LA BLESSURE DU BLÉ et autres poèmes faméliques / Éric ALLARD

 

LA BLESSURE DU BLÉ

 

Quelle herse pour le foin

Dissimule la grange

Au regard

 

Vain questionnement

Sur l’agricole raison

De donner du grain à moudre

Au sensible

 

Du blé blessé

À l’aube d’une voix grêle

Se dresse

Le moulin de la parole

 

Tandis qu’au chant du signe

Succombe

L’astre du texte

 

Un futur de lettres anonymes

Trottine

Sur la voie du souvenir

 

Tandis qu’au revers

D’un poème de paille

S’échappe

L’épi d’une image

 

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COMMENT SE RAPPELER

 

Gavé de mots

Je largue

Le verbiage

 

Et m’arrime à une mémoire

Faite de temps passé

À voir

Jusqu’à plus savoir

Comment se rappeler

 

La vue saturée

D’images

Conduit à l’oubli

 

Repêché

Par une lune molle

J’accède au texte

 

Et délivre mon nom

De ses caractères

Pour mieux me fondre

Au paysage

 

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LA MORSURE DU TEMPS

 

Ouvert jusqu’au doute

Sur la page

De l’arc-en-ciel

Je donne ma lame

Au chat

Qui la lèche

Jusqu’au sang

 

Flamme après flamme

Je découpe le feu

Au-dessus de l’église

Qui estropie les syllabes

Du vent

 

Les chiens brûlent

Leurs dernières cartouches

Dans la cendre

Des balles sifflent

Entre leurs crocs

De braise

 

Allongé

Sur la plage d’os et de sel

Je prends le soleil

Pour un astre mort

 

Je demeure sous la morsure

Du temps

L’enfant heureux de compter

Pour du beurre

 

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LA SOMME DES NUAGES

 

Collé au hublot

Je vois  la mer

Monter au ciel

 

Marche après marche

L’opération d’ascension

Élève la somme des nuages

Au-dessus de la colonne d’étoiles

 

L’avion plongé

Dans le voyage

Remorque l’espace

Jusqu’à mes lèvres

 

Je vois d’un trait

Tout le territoire

Du crime

Avant de déposer

Mon âme

Dans la soute à carnages

 

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UN MÔME APHONE

 

La femelle du vent

Met bas

Parmi les herbes

Un môme aphone

Qui ne sait pas dire

Mon nom

 

Les mâles enragés

Par l’odeur de bave

Secouent le nouveau-né

Au-dessus des vagues

Pour lui faire cracher

Le berceau

 

Mais le rejeton tient bon

Le mot beau

Entre ses dents de lait

S’il le jette en pâture

Aux loups

Il sait que je m’en repaîtrai

 

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TOUS LES PULLS OVER

 

Ma pelote de haine

Roule sur ta peau

 

Quand elle tombe sur un os

Dur comme un roc

 

Je la défie

De la pointe d’une aiguille

 

Et je la presse

De se dépecer

 

Sur le fil de l’aube

Je détricote la lumière

 

Je déteste tous les pulls over

Comme moi-même

 

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PAS ASSEZ DE MAUX

 

Poussé sur le sable

Par le vent

J’échoue

Sur une page faite

De graines de mots

 

Je piétine la langue

Je matyrise le verbe

Je démonte la marche

Je fracture le vide

J’abolis la phrase

Je n’ai pas assez de maux

Pour me qualifier

 

Puis la mer me recouvre

De son châle de sel

Et je m’absente du texte

Pour lire dans les gouffres

L’avenir des trépans

 

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LE MASQUE DES HORLOGES

 

J’arrache le masque des horloges

Indiquant leurre

 

J’amasse le temps

Sous mes peaux-pierres

 

Je vois minuit

À la fenêtre de ma vie

Quand le temps est venu

De fermer les volets

 

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EN FINIR

 

Pressé d’en finir

Avec le jus de raisin

Je bois le vin

À la paille

Sur ta chair tachée

Du sang de ma chair

 

Pressé d’en finir

Avec le jus de ta langue

Je bois ta bouche

À la paille

Sur ta chair tachée

De l’encre de mes livres

 

