AULX PERDUS, SAINT-HUBERT & HISTOIRE DE CLOU ET VIS / Denis BILLAMBOZ

Aulx perdus

Comment accoucher d’un appétissant aïoli quand on a perdu prématurément les aulx ? On peut toujours essayer de peler l’oignon pour remplacer l’ail mais le risque est grand de pleurer seulement pour quelques aulx évaporés, mieux vaut alors que la cuisinière aille au lit, gratter son oignon sous la couette pour protéger ses yeux des grandes eaux.

Moralité : On gratte plus souvent l’oignon que l’ail au lit quand on a perdu prématurément les aulx.

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Saint Hubert

Un jour de chance Saint Hubert fut invité sans son chien à la chasse, une chasse au gibier d’eau. Il quitta prestement sa chère châsse pour habiter sa chair pendant que, du haut de sa chaire, le chanoine chantait un chant en l’honneur des chasseurs sachant chasser sans leur chien (c’est depuis ce jour que cette fameuse expression est utilisée dans les exercices de diction). Enfin en chair et en os, le saint homme rejoignit les chasseurs chantant les louanges des chasseurs chassant sans chien. La chasse fut chanceuse, la forêt était giboyeuse, et les chasseurs rentrèrent chargés de chair à rôtir sur le champ, avant le chant du coq, car notre saint devait rejoindre sa châsse avant le chant de mâtine. Mais quand il quitta sa chair pour réintégrer sa châsse, il l’a trouva occupée par un autre saint.

Moralité : Tant va le saint à la chasse d’eau qu’il peut perdre sa châsse 

 

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Histoire de Clou et Vis

Un clou fou saturé des coups sur le cou leva le verrou et fila comme un coucou dans le trou d’une vis vicieuse lassée des sévices de son écrou. Il la courtisa, lui promit froufrous, bisous, sous, choux, joujoux et même genoux et cailloux, la vis comprit ses visées et avisa vite, elle ne voulait ni d’un gourou, ni d’un grigou et encore moins d’un hibou ou d’un matou plein de poux, elle ne souhaitait pas être, peu ou pou, la nounou d’un vieux clou tout mou se prenant pour le manitou de son trou.

Moralité : Lavisse connait mieux Clovis que Clou et Vis, et s’il n’a pas saisi les sévices du clou et de l’écrou on sait désormais qu’une vis même vicieuse défend son trou contre les clous mous.

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EN ATTENDANT LE PRINTEMPS

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Un rayon de soleil, un filet d’air moins frais et voilà que le printemps nous titille déjà et quand on parle de printemps on pense à ces poètes qui savent dire la douceur de vivre et temps paisible qui bientôt va revenir. J’ai donc choisi aujourd’hui de vous apporter le temps du renouveau qu’ils ont écrit tous les deux dans leurs vers. « Il suffirait d’un coup d’épaule pour enfoncer le temps » (François Migeot) et pourquoi pas se retrouver déjà sous les cerisiers en fleurs et même « si le temps est gris aujourd’hui, il faut l’égayer d’une écharpe légère » et le tour est joué, François Migeot et Marcelle Pâques bousculent le temps de ce reste d’hiver pour nous conduire vite, vite, au temps du renouveau, au printemps qui pointe déjà là-bas juste derrière l’horizon de leurs vers fleuris.

 

ad0bd5d22565f272ddb680db3c0d7af3.jpgDERRIÈRE LES YEUX 

François MIGEOT (1949 – …)

Quel joli objet que ce recueil de poésie, édité par une toute petite maison haut-doubienne, l’Atelier du Grand Tétras, où François Migeot dessine des poèmes qui marient leurs formes à celles des aquarelles et des encres de Marianne K. Leroux, pour animer l’âme de ses vers et l’esprit de ses textes.

L’ombre et la lumière, le jour et la nuit, l’aube et le crépuscule, le soleil et les nuages, … François Migeot invente un monde en vers dans une ambiance douce, fraîche, sereine où le temps coule comme un ruisseau argentin sur les plateaux du Jura.

Tandis que l’ombre

Accoudée à l’appui

Suit des yeux le cortège

Et que l’air

Tournoyant au dehors

Gonfle la toile du devenir

photo.-f.migeot.jpgUn temps que le poète écoule à travers le calendrier, égrenant les jours, les mois au rythme de ses vers comme les fleurs qui se fanent, dispersent leurs pétales au creux des massifs dans des jardins bourdonnants, bordés de rues animées par le pépiement d’enfants insouciants et innocents.

