ÇA RACONTE SARAH de PAULINE DELABROY-ALLARD, une chronique de Jean-Pierre Legrand

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Jean-Pierre LEGRAND

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Latence : « c’est le temps qu’il y a entre deux grands moments importants ».
Précisément ce que vit la narratrice de ce très beau premier roman de Pauline Delabroy Allard. Quittée du jour au lendemain par le père de sa petite fille, elle s’applique désormais à vivre la vie sans la vivre vraiment. Un compagnon dont ne saurons jamais le nom n’est guère plus qu’un figurant commode dans cet espace déserté par l’amour. Bonne mère, bonne fille, jeune professeur attentionnée la suite des jours est « un long tunnel sans surprise, sans mystère ».

Survient Sarah : elle est violoniste, joue dans un d’un quatuor. « Elle parle fort, rit beaucoup, est drôle à sa façon (…). Elle n’a rien à foutre des convenances et de la bienséance. Elle est vivante ».

Elles s’aiment d’un amour passionné qui  permet tout, renverse, abolit, accomplit, meurtrit, dévaste, dévore, exalte et  désespère, tout cela à la fois.

« Passion : Du latin patior, éprouver, endurer, souffrir. Substantif féminin. Avec une idée de la durée, de la souffrance ou de succession de souffrances : action de souffrir. Avec une idée de démesure, d’exagération, d’intensité : amour considéré comme une inclination irrésistible et violente, porté à un seul objet , dégénérant parfois en obsession (…) ».

Sarah, « son nez abrupt d’oiseau rare, ses yeux d’une couleur inouïe » vit sur le mode « con fuoco » comme indiqué sur cette partition de l’octuor de Mendelssohn que la narratrice écoute, écoute encore. Sarah donne sens à la vie tout en la confisquant tout entière. C’est une sorcière. Elle donne sens au monde et est le monde : la vie entière semble se résorber en elle et se vider de son sens lorsqu’elle s’absente emportant avec elle la musique du monde. Sans elle, Paris est grise comme un cadavre.

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Pauline DELABROY-ALLARD

L’écriture court vive, légère et précise parfois heurtée et violente ; elle suit au plus près cette passion exclusive, décrit l’extraordinaire inflation qui l’accompagne, tout ce qui n’est pas elle perdant toute valeur. Les noms s’effacent. La narratrice n’est jamais nommée ; le Compagnon, l’Enfant, les Amis ne sont que des silhouettes entraperçues : ils participent d’un décor dont les deux amantes  n’ont d’autre jouissance que de s’en abstraire, sur la pointe de leur être fusionnel. Petite trouvaille : Sarah habite le quartier des Lilas, ces lilas dont le langage symbolique évoque toutes les nuances de l’amour et aussi sa fin. « J’étais fleur, je suis cité ».

« Elle me dévore. Elle a tout le temps envie de me faire l’amour. Elle provoque des disputes de plus en plus violentes. Elle me mord.  (…) Parfois elle devient folle. Folle de rage, puis folle de chagrin. Elle se met à hurler, se jette sur moi, me griffe le visage avec, sur le sien, un air monstrueux ».

L’intensité entre ces deux êtres est décidément trop forte. Alors un soir « elle dit à la tienne mon amour. Puis elle devient sombre. Elle veut arrêter cette histoire. Elle dit je ne veux plus avoir de tes nouvelles ».

Quelques semaines plus tard Sarah se découvre atteinte d’un cancer.

Tout se passe comme si cette maladie redoublait physiquement la mort  dont on pressent cet amour furieux, constamment menacé. Ne pouvant le supporter, la narratrice s’éloigne et gagne Milan, puis, au hasard d’une rencontre, Trieste.

C’est la deuxième partie du roman. Systole, diastole. Tout s’inverse. Les gens que l’on rencontre ont un nom et le  visage du monde semble reprendre des couleurs.

« Au milieu des façades de toutes les couleurs, la joie pourtant ne me quitte pas. Le soleil rebondit partout, traverse chaque ruelle, et la mer, la mer est toujours là, au bout des rues, à l’arrivée de tous les chemins, des sens uniques vers l’odeur d’iode ».

Plus loin, un petit port naval désaffecté, avec au milieu des hangars, un vieux banc bleu pâle tourné vers la mer, rassurante et lointaine. Nous sommes sur une ligne de faille du temps  qui laisse entrevoir la résurgence de sources oubliées.

« Si je reviens, si je parviens à rentrer il ne faudra jamais oublier cette enfance retrouvée, ici, à Trieste ».

Mais rentre-t-on jamais lorsque le seul endroit où aller est le temps retrouvé de l’enfance ?

