LAIT ET MIEL de RUPI KAUR (Ed. Charleston)/ Une chronique de Nathalie DELHAYE

Lait et miel - Rupi Kaur - Babelio

Plaidoyer féministe

Qualifié de recueil poétique, « Lait et miel » me semble plutôt un recueil de pensées, une sorte de journal intime, duquel on a assemblé les phrases les plus touchantes. Né de phrases publiées sur les réseaux sociaux par Rupi Kaur, cet ouvrage est touchant, dérangeant, et révèle la jeune femme féministe qu’elle est devenue.

L’amour a la part belle, mais l’amour douloureux, celui que l’on attend, qui arrive, que l’on vit puis qu’on laisse de côté.
Découverte des premiers émois, sensations douces, plus fortes, puis blessures de la chair et du coeur, voici ce qu’est « Lait et miel ».

Un regard de jeune fille, ses émotions couchées sur le papier, agrémentées de dessins.
On trouve parfois de la poésie, de jolies tournures, des métaphores, mais l’ensemble est assez inégal.

Cru, souvent, avec ces mots qui peuvent choquer, abrupts, ce manque d’embellie qui caractérise la poésie, qui rend la lecture plus agréable.
Et derrière ces mots, puissants, oui, ces mots le sont, on devine beaucoup de mal-être et une volonté de s’affirmer, de vivre, d’exister tout simplement, malgré la souffrance et le désespoir. La condition féminine, les rapports hommes femmes qui peuvent parfois être violents, la maltraitance, laissent deviner des meurtrissures et une volonté rebelle.

Découpé en quatre parties, « souffrir », « aimer », « rompre », « guérir », ce livre a semble-t-il bouleversé des millions de lectrices et lecteurs.
Grâce à son originalité, peut-être, avec les dessins à main levée reproduits parfois, et les textes tout en minuscules, en rappel des origines indiennes de Rupi Kaur et de l’inexistence des majuscules dans la langue écrite.

Grâce à son accessibilité, sûrement, chacun(e) peut se retrouver dans ces phrases, ces petits textes, ces pensées.

On en parle ici sur le site des Editions Charleston

Rupi KAUR sur Babelio

NOUVELLES SEPTENTRIONALES de THIERRY RADIÈRE (Jacques Flament)/ Une lecture de Nathalie DELHAYE

Partage d’émotions

Je connais divers ouvrages de Thierry RADIÈRE, qui est à mes yeux un poète, ses écrits très imagés, nostalgiques, pleins de sensations, montrent une grande sensibilité au monde qui l’entoure. Les choses simples, le quotidien, des notes d’humour, offrent à sa plume une écriture instantanée, le réel des choses et un partage avec le lecteur.

Ici l’auteur nous propose un recueil de nouvelles déroutant. Quatre drames donc, une plongée dans des souvenirs tourmentés, et un fait divers local, situés dans le Nord Est de la France, sa région d’origine.

On retrouve la tristesse, lors des obsèques de la grand mère et les pensées intimistes à l’égard du cérémonial, le fait de n’être pas à l’aise, de devoir faire semblant, d’avoir honte de ne pas montrer sa propre peine, chacun d’entre nous peut l’avoir vécu.

Vient le désarroi, avec l’ami envahissant, éternel ado suffisant qui s’imposait tous les week-end, avec cette manie de ne parler que de lui et encore de lui, excessif dans ses propos, rebelle, révolté, qui logeait patiemment dans un coin de la mémoire, et ressurgit de façon étrange et intéressée.

Suit la compassion avec le jeune garçon en échec, qui se maudit et n’a guère besoin des reproches parentaux pour prendre la réalité en pleine face et décider de son avenir.

On termine avec la nostalgie, mais aussi la sidération, quand on découvre l’histoire de l’ancien flirt, lycéenne allumeuse qui donnait du fil à retordre à ses amoureux transis, se trouvant en première page de « L’Union », journal local.

Partage d’émotions donc, toujours, malgré la noirceur des propos inhérente aux nouvelles proposées, et pari réussi dans ce domaine.

Le livre sur le site des Editions Jacques Flament

Les livres de Thierry RADIERE chez Jacques Flament

D’OMBRE ET DE SILENCE de KARINE GIEBEL (Belfond) / Une lecture de Nathalie DELHAYE

Karine Giebel présente huit nouvelles, histoires d’aujourd’hui, que l’on pourrait assimiler aux faits divers évoqués dans la presse. Des histoires dramatiques, aux résonances actuelles, qui troublent par leur criant de vérité.

