LA MALADIE DE LA POÉSIE

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L’existence de ce poète était devenue un enfer. Sans cesse, il était en proie au démon de la poésie qui le faisait écrire à toute heure du jour et de la nuit. Il avait beau publier deux plaquettes par semaine, épuisant ses amis éditeurs, qui tombaient en burn-out les uns après les autres, il n’arrivait pas à contenir le flux. Sa tête, mais aussi tout son corps, était devenu le terrain de jeu des muses du monde littéraire.

C’est alors qu’il se décida à consulter… un expert en maladie de la poésie, qui s’était répandue à la faveur du net mais plus encore des réseaux sociaux. Secrètement, l’expert, ex-malade en sursis et ancien poète transnational, était payé par un subside spécial de L’Organe officiel des Lettres pour combattre le fléau, pour conférencer de classe en classe sur le sujet afin de mettre en garde l’étudiant lambda des dangers de la poésie sortant du cadre académique et scolaire.

Mais le cas qui nous occupe était un cas d’école, attirant l’observation des maladies psychiques d’un nouveau genre de toute la planète. C’est dire si notre expert était à cran, près lui-même de rechuter. Tout d’abord, il proposa à notre poète que nous appellerons tantôt Paul Verbaud, tantôt Arthur Rimlaine (pour brouiller un minimum les pistes) d’écrire un roman au long cours, histoire d’occuper les muses sollicitées jusque là à un seul job à une espèce de travail à la chaîne mais c’étaient des muses rebelles, comme souvent chez les poètes, ce qui favorise aussi, dans les démocratures (il en va autrement dans les dictamolles où il n’est pas rare de voir le Poète épouser avec force les idées du pouvoir en place), du moins l’accueil du poète auprès de ses congénères et, accessoirement, aux membres de la commission d’aide à l’écriture (animés comme il se doit de personnes ayant le cœur sur la main quand il s’agit de dispenser l’argent public en vue toutefois d’assurer son propre avancement sur l’échiquier littéraire).

Notre expert consulta dès lors ses collègues des autres pays, toutes les ressources possibles du net, et des nouveaux fonds furent débloqués mais en vain. L’Organe des Lettres, géolocalisé poétiquement, en accord avec les plus hautes autorités de la médecine psychiatrique de ce nouveau domaine décidèrent d’isoler le poète dans un environnement idoine, ce qui nécessita de nombreux investissements. L’effort était à la mesure du péril car il s’agissait surtout d’éviter que le mal se répandît à l’étranger car vu la masse innombrable de publications de Paul Verbaud (à moins que soit Arthur Rilaine), il y avait un risque statistique non nul qu’au moins une plaquette, un poème ne fût traduit dans un idiome quelconque.

Ses facultés mentales et son appréciation du réel étant depuis longtemps dérangées, on parvint à lui ménager une réplique parfaite du monde où il vivait sans qu’il s’en aperçût en lui faisant croire que ses réseaux sociaux et éditoriaux fonctionnaient parfaitement, qu’il publiait même de plus en plus.
Certes, sa vie continuait d’être un enfer, mais à ce stade de la menace, sciences, techniques et littéraires se devaient de s’allier pour trouver une solution, il fallait éviter l’épidémie, la déperdition d’une partie des intellectuels, au risque de provoquer  une rupture complète des activités mentales de l’aliéné, mais dans ce cas cette possibilité était vue comme une aubaine.

Du fait de son isolement complet, il ne nous parvient plus rien de ce poète maudit et l’organe officiel de L’Organe des Lettres, Les Spirales du Carnet, qui joue la transparence, histoire de noyer le poisson de la maladie dans le bain du littérairement correct, ne nous livre plus rien le concernant. Fort possible par ailleurs, vu sa capacité phénoménale d’adaptation, qu’Arthur Rilaine  (à moins qu’il s’agisse de Paul Verbaud) se soit réincarné, à l’insu de son avatar virtuel, en plusieurs nouveaux poètes bien réels qui, cela dit, se démarquent déjà par leur production abondante, un rien diabolique, inquiétant les autorités administratives en charge du fléau.

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UN CRITIQUE FRIGIDE

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Il faut pourtant que la critique se mêle toujours à l’éloge, le serpent aux fleurs, l’épine aux roses et la vérole au cul. 

