LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 123. PENCHEUR


Là où le penseur réfléchit, le pencheur fléchit.

Tout lui est bon pour courber l’échine, tout lui est prétexte à baisser la tête, à vaciller sur son axe, à flirter avec le déséquilibre, à manquer tomber à la renverse ou bien tête la première dans les pommes ou le compost.

À quoi sert le pencheur dans la vie d’aujourd’hui ?

1) à fabriquer de l’énergie.

Que serait l’homme de l’automne 2022 sans la dive énergie ? Un démonteur d’éoliennes, un déplaceur de panneaux photovoltaïques, un dynamomètreur sur deux jambes instables et robotatives.
Justement, en basculant comme un cheval de bois, en se mouvant dans tous les sens, tel un épileptique au climax de sa transe, un parkinsonien au sommet de son art, s’il est bien relié à un transformateur adéquat, le pencheur de Pise ou d’ailleurs transformera sa folle mécanique en de l’électricité pour les portables des ménages et les pécés fixes des boomers, ceux qui ont vu les mails apparaître et disparaître au profit des textos, bien plus rapides pour exprimer ce qu’il vaut seulement la peine d’être raccourci.

Bref, le pencheur est une pile énergétique.

2) à produire des ondes positives…

… chez les consommateurs de développement personnel et autres pratiques ésotériques assises, accroupies ou couchées.

L’homme qui fléchit et ne tombe pas, l’homme qui s’abaisse mais ne s’allonge pas, l’homme qui lèche les culs mais ne se fait pas chier dessus est un modèle de résilience, de force de caractère, un être de lumière; franc comme le maçon sur le mur qu’il a édifié de ses mains pleines de mortier, qui guidera les moyens portants et les à demi démolis vers toujours plus de portance voire vers l’élévation de l’axe de rotation de ses idées fixes vers les idées essentielles et forcément astrales, amstramgram, pic et pic de pollution et collagène pour dames !   

Bref, le pencheur est une mine de bien-être, une sorte de smiley rigolard en position de lotus.

(Se pencher sur le sujet relève bien sûr du tour de farce.)


LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 122. FAUCHEUR DE TOUR


Parfois les tours, allant par deux, comme qui dirait jumelles, s’érigent de façon arrogante dans un rectangle de ciel étoilé strié de bandes rouges et blanches, narguant le monde non occidental, les religions non émancipées, les futurs conspirateurs, les allergiques aux vaccins et à la science comme aux films catastrophes des années septante, ne supportant pas les caricatures de leur gourou, et l’envie bien légitime de les faire s’effondrer est plus forte que toute éthique primaire.

Les faucheurs ont plus d’un tour d’avion dans leur sac de bord. Ils sont spécialistes du self control et possèdent un sens de l’organisation hors du commun des mortels.

Les faucheurs de tour produisent du spectacle haut de gamme avec des chutes vertigineuses, et de la pyrotechnie, tel qu’on a pu en cauchemarder dans nos nuits les plus rocambolesques. On ne peut qu’applaudir au spectacle de tant de haine et louer la performance technique, moins la couleur, car tout a vite viré au gris poussière. Toute entreprise du spectacle a ses aléas et ses alléluias, comme aurait dit un Debord débordé par son sujet.

Enfin des terroristes qui innovent, et non des extrémiste qui radotent, se contentant de détourner des avions sur des aires désertes, pour ensuite menacer de faire exploser l’appareil et ses passagers, ce qui conduit souvent à un fiasco : l’intervention manu militari des polices spéciales, aux effectifs super entraînés depuis leur berceau, puis, face à un tel scénario, des défections nombreuses chez leurs partisans qui résilient leur abonnement à la cause terroriste internationale et sa maison fondatrice au Moyen-Orient.

Ces actions conduisent en réponse à des réactions forcément inappropriées chez le dirigeant défait, humilié, de fond de classe maternelle, qui, en retour, frappera là où ses intérêts et ceux de sa faction et de ses industries porteuses le portent, provoquant le chaos dans le monde pour deux décennies au moins mais tout profit pour les faucheurs de tours et leurs adeptes qui se frotteront leurs mains pleines déjà du sang des sauteurs dans le vide ou des occupants de ces tours qui côtoyaient les étoiles la nuit et qui aujourd’hui sont au ras des caniveaux voie plus bas que terre.

