PAROLES DE FLIC, L’ENQUÊTE CHOC de JEAN-MARIE GODARD, une lecture de Nathalie DELHAYE

 

ac5663f3df9b
par Nathalie DELHAYE

Un livre utile

Jean-Marie Godard a suivi de près plusieurs « flics » dans leur quotidien, et les a interrogés intimement sur leur vision du métier, leurs rapports avec les autres, la difficulté de concilier vie professionnelle et vie familiale, et les problèmes rencontrés dans l’exercice de leur fonction.

Paroles de flics

   On pouvait s’attendre à un ouvrage édulcoré, il n’en est rien. La réalité est décrite de plein fouet et fait de cet ouvrage une enquête tout à fait conforme à ce que vivent les policiers aujourd’hui. Le désamour des Français, le peu d’intérêt de la hiérarchie, le manque de moyens, tout est passé au peigne fin, par des policiers en activité qui évoquent aussi leurs faiblesses. L’auteur parle du Courbat, un centre qui reçoit les fonctionnaires qui craquent. Tout n’est pas révélé, on sent le poids du droit de réserve, mais au travers des témoignages on imagine la douleur. On devine un manque de formation, pour les jeunes policiers qui découvrent la misère humaine de plein fouet, arrivant souvent les premiers sur les lieux, face à des situations difficiles. L’empathie, le sang froid, la psychologie, tous ces critères méritent plus ample information.
Un métier difficile, afin de servir l’Etat avec fierté et de faire respecter la loi, pour peu de considération et beaucoup d’humiliation.
Un livre qui rappelle qu’un policier est humain, qu’il a une famille, qu’il n’a pas vocation à malmener son prochain, qu’il n’a pas fait ce métier pour ça.
Un livre utile…

Le livre sur le site des Editions Fayard

LES ANNÉES CREUSE de DANIEL BIRNBAUM

ac5663f3df9b

par NATHALIE DELHAYE

 

Madeleine de Proust

Daniel Birnbaum, romancier et poète, évoque ici la Creuse qu’il a connue quand il était enfant.
Ce recueil offre une lecture très agréable, qui peut convenir à chacun(e) d’entre nous, tant les souvenirs peuvent se rapporter à nos propres expériences. A petits pas, on avance à la découverte des paysages chers à l’auteur, des activités partagées avec son grand-père ou ses amis, de ses premiers émois amoureux.
Bucoliques et apaisants, ces poèmes nous transportent sur les sentiers Creusois, à l’affût du poisson qui jaillira du ruisseau, aux aguets des oiseaux nichés dans les arbres, des petits riens qui offrent un havre de paix et rappellent l’insouciance de nos jeunesses perdues.

L’image omniprésente du « Pépé », que l’on retrouve dans nombre de séquences, apporte une note d’émotion particulière, ayant marqué pour toujours l’esprit du petit garçon, de l’adolescent, de l’adulte que l’auteur est devenu.

Pourquoi ?

Mais enfin pépé
pourquoi ne m’as-tu jamais raconté ta guerre ?
Parce que j’étais trop petit ?
Tu avais peur que je ne comprenne pas
pourquoi tu avais quitté ton village
pour partir si loin
pour aller te battre contre d’autres
qui avaient eux aussi quitté leur village
Qu’y avait-il de mauvais
dans ces villages ?
Tu avais raison pépé
je n’aurais pas compris
mais toi je suis sûr
que tu n’as jamais compris non plus 

Des phases de déchirement parfois surgissent, un ton mélancolique, des regrets de ce qui n’est plus, toujours liés à un endroit précis, une action, un sentiment.
C’est un recueil très intimiste que nous livre le poète, mais il partage sans compter ces images d’enfance et ses états d’âme, sachant amener le lecteur à chercher dans sa mémoire des parallèles ou des similitudes.

« D’où ? », c’est la question souvent posée, et le titre du premier poème.
« Je suis d’où ? », c’est celui du dernier, auquel à présent l’auteur peut répondre, s’étant livré au plus profond de lui-même, construit sur des bases solides, en toute simplicité, à l’image de sa Creuse tant aimée.