D'ombre et de silence

Notre société est mise en lumière, mais sous une lumière trouble, avec des zones d’ombre. La difficulté de vivre de nos jours se reflète dans ces drames, les protagonistes pourraient être un de nos amis, un voisin, un collègue…

Tout est là, dans ce recueil, nous suivons le destin d’êtres blessés par la vie, ou la survie, victimes de maladie, situations précaires, de manipulateurs, de pervers, et la réflexion s’impose. Tous les jours nous pourrions être confrontés à de tels problèmes, croiser ces personnages destructeurs, personne n’est à l’abri. Les trames des nouvelles sont telles que dans la vie, la vraie, fait troublant quand on s’attend à lire de la fiction.

Bien plus qu’un recueil de nouvelles, cet ouvrage pourrait être qualifié de plaidoyer, pour défendre tous les blessés de la vie, dans une société indifférente, où le mal empire, où les valeurs disparaissent et où le « chacun pour soi » règne en maître.

D’ombres et de silence cher Belfond

EN RAISON DU MAUVAIS TEMPS, DANSONS ! de CELINE DE BO (Maelström) / Une lecture de Nathalie DELHAYE

BSC #82 En raison du mauvais temps, dansons !

Nouvel Opus de « Bruxelles de conte », ce numéro 82 est fort en émotion.

Une femme raconte sa fille disparue, toute jeune, et lui invente la vie qu’elle aurait pu avoir. Au travers de ces lignes, on sent une grande blessure, toujours ouverte. Le souvenir de cette enfant et son départ prématuré ont laissé un goût amer à cette maman impuissante. Difficile d’admettre ce drame, de penser que si la vie avait été plus clémente, Roxanne aurait pu grandir et s’épanouir. Alors l’imagination galope, et cette maman désoeuvrée se passe le film de sa vie. Elle voit la jeune fille déambuler à Bruxelles, bien sûr, une ville qui a bien changé semble-t-il, une capitale comme bon nombre de capitales qui évoluent, qui n’a peut-être plus le même prestige qu’avant, sa beauté première, son âme d’antan. Roxanne veut voir le monde aussi, et le découvre, mais revient chaque fois aux sources, sa ville la rappelle, sa famille aussi, les Madeleines de Proust surgissent et ramènent l’oiseau au nid.

Céline De Bo partage avec le lecteur la vie rêvée de cette maman pour sa fille, mais aussi sa douleur, au travers de mots bien choisis, d’instants de poésie, et la vie continue, malgré le chagrin… »

Le Bookleg sur le site de l’éditeur

DES FALAISES de MÉLANIE LEBLANC (Cheyne Editeur) / La lecture de Nathalie DELHAYE

DES FALAISES LEBLANC MELANIE CHEYNE 9782841162260 LITTERATURE POESIE -  Librairie Filigranes

Salutaire

« Des falaises » est le premier ouvrage de Mélanie Leblanc, poétesse qui élargit son domaine de prédilection en proposant des livres objets, apportant une touche singulière à chacun d’entre eux.
Celui-ci en est un, pourtant sobre mais de grande qualité d’exécution. Un beau livre, comme on dirait, à garder ou offrir.

A l’ouverture, le ton est donné :

être haut et voir loin

dans le libre
l’ouvert


et le lecteur est invité à regarder du haut de la falaise, ou à se faire tout petit à son pied pour la contempler et voir son immensité. Face à elle, la mer qui s’offre, les grands espaces et les embruns.

La poétesse nous transporte dans son périple, nous mêle à son introspection, car il ressort de ce livre beaucoup de réflexion. Quelques mots par page suffisent, les phrases sont courtes, directes, les idées fusent, il y a peu d’ambages mais un ton juste, une émotion très forte et un partage de sensations.

puiser la force
dans la falaise

la regarder en face

s’appuyer
sur la peur même


Un retour aux sources, vraisemblablement, qui fait un bien fou à la lecture, nous invitant à faire face aux éléments, à la nature, s’aider de sa force, et à redevenir soi.