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UNE LUEUR

 

Abruti de chaleur

Le soleil perd

La tête d’épingle

Du feu

Dans la lumière

 

Ahuri de terreur

La mer perd

La tête d’épingle

Du cyclone

Dans la tempête

 

Je ferme le livre de l’oubli

Sur une lueur de mémoire

 

JE T’IMAGINE et autres poèmes (CATHY ROMANCE / ÉRIC ALLARD, 1983, Les Troubadours)

 

Je t’imagine enveloppée d’un manteau de fougères

                        sous le gris clair d’un ciel d’hiver

Je t’imagine attardée dans la brume

                      dont s’entourent tes rêves

Je t’imagine les larmes aux yeux

                       colorés de tristesse

je t’imagine enfant déçue par les vagues

                              qui vont et viennent dans le vent

Je t’imagine souriant au soleil

                          que t’apporte le printemps

je t’imagine te jouant

                      du moindre de mes souvenirs

Je t’imagine parée de lumière amie

                      de tendresse infinie

Je t’imagine pieds nus dans ma vie

                       à coeur découvert

Je t’imagine…

 

+++

 

Les nuages nagent dans le ciel

ils courent à mon secours

dans les flots laminés

de mon âme liquide.

 

Sur la jetée donnant

sur le sang sablé des songes

je me blottis sous l’aile

d’une coquille voyageuse

et j’attends lentement

la peau nue qui va venir

me polir les os…

 

Les lampes rampent dans la nuit

et meurent à petits feux

dans les eaux de mes yeux.

 

+++

 

Bruxelles by night

des lumières au néon

des voitures qui passent

sans permission

et moi seul qui repasse

mes passions

au pinceau de mes pleurs

 

Bruxelles by night

des mots qui font des traces

sur les rires

des mots qui font des passes

pour survivre

et moi tout seul

de garde à la garnison

pour veiller sur mes souvenirs

(Petit-Château, février 82)

 

Cathy Romance, Éric Allard, Les Troubadours, 1973, préface de Jean-Claude Bologne, Illustrations de Philippe Verhaegen.

POÈMES QU’ON DESCEND DANS LE CŒUR AVEC UNE CORDE VOCALE

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1.

LES COMMENCEMENTS

 

au bord

du jour

j’ai bu l’aurore

 

au bois

de ton âme

j’ai volé le feu

 

au seuil

du précipice

j’ai pris l’air

 

au fond

du soleil

j’ai trouvé la lumière

 

au son

de ton coeur

j’ai appris à marcher

 

au terme

de l’étude

j’ai connu le bonheur

 

au dos

de ton nom

j’ai écrit ton corps

 

au creux

de tes yeux

j’ai déposé mes regards

 

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2.

LES CRIS

 

pourquoi tu cries

quand l’abeille s’abat

sur la fleur

 

pourquoi tu cries

quand le vent s’arrache

à la mer

 

pourquoi tu cries

quand la nuit

s’attache à ta peau

 

pourquoi tu cries

quand ma bouche

s’affole à tes seins

 

pourquoi tu cries

quand l’amour

s’accorde à ton coeur

 

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3. 

LES TALONS AIGUILLES

 

au faîte

du temple de la chaussure

 

dans tes escarpins rouges

tu me donnes le vertige

 

à tes pieds je renifle

l’odeur de tes pas

 

d’un regard tu m’écrases

de ton mépris

 

d’un croc-en-jambe

je te fais tomber sous mes crocs

 

tandis que tes talons aiguilles

me crèvent doucement le coeur

 

dans le parterre de bottes

où poussent tes cuisses roses

 

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 4.

LA NUIT SUR TON ETOILE

 

en ouvrant la nuit

sur ton étoile

j’entrebâille la fenêtre

des secrets

 

ta voix

dans le noir

couvre le tumulte

 des songes

 

et je prie ta peau

d’éclaircir les joies

qui passent à l’ombre

de mon sang

 

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5.