Le livre sur le site des Editions de Minuit

 

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PAUL, JE M’APPELLE PAUL de LORENZO CECCHI, une lecture de Jean-Pierre LEGRAND

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Jean-Pierre LEGRAND

 

Cela commence comme un bon vieux Raymond Chandler. Jean-Luc Jandrain, journaliste, est contacté par un mystérieux correspondant qui lui fixe un étrange rendez-vous au Soleil, un bar d’Uccle. Poussé par la curiosité mais aussi l’argent facilement gagné, notre journaliste répond à l’invitation.

Le jour dit, sa vie bascule : l’homme mystère n’est autre que Paul Vanderbrug, Ministre d’Etat, surnommé le Crocodile et mieux connu encore sous le nom de VDB. Il se présente comme le demi-frère de Jandrain et lui propose un marché inattendu : ils se verront à intervalles réguliers, VDB racontera, Jandrain écrira ; en sortira l’histoire intime de sa vie, de leur vie…

L’histoire commence mal. Une vieille ferme du côté de Marcinelle. La porte est entr’ouverte. Un policier nous attend, nous le suivons. Il entre: la mort est là ; on la reconnait à son silence. « Le silence de la mort est spécial, à nul autre pareil ». Ici, j’abandonne quelques instants la page lue, lève les yeux, le regard perdu dans le vague des souvenirs douloureux. Ce silence, je le connais et c’est la première fois que je le retrouve, noté aussi précisément que sur la portée d’une partition. Magie du texte : quelques mots simples mais justes vous transportent dans une autre réalité.

Toute la famille qui vit là a été décimée : la faute à un poêle au charbon qui tirait mal, enfin c’est ce que l’on croit. Un seul survivant : le petit Paul, véritable miraculé. Dans une lumière irréelle avec tout autour « des fleurs, des millions de fleurs noyées dans le jaune et l’argent », en route vers le paradis des enfants, il s’échappe de justesse avec dans l’oreille, lancinante, belle et tragique, la voix de sa mère qui lui crie de fuir et surtout « Dis leur que tu t’appelles Paul ».

Paul est alors recueilli par « tante Armelle ». Elle habite à Liège, rue Varin, dans ce quartier, où comme à Ostende « y‘a des vitrines / Remplies de présences féminines ». Tante Armelle est entre deux âges, plus très fraîche, un parfum sucré qui ne masque pas totalement un relent « de bouillon rance ». La tante Armelle est donc maquerelle, tôlière. « À la colle » avec tonton Arsène qui crache ses poumons – rapport au travail obligatoire chez les Schleus – elle est la patronne du Cupidon et de ses deux prostituées, Dolores et Mercedes. Celle-là, c’est la Francine ; Mercedes c’est son pseudo, son nom de scène « comme en usent les artistes car satisfaire l’homme est un art, sûr que c’est de l’art, Monsieur Arsène, qu’elle gueule en pointant son doigt sur la maigre poitrine du poitrinaire. « « Mercedes », ça évoque l’Amérique du sud, la fièvre des tropiques qu’elle explique, les tangos de Carlos Gardel et aussi de Tino Rossi ».

Tante Armelle règne sur tout son petit monde, prodigue au petit Paul une éducation « toute en baffes et en prudence » mais beaucoup aussi de cette tendresse contenue dans ces cœurs simples. Il y a chez elle de la Félicité de Flaubert : belle jeune fille folle amoureuse de Marcel qui l’abandonne, elle est devenue cette vieille gargouille au vieux cœur secrètement chaviré et qui craint Dieu, ce vieux  papa compréhensif mais grave.

« Dans le boudoir est accroché un crucifix. Pas question pour elle de le décrocher malgré les rouspétances des filles et de certains clients que ça gêne parfois. Armelle se signe aussi quand elle reçoit l’argent des passes. Pour elle, c’est le Ciel qui lui envoie des présents. »

Paul se dénoue progressivement, fait de belles rencontres comme cet instituteur qui croit en lui, et voudrait qu’il poursuive ses études. Mais tante Armelle s’y oppose : elle vit depuis trop longtemps de sexe et d’eau froide pour se laisser aller à cette rêverie d’intello. Paul aura donc un métier, un vrai : il sera boucher-charcutier. Occasion d’une autre belle rencontre avec Lucien chez qui il fait son stage. Marié à la jolie Léa qu’il ne touche guère et pour cause – il est à « voile et à vapeur » -, il se meurt d’amour pour Paul dont il feint d’ignorer les ébats torrides avec sa femme. Léa sait ce qu’elle veut : elle mènera Paul vers les sommets goûtant avec lui ce bâton de maréchal des femmes de l’époque : la réussite par procuration.

Progressant au rythme alterné du témoignage et de la narration, le livre de Lorenzo Cecchi, dans une langue drue, savoureuse et percutante, ressuscite tout un petit peuple humble et volontaire, le monde révolu des épiceries Courthéoux, des souvenirs de  la guerre contre les schleus et des pastilles Valda.

