POETWEETS, APHORISMES & AUTRES ROSSIGNOLADES

twitter_thumb1.jpg

 

Je suis un fou du rangement.

Quand j’ai trié tous mes rêves

par catégories de songes

je m’attaque à mon passé

souvenir après souvenir.

 

giphy.gif

 

Rejeté par la brume & le brouillard

j’ai donné ma lande

au chat de bruyère

avant de disparaître

dans le sillage d’une grue.

 

giphy.gif

 

J’ai jeté à la mer

le vieil homme

avant de lui lancer

un souvenir d’enfance

en guise de bouée.

 

giphy.gif

 

 

La métaphore de la porte sitôt close, l’image sort de son cadre.  

 

giphy.gif

 

Je te veux

autant que tu me détestes

mais l’espace

qui me sépare de toi

a raison de ma paresse.

  

giphy.gif

 

Les yeux fermés, pro-visionner.

 

giphy.gif

 

Prends mes pieds sur ta pomme !

Prends mes doigts sur ta poire !

Prends mes lèvres sur ta figue !

&

emporte-les dans les arbres fruitiers !

 

giphy.gif

 

L’étoile du verger est un astre fruitier. 

 

giphy.gif

 

J’ai couvert de feuilles

ton corps nu.

J’ai écrit mon désir.

J’ai écrit mon regret.

Puis j’ai soufflé très fort

pour me rappeler ta beauté.

 

giphy.gif

 

Sur chacune de tes taches de son

je pose

un baiser sonore

  

giphy.gif

 

J’ai marqué tes seins d’une croix.

Chaque nuit les soldats de Dieu

de mes mains

viennent implorer leur pardon.

 

giphy.gif

 Je n’ai pas de chambre avec les écrivaines, pas plus que de place dans leurs livres.

 

giphy.gif

 

Va sans crainte

dans la maison des ténèbres

décrocher au plafond de lumière

l’invisible terreur !

Va voir puis éteins !

 

giphy.gif

 

Les fleurs nyctalopes voient elles les bouquets de fantômes ?

 

giphy.gif

 

Lèvres de ta rivière

Lèvres du ciel nuages

Lèvres autour de ta voix

Lèvres de ton mont secret

Lèvres de la nuit, bordures du rêve

 

giphy.gif

 

Lèvres doux pétales

Lèvres près du coeur

Lèvres des yeux paupières

Lèvres de la rivière qui lèche

Lèvres de la voix langue

Pour quel baiser

 

giphy.gif

 

L’oiseau du baiser finit toujours par s’envoler de son nid de lèvres.

 

giphy.gif

 

Ma hache à ta hanche

t’arrache un bouquet de viande

que je hume tel un damné.

Ainsi débute l’histoire de la violence,

mon amour.

 

giphy.gif

 

Quoi dire après avoir lu sur tes lèvres le mot silence ?

 

giphy.gif

 

Rallumer le désir

au feu des grandes amours.

Brûler vif

puis vivre de ses cendres

sans éteindre la mèche du souvenir.

 

giphy.gif

 

FOLLOW ME

 

 

THÉORIE DU TAPIR / ÉRIC ALLARD

2.jpg?135503

Le tapir est le plus gros de tous les quadrupèdes de l’Amérique méridionale, et il y en a qui pèsent jusqu’à cinq cents livres ; or ce poids est dix fois moindre que celui d’un éléphant de taille ordinaire.  

Buffon

 

1.

 

Maison du poème

 

D’un poème faire une maison

Où les mots seraient des pierres

Et la césure, le ciment

 

Bâtir sur des murs d’images

Une espèce de roman

À sensations

 

Mettre le feu au papier des fondations

Ouvrir la fenêtre sur le foyer dévorant

Lire jusqu’à ce que flammes expirent

 

D’urgence sortir

Par la cheminée

L’enfance du feu

 

 

 2.