L’ASCENSION DE LA LUNE

 

ma voix sur ta peau

retient ses cordes

avant l’ascension de la lune

 

j’oublie les dépôts

de silence

au creux de tes jambes

 

et la pluie qui coule

sur le chemin

menant à tes lèvres

 

 m’apporte le renouveau

dont aspire le rêve

au bord humide des nuits

 

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6.

MON REGARD SE RÉGALE

 

tes yeux glissent

 sur la glace

 et mon regard

se régale

de ça

 

je fonds ma neige

à ton image

pour refléter

le cristal

de ta voix

 

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7.

MA VOIX

 

elle s’ébroue

 dans la mare

aux palabres

 

elle s’étrangle

 au noeud coulant

du mensonge

 

elle s’évanouit

dans l’air

d’une chanson

 

elle s’entiche

d’une gorge

profonde

 

elle s’enflamme

au brandon

d’une ballade

 

elle s’éteint

sur la cendre

d’une harangue

 

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8.

LE CHANT DORT

 

le chant dort

dans la gorge

de l’oiseau

 

le sommeil

donne de la voix

au songe

 

sur ton dos

je dessine

deux ailes

 

qui en battant

font s’envoler

mon coeur

 

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9.

L’AIR EST LÀ

 

l’air est là

loin de l’ombre

où l’or luit

au flanc

de la colline

 

sans vivres

le chemin va

vers l’art

boire à la source

du voyage

 

je confie au vent

ma voix

le temps

que tu rameutes

mes souvenirs

 

L’image contient peut-être : nourriture

 

 10.

LÀ OÙ IL FAUT

 

sa peau est nue

là où il faut

mettre les lèvres

déposer des baisers

de son coeur

on voit la terre entière

et les ciels et les fleuves

et les routes vers demain

quand elle me demande

qui je suis d’où je viens

de quel droit j’ose

 je dis qu’elle a oublié mon nom

dans un coin reculé de son passé

 

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11.

LA COULEUR DE LA ROSE

 

en amont

de tes seins

de tes reins

je me suis arrêté

à la source

 

en allant

à ton pas

 de tes pieds

 à tes mains

 j’ai sué sang et eau

 

la teinture rouge

du bain

a donné à ta peau

la couleur de la rose

que tu aimais

 

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 12.

À COUTEAUX TIRES

 

à couteaux tirés

 j’aiguise

les lames de pique

 

à corbeaux brûlés

je me noircis

de flammes

 

à carreaux cassés

 je brise la glace

 à la famille

 

à chevaux bridés

 j’éperonne

un tigre de papier

 

 à bateaux coulés

 je croise un crabe

 tout rouillé

 

à bourreaux fermés

je fais mal

 à regarder

 

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 13.

SENS DESSUS DESSOUS

 

la corde des sens  casse

quand le coeur tend

à se rompre

 

l’ouïe se brise

la vue se brouille

le goût s’embrume

 

le toucher se barre

l’odorat se braque

et je renoue les liens défaits

 

en dégrafant mes songes

 

L’image contient peut-être : nuage

14.

LA ROUTE DU FRUIT

 

je mords le fruit

de tes talons hauts

tombés des marches

 

j’en répands le jus

sur le chemin de chair

simulant tes jambes

 

j’avale l’amande

du souvenir

au croisement des jours

 

je perds mon sang

en rebroussant chemin

sur tes lèvres coupantes

 

je m’écroule

comme un éléphant nain

au pied d’un bonsaï

 

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15.

LE TÉTIN

 

j’extirpe

de tes lèvres

un filet de voix

 

que je dépose sur le bord

d’une tasse de thé

à la menthe

 

 près de ton tétin

 j’entends des décoctions subtiles

des sons sages comme des songes

 

je n’espère rien

de ton sein chagrin

sinon

 

qu’il laisse

sur mes doigts

le goût de son offrande

 

L’image contient peut-être : nuage

 16.

