LE CHAGRIN DES VIVANTS d’ANNA HOPE – Une lecture de Nathalie Delhaye

ac5663f3df9b
Nathalie DELHAYE

Plaidoyer universel

J’avais lu beaucoup d’ouvrages relatant la guerre 14-18, mais j’étais passée à côté de celui-ci. « Le chagrin des vivants » raconte la vie de trois femmes, après-guerre, plus précisément en 1920, alors que l’Angleterre va accueillir 5 jours plus tard, le 11 novembre, le « Soldat inconnu ».

Résultat de recherche d'images pour "anna hope le chagrin des vivants gallimard"
Trois femmes qui ont subi, ou subissent encore, les effets de la guerre. Ada, qui a perdu son fils, qui ne sait pas bien où il est tombé, et qui le voit à chaque coin de rue. Evelyn, qui a appris la mort de son fiancé. Et Hettie, une toute jeune fille qui accompagne tous les jours les soldats revenus sur la piste du Palais de la danse, partageant avec eux leur solitude et leur amertume.

Trois femmes qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre, mais dont les destins vont se frôler, presque s’entrecroiser, par les coups du hasard.

Résultat de recherche d'images pour "anna hope"
Anna Hope

Anna Hope nous offre un livre très détaillé de ces années d’après-guerre. Relativement documenté, le récit sonne vrai et rien ne semble romancé, nous plongeant au cœur de ces années difficiles, de la reconstruction, villes dévastées, âmes tourmentées et cœurs blessés, voire brisés. On ne peut que comprendre et partager le mal-être, le désarroi, le doute et malgré tout un certain espoir. Tourner la page est encore une étape fragile, mais il faut avancer et regarder loin dans ce contexte. Et le lecteur accompagne volontiers ces trois femmes, les entend et compatit, peut faire aussi un triste parallèle avec les mêmes choses vécues par ses aïeux, la même angoisse, le même deuil. La Grande guerre meurtrière a touché le monde entier, ce livre est un hymne aux soldats tombés pour la liberté, de par le monde, et son plaidoyer est universel.

Le livre sur le site de Folio/Gallimard

Les livres d’Anne Hope chez Gallimard

LE NEUVIÈME ORGASME EST TOUJOURS LE MEILLEUR d’ANNE-MICHÈLE HAMESSE, une lecture de Nathalie Delhaye

ac5663f3df9b
NATHALIE DELHAYE

Ne nous méprenons pas, le titre peut sembler sulfureux, et j’avoue qu’avec la couverture il a fait son effet dans les transports en commun que j’ai empruntés lors de ma lecture.
Anne-Michèle Hamesse propose dans ce recueil dix-sept nouvelles tout à fait convenables.

Le neuvieme orgasme couverture 30 12 2018

 

Elle y raconte la vie, tout simplement, elle décrit des personnages qui ressemblent à Monsieur tout-le-monde, et un peu, voire beaucoup abîmés par une existence compliquée.

Chaque nouvelle nous emmène dans des décors bien dépeints, avec une ambiance perceptible, qui nous révèle les faces plus ou moins sombres des divers protagonistes. Des femmes, des hommes, qui vivent de passion, de convenances, de soumission, et vient l’événement déclencheur qui laisse entrevoir une chute. 

La force de ces textes est que la chute n’est pas souvent celle que l’on attendait. Elle laisse pantois, fait esquisser un sourire, éclater de rire, cligner des yeux, froncer les sourcils, provoque chez le lecteur un temps d’arrêt, ou laisse bêtement bouche bée.
L’ouvrage est parfaitement dosé, de la rage, de la luxure, des relations interdites, des passages à l’acte, du surnaturel, des cadavres. Mais il évoque aussi des sentiments, de l’abandon, de l’amour, de l’amitié, de la haine, de la tristesse, de la compassion.

Un melting pot ingénieux, au vu des profils variés, de l’employée d’agence de voyages à la bourgeoise, de l’écrivain de polars au taulard repenti, avec bien souvent en arrière-plan la Belgique et ses panoramas variés.

Quant à la neuvième, je l’ai trouvée très bien écrite, un condensé de métaphores…

Un recueil plaisant et surprenant.

 

Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

Ma voisine a hurlé toute la nuit d’Anne-Michèle HAMESSE au Cactus Inébranlable

ANNE-MICHÈLE HAMESSE sur le site de l’AEB

Résultat de recherche d'images pour "anne michèle hamesse écrivaine"

LES IRRÉGULIERS de PATRICK AUTRÉAUX, une lecture de Nathalie Delhaye

ac5663f3df9b
Nathalie DELHAYE

Vague de regrets

Ivan est inquiet. Son ami Virgilio, péruvien, vient d’être transféré au centre de rétention de Vincennes. Il veut lui venir en aide, craint une expulsion proche, et se rend sur place afin de voir quelques instants le jeune homme et le soutenir.