 

Vue vive

 

J’appuie où le vent

Soulève des montagnes

 

Dans la plaine, des yeux

Remontent le courant de l’étoile

 

Jusqu’à s’assourcer

Au regard océan

 

Sans la vue de la vie aux origines

Que seraient nos accouplements ?

 

 

 

3.

 

La mousse du passé

 

De la mousse du passé

Sortent les poissons du songe

 

Ils vont deux par deux

En contemplant les rives

 

Sans jamais arrêter la beauté

Ni attenter au courant

 

Les lieux tombent où ils plongent

Où ils vont pour se désaltérer

 

Dans le levain des livres

Dans l’air lisible du matin

 

Dans la poussière du couchant

On les voit descendre vers la mer

 

Pour rejoindre l’embouchure

Source du poème présent

 

 

4. 

 

La pierre du souvenir

 

La pierre du souvenir

Coince la porte

 

Ton corps nu

Déforme la nuit

 

J’avance à tâtons

En me servant de ta voix

 

Nul n’éclaire

L’entrée du songe

 

Comme ta peau

 

 

 5.

 

Le conseil d’administration

 

La terre en chemin

Bannit l’espace

 

L’aigle fond

Au soleil de midi

 

Le rouge au blanc succède

Au fronton du spectre

 

Quatre à quatre un fantôme

Descend l’escalier du jour

 

Je réunis sur le champ

Le conseil d’administration de mes forces

 

Pour appeler à la guerre

Contre le temps

 

 

6. 

 

L’instant

 

Pendu

À la potence du temps

 

J’attends

Que l’instant

 

Me décroche

 

 

 7.

 

Si tu rêves

 

Si tu rêves

C’est que ton sexe est au repos

Que la nuit est forêt

 

Corps de feuilles et de branches

Ayant pris racine dans la terre du temps

Pour modeler la nuit à son image

 

Si tu rêves

C’est que la seiche crie famine

Que l’ennui disperse les cris des fourmis

 

Corps de femme et de sarments

Ayant pris la forme d’un enfant

Pour modeler la chair à son image

 

Jusqu’au matin tu as besoin

Du corps de garde du rêve

Jusqu’à ce que la nuit t’achève

 

 

8.

 

Grand froid

 

Mer de glace

Dans mon verre

De lait

 

L’oiseau tombé

Du gel

Cristallise ma soif

 

Je brise l’envol

Avec les dents

Avant de fondre

 

Dans le blanc

 

 

 9.

 

Les astres à la figure

 

Toute la nuit

Je te jette les astres

À la figure

 

Des coupons d’étoile

Altèrent

Tes cordes vocales

 

Avec les éclats

Tu fabriques des colliers

Des cantates

 

Avec le silence

Des notes sculptées

Dans le cristal

 

Avec l’écho

Du son taillé

Pour les pierres

 

Au matin

Le soleil cassé

Recueille les bris de voix

 

Je débarrasse

La table d’écoute

Des miettes de son

 

 

 10.

 

Le tapir et le boa

 

Le tapir et le boa

Marient leurs ombres

Sur la coquille du jour

 

La main cachée de la sirène

Appelle le corps de la mer

À multiplier les marées

 

Un sommeil gonflé de songes

Nourrit la source

D’un ruisseau fantôme

 

Près d’une nuit au cou

Aussi long qu’un silence

Un feu de rapine se consume

 

Sur les ruines du soleil levant

Les couleurs fatiguées du peintre

Relèvent le blanc d’une robe

 

Entre les lignes du secret

On devine la forme du coeur

Qui ferme l’aorte

 

Avant qu’un nouveau son

Appelle au démembrement de l’air

Sur l’échelle des turbulences

 

Avant qu’un nouveau pas

N’ébranle l’espace séparant

Le prédateur de sa proie

 

 

giphy.gif

POÈMES À PORTER SUR LES LÈVRES

1.

 

le poids du songe

dans la nuit

et l’envol d’une étoile

 

dans l’espace

 

la transparence du reflet

dans le miroir

et l’envers d’un rêve

 

dans l’espoir

 

13183274_914065628704379_317965424_n.jpg?ig_cache_key=MTI1MTQzMzM4MjM2NzQzNTYzMg%3D%3D.2

  

2.