Une fois de plus, faisant fi de la morale commune, LA FABRIQUE DES MÉTIERS, au bord du gouffre financier, sans les subsides promis par le secrétaire d’Etat à la Relance des Entreprises de formation, proposera une formation de faucheur de tours, proposant des cours de cartographie, de résistance des matériaux et d’aviation de premier biplan, en promettant maux et vermeilles aux apprenants, comme dix mille écoutes d’Angèle & Adèle (enfin, des stars aux prénoms en aile !) en récompense de leurs hauts méfaits et un statut de religion star ; quant aux autres, les derniers de classe, n’ayant pas bien appris le maniement de leur ceinture d’explosifs, ils retrouveront au centre de vils procès, confinés comme des animaux de cirque dans des box ultrasécurisés, sans le secours une assistance juridique du tonnerre, au cours de procès interminables qui se tiendront bien un jour, quelque part dans le metavers.*

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*Cette phrase a concouru pour le prix de « La plus longue phrase dont on se rappelle encore le premier mot », organisé par Marcelin Proust, l’arrière petit cousin du romancier (elle a obtenu la 118ème place sur 127 participants).


LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 121. MÊLEUR DE LETTRES


Le mêleur de lettres ste prtijet periao sfaporn mxropas.

Wlsor mairs pasroeirs ; fomapsme ro permsocor de spalrse assmpor.

Spwaorndo mesirqoes tpeosrtsas, oarmesient, smwnrtiv sorlams.

Alosrie woérvorps « aprsoemts paremoxpres », doremsris perarmeisdlv ariesmre, pr arso brozmèons etm pardelems cpros arkomeo sahro emq, um mêleur de lettres ap vroanes mqoe vizhos pgeix poqw romenao deonsipas msirsl asprvire meosir smaisless owbztnosièorsalr eirpaslr : örmpraµv mairons rmeojasnorawptinvrhdo amaisr…

Maxopror pavvoz padmeos brioa, proeisl apros « aosir prkdsom » roémmaopznrodeldirozp df lsor tyxèicald vsoozerlor smoenso gromep xfia lhfgnorw prdooe smoden fzros lrecospor diels do.

Dmosp er boaw ed porasd ! Orpsoamr leidairp ! Orpsoze ! Rowgfkz !

Prosusemsp cvror rosmènts (pciroo trkartop dcortl) orpsned ?

Drlméospme, wll srpair dexmisn mpu mêleur de lettres.


LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 120. PLANTEUR DE ROUX


Le Roux est une espèce en voie de de disparition qu’il faut préserver car le Roux donne des couleurs au paysage. Dans une foule, le Roux fait tache et il faut qu’on le touche. C’est le coquelicot, la violette du champ de blé. Il donne envie de le humer, de le sortir du champ, de le mettre en pot, de l’arroser pour qu’il ne flétrisse pas, qu’il se reproduise, qu’il devienne la norme, qu’à côté de lui le petit brun et la grande blonde semblent des anomalies, des espèces à écarter du champ du visible, le temps que la foule fasse son office de foule et le refoule.

(Car la foule est éphémère, elle n’est pas l’état naturel de l’Homme. Elle ne dure pas plus que le temps d’une manifestation pour plus d’ombres à midi, plus d’eau salée au bord de la mer, moins de pic-à-glace dans les carrières de gel, sauf si la police s’en mêle et qu’on ne distingue bientôt plus le gardien de l’or du métal récalcitrant.)

Je sais de quoi je parle, je suis un Roux contrarié.

Pendant mes nuits chauves, je teins mon crâne et le reste de poils qui me reste en rouge brun ou bien j’enfile une perruque vermillon et je me prends pour Marlène Jobert ou Jessica Chastain. Je chante des tubes au néon rouge d’Elton et de Gerry Alliwell. Je pleure des larmes pourpres, je rêve qu’on me brûle les poils de nez et la plante des pieds sur des bûchers brûlants. J’aspire à faire fondre mes taches de rousseur, celle que la rosée n’a pu gommer quand je fourrais mon nez d’enfant dans l’herbe fraîche – et de les faire boire à une Marilyn de bazar, à une Bardot de fantaisie, restée dans l’état où la célébrité l’a érigée. Je me sens sucre roux et je fonds sur la langue rêche d’une donzelle à la tignasse poivre et sel.