LES MÉTIERS

 

le boucher dans la gorge

découpe le gras

d’une voix

 

le menuisier dans l’arbre

construit un métier

à nicher

 

le fleuriste sur la scène

conte l’histoire

d’une rose

 

le boulanger dans la nuit

pétrit la pâte à lever

du jour

 

le maçon sur les souvenirs

élève un mur

contre l’oubli

 

le tailleur dans l’ombre

coupe le tissu

d’un poème

 

L’image contient peut-être : nourriture

17.

PEU DE PEAU

 

sur son peu de peau

visible à l’oeil nu

j’écris des poésies

pour le reste

j’infère j’imagine

je conjecture je devine

ce que dissimule

de paradis charnel

ses satanés dessous

sur son peu de peau

visible à l’oeil nu

je pose les lèvres de l’imaginaire

et je délire de désir

 

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18.

À LA LUEUR DU SOUVENIR

relisant son visage

à la lueur du souvenir

je me rappelle

l’allée des lèvres

la sinuosité du nez

la flamme des yeux

la naissance des rides

au coin des rues

de l’espace sensible

puis je souffle

la chandelle du passé

pour ranimer tous ses traits

 

L’image contient peut-être : nourriture

 

19.

TES YEUX

 

ce que tes yeux disent

du vent et de la mer

à midi

 

ce que tes yeux chantent

au rêve de l’arbre

endormi

 

ce que tes yeux lisent

dans le livre des étoiles

c’est la nuit

 

ce que tes yeux mentent

sur la nature du soleil

c’est l’éclipse

 

ce que tes yeux misent

en or fin et en pierre

d’améthyste

 

ce que tes yeux sentent

en parfums et en beauté

sur les lys

 

ce que tes yeux puisent

dans le sang et le bleu

te nourrit

 

ce que tes yeux condensent

de pluie sous tes paupières

me rend triste

 

ce que tes yeux réfléchissent

des lumières d’un vitrail

m’éblouit

 

ce que tes yeux en amande

donnent envie de mordre

comme fruits

 

ce que tes yeux brillent

quand ils croisent le feu

d’un rubis

 

ce que tes yeux pensent

du cosmos agrandit

tes iris

 

ce que tes yeux nuisent

à l’éclat du soleil

de minuit

 

ce que tes yeux lancent

au monde des sens

c’est la vie

 

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17.

ON VOIT

 

On voit les veines du bois à travers les feuilles du saule
On voit la neige longer les nues jusqu’à l’arrêt de luge
On voit la lumière du sommeil se perdre dans un rêve
On voit perler la lune avant d’éclater en sanglots
On voit la laine rire dans les mailles du vieux pull

On voit la peau nue chercher l’oeil dans la main
On voit l’hiver se fondre dans un flocon de neige
On voit le fleuve retourner ses souvenirs dans la mer
On voit le grand large recouvrir les petites langueurs
On voit l’astre généalogique de la lumière

On voit l’ombre de la dune s’allonger sur le sable
On voit le soleil retenir le nom secret de l’été
On voit la forteresse céder aux tentations de l’exil
On voit la lune dormir dans les bras de la nuit
On voit l’espace revêtir les oripeaux du silence

On voit le prince rendre la reine folle du fou du roi
On voit le sol succomber sous les pas de l’oiseau
On voit le soir tomber plus bas que terre
On voit l’oranger parler le langage du mandarinier
On voit l’appareil auditif marcher sur les solides sons

On voit le coeur du monde par le trou de la lecture
On voit le vent de l’imaginaire soulever des armées de pages
On voit la pluie s’abattre sur la soif du désert
On voit le crépuscule se fermer l’accès à l’horizon
On voit le temps changer tous les plus beaux feux en cendre

 

COEURS de José MANGANO

TEXTES d’Éric ALLARD

L’HORIZON et autres poèmes atmosphériques

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l’horizon

 

la femme est l’horizon

des hommes de paysage

 

et dans le lit de la rivière

s’accordent les rêves des carpes

 

qui ne dit mors consent

à la chevauchée nautique

 

du fruit de ta bouche

je tire la pulpe avec les dents

 

du sac de ton sexe

je fais un gant de lucre

 

l’esclave au bûcher

implore la grâce de l’eau

 

tous les cétacés grandissent

dans la peur du baleinier

 

et moi je me risque

à marteler la dalle du souvenir

 

tandis que dans les excès d’espace

crèvent les espèces rares

 

et ces mots pour plaire

au brasier qui t’enflamme

 

de jour comme de nuit

de la terre jusqu’au ciel

 