Le livre sur le site des Editions Jacques Flament

En savoir plus sur Daniel Birnbaum

RAVIVE de ROMAIN VERGER

13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=2d4104edb64fff1be9b511b4f735e774&oe=5AB096CApar NATHALIE DELHAYE

 

 

 

 

 

1ereravive.jpgPlongée dans l’abîme

Après avoir lu deux romans de Romain Verger, j’ai voulu découvrir cet auteur comme nouvelliste. « Ravive » est un recueil de neuf nouvelles, toutes très sombres, fantastiques et intrigantes.

L’auteur nous emmène sur les traces de son enfance, en Bretagne, où il revient avec son lot de peine et son expérience de vie.

Les souvenirs remontent à la surface, comme tant de choses effrayantes, flottent sur la mer, au gré de ses flux et reflux, et ravivent dans les esprits des douleurs profondément enfouies.

On s’interroge beaucoup à cette lecture, à juste titre, Romain Verger nous incitant à découvrir nombre de mots inconnus au fil des pages, tourmentant notre perception par des situations dangereuses, des êtres monstrueux, des constats amers.

Oui, c’est une écriture qui dérange le pauvre lecteur qui, malgré le sentiment de malaise exprimé, veut découvrir la prochaine nouvelle, parce qu’elle apportera un autre éclairage sur l’humanité, sur sa profondeur, sur sa laideur.

Certes ce n’est pas une lecture facile, comme celle d’autres ouvrages de cet auteur, qui nous bouscule et nous emmène dans un autre univers, le sien, qui est remarquable.
Regard très noir et êtres étranges, horreur parfois, mais il y reste le lien avec nos propres vies qui ne manquent pas de douleur et hélas parfois d’atrocités…

Un livre en neuf épisodes à découvrir par petites touches peut-être, afin de ne pas sombrer dans l’abîme, avec une écriture qui situe bien les lieux et leur magie, et campe l’ambiance de moments angoissants.

 

 
 
 
 
 
Les précédents romans de Romain Verger lus par Nathalie Delhaye:
 
 

 

VERS LES RIVAGES VIERGES d’ÉRIC ÉLIÈS (textes) et MAJA BIALON (photographies)

13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=2d4104edb64fff1be9b511b4f735e774&oe=5AB096CApar Nathalie DELHAYE 

 

 

 

 

 

41HWJCNH41L._SX313_BO1,204,203,200_.jpgInvitation à la méditation

   Étrange mariage que les poèmes et les photographies unis dans cet ouvrage, « Vers les rivages vierges » nous emmène bien au bord de la mer, à pas lents sur le sable ou dans les rochers.

   Les effluves à portée de narine, le bruit des vagues et l’apaisement, tout est là pour inviter le lecteur à la méditation face à l’étendue bleue.

   C’est un moment de plaisir que de lire ces poèmes, on y trouve des images, beaucoup d’images, appuyées par les photographies en noir et blanc, mais qui ne s’imposent pas trop et nous laissent l’occasion d’imaginer encore. Les regrets aussi apparaissent au coin d’une dune, la nostalgie se ressent, mais l’espoir, beaucoup d’espoir surgit de l’écume.

   Cette poésie certes structurée se lit pourtant sans contrainte, l’auteur a su éviter le piège de la poésie cadrée et non fluide, qui peut gêner la lecture et faire fuir les réfractaires à la poésie classique. Ici tout se déroule, va et vient, les rimes sont riches et les poèmes très bien réalisés, de sorte que les jambages et figures imposées n’alourdissent pas la lecture.

   Une image, un poème, un beau mariage somme toute, qu’il est agréable de découvrir, lire et relire.