 

à la porte du visible

j’apporte un son

 

au seuil du bruit

un regard

 

à la fleur du toucher

un brin d’eau

 

à la couture des lèvres

une piqûre

 

au sortir des ténèbres

une lumière

 

tu ne me donnes

même pas ton ombre

 

13183274_914065628704379_317965424_n.jpg?ig_cache_key=MTI1MTQzMzM4MjM2NzQzNTYzMg%3D%3D.2

 

3.

 

détaché du texte

le poème

 

en amont du livre

le vers

 

sur l’écritoire

ta main

 

derrière la paupière

le soleil

 

découvrent

la robe du mot

 

13183274_914065628704379_317965424_n.jpg?ig_cache_key=MTI1MTQzMzM4MjM2NzQzNTYzMg%3D%3D.2

 

4.

 

sans faillir le miel

s’allie

au lait

 

le temps de donner

à l’abeille

l’adresse de la ruche

 

ta peau blanche

s’écoule

sur mes lèvres

 

13183274_914065628704379_317965424_n.jpg?ig_cache_key=MTI1MTQzMzM4MjM2NzQzNTYzMg%3D%3D.2

 

5.

 

derrière

les robes

les falbalas

 

la chambre

de ta nudité

retient les regards

 

seul l’oeil

du couturier

avale ta peau

 

13183274_914065628704379_317965424_n.jpg?ig_cache_key=MTI1MTQzMzM4MjM2NzQzNTYzMg%3D%3D.2

 

6.

 

entre vide

et espace

 

entre poème

et roman

 

entre corps

et absence

 

entre jour

et nuit

 

entre silence

et regard

 

pense aussi

à vivre

 

13183274_914065628704379_317965424_n.jpg?ig_cache_key=MTI1MTQzMzM4MjM2NzQzNTYzMg%3D%3D.2

 

7.

 

dans ta lampe

je bois

la lumière

 

je recueille

l’espace

d’un visage éclairé

 

sur les lèvres

du poème

je passe

 

une langue

neuve

et nue

 

13183274_914065628704379_317965424_n.jpg?ig_cache_key=MTI1MTQzMzM4MjM2NzQzNTYzMg%3D%3D.2

 

8.

 

luit

la pierre

taillée

du lait

 

lampes

aux pis

des vaches

obscures

 

broutant  

l’herbe

tendre

du songe

 

si je bois

le blanc

du ciel

avant l’aube

 

je me fais

voie lactée

ou crème

de nuit

 

13183274_914065628704379_317965424_n.jpg?ig_cache_key=MTI1MTQzMzM4MjM2NzQzNTYzMg%3D%3D.2

 

9.

 

mot

tombant

dans

le blanc

du texte

 

moi

sombrant

dans

l’instant

présent

 

nuit

mourant

sur le sable

du jour

 

tandis

que

la mer

veille

 

13183274_914065628704379_317965424_n.jpg?ig_cache_key=MTI1MTQzMzM4MjM2NzQzNTYzMg%3D%3D.2

 

10.

 

mesure ton être

au mètre de l’espace

 

laisse du je

entre tes silences

 

de la lumière

entre tes branches

 

pour te laisser

le temps de naître

 

ff146350.gif

 

MAMAN SONGE

eb9b44888af32696260540b9c95885e2.jpg

 