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l’ordre des rêves

 

dans la nuit

 je dérange

 l’ordre de tes rêves

 orange

 

 tu mêles

à tes parfums

 l’odeur du large

 qui imprègne

 mes narines

 

au bord

de tes fantasmes

 je redore

la robe

 que tu m’as donnée

 

celle du vin

de tes lèvres

à demi troublé

par la couleur

du couchant

 

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le chocolat fondant

 

dans le chocolat fondant
sur le monde
et les jambes d’une femme

je cherche la praline rare
la fève de cacao
le fondu au noir

la truffe la profiterole
le bonbon glacé
la cerise sur le Moka

la saveur sacrée
le muffin délicat
le brownie marron

le macaron léger
le caramel mou
la friandise foncée

la secrète liqueur
l’huile de noix
le café fort

qui éblouira mon palais
et ma langue
et mon précieux goût de toi

 

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murmure

 

ta voix me murmure
le temps qu’il fait
au coeur de la plus sombre
des prisons

ta soif appelle
le vert des feuilles de vigne
pour couvrir d’ivresse
l’horizon

tu reviens du soleil
avec le sang

qui coule dans les veines
des saisons

tu retiens le désir
de former
au bord de mes lèvres
un seul nom

 

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la femme araignée

 

l’étoile de liens

qu’elle tisse avec la soie

 

la tient à distance

des charmes salaces de l’amour

 

la rapproche du trou noir

maelström

 

où s’enlacent à l’infini

temps et pattes velues

 

dans l’oeil vorace

du désir

 

la femme araignée

est nue sous sa toile

 

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balayer les lumières

 

le temps s’allonge

dans ma couche

chaque nuit un peu plus

 

 je me prends les pieds

dans ses jambes longues

comme des aiguilles

 

quand je sors sur le seuil

balayer les lumières

qui m’empêchent de voir

 

la course ténébreuse

des étoiles

vers la première heure du jour

 

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l’instant à la source

 

le vent balaie

le mot tempête

de son vocabulaire

 

le temps coupe

l’instant à la source

du langage

 

 le sang songe

à se passer

du rouge aux rêves

 

un jour le monde

n’aura plus de mots

pour dire le désir

 

on sera contraint

d’user de signes

pour se faire aimer

 

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l’étoile trouble

 

ta peau

sous mon regard

se noie

dans un ciel

de félicité

 

et je vois

trouble

l’étoile

où je peine

à aborder

 

mes lèvres

cherchent

tes rêves

perdus

dans la nuit

 

la naine rouge

de ta bouche

brûle l’hydrogène

de mon amour

fanal

 

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ne rien dire

 

ta peau blêmit

sous les caresses

de la lune

 

et tes mains se tendent

vers l’inatteignable

 

ne rien dire

du corps de l’autre

tant que le ciel

 

ne s’est pas figé

dans le marbre de la nuit

 

marcher

dans le temps qui sombre

douter jusqu’à demain

 

d’arriver à l’heure

du regard partagé

 

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avant

 

je lécherai tes rides

et ton rire

et le riz amer

de ton fiel

 

je lécherai tes verts

et tes gris

et le verre tranchant

de ton vin

 

je lécherai le sang

de tes veines

et la sueur

de ta peau

 

je lécherai tes airs

et tes ors

et tes plombs

dans l’aile

 

je lécherai le oui

et le non

de tes cris

dans le noir

 

je lécherai

sur tes lèvres

le jus de cerise

des baisers

 

avant

de cracher

mon venin

dans ta bouche

 

E.A.

LE SENS DE L’HISTOIRE & autres poèmes intempestifs

Il y a un temps de l’oeil 

qui cesser de regarder vers l’avant ou l’arrière

et se repose en soi. 