 Il suffirait d’un coup d’épaule

Pour enfoncer le temps

Le temps qui s’enfuit et qui efface les ans

Mais comment l’année

Ranimera

Le ciel ?

Le temps qui s’efface, le temps qui emporte la vie, le temps de la mort.

Tandis que les morts

Malgré les murs

Malgré les tombes

Descendent au brouillard de la terre

Les nuages sur les cimes

Sont les cendres du soir

 

ob_bd1c38_pourquoipas.jpgPOURQUOI PAS ?

Marcelle PÂQUES

Je me souviens quand Marcelle avait publié son précédent recueil, « Bientôt les jonquilles », après l’avoir lu, j’avais écrit « C’était Pâques, les jonquilles fleurissaient déjà depuis quelques semaines, Marcelle, Marcelle… Pâques évidemment, déversa sur mon bureau une brassée du soleil des fleurs de son « jardin d’étoiles ». Ces mots-fleurs, ces mots-soleils inondèrent mon gîte d’un courant d’air frais » . Et la semaine dernière une nouvelle brassée de fraîcheur a parfumé ma boîte aux lettres, « Pourquoi pas ? » Après tout, quand on aime on ne compte pas ! J’ai reçu ce bouquet avec grand plaisir et j’ai dès les premières lignes constaté que Marcelle n’avait rien perdu de sa joie de vivre et son optimisme contagieux :

«Le temps est gris aujourd’hui

Il faut l’égayer d’une écharpe légère

Une écharpe de pensées soleil

Puisée dans tes yeux clairs. »

Elle a trempé sa plume dans l’encre de ses yeux, comme dirait Cabrel, pour peindre le ciel gris, d’un été maussade et nous laisser :

« Comme un chat heureux sous le soleil »

Mais dans ce recueil Marcelle, laisse aussi percer des sentiments moins gais, elle apparaît, lassée, déçue et même un peu désespérée par nombre de nos contemporains qui se complaisent dans la bêtise, la méchanceté, l’intolérance et toute une panoplie de travers qui perturbe la vie en bonne société.

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« Certains prêchent l’ouverture, l’accueil, la tolérance

Mais il reste entre eux ne supportant pas la différence »

Et ces « certains », elle les nomme, les désigne ils sont comme :

« Le con ….

Coincé dans sa vie, comme un petit pois

Dans son bocal

Le con s’ennuie…

Alors il s’amuse à faire le mal. »

Mais « le con » n’aura jamais raison de Marcelle, elle a tout prévu :

« Le temps qu’il me reste à vivre…

Me laisser porter par la volupté

De vivre. »

Un GROS LIVRE

7625272420_667a345310_m.jpgC’était un gros livre aux pages comme des portes (non huilées). Il fallait être plusieurs pour l’ouvrir.

Quand tu voulais lire, tu devais faire appel aux voisins ou à des membres de ta famille, tu devais programmer pour qu’ils puissent s’organiser.

Puis tu ne pouvais pas refouler d’un geste les gens qui t’avaient aidé, tu devais leur offrir à boire et manger, et parfois le gîte. Cela dépendait si tu avais une grande ou petite faim de lecture.

L’embêtant, avec ce gros livre, c’était que tu ne pouvais qu’avoir une immense faim de lecture, il était vain d’imaginer ouvrir le livre pour ne lire qu’une phrase (ce qui te demandait quand même une bonne heure).

Alors tu laissais le livre ouvert mais le livre prenait froid (surtout les nuits), ensuite tu entrebâillais la page suivante de quelques centimètres seulement avec tout un système de leviers et de poulies, mais tu ne pouvais pas tout lire entre les pages, il faisait trop sombre et tu n’as jamais eu beaucoup de lumière.

Et ta vie se poursuivait, tu vieillissais plus vite que le livre se lisait. Alors, tu déprimais. Tu disais : Plus jamais un aussi gros livre ! Tu en avais presque les larmes aux yeux de dépit.

Depuis le temps que tu l’avais reçu, tu ne te rappelais plus qui t’avait fait ce présent, comment on te l’avait apporté, alors que cela seulement tu aurais dû t’en souvenir. Mais la vie accumule tant de faits inutiles sur ceux qui seuls devraient compter.

Depuis le temps, il devait être mort, celui qui t’avait offert le livre.

Parfois tu disais que ça ne pouvait qu’être l’auteur pour forcer de la sorte un lecteur à lire son livre. Tu regrettais les livres inconsistants, tous ces livres inutiles, que tu avais lus avant celui-là. Tu ne retenais rien mais tu avais le temps de vivre, de rêver sur d’autres livres. 