On sourit au détour d’une page, on rit même mais, quelques fois, le cœur se serre : la mort d’Arsène, puis celle de ce fils que Paul n’a pas vu grandir et dont il se rapprochait, le souvenir lancinant du premier amour, la tendresse jamais retrouvée des premiers baisers.

Au soir de sa vie, Paul, donc, se raconte et se retourne sur son parcours. A-t-il vraiment aimé ? Cela avait-il du sens, qu’a-t-il vraiment décidé ? Paul a-t-il accompli Paul ? Monte cette question qui se pose à tous :

« Quand sur la ville
Tombe la pluie
Et qu’on s’demande
Si c’est utile
Et puis surtout
Si ça vaut l’coup
Si ça vaut l’coup
D’vivre sa vie !.. »

Le roman sur le site de l’éditeur 

LORENZO CECCHI sur le site de l’éditeur

 

LES MOTS DE RUSSIE d’ISABELLE BIELECKI, une lecture de Jean-Pierre LEGRAND

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Jean-Pierre LEGRAND

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« Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles La blanche Ophélia flotte comme un grand lys, Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles… On entend dans les bois lointains des hallalis ».

Ces vers de Rimbaud pourraient être placés en exergue de la belle autofiction d’Isabelle Bielecki « Les mots de Russie » :

« il me semble, écrit en effet l’auteur, que pendant des années, sous son terrible regard, je me suis forcée à ne pas penser. Que penser était mal. Que dormir était plus souhaitable m’assoupir moins dommageable, et que flotter, telle Ophélie, entre nulle part et ailleurs, m’apporterait plus de bonheur que penser ».

Le terrible regard est celui d’Eva, sa mère : jeune polonaise déportée dans un camp de travail en Allemagne ; elle y a connu toutes les dépravations, le viol et cette forme de prostitution tragique qu’est la vie sauve au prix de ses faveurs. Comme les autres rescapés, elle a survécu parce qu’elle était plus forte et que « la honte ne lui a pas brisé la nuque ». Au sortir de la guerre, l’âme en mille morceaux, elle donne le change : « plutôt étouffer que se souvenir ; crever que se rendre ». Elle est revenue de là-bas apparemment très droite, très fière, le regard provocant, d’une sensuelle et vénéneuse beauté. Mais « elle a emprisonné son corps dans un étau, un véritable sarcophage ». Toutefois, il y a l’enfant, Elizabeth ; va-t-elle s’attendrir, revenir enfin du pays de l’horreur ? Non ; « une femme avilie ne craint-elle pas jusqu’au regard d’un innocent ? »

Et puis, il y a Victor. Un Russe, soldat de Staline, père tendrement aimé et dont la voix aux sonorités chantantes fait surgir dans l’imaginaire de la petite fille ces hivers russes qu’elle retrouvera plus tard dans Pouchkine : « Imagine-toi me dit-il une poussière blanche jusqu’à l’infini. Tu crois que c’est la neige qui tombe, mais non, c’est tout le firmament qui croule. Cela t’entre sous le képi, la vareuse, dans les yeux, la bouche, et tu dois rester là sans broncher. Tu es de garde et tu scrutes l’horizon. Mais quel horizon ? Il n’y a plus ni ciel, ni terre ». Au-delà des blanches immensités, c’est pourtant l’ombre aveugle qui guette, attendant sa proie. Fait prisonnier Victor est déporté dans un camp de concentration dont il réchappe. C’est dans un camp de transit qu’il connaîtra Eva. Survivant de l’horreur, de lourds secrets semblent sans cesse le tirer vers les abîmes dont il est sorti. Nul ne sort de cet enfer totalement innocent.

Petite fleur délicate éclose sur les terres empoisonnées des camps, Elizabeth grandit au milieu des coups, terrorisée par sa mère, partagée entre l’admiration inquiète qu’elle éprouve pour son père et l’effroi face à cette rédemption qu’il attend d’elle : « Comme je voudrais que tu écrives. J’en serais fou de joie. Sur nous, sur elle, comme elle t’a fait souffrir. Mais seulement en russe, pour que tous sachent qui j’ai été et ce qu’elle a été ». A l’insécurité des camps qu’ont connue ses parents, succède pour Elizabeth, une pernicieuse insécurité affective.