Gustave FLAUBERT

 

Depuis une période indéterminée, ce critique ne trouve plus plaisir à lire.
Il se rappelle ses débuts tonitruants dans la critique littéraire où il n’était pas rare qu’il connût plusieurs orgasmes de lecture pendant une même journée. De l’aube au crépuscule en mordant sur ses nuits, il prenait son pied en lisant à tel point que les attachées de presse des maisons d’édition et la direction du journal qui l’employait s’inquiétaient de sa maigreur, de son visage creusé par la fatigue. Il mangeait et buvait peu mais il lisait comme jamais. Il avalait des livres et des livres dans une joie profuse. Il rendait compte de ses bonheurs de lecture dans des articles enjoués, bien tournés qui, à leur tour, généraient des lecteurs heureux, vifs, avides de lire. L’édition roulait sur l’or et les auteurs étaient fêtés comme des princes…

Aujourd’hui, il a beau se répéter, tel un mantra de Maitre Coué, « je vais jouir je vais jouir » en ouvrant un livre, chercher le point G du texte, varier les positions de lecture, il ne l’atteint plus. Son gland reste encapuchonné, sa bite molle, ses testicules pendants entre ses jambes de lecteur assis, irrémédiablement assis.

Alors qu’il voudrait symboliquement exhiber aux yeux de son lecteur une trique de taureau, écrire avec son foutre des articles enthousiastes, sa plume lui tombe des mains, le papier flétrit, se rabougrit, et finit en boule dans la corbeille.
Parfois encore (ne caricaturons pas le monde littéraire déjà bien accablé !), lors d’impatientes lectures, il approche dans des paragraphes ou des strophes rares, d’humides touffeurs jadis rencontrées à foison, il hume l’air du sexe du livre mais, le paragraphe suivant, la ligne d’après qui déraille, le vers subséquent qui part en couille, qui n’assume pas le suspens ménagé jusque-là, tous les espoirs mis en lui, il déchante, il débande et finit par cracher par terre plutôt qu’expédier sa semence dans un puissant (é)cri(t) de contentement. C’est l’insulte plutôt qui fuse : Littérature de merde ! Écrivains de mes deux ! Éditeurs à la noix !*

Les éditions raffinées le désespèrent comme une femme aux atours somptueux, à la peau d’une rare finesse, luisante sous les lumières, naturelle ou artificielle, aux pores comme autant de minuscules sexes, aux bijoux rares et aux parfums subtils qui, au lit (tous ses charmes étant lus), se révèle un glaçon, pur joyau, cela dit, d’une banquise en voie de disparition. Il aspire plutôt à un livre-souillon, aux pages tachetées de café, brunes de sueur séchée, mouchetées de loups de nez ou de moustiques-tigres inscrits dans le tissu du papier comme autant de fossiles d’une époque révolue et qui, la petite mais magnifique salope, se donnerait à lui comme jamais, extrayant son jus de critique comme le lait d’un pis plein jaillit dans la main tripoteuse et experte de la féminité lourde et odorante des vaches. Voire des pages manuscrites vierges encore de toute lecture, de toute interprétation critique…

Lui qui passait naguère pour un passeur de livres apprécié bouchonne dans les entournures, il attend le livre-Destop qui débouchera les tuyaux encombrés de visquosité, de déchets gros comme des étrons.
Alors, il se sert de substituts, il triche, il va rechercher des livres osés, d’anciens livres flairant, malgré les années passées, toujours le neuf, la novation (comme disait Barthes), le Nouveau (comme lançait Rimbaud) et non le rance, le resservi, le périmé depuis deux siècles, et il s’aide à la façon d’un gode ou d’un anneau pénien pour parvenir à l’acmé.

Mais le mélange des genres ou plutôt des époques ne lui réussit pas. C’est un pur critique, qui n’admet pas les mixtions. Même les miscellanées bien accomodées à la sauce du jour, s’il s’en trouvaient encore, ne le tireraient pas de sa léthargie. Même un seul vers parfaitement résonant, un aphorisme tourné vers les étoiles et non vers les bas-fonds du sens, même une phrase insolite qui aurait le goût du passé et d’un avenir meilleur jamais encore figuré pourrait dans un jaillissement lui apporter le bonheur à défaut de se faire sans cesse désiré.

