure, il a entrepris de lire tout Edgar Morin du vivant de l’auteur.

Il vous donnera des conseils de roulage avisés car le tout, comme on sait, n’est pas de s’engager dans un tournant, faut-il encore bien le négocier et en sortir au mieux pour reprendre le contrôle du véhicule avant d’entamer la ligne droite… La mort est toujours au tournant et on ne sait pas lequel.

Le métier, tourneboulant, de fabricant de tournant est réservé, comme on le comprend, à des hommes et des femmes dans la force de l’âge. Pour une fois, La Fabrique des métiers pense aux seniors et envisage sérieusement, avec Bruckner et Finkie, les anciens complices enfin réunis, un allongement heureux de l’âge de départ à la retraite.

 

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LA FABRIQUE DES MÉTIERS : VENDEUR DE VERS par PHILIPPE BRAHY

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« Un nouveau métier pour lutter contre la pénurie automnale d’emplois et le burn-out des volontaires ».

« Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette ; le premier de nous deux qui rira aura une tapette ! »

Le métier de journaliste a bien changé. Après avoir abandonné la chronique des chiens écrasés et tourné le dos à la maltraitance animale pour ensuite vilipendé Brigitte Bardot quand ce n’est pas Fabienne Claire d’Etterbeek, le journaliste « doit avoir de très bons pieds (douzain si possible) / Mais c’est pas tout/ Car ce qu’il doit avoir et surtout/ C’est d’la tactique. La ta ca ta ca tac tac tique » … du journaliste. L’e-tic du journaliste ou l’e-partage (propre au tic plutôt qu’aux tocs et pas toqué pour autant).

La carrière du journaliste est donc vouée aux cliqueti(c)s du clavier qui provoque chez lui des troubles compulsifs qui deviennent vite : obsessions, angoisses et répétitions, ex : l’accumulation ou syndrome de Diogène ou encore, celui de s’en laver les mains, plus d’une fois. Le tic devient vite un toc qui de son tic-toc pousse le tac de la tactique.

Les syndromes sont nombreux, je ne puis, ici, en établir une liste exhaustive. Pas simple donc pour ce métier en devenir qui se consacre aujourd’hui pour l’essentiel à la chronique des publications poé-tic en tocs et toc ! Nananèreuh …

Douzain, très bons pieds, du vendeur de vers et hommage à cet ami.

Lui seul, sans me l’avoir promis,

M’a conservé sa bienveillance,

Quand plusieurs de mes vieux amis

Ont eu pour moi de l’inconstance.

Lui seul d’entre les grands seigneurs,

Pour la plupart des francs pipeurs,

M’a fait du bien sans le promettre,

Sans faire sonner le tambour,

Pour en bonne estime se mettre,

Comme on fait souvent à la cour.

Mais, Muse, taisons-nous : un homme si fantastique

Nous défend par devers et couvre nos arrières.

Paul SCARRON (excepté le dernier vers)

 

LA FABRIQUE DES MÉTIERS : 41. VERNISSEUR DE PATATES

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Septembre est désormais bien passé et vous avez dépensé l’été dernier tout votre argent en vols low cost et en chambre d’hôtes all-in. Vous avez terminé de glaner sur les champs votre lot hivernal de pommes de terre. C’est harassant et dégueulasse.

Il vous suffit de porter les fruits de votre glanage chez le vernisseur de patates qui, à l’aide d’une brosse à poils courts et d’un chiffon en laine de crin, vous les dépouillera de sa terre excédentaire et vous les fera briller comme un galet neuf, un savon Palmolive, une boule de Berlin, une couille de Merlin qui aurait conservé toute sa vigueur.

Quand vous porterez la patate en chemise à la bouche, doucement, en se déshabillant sous vos dents expertes quoique en partie érodées par les sucres, les alcools et les pratiques de l’amour, elle fondra sous la langue en délivrant dans votre palais décati un goût succulent, suave et sauvage à la fois, qui, mêlée à votre haleine un brin acide, ravira vos papilles, ravies à souhait.

LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 40. CONDUCTEUR DE BRAVOS

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L’homme, la femme – et leurs croisements intermédiaires – ont besoin d’idoles : politiques, religieuses ou littéraires.

On observe ces derniers temps des foules marries à l’idée d’hommes politiques disparus depuis cinquante ans ayant été indûment privés de T-shirts pour leurs icônes, des élans de ferveur en faveur d’écrivains qu’on avait cru morts et enterrés retrouver une vigueur de ressuscité dominical à la faveur d’un retweetage de leur oeuvre vite devenu viral, de brillants porteurs de signes extérieurs religieux être encensés par des sommités du monde laïque en veine de reconnaissance publique.

Imaginons maintenant Cyril Hanouna publier son premier roman (avec l’aide, soit, de son chroniqueur littéraire Eric Naulleau, pas à l’abri d’un Jourde), un député permanent ordinaire se mettre à l’art contemporain (façon Jeff Koons sans sa blonde), mon pharmacien devenir imam (ou rabbin ou moine tibétain) ou encore mon beau-frère Pierre-Yves (avec un tel prénom, rien d’impossible) devenir ministre régional. Et les foules de leurs affidés d’aussitôt se mettre à organiser marches blanches et sit-in (avec bulles, plumes & envols de ballons) sur la place de leur village respectif.

C’est ici que le conducteur de bravos, fort de ses années de philosophie zen et de psychologie sociale, entre en scène. À l’instar du modérateur de salle de conseil communal à l’arrivée du bourgmestre et de son clinquant collège, il doit contenir les vivats, les marques d’enthousiasme, les mille bravos, les applaudissements nourris – à base de produits culturels locaux, forcément surréalistes – du petit peuple de ses admirateurs (infiltrés par quelques contempteurs notoires – il y en a toujours pour ne pas plaire comme tout le monde). Car qui trop applaudit se casse les mains et les reins (s’il ne coordonne pas bien ses ébranlements) et n’a plus la force d’œuvrer au renouveau intercommunal de sa région.

Le conducteur de bravos réfrène donc les ardeurs, il rend la raison aux foules en délire en leur rappelant qu’après tout rien ne sert d’idolâtrer, il faut agir à poings fermés. En leur démontrant par a plus b n’égale pas ab que leur force est en eux, au cœur de leur joie enfouie dans leur manière de ne se conformer point à un quelconque cercle (même vertueux), comme l’a montré Spinoza qui, quoique éthiquement parfait, a débuté – on le sait peu – comme conducteur de bravos.

LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 39. ENVOYEUR DE CARTES À LA CRÈME

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Le métier d’envoyeur de tartes à la crème ne fait plus recette. Les envoyeurs de jadis ont levé le pied et la relève n’est guère assurée. Et qui oserait attenter à l’imagerie sainte des anciens terroristes aujourd’hui à la retraite ?

Le métier à la pointe de l’envoi, c’est expéditeur de cartes à la crème.

A l’époque du mailing répandu, l’envoyeur fait œuvre d’originalité, d’artisanat. Il compose une carte à la crème qu’il va lui-même livrer chez le destinataire, recommandé par son traître entourage.

Quand le destinataire ouvre la porte, il est doublement surpris, d’abord par le mode d’envoi, puis par ce qui lui saute à la gueule lors de l’ouverture de l’enveloppe, et qui lui barbouille le visage aussitôt photographié par l’oeil incorporé à la carte et qui reproduira sa face ébahie de crapule ordinaire sur tous les réseaux sociaux auxquels il est mailé.