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Isabelle Bielecki

Un jour, à la mort de son père – ou alors était-ce bien avant -, Elizabeth souffre d’amnésie. Des pans entiers de son existence rejoignent l’ombre épaisse d’un passé qui s’est obstiné à détruire le présent. Les mots aussi s’évanouissent, pris dans les tourbillons d’une brise venue du gouffre : les mots russes, ceux de l’histoire du père sont les premiers à s’estomper. Les mots français les suivent ; avec eux, c’est le vocabulaire du rêve qui se tarit, et, dans leur sillage ce parfum d’amour que la jeune Elizabeth aimait respirer dans les romans français détestés du père. Reste l’anglais : la langue du travail. Comme si tout l’être d’Elizabeth se résorbait au plus profond d’elle-même : elle ne vit plus qu’en surface. Tout disparaît sauf trois souvenirs : deux fugues et la mort du père. Trois souvenirs que relient « un trou noir, sans parois, sans fond, où il m’arrivait de descendre et descendre toujours, avec l’envie de remonter pour revoir la lumière, sans pouvoir distinguer le haut du bas et où, quelques fois, en échos, me parvenaient des voix menaçantes, sans que je parvienne à saisir ce qu’elles disaient ».

L’amnésie durera plus de vingt ans. Une thérapie et surtout l’écriture vont lentement combler les vides, relier entre elles des bribes de conversations oubliées, des souvenirs mutilés, un peu d’enfance préservée.

Cette résurgence de l’être n’est pas sans douleur ; elle a pour prix une grande souffrance nourrie d’angoisse:

« …les mots et les souvenirs continuaient à tomber. De plus en plus drus, de plus en plus blessants. Et toujours de la même manière. Ils commençaient par secouer ma torpeur, en tirant, en poussant, en se débattant. Puis, quand ils arrivaient enfin à décoller de l’oubli, ils montaient à l’assaut de ma conscience. Combien de temps pour que les mots arrivent à destination ? Mystère. Je ne pouvais ni refouler ni accélérer le processus. Une fois libre, ils montaient et brûlaient de l’intérieure celle qui avait oublié. Pour que jamais plus elle n’oublie ».

«Les mots de Russie » sont un très beau livre. Alors qu’on dispose du témoignage de plusieurs rescapés des camps (Primo Levi, Robert Antelme,…), il est plus rare de lire les dévastations de ce cauchemar sur leurs descendants directs. Comment donner à un enfant la confiance dans le lendemain et les beautés fécondes de l’amour si on a toujours dans le regard les flammes de l’incendie qui a tout dévasté à l’intérieur de soi ? .J’ai compris, écrit Isabelle Bieleki, que « la guerre les avait tous transformés en monstre, lui ; ma mère et les autres, les bourreaux autant que les victimes. Que le prix de la survie passe par la monstruosité ».

La justesse de ton saisit dès les premières phrases lues. L’accord entre le style et le propos donne d’emblée la mesure de la sincérité de l’auteur et du cheminement qu’elle nous invite à revivre avec elle. Le livre va bien au-delà du témoignage. C’est en fait une véritable autofiction extrêmement bien construite et qui entrelace toutes les dimensions de la temporalité. Transcendant un vécu personnel, Isabelle Bielecki écrit une œuvre d’une grande intensité, à dimension universelle dans laquelle, passant alternativement du rôle de victime à celui de spectatrice puis de narratrice, elle interroge deux destins brisés qu’ont croisé les fureurs du siècle.

Ce livre m’a également touché pour une raison toute personnelle. En 1942, ma mère a six ans. Elle est l’aînée de quatre enfants. Un jour de septembre, à six heures du matin, la Gestapo enfonce la porte de la maison familiale et arrête son père. Il est déporté dans un camp de concentration. Elle ne le reverra jamais. Il meurt sur les bas-côtés d’une route d’Allemagne, lors de l’évacuation de son camp sur le point d’être libéré par les troupes américaines. A son tout début, la vie de ma mère est déjà fracassée. Ce drame retentira sur toute son existence, lui inspirera quelques mauvais choix qui ajouteront encore au malheur et souvent, la feront pleurer. Longtemps, sans que j’en aie vraiment conscience, il marquera aussi ma vie et mes rapports avec ma mère. C’est en lisant Aragon et en découvrant cette si touchante Bérénice que je comprendrai :

« Elle parle de son père. De ce père étranger qui jamais n’a trouvé le chemin de son cœur. (…) Elle parle de son père qui lui a appris toute petite, ce que c’est que d’être malheureux. Et qu’elle a détesté pour cela. Et peut-être qu’elle a aimé pour cela ».

Je crois que pendant longtemps, j’en ai voulu à ma mère de cette ombre jetée sur ma vie.

Le livre sur le site des Editions E.M.E.