« Les irréguliers » pourrait évoquer la douleur et la peine des étrangers en situation irrégulière dans notre pays. Ce livre pourrait aussi s’étendre sur la relation qui lie Yvan et Virgilio, leur amour naissant, le souvenir des moments passés ensemble, les yeux dans les yeux, à se réconforter mutuellement. Mais c’est un tout autre chemin que l’auteur a choisi, il fait ressurgir chez Ivan les choses du passé, les non-dits, les souffrances cachées.

Car Ivan est issu d’une famille de réfugiés, exilés d’Odessa, il est de mère juive, elle a dû fuir pendant la guerre pour rester en vie. Le drame que connaît Virgilio provoque chez Ivan un reflux du passé. Il prend conscience de son attitude vis à vis de sa propre mère, de son jugement par trop hâtif sur ses actes et la vie qu’elle a menée. Il regrette de n’avoir su lui dire les mots qu’il fallait avant le grand départ. Il se souvient de son demi-frère aussi, Gilles, qu’il a toujours aimé comme son frère et dont il a été déçu. De ces ressentiments, il garde des traces de chagrin impérissables, mais la situation de son ami lui ouvre soudain les yeux sur ce qu’est la vie. Tout n’est pas noir ou blanc, chacun vit comme il peut, les écueils sont nombreux. Ivan semble lui-même avoir du mal à assumer son homosexualité, à la vivre au grand jour. Il trouve au fil de ses réflexions des réponses aux questions restées en suspens, se souvient de ses méprises et abonde de regrets.

Patrick Autréaux nous offre ici un voyage intérieur, celui de ce jeune homme dévasté par la crainte de perdre celui à qui il tient tant. Les phrases sont belles, la poésie est présente, les images sont fortes.
Un livre émouvant…

Le livre sur le site de Gallimard

Les livres de Patrick Autréaux chez Gallimard

Le Grand Vivant de Patrick Autréaux (Verdier), lu par Nathalie Delhaye

Le site de Patrick Autréaux

Image associée

LES ÉCRIVAINS NUISENT GRAVEMENT À LA LITTÉRATURE d’ÉRIC ALLARD, une lecture de Nathalie DELHAYE

ac5663f3df9b
Nathalie DELHAYE

 

Cover minute d insolence

Serait-ce parce qu’Éric Allard, comme noté dans la préface, est né un jour de Carnaval, que ce malicieux auteur, avec un phrasé inimitable et une finesse d’esprit sans pareille, nous livre ici un recueil drôle à souhait ?
C’est une pluie de confettis qu’il nous offre, des petites phrases presque innocentes qui fusent de son esprit en ébullition, montent en l’air et redescendent parfois comme des couperets.

Il faut se mettre en condition et vouloir tout entendre pour commencer sa lecture, les sujets tantôt attendrissants, tantôt corrosifs ne nous laissent pas de marbre. Car en terme de littérature, l’auteur en connaît un rayon, ce n’est pas un lapin de six semaines à qui on va en raconter ! Tout y passe, les éditeurs bien sûr, qui mènent la danse, les auteurs souvent en souffrance, la poésie malmenée depuis des lustres, Eric Allard rend hommage à tout ce petit monde, à sa manière, se jouant des mots et se les appropriant, les réinventant, nous proposant une sorte de potion mi- magique mi-envoûtante. Sourires, rires et étonnement sont le lot de ses aphorismes et nanofictions, il est à parier que certaines dents grinceront, mais l’humour reste de mise.

Une façon bien personnelle de remettre les choses en place, une analyse au scalpel de ce qu’est le monde impitoyable de la Littérature, de son évolution et de ses dérives, un P’tit Cactus qui vaut le détour !

Le livre sur le site de l’éditeur

MOI, MARTHE ET LES AUTRES d’ANTOINE WAUTERS, une lecture de Nathalie Delhaye

ac5663f3df9b
Nathalie Delhaye

Antoine Wauters nous offre ici une vision apocalyptique de notre monde, au travers d’un groupe de jeunes (et moins jeunes) qui déambulent dans une ville ravagée, où les cadavres jonchent le sol, où les magasins sont pillés, où il ne reste plus grand chose à faire, sinon essayer de survivre.