Roberto JUARROZ

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LE SENS DE L’HISTOIRE

 

J’aime quand ta pile

de livres s’effondrent

sous l’orage

 

Cela fait des gouttelettes

de lettres à lécher

sur ta peau page

 

Dans l’éclair

que font les mots

sur le sens de l’histoire

 

Je devine

le corps nu

de ton texte foudroyé

 

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L’OMBRE D’UN COUTEAU

 

Le vent sur ta peau

dessine des balafres d’air

que je suis seul à voir

quand je recueille des séismes

sur l’échelle de tes nuits

 

Cette fois le fer est fier

de marquer le feu

avec ta langue

sur les lèvres du jour

à peine forgé

 

Sans décevoir l’ennui

découpé sur la langue

dans la  forme du mensonge

 

Je m’achemine

vers ton ventre

avec l’ombre d’un couteau

 

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LE LIN DE TA ROBE

 

À l’ombre d’une arête

un narval vomit

la mer

dans le ras-le-bol

d’une île morte

 

Un pécheur

atteint de silence

murmure le nom

d’un vin rare

à l’oreille de la nuit

 

Je me rappelle

le temps

où le lin de ta robe

avait des choses

à me dire

 

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LE VOLEUR DE VENT

 

Le voleur  de vent

guette

les herbes folles

 

En courant

vers l’infini

je tombe sur une étoile

 

À demi frappée

par l’obscurité

une fleur s’éveille

 

Sous le fleuve

retourné

des eaux grouillent

 

Une plage

éponge le sable

de la mer

 

Je vois derrière la vitre

de ma vie

ton ombre passer

 

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ENTRE DEUX REGARDS

 

Feuilles faisant office

de flamme

et ta peau qui brûle

entre les pages

de l’herbier

 

Feux de broussaille

sur tes lèvres

bues à la paille

entre deux baisers

du vent

 

Fenêtres ouvertes

sur l’envol

d’une pensée

entre deux regards

enflammés

 

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LE POÈME

 

Vivre ou ne pas vivre

derrière la fenêtre

où ton ombre a surgi

 

Marquer d’une voix blanche

les lèvres qui prononcent

le mot à peine dicible

 

Marcher jusqu’à l’oubli

le long d’un souvenir

donnant sur l’espace passé

 

Masquer la face du temps

d’une grimace aussi large

qu’une vie

 

Lire ou ne pas lire

derrière la fenêtre

où ton enfance a surgi

 

le poème de l’univers

 

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LA TOURTERELLE RIEUSE

 

Quand le chat huant hulule
et que le héron hue
Quand le faucon maltais huit (et demi)
et que l’hirondelle des fenêtres truissotte

Quand le goéland argenté raille
et que la colombe de la paix roucoule
Quand l’épervier tiraille
et que l’alouette des champs tire-lire

Quand la caille cacabe
et que la cigogne claquette
Quand le corbeau coraille
et que la corneille corbine

Quand la mésange charbonnière titine
et que le pipit des arbres turlute
Quand le coq chante comme un rossignol
que que le paon braille comme un âne

La tourterelle des bois rit comme une bécasse
qui aurait bu de l’alcool de plume
au volant d’un vieux coucou
piquant du nez dans la mare aux canards

 

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JE NE SUIS PAS BIZARRE

 

Je ne suis pas bizarre
j’ai juste l’impression
que ma vie ne va pas durer
plus longtemps qu’une vie

Je ne suis pas bizarre
j’ai juste le sentiment
que l’été va conduire l’hiver
à souffler les bougies du soleil

Je ne suis pas bizarre
j’ai juste l’envie d’aimer
chaque goutte de pluie
avant de traverser les nuages

Je ne suis pas bizarre
j’ai juste raison de penser
que les femmes se fardent
pour qu’on ne voie pas leur beauté

Je ne suis pas bizarre
j’ai juste le souci de ne pas mourir
avant d’avoir exprimé tout mon jus
sans qu’on me juge trop coulant

Je ne suis pas bizarre
j’ai juste le désir
de voir mes enfants grandir
et me dépasser en bonté

Je ne suis pas bizarre
j’ai juste la maladie de l’enfance
que je garde comme un fou
au coeur de l’espérance