Isabelle BIELECKI sur le site de l’AEB

LES COMPLICES de GEORGES SIMENON, une lecture de Jean-Pierre Legrand

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Jean-Pierre LEGRAND

Outre les célèbres “Maigret”, Simenon a écrit de nombreux autres romans dont certains  sont peu connus. Celui-ci – Les complices – mérite qu’on s’y attache. D’une construction simple mais parfaite, il pousse assez loin l’analyse psychologique de son personnage principal. C’est également une nouvelle fois l’occasion pour l’auteur de nous décrire la société d’une petite ville de province et surtout sa classe moyenne dont souvent il choisit des spécimens issus de milieux modestes dont un ancêtre proche – un père,  un grand-père –  parfois simple ouvrier, a fondé l’affaire qui, faisant ensuite la prospérité de la famille, hisse ses membres  au rang des notabilités locales.

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Le roman nous plonge d’emblée dans le sujet, de manière très cinématographique.

Joseph Lambert  héritier avec son frère de l’entreprise fondée par son  père est au volant de sa 11 chevaux noire.  Il descend la route sinueuse de la Grande côte. A côté de lui, Edmonde, sa secrétaire et maîtresse. Tout en conduisant d’une main, il la lutine de l’autre. La voiture se déporte ; un bus ramenant des enfants d’une colonie de vacances  surgit en sens inverse et klaxonne. Lambert ne réagit pas.  Dans une manœuvre désespérée le chauffeur du bus perd le contrôle de son véhicule. Le bus percute le mur d’une propriété et prend feu. Lambert poursuit sa route sans secourir les occupants du bus qui périssent tous, à l’exception d’une petite fille, grièvement brûlée.

Les ingrédients traditionnels du drame simenonien  sont présents : un événement sordide fait basculer la vie d’un homme en apparence ni meilleur ni pire que les autres.

Commence pour Lambert le temps de l’attente d’une arrestation inévitable, sa voiture, d’un modèle rare dans la région, ayant été aperçue par des témoins proches de l’accident.

Cette attente est le vrai sujet du roman, voire presque un personnage tant elle révèle  Lambert à lui-même. Dans ce roman comme dans plusieurs autres, Simenon est plus proche qu’on ne le pense souvent des grands courants littéraires ou philosophiques de son époque. Ainsi, soupesant les chances qu’il a de s’en sortir, Lambert s’interroge : « Que risquait-il ? La prison ? Est-ce que ses soirées en tête à tête avec Nicole lui manqueraient tellement ? Les bridges de fin d’après-midi au café Riche n’étaient pas non plus sans l’écœurer et, la preuve, c’est que de temps en temps il éprouvait le besoin de faire un éclat ». L’absurde n’est pas loin.

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Dans cette petite ville de province, l’enfer c’est les autres ; l’enfer c’est l’existence.
Il faut s’en échapper, comme cette fois déjà où, tout jeune garçon, en plein été, sous l’effet de trop de calmants pris pour une rage de dent, engourdi par la chaleur, allongé dans un transat, sous l’emprise hypnotique des jeux d’ombres et de lumière  filtrés par les feuillages caressés d’une brise tiède, « il continuait à sentir la douleur (…) mais elle ne méritait plus le nom de douleur, transformée en plaisir, en une sorte de volupté ». Sur la pointe du temps, il croit pouvoir apprivoiser cette vague molle qui l’emporte dans un monde merveilleux, mais la voix de sa mère le sort de son engourdissement. L’angoisse de l’attente fait resurgir, comme un doux poison, la nostalgie de cette grâce.

S’échapper comme Edmonde au visage lisse et sans expression dans la jouissance , se croyant seule et se masturbant sur sa chaise de bureau ; comme son jeune frère Fernand, si efféminé, parti à Paris et jamais revenu ;  comme ses camarades de bistro fuyant à la surface d’eux-mêmes ; comme Nédelec, son partenaire de bridge depuis si longtemps et dont il ignore pourtant  que la fille est simple d’esprit et nymphomane et qui s’épanche dans les bras de Léa, une prostituée que fréquente aussi Lambert ; s’échapper aussi comme Nicole son épouse en apparence si rigide dans ses certitudes de petite bourgeoise.

Dans ce monde, personne ne semble adhérer à soi-même. Partout triomphe l’universel dégoût. Les victimes elles-mêmes sont méprisables. Ainsi le père de la petite Gorre, seule survivante de l’accident et qui lutte contre la mort : c’est un « veuf, encore très jeune, avec des yeux doux, un visage de faible sur qui s’acharne le malheur ».

Lui, Lambert, il n’est pas coupable. Il a été le jouet d’une fatalité. Insupportable d’être emmené, encadré de deux policiers, croisant le regard triste et indulgent de sa femme.

Il faut fuir, s’échapper, toujours, encore, enfin. Il se tire une balle dans la tête.