Résultat de recherche d'images pour "moi marthe et les autres antoine wauters verdier"

Les biens et le confort sont anéantis. Il s’agit bien là d’être le premier à s’emparer de quelque chose à manger, de chercher le strict nécessaire pour se garantir encore quelque dignité, mais au fil des étapes les chances s’amenuisent et les revers deviennent douloureux. Quelques protagonistes évoquent le passé flamboyant, mais nombre d’autres n’ont même pas connu ce temps de relative aisance. Ils semblent être nés après, ou juste avant, pour ne pas pouvoir se souvenir.
Mais après quoi ?

Les instincts se réveillent au fil des pages, et les plus bas jaillissent bientôt. Tout ce petit monde agit « comme des bêtes »,  il n’est plus question de penser, il faut agir et trouver à manger, se soulager de vives douleurs, se venger de l’importun, s’unir pour avoir la sensation de vivre encore.

Un bien triste constat que nous offre l’auteur, regard plus que sombre sur une société qui part en sucette, sur les hommes qui ont perdu de leur superbe, sur la nature désoeuvrée qui, malgré tout, semble reprendre ses droits.

Un livre d’une noirceur notable, où le chaos domine, où la peur règne, où la folie n’est pas loin…

Le roman sur le site des Éditions Verdier

ANTOINE WAUTERS chez Verdier et chez Cheyne Editeur

Image associée

FORÊTS NOIRES de ROMAIN VERGER, par Nathalie DELHAYE

ac5663f3df9b
Nathalie DELHAYE

Résultat de recherche d'images pour "forêt noire romain verger quidam editeur"

AU PLUS PROFOND

Un jeune chercheur en géologie est envoyé au Japon, au pied du Fuji-Yama, près d’une des plus vieilles et importantes forêts de ce pays, afin d’y étudier l’influence du magma sur la végétation. Contraint de s’y rendre, laissant derrière lui sa vieille mère en souffrance, écarté vraisemblablement par une hiérarchie et des collègues indélicats, il se lance dans cette exploration avec appréhension, d’autant que la forêt Aokigahara Jukai (mer d’arbres), semble attirer nombre d’hommes qui n’en reviennent jamais..

Cette expérience va fortement perturber le jeune homme, en proie à de douloureux souvenirs, toujours liés à la nature et aux arbres. Romain Verger nous offre ici comme un enchevêtrement d’histoires, avec en fers de lance l’arbre et la forêt. Accueillante comme nous pouvons la connaître, celle-ci se trouve bientôt envahissante, asphyxiante, horrifiante. Les souvenirs de l’enfant devenu adulte resurgissent de manière violente, avec des figures l’ayant marqué à tout jamais, des personnalités effrayantes ou mystérieuses, fragilisant le petit être qu’il était et l’adolescent grandissant.

Comme toujours, l’auteur nous emporte au creux de nous-même et nous rappelle nos craintes. Mystères d’enfance et apprentissage de la vie, références aux adultes qui nous entouraient, influence du copain d’école pour le moins louche, lectures angoissantes, chacun(e) de nous a grandi sur un terreau bien spécifique, alimenté de ces éléments qui enrichissent nos vies.

Mêlant les jeux d’enfants, les instants glauques et les battues angoissantes, ce livre nous fait voyager certes aux abords du Mont Fuji-Yama, mais surtout au plus profond de nos âmes.

Image associée

Le livre sur le site de Quidam Editeur 

Le site de Romain Verger

 

CARRÉS POÉTIQUES/1 par un collectif de 80 AUTEURS (Jacques Flament Alternative Éditoriale), une lecture de Nathalie Delhaye

ac5663f3df9b
Nathalie DELHAYE

Poésie au carré

Le 20 décembre de l’an de grâce 2017, le soussigné FLAMENT, éditeur indépendant engagé de plein droit et sans contrainte, dans une pure démarche créative éditoriale a déclaré existant le concept de CARRÉ POÉTIQUE à l’usage du commun des mortels. En ce sens, il s’adresse à chaque être de ce bas monde qui, l’ayant ou non déjà éprouvé par l’attitude et par l’esprit, est convaincu que dort en lui un individu inspiré capable d’exprimer par le texte sa poésie latente.
Chaque texte est riche de 620 caractères, espaces comprises, qui s’étagent en 20 lignes de 31 signes pour former un carré parfait de 10 centimètres de côté lorsqu’il est couché sur le papier.
Les symboles . (point) représentent un espace entre mots ou lettres uniques.
Les symboles / (slash) représentent la respiration entre entités qu’ils enserrent à la lecture orale du texte.
Toute majuscule et toute ponctuation (hormis ces symboles) sont bannies des textes reproduits, exceptés les traits d’union et apostrophes.