 

Le livre sur le site de l’éditeur

 

WAKOLDA de LUCÍA PUENZO

-PAXP-deijE.gif13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=2d4104edb64fff1be9b511b4f735e774&oe=5AB096CApar Nathalie DELHAYE

 

 

 

 

 

81w7o9uyzvl.jpgLe loup dans la bergerie

Il est des livres achetés qui trônent sur la bibliothèque pendant des mois, sans que l’on sache réellement pourquoi. C’est le cas de celui-ci. Sans même lire la quatrième de couverture, la photo de la poupée au regard angoissant m’avait stoppée dans mon élan.

Ce livre nous plonge en Argentine, à la fin des années cinquante. De nombreux dirigeants nazis ont fui en Amérique du Sud, et ce pays en abrite, en accueille, en couvre sans plus de précautions. De nombreux sympathisants, voire nostalgiques, offrent leur concours à ces monstres. D’autres ferment les yeux, ou ignorent vraiment qui ils sont.

C’est le cas de la famille de Lilith, jeune fille de douze ans qui souffre de nanisme. Fraîche, pétillante et heureuse de vivre, elle ne tarde pas à attirer l’attention d’un homme, un prédateur, un scientifique, le meilleur scientifique allemand, comme disent certains, Josef Mengele. Manipulateur, il ne tarde pas à s’immiscer dans la vie de cette famille, touchant les cordes sensibles, flattant le père, Enzo, qui fabrique des poupées pour sa fille.21006394_20130516095314308.jpg

Plusieurs thèmes sont abordés dans ce livre.

D’abord le rôle de l’Argentine, pays protecteur des nazis en fuite, mais aussi pays ayant persécuté, parqué dans des camps de concentration et exterminé des populations entières d’Amérindiens, à la fin du 19ème siècle, un parallèle qui glace le sang.

Ensuite, le personnage de Mengele, ses actes, son esprit pervers, son don de manipulation, sa cruauté. L’auteure essaie de retranscrire ce qu’était cet homme, au travers de pensées plus sombres les unes que les autres, et relate l’emprise qu’il avait sur les gens qu’il cotoyait.

Et Lilith, personnage central de cette histoire, prête à tout pour grandir, gagner quelques centimètres, afin que les autres ne se moquent plus d’elle à l’école. Enfant touchante et obnubilée par le médecin (qui se prétend vétérinaire), elle se rend complice innocemment, totalement abandonnée à son prédateur.

Reste l’histoire des poupées, Herlitzka, jolie blonde presque parfaite, échangée contre Wakolda, poupée Mapuche qui détiendrait certains pouvoirs… 
L’Aryenne contre le Sang mêlé, de quoi offrir encore au lecteur matière à réfléchir.

Ce livre est dérangeant par les thèmes évoqués, troublant par une atmosphère pesante, et horrifiant par les faits relatés. Certes faits inspirés, puisque c’est un roman, mais la volonté de Lucia Puenzo de transmettre et raconter l’horreur n’est pas à démontrer.

Ce livre a été adapté au cinéma par l’auteure elle-même, « Le médecin de famille ».

 

Le roman sur le site des Éditions Stock

Les romans de Lucía Puenzo

Bande-annonce du film tiré du roman

LA SOLITUDE DES ÉTOILES de MARTINE ROUHART

13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=a4624a0ca791f99180121b3d4ff7c825&oe=5A0756F1par Nathalie DELHAYE

 

 

 

 

 

 

rouhart-solitude-des-etoiles.gifRetour aux sources

 

Martine Rouhart, de son phrasé poétique, nous conte l’histoire de Camille, assistante vétérinaire, qui n’a que pour amis les animaux dont elle s’occupe, et ceux du zoo que son logement côtoie…

   Sans amis Camille ? Oui, par choix. Aucune intrusion dans sa vie, jamais plus, surtout depuis le départ de son mari, prématuré, mort subitement. Elle erre comme une âme en peine, dans cette petite vie tranquille, n’en attend rien de particulier, et se terre dans un profond désarroi. Sa mère, seul véritable lien, lui semble trop vivante, trop extravagante, et ne n’entend pas sa détresse, absorbée par sa propre soif de vivre.