Le roman sur le site du Livre de poche

Un site consacré à SIMENON

 

LE MONARQUE DES OMBRES de JAVIER CERCAS, une chronique de Jean-Pierre LEGRAND

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Jean-Pierre LEGRAND

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Le 21 septembre 1938, Manuel Mena, oncle paternel de la mère de Javier Cercas  – et donc grand-oncle de l’écrivain -, meurt à l’âge de 19 ans lors de la bataille de l’Ebre, décisive dans le cours de la guerre civile espagnole. Fervent franquiste ou du moins ardent phalangiste, il est alors sous-lieutenant au sein d’une unité de choc, le 1er tabor de tirailleurs d’Ifni. Appartenant à titre posthume au clan des vainqueurs, le jeune Manuel s’installe dans la mémoire familiale comme un héros d’Homère, une sorte d’Achille à la vie courte mais couronnée par une belle mort :

« la mort d’un jeune homme noble et pur qui, tel Achille dans l’Iliade, fit montre de sa noblesse et de sa pureté en jouant son va-tout tandis qu’il lutte en première ligne pour des valeurs qui le dépassent. »

Pour la génération qui le suit et singulièrement pour son petit neveu Javier Cercas le héros homérique se mue en un paradigme de l’héritage le plus accablant de la famille, lesté du passif fasciste de Manuel mais aussi de tout le passé politique de la famille.

Devenu écrivain, Javier Cercas hésite longuement à écrire sur ce personnage encombrant. Il hésite sur la démarche : faut-il s’en tenir à la stricte réalité et faire œuvre d’historien ou de journaliste ? : Faut-il inventer une fiction à partir des faits réels ou, autre solution, convient-il de mêler les deux genres ?

Comme souvent avec Javier Cercas, la solution narrative choisie est originale : « Le monarque des ombres » mêle deux voix, celle de l’historien qui écrit le parcours d’un homme et celle du romancier qui enquête en vue d’un hypothétique roman qui s’écrit sous nos yeux en un astucieux contrepoint.

Au départ les deux lignes mélodiques sont très divergentes. Dans la seule photo qui subsiste  de Manuel Mena posant en uniforme d’apparat, le romancier voit un visage d’enfant, tout au plus d’adolescent et « quant aux yeux, ils ne sont pas tournés vers l’objectif et ne paraissent regarder personne ». La vision de l’historien, gauchie par son point de vue rétrospectif, laisse percevoir « dans son regard direct et sa bouche circonflexe une lueur antipathique de sa suffisance d’impitoyable sale gosse ».

Au fil des pages, les deux voix de ce qui demeure un roman, vont se rapprocher et parfois se croiser, passant dans un même chapitre de la troisième personne de l’historien au « je «  du romancier.
Dans cette dynamique contrapuntique qui donne son rythme au roman, la démarche de départ semble s’ouvrir à de nouvelles perspectives qui, progressivement, dépassent l’objet premier de l’enquête. Tout empêtré dans la légende familiale, la honte et la culpabilité, au départ  il s’agissait pour le narrateur-romancier  de comprendre pourquoi un jeune homme généreux et enthousiaste, noble et pur, a-t-il pu lutter pour une aussi mauvaise cause. Qu’avait-il en tête ? Qui l’a poussé ?

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Javier CERCAS

Les lecteurs coutumiers de Javier Cercas se douteront assez rapidement que le personnage de Manuel, ses motivations profondes et son ressenti ne seront pas élucidés une fois pour toutes. L’essentiel échappe toujours : comme d’autres de ses romans celui-ci  recèle donc une question simple en surface – pourquoi un jeune homme modeste mais instruit s’est-il engagé dans les troupes franquistes – mais qui, dans ses profondeurs, a une portée morale considérable et engage la complexité infinie de l’âme humaine. Cette question est une énigme ; un point au-delà duquel l’auteur renonce à se prononcer. C’est le point aveugle : question à partir de laquelle se déploie le roman comme une vaine tentative d’y répondre.

Cette « vaine tentative » qui dans son précédent roman prenait des allures symphoniques, fait davantage songer ici à une musique de chambre, une sorte de sonate pour deux instruments, dont les voix clairement identifiables font surgir thèmes et motifs qui s’entrecroisent : l’exil intérieur de Manuel que les doutes assaillent et isolent au milieu des siens, l’exil en Catalogne de la mère de Cercas, réincarnation du lieutenant Drogo du Désert des Tartares, installée dans l’attente sans fin d’un retour impossible ; l’idéalisme guerrier et ses errances opposé à la grisaille librement consentie d’une existence sans relief mais sans crime, le rôle de l’historien et du romancier confrontés tous deux à la même béance des faits, …et toujours au final cette question : pourquoi écrit-on ? « Pour ne pas être écrit » répond la voix du romancier, pour retrouver la tonalité propre de son être.