Cette annonce pour le moins surprenante a séduit plus de 80 auteurs, certains confirmés, d’autres en herbe, qui se sont frottés à cet exercice de math pour le moins étrange.
L’affaire n’est pas simple et le formalisme a dû en décourager plus d’un, mais au final les textes composant ce recueil particulier offrent tous un certain panache. De la plus terre à terre à la plus onirique, de la plus romantique à la plus sensuelle, chaque carré est composé de cette matière en voie de disparition, qui se nomme « poésie », et qui visiblement compte nombre de défenseurs.
A commencer par Jacques Flament, éditeur singulier dont on ne peut que louer l’initiative, qui ouvre les portes d’une parution à tout un chacun qui s’essaie à la difficulté, afin de charmer le comité de lecture et faire partie des heureux élus.
Bravo à cette union des compositions, les écrits balbutiants côtoient les plus assurés, les textes se font face sous le même format, chacun(e) apporte sa touche de fantaisie pour animer ce kaléidoscope.

C’est beau, c’est innovant, ce regard différent sur la littérature et cette ouverture d’esprit.

Un exemple, pour assouvir votre curiosité, de ces textes au carré, certes difficile à réaliser graphiquement ici :

bulles.d’oxygène.je.veux.encore
/sentir.mon.coeur.apaisé/esprit
.embué.par.tes.paroles.entends.
mon.coeur.se.fondre/mon.âme.tou
rmentée.retrouve.l’envie/l’oeil
.éteint.se.rallume.et.je.sens.l
a.vie.reprendre.ses.droits/guér
is.mon.corps.malade.et.ma.peau.
abïmée/pose.un.voile.de.douceur
.prends.ma.main/que.ton.flux.ra
ssurant.me.ravive.le.sang/pour.
respirer.toujours.penser.aux.le
ndemains/voir.cet.enfant.qui.jo
ue.me.tendre.les.bras.et.me.sou
rire.m’emporter.jusqu’à.la.mer/
celle.qui.faillit.m’emmener.là-
bas/je.ne.serais.pas.revenue.sa
ns.bulles.d’oxygène.sans.toi.po
ur.me.les.insuffler/je.sens.sur
.mes.pieds.les.vagues.et.je.vis

Les 80 contributeurs du numéro 1 (par ordre alphabétique)

ALLARD Eric – ASSIER Angélique – BIRNBAUM Daniel – BITOUZET Sophie – BOSHA Anne -Claire – BOUTIAU Nathalie – BOUTIN Patrick – CALLÈS Alain – CAMUS Benoît – CAUDA Jacques – CART-TANNEUR Emmanuelle –  CAZENAVE-SIRKIS Serge – COLAUX Denys-Louis – COMMINES Anne de – CRUMIERE Martine – DAUSSE Eric – DELHAYE Frédéric – DELOCHE Marie-Philippe – DESGUIN Carine-Laure – DORPE Valérie – DUC Hélène – DUBOIS Véronique – EMERY Alain – FALBET-DESMOULIN Corinne – FAURE Olivier -FIERENS Roseline – FLAMENT Jacques – FRANCEUS Sylvie – GARNIER Pascale-Maud – GENET Christiane – GILARD Nadia – GIRAUD Roland – GRISON Laurent – GUILLEMIN Laurence – HARCHINSPERO Eliot – HELD Jeanne-Valérie – HENRY Gabriel – HERNANDEZ Betty – HOCHART Laurence – JACQUET Jean-Claude – JUBIN Loïc – JUSSEL Jinou – KABACH Abel – LAMACCHIA Anthony – LAUDEC Eve – LEZNOD Jean – LILLO Sandra – LITIQUE Laurence – LOUSSAULT Elisabeth – MANGANO José – MARKO Charles – MERLAND Cédric – MIKOLAJCZAK Cyril – NOSSAM Sellig – OSSARD Jérôme – PAGE André – PALAYRET Nathalie – PAUTARD Sandrine – PEREOL Orélien – PERROTIN Florence – PLANCHON Claude-Alain – POLLET Véronique – POURCHAYRE Thomas – PROTCHE Sylvie – RADIÈRE Thiery – RÉMOND Olivier – ROBERT Catherine – ROUHART Martine – SEIGNEURIC Jean-Baptiste – SILBERSTEIN Martine – SILION Keila – TELLIER Mélanie – TEYSSANDIER François – TONIELLO Florent – VASSEL Bernard – VERDIÈRE Sylvain René de la – VERNEUIL Isabelle – VICTORRI GASSMANN Nathalie – WARONSKI Sandrine

Les Carrés Poétique/1 sur le site de l’éditeur

Les Carrés Poétiques/2 sur le site de l’éditeur