Maman ment

Mentalement maman me ment

Si maman me ment je mens à maman

Maman songe au mensonge comme je songe à maman

Si maman ment ment-elle aussi sur ma naissance

Si maman ment suis-je même né suis-je même là

Naître c’est mentir et maman sait que je mens

En mentant je nais différemment de la façon dont je suis né de maman

Si maman ment mon songe dit vrai sur ce que maman sait

Maman se tait tant que je songe au mensonge de maman

Mais après maman mentira-t-elle encore au sujet de mon corps né

Maman sait que je songe au mensonge quand elle le fait

Maman quand elle le fait pense-t-elle à refaire ma naissance de même

Ma maman ment-elle quand elle se dit ma maman

Maman quand elle se tait ment-elle sur son silence

Maman quand elle se sait s’essaie-t-elle au mensonge

L’essai de maman pour me faire réussit de temps à autre

L’essai de maman pour me faire réussir échoue sur la cendre

Quand je suis celui qui sait qu’il est né maman réussit l’essai

Quand je sais celui que je suis maman réussit aussi l’essai

Quand maman sait je suis rassuré sur le fait que je suis né

Quand maman ment je doute à nouveau de mes sens

Maman dans la mer se sale pour que l’eau la laisse sur le sable

Je souffle le silence et la soif qui sauvent de la sécheresse des sons sans sens

Je souffle l’essence et le saumon qui sauvent de la mousse des savons  

Je soulage le sexe des sciences qui souffrent de l’absence de raison

Je change le sexe des souris aux semelles de sauge et de soufre

Je change le chanvre des champs du songe dans la chambre chauve

Je chante dans le safran des saisons des chansons sur le soleil sauf

Je mens à maman quand elle me demande si je vis si je vais si je sais si je sens si je saigne

Je mens mentalement à maman depuis que je suis né sans savoir si je suis sourd ou sans sirène

Maman sent dans son ventre qui je suis avant que je naisse

Maman me sait dans son centre comme à la circonférence de ses sens

Maman signe son cercle avec son sang comme je désigne son sein dans un souffle comme je sarcle son sexe avec mon stipe

Maman saigne et je signe son crime de mon inexistence

Maman saigne et je me signe ainsi soit-il de son existence

Maman sent quand je saigne quand je songe au singe que je suis au singe qu’elle est dans l’espèce de stigmate qui nous place dans l’espace des signes

Maman sent si je nais si je vais si je vis si je sais si je mens si je chie si je pense si je suis si je fuis le fait que maman m’a fait tel que je suis mentant à maman comme à moi-même sur le fruit de mes mensonges sur le fruit de ses entrailles qui poursuit son cycle selon le songe menti de sa maman

 

TROIS POÈMES pour une fleur

À quel degré de concentration supplémentaire ne faut-il pas s’astreindre, avec quelle intensité accrue ne faut-il pas fixer son attention, pour que le cerveau capture l’image visuelle de quelqu’un? 

Vladimir NABOKOV, Le Guetteur

 

 

Pas assez

 

Je ne t’ai pas regardée

Assez

Afin de savoir

Te reconnaître

 

Il eût fallu plonger

Les yeux

Dans le tourbillon

De tes traits

 

En tirer l’essence

D’un portrait

Pour à jamais

Te revoir en rêve

 

camomille_allemande_1_gd-300x300.jpg

 

Une fleur

 

À l’ombre d’un saule

Dans un pot en grès

Une fleur de camomille

 

S’offre aux appétits

D’une abeille

Et d’un papillon

 

Avant d’être servie en infusion

Dans l’eau bouillante

D’un regard

 

camomille_allemande_1_gd-300x300.jpg

 

Sans ton parapluie

 

Le vent

Tempêtant

À tes tempes

 

Et la pluie

Dans tes yeux

Comme des larmes

 

C’est l’idéal moment

Pour dire

Que je te quitte

 

Mais

Sans ton parapluie

Je rentrerai trempé

 

parapluie-fleur-de-esschert-design-parapluie-pas-cher-livraison-rapide-de-gironde.jpg

 

E.A.

QUAND J’ÉTAIS POÈTE

– C’est si peu de la littérature que c’est de la littérature.

– Comprends pas. 