Le recueil sur le site de l’éditeur

Les livres de Mélanie Leblanc

Une lecture d’un poème de Mélanie Leblanc par Laurence Vielle

LES DIX LECTURES PRÉFÉRÉES de NATHALIE DELHAYE en 2020

MON AMIE ADÈLE de SARAH PINBOROUGH (Préludes) / Une lecture de Nathalie  DELHAYE – LES BELLES PHRASES
Nathalie DELHAYE

Aline KINER, La nuit des béguines, Liana Levi

La Nuit des béguines

Armel JOB, En son absence, Robert Laffont

Fabienne RIVAYRAN, Météo Marine, Jacques Flament Alternative éditoriale

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Agatha STORME, La fenêtre, Maelström

BSC#86 La fenêtre

Ervan LARHER, Pourquoi les hommes fuient, Quidam Editeur

Pourquoi les hommes fuient Erwan Larher – La viduité

Philippe REMY WILKIN, Vertige, Maelström

Vertige ! - Philippe Remy-Wilkin - Maelstrom - Poche - Le Hall du Livre  NANCY

Carine-Laure DESGUIN, Le Transfert, Chloé des Lys

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Jean-Philippe QUERTON, L’Homme à la Chimay bleue, Cactus Inébranlable

Anne PAULY, Avant que j’oublie, Verdier

Benoît JANTET, Nos rêves sont priés de prendre une douche froide, Jacques Flament Alternative Editoriale

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Choix opéré par Nathalie DELHAYE parmi ses chroniques de l’année sur LES BELLES PHRASES.

Retrouvez toutes ses chroniques de lecture sur CRITIQUES LIBRES !

LA LUNE ECLABOUSSÉE, MEURTRES À MAUBEUGE de Carine-Laure DESGUIN (Le Lys Bleu) / La lecture de Nathalie DELHAYE

L’image contient peut-être : ciel et plein air, texte qui dit ’La lune éclaboussée, meurtres à Maubeuge Carine Carine-Laure Desguin SIBBN’

Jenny, jeune femme pétillante, professeur de sciences donnant des cours particuliers en attente d’un nouveau poste, se trouve mêlée bien malgré elle à une enquête policière des plus surprenantes. Elle rêve aussi d’écrire des romans, policiers, justement, et trouve en cette histoire un booster d’inspiration.

Carine-Laure DESGUIN nous offre dans ce livre une enquête menée tambour battant. Au rythme de Jenny, autour de laquelle toute cette histoire se dénoue. Assistée de ses tontons de coeur, détectives à leurs heures, elle essaiera de comprendre pourquoi son auteur préféré, Michel Garnier, enfant de Maubeuge et auteur de polars à succès, est mort subitement. En se plongeant dans son intimité, elle avait tissé des liens, des échanges de mails lui faisaient espérer une rencontre prochaine, et puis… Le malheur est arrivé, et comme il n’arrive jamais seul…

« La lune éclaboussée, meurtres à Maubeuge », c’est frénétique, l’auteure ose et va très loin dans la noirceur, le crime, les complots. C’est aussi un défilé de personnages hauts en couleur, caricaturaux souvent, mais qui sont tellement vrais. On les croise chaque jour, ces protagonistes, si bien dessinés et analysés par la plume. Au-delà de l’intrigue policière, les thèmes d’origines, de violence, d’enfance difficile, et bien d’autres encore, sont évoqués. Chacun des personnages présente une ou des blessures, qu’ils ont dû surmonter et qui les ont forgés.

C’est encore un air de folie, de légèreté, des notes d’humour, des clins d’oeil, on ressent le plaisir certain à cette écriture, les personnages virevoltent, les décors se succèdent, et la Sambre, rivière locale, apaise tout ce petit monde et recueille les confidences.

C’est enfin la ville de Maubeuge, remarquablement mise à l’honneur dans ce livre, avec moult détails. Tout est précis, et on imagine l’implication et le travail autour de cet ouvrage, très documenté et plein de véracité.

Le roman sur le site de l’éditeur

Le blog de Carine-Laure DESGUIN

MARION d’Élisa DALMASSO (Jacques Flament Alternative Editoriale) / La lecture de Nathalie DELHAYE

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Un fait divers

Marion se traîne… Marion, c’est une femme qui a perdu pied, son petit Léo s’en est allé, elle n’a pas compris ce coup du destin. Alors elle se traîne, elle n’a plus goût à rien, Pierre, c’est son mari. Lui voudrait reprendre le cours de la vie, certes la douleur de la perte de son enfant ne s’est pas effacée, mais il regarde devant lui. Il voit Marion se plonger dans le travail, pour s’occuper l’esprit, histoire de ne plus penser, éviter, à la sortie du bureau, de croiser des enfants, des poussettes, des mamans attendries. Pierre souffre de la voir sombrer et ne sait pas comment sortir de cette situation. Pour trouver la solution, il n’a de cesse de chercher. Un déclic, une idée incroyable, va bientôt germer dans l’esprit de cet homme désemparé. Son amour pour Marion est le plus fort, il est prêt à tout afin qu’elle soit libérée de ce poids.