A mesure que l’enquête historico-romanesque progresse, Manuel Mena se libère progressivement de la gangue familiale. Ses derniers écrits et certains témoignages l’attestent : dans l’horreur de la guerre, l’intrépide franquiste semble avoir été gagné par le doute. L’Achille de l’Iliade devient celui de l’Odyssée, qu’Ulysse visite aux enfers, triste « monarque des ombres », rêvant de troquer son sceptre contre n’importe quelle servitude dans le monde des vivants. Je réalisai, écrit Cercas, que « Manuel Mena cessait d’être pour moi (…) une funèbre légende de famille, le symbole de toutes les erreurs et la culpabilité et la honte de mes ancêtres(…) pour devenir un homme en chair et en os, seulement un garçon digne qui est revenu de ses idéaux, un soldat perdu dans une guerre qui lui est étrangère et dont les raisons lui échappaient ».

A la fin des fins, le cas Ména conserve ses zones d’ombre. Mais avec Cercas, nous avons mieux compris l’impasse de la culpabilité et de la honte.  Comme chacun, je suis , écrit Cercas, « en permanence sur le pic infinitésimal et fugace et prodigieux et quotidien de l’histoire, dans le présent éternel, avec la légion incalculable intégrés en moi (…), avec toute leur vie passée devenue ma vie présente. Je compris qu’écrire sur Manuel Mena voulait dire  écrire sur moi, que sa biographie était ma biographie ».

La dernière page tournée, un passage d’Archives du nord de Margueritte Yourcenar m’est revenu en mémoire. Elle y décrit son grand-père s’échappant d’un wagon de chemin de fer en feu lors de la catastrophe ferroviaire de Meudon :

«  L’image qui surnage pour moi de ce désastre du temps de Louis-Philippe n’en est pas moins celle d’un garçon de vingt ans fonçant la tête la première à travers une brèche, aveugle et sanglant comme au jour de sa naissance, portant dans ses couilles sa lignée ».

Que cela nous plaise ou non, qu’on l’assume ou pas, nous sommes l’incarnation de tout le passé et le point de passage de tout l’avenir.

Le Monarque des ombres sur le site d’Actes Sud

Le Point aveugle de Javier Cercas, lu par Jean-Pierre Legrand

 

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CONDORCET d’ELISABETH et ROBERT BADINTER, une chronique de Jean-Pierre Legrand

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Jean-Pierre LEGRAND

Condorcet est de ces grands hommes à la postérité étrange. Parmi la foule des personnages que charrie le torrent de la Révolution, il demeure l’un des plus connus. Pourtant son rôle politique est marqué par une succession d’échecs et si aujourd’hui, de nombreux lycées portent son nom, peu de lycéens discernent ce que fut son action réelle.

Condorcet

Sur le terrain des historiens, même malaise. Soboul évoque à peine Condorcet et il ne fait que quelques apparitions furtives dans La Révolution de Furet. Quelques pages lui sont néanmoins consacrées dans le Dictionnaire critique de la Révolution française de Furet et Ozouf,. Elles saisissent le personnage tel qu’il apparaît en 1789 : « un des plus remarquables ornements de l’Ancien Régime », dernier philosophe des lumières, chantre d’une forme de rationalisme politique qui doit mener à une réforme sociale progressive sous l’impulsion d’une monarchie régénérée et constitutionnelle. Ce sera un terrible fiasco.

Dans ce contexte, la biographie passionnée qu’Elizabeth et Robert ont consacrée à Condorcet voici tout juste 30 ans permet de se faire une image plus juste de ce grand homme. Surtout, sans négliger les années révolutionnaires, l’ouvrage s’attache à la carrière de Condorcet avant le séisme de 1789.

On découvre un homme à la fois très légaliste mais profondément épris de justice ; un homme viscéralement bon mais capable aussi d’une violence proche du sectarisme envers ceux qui lui paraissent menacer ce qu’il tient pour juste. C’est le « mouton enragé » que décrivent plaisamment quelques-uns de ses amis.

Mathématicien célèbre et philosophe, auteur de quelques entrées de l’Encyclopédie, piètre orateur mais maniant la plume avec brio, il symbolise brillamment ce XVIIIeme siècle des lumières où l’homme de sciences et l’homme de lettres se confondent encore. Il est l’ami intime de d’Alembert et de Julie Lespinasse et devient, grâce à leur influence, membre de l’Académie française et Secrétaire perpétuel de l’Académie royale des sciences. Son rôle au sein de cette institution nous vaut un morceau d’humour involontaire des Badinter, qui, à cet endroit de l’ouvrage (ils se reprennent par la suite) manquent un peu de distance critique. Les deux auteurs s’extasient devant l’activité académique de Condorcet dont l’un des rôles est de rédiger dans le ton de l’époque, l’éloge des grands disparus de l’institution. La médecine du temps étant ce qu’elle est et l’ancien Secrétaire ayant un arriéré de plusieurs morts, on voit le scrupuleux Condorcet rédiger des kilomètres d’éloge pour la plus grande admiration de ses deux biographes.