Daniel Fano (Comme un secret ninja, Le Castor Astral)

 

 

Préventivement

  

Lors de tes baisers

Je recueille ta salive

 

Lors de tes pleurs

Tes larmes

 

Lors de tes rhumes

Ta morve

 

Au cas où je tomberais

Fou amoureux de toi

 

d61a1b18380df79581ceda6be4397bcf.jpg

 

 

L’attentat

 

J’ai le bras long

Et des vues

Sur ton entrejambe

 

L’envie aussi

De te tirer les poils

De nez

 

Mais avant c’est l’heure

De mon attentat poétique

 

Je dépose un poème en boule

Sur le banc public

Où tu poseras les fesses

 

Tu le déroules

Comme un jour de fête

À l’instant rêvé

 

Pour lire ce vers

Qui te fera éternuer

 

young-woman-sitting-park-bench-book-autumn-reading-46057322.jpg

 

 

Les joueurs de blues

 

Les joueurs de blues

Font d’assez bons

Chasseurs de papillons

Pour autant qu’ils possèdent

Un grand filet à bourdons.

 

L’effet Doppler, à moi qui m’éloigne de ton centre

Me fait entendre

Tes cris d’amour à la périphérie de notre histoire

Sur des fréquences bien distinctes.

Ton orgasme se perd sur les longues ondes…

 

Dans ton autobiographie

Nulle part tu ne fais mention de mon nom

Par contre tu évoques abondamment Macron

Qui lorsque nous étions ensemble (il y a longtemps)

N’était encore rien pour nous.

 

Les mots de Sartre n’engagent plus comme jadis.

Bonjour Tristesse fait moins jaser.

Bien que Juliette joue les prolongations

Paris n’a plus la cotte de maille.

Les hauts et bas des filles font, eux, toujours rêver.

 

Carla ne renonce toujours pas à Nicolas.

Si j’étais président, je marierais une homosexuelle

Pour qu’on ne dise pas que j’ai fait un mariage d’intérêt.

Une lesbienne amoureuse d’une beauté africaine

Qui chanterait le blues mieux qu’Ella.

 

640_blues.jpg

 

 

Sur la tombe de Marilyn

 

Pendant que tu bats les blancs d’œufs

Je durcis ma coquille, je raffermis mon jaune.

Penser à ta peau pâle sous les coups du soleil

Me fait passer un bon dimanche.

 

Je rassemble dans un album

Toutes les photos de toi nue dans la cuisine.

Je te vois en Chinoise bouffeuse de riz cantonais

Face à une affiche de Mao bandant comme un taureau.

 

Quand le rasoir autour de ton sexe dessine des arabesques

Je crains autant que je désire une pointe de ton sang frais.

Rendez-nous la femme prise sous les roues de la Maserati 

Telle qu’elle était lovée sur le levier de changement de vitesse!

 

En prenant l’aviron sur le Lac Tahoé

Je plains les jonques à l’arrêt dans le port de Hong Kong.

Le grand singe pioche des bouts de cervelle

Dans le crâne d’une vache en s’étonnant de l’absence d’arêtes.

 

Sur la tombe de Marilyn je suis venu avec un pistolet

J’ai aligné les chiffres 0106192605081962 et j’ai tiré !

Avant que s’affiche le résultat j’étais déjà loin

Certain une fois de plus d’avoir perdu ma mise.

 

Pendant que les tirs atteignaient la tête sans surprise

L’écume des jours s’écoulait lentement sur le capot.

Le service de sécurité fit mine de pas voir tes seins

Qui pourtant s’étalaient sur le mobile lieu du crime.

 

Marilyn-Kennedy-07605.jpg

 

 

Quand j’étais poète

 

Quand j’étais poète, je te ligotais avec des fleurs d’orchidée

Et tu aimais mes césures à l’hémistiche, mes envolées bondagières

Sans griffer, tu caressais la main qui enserrait tes formes

Mettait en valeur fentes et renflements.

 

Tu n’étais pas avare de cris ni de pleurs.

Prise dans les liens tu faisais plus chienne qu’une meute de hyènes.

Les spectateurs conviés à la performance te découvraient par morceaux

Puis tu n’as plus aimé l’accrochage de tes beautés en puzzle

 

Au plus haut degré de mon désir de fragmentation.