   Un jour, malmenée lors d’une intervention au travail, et à bout de ses incertitudes, Camille débraye et décide de s’éloigner, pour un temps, de cette sombre vie.

   C’est dans une petite maison perdue aux fins fonds des Ardennes qu’elle part se ressourcer, se retrouver face à elle-même, prendre du temps pour elle et compter les heures qui passent.

 

CXWOpkHv7pF_1HKLKyxXobPFOks.jpg

Martine Rouhart

   « La solitude des étoiles » nous emmène en voyage, un voyage intimiste et profond. Une exploration de l’âme et du coeur, une recherche existentialiste dont Camille éprouve le besoin, un regard assez dur sur ce qu’elle est, un questionnement sur ce qu’elle aimerait être et la surprise de ce qu’elle sera, sortie de cette retraite. Pour ce faire, la nature et tout ce qu’elle apporte d’apaisant, décrite en touches de couleur, vivante, majestueuse, dominatrice, changeante, qui semble envelopper cette femme toute entière et la prendre dans ses bras.

   Petit à petit Camille va changer, avoir d’autres préoccupations, connaître un gros bouleversement et se sentir renaître. 

   Les éléments la supportent, le ciel se révèle et la protège, les étoiles lui sont salutaires. Une rencontre fortuite l’aidera dans son cheminement de pensée, cet être étrange saura l’atteindre en se livrant, par petites touches, rendra petit à petit Camille vivante à nouveau. Comme une psychanalyse, en sorte, on vit en parallèle deux histoires compliquées d’êtres blessés par la vie, qui cherchent des bulles d’air pour respirer encore, qui attendent inconsciemment des lendemains qui chantent, des repères, dans cette profonde solitude qui les mine et les engloutit.

   Un livre touchant, l’écriture est belle, poétique, le thème est universel, chacun peut se retrouver dans ces phrases, dans cette quête de mieux-être.
   Un livre qui fait du bien… 

Le livre sur le site du Murmure des Soirs

 

RATUREDEUXTROIS de PIERRE BRUNO (Le Bleu du Ciel)

13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=a4624a0ca791f99180121b3d4ff7c825&oe=5A0756F1par Nathalie DELHAYE

 

 

 

 

 

 image.html?app=NE&idImage=264315&maxlargeur=600&maxhauteur=800&couverture=1&type=thumbnaildetail&typeDoc=4Bousculade

 

Lecture ardue que celle de « Raturedeuxtrois » de Pierre Bruno. Pour ce faire, il faut une grande disponibilité, une fameuse capacité d’écoute, une géante ouverture d’esprit et un lâcher prise certain.

On se laisse prendre par cet univers particulier, tous les textes ou poèmes présentés semblent extrêmement travaillés. Pierre Bruno joue avec les mots, le graphisme, les sens, la perception du lecteur, l’emmène sur des chemins boueux, des montagnes vertigineuses, accompagné d’autres auteurs, Baudelaire, Char, Desnos, Michaux, Pessoa, pour ne citer qu’eux.

DIAMAT

Le corset de Mallarmé est sévère
Le corps cède. Mallarmé hait ses vers. 

Ensuite il s’en prend à la Fable de La Fontaine, « Le corbeau et le 6a00d8345238fe69e201b7c91ff060970b-600wiRenard », revisitée avec délices de multiples façons, toujours avec le souci de bousculer votre lecture, occasionnant parfois une mine boudeuse, ou un sourire, ou une énième relecture, tant le jeu est enivrant. Un chassé-croisé de fables s’installe, le corbeau, le renard, et La Fontaine toujours en filigrane, la lecture se poursuit avec la même avidité.

La dernière partie du livre évoque Goethe, c’est celle qui m’a moins plu. Moins de fantaisie dans cette fin d’ouvrage, une recherche sur le poème « Harzreise im winter » de l’auteur, bien que des jeux de graphisme et de mots terminent cette étude.

Un livre surprenant donc, qui captive et intrigue, sans nul doute, et demande beaucoup d’implication de la part du lecteur.

Le livre sur le site de l’éditeur