Quand je suis roux, je me sens plus proche de ma couleur intérieure qui sent le roussi : j’ose ce que les Roux osent quand on ne les sent pas.

Les Roux sont des rebelles. Quand ils étaient jeunes (même si le Roux est éternel), ils avaient une photo de Chuck Norris et de Fifi Brindacier au mur est de leur chambre (ceux d’aujourd’hui ont une photo d’Ed Sheeran ou d’Audrey Fleurot, parfois l’un dans l’autre, s’ils ont des talents de collagiste) alors qu’aux murs de ma mansarde d’adolescent, je n’avais qu’une photo de Che Guevary (le fils cubain de Georges) et de Daniel Con-Bandit (je n’ai jamais pu encadrer Fidel).

Avec l’âge, la couleur du Roux s’altère, elle déteint à l’épreuve du blanc de chauve ou de l’alopécie. Il ne dit plus rien qui pourrait altérer l’avancée de sa carrière, il se moule dans tous les creux de vague et les ornières, il change d’opinion comme de teinture, il ruse comme un renard – son frère de couleur-, il préfère persévérer dans son être que s’aventurer dans un mode d’existence étranger (il n’a pas appris L’Ethique par cœur pour rien).

(S’il scribouille, sa rébellion native s’adapte aux revendications de l’édition, aux remarques du correcteur, même s’il n’est qu’un metteur en rage. Il sait trouver les mots doux pour installer un climat de confiance, faire passer pour publiables ses textes dispensables.)

Fort de ces enseignements, le planteur de roux agira au sein des salons de coiffure partagés, avec un plantoir et un filet à teinture.

Il faut que le Roux devienne roux de l’intérieur afin que, de sa peau, germe la graine de rousseur originelle, et se répande comme une mer rouge entre les cuisses des baleines blanches, tel un écoulement de lave dans les veines du platane millénaire, une étincelle de vigueur ravivant le feu originel.


LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 119.  REPORTEUR DE GUERRE


Le reporteur de guerre est un pacifiste-né.
Lèvre tordue, regard vitreux, air vil, prêt à en découdre sur les moindres des sujets sociétaux, le pacifiste-né reporte les conflits armés à plus tard. Il ne veut point entendre parler de guerre mais bien d’opération spéciale ou de manœuvre expiatoire. S’il possède un semblant de couteau suisse, c’est parce qu’il dispose d’un tire-bouchon et d’un décapsuleur.

Jusqu’à ce qu’il soit harcelé, poussé dans le dos, molesté, menacé par un coupe-ongles ou une épingle à chapeau porté par un plus pacifiste que lui, à béret flasque ou bonnet phrygien.

Les mots d’oiseau volent alors d’un coin à l’autre de la table de discussion. Dans le pire des cas, on peut observer une hécatombe de verres vides et des éclats de vers sur un fond glaçant de romanesque du quotidien.

Méfiez-vous des pacifistes-nés, ils peuvent vous planter un clou de girofle dans le dos si vous l’avez gélatineux comme un cafard !

Le reporteur de guerre voit des nazis partout depuis septante-cinq ans, à tel point qui ne sait plus distinguer un facho d’un conspirationniste. À force d’être traqué par des fantômes, il s’est fait détraquer par des fantoches.

Le reporteur de guerre est confondant de naïveté. Il n’est pas lucide pour un sioux (signant un contrat bidon avec Custer) mais que le premier qui n’a jamais cru à la colombe de la paix me donne le premier coup de bec ! Il pense que le monde lui ressemble, âpre à la discussion mais incapable de baver à l’acte, tel un escargot sur le sentier de la terre.

Le reporteur de guerre ne photographie pas l’instant, il se prend en selfie sur un air de protest song avec fusil en bandoulière, harmonica et mitraillette acoustique.