Cette nouvelle, parue chez Jacques Flament Editions dans la Collection « Côté court », est bouleversante. Elisa Dalmasso traite ce sujet avec beaucoup de délicatesse, d’empathie, marque les ressentis du père et de la mère de façon distincte. Elle a su mettre en avant ce « fait divers » qu’elle dit relater dans sa nouvelle, un terme bien commun pour un tel drame, évoquant l’injustice, la douleur et le manque d’un enfant.

Le livre sur le site de l’éditeur

Elisa DALMASSO chez JACQUES FLAMENT Alternative Editoriale

LA NUIT, TOUS LES ELEPHANTS SONT GRIS ! de DIRK DIEDERICH (Maelström) / La lecture de Nathalie DELHAYE

BSC #85 La Nuit, tous les éléphants sont gris !

« Qui aime bien châtie bien », c’est la réflexion que je me suis faite en refermant « La nuit, tous les éléphants sont gris », de Dirk Diederich. Cet Opus #85 de la collection « Bruxelles se conte » chez Maelström nous fait visiter la ville et les alentours, en compagnie de l’auteur qui jette un regard assez dur sur Bruxelles.

Au début déstabilisant, ce procédé semble être pourtant payant, puisque le lecteur découvre la ville sous un autre jour que celui du touriste émerveillé, les poèmes se succèdent et partagent les pensées du poète, qui s’accompagne au passage de gens illustres au croisement d’une rue, comme pour leur rendre hommage, agrémentant la promenade.

Cette succession de poèmes nous fait découvrir aussi l’homme, sa sensibilité, des souvenirs qui lui reviennent, toujours avec ce regard presque inquisiteur, et pourtant les mots chantent, le gris et la pluie l’inspirent, tout est matière à écrire quelques phrases, quelques strophes ou quelques paragraphes.

On l’imagine bien, ce poète, avec un gros sac sur le dos, déambulant de ville en ville et s’appropriant les lieux pour un temps. Ici, c’est à Bruxelles qu’il a posé son lourd bagage, et la ville ne l’a pas laissé indifférent.

Le Bookleg sur le site de MaelstrÖm

AU FOND UN JARDINET ÉTOUFFÉ de MORGANE VANSCHEPDAEL (MaelstrÖm) / Une lecture de Nathalie DELHAYE

AVANT QUE J'OUBLIE d'ANNE PAULY (Verdier) / Une chronique de Nathalie DELHAYE
Nathalie DELHAYE

Percutant

Chronique, ou confession, d’une jeune fille vivant à la campagne, loin de la grande ville, Bruxelles, et qui se trouve contrainte de s’y rendre, finalement, afin de poursuivre ses études. Un parallèle, je pense, avec un provincial français qui découvre subitement Paris, j’y ai trouvé beaucoup de similitudes. On pourrait croire à l’émerveillement, il n’en est point, Bruxelles paraissant aux yeux de l’étudiante sous son plus triste jour, nul artifice et peu de mots pour embellir la Capitale. Fuyante, presque apeurée, frustrée d’une vie sociale qui lui échappe, la jeune fille poursuit péniblement son chemin… Et puis un jour, l’échappatoire, enfin elle part et découvre un monde inconnu, une autre façon de vivre, des amis enfin, et elle se libère !

BSC #84 Au fond un jardinet étouffé

J’ai été assez surprise par le ton employé, une écriture franche, assez tranchée, surtout s’agissant des descriptions de Bruxelles, qui appuie là où ça fait mal, qui montre que oui, Bruxelles, c’est ça.

Et puis ce ton change, l’aventure continue et le personnage s’adoucit, l’apaisement se dévoile, et le retour assez redouté coule de source, au final, et semble bien moins préoccupant, pour laisser place à l’autre face, une jeune femme réjouie qui a changé de regard sur les choses.

Une écriture prometteuse pour ce jeune talent qui se défend bien sur ce format court, et un opus intéressant dans la collection « Bruxelles se conte ».

Le Bookleg sur le site de l’éditeur