Il le reconnaît, il est désormais un critique frigide, un lecteur acariâtre qui en est venu à éloigner le facteur en lui envoyant à la tête des livres de la veille de peur qu’il laisse tomber dans sa boîte un nouvel arrivage de livres sans saveur, ni odeur ni piquant ni piments malgré les appellation d’origines contrôlées, les quatrième de couverture alléchants, les critiques montées en épingle (quand le livre est une réédition) ou à venir (par les mots qui vont truffer les articles de presse écrits à la lumière d’un quelconque écran).

Tout est fade, morne, clean, cynique, destiné au recyclage ; l’indigence est le nouveau goût du monde.
Alors, il baise et s’abreuve d’images (à défaut de métaphores renversantes), il se disperse et pisse de la copie ; faut bien remplir sa carcasse de liquide pour que tout à l’intérieur baigne, glisse irrémédiablement vers une fin désormais providentielle.

Le livre est triste et j’ai connu toutes les femmes, dit-il en paraphrasant Mallarmé.

Certains soirs de malsaines beuveries, il se dit qu’il pourrait écrire de la fiction ou de la poésie mais il sait qu’il ne ferait qu’ajouter du non-bandant au sans relief existant. Il a au moins ça pour lui, la lucidité. Mais comme l’a écrit Char, c’est une blessure brûlante destinée à s’évaporer à l’approche du soleil, tel Icare, ce con ailé de la mythologie.
Il allume la télé ou son portable, il ouvre les journaux, il guette toujours le volume qui le délivrerait de son impuissance. La prescience de la rentrée littéraire le fait encore un rien vibrer ; il a l’espoir chevillé au corps ; c’est un vieux romantique, un cœur farci de guimauve. Il lui reste un grain d’espoir, qu’il finit par moudre dans le moulin des activités dérisoires qui nous tiennent lieu de vie, tel un fil cassé ne pouvant se défaire de sa dernière perle.

Puis il se dit qu’il y a de plus grands malheurs dans la vie littéraire comme le refus d’un énième manuscrit par un éditeur blasé ou d’un article par la direction du journal où filtrerait trop le désenchantement et il rit, il rit… d’un grand, d’un beau rire qui se résorbe dans un sanglot long.

La veille de la rentrée littéraire, le directeur de journal l’ayant appelé en vain sur son portable craignit le malheur annoncé et prévint la police qui se rendit à son domicile. On le trouva par terre près du sofa où il aimait encore à lire, la bouche encombrée jusqu’à la glotte de papier prémâché, qu’il avait enduit d’alcool pour mieux l’incorporer et formé de pages de ses quatre ou cinq livres préférés dont il avait composé un bol livresque mortel. On ne put pas bien distinguer la page de quel ouvrage lui avait finalement été fatal. On pense même qu’il fut surpris du sort de son geste et qu’il eût voulu vivre encore, regrettant dans un dernier spasme la littérature dont, au fond de lui, il avait n’avait pas totalement désespéré.

C’était le dernier signe, indistinct, certes, qu’il livra au monde des vivants que cette mort, interprétable désormais à l’infini, comme les plus beaux textes qu’il avait lus et sur lesquels il avait écrit des pages tout aussi admirables. C’est sur un ultime appel lancé aux écrivains, les seuls vrais amis de sa vie, qu’il a si bien servis, qu’il a décidé de faire ses adieux.

 

   * Les insultes ont été revues à la baisse de façon à ne pas heurter les acteurs du monde littéraire toujours susceptibles de lire, même après sa mort, ces propos et de salir ensuite la mémoire du critique disparu.

UN BON ROI

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Dans ce pays, le seul non-écrivain est roi. Le régime politique dudit pays est basé sur  le mérite. Autrement dit, le sujet le plus méritant hérite de la plus haute place du royaume et la conserve tant qu’il le demeure. C’est rare.

Comme tous les habitants de son pays, le roi a été écrivain et il a dû beaucoup travailler, franchir de nombreux échelons, passer des examens ardus, pour ne l’être plus. C’est un parcours inédit qui a été salué comme il se doit par l’octroi de la couronne.

Chaque semaine, le roi fait profiter de son expérience et reçoit en audience des écrivains qui, comme lui, voudraient pouvoir renoncer à l’écriture.