La plupart du temps, vu son caractère amer, râleur, aigri par le monde tel qu’il l’a laissé derrière lui, le reporteur de guerre sera plus vite mort d’une attaque cérébrale, d’une crise de foie, d’une explosion colique, d’un Petit Coeur de (déjà) Lu avalé de travers au champ d’honneur de la guerre des nerfs plutôt que passé de vie à trépas pour avoir défendu bec et ongles un nid escarpé assiégé par un rapace.

Et si c’était lui qui avait raison contre les va-t-en guerre de tout lobby, de toute ethnie et de toute religion ?


LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 118. TRAÎTRE-NAGEUR


Contrairement au maître-nageur, son antimodèle, le traître-nageur laisse entendre aux nageurs peu expérimentés (de plus en plus nombreux en raison de la raréfaction des piscines municipales) qu’ils peuvent s’ébattre dans les grandes profondeurs pour les laisser platement couler au moment où ils perdent pied et bientôt la vie.

Le traître-nageur fait en sorte de s’attirer la confiance du nageur débutant ou occasionnel. Il présente toutes les caractéristiques du maître-nageur de rêve : un torse avantageux, des plaquettes de chocolat Nestlé, des tatouages marins (ancre, rose des vents, gouvernail, trois-mâts, bombe sexuelle sur l’Ile de Bikini…),un sourire volontiers charmeur allié à une apparence de sérieux, tels certains maîtres-auteurs que des éditeurs peu sourcilleux exhibent en tête de gondole de leurs stands aux couleurs de saison des salons du livre de vacances, plus prompts à tourner une dédicace solaire qu’un livre éclairant.

Quand la confiance est établie, le piètre nageur se croit investi de nageoires, tel un oiseau de papier se voyant affublé d’ailes par le seul fait de l’imagination poétique d’une belle plume. Il crawle, brasse, papillonne à tout va. Et ce qui devait couler coule, le nageur à la con s’est aventuré trop loin du bord du bassin de natation collégial (reconstruit en forme de croix par l’évêché avec le blé des collectes) ou de la rive du canal Charleroi-Bruxelles (de Marchienne-au-Pont à Anderlecht), et il tombe comme un poids mort de l’édition lesté de livres de cinq kilos (l’intégrale de l’auteur fétiche de la maison).

Avant de chuter dans les altitudes négatives, avec son masque de zozo et son tuba inopérant, il a un regard désespéré, entre imploration muette et diatribe rentrée, à l’endroit du traître-nageur haut perché comme il se doit, en surplomb de l’aire de massacre, qui, alors, en guise de seul signe d’adieu, lui décoche son plus cruel sourire, révélant alors son caractère de crabe assorti d’une mâchoire de murène.

Dans sa dernière vision, le nageur à la ramasse réalise, à travers cette ultime mais providentielle traîtrise, la lourde réalité de l’existence, et la lucidité dont il a manqué toute sa vie à force de s’imprégner de livres de développement personnel, de poésie de marché matinal ou de propos d’influenceurs/euses politiques de partis humanistes ou sociaux libéraux submersibles.

Au final, le traître-nageur qui aura suivra un cursus donné par des professeurs en félonerie et fourberie aquatique à l’école de commotion sociale la plus desséchée de sa région provoquera un providentiel sursaut de clairvoyance chez l’homme ou la femme et les genres intermédiaires qui, par son départ précipité au fond du lac ou de la piscine, contribuera à la décroissance de l’humanité tant vantée par quelques-uns de nos maîtres à (dé)penser la démographie galopante.   


LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 117. PENSEUR ÉTOILE


Par un concours de circonstances singulier, au carrefour de plusieurs facteurs, que seul un complexe penseur comme le Morin centenaire pourrait décrypter, un penseur lambda advient à la vitrine de tous les médias. Telle une super pétasse de l’esprit que le monde philosophique rêverait de se payer.

Plus un plateau fêlé auquel il n’est convié pour recueillir ses analyses biaisées, rétamant des pans de notre vie selfiée à souhait, tour à tour encensé puis voué aux gémonies sur les réseaux sociaux !