 

Image associée

 

UN POULPE AFFAMÉ

 

Par où revenir

quand le jour

nous a laissés

sur la grève

en panne sèche de nuit

 

Marcher jusqu’à plus soif

dans l’île déserte

jusqu’à l’aurore

d’une larme

vaste comme la mer

 

Aboyer aux étoiles

pour un os de lune

à moitié rongé

par un poulpe

affamé de lumière

 

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LES LAMPES ÉTEINTES

 

Les lampes éteintes

j’étreins l’étoile dans le noir

et mon cœur déborde

jusqu’à partir loin

au-delà de la mémoire

 

Les lampes éteintes

je retiens mon corps

de verser

dans l’aumônière du temps

sa maigre pitance

 

Les lampes éteintes

je reviens à la seconde

où le monde m’a quitté

faut-il alors rallumer

les lumières de l’enfance ?

 

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Textes d’Éric Allard

Peintures de Georgia O’Keeffe (1887-1986)

POETWEETS, APHORISMES & AUTRES ROSSIGNOLADES

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Je suis un fou du rangement.

Quand j’ai trié tous mes rêves

par catégories de songes

je m’attaque à mon passé

souvenir après souvenir.

 

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Rejeté par la brume & le brouillard

j’ai donné ma lande

au chat de bruyère

avant de disparaître

dans le sillage d’une grue.

 

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J’ai jeté à la mer

le vieil homme

avant de lui lancer

un souvenir d’enfance

en guise de bouée.

 

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La métaphore de la porte sitôt close, l’image sort de son cadre.  

 

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Je te veux

autant que tu me détestes

mais l’espace

qui me sépare de toi

a raison de ma paresse.

  

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Les yeux fermés, pro-visionner.

 

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Prends mes pieds sur ta pomme !

Prends mes doigts sur ta poire !

Prends mes lèvres sur ta figue !

&

emporte-les dans les arbres fruitiers !

 

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L’étoile du verger est un astre fruitier. 

 

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J’ai couvert de feuilles

ton corps nu.

J’ai écrit mon désir.

J’ai écrit mon regret.

Puis j’ai soufflé très fort

pour me rappeler ta beauté.

 

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Sur chacune de tes taches de son

je pose

un baiser sonore

  

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J’ai marqué tes seins d’une croix.

Chaque nuit les soldats de Dieu

de mes mains

viennent implorer leur pardon.

 

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 Je n’ai pas de chambre avec les écrivaines, pas plus que de place dans leurs livres.

 

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Va sans crainte

dans la maison des ténèbres

décrocher au plafond de lumière

l’invisible terreur !

Va voir puis éteins !

 

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Les fleurs nyctalopes voient elles les bouquets de fantômes ?

 

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Lèvres de ta rivière

Lèvres du ciel nuages

Lèvres autour de ta voix

Lèvres de ton mont secret

Lèvres de la nuit, bordures du rêve

 

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Lèvres doux pétales

Lèvres près du coeur

Lèvres des yeux paupières

Lèvres de la rivière qui lèche

Lèvres de la voix langue

Pour quel baiser

 

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L’oiseau du baiser finit toujours par s’envoler de son nid de lèvres.

 

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Ma hache à ta hanche

t’arrache un bouquet de viande

que je hume tel un damné.

Ainsi débute l’histoire de la violence,

mon amour.

 

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Quoi dire après avoir lu sur tes lèvres le mot silence ?

 

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Rallumer le désir

au feu des grandes amours.

Brûler vif

puis vivre de ses cendres

sans éteindre la mèche du souvenir.

 

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THÉORIE DU TAPIR / ÉRIC ALLARD

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Le tapir est le plus gros de tous les quadrupèdes de l’Amérique méridionale, et il y en a qui pèsent jusqu’à cinq cents livres ; or ce poids est dix fois moindre que celui d’un éléphant de taille ordinaire.  

Buffon

 

1.