Bon prince, le roi a fait organiser partout dans le pays des ateliers de non écriture afin de sevrer le bon peuple de sa vilaine habitude qui confine, aux dires de certains spécialistes des pays étrangers, à une addiction ou une mode.

Comme tout haut dignitaire, il est entouré de nombreux conseillers et courtisans qui n’ont pas son excellence, des conseillers qui ne peuvent s’empêcher d’écrire ses discours et de l’abreuver de conseils sans conséquence.

Pas fou, le roi qui ne veut pas renoncer si vite au trône, prend soin à ce que de nombreux prix littéraires récompensent dignement tous les citoyens, sans exception, et à ce que chacun puisse publier sans difficulté le moindre ses écrits sans jamais rester oisif car, comme seul un roi sait, l’oisiveté est mère de toutes les convoitises.

LE COMITÉ DE LECTURE et autres histoires d’écrivains

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Le comité 

Le manuscrit était attendu par le comité de lecture.

Depuis des semaines il avait été annoncé par l’auteur qui le présentait comme son meilleur texte, celui que ses lecteurs réclamaient, celui que la postérité retiendrait…

Le comité exécuta le livre dans les grandes largeurs. Unanimement. C’était le soixantième que l’auteur adressait.

L’éditeur présenta avec ses hommages les conclusions du comité à l’auteur qui n’en prit pas ombrage : par retour de courriel, il lui fit son soixante-et-unième envoi.

 

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Les capteurs 

Cet éditeur au fait des nouvelles technologies fit truffer de nombreux capteurs  les livres qu’il publiait afin d’augmenter le chiffre de ventes de sa petite entreprise, au demeurant fort bas.

Ces capteurs le renseignaient sur les temps de lecture, la position et la vêture adoptée par le lecteur, l’intensité de son attention, la régularité de son flux émotionnel, son équipe de foot préférée, le bas montant de ses finances…

Ainsi l’éditeur put, en accord avec ses différents auteurs, produire des livres adaptés aux lecteurs potentiels de sa maison, des livres confinant à la perfection, visant à rencontrer les plus folles attentes du lecteur-roi.

L’opération réussit, les chiffres des ventes bondirent, les auteurs mis à contribution purent envisager les plus hauts postes de la hiérarchie littéraire de leur localité, l’éditeur accéder au poste de président de sa région. Les lecteurs étaient si ravis que plusieurs (y compris des politiciens disposant enfin d’un idéal à leur démesure) demandèrent leur retraite anticipée ou réclamèrent une pause-carrière afin de consacrer tout leur temps libre à lire,  lire, lire…

La demande fut si forte que les nouveaux éditeurs sur le marché firent désormais appel à des robots-écrivains plus performants et, il faut le reconnaître, bien plus créatifs. L’inconvénient, c’est qu’en séance de dédicaces, ils font la tronche, ils ne font pas de câlins à leurs lecteurs et ne les appellent pas par leur prénom. Un inconvénient, qui n’en doutons pas, sera vite levé par les ingénieurs concepteurs.

 

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Un dernier rire

On apprend avec bonheur que l’auteur de l’Éloge du rire ensemble, ce risible écrivain de la littérature smilegood s’est méchamment fendu la poire (après s’être payé une tranche) en s’écroulant de rire après avoir relu les épreuves de son dernier livre.

 

L’ÉCRIVAIN DE LA FAMILLE

555b5da341b10.jpg   Dans ce couple, l’écrivain, celui qui plastronnait, qui affichait ses publications, ses projets d’écriture, c’était l’homme. D’ailleurs, il était publié. De longue date et à profusion. Mais méfions-nous… l’écrivain n’est pas toujours celui qu’on croit.

   Un jour que son épouse trouva une heure de liberté (entre son boulot, le ménage, les courses, le jardinage, les finances familiales, la cuisine, le bricolage, ses charges de mère, de fille et de bru) elle commit sur son smartphone un aphorisme et sur sa tablette un poème et les trouva honnêtes. Elle les imprima sur l’imprimante de monsieur et les déposa sur son bureau. Il trouva l’aphorisme plaisant et le poème intéressant, et s’inquiéta de l’identité de leur auteur. La femme garda le silence.