Les premières études rendues bibliques par le Morin (désormais) immortel établissent que le penseur étoile s’inscrit dans un paradigme de pensée accueilleur de tous les wokismes. Il vise un futur moral idéal, expurgé toutes les démangeaisons de raison.

Le penseur étoile officie en permanence sur une piste aux étoiles filantes, à la vue du commentateur amassé sur les gradins, juste bon à danser un jerk de neurones endiablé avant de s’affaler dans son fauteuil à bascule pour visionner une nouvelle vidéo de philosophie pratique sur son tube favori.

Le penseur criblé d’étoiles (par les chroniqueurs astronomiques du Cirque Hanouna) affiche sa liberté éhontée de cogiter en dehors des courants ou bien dans le sens du coulant.

Le penseur étoile brille au firmament des médias le temps qu’il s’aigrisse, qu’il vire sa cuti, que les analystes décomplexés repèrent des archaïsmes éthiques, des plagiats de pensée, dans ses livres superfétatoires et ses apparitions surnuméraires.

Sus au penseur étoile qu’on fait tomber de son ciel pour le remplacer par celui qui le dévorait de l’intellect et n’attendait que de le remplacer sur la scène des idées toutes prêtes !

Ainsi, pour le monde francophone occidental, on a pu voir, dans un espace médiatique de plus en plus brouillé, étriqué, se substituer subrepticement sur une période de trente ans, au Levy vil au nez crochu et à la face entartée de crème bon marché (l’entreprise pâtissière est en dépôt de bilan depuis sa création), l’Onfray normand au front populaire et à l’épicurisme acharné, bardé de certitudes et d’une mauvaise foi toute sartrienne (malgré le camusien qu’il affirme être) qui s’inscrivaient, certes, dans un contexte pauvre comprenant le Finkielkraut à réaction, le Ferry gouvernemental, le Comte-Sponville à la raisonnable joie, l’Enthoven fils raphaëllisé ou encore le Cyrulnik résilié.

Ce faux arbre de la Connaissance dissimulait comme toujours l’authentique forêt de théoriciens de la pensée chichement rémunérés, de travailleurs intellectuels exploités, de têtes chercheuses mal reconnues en quête, à l’écart du bouquet de chaînes d’info incontinentes, d’une autre manière de concevoir l’être de l’ail, l’univers sel et le temps d’un pimenté mets de cervelle d’éléphant en persillade servi au clair de lune sur son tapis d’herbes mentales.


LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 116. POÈTE DE CHAMBRE


Installé à portée du lit, le poète de chambre assouvit vos besoins en poésie.

Quand vos rêves manquent d’inspiration et se contentent de calquer le réel, quand vos méditations peinent à vous extraire du monde, quand vos pensées souffrent à vous sortir de votre circuit neuronal habituel, le poète de chambre vous apporte votre ration d’imaginaire dans une langue vive et non moins relaxante.

Car il ne faudrait pas que le poète de chambre vous ôte le sommeil ou vous fasse rejoindre, au milieu de la nuit, la vraie vie, une brocante nocturne, un apéro festif d’avant petit-déjeuner, une retraite aux rimbauds, un club échangiste sur fond d’une musique techno laserisante.
Le poète de chambre saura éveiller et élever votre esprit sans qu’il vous rende insomniaque ou astronaute.

Le poète de chambre a le sens des réalités, il sait qu’au matin, vous devrez faire face à une nouvelle journée de merde à vous taper des sous-sous chefs avides de monter d’un échelon dans la hiérarchie des voleurs ainsi que votre lot quotidien de vexations, déceptions et flicages en tout genre.

Pendant sa formation, l’apprenti poète suivra de nombreux ateliers d’écriture dans tous les genres que la littérature du sommeil comprend et une master class avec Eric-Emmanuel Script, un écrivain réputé résidant à deux pas de La Fabrique des métiers et usant d’un subtil pseudo pour ses activités plus lucratives.

Le jury chargé de d’évaluer son tfe, allongé sur un lit géant (offert par Plum’Art) sera composé de belles plumes (de traversin) régionales (faisant partie de l’anthologie Une coucherie intemporelle paru dans la collection somnambulique, Espace literie) et d’un grand paresseux des Lettres édité à la Maison du Sommier.     


LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 115. ETREIGNEUR DE LUMIÈRE


En fin de journée, les lumières baissent avant de virer au rouge, elles peinent à la tâche et ressentir un besoin pressant de soutien. Les étreindre alors leur donne un supplément d’âme pour rallier la nuit tombante et se répandre dans la mer de l’obscurité.

L’étreigneur de lumière se placera en amont de l’estuaire, là où la barque de lumière ralentit, perd des candelas et qu’on ne sait si elle atteindra le ponton.

Etreindre la lumière nécessite une bonne dose d’empathie pour ce qui provient en droite ligne du soleil. Aucun a priori sur les zones de vide traversées et les particules ombreuses croisées ne doit venir chatouiller l’esprit du jobiste !

Seul le sentiment de la lumière naissante, étincelante, aurorale doit guider la lampe de l’étreigneur !

Il écarte les bras en pensant à l’infinité du cosmos, il prend une grande bouffée d’oxygène, il a une pensée pour la chaîne de clartés éteintes et, dans son geste d’offrande, vient s’insérer la paquet déclinant qui, au contact de la chaleur manuelle, retrouve l’énergie nécessaire pour gagner l’orée des rêves.

Avant d’entrer dans la nuit, l’étreigneur de lumière veillera à bien fermer la porte du jour.


LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 114. CONTRÔLEUR DE LEVIER


Depuis la sentence un rien péremptoire d’un Archimède agacé d’avoir pris un bain à une mauvaise température le 21 juillet (c’était un samedi) de l’année 252* avant JCé, Donnez-moi un point fixe et un levier et je soulèverai la Terre, certains l’ont pris au mot et les leviers sont devenus un objet de convoitise.

Non content de soulever leur derrière, leur moitié, leur charge mentale, leur progéniture, les hommes guignent vers les leviers pour faire basculer faune, flore, formicidés et crabes de la politique dans le vide intersidéral.  

Même si de nombreux mécaniciens amoureux de l’ordre terrestre ont alerté l’opinion tout au long des millénaires passés, jamais rien de concret n’a été mis en place par les autorités, tu m’étonnes.
Il aura fallu attendre le 21 juillet 2022 pour qu’un corps de métier soit créé, afin de pallier (avec des palans, tiens !) le manque criant d’initiative dans ce domaine.

Le contrôleur de levier (qui agira en binôme, pour plus d’efficacité) sera affecté de jour comme de nuit à la surveillance d’une série de leviers (l’argent débloqué pour les sinistrés des invasions et inondations ne permet pas d’en prévoir un par appareil) de façon à dissuader ou, au pire, à prendre sur le vif ceux qui seraient tentés de manoeuvrer un engin de levage à des fins déstabilisatrices.

Car les leviers sont partout, tels les vilains démons de la vie pratique : tape-cul, balance, pince à épiler, à chiqueter, à cliqueter, à étiqueter…, casse bonbon, brouette thaïlandaise, pied-de-biche hongrois, décapsuleur wallon, frein à main muscle triceps brachial du bras, pelle, pince-tenaille et diables en tout genre… C’est dire si le contrôleur devra avoir l’œil sur toutes les machines simples.

Il devra aussi être en mesure de pratiquer les mesures de rééquilibrage qui s’imposent au cas où le malfrat aurait entamé sa néfaste manœuvre. En pesant de toute sa masse sur le bras de levier résistant, comme l’a montré la loi du levier de Walter Fendt (un des premiers à avoir posé un acte fort pour se prémunir d’un tel danger)… Ou bien en allongeant la distance s’éparant l’endroit où s’exerce la forme motrice du fameux point d’appui (aussi appelé pivot quand le levier fait bascule).

Une fois de plus, La Fabrique des métiers se félicite d’avoir anticipé le principal risque qui menace notre planète, ceci afin que continuent à tourner toujours dans le meilleur sens les nominations politiques éhontées et autres affaires bancales de notre si belle humanité.

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*C’était trois jours avant la découverte de la poussée d’Archimède accompagné de son fameux Eurêka qui allait donner le coup d’envoi de l’hydrostatique, une branche de la physique qui plonge ses racines dans la matière liquide.