Je t’ennuyais quand je te pinçais même pour rire

Quand je te tirais l’oreille, quand j’enlevais la ceinture de ton kimono

Quand je te traitais de tous les noms qui te donnaient auparavant du plaisir.

 

Tu disais des monstruosités sur mon compte, tu dénigrais mon travail.

Un jour tu as brûlé toutes mes cordes, tu as défait les noeuds, tu as pris le large.

J’ai appris depuis que tu ne te vêts plus que de robes de cuir, de combinaisons de latex

Qu’on ne voit plus ta nudité que sur les clichés que j’ai pris

 

Et qui circulent encore sous le manteau de l’hypocrite pudeur.

Que tu tiens donjon et que des êtres viennent chez toi pour souffrir.

Souffrir par toi, j’ai réfléchi à la question, physiquement je ne pourrais pas

La torture de ton départ m’a fait connaître le summum du pire.

 

Nous nous sommes revus comme si de rien n’était autour d’un thé au jasmin.

Maintenant que nous voilà amis, régulièrement tu m’adresses tes soumises

Celles qui te ressemblent, celles qui ont le rose de tes tétons et tes lèvres

Qui font par leurs plaintes, leur façon de se tordre, le plus penser à toi.

 

Mais je n’ai plus dans les doigts la dextérité passée,

Dans mes yeux la force de ton regard, dans les bras la force

De composer des odes aussi puissantes, des compositions aussi bien ficelées

Que lorsque sur ton génie je construisais mon art éphémère et terrible.

 

img_1733.jpg

POÈMES DU SANG QUI BAT

Le sang engendre des fantômes

Carlos Edmundo de Ory (Aérolithes 

Slow%2BSlidings%2Bof%2BPleasure%2B2.jpg

 

LE SANG QUI BAT

 

Le sang qui bat

bout

dans mes déveines

 

Le sang qui bat

blesse

les cœurs cadenassés

 

Le sang qui bat

taille

des roses de chair

 

Le sang qui bat

lance

des lames de lumière

 

Le sang qui bat

rit

comme l’éléphant pleure 

 

Le sang qui bat

guette

la néfaste bactérie

 

Le sang qui bat

rate

les sentiments rances

 

Le sanq qui bat

gare

à la voie fermée !

 

Le sang qui bat

you

and me for ever?

 

Le sang qui bat

tonne

comme l’orage éclair

 

Le sang qui bat

fouille

les fonds de langue

 

Le sang qui bat

bouche

les artères fémorales 

 

Le sang qui bat

lustre

le cuir des coeurs

Slow%2BSlidings%2Bof%2BPleasure%2B8.jpg

 

LA COUPURE

 

Avec la bouteille brisée

du songe

j’ai coupé

la racine

de ton regard

 

À partir de là

tu m’as vu trouble

légèrement rosé

comme si j’avais bu

à ta source

 

Il me restait

à taillader ta chair

en un endroit précis

pour échapper

au sentiment d’étanchéité

 

Du sang a coulé

de tes yeux

à mes mains

et j’ai ramassé

tes pupilles

 

Il me restait

à décrire

le crime

avec le tranchant

de ma plume

 

ad0f3972bec9972032c0a8e118e.jpg

 

L’IMAGE TEMPLE

 

Couchées

à demi-nues

dans la lumière

de l’aube

tes lèvres

 

Ont léché

le sang

de mes nuits

s’écoulant

entre tes rêves

 

l’image temple

du regard

que des prêtres

en soutane

contemplent

 

Et l’âme du miroir

brisé

s’ouvrant

sur l’autel

de tes hanches

 

D’où fuit

à jet continu

le sang

d’un vitrail

en feu

 

Capture-1.bmp

gliss.png 

glissements_progressifs_du_plaisir_successive_slidings_of_pleasure_1974_alain_robbe_grillet.jpg

32d7a1e5ecdabeb18169f6b76f3f1337.jpg

Les photogrammes sont tirés du film d’Alain Robbe-Grillet,

Glissements progressifs du plaisir (1974), avec Anicée Alvina.