   Une semaine plus tard, elle avait sa journée à disposition et elle tenta une nouvelle qu’elle ne méprisa pas. Elle le déposa sur le bureau de son conjoint qui la lut et s’interrogea. Elle observa ensuite qu’il avait fait sur le net une recherche à partir du titre…

   Un mois plus tard, elle avait écrit tout un récit. Le mari le lut d’une traite et le relut au lit, là  (au lilas aussi, qui trônait dans un vase printanier) où il n’emportait que les plus précieux auteurs. Il la questionna plus vivement ; elle demeurait de marbre. Un ami, une de tes amies ? s’enquit-il, sans espoir de réponse (il est entendu que toute statue se tue à se taire). 

   Un an après, sa femme avait écrit un roman et le déposa, selon une tradition désormais établie, sur le bureau du mari qui, depuis quelques mois, écrivait moins, et – il nous coûte de le dire – même plus du tout. Il se relisait sans cesse et se trouvait mauvais, il affectait une mine de revenu d’une remise de prix littéraires sans avoir obtenu le moindre livre de poche de consolation.  

   Cette fois, l’homme comprit sans avoir à demander. L’écrivaine de la famille, c’était elle, et rien qu’elle. Au fond, il n’avait écrit que pour l’empêcher de se réaliser en tant qu’écrivaine ; il se souvenant de quelques écrits de jeunesse de son épouse qu’elle lui avait montrés et qui surclassaient ses scribouillages du même âge.

   Quand il s’en ouvrit à elle, elle trouva les mots pour le rassurer : Mais ne t’en fais pas, je n’ai pas envie de publier sous mon nom. D’ailleurs, qui sait si je le pourrais l’être. Il est plus difficile de se faire publier quand on est un parfait inconnu, qu’on n’a pas une liste de publications, un réseau d’amis lettrés… Tu n’as qu’à publier le roman sous ton nom, tu n’as toujours été, sans vouloir te froisser, qu’un romancier commun. Je suis en train de terminer en secret un recueil de poèmes, tu pourras faire de même. Les gens seront heureux de découvrir que tu es aussi un poète de talent…

 

SCANDALE DU LIBRONIL: L’AFSCL COMMUNIQUE LES ISBN DES LIVRES À NE PAS CONSOMMER

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L’agence fédérale pour la sécurité de la chaîne du livre communique les premiers ISBN des livres à ne pas consommer et à ramener fissa en librairie.

Les critiques approuvés par la Promotion des Lettres ont observé qu’ils contiennent du libromil à un taux anormalement élevé.

Le consommateur peut poser toutes les questions au numéro gratuit 0800/13550 où une équipe de bibliothécaires stagiaires lui répondront.

Les livres de toutes les maisons d’édition n’ont pas encore été analysés tant certains exemplaires, publiés à un tirage confidentiel, demeurent introuvables. Il est demandé aux producteurs industriels de livres d’avancer, par mesure de prudence et dans l’intérêt des familles des lecteurs potentiellement touchés, la date prévue des pilonnages ou de s’associer dans le but d’un autodafé géant, par exemple, dans un parc local, ce qui donnera ainsi lieu à de réjouissantes festivités hautes en fumée.

Le consommateur peut identifier les livres faisant l’objet du rappel via les codes suivants : 978-2-746-123498-7 ; 978-2-090347-98-4 ; 978-2-678-123987-0 ; 978-2-096-478059 ; 978-2-111112-808-3 ;978-2-653089-63-1 ; 978-7-122368-67-4 ; 978-2-469377-92-3 ; 978-2-459671-91-9 ; 978-5-198745-12-2 ; 978-2-534879-77-1 ;978-2-450929-22-3 ; 978-2-194287-88-5 ; 978-2-777756-18-4 ; 978-2-295848-91-3 ; 978-7-930358-81-7.