 

Maison du poème

 

D’un poème faire une maison

Où les mots seraient des pierres

Et la césure, le ciment

 

Bâtir sur des murs d’images

Une espèce de roman

À sensations

 

Mettre le feu au papier des fondations

Ouvrir la fenêtre sur le foyer dévorant

Lire jusqu’à ce que flammes expirent

 

D’urgence sortir

Par la cheminée

L’enfance du feu

 

 

 2.

 

Vue vive

 

J’appuie où le vent

Soulève des montagnes

 

Dans la plaine, des yeux

Remontent le courant de l’étoile

 

Jusqu’à s’assourcer

Au regard océan

 

Sans la vue de la vie aux origines

Que seraient nos accouplements ?

 

 

 

3.

 

La mousse du passé

 

De la mousse du passé

Sortent les poissons du songe

 

Ils vont deux par deux

En contemplant les rives

 

Sans jamais arrêter la beauté

Ni attenter au courant

 

Les lieux tombent où ils plongent

Où ils vont pour se désaltérer

 

Dans le levain des livres

Dans l’air lisible du matin

 

Dans la poussière du couchant

On les voit descendre vers la mer

 

Pour rejoindre l’embouchure

Source du poème présent

 

 

4. 

 

La pierre du souvenir

 

La pierre du souvenir

Coince la porte

 

Ton corps nu

Déforme la nuit

 

J’avance à tâtons

En me servant de ta voix

 

Nul n’éclaire

L’entrée du songe

 

Comme ta peau

 

 

 5.

 

Le conseil d’administration

 

La terre en chemin

Bannit l’espace

 

L’aigle fond

Au soleil de midi

 

Le rouge au blanc succède

Au fronton du spectre

 

Quatre à quatre un fantôme

Descend l’escalier du jour

 

Je réunis sur le champ

Le conseil d’administration de mes forces

 

Pour appeler à la guerre

Contre le temps

 

 

6. 

 

L’instant

 

Pendu

À la potence du temps

 

J’attends

Que l’instant

 

Me décroche

 

 

 7.

 

Si tu rêves

 

Si tu rêves

C’est que ton sexe est au repos

Que la nuit est forêt

 

Corps de feuilles et de branches

Ayant pris racine dans la terre du temps

Pour modeler la nuit à son image

 

Si tu rêves

C’est que la seiche crie famine

Que l’ennui disperse les cris des fourmis

 

Corps de femme et de sarments

Ayant pris la forme d’un enfant

Pour modeler la chair à son image

 

Jusqu’au matin tu as besoin

Du corps de garde du rêve

Jusqu’à ce que la nuit t’achève

 

 

8.

 

Grand froid

 

Mer de glace

Dans mon verre

De lait

 

L’oiseau tombé

Du gel

Cristallise ma soif

 

Je brise l’envol

Avec les dents

Avant de fondre

 

Dans le blanc

 

 

 9.

 

Les astres à la figure

 

Toute la nuit

Je te jette les astres

À la figure

 

Des coupons d’étoile

Altèrent

Tes cordes vocales

 

Avec les éclats

Tu fabriques des colliers

Des cantates

 

Avec le silence

Des notes sculptées

Dans le cristal

 

Avec l’écho

Du son taillé

Pour les pierres

 

Au matin

Le soleil cassé

Recueille les bris de voix

 

Je débarrasse

La table d’écoute

Des miettes de son

 

 

 10.

 

Le tapir et le boa

 

Le tapir et le boa

Marient leurs ombres

Sur la coquille du jour

 

La main cachée de la sirène

Appelle le corps de la mer

À multiplier les marées

 

Un sommeil gonflé de songes

Nourrit la source

D’un ruisseau fantôme

 

Près d’une nuit au cou

Aussi long qu’un silence

Un feu de rapine se consume

 

Sur les ruines du soleil levant

Les couleurs fatiguées du peintre

Relèvent le blanc d’une robe

 

Entre les lignes du secret

On devine la forme du coeur

Qui ferme l’aorte

 

Avant qu’un nouveau son

Appelle au démembrement de l’air

Sur l’échelle des turbulences

 

Avant qu’un nouveau pas

N’ébranle l’espace séparant

Le prédateur de sa proie

 

 

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