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Nicolas de Condorcet, par Jean-Baptiste Greuze (vers 1789-1994)

Fort heureusement, Condorcet n’est pas que le principal porte-parole de la science institutionnalisée de son temps : c’est un homme généreux aux idées très en avance sur ses contemporains. Bien avant la révolution, il multiplie textes, interventions, essais sur tous les sujets qui le passionnent. Opposant farouche à l’esclavage, militant avant l’heure de la libération des femmes, il œuvre pour une justice plus humaine et se fait le chantre de l’instruction pour tous. Sur un plan plus théorique, Condorcet annonce une véritable révolution scientifique qui s’articule sur trois idées fortes :

« faire du fait humain un objet de connaissance, adapter les méthodes des sciences exactes à ce nouvel objet et enfin élaborer une technique de contrôle de ces phénomènes ».

Outre qu’ils trouvent en Condorcet un farouche anticlérical, on comprend mieux pourquoi beaucoup de catholiques le détestent: en ambitionnant de bâtir une véritable science de l’’homme, il aboutit à « désacraliser l’idée de l’homme, démarche en tout point contraire au christianisme ». Toute cette activité qu’il déploie et cette effort de réflexion qu’il mène dans les années précédant la Révolution, font de lui, bien avant que le terme n’existe, «un « intellectuel engagé ».

Mais la roue tourne et les choses se précipitent. L’emballement révolutionnaire surprend Condorcet. Opposé à la convocation des Etats généraux – il y voit avec raison une institution anachronique et dépassée – il ne saisit pas le potentiel explosif de cet événement. Le surgissement du peuple sur la scène politique, l’embrasement des discours et l’exaspération des passions ne sont guère pour lui. En homme des lumières il préfère l’ordre logique à la révélation prophétique des tribuns. Souvent en avance d’une raison mais en retard d’une passion, il peine à empoigner un auditoire et à le fédérer autour d’une idée.

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Elisabeth et Robert BADINTER

Respecté sinon aimé au début de la Révolution, Condorcet suscite rapidement la méfiance : son culte de la raison et de la juste mesure ne peut que le placer entre deux feux : trop proche du Tiers Etat, il s’isole de la noblesse ; trop noble, il ne sera jamais « populaire ». Suspect de complaisance à l’égard du Roi , il est pourtant parmi les premiers à évoquer la République lorsque la fuite de Louis XVI ne laisse plus de doute sur sa duplicité . Mais voilà, il est trop tôt : les critiques pleuvent, même en provenance de Robespierre.

Raisonnable lorsque les temps ne s’y prêtent plus guère, radical lorsque le moment n’est pas encore venu, Condorcet a bien du mal avec cette gigue endiablée qui n’a plus rien du menuet classique. Pris à contrepied ou à contretemps, il montre bientôt ses limites, précisément dans ces jours d’août 1992 où la question de la déchéance du Roi revient en force dans l’actualité. Ménageant les Girondins, soucieux de gagner du temps dans l’espoir de soumettre le Roi sans imposer sa déchéance, Condorcet tergiverse et manque son rendez-vous avec l’Histoire. L’insurrection qui démarre dans la nuit du 9 août déjoue ses calculs et le prend de vitesse. Fut-il un homme d’Etat, demande les Badinter ? Avec honnêteté, ils répondent : si l’on considère que la marque de l’homme d’Etat est d’infléchir le cours de l’ »histoire dans le sens qu’il a choisi, il n’y parvint pas ».

La suite est pénible : les massacres de septembre, le glissement vers la dictature et la Terreur, la mise à l’écart progressive de Condorcet puis sa mise en accusation. Il avait pressenti les difficultés dès le début. Dans ses vœux à Mme Suard pour l’année 1790, contredisant ainsi l’image de grand naïf de la politique qu’on lui accole parfois, il écrivait :

« J’espère que l’année prochaine, notre liberté sera moins orageuse. Nous aurons de grandes canailles en tout genre à combattre, de grandes canailles parmi nos amis à déjouer, et de grands imbéciles à faire mouvoir ».

Les canailles et les imbéciles auront malheureusement le dernier mot : en fuite puis arrêté, il est retrouvé mort dans son cachot, le matin du 29 mars 1794. A l’inverse de Mirabeau mort « à temps » , Condorcet eut selon les mots de Michelet, le malheur de se survivre. Mort cinq ans plus tôt il eût été vénéré par ceux-là mêmes qui le poursuivirent de leur rage meurtrière. Sa postérité intellectuelle viendra plus tard, avec les hommes de la Troisième République.

Le livre sur le site des Editions Fayard

Disponible aussi en Livre de poche

Les Badinter, en 1988, sur le plateau d’Apostrophes pour présenter leur Condorcet