Si le lecteur imprudent, trop confiant en la littérature bon marché, en a consommé, le lecteur observera rapidement les effets suivants :

  • Une vision altérée de l’espace environnant et de ses relations sociales – vécues sur un mode idyllique ;
  • Un regard angélique sur la marche du monde et les possibilités candides de la modifier ;
  • Une altération de ses facultés mentales (quelles qu’aient été au préalable son Q.I.) ;
  • Une exaspération accrue aux ennuis du quotidien se manifestant par des statuts ou des tweets énervés accompagnés de panneaux préimprimés ;
  • Une accoutumance de plus en plus marquée à la littérature Jeunesse, à l’Heroïc fantasy, à la peinture maritime, à la poésie des sentiments…

L’équipe de première intervention suggère quelques mesures à prendre, les premiers soins à prodiguer en cas de contamination au libronil :

  • Faire lire au contaminé, à dose homéopathique, du Claude Simon, du Hegel, du Heidegger, du Deleuze & Guattari, le Pentateuque, le Bhagavad-Gida…  ;
  • Menacer (« Soigner le mal par le mal ») de lui faire lire du Nothomb, du Pancol, du Musso, du Delacourt, de l’Onfray, du poète régional certifié génie en herbe bio ;
  • Le déconnecter illico des réseaux numériques et l’éloigner des catéchumènes sociaux qui récoltent des likes au kilo ;
  • L’abonner à un journal, quel qu’il soit, malgré le discredit jeté par quelques-un(e)s sur la profession…

Toute autre proposition qui demeure dans les limites – malheureusement – fixées par la loi (comme, par exemple de les euthanasier) est la bienvenue. Même si les observations faites sur des milliers d’individus contaminés ont montré que le risque de guérison est minime voire inexistant. 

L’AFSCL préconise au consommateur (au Q.I.) moyen d’éviter d’acheter leurs livres au supermarché car ce sont ceux qui contiennent le plus de perturbateurs neuronaux. 

 

PARCOURS D’UNE POÉTESSE SUPERSTAR

0270524549a7dc832f5ce122e8706aa9--fabric-toys-handmade-toys.jpgCette poétesse glamour que tout le monde littéraire reconnaîtra possède à près de vingt-cinq ans une attrayante bibliographie.

Son premier recueil, L’hiver l’hygiène, avec une préface d’Yves St Namur, reçut à quinze ans à peine le Prix Lolita.

Son second, Gloss mon amour, postfarcé par Jan Buccal, reçut à la fois le Prix du Baiser de Rodin et le Prix des Lèvres nues.

Puis il y eut Mascara manganèse, dont un exemplaire dédicacé à Marcel Morose, mis aux enchères avec un prix de départ de 12 € a finalement été enlevé pour la somme fabuleuse de 13,20 € par un collectionneur de dédicaces littéraires.

Paupières miroir, son recueil écrit à l’eye liner et précalligraphié par François Cheng a servi au cours d’une performance d’œil de pommes de terre crevé par le cultivateur d’art Patrice Ferrasse relayée en direct sur sa page Facebook.

Chanel tu me tues, a été encensé (au premier sens du terme) par la petite nièce de l’ex-plus proche voisine de Marguerite Duras à Neauphle-le-Château.

Peau d’Hermès, avec un non préface de Cristina Cordula, relate une année sans fond de teint ni rouge à lèvres, est sa première incursion dans le genre du Journal sans cosmétique, très couru des hommes et femmes sans fard.

Les masques de beauté, son anthologie, parue pour son vingtième anniversaire, est son plus grand succès à ce jour. Il a été publié à 50 exemplaires et réédité trois fois.

Son précédent ouvrage, Plug banal, a choqué une partie de ses lectrices et réjoui un partie des lecteurs, lui ouvrant ainsi un nouveau lectorat d’autant plus que son éditeur (en passe d’être diffusé par une grande enseigne de parfumerie parisienne), pour faire postmoderne, a réduit tous les vers à deux mots (voire deux lettres) et remplacé tous les et, fort lourds, en effet, par des « & », carrément volatils. Si bien que l’ouvrage de poésie verticale (voire abyssale) atteint quand même 2428 pages (sans l’appareil critique et les pages de sponsoring).

Son dernier ouvrage, Coco Câline rouge et noire, heureusement plus posé dans la forme et aux vers bicolore d’un bel effet pouvant se chanter avec un minimum d’accords et sans le moindre engagement sartrien sur un vulgaire ukulélé, est dédié à Julien Sorel Doré. Il  fait partie des meilleures ventes de poésie parfumée au drugstore de mon quartier. La vidéo de sa lecture scandée par Serge Pey en grande forme pédopoétique a depuis sa sonorisation été vue douze fois (dont dix fois par moi, dans le cadre de cette humble recension).