D’espérer écrire un jour un gros livre.

MÊME PAS PEUR, le nouveau journal satirique belge dont tout le monde parle

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Une initiative de Jean-Philippe Querton des CACTUS INÉBRANLABLE Editions à laquelle se sont jointes Les Editions du BASSON.

En vente pour commencer à la Foire du Livre de Bruxelles au prix de 2,5 € On peut aussi le commander via l’email suivant: cactus.inebranlable@gmail.com

·         Dans ce numéro, des textes de: Manuel AbramowiczEric AllardCicéron AngledroitIsabelle BaldacchinoMassimo BortoliniDenis Billamboz, Alexandra Bitouzet Alex Btz), Denys-Louis Colaux, Laurent d’Ursel, Martin Delbar, Alain Doucet, Véronique Dubois, Catherine FrancoisPaul GuiotFlorian HoudartPatrick Lacroix, Dr Lichic, Dominique Maes, Franz Marrot, Dominique Meeus, Marc Menu, Candice Mondo, Colette Nys-Mazure, Marcelle PâquesCécile Pouillon, Théo Poelart, Jean-Philippe Querton, Marc SandersRobert Serrano, André Stas, André CletteMichel ThauvoyeEtienne Vanden DoorenDominique Watrin et Ziska Larouge.

·         Et des dessins de: Karim Guendouzi, Jean-Philippe GoossensThomas Burion, Lili Cameau, André Clette, Cloutier, Pierre Desagre, Kanar, Martin LeroyBruno Lombardo, Pad’R, Thierry Pouliart, Jack Jacqueline Ross, Sandro Baguet, Jacques SondronJean-Paul Verstraeten et Yannick.

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MÊME PAS PEUR au Grand Soir 3 (à partir de 20′ sur la vidéo et pendant 5 minutes)

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LES CERCLES FUMEUX

photos-d-art-imprimee-photographie-d-art-cercle-de-feu-1368684-cercle-de-feu-1-6ab7c_570x0.jpgCe roi des Lettres était entouré d’un cercle de livres (dont il possédait bien sûr une réserve inépuisable) en permanence allumé pour qu’on ne l’approchât point, à l’intérieur duquel il communiquait avec des signes.

On savait par ailleurs qu’il transmettait la plupart de ses enseignements par les livres voyageant dans le royaume grâce à un réseau habile de serviteurs dévoués. Le cercle, par un mécanisme ingénieux, le suivait en déplacement. Quand il désirait une femme, on ménageait une brèche pour qu’elle entrât et se laissât aimer à l’abri des regards malveillants grâce à un rideau de flammes surélevé (par un supplément de livres royaux).

Puis, ou bien il la faisait brûler sur la circonférence ou bien il la vouait aux gémonies du quotidien, sachant qu’elle vivrait le reste de la vie dans le souvenir de ce moment fabuleux, avec parfois un enfant pour prolonger le souvenir. Il n’avait pas la fibre paternelle malgré les très nombreux rejetons qu’il avait produits, et il ne les recevait jamais au palais.

Un jour, comme dans tout royaume, démocratique ou non, un homme, un insurgé voulut s’opposer au roi. Il déclara l’inanité des livres royaux et de tous les livres. Son discours prit et le feu de sa parole se répandit parmi la population avide d’un chef autre qu’elle pourrait approcher et toucher, et vénérer, davantage selon ses visées.

Très vite, le bruit courut que le chef rebelle était un fils naturel du roi. Vérité ou mensonge, l’idée plut et grandit encore la réputation du mutin qui finit par divulguer plus fort ses idées en les rassemblant dans un livre qui connut un succès retentissant, d’autant qu’il n’employait pas les circuits officiels de distribution.

Il se prit au jeu de l’écriture et de la publication et fut bientôt, loin du roi, entouré pareillement d’un cercle fumeux.

Désormais, les deux hommes s’observent de loin, ils envisagent le duel qui consacrera l’un ou l’autre. On pressent que le frondeur a des livres plus vifs, plus neufs (et donc plus démodables, mais ça, ses affidés ne le savent pas encore) que ceux du roi et que c’est lui qui devrait gagner la bataille de mots, sinon la guerre du feu, des autodafés que ne devront pas manquer de mener un jour les deux ambitieux.

A moins que le roi, rendu à la raison du pouvoir, lucide sur l’enjeu du combat à venir, distribue, prime et officialise les autres livres que les siens.