poémacédoine

le poème peau de banane

le poème queue de cerise

le poème orange pressée

le poème mangue à l’eau

le poème kiwi ki asimines

le poème mûres mûres

le poème un peu brugnon

le poème qui fait grand fruit

celui qui fait amandes honorables

le poème qui a la pêche

le poème qui a cassis ses raisins

le poème zeste de citron

le poème tête de pomme

le poème en coing

et celui enfin en forme de poire

 

composeront un cocktail de vers 

pour tous les assoiffés

de poésie naturelle

trop souvent condamnés

au poème Danacol

 


 

 

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Le derrière

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Parce que les séries commencées à l’ouverture du blog viennent doucement à expiration, en voici une nouvelle, Les os ronds, évidemment inspirée des Oignons de Géo Norge. Elle n’a pas prétention à concurrencer l’originale et s’éloignera sans doute de son modèle au fil des textes postés.  


LE DERRIÈRE

La reine avait un beau derrière mais le roi ne voulait pas qu’on le voie. Un roi n’en est pas moins mari, ma foi. Mais  les rumeurs allèrent bon train comme quoi il n’était pas si beau que ça. Le roi organisa alors pour toute la cour une exhibition dans la salle des glaces qui fit grand éclat. Le résultat dépassa toutes les prévisions et le fou du roi pour faire retomber l’émoi  vint au bon moment fesser ce fessier royal. Le cul de la reine continua longtemps d’alimenter les conversations mondaines et le prestige du roi en fut rehaussé jusqu’au bout de son  règne.

Jean-Pierre VERHEGGEN

À Paul Eluard  (à propos de « Elle est debout sur mes paupières et ses cheveux sont dans les miens », in L’amoureuse)

Ce n’est pas pour m’immiscer dans votre vie privée, mon cher Eluard, mais prétendre que votre amoureuse est debout sur vos paupières, ça ne tient pas la route, mon vieux, ça manque d’assiette stabilisée, c’est la glisse assurée et la chute au ras des pâquerettes ! C’est fragile, vous savez, ce petit voile musculo-membraneux qui nous recouvre le globe oculaire ! C’est comme du papier cristal ou de la pâte feuilletée, ça se craquelle puis ça craque concrètement et patatras, votre amoureuse se retrouve dans les bégonias ! Quand bien même n’avalerait-elle que des biscottes et du jus de carotte ou serait-elle cheftaine-démonstratrice chez Weight Control, la question du poids reste entièrement posée ! À moins – mais il faudrait le préciser ! – que votre fiancée soit une Barbie ou une choupinette de ce genre-là ! Voire une poupée gonflable (mais là, je l’ai dit, votre intimité ne me regarde pas !). Quoiqu’il en soit  – si je poursuis de bien vous lire – on voit mal comment dans la même position – debout ! quasi au garde-à-vous ! – une nana normale pourrait arriver à mêler ses cheveux aux vôtres ? Ou alors c’est quoi, votre gonzesse ? Un mètre-ruban ? Une yogi-girl ? Une femme caoutchouc qui joue les femmes-serpent dans un cirque ? Une pliable-démontable en kit Ikea ? Imaginez ses contorsion, sa colonne vertébrale qui se brise pour vos beaux yeux, de manière irréversible, pauvre fille ! Au lieu d’exiger d’elle de telles acrobaties pour – finalement – voir sa petite culotte – car finalement  c’est de cela qu’il s’agit ! – n’était-il pas plus simple et beaucoup moins périlleux de lui demander qu’elle l’ôte devant vous, sans chichis et les deux pieds au sol !

 

J.-P. VERHEGGEN, Objections, chers poètes, in Sodome et Grammaire, Gallimard, 2008.

 

http://www.dailymotion.com/swf/x65s8x&v3=1&related=1


ELUARD + ARCHIVE

L’amoureuse

Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens,

Elle a la forme de mes mains,

Elle a la couleur de mes yeux,

Elle s’engloutit dans mon ombre

Comme une pierre sur le ciel.


Elle a toujours les yeux ouverts

Et ne me laisse pas dormir.

Ses rêves en pleine lumière

Font s’évaporer les soleils,

Me font rire, pleurer et rire,

Parler sans avoir rien à dire.


Paul ELUARD, in Capitale de la douleur, 1926 (Poésie/Gallimard)

ARCHIVE, Controlling crowds  (8ème album studio), 2009.

James CRUMLEY

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— Mon fils, commença-t-il sans s’embarrasser de préliminaires, ne va jamais faire confiance à quelqu’un qui ne boit pas. C’est probablement aussi quelqu’un qui se croit meilleur que les autres, quelqu’un qui croit tout savoir. Parmi ces gens-là, tu trouveras peut-être des hommes de bien, mais songe que c’est précisément au nom de ce bien qu’ils attirent bien des calamités sur le pauvre monde. Car ils se posent en juges et se mêlent toujours de ce qui ne les regarde pas. Méfie-toi particulièrement de ceux qui boivent en faisant bien attention de ne jamais se saouler ; la plupart du temps, ils agissent ainsi parce qu’ils redoutent de libérer ce qu’ils gardent en leur cœur. Ce peut être la lâcheté, la bêtise, la méchanceté ou la violence. Quoi qu’il en soit, il n’est pas bon d’accorder sa confiance à un homme qui se craint lui-même. Mais parfois fils, parfois, tu pourras faire confiance à celui qui s’agenouille devant une cuvette de WC. Il y a une chance pour qu’il prenne là une bonne leçon d’humilité, une chance qu’il comprenne la vanité de sa condition et qu’il apprenne à vivre en se supportant. Car, vois-tu, il n’est pas facile de se prendre au sérieux quand on est en train de cracher tripes et boyaux dans une vieille cuvette de WC toute sale.

Il resta une longue minute sans rien dire, puis ajouta :

— Et surtout, fils, prends bien garde de ne jamais faire confiance à un ivrogne, à moins de le trouver dans cette posture.

Quand je levai les yeux, je le vis qui souriait d’un sourire étrange, celui de l’homme qui vient d’entrevoir son avenir, et qui sait l’accepter sans se plaindre.

 

 

James CRUMLEY, Fausse piste, 10-18, 1997, 336-337. Traduction : Ata.

 

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choisi par Éric Dejaeger

Ses dernières parutions:

De l’art d’accomoder un prosateur cocu à la sauce poétique suivi de Règlement de compte à O.K. Poetry, Les éditions de La Gare, Vitry-sur-Seine, 2009

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Trashaïkus, Éditions du soir au matin, Merville, 2009

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On peut lire l’épisode n°82 de Maigros ici : 

http://fr.calameo.com/books/0000407255902e38b76c4

 

 

Gardien de bisons

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Métier quasi disparu depuis la furie massacreuse de Buffalo Bill. Heureusement il reste les Buffalo Grill où les gardiens de cinquième génération, recuits certes, peuvent surveiller de près le précieux barbecue.